Myriam Goldminc

Le jardin du Conservatoire botanique national de Brest : une arche de Noé végétale

À quatre kilomètres du centre-ville, le jardin du Conservatoire botanique national de Brest, lové au cœur d’un vallon de 30 hectares, offre un patchwork de milieux abritant plus de 2 000 espèces de plantes menacées d’extinction en provenance du monde entier. On y découvre des espèces de Bretagne, de Chine, de Nouvelle-Zélande ou des Amériques… À découvrir en toutes saisons, après la fin du confinement bien sûr !

par Myriam Goldminc

L’histoire du jardin du Conservatoire botanique national de Brest commence par la rencontre entre deux projets, celui de la ville qui, dans les années 1970, après s’être reconstruite, souhaitait créer des espaces verts et celui d’une équipe de botanistes animés par la volonté de préserver les plantes en voie de disparition. Le site d’une ancienne carrière est choisi pour la douceur de son climat océanique et la présence de différents milieux. Le jardin va s’implanter le long du vallon de Stang Alar sur deux kilomètres au milieu duquel coule une rivière. Falaises, pelouses, bois et étangs complètent ce décor bucolique et offrent un microclimat favorable pour les plantes des cinq continents.

Pour lire la suite de cet article, cliquez ici sur le site du mensuel Plantes et Santé.

Congrès JNE 2019 : longue vie au Train Jaune !

Lors de la dernière journée du Congrès spécial 50e anniversaire des JNE, qui se tenait du 17 au 19 mai 2019 dans le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, une partie des participants a eu le bonheur d’effectuer un voyage enchanteur à bord du Train Jaune.

par Laurent Samuel

Isabel Soubelet, Myriam Goldminc et Carine Mayo des JNE durant une halte du Train Jaune lors du Congrès des JNE en mai 2019 dans le Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes – photo Nadine Saunier

Cette ligne longue de 62,5 km relie Villefranche-de-Conflent à Latour-de-Carol, dans les Pyrénées-Orientales. Mise en service en 1910, elle a été l’une des premières lignes de chemin de fer électrifiées en France. L’alimentation électrique est assurée grâce à un troisième rail fournissant un courant continu de 850 volts. Dans les gares, des panneaux nous intiment de ne pas nous en approcher ! Le courant provient d’un complexe hydro-électrique alimenté par le lac de barrage des Bouillouses (lire ici notre article), construit spécialement au début du XXe siècle pour la fourniture en électricité de cette ligne. Autre singularité de cette ligne, l’écartement métrique, autrement dit d’1 m, entre les rails, bien plus étroit que l’écartement standard de 1,435 m utilisé ailleurs en France et dans la plupart des pays d’Europe.

Exploité par la SNCF comme partie intégrante du réseau TER Occitanie, ce Train est dit Jaune ou Canari car ses voitures sont peintes aux couleurs catalanes, le jaune et le rouge. Depuis le 1er février 2002, cette ligne est inscrite par l’UNESCO sur la liste indicative du Patrimoine mondial en tant que « Chemin de fer de Cerdagne ».

Le Train Jaune transporte environ 200 000 voyageurs par an, essentiellement des touristes car il faut plus de trois heures pour parcourir ses 62,5 km. Nous l’avons pour notre part emprunté entre la gare de Bolquère, la plus haute de France (1592 m d’altitude) et Villefranche-de-Conflent, et avons pu apprécier ses vues panoramiques saisissantes sur la vallée de la Têt. On franchit deux fois ce fleuve côtier grâce à des viaducs classés Monuments historiques : le Pont Séjourné, sur la commune de Fontpédrouse, viaduc en maçonnerie d’une longueur de 236,70 m, et le Pont Cassagne (dit aussi Pont Gisclard), dernier pont suspendu ferroviaire de France situé sur une ligne exploitée, long de 253 m.

Ainsi que l’explique cet article du site de France 3, datant de 2017 mais toujours d’actualité, le Train Jaune est menacé en raison du coût des travaux de rénovation nécessaires, des risques d’éboulements, d’une baisse de la fréquentation et d’un manque d’agents de conduite. D’où la création d’un comité d’usagers de la ligne du Train Jaune, qui vient d’organiser le 15 juin dernier une Fête du Train Jaune à Villefranche-de-Conflent.

Nous ne saurions terminer cet article sans rendre hommage, par la voix de Brigitte Fontaine, à Monsieur le Chef de gare de La-Tour-de-Carol…

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Attention : les billets sont en vente uniquement dans les gares principales de la ligne, en fonction des disponibilités.

 

 

 

 

Entretien avec Julie Lasne : cirques, zoos, industries de loisirs, une exploitation des animaux contre nature

Julie Lasne © Danièle Boone

A l’occasion du colloque des JNE sur la condition animale, qui s’est tenu à Paris le 7 septembre 2018, l’une des intervenantes, Julie Lasne, éthologue de terrain spécialisée dans les animaux sauvages et consultante en communication vie sauvage, nous fait le point sur les menaces qui pèsent sur la faune sauvage.  

Entretien réalisé par Myriam Goldminc
→ julie lasne éthologue

Cliquez sur le lien ci-dessus pour télécharger le fichier audio, que vous pouvez lire par exemple avec le logiciel gratuit VLC.

 

 

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Bien-être animal : la France a encore du progrès à faire

Selon le bilan établi par la juriste Sabine Brels, d’autres pays se montrent nettement plus protecteurs vis-à-vis des animaux que la France.

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par Myriam Goldminc

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Certains ont inscrit la protection animale dans leur constitution comme la Suisse, l’Allemagne, l’Inde, le Brésil et l’Égypte (qui a le plus récemment inscrit le devoir de gentillesse envers les animaux).

En Nouvelle-Zélande, la condamnation pour un acte de cruauté aggravé sur les animaux peut aller jusqu’à un demi-million de dollars. Aux États-Unis, en Alabama et au Texas, le coupable peut être condamné jusqu’à 10 ans de prison. En France, la condamnation pour des sévices graves sur un animal est au maximum de 30 000 euros d’amende et 2 ans de prison. Notons que les peines maximales sont rarement prononcées.

Au niveau européen, la France fait figure de mauvais élève avec la chasse, les élevages d’animaux à fourrure, la corrida ou le gavage des canards et des oies, etc. Les arguments principaux contre les progrès de la protection animale sont notamment d’ordre économique ou culturels, par exemple au nom de la tradition. Pourtant, des contre-exemples existent. Si l’Espagne autorise toujours la corrida, l’une de ses provinces, la Catalogne, l’a interdite depuis 2010. Les Pays-Bas ont interdit les élevages de fourrure depuis 2012 (pour 2024), alors qu’elle rapportait des milliards d’euros au PNB hollandais. En ce sens, le gouvernement a aidé les éleveurs à se reconvertir en réinjectant des subventions qui étaient destinées auparavant à ce type d’élevage.

En France, le rôle des lobbys de la chasse, de la tauromachie et de l’agriculture industrielle auprès des parlementaires freine encore les avancées de protection animale, sans oublier l’influence de la pensée cartésienne avec le concept de l’animal-machine incapable de souffrir qui est encore bien présent dans l’inconscient collectif !

Sabine Brels est docteure en droit, cofondatrice et directrice du projet Global Animal Law GAL, en ligne: www.globalanimallaw.org.

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L’évolution du droit en matière de protection animale

Comment la protection animale a-t-elle été prise en compte par le droit au fil des siècles ? La juriste Sabine Brels nous livre des réponses.

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par Myriam Goldminc

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« Les premiers textes de protection animale apparaissent au IIIe siècle avant J-C sous le règne de l’empereur Ashoka dans la région indo-pakistanaise », précise la juriste Sabine Brels. Sous l’influence du bouddhisme, ses édits proclament le respect du vivant, l’interdiction de faire du mal aux animaux avec un devoir de compassion à leur égard, et prévoit même la création d’hôpitaux pour les soigner.

En France, ce sont des philosophes comme Michel de Montaigne au XVIe siècle, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau au XVIIIe siècle et au XIXe siècle des écrivains comme Émile Zola et Victor Hugo qui remettent en cause la place de l’ homme en haut de la pyramide du vivant et qui condamnent la maltraitance envers les animaux.

En Angleterre, le philosophe Jeremy Bentham pose cette fameuse interrogation en 1789 : « La question n’est pas de savoir si les animaux peuvent raisonner ou s’ils peuvent parler, mais s’ils peuvent souffrir ».

Si la réponse est oui, alors il existe un devoir moral de prendre en compte cette souffrance et de la relayer par des réglementations.

Le Martin’s Act est la première loi contemporaine de protection des animaux qui a été proclamée en 1822 en Angleterre. Elle interdit la maltraitance des animaux d’élevage et sera suivie par une loi plus générale contre la cruauté en 1835.

Ces lois ont essaimé par la suite dans les colonies de l’Empire britannique: par exemple au Pakistan en 1888 et au Zimbabwe en 1920.

En France, la loi Grammont du 2 juillet 1850 est la première loi qui interdisait de maltraiter publiquement les animaux domestiques sous peine d’amendes, voire d’emprisonnement. Une loi adoptée sous la pression de l’opinion publique, et en particulier des citadins choqués par la vision de chevaux maltraités, qui pouvaient agoniser sous les coups de fouets des charretiers.

Cependant, malgré l’existence de la loi Grammont, la corrida fut importée en France à la demande d’Eugénie de Montijo, la femme de Napoléon III, car étant d’origine espagnole, celle-ci appréciait ce divertissement.

Il faudra attendre ensuite la moitié du XXe siècle pour que le Code rural déclare en 1976 que l’animal est un être sensible et donc doit être traité convenablement par son propriétaire.

En 1978, à la Maison de l’Unesco, la Ligue internationale des droits de l’animal proclame la Déclaration universelle des droits de l’animal qui s’appuie sur la Déclaration des droits de l’homme. Un texte qui sera révisé en 1990, mais qui n’est pas juridiquement contraignant puisque non adopté par les États membres de l’ONU.

En France, à la même époque c’est l’article 521-1 du Code pénal qui condamne les auteurs d’actes de cruauté envers les animaux par un maximum de 30 000 euros d’amende et 2 ans de prison.

En vigueur depuis 2009 au niveau européen, le Traité de Lisbonne mentionne l’obligation pour les États membres d’adapter leur législation compte-tenu de l’exigence de bien-être des animaux en tant qu’êtres sensibles.

Depuis la loi du 16 février 2015, le Code civil français considère l’animal comme un être doué de sensibilité. Ce qui ne signifie pas pour autant que son statut de bien meuble a cessé d’exister, ne serait-ce que dans les faits. Néanmoins, que ce soit dans l’opinion publique ou parmi les juristes, le droit animalier est à un tournant de son histoire.

A l’instar des universités de Barcelone et de Bâle, l’université de Limoges, en partenariat avec la Fondation 30 millions d’amis qui a publié le premier Code de l’animal, délivre depuis deux ans des diplômes de droit animalier pour les étudiants ayant un bac + 2 et les personnes motivées. Une discipline en plein essor qui montre une évolution sociétale et qui devrait renforcer la protection juridique des animaux.

Sabine Brels est docteure en droit, cofondatrice et directrice du projet Global Animal Law GAL, en ligne: www.globalanimallaw.org.
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Le bien-être animal en question : l’éclairage de la juriste Sabine Brels

La question du droit et du bien-être animal suscite un intérêt croissant dans la société civile. Mais qu’entend-on par-là ? Que dit le droit français en la matière? Décryptage.

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par Myriam Goldminc

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Sabine Brels – DR

« La question du statut des animaux est complexe notamment du fait de la dichotomie existante entre les personnes et les biens en droit français », explique la juriste Sabine Brels, auteure d’une thèse sur le droit du bien-être animal dans le monde (éditions l’Harmattan) qui voue sa vie personnelle et professionnelle au service de la protection de la nature et des animaux. En effet, le code civil ne prévoit que deux régimes juridiques : celui des personnes, qu’elles soient physiques en tant qu’ individus ou les personnes morales représentées par un regroupement de personnes qui ont des droits et des devoirs et de l’autre côté, celui des biens meubles où sont classés notamment les animaux domestiques. Le droit civil actuel remonte au code Napoléon qui considère les animaux comme des biens appropriés et dont les prérogatives rattachées aux droits de propriété privé sont, selon l’adage latin « Usus Fructus Abusus » qui donne à son propriétaire les droit suivants : l’Usus, le privilège de l’utiliser; le Fructus, d’en retirer les fruits (les petits, la laine, le lait, etc.) et l’Abusus d’en retirer la vie. Néanmoins, l’article 521-l du Code pénal vient atténuer ces privilèges en réprimant les sévices graves, les mutilations intentionnelles ainsi que l’empoisonnement ou l’abandon et les abus sexuels envers un animal domestique, apprivoisé ou tenu en captivité. A noter que l’Allemagne a interdit la zoophilie seulement en 2015 et le Danemark les « maisons closes » pour animaux en 2016. Depuis le 16 février 2015, le code civil reconnaît que « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité ». Un texte qui provient d’une loi du 10 juillet 1976, figée dans le code rural: « Tout animal étant un être sensible doit-être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. »

Cette mention figure à l’article L.214 dont le nom a été repris par la médiatique association de protection des animaux, qui dénonce à travers les réseaux sociaux la violence faites aux animaux, que ce soit pour les conditions d’élevage, les transports ou les abattoirs…

Néanmoins, si le code civil depuis trois ans considère que l’animal est un être sensible, les corridas dans le Sud et les combats de coqs dans le Nord et dans les îles font figure d’exception grâce à des dérogations pour des pratiques dites « traditionnelles ». De même, le code pénal exclut les animaux sauvages en liberté. Par conséquent, ces derniers ne bénéficient d’aucune protection légale car ils sont selon la loi des Res Nullius ou choses sans maître, encore soumis au code Napoléon et ceci explique les droits des chasseurs envers les animaux. Par ailleurs les préfets ont toujours la possibilité d’établir des listes de « nuisibles » dans leurs départements.

Le bien-être animal, un concept paradoxal ?

Pourtant, si aujourd’hui dans le droit, les animaux sont mieux considérés, alors qu’entend-on par le bien-être animal ? Une définition existe au sein des normes intergouvernementales de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale). Comme les normes de l’UE visant l’harmonisation des systèmes de production animale, les normes internationales concernent notamment le transport et l’abattage des animaux. A noter qu’elles reflètent le plus petit dénominateur commun en regard des situations où la perception du bien-être animal diffère d’une région à l’autre, d’une culture à l’autre, et d’une personne à l’autre.

Les premières normes de l’OIE ont été publiées en 2005. Elles portent sur les animaux terrestres et les poissons d’élevage dans des configurations précises. Un animal évolue dans les conditions qui l’entourent, c’est à dire les besoins fondamentaux d’un animal (ou 5 libertés) : absence de faim, de soif, de malnutrition, absence de peur et de détresse, absence de stress physique et thermique, absence de douleur, de lésions et de maladie, et la possibilité pour l’animal d’exprimer les comportementaux normaux de son espèce. Pour Sabine Brels, ces normes viennent généralement rassurer les citoyens-consommateurs dans la mesure où il existe un corpus de normes concernant le bien-être animal. Mais dans les faits, c’est loin d’être le cas et ce, malgré les réglementations censées les protéger. « C’est un paradoxe de parler de bien-être animal que ce soit pour les mises à mort violentes dans les chaînes d’abattage, le broyage des poussins vivants, ou les vivisections dans les laboratoires, ou encore les méthodes cruelles de dressage dans les cirques, la castration à vif des porcelets, le gavage intensif des canards et des oies. » Les souffrances psychologiques ne sont pas prises en compte par le droit. Citons le stress des animaux pris en étau dans le couloir de la la mort, celle des veaux et leurs mères séparés peu après la peu après la naissance, et celles des animaux sauvages en captivité. « En vertu du droit actuel, il serait plus approprié de parler de réduction du mal-être ou de diminution de la souffrance animale, précise la juriste, plutôt que de parler de bien-être afin de viser véritablement un état positif des animaux, résultant de l’absence de souffrances  ainsi que de la satisfaction de leurs besoins physiques et comportementaux ». Selon cet état des lieux, plusieurs réflexions émergent, que ce soit au niveau scientifique, philosophique et juridique pour améliorer la condition animale et pourquoi pas, leur reconnaître des droits. Ceux-ci seraient certes différents des droits humains, mais les protégeraient véritablement. Ainsi l’idée de créer une troisième catégorie qui soit intermédiaire entre les personnes et les biens, ou plus récemment une deuxième catégorie qui classerait les animaux comme des personnes animales non humaines. Comme le propose Sabine Brels, nombre d’améliorations pourraient, peut-être à l’avenir, s’inscrire dans une convention-cadre universelle sur le bien-être animal à l’ONU, reposant sur des objectifs scientifiques, éthiques et juridiques, et devenir un nouveau droit pour l’humanité.

Sabine Brels est docteure en droit, cofondatrice et directrice du projet Global Animal Law GAL, en ligne: www.globalanimallaw.org.
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L’évolution de l’annuaire des JNE de 1971 à 2018

A la faveur de la présentation de son édition 2018 le 21 mars dernier au Chai de Bercy (lire notre compte-rendu ici), Richard Varrault, président de notre association, a retracé l’historique de l’annuaire des JNE.

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Richard Varrault, président des JNE, présente l’historique des annuaires de l’association au Chai de Bercy, dans le XIIe arrondissement de Paris – photo Carine Mayo

Dans le Chai de Bercy (75012 Paris), aux larges dimensions, 25 à 30 chaises avaient été installées en cercle, obligeant ainsi l’orateur à se placer au centre et à tourner presque en permanence afin de se trouver face un auditoire changeant à chaque rotation.

Après avoir prononcé les mots de bienvenue, de salutations et remerciements pour les présents, le Président a rappelé le décès de Nicole Aussedat le lundi 5 mars 2018 et présenté sa relation avec les JNE et Pew Charitable Trust, fondation dédiée à la conservation des océans pour laquelle elle travaillait, installée à la Maison des Océans, rue Saint Jacques dans le Ve à Paris.

Richard Varrault a ensuite demandé une minute de silence à la mémoire de notre consoeur disparue.

Il a ensuite entamé la présentation de l’annuaire 2018 en remerciant celles et ceux qui ont participé à sa création.

Notamment Carine Mayo qui a réintroduit une pratique éditoriale de 1976, qui s’est perdue par la suite, sur les livres publiés par nos adhérents. Carine a travaillé à l’élaboration de cet annuaire et a également suivi le BAT final, avec le maquettiste, et les nombreuses petites suggestions techniques qu’il faut trouver pour les cas particuliers dans la réalisation. Ces principaux instigateurs de l’annuaire ont ensuite été salués par des applaudissements.

Le Président a ensuite remercié Christel Leca qui a justement pu se libérer de sa bonne ville de Lyon pour être avec nous. Richard Varrault l’a remerciée pour sa très bonne gestion des adhérents qui fait que vous êtes à la bonne place dans l’annuaire et avec la photo qui vous correspond. Un grand merci à Christel pour sa patience et sa ténacité. Elle a aussi été saluée par des applaudissements.

Le Président a également remercié Myriam Goldminc, notre attachée administrative et commerciale, qui use de ses techniques de persuasion pour trouver d’une part les annonceurs qui seront présents soit par leur publicité, soit en tant que membres associés, donc en finançant les JNE, tout comme pour trouver, ou une salle, ou un transport pour nous conduire là où nous souhaitons aller, ou des participations financières pour tel ou tel événement. Il a rappelé sa facilité à tirer toutes les ficelles et obtenir, toujours, des prestations de qualité, comme lors de notre AG 2017 dans les Vosges. Elle a aussi été saluée par des applaudissements.

Historique de l’annuaire

J’ai préféré vous parler des évolutions de l’annuaire depuis la création de l’association en 1969 en vous présentant, symboliquement, puisqu’il n’y a pas de projection, vous devrez donc faire ce que l’on appelle en sciences une expérience de pensées pour vous représenter ce que je vais vous décrire.

Pour ma part, mais les historiens qui étudieront nos archives auront sans doute un point de vue différent, je considère que le premier annuaire est le cahier Clairefontaine de 48 pages, sur lequel le fondateur, Pierre Pellerin, a noté minutieusement et numéroté les adhérents qui l’ont rejoint après la création de l’Association A.J.E.P.N (Association des Journalistes Ecrivains pour la Protection de la Nature).

Dans son cahier, sur sa première page, Pierre Pellerin a noté le nom de l’association en grosses lettres bleues et en dessous il a scotché l’annonce de la déclaration au 31 mars 1969 et la parution le 12 avril 1969 au Journal Officiel.

Il a ensuite écrit les noms et adresses personnelles de chaque adhérent sur la page de gauche et l’adresse professionnelle sur la page de droite. Plus loin, il s’est construit un tableau dans lequel il a précisément écrit le no d’enregistrement, le nom, l’adresse, la date, le montant et une colonne observation où il indique membre actif ou bienfaiteur. Avec le dernier nom inscrit il arrive au numéro 0480 le 28/10/1980. Cette date confirme qu’il a utilisé son cahier plus d’une dizaine d’années. Bon an mal an, il devait y avoir plus de 300 adhérents dans l’association. Puisqu’il y a eu des départs et quelques décès.

Aujourd’hui, avec un comptage reparti à un en 2010, nous en sommes à plus de 1 200, ce qui signifie que 1200 cotisations ont été réglées par les journalistes JNE qui ont au moins cotisé une fois en tant qu’adhérent. Mais en 2018, c’est une base de données, opérationnelle en 2013, qui se charge de trier ceux qui ont payé de ceux qui sont en dette et de relancer les retardataires…

Le petit cahier Clairefontaine de Pierre Pellerin nous informe de manière précise de la gestion de l’association il y aura 50 ans en 2019.

Maintenant, je souhaite vous parler des annuaires en tant qu’objets qui permettent de visualiser la vitalité et la progression de l’association dans le temps.

Les deux premiers annuaires sont ceux de 1971 et de 1972-1973. Ce sont, j’en parle au présent parce que nous avons retrouvé ces documents dans nos archives dans un format particulier, dit à l’italienne dont la taille est de 210×147 mm. L’association a une extension en 1972-73 puisqu’elle se nomme alors AJEPNE (Association des Journalistes Ecrivains pour la Protection de la Nature et de l’Environnement). Le siège social est à l’époque au 57 rue Cuvier 75005. Qui est aussi l’adresse du Courrier de la Nature, publication qui existe encore aujourd’hui et qui est la revue associée à la Société nationale de protection de la nature, dont le premier numéro date de  1961 et en a pris l’édition à partir de 1967, selon leur site internet.

Ces deux premiers annuaires ne sont qu’une liste alphabétique des adhérents avec adresses personnelle et professionnelle. Chaque annuaire ne compte qu’une quarantaine de pages.

Dans l’annuaire de 72-73 on trouve au numéro 0132 Marguerite Yourcenar, domiciliée à Petite Plaisance Northeast Harbor Maine 04662 (USA).

Cet annuaire comporte une liste complémentaire et rectificatifs au 1er janvier 1974 avec le nouveau CA, 2 erratas et 2 décédés et avec 2 adhérents québécois.

Après l’édition de ces deux premiers annuaires, les prochains vont sortir environ tous les 2 ans jusqu’à l’an 2000 où à partir de cette année-là, l’édition sera annuelle.

Repartons à ces débuts, celui de 1976 est plus complet que les précédents, outre la liste des adhérents nous trouvons un sommaire pour se repérer dans les 88 pages de ce nouveau format, présenté classiquement en paysage soit 105 x 150 mm. Les têtes de chapitre sont « les grandes initiatives de l’AJEPNE de 1969 à 1973 », le « compte rendu d’activité de 1974 adopté à l’AG du 10 avril 1975 », « les activités de 1975 » et les « Principaux ouvrages (non épuisés) sur l’environnement, la qualité de vie, la nature, la faune et leur sauvegarde publiés par des membres de l’AJEPNE depuis sa fondation ». Vous observerez que ce que nous avons fait en 2018, 40 ans avant, nos anciens avaient déjà eu cette idée de faire connaître à tous les adhérents ce que les membres avaient publié… Ce n’est qu’une remise à jour d’une vieille idée de la diffusion des intérêts portés par l’association.

Notons aussi dans cet annuaire de 1976, un projet, souvent évoqué sous différentes formes, « Vers une fédération des journalistes de la nature » qui intéressait alors la France, la Belgique, la Suisse et aussi le Québec. Dans les années qui suivent on ne retrouve plus trace de ce projet. Peut-être les archives papier, échanges de lettres et autres ont gardé la preuve de cette tentative de fédération (mais je n’ai pas eu accès à ces éléments).

L’annuaire de 1978 est dans le même style, tant au niveau du format que du contenu.

De 1978 on passe à 1982, l’association a encore changé son appellation et est devenue en 1981 les JNE, nom conservé jusqu’à aujourd’hui. La couverture orange de 1982 comporte la feuille de houx avec JNE noté à l’intérieur d’un fond blanc découpant la feuille.

Le titre porte l’article « Les », qui semble s’être escamoté au fil des ans et qui a pourtant été réactualisé début 2018 lors de notre changement de siège social, par la sous-préfecture de l’Häy-les-Roses. Donc je pose la question : faut-il le remettre sur la couverture de l’annuaire 2019 puisque la transmission de préfecture en préfecture le confirme ?

Parmi les initiatives de 1980, j’ai retenu un grand voyage en mars en URSS comportant des étapes variées et d’intérêts écologiques.

Le suivant, en 1985, reste au même format, mais n’est plus agrafé et passe en dos collé, la couverture est vert clair et il comporte 128 pages.

Je relève pour les activités de 1982, un voyage sur les rives du lac Baïkal et en juillet au Canada pour une réunion des peuples autochtones où la délégation JNE put étudier au cœur de la Grande Prairie, l’impact du mode vie américain sur la traditionnelle écologie vécue des Amérindiens et des Inuits.

L’annuaire de 1989 est de couleur jaune, en dos collé et de 126 pages. Je note dans les 1ères pages que l’association est affiliée à la Fédération Française des Sociétés de Protection de la Nature, France Nature Environnement. Un vibrant hommage, page 83, au rappel du décès de Marguerite Yourcenar en 1987 qui versait un don jusqu’à 20 fois supérieur au montant de la cotisation (100 F pour un membre actif).

Dans ses activités, les JNE rappellent l’expédition en 1988 sur les lieux mêmes de la catastrophe de Tchernobyl et les reportages publiés au retour, qui représentent une performance journalistique peu commune.

En 1991, changement de format, les JNE voient plus grand avec un annuaire de 147×210 mm, agrafé de 50 pages et de couleur rouge. Mais ont disparu les sommaires et les activités antérieures, ce n’est qu’une liste des adhérents au 1er janvier 1991.

En 1993, l’annuaire reste dans ses nouvelles dimensions, la Présidente est alors Nicole Lauroy, Pierre Pellerin est Pdt d’honneur-fondateur, on y trouve un mode d’emploi, les statuts et la liste des adhérents au 1er janvier 1993. Le prix de l’annuaire est de 125 F.

Pour 1995, le format est identique, agrafé de 64 pages, avec les deux premières publicités en 2e de couv. pour Gaz de France et la 3e de couv. pour Yves Rocher.

C’est aussi l’apparition du premier e-mail fje@globalnet.gn.apc et d’un n° d’ISSN 1154-8347

Le prix est fixé à 150 F.

En 1997, même format avec 64 pages et publicité pour Gaz de France en 2e de couv.

L’e-mail change et devient 101361.75@compuserve.com Le président est Claude-Marie Vadrot, la 3e de couv. est pour le Canard Sauvage avec un bulletin d’abonnement à 120 F/an pour 6 numéros. Le prix est fixé à 250 F.

En 1997, le format est identique, l’e-mail change encore, AJNE@compuserve.com

Le prix est de 300 F.

Pour toutes ces années, je ne vous ai pas ennuyé avec les changements d’imprimeurs, ni les modifications du siège social. Pour les années 1990, je peux vous dire que le siège était au 38 rue de la Croix-des-Petits-Champs (NDLR siège de Victoire Editions) dans le Ier à Paris.

Avant de passer aux années 2000, je vous indique que le premier chèque fait par Pierre Pellerin pour l’association a été le règlement par chèque pour 53,75 F sur le Crédit Lyonnais pour la parution au Bulletin officiel de la naissance de l’AJEPN.

Et en 1969, quand Pierre Pellerin envoyait une demande pour rejoindre l’AJEPN avec un bulletin d’adhésion, complété des tarifs, soit : membres actifs personne physique 10 F, personne morale 50 F, bienfaiteur personne physique 50 F et personne morale 250 F.

L’année 2000 marque une rupture dans l’aspect extérieur de l’annuaire. Il entre dans un format que je qualifierai de livre avec ses dimensions de 125 x 210 mm, son dos collé, sa couverture, en couleur et ses pages de publicités associées à nos partenaires financiers qui nous apportent encore aujourd’hui de quoi faire vivre les JNE.

C’est toujours un annuaire sans photo. Mais c’est le premier où la publicité est importante. Beaucoup de régions, plusieurs pages avec des encadrés en N & B ou en couleurs et, chose étrange et bien curieuse aujourd’hui, une publicité pour Coca Cola en tant que mécène pour le Prix environnement santé 2000, ainsi qu’une publicité pour le véhicule électrique à travers l’association Avere.

L’email a encore changé, JNE@free.fr . J’ai compté 16 pages de pub plus les 2e, 3e et 4e de couv. Le prix est fixé à 300 F.

Je suppose que ce devait être le 1er contrat avec notre régie publicitaire, PREM, qui fera d’ailleurs son auto-promotion plus tard dans quelques annuaires.

Le siège est toujours au 38 rue Croix-des-Petits-Champs.

En 2001, le format est identique, le courriel est toujours le même, mais pour la 1ère fois apparaît l’adresse du site internet JNE-asso.org

Dans la présentation se trouvent 9 délégués et correspondants régionaux. Les JNE comptent 290 professionnels inscrits, un marque-page pour le Pôle de compétences sites et sols pollués est présent. Le prix est toujours de 300 F. Il y a 11 pages de publicités plus les 2e, 3e et 4e de couv.

2002, la France est passée à l’euro, le prix est de 46 €. Il y a toujours 290 professionnels. 10 pages de publicités et les 2e, 3e et 4e de couv.

2003 est quasiment identique, il y a 280 professionnels, 15 pages de publicités et les couv.

Idem pour 2004, 46 €, 280 professionnels. Une publicité pour l’Andra et 13 pages de publicités plus les couv.

2005 est pratiquement identique.

2006 marque l’arrivée de Carine Mayo à la présidence des JNE et un nouveau siège au 38 rue de la Folie-Regnault 75011. 280 professionnels, une référence à la FIJE et aux délégués et correspondants régionaux. L’annonce de la publication d’un calendrier-agenda des manifestations environnementales 2006.

2007, le prix est toujours à 46 €. Apparition de Pascal Canfin parmi les adhérents, journaliste à Alternatives Economiques. 9 pages de publicité plus les 2e,3e, 4e de couv.

Le nombre d’adhérents diminue un peu et passe à 270 professionnels.

2008, installation du siège au 7 ter rue Colonel-Oudot, dans le XIIe. Pascal Canfin est trésorier.

Le nombre d’adhérents diminue encore légèrement et passe à 260. 18 pages de publicité plus les 2e, 3e, 4e de couv. Richard Varrault devient adhérent.

2009, Pascal Canfin est remplacé par Nathalie Tordjman au poste de trésorière. 260 professionnels. Edito de Carine sur la crise économique et financière et la crise écologique de 2008. 11 pages de publicité plus les 2e, 3e, 4e de couv.

2010, édito de Carine sur les 40 ans au Parc de la Vanoise et un numéro anniversaire du Canard Sauvage. 2010 fut l’année de la biodiversité. C’est la première année que l’annuaire présente des photos des adhérents (pour ceux qui l’ont fournie) en N & B. 9 pages de pub plus les 2, 3, 4e de couv.

2011, toujours 260 professionnels, c’est l’année internationale des forêts et nous tenons notre congrès à Cassis. 8 pages de publicité plus les couv.

2012. Richard Varrault devient trésorier. Les JNE envoient une délégation à Rio+20, dont certains étaient déjà présents à Stockholm en 1972 et à Rio en 1992. Edition d’un numéro spécial du Canard Sauvage, « de Stockholm à Rio +20 ». 8 pages de publicité plus les couv.

2013, cap vers les Cévennes et la vallée de la Vis, 240 professionnels. 3 pages de pub plus les couv.

2014, les photos passent du N & B à la couleur, presque tous les adhérents ont leur photo dans l’annuaire. Il s’enrichit de deux nouvelles rubriques avec l’actualité de l’année précédente avec photos couleur et la présentation des JNE en quelques dates clés et un encadré avec les personnalités ayant fait partie des JNE. S’y ajoutent les parcours particuliers de deux adhérents par deux textes écrits par eux. Apparition des membres associés. Je compte 213 adhérents pour cette année 2014. 4 pages de pub plus les couv.

2015, PREM assure encore la régie publicitaire. 240 professionnels annoncés dans la présentation. Officialisation de l’AJEC21 (créée en 2014 avec l’AJE). Etablissement d’un programme pour les journalistes. Dans la vie de l’association, présentation des voyages à Totnes, à Grande Synthe et au salon Biobernai. Deux grands témoins sont présents. Trois pages de publicité plus 3e, 4e de couv.

2016, beaucoup d’activité en 2015, les nanos, le TAFTA, voyage AJEC21 à Hambourg, et à la Commission Européenne à Bruxelles, congrès dans le Parc naturel des boucles de la Seine, visite de la ferme du Bec Helloin et salon Biobernai. En 2016, il y aura le tribunal Monsanto, le voyage en Aquitaine et dans le Vercors. Deux grands témoins. Notre régie Prem nous a quittés. Que 2 pages avec publicité et 4e de couv.

2017, vous avez eu l’annuaire et 2018 vous allez l’avoir ce soir.

Merci et bonne soirée.

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Visite des JNE à l’éco-centre du Bouchot 

La visite du Bouchot (prononcer « Bouchote » en version locale) a été un temps fort des deux journées dédiées par les JNE à la découverte de la permaculture dans le centre de la France.

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par Jean-Claude Noyé

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Le centre agro-écologique en Sologne – photo Anneli Airaksinen

C’est au Bouchot que nous avons posé notre besace, dormi et mangé. Et pris du temps pour rencontrer nos hôtes, Anne et Jean-Philippe Beau-Douëzy, dans des échanges fraternels (osons le mot), animés, marqués du sceau de la passion et de l’esprit de contradiction chers aux JNE. JNE dont Jean-Philippe est un membre de longue date. « Ma famille de coeur », « une association à laquelle je suis très attaché », a-t-il rappelé à plusieurs reprises. Non sans évoquer telle ou telle figure historique auprès desquelles il a, dès la première heure, forgé sa conscience « insurrectionnelle ». Les discussions à table lors du dîner – dans la véranda aménagée par Jean-Philippe lui-même, comme, du reste, la totalité des bâtiments de ferme – auront ainsi été l’occasion de confronter des visions différentes, contradictoires pour les uns, complémentaires selon les autres, de l’engagement écologique, entre pragmatisme-réalisme ou refus du compromis. Au menu, entre autres : que fait Nicolas Hulot au gouvernement ? Est-il, oui ou non, un écolo-traître ? Faut-il, comme le propose Maxime de Rostolan, créer un corps de « paysculteurs » ou nouveaux intermédiaires entre ceux-ci qui travaillent la terre et ceux qui les aident à en vivre ? J’en passe et des meilleures. L’occasion, en tout cas,  pour Jean-Philippe et Anne, de réaffirmer cette conviction : ce n’est tant par les opérations médiatico-politiques que les choses bougeront, que par la multiplication des actions locales, anonymes, à l’initiative de personnes qui se retroussent les manches.

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Une opinion forgée … sur le terrain. Terrain que le maître es céans nous a fait visiter le lendemain, avec enthousisame, après un petit-déjeuner copieux lui-même précédé, pour quelques courageux, d’une séance de yoga animée par Noriko dans le zôme :  une structure de forme circulaire, composée de losanges en bois agencés en double spirale, d’une surface de 60 mètres carrés. Aménagé au centre d’un jardin mandala baptisé Séligonia, il sert de salle polyvalente où se retrouvent les nombreux stagiaires qui fréquentent ce lieu situé en plein coeur de la Sologne, à Pierrefitte-sur-Sauldre. Stagiaires en agroforesterie, géobiologie, permaculture formés par des spécialistes devenus au fil du temps des amis d’Anne, Jean-Philippe et leurs deux filles Mathilde et Lucille. Mais, tout aussi bien, stagiaires en yoga et autres disciplines apparentées au développement personnel car ici la permaculture est clairement réaffirmée comme une approche tout autant culturale que culturelle, un mode relationnel doux et résilient qui inclut notre rapport à la terre et notre relation aux autres. Ou, plutôt, à l’ensemble du vivant. La ferme tricentenaire du Bouchot rachetée par nos hôtes en 2002 est ainsi rebaptisée « F.E.R.M.E = faire ensemble dans le respect mutuel avec la permaculture ». Et présentée comme « un lieu d’expérimentation, de partage, d’ouverture d’esprit et de convivialité autour des principes de la permaculture ».

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Le Bouchot : cueillette dans le jardin mandala photo Carine Mayo

Force est de constater qu’en l’espace de 15 ans, Anne et Jean-Philippe ont su transformer ce « désert agricole » en une terre souriante où poussent une multitude d’arbres et de légumes anciens ou nouveaux. Comment transformer une terre sableuse, pauvre en humus comme en minéraux, en un sol vivant et pérenne ?  Equation délicate, solutionnée par eux à force d’ardente patience, en mariant savamment les plantes et en multipliant les couches de substrats divers pour créer un nouvel humus. Quitte à récupérer ici et là tout ce qu’il est possible de branchages et autres structures végétales en décomposition. Une expérimentation concluante si l’on s’en réfère à l’aspect luxuriant, presque tropical, des deux jardins forestiers en forme de mandala qui fournissent l’essentiel de la production locale. Et qui « présentent de nombreux intérêts comme communautés de plantes ». L’objectif  ? Atteindre, à terme, l’autonomie alimentaire pour ce qui est des légumes et des fruits (cuisinés et consommés directement sur place). L’acquisition récente d’un terrain adjacent, qui porte désormais la superficie totale du Bouchot à 4 hectares, devrait permettre un redéploiement de l’activité et de réaliser cette ambition.

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Au centre du Bouchot, Jean-Philippe Beau-Douézy répond aux questions de Myriam Goldminc, tandis que Jean-Claude Noyé (à dr.) prend des notes – photo Anneli Airaksinen

Prendre racine. Cette métaphore ne s’applique pas seulement aux mille et un végétaux que ce baroudeur au long cours et cette avocate ont réussi à faire pousser sur une terre ingrate. Elle s’applique à eux-mêmes. En clair : comment se faire accepter dans un lieu d’où on n’est pas originaire et où on a choisi de faire son « recours »  à la terre ? Equation encore plus délicate.

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C’est avec un humour jovial, où perçait parfois, dans sa voix de stentor, une pointe d’amertume, que Jean-Philippe nous a confié ses démêlés avec les propriétaires des grandes fermes voisines dont l’hostilité, jointe à un manque récurrent de moyens, a compliqué l’installation de ces néo-ruraux.

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En réponse, ils n’ont eu de cesse de créer une « tribu » composée des amis, stagiaires, woofers qui viennent vivre et travailler ici  quelques jours, quelques semaines ou quelques mois.  En somme, une illustration de la résilience permaculturelle. Et, en ce qui me concerne, un coup de coeur.

 

 

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Au Maroc, l’arganier, arbre de vie menacé

Au Maroc, l’arganier est un arbre endémique des régions arides, vieux de 65 millions d’années. Depuis la nuit des temps, il est une ressource précieuse pour les Berbères de l’Atlas. Aujourd’hui, les forêts d’arganiers se sont réduites de deux tiers en cinquante ans. C’est pourquoi des actions sont en cours pour préserver cet arbre qui peut survivre dans des conditions extrêmes et fait barrage à la désertification.

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par Myriam Goldminc

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Paysage du Sud Atlas – photo Myriam Goldminc

Trois millions et demi de Marocains vivent de l’argarneraie (plantation d’arganiers). Cet arbre, extrêmement résistant à la sécheresse, dépasse rarement les 10 mètres. Il possède des rameaux épineux, des feuilles persistantes et des racines qui peuvent atteindre 25 mètres.

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Le bois très dur sert de matériel de construction, on l’utilise pour la cuisson et le chauffage, le feuillage et les fruits pour l’alimentation du bétail.

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Les amandons permettent l’extraction de l’huile d’argan utilisée par les femmes du sud-marocain pour leurs soins corporels et capillaires à cause de sa richesse en vitamine E qui hydrate la peau.

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Un arbre fournit 1 litre d’huile par an ! Il faut près de 2 jours de travail pour produire un seul litre d’huile. Le tourteau est donné aux animaux. Ce processus laborieux est effectué par les femmes qui se transmettent de génération en génération leur savoir-faire.

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« Depuis 2014, l’arganier est classé patrimoine culturel de l’humanité par l’UNESCO », explique Katim Alaoui, directrice générale de la Fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier. « Il y a encore une dizaine d’années, le travail se faisait en respectant le cycle de production naturel, mais l’engouement actuel pour l’huile d’argan a bouleversé certaines pratiques ». Ainsi, les fruits cueillis avant terme sur l’arbre ont un impact négatif pour la régénération naturelle. De même, le développement de l’agriculture intensive fait disparaître l’arganeraie au profit des vergers. En montagne, la forêt est soumise au surpâturage et à une surexploitation du bois. Les conséquences de cette déforestation massive provoquent une érosion du sol avec une baisse de la nappe phréatique. Près de six cents hectares d’arganiers disparaissent chaque année, entraînant l’accentuation de la désertification.

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Des actions de sauvegarde indispensables !

Katim Alaoui, directrice générale de la fondation Mohammed VI pour la recherche et la sauvegarde de l’arganier – photo Myriam Goldminc

« C’est pourquoi la Direction Régionale des Eaux et Forêts qui lutte contre la désertification du Haut-Atlas s’est fixée comme objectif de planter 13.806 ha d’arganiers à l’horizon 2024 », précise Katim Alaoui. D’ores et déjà, cette régénération artificielle se fait en pépinières avec 220 000 arbustes qui sont plantés par an. D’autres projets sont mis en œuvre comme le développement de filières de gestion durable de l’huile d’argan. Des partenariats publics-privés avec des grandes marques de cosmétiques permettent de recueillir des fonds : sur chaque produit vendu à base d’argan, un euro est reversé pour les plantations d’arganiers. Pour recréer l’écosystème au pied des arbres,des plantes aromatiques et médicinales sont plantées : thym, romarin, euphorbe. ll y a une vingtaine d’années, les premières coopératives féminines ont vu le jour, elles sont plus de 150 aujourd’hui.

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Pour éviter l’abattage des arbres, des fours solaires ont été distribués dans les coopératives par le ministère de l’Agriculture. Ils contribuent à la préservation de l’arganeraie et l’économie de 7 à 10 kg de bois par jour et par four et permettent la scolarisation des petites filles qui devaient faire des kilomètres pour chercher du bois. Depuis 2012, le ministère de l Agriculture a lancé un label produit du territoire qui offre au consommateur une traçabilité du produit et aux femmes d’être mieux rétribuées sans avoir à passer par des intermédiaires. Des universitaires se sont intéressés à l’extraordinaire vitalité des caprins alimentés par les tourteaux d’argan. Ils ont découvert dans leur composition une action anti-inflammatoire et prochainement un médicament à base d’argan devrait être commercialisé. Les qualités de l’arganier n’ont pas fini de nous surprendre !

 

Cet article a été réalisé dans le cadre du voyage AJEC21 (JNE et AJE) au Maroc à l’occasion de la COP 22 de Marrakech en novembre 2016. Il est paru en février 2017 dans la revue Plantes et santé.

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L’agdal, mode de gestion traditionnel des ressources naturelles par les communautés berbères

Dans le cadre du voyage au Maroc de l’AJEC21 (regroupant les JNE et l‘AJE) pour la COP22, rencontre autour de l’agdal, mode de gestion traditionnel des ressources naturelles par les communautés berbères.

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par Myriam Goldminc

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Geneviève Michon de l’IRD, 2e en partant de la gauche, avec des journalistes des JNE. Au centre de la photo, un berger berbère – photo Myriam Goldminc

 

Spécialiste des savoirs locaux et de la domestication de la forêt, Geneviève Michon est directrice de recherche à l’Institut de Recherche sur le Développement (IRD).

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Elle nous explique en quoi consiste l’agdal, un système de gestion communautaire des forêts et des pâturages mis en place par les paysans berbères pour assurer un accès partagé aux ressources naturelles.

Cliquez sur le lien ci-dessous pour écouter notre entretien audio avec Geneviève Michon.

agdal

 

 

Pour en savoir plus sur la COP 22, voir le dossier de la SERE (cliquez ici).

 

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