Évènements et visites

Compte-rendu de la visio-conférence JNE de Jean-Claude Génot sur la nature sauvage

Pour éclairer les réflexions autour du thème de recherche « Que reste-t-il de la nature sauvage en France et dans le monde ? », choisi par l’association pour l’année 2021, les JNE ont organisé le 24 février dernier une visio-conférence avec Jean-Claude Génot, rédacteur en chef du bulletin Naturalité. La conférence était animée par Carine Mayo.

par Christine Virbel

Jean-Claude Génot, écologue et membre des JNE

Jean-Claude Génot nous a tout d’abord indiqué que le mot « sauvage » a pour racine le mot latin silvaticus, qui se réfère à la forêt. Ainsi, la forêt est le lieu du sauvage, des animaux non domestiqués, voire des humains qui y vivent, comme les Indiens d’Amérique, considérés autrefois comme sans foi ni loi et à ce titre traités de « sauvages ».

Mais pourquoi ajouter l’adjectif « sauvage » au mot nature alors que la nature est ce qui est spontané et en libre évolution ? Tout simplement parce qu’il existe peut-être autant de définitions du mot nature que de personnes qui l’exploitent. Ainsi, un forestier dira que la nature est une forêt gérée, sinon elle risque de dépérir ; un arboriculteur présentera son verger comme un espace de nature, un agriculteur parlera de son champ de maïs… C’est pourquoi l’on conserve l’adjectif « sauvage » pour préciser de quoi l’on parle.

Toutefois, selon le philosophe Baptiste Lanaspèze, la nature sauvage est aussi le brin d’herbe qui pousse à travers le trottoir d’une ville ou les arbustes sur un terrain vague. Le sauvage n’a pas besoin d’être vierge ou intact pour exister. Ce peut être aussi le renard ou la fouine qui s’installent en milieu urbain ou encore le loup qui revient de lui-même en France depuis l’Italie en s’affranchissant des frontières humaines. La nature sauvage existe et existera toujours.

Le terme naturalité existe aussi pour parler du caractère naturel d’une chose et sert aux écologues à caractériser un degré de naturalité d’un espace (forêt, tourbière, zone humide). Pour caractériser la naturalité d’une forêt, on étudie des indicateurs comme les animaux et les végétaux présents et leur indigénat, la structure, la quantité de bois mort et de gros bois vivants, la maturité, la fonctionnalité (exemple la fonctionnalité d’une forêt alluviale est d’être inondée). Mais il n’est plus possible de définir un état de référence initial en raison de l’augmentation des températures, de la pollution de l’air, des eaux et des sols, des changements d’usage des sols ou de l’arrivée d’espèces exotiques. Il est également difficile d’établir une époque initiale de référence : révolution industrielle ou préhistoire ?

Le mot biodiversité ne restitue pas, pour Jean-Claude Génot, la complexité de la nature, notamment ses interactions. Car même si la biodiversité les inclut dans sa définition, sur le terrain, les gestionnaires utilisent des indicateurs liés aux espèces elles-mêmes et ne prennent pas forcément en compte les interactions des espèces avec leur milieu.

La libre évolution peut s’utiliser aussi pour parler de la nature sauvage, lorsqu’on laisse la nature s’exprimer sur un terrain quelconque.

Cela rejoint la notion de nature férale (féral se dit d’un animal domestique redevenu sauvage, en anglais feral est synonyme de wild) qui peut être une friche retournée à la nature. L’archétype de nature férale est la terre agricole abandonnée qui évolue vers le stade arbustif puis forestier. De très nombreux espaces naturels sauvages protégés dans le contexte européen, voire dans le monde entier, sont de la nature férale qui possède un héritage anthropique lié à de nombreux types d’activités humaines (agriculture, élevage, coupe de bois, habitations, industrie). Un espace de nature férale est un lieu de dédomestication où, par exemple, des plantes sauvages vont se croiser avec des cultivars et des plantes exotiques (c’est le cas de la vigne) pour donner une nouvelle espèce. Une plante peut également évoluer dans un nouveau contexte écologique et se modifier comme la renouée du Japon dont le patrimoine génétique n’a plus rien à voir avec l’espèce d’origine. Le sol conserve la « mémoire » des activités humaines depuis très longtemps, ainsi autour d’anciens châteaux médiévaux poussent certaines espèces végétales cultivées durant le Moyen Age qui n’ont rien à voir avec la flore de la forêt environnante.

D’une manière générale, on ne sait pas exactement vers quoi la nature férale va évoluer et c’est sans doute cette imprévisibilité qui gêne le plus les gestionnaires.

A la question « combien reste t-il de nature sauvage ? », Jean-Claude Génot nous a indiqué qu’en France, si on parle de sites strictement protégés, il y a 22 000 hectares de forêts domaniales en réserve intégrale soit 1,4 % des forêts domaniales et 0,13 % des forêts françaises (mais la chasse y est autorisée sauf pour le petit gibier et lorsque la présence de grands prédateurs comme le loup est attestée)… Mais en métropole, on dénombre environ 5 millions d’hectares de terres qui sont sans usages, mais dans certaines régions ce sont souvent des micro-sites alors qu’il faut plusieurs centaines, voire des milliers d’hectares pour réellement sauvegarder des zones naturelles.

Certains pays ont des lois intégrant la notion de « wilderness », comme la Finlande, la Norvège, l’Allemagne (Wildnis qui signifie sauvage), l’Autriche. L’Italie préserve aussi des zones en libre évolution et assume parfaitement la présence du loup et de l’ours. Certaines régions (le Frioul) ont protégé des sites en tant que zones de wilderness. Il existe d’ailleurs une société italienne de la wilderness. Par ailleurs, les forestiers n’ont plus le droit de toucher à la forêt dans les espaces protégés. Il existe aussi une société européenne de la wilderness qui fait de la certification de zones protégées considérées comme aires de wilderness. Dans sa Stratégie pour la diversité biologique, l’Allemagne souhaite protéger 2 % de nature sauvage sur son territoire et 5 % de forêts en libre évolution. Mais comme cela était difficile à appliquer par les propriétaires privés et les communes, elle a imposé 10 % dans les forêts des Länder.

Problèmes et solutions

La nature sauvage/férale est menacée depuis quelques années par les énergies renouvelables (parcs éoliens et solaires) qui cherchent des endroits sauvages pour s’installer, en mer aussi. Par ailleurs, depuis le Grenelle de l’Environnement, on favorise le bois pour le chauffage et la forêt a beaucoup rajeuni (il n’y a plus autant de vieux arbres). De plus, des espèces exotiques vont être plantées pour adapter la forêt au changement climatique, sans laisser la chance aux espèces locales de s’adapter.

Une des solutions est la stratégie de l’ASPAS consistant en l’achat de grands espaces naturels qu’elle laisse en libre évolution pour en faire des réserves de vie sauvage. En effet, les écologues ont constaté que lorsqu’on laisse un lieu libre, des décennies plus tard, la faune s’enrichit, les processus écologiques se déploient et le milieu gagne en maturité. C’est donc un moindre mal des effets du changement climatique sur la composition de la faune et de la flore si les processus naturels et fonctionnels s’exercent sans contrainte humaine.

Pour les particuliers propriétaires, la loi sur la biodiversité donne la possibilité des ORE (Obligations réelles environnementales) permettant de se fixer des règles pour respecter la nature, et par exemple favoriser la libre évolution.

Les conservatoires d’espaces naturels laissent, de fait, des zones en libre évolution car ils n’ont pas assez de moyens pour intervenir sur l’ensemble de l’espace, mais aussi parce qu’ils se rendent compte de l’intérêt qu’il y a à laisser des sites naturels témoins face au changement climatique.

En région parisienne, une ferme urbaine de spiruline fraîche

Le mardi 20 octobre 2020, un groupe de journalistes des JNE est allé visiter la première ferme urbaine qui produit de la spiruline fraiche à Paris : Algorapolis.

par Jean-Luc Fessard

Cette start-up très prometteuse a été fondée il y a trois ans par Gabriel Riboulet, son Président, et François Cassagne, son associé Directeur général et technique.

Les premières années ont été consacrées à la conception et la mise au point des premiers produits.

Le site où nous sommes allés est un lieu plutôt destiné à la R et D et à la démonstration avec des cours de cuisine. Bientôt, ils vont développer leur production au moyen de deux énormes projets : dès 2020 à la cité des 4000 à La Courneuve et en 2021 sur un site à Colombes (avec une ferme en hydroponie).

Ils s’inscrivent dans la consommation de protéines végétales qui connaît un véritable essor. La spiruline est une microalgue qui appartient à la catégorie des cyanobactéries qui sont, depuis des milliards d’années, à l’origine de la vie sur Terre en inventant la photosynthèse. La spiruline est à la fois riche en protéines végétales, contenant les acides aminés essentiels, mais aussi en vitamines et en minéraux. Elle est majoritairement commercialisée sèche. Algorapolis a fait le choix de la surgélation parce qu’elle préserve mieux les nutriments que le séchage habituellement pratiqué par les autres producteurs.

La spiruline fraîche qu’ils produisent, ils la commercialisent sous plusieurs formes : des sachets de petits cubes surgelés, des boissons à la spiruline et des souches. Ils ont fait le choix de proposer leurs produits dans une logique de circuits courts avec des livreurs à vélo.

Grâce à de nouvelles techniques de production, Algorapolis produit de la spiruline fraîche toute l’année, avec pour ambition d’accélérer le changement vers une alimentation plus saine et plus respectueuse de l’environnement.

Algorapolis 157 bis rue des Poissonniers, 75018 Paris
www.algorapolis.fr

Un déjeuner JNE à la crêperie Cœur de Breizh à Montparnasse

Les JNE ont tenu leur déjeuner mensuel de janvier 2020 à la crêperie Cœur de Breizh à Montparnasse. L’une des participantes nous la présente.

par Jane Hervé

La crêperie Coeur de Breizh à Montparnasse – photo Jean-Luc Fessard

Qui rêve de « cœur de braise » ? Sonorité comprise ! Il peut se rendre sans hésiter dans l’une des quatre crêperies du groupe Cœur de Breizh. Dans ces « authentiques crêperies bretonnes », dirigées par Cédric Costiou, il est possible de dévorer des crêpes fabriquées avec une incontestable farine de blé noir du pays bigouden, venue en direct de la Minoterie de l’Ecluse à Pont-l‘Abbé. Le propriétaire conseille même au tout venant la meilleure préparation de ce mets (farine, sel et eau), de surcroît la plus simple. Pour un menu à 13 €, il y a ici un bol de salade verte fraîche avec tranches de carottes râpées et deux rondelles de tomate, puis une crêpe au sarrasin agrémentée au choix de jambon, andouille, œuf, fromage ou épinard, etc. Dans l’assiette, des poussières de grain noir inscrites dans la dentelle de la crêpe, confortent la certitude d’une farine vraiment « complète ». Les ingrédients sont – au maximum – régionaux. Comme dessert, une crêpe au froment avec sucré, citron, miel, etc. En vente sur une table à l’entrée, des paquets de cette fameuse farine de sarrasin (2,50 € les 500 g) avec même une recette de « farz » à cuire dans le pot-au-feu. La bolée de cidre brut est comprise dans le menu. Pour se cultiver hors Bretagne lors du déjeuner, pourquoi ne pas chercher l’étymologie intrigante du mot cidre qui transite du latin au grec avec une origine hébraïque (shakhar, s’enivrer), et même une traduction arabe (sakar). Bonne bolée, donc avant le Kenavo !

Cœur de Breizh, 20 rue d’Odessa 75014 Paris.
Cœur de Breizh possède trois autres restaurants au 16 rue d’Odessa, au 53 rue des Martyrs 75009, et au 28 rue des Lombards, 75004.

Les 50 ans des JNE

Pour célébrer nos 50 ans, nous avons organisé une journée d’études intitulée « Être journaliste face à la crise environnementale : quels engagements depuis les années 1960 » qui a eu lieu le vendredi 18 octobre 2019 aux Archives Nationales auprès desquelles les archives des JNE ont été déposées pour l’occasion.

Et le soir, nous avons fêter cet anniversaire sur la baleine blanche.

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Congrès 2019 des JNE

Notre congrès s’est tenu du 17 au 19 mai 2019 au Chalet du Ticou de Bolquère (Pyrénées-Orientales), dans le Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes.

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Le lancement de l’annuaire 2019 des JNE à la Maison des Acteurs du Paris durable

C’est à la Maison des Acteurs du Paris durable que les JNE ont fêté le 28 mars dernier la sortie de leur annuaire 2019.

par Laurent Samuel

Richard Varrault, président des JNE, et Ana P. Souza Da Silva, animatrice de la Maison des acteurs du Paris durable, lors du lancement de l’annuaire 2019 des JNE, le 28 mars 2019 à la Maison des acteurs du Paris durable – photo Antoine Bonfils

Une petite vingtaine d’adhérents des JNE avaient fait le déplacement, dont notre doyen, Philippe  Saint-Marc (90 ans). Ana P. Souza Da Silva, l’une des animatrices de la Maison des Acteurs du Paris durable, nous a présenté les activités de cette antenne de la mairie de Paris installée dans une école du Marais, au 21 rue des Blancs Manteaux. Cette Maison se définit comme un « lieu d’animation et d’accueil des évènements organisés par les “Acteurs du Paris durable”», telles que, dans les prochaines semaines, la Quinzaine du commerce équitable ou la Fête de la Nature. Son slogan : « Un projet commence toujours par une rencontre… »

Richard Varrault, président des JNE, a présenté l’annuaire – une « cuvée » très spéciale pour le 50e anniversaire des JNE – remis à chaque participant, avant de détailler les événements et festivités programmées pour célébrer les 50 ans de notre association, avec le congrès-anniversaire qui a lieu du 17 au 19 mai dans le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, une journée d’études sur l’histoire des JNE prévue aux archives nationales le 17 octobre, et un colloque sur les plantes le 5 décembre.

 

Merci à l’équipe de la Maison des Acteurs du Paris durable pour son accueil.

Le lancement de l’annuaire 2018 des JNE

Le lancement de l’annuaire 2018 des JNE a été célébré le 21 mars dans la bonne humeur au Chai du Parc de Bercy, dans le XIIe arrondissement de Paris.

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Richard Varrault lors de l’AG 2018 © Carine Mayo



Richard Varrault, président des JNE, a présenté l’annuaire 2018 de l’association le 21 mars 2018 au Chai de Bercy (Paris XIIe)

Il a retracé l’historique de cet annuaire dont la première édition est parue en 1972, trois ans après la création de l’association en 1969.

Vous trouverez tous les détails sur l’annuaire 2018 et les moyens de se le procurer (si vous n’êtes pas adhérent des JNE)  en cliquant ici sur notre page dédiée.

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Merci à la Direction des Espaces verts et de l’Environnement de la mairie de Paris pour son accueil.
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Les JNE en Touraine à la découverte de la ferme de la Bourdaisière et du Conservatoire de la tomate

Le Tour de France des fermes en permaculture et en agroécologie a pris fin en Touraine le 16 septembre. L’occasion pour les JNE de rencontrer l’instigateur du projet, Maxime de Rostolan, au château de la Bourdaisière, là où tout a commencé, et de découvrir le Conservatoire national de la tomate.

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par Emilie Veyssié

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Permaculture à la ferme de la Bourdaisière en Touraine – photo Carine Mayo

C’est sous la pluie tourangelle que les JNE sont arrivés au château de la Bourdaisière à Montlouis-sur-Loire (Indre-et-Loire). Encapuchonnés ou tapis sous un parapluie, nous avons débuté cette journée avec la visite de la micro-ferme de la Bourdaisière en permaculture et labélisée bio. C’est ici qu’est né, en 2013, le projet de l’association Fermes d’avenir. Celle- là même à avoir organisé le 1er Tour de France dédié à la permaculture et à l’agroécologie du 15 juin au 16 septembre 2017.

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Nous rencontrons Xavier Mathias, formateur pour Fermes d’avenir et auteur de Au cœur de la permaculture1, qui apporte ses compétences techniques aux deux salariés de la ferme. Rapidement, nous découvrons le site : courges, choux, herbes aromatiques ou encore poires de terre poussent sur des couches en lasagnes mais aussi sur des bâches en plastique. Une fois récoltés, les fruits et légumes sont stockés dans un local fait de terre et de paille puis vendus en circuits courts : Amap et marchés. Aujourd’hui, la ferme n’est pas à l’équilibre économique même si Xavier précise que « nos chiffres sont meilleurs que chez un agriculteur classique ».

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Maxime de Rostolan nous rejoint, il est à l’origine de la ferme de la Bourdaisière et de l’association. Exténué par le Tour qui s’est terminé la veille, il est quand même venu nous dérouler le bilan positif de ces trois mois d’été : 220 visites de fermes et plus de 15 000 visiteurs quand même. Outre le Tour, Fermes d’avenir aide les paysans à créer leur ferme en permaculture et mène des actions de lobbying pour faire bouger le cadre législatif pour favoriser une autre agriculture.

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Le Conservatoire de la tomate

13 heures, c’est la pause déjeuner. Le soleil pointe le bout de son nez. Mais il fait encore trop juste pour s’installer au fameux bar à tomates du domaine. On nous installe alors au salon de thé. Soupe de tomates épicée, tartines au choix et fromage blanc et son granola au menu.

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Une des 650 variétés de tomates dans le potager du Conservatoire de la tomate – photo Emilie Veyssié

La visite se poursuit avec le point fort du château : le Conservatoire national de la tomate. La collection, labélisée ainsi depuis sa création en 1998, rassemble 650 variétés de tomates. C’est l’une des plus importantes de France. Elle a été initiée par Louis Albert de Broglie, le propriétaire du château de la Bourdaisière, suite à un voyage en Asie d’où il a ramené les premières graines.

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Le chef jardinier, Nicolas Toutain, est fier de son potager cultivé de façon biologique, dans lequel il n’y a pas que des tomates. Les légumes approvisionnent le bar à tomates mais ne suffisent pas à couvrir les besoins du restaurant du château qui peut faire jusqu’à cinquante couverts par service.

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La journée se termine dans le dahliacolor, un magnifique jardin coloré regroupant 220 variétés différentes de dahlias.

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1 Au cœur de la permaculture, Xavier Mathias, éditions Larousse.

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Visite des JNE à l’éco-centre du Bouchot 

La visite du Bouchot (prononcer « Bouchote » en version locale) a été un temps fort des deux journées dédiées par les JNE à la découverte de la permaculture dans le centre de la France.

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par Jean-Claude Noyé

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Le centre agro-écologique en Sologne – photo Anneli Airaksinen

C’est au Bouchot que nous avons posé notre besace, dormi et mangé. Et pris du temps pour rencontrer nos hôtes, Anne et Jean-Philippe Beau-Douëzy, dans des échanges fraternels (osons le mot), animés, marqués du sceau de la passion et de l’esprit de contradiction chers aux JNE. JNE dont Jean-Philippe est un membre de longue date. « Ma famille de coeur », « une association à laquelle je suis très attaché », a-t-il rappelé à plusieurs reprises. Non sans évoquer telle ou telle figure historique auprès desquelles il a, dès la première heure, forgé sa conscience « insurrectionnelle ». Les discussions à table lors du dîner – dans la véranda aménagée par Jean-Philippe lui-même, comme, du reste, la totalité des bâtiments de ferme – auront ainsi été l’occasion de confronter des visions différentes, contradictoires pour les uns, complémentaires selon les autres, de l’engagement écologique, entre pragmatisme-réalisme ou refus du compromis. Au menu, entre autres : que fait Nicolas Hulot au gouvernement ? Est-il, oui ou non, un écolo-traître ? Faut-il, comme le propose Maxime de Rostolan, créer un corps de « paysculteurs » ou nouveaux intermédiaires entre ceux-ci qui travaillent la terre et ceux qui les aident à en vivre ? J’en passe et des meilleures. L’occasion, en tout cas,  pour Jean-Philippe et Anne, de réaffirmer cette conviction : ce n’est tant par les opérations médiatico-politiques que les choses bougeront, que par la multiplication des actions locales, anonymes, à l’initiative de personnes qui se retroussent les manches.

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Une opinion forgée … sur le terrain. Terrain que le maître es céans nous a fait visiter le lendemain, avec enthousisame, après un petit-déjeuner copieux lui-même précédé, pour quelques courageux, d’une séance de yoga animée par Noriko dans le zôme :  une structure de forme circulaire, composée de losanges en bois agencés en double spirale, d’une surface de 60 mètres carrés. Aménagé au centre d’un jardin mandala baptisé Séligonia, il sert de salle polyvalente où se retrouvent les nombreux stagiaires qui fréquentent ce lieu situé en plein coeur de la Sologne, à Pierrefitte-sur-Sauldre. Stagiaires en agroforesterie, géobiologie, permaculture formés par des spécialistes devenus au fil du temps des amis d’Anne, Jean-Philippe et leurs deux filles Mathilde et Lucille. Mais, tout aussi bien, stagiaires en yoga et autres disciplines apparentées au développement personnel car ici la permaculture est clairement réaffirmée comme une approche tout autant culturale que culturelle, un mode relationnel doux et résilient qui inclut notre rapport à la terre et notre relation aux autres. Ou, plutôt, à l’ensemble du vivant. La ferme tricentenaire du Bouchot rachetée par nos hôtes en 2002 est ainsi rebaptisée « F.E.R.M.E = faire ensemble dans le respect mutuel avec la permaculture ». Et présentée comme « un lieu d’expérimentation, de partage, d’ouverture d’esprit et de convivialité autour des principes de la permaculture ».

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Le Bouchot : cueillette dans le jardin mandala photo Carine Mayo

Force est de constater qu’en l’espace de 15 ans, Anne et Jean-Philippe ont su transformer ce « désert agricole » en une terre souriante où poussent une multitude d’arbres et de légumes anciens ou nouveaux. Comment transformer une terre sableuse, pauvre en humus comme en minéraux, en un sol vivant et pérenne ?  Equation délicate, solutionnée par eux à force d’ardente patience, en mariant savamment les plantes et en multipliant les couches de substrats divers pour créer un nouvel humus. Quitte à récupérer ici et là tout ce qu’il est possible de branchages et autres structures végétales en décomposition. Une expérimentation concluante si l’on s’en réfère à l’aspect luxuriant, presque tropical, des deux jardins forestiers en forme de mandala qui fournissent l’essentiel de la production locale. Et qui « présentent de nombreux intérêts comme communautés de plantes ». L’objectif  ? Atteindre, à terme, l’autonomie alimentaire pour ce qui est des légumes et des fruits (cuisinés et consommés directement sur place). L’acquisition récente d’un terrain adjacent, qui porte désormais la superficie totale du Bouchot à 4 hectares, devrait permettre un redéploiement de l’activité et de réaliser cette ambition.

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Au centre du Bouchot, Jean-Philippe Beau-Douézy répond aux questions de Myriam Goldminc, tandis que Jean-Claude Noyé (à dr.) prend des notes – photo Anneli Airaksinen

Prendre racine. Cette métaphore ne s’applique pas seulement aux mille et un végétaux que ce baroudeur au long cours et cette avocate ont réussi à faire pousser sur une terre ingrate. Elle s’applique à eux-mêmes. En clair : comment se faire accepter dans un lieu d’où on n’est pas originaire et où on a choisi de faire son « recours »  à la terre ? Equation encore plus délicate.

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C’est avec un humour jovial, où perçait parfois, dans sa voix de stentor, une pointe d’amertume, que Jean-Philippe nous a confié ses démêlés avec les propriétaires des grandes fermes voisines dont l’hostilité, jointe à un manque récurrent de moyens, a compliqué l’installation de ces néo-ruraux.

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En réponse, ils n’ont eu de cesse de créer une « tribu » composée des amis, stagiaires, woofers qui viennent vivre et travailler ici  quelques jours, quelques semaines ou quelques mois.  En somme, une illustration de la résilience permaculturelle. Et, en ce qui me concerne, un coup de coeur.

 

 

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Congrès des JNE 2017

Le Congrès des JNE a eu lieu 9 au 11 juin 2017 à Haguenau et au château de Liebfrauenberg (Bas-Rhin). Sous le signe du partage !

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par Roger Cans

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Vendredi 9 juin

Le rendez-vous est fixé au petit matin à Paris à la gare de l’Est. On embarque dans le TGV de 7 h 44 pour Strasbourg, puis dans un TER pour Haguenau, notre destination finale, où nous retrouvons les membres transportés dans leur véhicule ou venus en voisins. Nous sommes accueillis par Françoise Delcamp, une élue chargée à la fois du fleurissement et de l’armée – la fleur au fusil, premier indice de partage ! Haguenau a fêté son 900e anniversaire en 2015. Elle compte 36.000 habitants, 2.000 entreprises et une communauté de 36 communes. Elle a gardé un mauvais souvenir de son annexion par Louis XIV, qui a démantelé alors toutes les installations de défense. Mais elle se vante d’avoir su conserver un centre-ville actif et convivial. Anémone Vierling, de la direction des grands projets d’aménagement, nous décrit les travaux engagés à la gare, avec cette grande passerelle à piétons au-dessus des voies, style Beaubourg. Le garage à vélos (200 places) va tripler et la gare sera reconstruite.

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Nous faisons alors un tour de ville en car, sous la conduite de Marthe Stiefel, historienne haguenovienne. Elle rappelle que la ville a été brûlée en 1677 et le château démantelé par Vauban. Elle nous fait admirer les vieilles rues avec leurs immeubles XVIIIe, un grand bâtiment qui a été successivement hôpital, prison, IUT, etc., et la Banque de France devenue Musée du bagage. Valentin Lett, des parcs et jardins, souligne combien la ville a fait d’efforts pour son verdissement : en 2011, elle a été gratifiée d’une « libellule » pour l’arrêt progressif des produits phytosanitaires, et de trois « libellules » en 2014, pour l’arrêt complet (« zéro phyto »).

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Anémone Vierling reprend le micro pour nous décrire l’éco-quartier Thurot (un général du temps des casernes) : un espace de 10 hectares naguère occupé par la cavalerie, qui accueillera un groupe scolaire, des logements sociaux (30 %) et des résidences pour seniors et juniors. Le bâtiment conservé est bordé par un parc longitudinal d’un hectare. Nous longeons ensuite la caserne d’artillerie, construite en brique (1888/1893), du temps où Haguenau était principalement une ville de garnison. Puis nous traversons un espace autrefois réservé à l’horticulture, et aujourd’hui planté d’immeubles d’habitation. Nous longeons le canal creusé au XVIIIe siècle contre les inondations et les berges de la Moder (affluent du Rhin) qui sont maintenues verdoyantes.

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Véronique Letan, chargée de l’Agenda 21 lancé en 2008, explique que le canal de la Moder est intégré dans la trame verte et bleue, et aussi dans la « trame noire », en l’occurrence un corridor sans éclairage pour aider les chauves-souris la nuit (une colonie de murins à oreilles échancrées s’est installée dans les combles de l’Hôtel de Ville). Il est prévu de créer des méandres dans le canal pour favoriser l’alevinage. Des moutons en bois ont été installés sur les berges pour habituer le public à la fauche tardive. On y laisse pousser les saules. Le car s’arrête au « plus beau rond-point de France », planté de vignes et d’herbes médicinales ou potagères, installées dans des palettes de récupération, avec des figurines en bois couleur garance, la plante que Haguenau cultivait pour obtenir des teintures rouges.

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Nous partons alors pour la forêt d’Haguenau, un massif de 19.000 hectares d’un seul tenant, dont 13.000 hectares de forêt « indivise », c’est-à-dire partagée à moitié par la ville d’Haguenau et à moitié par l’Etat. Ce régime unique en France d’une forêt domaniale partagée, remonte à une décision de l’empereur Sigismond, au XIVe siècle. Certains même la font remonter à la Charte de Frédéric Barberousse, en 1164… Ce statut n’a jamais été remis en cause depuis, malgré les guerres et les changements de tutelle. L’exploitation, la gestion et les investissements sont rigoureusement partagés à 50/50 entre l’ONF, chargé du domaine de l’Etat, et la ville d’Haguenau. L’exploitation du bois est encore assurée par une scierie, la Trendec, qui remonte à 1959, mais dont l’avenir n’est pas assuré. Car le bois est surtout exporté sous forme de grumes, et revient plus tard, après façonnage dans le Jura, le Massif Central ou l’Allemagne. Cette forêt de plaine, constituée surtout de chênes et de hêtres, fournit des merrains pour la tonnellerie de Bordeaux. La tempête Lothar, le 26 décembre 1999, a été une catastrophe. Des pans entiers de la forêt ont été jetés à bas, remplacés aujourd’hui par le bouleau.

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Claude Sturni, maire d’Haguenau (au centre) – entouré de Patrice Auro (à g.) et Roger Cans (à dr.) – a accueilli les JNE pour un déjeuner au Gros Chêne le 9 juin 2017 – photo Nadine Saunier

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Nous nous rendons pour déjeuner au site du « Gros chêne », ainsi appelé par la présence d’un chêne gigantesque de 7 m 60 de tour de taille, foudroyé en 1930. Il reste quelques beaux spécimens bien vivants, dont un chêne de 4 m 60 de tour, au port magnifique.

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Nous sommes accueillis au restaurant par Claude Sturni, maire d’Haguenau, qui précise que nous allons manger la fameuse flammekuche, qui n’est par une tarte flambée mais « lammée ». Elle nous est servie d’abord salée, avec oignons et lardons, mais aussi dans sa version végétarienne et même vegan, puis sucrée avec des pommes flambées au rhum.

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Le directeur régional de l’ONF, Benoît Cuiller, nous fait ensuite une présentation complète de la forêt, « sixième massif forestier de plaine en France ». Elle s’étend en effet sur 30 km d’est en ouest, avec une superficie totale de 21.000 hectares, dont 13.000 en indivis, et 12.100 hectares classés Natura 2000.

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Cette forêt mélangée, où cohabitent feuillus et résineux, représente un lien entre les massifs d’Occident gérés par l’Etat et les forêts d’Europe centrale plus variées. La tempête Lothar a détruit 4.000 hectares dans le tiers sud de la forêt, ce qui représente l’équivalent de dix récoltes annuelles.

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Balade dans la forêt de Haguenau lors du congrès des JNE le 9 juin 2017 – photo Nadine Saunier

En vitesse de croisière, la forêt d’Haguenau produit 50.000 m3 de bois par an. Elle n’abrite ni ours, ni loup, ni lynx. Le grand tétras y a disparu depuis 70 ans. Etienne Konn, chef du projet « Forêt d’exception » à l’ONF, annonce que la forêt d’Haguenau est l’une des 17 forêts domaniales à se porter candidate pour le label « forêt d’exception ». Sept forêts ont déjà reçu le label (pour cinq ans), et le comité national de pilotage étudie le cas Haguenau depuis 2015.

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Photo de groupe des JNE lors de leur congrès de juin 2017 autour de monument au chêne calciné installé en 1995 par l’artiste allemande Gloria Friedmann dans la forêt de Haguenau – photo Nadine Saunier

Nous nous rendons alors dans un site renommé pour ses pèlerinages, fin juillet, où une chapelle est dédiée à l’ermite Saint Arbogast. On évoque la présence dans la forêt de nombreuses tombes antiques ou « tumuli ». On nous décrit la biodiversité avec la présence d’espèces rares comme le pic noir, la chouette de Tengmalm, le pic mar, et des poissons comme le chabot et la lamproie de Planer. Pour préserver cette biodiversité, 230 hectares sont en réserve intégrale, 470 hectares de ripisylves protégés, et 50 hectares laissés à eux-mêmes après la tempête. Une trame de vieux bois traverse tout le massif.

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Nous finissons la visite par le parcours sportif qui chemine dans les plus belles parcelles, avec sept stations pourvues de citations littéraires et, au bout du chemin, le monument au chêne calciné installé en 1995 par l’artiste allemande Gloria Friedmann. L’occasion de faire une photo de groupe avec la trentaine de participants.

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Nous traversons la forêt pour en sortir, par le village de Beishwiller, puis Surbourg, Hoelschloch, Merkwiller, Pechelbronn, Preuschdorf, Mitschdorf et enfin Goerdorf, à travers une campagne alsacienne vallonnée et bien verte. A Goersdorf, nous montons jusqu’au château de Liebfrauenberg, un centre de rencontres protestant qui offre un hôtel restaurant, où nous mangerons, et une maison des jeunes, où nous coucherons. De sa terrasse, nous apercevons loin à l’horizon la cathédrale de Strasbourg, à une centaine de kilomètres de là. Nous sommes accueillis au Centre par notre ami Jean-Claude Génot, membre des JNE, au nom du Parc naturel régional des Vosges du Nord. Il sera notre guide durant la journée de samedi.

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Jean-Claude Génot introduit Christelle Scheid, de l’association Luchs Projekt, chargée depuis 2015 de la réintroduction du lynx au titre du programme LIFE. Elle refait l’historique de la réintroduction du lynx dans les Vosges, commencée en France en 1983 à titre privé (Christian Kempf) et officiellement sous l’autorité du ministère de l’Environnement. Elle s’est poursuivie jusqu’en 1993 avec des succès divers. Cinq félins sur les 21 réintroduits ont été braconnés. Car il n’y a pas eu de concertation avec les chasseurs. En outre, il y avait trop de mâles, ce qui n’a pas aidé une natalité déjà faible (une seule portée par an, soit un ou deux petits). Les lynx ont été importés de Slovénie, où ils sont concurrencés par l’ours, à leur détriment.

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Tout change le 1er janvier 2015, lorsque l’association allemande SNU (Fondation pour la nature et l’environnement) et le WWF Allemagne, en accord avec le land de Rhénanie-Palatinat et le Parc naturel régional des Vosges du nord, décident de réintroduire le lynx en Allemagne selon un programme LIFE, financé à 50 % par l’Europe. Avant les premiers lâchers, de multiples réunions de concertation ont été organisées avec les chasseurs et les éleveurs, pour éviter tout malentendu. Il est donc prévu de réintroduire vingt lynx en six ans, équipés de colliers émetteurs qui permettent de les suivre la première année. Ces lynx viennent tous des Carpates, via la Slovaquie et la Suisse. Sur les sept déjà relâchés, l’un a complètement divergé en s’installant dans les Vosges françaises, du côté de Gérardmer. Et une femelle a donné naissance à deux petits. Ainsi, l’Allemagne et la France partagent d’une certaine façon la réintroduction du lynx, qui ne connaît pas de frontières. Les lynx ont tous été relâchés au même endroit, à 40 km de la frontière française, et ils sont suivis par GPS.

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Les proies principales du lynx sont le chevreuil, le chamois, mais aussi les rongeurs et, parfois, un jeune sanglier. A raison de 3 kilos de viande par jour, le lynx vit durant une semaine avec un seul chevreuil, dont il cache la carcasse sous des feuilles. Son territoire de chasse est en moyenne de 100 km2 (10 km x 10 km). Des pièges photographiques permettent d’identifier les félins durant leurs randonnées nocturnes, car ils ont des taches de pelage qui sont propres à chaque animal. Côté français, on a instauré un « parlement du lynx » regroupant chasseurs, éleveurs, forestiers, élus et associatifs. Sous la conduite d’un médiateur professionnel, un livre blanc a été rédigé, qui mentionne les engagements pris par les uns et les autres. Ce livre blanc a été transmis au préfet de région le 21 avril de cette année. Une inconnue subsiste : que se passera-t-il lorsque les lynx franchiront la frontière ?

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Après le dîner, offert par le Parc, c’est l’assemblée générale des JNE. La présidente des JNE, Carine Mayo, lit un message de Nicole Lauroy, présidente d’honneur des JNE, qui nous informe de la création d’une association de « vétérinaires éthiques », Véthic. Elle rappelle la création l’an dernier de l’AJEC (JNE + AJE), afin de couvrir complètement les préparatifs et le déroulement de la COP 21, en décembre 2015. L’AJEC s’est dissoute automatiquement après la COP 22 de Marrakech, en février 2017, où nous avons été très présents. Myriam Goldminc a été embauchée à mi-temps en novembre 2016, afin de trouver des annonceurs pour l’annuaire des JNE et d’aider à la préparation des voyages (Marrakech, La Haye, Aquitaine, Vercors et le congrès). Elle va aussi se charger de trouver des subventions. Il y a eu un débat au sein de l’association lorsque Michel Sourrouille et Claude-Marie Vadrot ont suggéré que les JNE appellent à la candidature de Nicolas Hulot à l’élection présidentielle. Carine rappelle le procès intenté par Vincent Bolloré contre plusieurs médias et journalistes, dont notre amie Dominique Martin-Ferrari. Elle indique que Pierre Demeure s’est retiré du CA mais qu’il souhaite continuer à être le webmaster du site JNE. Pour le reste de l’équipe, pas de changement : Laurent Samuel est chargé du site, Danièle Boone des livres, et Christel Leca de l’agenda. Le changement majeur est la volonté de Carine de passer la main comme présidente, quitte à aider par la suite son ou sa successeur(e).

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Dans son bilan d’activité, la secrétaire générale Adeline Gadenne rappelle les six petits déjeuners organisés à la mairie du IIe arrondissement de Paris (Inde, Orang-outang, Fukushima, Guillaume Sainteny, etc.). Elle signale 13 nouveaux adhérents. L’effectif global est de 220 adhérents, plus ou moins à jour de cotisation. Le trésorier Richard Varrault rend compte du bilan financier. Les rapports sont tous approuvés à l’unanimité.

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Pour le programme à venir, un thème porteur est « l’animal et le droit » (lors d’un petit-déjeuner, inviter la philosophe interviewée par Claire Lecoeuvre, la L214, etc. – voir la thèse de l’INRA sur la contamination de la souffrance animale dans les abattoirs – voir l’anthropologie et les rituels sur les animaux, etc. – faire un appel aux articles écrits par les JNE sur le sujet). Autres sujets évoqués : les réfugiés climatiques et la réunion de novembre 2017 à Bonn pour les îles Fidji (communiqué de presse à Nicolas Hulot – voir le livre Paradis avant liquidation). Certains plaident pour la défense du plateau de Saclay (la « silicone vallée ») (lire ici l’article d’Annick et Serge Mouraret), ainsi que du domaine de Grignon, après le retrait du Qatar, et les projets de parc de loisir et centres commerciaux du côté de Gonesse, en banlieue nord (aller voir la ZAD de la Patate via Claire Lecoeuvre ?). Trois zones de terres agricoles de la région parisienne aujourd’hui très menacés.

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La soirée se termine par les votes pour le renouvellement de 5 administrateurs des JNE : sur 58 votants (30 par correspondance et 28 présents), Carine Mayo obtient 58 suffrages, Eric Samson 51 voix, Anne-Claire Poirier 50 voix, Laurent Samuel 47, voix Marie-Paule Nougaret 43 voix et Patrice Auro 24 voix. Ainsi, sur les 6 candidats, seul Patrice Auro n’est pas élu au Conseil d’Administration.

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Samedi 10 juin

Balade des JNE en forêt le 10 juin 2017 lors de leur congrès dans les Vosges du Nord – photo Nadine Saunier

Petit déjeuner à 8 h au château. Départ en car à 9 h pour une tournée en forêt, conduite par Jean-Claude Génot, familier des Vosges depuis 35 ans. Le car nous dépose dans la ferme auberge de Gimbelhof, en pleine montagne. Jean-Claude explique que cette forêt seigneuriale de 230 hectares a souvent changé de mains. Jusqu’en 1856, elle a appartenu à la riche famille industrielle De Dietrich. Elle a ensuite été rachetée par une compagnie d’assurances, et enfin par la région appelée aujourd’hui Grand Est. Le château de Fleckenstein, lui, appartient à la communauté de communes. A signaler une spécialité du lieu : la chasse à l’arc. Nous suivons Jean-Claude dans une très belle forêt, à base de hêtres et pins sylvestres, ponctuée de chênes, châtaigniers, merisiers, bouleaux et épicéas. Tous arbres de haute tige, au tronc effilé. Le sol a beau être « pauvre » (du grès rose), les arbres poussent très bien, grâce à leur densité et aux abondantes précipitations. Nous coupons à travers la forêt, en une descente très raide, afin de voir les traces d’anciennes activités comme les charbonnières et les mines de fer. Nous rejoignons la ferme auberge et allons déjeuner sur un autre site, aménagé en bar-restaurant, boutique et tables à l’ombre pour notre pique-nique.

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Les JNE en balade le 10 juin 2017 au cours de leur congrès dans les Vosges du Nord. Au loin, le château du Fleckenstein – photo Nadine Saunier

Quartier libre ensuite, avec le choix entre visite du château de Fleckenstein, parcours dans une réserve biologique à la frontière allemande ou sieste. Le château est en fait un formidable promontoire de grès rose qui domine la forêt de très haut. Des galeries ont été creusées à sa base et des murs élevés au sommet pour en faire un lieu de défense et d’habitation. La forteresse a été démantelée sous Louis XIV.

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Le car nous reprend à 16 h pour nous ramener au centre de Liebfrauenberg, où une séance de partage d’initiatives est organisée à l’ombre de deux grands pins laricio. Nicole Aussedat présente l’action de l’ONG Pew (où elle travaille) en faveur des océans. Marie-Joséphine Grojean raconte son expédition « semences » au Sénégal : Kokopelli lui a confié une valise de semences qu’elles a remises à un groupe de femme, une école, un potager en permaculture, une ferme modèle, au total 5 projets dans le Dialao à 50 km de Dakar. Marie-Joséphine Grojean défend l’idée que « si les jeunes retrouvent le goût de leur terre, il ne voudront plus partir ». Patrice Auro décrit tous ses contacts en faveur des populations menacées à travers le monde. Pierre Mann rappelle ses tournages de films en Afrique et distribue un DVD sur les Bushmen de Namibie. Michel Sourrouille évoque son dernier ouvrage sur l’écologie politique, publié au Sang de la Terre ; il souhaite « écologiser la politiques et politiser l’écologie ». Roland de Miller propose son livre Le besoin de nature sauvage. Marie Arnould présente son expérience de verger pour tous à Grenoble, le « Verger Essen’ciel ». Enfin, Frédéric Plénard annonce sa prochaine intervention d’après dîner. A la soirée en salle, Frédéric présente son prochain film Le grand secret du lien, qui sera tourné avec et par des enfants de la ville retournés à la nature. « Je ne crois pas à l’enseignement de la vie entre quatre murs », répète-t-il. C’est pourquoi il va emmener, de septembre 2017 à septembre 2018, 50 enfants de 56 régions de France passer 25 jours environ en pleine nature. Pierre Mann évoque la maison de l’orang-outang installée à Bornéo et sa série de films animaliers « Animaux à corps perdus ».

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Dimanche 11 juin

Grasse matinée pour beaucoup. L’occasion de mesurer le tour de taille des arbres du parc : les pins laricio (3 m 75 et 3 m 54), le grand sequoia (5 m 15) et un vieux houx devenu arbre (1 m 18), qui n’a plus de feuilles piquantes qu’à ses rejets du pied. Vers 9 h 30, Gérard Blondeau conduit une balade botanique, tandis que Roger Cans reste cueillir des cerises (plusieurs kilos). Après le déjeuner, un nouveau car nous emmène visiter une maison à structure bois. Nous faisons nos adieux à ceux qui ne rentrent pas à Haguenau, Strasbourg et Paris. A Preuschdorf, nous sommes déposés devant les bâtiments en bois appelés « Bat’Innovant ». Nous sommes accueillis par Till Harres, un ingénieur forestier qui présente le secteur : une comcom (communauté de communes) de 18.000 habitants, 24 communes et 2.000 km 2. Il reste trois petites scieries, dont deux en sursis. Le hêtre, malheureusement, sert de bois de chauffage ! Il a donc été construit là deux maisons d’habitation de 100 m2 chacune, reliées par un espace commun au milieu. On veut revenir à l’habitat rural dense, qui est de tradition, au lieu de pavillons dispersés dans leur pré carré. Un bâtiment d’activités pour artisans a été construit d’autre part à Eschbach. L’une des maisons va être occupée par un couple de dentistes. Les poutres des plafonds sont une expérience : du hêtre lamellé-collé. On dit que le bois de hêtre, trop lisse, colle mal, et l’on préfère généralement le bois résineux. On essaye. Les toits de tôle peints en noir sont une mesure d’économie pour couvrir de tuiles « queue de castor », il aurait fallu des charpentes capables de supporter une lourde charge. L’isolation, en revanche, est très performante avec les murs de paille pressée, entre planches de pin à l’extérieur et panneaux de fibres à l’intérieur. En ce jour de canicule, on constate la fraîcheur maintenue à l’intérieur.

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Nous reprenons le train à Haguenau, puis le TGV à Strasbourg pour arriver à Paris juste à temps pour voter (les Parisiens ont jusqu’à 20 h).

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Remarque générale : nous avons bénéficié d’un temps exceptionnel, beau et chaud, d’un cadre lui aussi exceptionnel, perdu dans la montagne vosgienne, au milieu de villages alsaciens à la fois coquets et pittoresques. Notre congrès s’est réuni sous le signe du partage : forêt d’Haguenau partagée entre la ville et l’Etat, lâchers de lynx partagés entre la France et l’Allemagne, soirées d’échanges partagés entre les membres de notre association. Un souci : la succession de Carine Mayo et la recherche d’un nouveau siège pour les JNE. Nicole Aussedat propose un local à l’Institut océanographique de Paris, très central (rue Saint-Jacques/rue Gay-Lussac). Mais il faut en discuter.

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ANNUAIRE 2021

CANARD SAUVAGE
Spécial 50 ans