Colloques et débats

Un débat des JNE sur les conséquences environnementales et sociales du développement de la Chine

Les JNE ont organisé le 3 décembre 2010 à la mairie du 2e arrondissement de Paris un débat sur les conséquences environnementales et sociales du développement chinois.

.

par Laurent Samuel

Sylvie Mayer (membre des JNE) et Jean-Pierre Caldier, co-organisateurs d’un récent voyage en Chine de l’association Ap2E, auquel plusieurs autres membres des JNE ont participé, ont d’abord présenté une série de diapos (terme aujourd’hui remplacé par slides) sur les différentes étapes de leur équipée de trois semaines, de Hong Kong à Shanghai (pour l’expo universelle) en passant par Shenzhen, Pékin et Suzhou.

.

L’urbanisation galopante, le développement des énergies renouvelables et nucléaire, les transports, l’agriculture et la recherche en agronomie et sur les biotechnologies figuraient parmi les thèmes abordés dans ce « reportage » très factuel.

.

L’ensemble de ce montage est accessible en cliquant ici.

.

Un débat animé a suivi cette présentation, avec les témoignages de Carine Mayo, Présidente des JNE, Catherine Sanson-Stern, adhérente des JNE, qui participaient à ce voyage, et de Dominique Martin Ferrari (Gaia Network), autre JNE présente en Chine lors des JO de Pékin.

.

Pendant son voyage, Catherine Sanson-Stern a réalisé un blog très vivant que vous pouvez retrouver en cliquant ici.

.

Au cours du débat, Jean-Claude Lévy, historien, géographe, chargé d’une mission de réflexion sur la Chine, le développement durable et la coopération décentralisée au ministère des Affaires étrangères et européennes, a apporté son éclairage sur l’évolution du pays, tant sur le plan de l’environnement que sur celui des droits de l’homme.

Le débat a notamment porté sur les expériences chinoises d’« économie circulaire », où chaque « déchet » d’une entreprise est utilisé comme une ressource par une autre. Un sujet auquel Jean-Claude Lévy, ancien du ministère de l’Environnement, a récemment consacré un livre (voir ici).

.

Hélène Duvigneau, nouvelle adhérente des JNE, qui a travaillé trois ans en Chine, avant de revenir en France en octobre 2010, a fait entendre son point de vue critique sur l’état de la démocratie et de l’environnement dans ce pays, à retrouver ici sur le site de Reporterre.
.

En résumé, un débat très riche qui aurait mérité une plus large public…

Compte-rendu du débat JNE : décroissance ou croissance verte ?

Par Danièle Boone

Peut-on avoir une croissance infinie ? Cela apparaît de plus en plus improbable. Les plus optimistes misent sur une croissance verte, raisonnable et durable. Les adeptes de la décroissance, eux, ne croient plus à un possible passage en douceur et prônent une action radicale. Alors, décroissance ou croissance verte ? Peut-on être écologiste et productiviste ?

.

Le 16 septembre 2010, Jean-Claude Noyé, administrateur des JNE, a réuni pour en débattre Bettina Laville, avocate, conseiller d’Etat en disponibilité, fondatrice et présidente d’honneur du Comité 21, Philippe Bodard, maire de Mûrs-Erigné (PS), Serge Lepeltier, maire de Bourges (Parti radical), Vincent Liégey (Parti de la décroissance) et Jean-Paul Morel, qui représentait Jacques Boutault (Les Verts), qui nous recevait en sa mairie du 2ème arrondissement de Paris.

.

Jean-Claude Noyé et Carine Mayo, présidente des JNE, qui animaient la soirée, ont d’abord posé des questions aux invités afin de préciser le sujet du débat. Vincent Liégey et Philippe Bodard ont ouvert l’exercice. Comment définir la décroissance et le mot est-il heureux ? leur a t-on demandé. « Ce terme est volontairement provocateur pour remettre en cause l’imaginaire occidental et nous aider à nous poser les bonnes questions », explique le premier. Le second dit ne pas bien connaître le mouvement, mais partage l’idée de la nécessité d’un retour à la simplicité et à la sobriété. « Au nom de la croissance, on tue l’homme. ».

.

Le credo politique de ce profond admirateur de Pierre Rabhi est humaniste. Homme de terrain, il a instauré les cantines scolaires bio en s’appuyant sur l’économie locale. Il a également favorisé la création d’Amap et s’est engagé sur le 0 % de pesticides dans sa commune.

.

Et le développement durable ? Peut-on y croire ? La question est posée à Bettina Laville et à Serge Lepeltier. « Ce n’est pas parce que le greenwashing existe qu’il faut rejeter le concept » constate la première. Cette championne de l’éloquence a redit l’histoire en repartant des fondamentaux de Ivan Illich et d’André Gorz développés dans les années soixante-dix. « Le monde tourne fou, tout le monde le sait. Il faut changer ». Pour elle, la décroissance est un mouvement passionnant, mais pour aller plus loin, il lui faut abandonner ce terme qui fait grincer, « invendable en politique », renchérit Serge Lepeltier.

.

Ce dernier a courageusement défendu sa position (il croit les limites très éloignées), alors que la salle croit plutôt à l’urgence. L’élu de Bourges mise sur les emplois verts pour soulager l’économie. Très attaché à la notion de liberté individuelle (qui sous-entend la liberté de consommer), il suggère une nouvelle orientation du débat autour de décroissance et démocratie.

.

« Le développement durable est du marketing politique, martèle Vincent Liégey. Il faut faire un pas de côté et sortir des schémas traditionnels pour avoir une chance de sortir de l’impasse. On a envie de se réapproprier nos choix, de donner du sens à notre vie. »

.

De quelle décroissance parle-t-on ? a demandé quelqu’un dans la salle. De l’empreinte écologique ? Du PIB ? De l’émission des gaz à effet de serre ? De la consommation d’énergie ? Et c’est là, la richesse et la faiblesse de la discussion qui est partie un peu dans tous les sens. Ce débat d’idées ne traduit-il pas notre incapacité à agir ?

.

Les grands changements de l’histoire ont toujours été le fruit de crises profondes, ont constaté tous les invités. Le chemin risque donc de nous être imposé. La crise a d’ores et déjà contraint à une baisse de la consommation. Le début de la décroissance ? Mais faut-il donc que l’enfantement se fasse toujours dans la douleur ? Ne pourrions-nous pas prendre en main notre destin ? Le débat reste ouvert.

.

A lire, un point de vue critique de Laurent Samuel sur son blog Planète (cliquez ici).

.

A visionner, le reportage vidéo de Gaia Network sur ce débat (cliquez ici).