Nos grands témoins


Ces témoignages, écrits par des membres des JNE pour l’annuaire de l’association, retracent leur parcours personnel et leur relation à l’association. Ils ont tous été écrits avant la crise sanitaire du coronavirus.


Olivier Nouaillas, journaliste à la Vie, auteur (Annuaire 2020)

Après presque 40 ans de journalisme à l’hebdomadaire La Vie, dont la moitié à la rubrique «.environnement.» et dix ans comme vice-président des JNE, l’heure est – peut-être – venue d’un premier bilan. D’abord celui d’une prise de conscience du jeune étudiant que j’étais avec la campagne présidentielle de René Dumont en 1974 et bien sûr la lecture de «.La Gueule Ouverte.», dont le sous-titre était déjà «.le journal qui annonce la fin du monde.». A rappeler (avec humour) à certains collapsologues qui – pas tous  ! – nous abreuvent aujourd’hui de prédictions plus apocalyptiques les unes que les autres. Est-on sûr que l’on conscientise les gens uniquement par la peur  ? L’émerveillement devant ce qui reste de la beauté de la nature n’est-il pas au moins aussi efficace  ?

Ce que j’ai appris justement en 40 ans de métier c’est que l’histoire n’est jamais écrite. Il y a des défaites mais aussi, parfois, des victoires. L’histoire que j’ai vécue avec la Brézentine, la rivière creusoise de mon enfance sauvée de la pollution, en est une modeste illustration. Les crises écologiques sous toutes leurs formes (climatique, biodiversité, alimentation, …) sont suffisamment graves pour qu’il n’y ait pas besoin d’en rajouter. Ce que nous disent aujourd’hui les scientifiques, notamment ceux du Giec, c’est que même si le temps nous est de plus en plus compté, ce n’est pas encore foutu. C’est pour cette raison qu’il faut continuer à se battre pour chaque dixième de degré en moins, chaque ver de terre, coquelicot, hirondelle préservés… Car je me méfie de certaines visions idylliques de l’après effondrement où tout deviendrait partage, convivialité, entraide. Les sociétés qui s’effondrent donnent souvent naissance – hélas, on l’a vu dans l’histoire – à la barbarie et au règne du chacun pour soi. Les survivalistes notamment américains qui s’arment de fusils l’anticipent à leur façon.

Non, après 40 ans de journalisme, je préfère continuer à agir pacifiquement à travers ce que j’aime le plus  : l’information, c’est-à-dire les faits et les mots. De préférence ceux qui introduisent la complexité, la nuance, la modération, le questionnement. Bref tout ce qui manque de plus en plus dans un monde où les réseaux dits sociaux et les tweets de 140 signes (dont ceux de Donald Trump, le climato-sceptique en chef) tiennent lieu d’arguments et nous entraînent chaque jour un peu plus vers l’ignorance et le chaos. C’est aussi à cela qu’il faut résister.


Nathalie Tordjman, journaliste et auteure (Annuaire 2020)

Quand les JNE m’ont demandé d’être grand témoin dans l’agenda 2020, j’ai d’abord pensé, comme beaucoup de femmes éduquées au siècle dernier, «  pourquoi moi  ?  », pensant qu’il y avait des personnes plus expérimentées et plus engagées dans l’association. Et puis, j’ai accepté. Après tout, il s’agit d’un grand témoin, pas d’un grand acteur.

Quand en 2008, Carine Mayo m’avait suggéré de me présenter pour faire partie du Conseil d’administration, après 5 années d’adhésion aux JNE, la même réaction m’était venue à l’esprit, à cause de ma légitimité d’adhérente relativement récente et de mon étiquette de « pigiste Presse jeune et auteur jeunesse  ». Et puis j’ai accepté. Car j’avais bien compris que la richesse de notre association est, comme la nature, sa diversité. Alors, après l’élection, quitte à m’engager, je me suis proposée au poste de trésorière et j’ai succédé à Pascal Canfin. Vous me croirez sans difficulté, aucun de mes collègues ne m’a disputé cette fonction. Je n’ai pas eu d’ailleurs à le regretter, car cela m’a permis de m’exercer à la comptabilité, de découvrir le fonctionnement des Prud’hommes, de mieux connaître l’association, de lui permettre de réaliser certains projets et surtout d’être en contact avec ses nombreux membres. Après trois années de mandat, j’ai passé la main, car j’estime que dans une association les charges doivent être partagées, et que chacun à tour de rôle doit participer. C’est Richard Varrault qui a repris le poste.

Quand en 2002, Christine Sourd (WWF-France) m’a proposé de me parrainer pour enfin entrer aux JNE, je connaissais l’association pour avoir été sollicitée à plusieurs reprises par Jean Carlier, Jacques Penot, Jean-François Noblet. J’ai alors retrouvé plein d’autres personnalités qui me connaissaient et que je connaissais par écrits interposés. Au fil des petits déjeuners, des déjeuners et des conférences, j’ai connu d’autres collègues, apprécié leur point de vue et leur travail. Mais c’est surtout au cours des différents voyages et congrès des JNE que j’ai pu approfondir les contacts, créer un réseau de relations de confiance, et briser un peu l’isolement de pigiste.

Pour finir, après toutes mes hésitations, qui ne m’ont pas empêchée d’avancer, je citerais Anne Sylvestre qui aime «  les gens qui doutent  »*  :
…. «  J’aime les gens qui n’osent
…. S’approprier les choses
…. Encore moins les gens
…. Ceux qui veulent bien n’être
…. Qu’une simple fenêtre
…. Pour les yeux des enfants  ».

*titre d’une chanson d’Anne Sylvestre


Pierre Mann *, auteur-réalisateur (Annuaire 2019)

C’est à Pierre Pfeffer que je dois mon adhésion aux JNE. Il fut mon « parrain ». J’avais réalisé un film sur l’éléphant d’Afrique, « La Poussière et le Sang », qui lui a servi de support pour ses conférences. Ensemble, nous avons créé le groupe « AMNISTIE POUR LES ÉLEPHANTS ». Notre action, relayée par les médias, a abouti à faire classer l’éléphant d’Afrique en Annexe 1 de la Convention de Washington. Pour quelques années seulement, malheureusement.

Depuis 50 années maintenant, je parcours le monde en quête d’images sur la vie sauvage. Par mes documentaires, mes conférences et mon activité de guide, je veux faire prendre conscience de notre dépendance envers la nature, de l’importance de chaque espèce, convaincu que la préservation de toutes les composantes de notre planète n’est pas simplement une question de responsabilité et de dignité, mais à terme une garantie de survie pour toutes les espèces, y compris la nôtre.

J’ai enregistré la vie animale dans toute sa diversité, toute sa beauté, mais aussi toute sa fragilité. Certaines des espèces qui m’ont accompagné pendant mes pérégrinations sont en voie d’extinction. Aussi, j’ai décidé de rendre compte de leur état par une nouvelle série de documentaires. « ANIMAUX A CORPS PERDUS » entraînera le spectateur dans un voyage à la fois géographique et temporel dans le règne animal, à la rencontre des espèces emblématiques que j’ai filmées tout au long de ma vie. Des images d’archives vieilles de vingt, trente ans vont enrichir chaque épisode.

Ce voyage sera aussi un voyage de conscience. Je garde l’espoir qu’en prenant conscience de la beauté d’une vie encore préservée, le spectateur s’impliquera pour sa préservation. La parole sera aussi donnée à ceux qui mènent des actions concrètes et obtiennent des résultats positifs et encourageants. Car je crois qu’il n’y a pas de fatalité dans ce voyage : tout n’est pas encore perdu.

* Pierre Mann était présent lors de la création de notre association en 1969.


Jean-Claude Chantelat *, journaliste, photographe (Annuaire 2019)

Mon adhésion aux JNE, ou plus exactement à l’époque à l’Association des Journalistes et Écrivains pour la Protection de la Nature et de l’Environnement, s’est faite tout naturellement quand Pierre Pellerin a créé son association. Je connaissais alors Pierre et collaborais régulièrement à Bêtes et Nature, la revue animalière dont il était rédacteur-en-chef, une forte amitié nous unissait et nous étions en parfaite concordance quant à la protection de cette nature que nous aimions.

J’ai toujours été naturaliste dans l’âme et cette passion pour la nature m’a conduit, d’abord vers une carrière dans l’industrie du bois (hélas pas en forêt comme je l’aurais souhaité, mais dans un bureau parisien où je suis resté très brièvement !), puis dans le journalisme où j’ai occupé les fonctions de rédacteur-en-chef de revues de chasse tout en débutant puis intensifiant la photographie animalière, et même plus spécialement la photo des oiseaux, ces êtres qui me fascinaient.

La chasse ! Le mot est lâché. J’ai effectivement été un chasseur dans l’âme, passionné mais, je crois, mesuré. Et j’ai toujours considéré, et aujourd’hui encore, que l’on pouvait faire beaucoup plus pour la protection de la nature en étant « chasseur » plutôt que « protecteur ». Y-ai-je réussi ? Ce n’est pas à moi de le dire, mais j’ai été très fier de recevoir en son temps « Les Honneurs Laurent-Perrier de la Chasse pour mon action en faveur de la chasse ET de la protection de la nature », une distinction que je classe au même niveau que le « Prix Jacques Lacroix de l’Académie française » attribué à mon « Guide des oiseaux de France ».

J’ai abandonné aujourd’hui toute activité cynégétique, après avoir déjà démissionné il y a bien longtemps de mes fonctions de responsable de revues de chasse, jugeant alors qu’il ne m’était plus possible de défendre les chasseurs dans leur grande majorité. A l’heure actuelle, je ne me reconnais plus dans la majorité de ces personnages vêtus de couleurs vives et ignorant tout pour la plupart de cette Nature qui les entoure. Qu’on les qualifie alors de Tireurs et non plus de Chasseurs !

Notre génération ne refera pas le monde, dit-on. Puisse-t’elle éviter que le monde ne se défasse ! Voilà une tâche digne des JNE, pour nous et l’Avenir de nos enfants. Ou leur Devenir ?

* Jean-Claude Chantelat était présent lors de la création de notre association en 1969


Marie-Paule Nougaret, auteur de la Cité des plantes (éd. Actes Sud), journaliste pour Reporterre et Le Canard Enchaîné (Annuaire 2018)

Grand témoin, ça m’impressionne un peu : je suis entrée en journalisme par la marge et n’en suis pas souvent sortie. Bien des choses devaient donc m’échapper. Mais, en écologie, les faits vous hantent et ne se laissent pas oublier. Combien de confrères avons nous vu évoluer du spectacle high tech, à bord d’un avion ou hélicoptère, vers le souci réel de populations très savantes sacrifiées ? Ou à l’inverse, du mépris de l’écologie, ce « luxe », à la réalisation que la pollution tue, et même dans certain cas, à un début de ferveur pour la botanique ? Tout est ouvert, voilà ce que j’ai appris.

Richard, notre président, semble penser que les JNE des années 80 se montraient plus actifs, voire plus activistes. Je ne sais si c’était militantisme quand Marc Ambroise-Rendu, nous servait dans le Monde tous les ans des articles circonstanciés sur l’insuffisance du budget de l’environnement. Nul n’ose désormais le sujet. Les journaux ne se vendent plus à la criée. Le texte a perdu de sa valeur, et en longueur, par rapport aux photos, quand le scanner a permis la photogravure rapide. Maint titre aura alors choisi de se financer surtout par la pub’, pour en payer le coût. On en revient dit-on. Tant mieux. Nous n’aurions pas gagné contre les barrages sur la Loire, en 1988, sans des articles de 20 000 signes, assez longs pour citer au fil du récit, en douceur, quelques phrases bien choisies dans de gros rapports.

Je n’avais pas voulu être journaliste, mais voilà : chez Actuel, on apprenait sur le tas. Il fallait ranger la bibliothèque, écrire à la machine, corriger dans l’interligne, taper de nouveau, aller à l’imprimerie, c’était quand même intéressant. C’était 1977, la tradition remontait loin : 12% des journalistes en France avaient le bac. On parlait d’un rédacteur-chef ayant commencé comme garçon de courses à vélo : « il allait leur chercher des cigarettes… Ecrire, ça s’apprend ». Largement peuplé d’amateurs, Libération sortait en temps et heure tous les jours.

J’ai d’abord publié dans la rubrique culture à cause de mes amis musiciens et luthiers mais très vite sur des sujets de science, afin de traiter tranquillement d’écologie. Ce vieil amour datait d’un séjour d’un an en Californie, dans une famille et un lycée. J’y avais appris l’anglais, bien utile pour les entretiens scientifiques au téléphone. Surtout on m’avait montré qu’en à peine cent ans, les Blancs n’avaient pas eu le temps de tout casser. Ça se voyait tellement, dans la forêt, ça ne pouvait pas s’oublier.


Jean-Philippe Beau-Douëzy, fondateur de l’écocentre du Bouchot et auteur de Neblina aux éditions de La Martinière (Annuaire 2018)

Des baleines à la permaculture en passant par l’Amazonie, j’ai cheminé avec une conviction : réconcilier l’Humanité et la Nature. Les J.N.E ont toujours accompagné ma route.
Je deviens membre des J.N.E. avant la présidentielle de 74. René Dumont y porte la parole écologique. Il incarne un immense espoir. Le Commandant Cousteau,  le Docteur Bombard, Haroun Tazief…. accompagneront cet espoir, en « pères ».

Les J.N.E : un lieu d’intenses débats entre conservationnistes et « écologistes politiques ». 78, j’organise, à La Rochelle, une rencontre européenne sur « l’invention sociale et l’écologie urbaine » et poursuis la communication et le journalisme. L’appel de la Nature me rattrape. Je pars créer une réserve écologique dans l’est du Brésil. S’en suivront moult expéditions : le Sahara, l’Amazonie où je suis immergé et baptisé par les indiens.

Les J.N.E sont la seule association où j’aime me retrouver pour échanger avec mes ainé(e)s. 1992, nous allons au sommet de la Terre à Rio. Je poursuis le militantisme à Ecoropa et Europe Conservation. Nous menons de belles campagnes sur les précepts du Cdt Cousteau : « on ne peut protéger que ce que l’on n’aime, on ne peut aimer que ce que l’on connait ». Suivent de nombreuses expéditions et filmages sur les forêts tropicales, l’Amazonie, les baleines, la Méditerranée… Les J.N.E en sont souvent l’écho.

Années 2000: Avec Anne, que j’ai rencontrée quand elle nageait avec les dauphins, nous nous installons dans une ferme, qui devient un écocentre, en Sologne ; La F.E.R.M.E du Bouchot ; lieu d’accueil,  d’expérimentation,  de partage autour des principes de la permaculture. « L’avenir sera aux humains qui planteront des arbres fruitiers », dit l’homme de médecine amérindien. L’heure est à la création d’écosystèmes productifs et durables. Les arbres en sont les acteurs centraux. Planter des arbres devient un enjeu majeur. Ils sont nos meilleurs alliés. 2007 lancement de « Plantons pour la planête » avec la Fondation Yves Rocher/Institut de France. Objectif : 100 millions d’arbres ; une goutte d’eau, la part du colibri.
Les JNE évoluent. Ils sont toujours pour moi un espace unique dans lequel la communication, le journalisme, l’activisme, le militantisme, « écologique », sont liés dans un vortex humaniste insufflé par ses fondateurs dont Pierre Pellerin.


Marc Ambroise-Rendu, journaliste au Monde de 1974 à 1995 (Annuaire 2017)

J’ai adhéré aux JNE en 1971, deux ans après leur création par Pierre Pellerin, Jean Carlier et une poignée de collègues. Nous n’étions pas tombés de la dernière pluie, l’écologie non plus. Moi, par exemple, j’étais journaliste professionnel depuis des lustres, provincial monté à Paris parce que «  c’est là que ça se passe  », quadragénaire, père de famille, syndiqué, cadre de la presse écrite magazine. J’aurais pu m’en contenter et faire carrière. Impossible  : la fièvre environnementaliste montait dans les villes et les campagnes. Une époque effervescente. 1970-1980 les dix glorieuses de l’écologie !

Les citoyens découvraient en ouvrant leur fenêtre comme leur petit écran que la planète se dégradait et que pour la sauver il fallait changer de mode de gestion. Formidable et double révélation : le problème et la solution. Comment un témoin de son temps aurait-il pu passer à côté de cette nouvelle-là ? Les alarmes arrivaient de partout  : de Jean Dorst au Muséum, de Pompidou à Chicago, de Rachel Carson dans le middle-west, du Club de Rome, de Robert Poujade au ministère, de Bernard Laponche au Commissariat à l’énergie atomique. Mais aussi de nos confrères Pierre de la Garde qui crie «  Chefs d’oeuvres en péril  !  », de Louis Bériot dénonçant ceux qui «  défigurent la France  », d’Alain de Swarte qui traque les démembreurs de nos campagnes, de Jean Carlier dont le micro fustige les promoteurs sur la Vanoise.

Moi qui suis né au cul des vaches dans le Sud-Ouest mais dans une famille d’artistes, je souffre personnellement de ces multiples agressions. J’ai rédigé mon premier papier (fort complet) sur les périls de la pollution de l’air à Paris dès 1958, mobilisant le préfet sur cette question «  d’intérêt public  ». Et soudain nous comprenons tous qu’il ne s’agit pas de créer un syndicat de défense des professionnels de la nature mais une association – il y en a déjà 1500 – de défense de la nature tout court. Du journalisme engagé, militant, mal élevé, à l’envers de tous les usages. Nous mettons en commun nos découvertes quasi quotidiennes et nous allons constater que l’alerte est universelle. Nous voici avec les JNE en URSS, aux Etats-Unis, au Brésil, en Chine bientôt. Nous mondialisons l’écologie. Cela me permet de nourrir de reportages originaux la rubrique environnement du «  Monde  », de fonder «  Mieux Vivre  » puis «  Combat Nature  ». L’échec – la politisation de l’écologie par les Verts sans profit pour personne – sera aussi navrant qu’était productif notre enthousiasme d’investigateurs. Les journalistes français de l’environnement sont aujourd’hui plus de 300. Bon courage collègues  !

Marc Ambroise-Rendu a écrit, entre autres, “Des cancres à l’Elysée”, 5 présidents de la République face à la crise écologique, Éditions Jacob Duvernet,  2007, 358 pages


Alain Hervé *, fondateur du journal Le Sauvage (Annuaire 2017)

Je suis né en 1932 les pieds dans la mer à Granville. Pour ce qui est du journalisme, après des études de philosophie à la Sorbonne avec Gaston Bachelard et un diplôme du CFJ, je commence par La Vie catholique illustrée en 1956, je démissionne au bout de trois mois. 1957 : service militaire en Algérie. 1960 : reporter à Réalités, je démissionne pour faire un tour à la voile de trois ans, Je voulais voir à quoi ressemblait la planète sur la quelle j’étais tombé. 1968 : Cérès, revue de la FAO à Rome. Je démissionne en complet désaccord avec leur politique agricole. 1971 : je crée les Amis de la Terre et le Courrier de la Baleine. 1972 : le Nouvel Observateur. 1973 : création et direction du Sauvage jusqu’en 1981. 1982 : Géo. 1989, je crée Fous de Palmiers et la revue le Palmier. 1985-1993 : Grands Reportages, le Monde, Normandie Magazine, Côté Ouest, Vogue. Depuis 2009 Le Sauvage.org sur internet. Chronique dans chaque numéro de l’Ecologiste. J’ai publié une vingtaine de livres à commencer par l’Homme Sauvage jusqu’à Promesse d’îles en 2016.

Pour ce qui est de l’écologie : ma jeunesse au bord d’une mer à marées grandioses, m’a familiarisé avec la nature vierge, en particulier aux îles Chausey. Il en est résulté un appétit des espaces ouverts et une méfiance pour les villes, les bureaux et les entreprises humaines. Je lisais Montaigne plutôt que Sartre, Monfreid et Cendrars plutôt que Marx. Le journalisme n’a jamais été pour moi ni un métier ni un travail mais une position extraordinaire pour observer le monde et la vie des hommes et y participer. Ce fut une passion, un bonheur qui petit à petit se sont exprimés dans le sens de la prise de conscience écologique naissante.

Après avoir créé les Amis de la Terre, j’ai rêvé de lancer un grand magazine style Match pour répandre la bonne parole. Ce fut le Sauvage ce fut le Sauvage grâce à Philippe Vianney et Claude Perdriel. Mais les intellectuels dominants ont vu dans l’écologie une menace électorale pour la gauche et ses vieilles bastilles. Et le public ivre des délices de la modernité, une menace pour son tout neuf paradis de la consommation. Je me suis à cette époque inscrit à l’association de l’ami Pierre Pellerin l’AJEPN (ndlr devenue les JNE) de 1971 à 1995 pour rencontrer tous ceux qui chacun à sa manière commençaient à exprimer les mêmes convictions. Je me suis réinscrit aux JNE en 2008, pour rencontrer ces phénomènes qui ont mieux compris ce qui se passait, que toute notre classe politique bouchée à l’émeri à propos de l’écologie.

* Alain Hervé nous a quitté le 8 mai 2019


Nicole Lauroy, présidente d’honneur des JNE (Annuaire 2016)

Comme le temps passe….

Au milieu des années 70, jeune journaliste ignare  en écologie mais passionnée de nature, j’ai fait la connaissance de Pierre Pellerin dans une conférence de presse.  Affable et souriant, le fondateur des JNE ne se croyait pas obligé de s’asseoir au premier rang pour être vu. Sa simplicité, son érudition m’impressionnèrent. Je venais d’être admise aux JNE. Très vite, je me suis sentie à ma place au sein de cette famille de journalistes de tous bords, unis par le même combat pour la planète. Plus tard, membre du conseil d’administration, j’assistai à des réunions souvent animées, parfois tumultueuses. Les JNE ont des personnalités fortes et, quelquefois, des ego sur-dimensionnés. Conciliateur né, Pierre tempérait nos ardeurs d’une voix mesurée, non sans ironie.

En mai 1989, après vingt ans de responsabilités, il souhaita prendre un peu de distance. Lui succéder était un honneur redoutable. L’écologie avait désormais sa place dans les médias,  elle était à la mode mais ses cris d’alarme pas assez entendus. Disparition d’espèces sauvages animales et végétales, déforestation, marées noires, pollutions agricoles, dangers nucléaires (voir Tchernobyl en 1986)… et j’en passe.  Les sujets d’inquiétude ne manquaient pas. D’où l’ambitieux colloque : «.Quel avenir pour la vie Sauvage ?.» qui se tint en juin 1990 à La Sorbonne et où intervinrent plusieurs JNE dont Yves Paccalet, François Terrasson, Pierre Pfeffer, François Moutou… ainsi que d’autres invités : Jean-Marie Pelt, Teddy Goldsmith, Francois Ramade etc.. Depuis, faute de réelle volonté politique, la situation n’a fait qu’empirer  : les éléphants sont au bord de l’extinction, la forêt amazonienne est mise à sac, l’huile de palme anéantit les orang-outangs. Seuls les colloques ont prospéré.

En  1991, grand sondage auprès des adhérents : “Qu’attendez-vous des JNE?”. Réponses : 1)plus d’infos – 2) participation à des manifestations internationales. Chantal Cans notre juriste JNE, est chargée de rajeunir les statuts. Ils seront adoptés à l’A.G. de l’année suivante. Grâce à Bernard Blottière, le modeste bulletin  s’informatise en 1992, devient bimestriel, compte sept rédacteurs réguliers et est baptisé “Le Canard Sauvage”. Le diriger, avec l’aide de Bernard, figure parmi mes meilleurs souvenirs JNE.

En 1993 renait un projet ancien : la création d’une association internationale des journalistes de l’environnement. Grâce à ma rencontre avec Valentin Thurn, membre de l’association allemande pendant de la nôtre,  et à une équipe franco-allemande motivée, la FIJE (Fédération Internationale des Journalistes de l’Environnement), voit le jour en octobre 1993,  à Dresde (Allemagne). Un premier congrès de la FIJE se tiendra à Paris, à l’Unesco, fin 1995. Pour évoquer notre engagement dans d’autres actions, dont la protection de l’ours des Pyrénées, la place me manque. Une autre fois, peut-être…

Depuis dix ans sous la houlette de Carine Mayo, les JNE évoluent, se renouvellent, réfléchissent et agissent en gardant jalousement leur indépendance.  Une gageure à l’heure d’internet, des réseaux sociaux, de l’info en continu, des actualités-flash qui se suivent, se bousculent et  s’oublient. La Cop 21 est déjà loin. On aurait aimé y croire. Mais on ne peut compter sur les hommes politiques et moins encore sur les industriels pour rafraîchir la planète. Ils rêvent de croissance suicidaire.

Changer de mode de vie, renoncer à l’hyperconsommation, opter pour le renouvelable… Le pouvoir est dans le camp des consommateurs-citoyens. Des initiatives fleurissent dejà.  Les faire connaître aidera à les multiplier.


Allain Bougrain-Dubourg, journaliste, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux – LPO (Annuaire 2016)

Pensionnaire au lycée Eugène Fromentin de la Rochelle, je rêvais d’évasion. Pas seulement pour fuir un univers pesant, mais surtout pour découvrir l’exotisme du monde animal. Le métier de journaliste animalier m’apparut alors comme une heureuse porte de sortie. C’est ainsi, qu’à 12 ans, j’adresse à la revue « La vie des bêtes », un long article qui conjugue étrangement la taxidermie et l’herpétologie. Convaincu que mon texte ne démérite pas, il me reste à attendre sa publication dans le prochain numéro. Il est finalement réduit à quelques lignes et relégué… au courrier des lecteurs.

Plus qu’une déception, c’est une humiliation. Mais plus que l’humiliation, c’est une invitation à l’humilité. Je sais désormais qu’écrire et être lu relève du privilège qui se mérite. Durant ce long apprentissage, Pierre Pellerin fut le mentor qui aida ma plume à tracer les mots. Il me prit sous son aile en multipliant ses conseils avisés, m’entraînant évidemment dans le sillage de l’AJEPN (ndlr premier nom des JNE). Quelle fierté d’appartenir à ce clan naissant des « rapporteurs » ! Premières surprises, on peut être journaliste militant. À peine créée, l’AJEPN en fait la brillante démonstration en se battant clairement contre le projet d’amputation du parc national de la Vanoise. Au côté des associations, les journalistes triomphent. La Vanoise est épargnée, tandis que la rubrique des chiens écrasés gagne ses lettres de noblesse.

Près d’un demi-siècle plus tard, le potentiel des « colporteurs verts » n’est guère aussi prometteur. Certes, la question environnementale n’a jamais été aussi présente dans les médias, mais elle reste diluée, éparse, dépendante d’un événement. Fini les grands rendez-vous dans le Monde ou Libération. Terminé les émissions emblématiques à la télévision. Estompées les chroniques attendues dans la PQR. Et si des journalistes comme Patrick Costa à l’Est Républicain ou Denis Cheissoux à France Inter résistent contre vents et marées, la tribune environnementale ne semble plus faire recette.

Dans ce constat, on peut remarquer que, si la question climatique ou liée au développement durable conserve une certaine attention, l’avenir de la biodiversité demeure clairement secondaire. Le destin pathétique des espèces en déclin, le potentiel fantastique du vivant qui nous entoure, ne valent pas une Une. Et si nous, journalistes de l’environnement, en étions les premiers responsables ? N’ayant pas la réponse à cette interpellation, je conserve le timide espoir que nous pouvons encore infléchir la tendance…

Allain Bougrain Dubourg vient de publier un livre de mémoires Il faut continuer de marcher, éditions De la Martinière


Claude-Marie Vadrot, président de 1995 à 2005 (Annuaire 2015)

A l’origine, j’ai rejoint l’association, alors en cours de formation à la demande de la Fédération Nationale des Sociétés de Protection de nature devenue plus tard France-Nature-Environnement, pour me sentir moins seul dans ma préoccupation personnelle et journalistique pour l’écologie. J’étais alors, et suis resté, grand reporter spécialisé dans la couverture des conflits et des événements internationaux. Tout en bataillant, au sein d’un quotidien, pour obtenir en plus un « petit coin » de mon journal pour la nature et l’environnement. Un rôle double que j’ai assumé dans toutes les rédactions desquelles j’ai été salarié, du Canard Enchainé à Politis aujourd’hui, en passant par le Matin de Paris, Géo, RMC ou le Journal du Dimanche. L’association fut d’un grand secours pour me faire comprendre que je n’étais pas le seul à me battre tout en me facilitant le contact avec les dossiers et les acteurs de la société civile qui manquaient de relais journalistiques.

Je suis resté dans cette association parce que je m’y sentais bien et aussi parce que j’avais envie d’impulser d’autres préoccupations que le simple souci de « la protection de la nature » qui était alors dominant. Ce qui explique que, plus tard, devenu président, j’ai souhaité et obtenu que notre association rompe ses liens institutionnels avec France-Nature-Environnement. Nous ne pouvions être à la fois juge et partie, même si nous restions des journalistes non pas militants mais « concernés ». Nuance qui nous a toujours caractérisés.

Durant ma présidence, j’ai voulu impulser trois activités ; d’abord la communication pour faire connaitre notre groupe de tous les acteurs, associatifs, institutionnels et industriels ; ensuite découvrir d’autres réalités grâce à des voyages de groupe (Burkina Faso, Guyane, Brésil, conférence de Johannesburg, etc.) au cours desquels l’information était mutualisée puis ensuite utilisée individuellement ; enfin prises de position sur la propension de l’État et des industriels à occulter les informations. D’où la nécessité d’avoir un bureau et de créer un poste de salarié à plein-temps pour nous aider dans une tâche multiforme qui avait pour fonction de nous rendre incontournables et, donc, d’avoir accès à une quantité d’informations grandissante.

Être un aiguillon et un centre de ressources tout en s’en donnant les moyens, ont été les obsessions de ma présidence. Cela put se faire grâce à des mécènes et des rédacteurs en chefs compréhensifs, notamment Alain Génestar au JDD, admettant que je consacre une part de mon temps aux JNE.

Claude-Marie Vadrot vient de publier La saga des Vilmorin, éditions Delachaux et Niestlé


Roger Cans *, ancien secrétaire général des JNE (Annuaire 2015)

Après six ans au département Éducation du journal Le Monde, je peux enfin reprendre la rubrique Environnement en 1983, qu’abandonne alors Marc Ambroise-Rendu. Je ne connais pas encore les associations, ni de protection de la nature, ni de journalistes. Au printemps 1983, je reçois une invitation d’EDF pour un voyage de presse à la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly. Bien entendu, j’y participe car je ne connais encore rien en la matière. Lorsque je monte dans le car qui nous y emmène, quelqu’un me dit : « Tu n’as pas payé ta cotisation ». Stupeur de ma part, car j’ignore alors qu’il s’agit d’un voyage de presse conjoint EDF et JNE. Une fois renseigné sur cette association de journalistes, je fais mon chèque d’adhésion dans le car.

Nous ne nous sommes plus quittés depuis, voilà plus de trente ans. Dès l’année d’après, en 1984, grâce à l’entremise de Claude-Marie Vadrot, nous faisons un voyage passionnant au Brésil (Rio, Sao Paulo, chutes d’Iguaçu, Curitiba, le Pantanal, Manaus, etc.), bref quinze jours d’avion, de train et de bateau haletants. Des voyages « JNE », nous en ferons beaucoup d’autres en France et à l’étranger. En 1985, Chantal, ma femme, a eu le privilège de participer à un voyage JNE en URSS avec notre regretté dessinateur Cabu. L’année d’après, ce fut la Corse, très sympa, puis la Guyane, décevante, et Tchernobyl en 1988, dans une URSS déconcertée par le bon Gorbatchev. Je n’ai pas participé aux voyages à Cuba, au Burkina, et en Israël, mais j’ai beaucoup apprécié l’expédition de 1994 à Irkoutsk, au lac Baïkal et à la réserve de Bargouzine, d’habitude autorisée aux seuls scientifiques. Grâce encore à Claude-Marie Vadrot, j’ai refait le pèlerinage à Tchernobyl en 1996, mais en voiture, alors que les autres JNE et les journalistes scientifiques prenaient l’avion et les cars.

Après mon départ du Monde, en 1996, j’ai bien sûr continué à participer aux activités des JNE, et j’en suis même devenu un temps secrétaire général. Pour moi, ancien journaliste gâté d’un grand quotidien, je suis resté reconnaissant à cette association qui mélange tout le monde, aussi bien des journalistes en carte que des pigistes, des illustrateurs, des photographes ou des écrivains. Je n’ai jamais, comme journaliste, poussé à ce que l’association s’engage dans des combats écologiques, mais j’approuve totalement son souci d’installer l’écologie dans la presse.

* Roger Cans nous a quitté le 27 novembre 2018


Pierre Pfeffer *, un défenseur des éléphants (Annuaire 2014)

Né à Paris en 1927, il suit sa mère journaliste en Union Soviétique, et, déjà passionné d’animaux, adhère au cercle des Jeunes Naturalistes de l’école primaire qu’il suit à Moscou et se voit chargé de l’élevage des couleuvres ! Revenu en France à la veille de la guerre, Pierre Pfeffer s’engage à 16 ans, en 1944, dans les maquis FFI de l’Ardèche, puis, lorsqu’elle débarque en France, dans la première armée française du général Delattre et participe aux campagnes de France, d’Allemagne et d’Autriche, dans le 19e Bataillon de Chasseurs (!) à pied. Sa première université, c’est donc la guerre et ses combats au cours de laquelle il ne rate cependant pas l’occasion d’observer la faune, notamment celle des montagnes d’Autriche.

Démobilisé, il reprend le lycée au niveau du bac et sur recommandation de Théodore Monod, part en 1959 en Côte d’Ivoire, en tant que « naturaliste-voyageur » chargé de collecter des spécimens de faune pour le Muséum de Paris. Parmi ces « spécimens », il est malheureusement dans l’obligation, à la demande de l’administration française, d’abattre à deux reprises un éléphant blessé par des braconniers et ayant causé des accidents parmi les paysans africains. De là naît son premier intérêt pour ces animaux et les problèmes que posent leurs relations avec l’homme.

De retour en France, il se lance sur le tard dans des études de sciences naturelles à la Sorbonne. Attaché au Muséum en 1957 et assistant de biologie animale à la faculté des sciences, il part pour un premier séjour (1955-1957) en Indonésie dans le centre de Bornéo et les Petites îles de la Sonde où il se consacre à l’étude du Varan de Komodo et en fait son mémoire de DES en 1958. L’année suivante, il est nommé stagiaire, puis attaché de recherches au CNRS et travaille d’abord au laboratoire des Reptiles et Poissons du Muséum (professeur J. Guibé), puis définitivement cette fois, à celui des Mammifères et Oiseaux (professeur J. Berlioz).

En 1963, il publie son premier ouvrage : Bivouacs à Bornéo. En 1966, sa thèse de doctorat porte sur le mouflon de Corse (« Systématique, écologie et éthologie comparées »), fruit de quatre années d’observations dans le massif de Bavela dans le centre de l’île. Il devient alors, presque malgré lui, spécialiste des ongulés montagnards d’Europe, mais aussi de ceux des forêts d’Asie et d’Afrique.

Contacté par le journaliste François de la Grange, Pierre Pfeffer se lance aussi, malgré les objections de certains de ses collègues, dans les émissions animalières de la télévision, présentant à partir de 1969, l’émission « Les animaux du monde » sur la première chaîne, puis « Des animaux et des hommes » sur A2. En 1969, il devient maître, puis directeur de recherches au CNRS, section « écologie ». Avec Théodore Monod et Jean Dorst, il milite activement pour l’écologie et la protection de la nature, mais à leur grande déception, ils ne sont que trois à s’engager dans cette direction sur les quelque 300 scientifiques du Muséum !

Pierre Pfeffer a également été président du WWF France et membre du bureau international ainsi que coordinateur de l’UICN et du PNUE pour les aires protégées d’Afrique occidentale et centrale. En France, il a été membre et secrétaire du Conseil national pour la protection de la nature au ministère de l’environnement. Également président du comité scientifique du parc national du Mercantour (Alpes Maritimes), il a eu, en 1992, la responsabilité d’identifier le premier loup tué en France et de confirmer, dans un cadre polémique dont on se souvient, la présence de l’espèce dans notre pays. Agé aujourd’hui de 87 ans, il plaide encore pour sa protection, ainsi que pour celle de nombre d’autres espèces menacées, dont bien sûr, les éléphants !

* Pierre Pfeffer nous a quitté le 29 décembre 2016


Philippe SAINT MARC (Annuaire 2014)

Défenseur de la côte Aquitaine, de la Vallée de Chevreuse et d’un « humanisme écologique »

Né en 1927 à Paris, Philippe Saint Marc se lance dans les études multidisciplinaires (Droit, Lettres, Sciences politiques). Reçu major à l’ENA, il entre à la Cour des Comptes, puis s’occupe des rapatriés d’Algérie. En 1955, il rejoint le MRP où il se lie avec Robert Buron et Jean-Marie Pelt. Partisan de l’indépendance de l’Algérie, il est frappé d’exclusion en 1968.

Depuis un demi siècle, il a lutté sans relâche pour l’« humanisme écologique », considérant qu’il est comme la « philosophie des lumières » au XVIIIe siècle l’instrument le plus efficace pour la compréhension des problèmes de notre société et pour l’action sur elle.

En 1964, il fonde le comité de sauvegarde de la Haute Vallée de Chevreuse qui est pour lui un combat symbolique : sauver la nature et la beauté d’une zone rurale à proximité de Paris. En 1965, il est chargé de mission à la DATAR et nommé à la tête de la mission interministérielle pour l’aménagement de la côte Aquitaine (MIACA) qu’il va diriger de 1967 à 1970. Il prend le parti contraire à Philippe Lamour sur la côte languedocienne (abcès de fixation des constructions à la Grande Motte) et s’efforce de revivifier l’arrière-pays landais par des initiatives culturelles et touristiques qui préservent le patrimoine naturel. Il est finalement révoqué par Chaban-Delmas pour avoir voulu protéger la Nature contre les féodaux du béton.

Philippe Saint Marc publie en 1971 son livre majeur, Socialisation de la nature, où il plaide pour un « humanisme écologique ». En 1972, il récidive avec une « Charte de la nature » à laquelle souscrivent 17 associations. En 1974, il est approché par Jean Carlier pour présenter sa candidature à l’élection présidentielle. Ce qu’il refuse, car pour être efficace l’Écologie doit rayonner dans tous les partis. Il préfère appeler à voter pour Giscard d’Estaing qui refusait les tours et les autoroutes dans Paris.

Marginalisé sous la présidence de Mitterrand il s’intéresse de plus en plus aux relations de l’écologie avec l’économie publiant l’Économie barbare en 1994 et à son impact sur la santé en inspirant L’écologie au secours de la vie, une médecine pour demain (2003). Âgé aujourd’hui de 86 ans, il continue de publier et prépare un livre aux éditions Frison-Roche sur la crise de l’Homme et a confié ses archives au Musée du Vivant.