RENDEZ-VOUS JNE

Les grands témoins des JNE

Ces témoignages, écrits par des membres des JNE pour l’annuaire de l’association, retracent leur parcours personnel et leur relation à l’association. Ils ont tous été écrits avant la crise sanitaire du coronavirus. Nous avons décidé de publier ces témoignages car ils constituent à la fois un reflet de la vie de l’association et du métier de journaliste et/ou d’écrivain.


Olivier Nouaillas, journaliste à la Vie, auteur (Annuaire 2020)

Après presque 40 ans de journalisme à l’hebdomadaire la Vie, dont la moitié à la rubrique environnement et dix ans comme vice-président des JNE, l’heure est – peut-être – venue d’un premier bilan. D’abord celui d’une prise de conscience du jeune étudiant que j’étais avec la campagne présidentielle de René Dumont en 1974 et bien sûr la lecture de La Gueule Ouverte dont le sous-titre était déjà «.le journal qui annonce la fin du monde.». A rappeler (avec humour) à certains collapsologues qui – pas tous  ! – nous abreuvent aujourd’hui de prédictions plus apocalyptiques les unes que les autres. Est-on sûr que l’on conscientise les gens uniquement par la peur  ? L’émerveillement devant ce qui reste de la beauté de la nature n’est-il pas au moins aussi efficace  ?

Ce que j’ai appris justement en 40 ans de métier c’est que l’histoire n’est jamais écrite. Il y a des défaites mais aussi, parfois, des victoires. L’histoire que j’ai vécue avec la Brézentine, la rivière creusoise de mon enfance sauvée de la pollution, en est une modeste illustration. Les crises écologiques sous toutes leurs formes (climatique, biodiversité, alimentation …) sont suffisamment graves pour qu’il n’y ait pas besoin d’en rajouter. Ce que nous disent aujourd’hui les scientifiques, notamment ceux du Giec, c’est que même si le temps nous est de plus en plus compté, ce n’est pas encore foutu. C’est pour cette raison qu’il faut continuer à se battre pour chaque dixième de degré en moins, chaque ver de terre, coquelicot, hirondelle préservés… Car je me méfie de certaines visions idylliques de l’après effondrement où tout deviendrait partage, convivialité, entraide. Les sociétés qui s’effondrent donnent souvent naissance – hélas, on l’a vu dans l’histoire – à la barbarie et au règne du chacun pour soi. Les survivalistes notamment américains qui s’arment de fusils l’anticipent à leur façon.

Non, après 40 ans de journalisme, je préfère continuer à agir pacifiquement à travers ce que j’aime le plus  : l’information, c’est-à-dire les faits et les mots. De préférence ceux qui introduisent la complexité, la nuance, la modération, le questionnement. Bref tout ce qui manque de plus en plus dans un monde où les réseaux dits sociaux et les tweets de 140 signes (dont ceux de Donald Trump, le climato-sceptique en chef) tiennent lieu d’arguments et nous entraînent chaque jour un peu plus vers l’ignorance et le chaos. C’est aussi à cela qu’il faut résister.


Nathalie Tordjman, journaliste et auteure (Annuaire 2020)

Quand les JNE m’ont demandé d’être grand témoin dans l’agenda 2020, j’ai d’abord pensé, comme beaucoup de femmes éduquées au siècle dernier, «  pourquoi moi  ?  », pensant qu’il y avait des personnes plus expérimentées et plus engagées dans l’association. Et puis, j’ai accepté. Après tout, il s’agit d’un grand témoin, pas d’un grand acteur.

Quand en 2008, Carine Mayo m’avait suggéré de me présenter pour faire partie du Conseil d’administration, après 5 années d’adhésion aux JNE, la même réaction m’était venue à l’esprit, à cause de ma légitimité d’adhérente relativement récente et de mon étiquette de « pigiste Presse jeune et auteur jeunesse  ». Et puis j’ai accepté. Car j’avais bien compris que la richesse de notre association est, comme la nature, sa diversité. Alors, après l’élection, quitte à m’engager, je me suis proposée au poste de trésorière et j’ai succédé à Pascal Canfin. Vous me croirez sans difficulté, aucun de mes collègues ne m’a disputé cette fonction. Je n’ai pas eu d’ailleurs à le regretter, car cela m’a permis de m’exercer à la comptabilité, de découvrir le fonctionnement des Prud’hommes, de mieux connaître l’association, de lui permettre de réaliser certains projets et surtout d’être en contact avec ses nombreux membres. Après trois années de mandat, j’ai passé la main, car j’estime que dans une association les charges doivent être partagées, et que chacun à tour de rôle doit participer. C’est Richard Varrault qui a repris le poste.

Quand en 2002, Christine Sourd (WWF-France) m’a proposé de me parrainer pour enfin entrer aux JNE, je connaissais l’association pour avoir été sollicitée à plusieurs reprises par Jean Carlier, Jacques Penot, Jean-François Noblet. J’ai alors retrouvé plein d’autres personnalités qui me connaissaient et que je connaissais par écrits interposés. Au fil des petits déjeuners, des déjeuners et des conférences, j’ai connu d’autres collègues, apprécié leur point de vue et leur travail. Mais c’est surtout au cours des différents voyages et congrès des JNE que j’ai pu approfondir les contacts, créer un réseau de relations de confiance, et briser un peu l’isolement de pigiste.

Pour finir, après toutes mes hésitations, qui ne m’ont pas empêchée d’avancer, je citerais Anne Sylvestre qui aime Les gens qui doutent *  :
…. «  J’aime les gens qui n’osent
…. S’approprier les choses
…. Encore moins les gens
…. Ceux qui veulent bien n’être
…. Qu’une simple fenêtre
…. Pour les yeux des enfants  ».

* titre d’une chanson d’Anne Sylvestre


Pierre Mann *, auteur-réalisateur (Annuaire 2019)

C’est à Pierre Pfeffer que je dois mon adhésion aux JNE. Il fut mon « parrain ». J’avais réalisé un film sur l’éléphant d’Afrique, La Poussière et le Sang, qui lui a servi de support pour ses conférences. Ensemble, nous avons créé le groupe « Amnistie pour les éléphants ». Notre action, relayée par les médias, a abouti à faire classer l’éléphant d’Afrique en Annexe 1 de la Convention de Washington. Pour quelques années seulement, malheureusement.

Depuis 50 années maintenant, je parcours le monde en quête d’images sur la vie sauvage. Par mes documentaires, mes conférences et mon activité de guide, je veux faire prendre conscience de notre dépendance envers la nature, de l’importance de chaque espèce, convaincu que la préservation de toutes les composantes de notre planète n’est pas simplement une question de responsabilité et de dignité, mais à terme une garantie de survie pour toutes les espèces, y compris la nôtre.

J’ai enregistré la vie animale dans toute sa diversité, toute sa beauté, mais aussi toute sa fragilité. Certaines des espèces qui m’ont accompagné pendant mes pérégrinations sont en voie d’extinction. Aussi, j’ai décidé de rendre compte de leur état par une nouvelle série de documentaires. Animaux à corps perdus entraînera le spectateur dans un voyage à la fois géographique et temporel dans le règne animal, à la rencontre des espèces emblématiques que j’ai filmées tout au long de ma vie. Des images d’archives vieilles de vingt, trente ans vont enrichir chaque épisode.

Ce voyage sera aussi un voyage de conscience. Je garde l’espoir qu’en prenant conscience de la beauté d’une vie encore préservée, le spectateur s’impliquera pour sa préservation. La parole sera aussi donnée à ceux qui mènent des actions concrètes et obtiennent des résultats positifs et encourageants. Car je crois qu’il n’y a pas de fatalité dans ce voyage : tout n’est pas encore perdu.

* Pierre Mann était présent lors de la création de notre association en 1969.


Jean-Claude Chantelat *, journaliste, photographe (Annuaire 2019)

Mon adhésion aux JNE, ou plus exactement à l’époque à l’Association des Journalistes et Écrivains pour la Protection de la Nature et de l’Environnement, s’est faite tout naturellement quand Pierre Pellerin a créé son association. Je connaissais alors Pierre et collaborais régulièrement à Bêtes et Nature, la revue animalière dont il était rédacteur-en-chef, une forte amitié nous unissait et nous étions en parfaite concordance quant à la protection de cette nature que nous aimions.

J’ai toujours été naturaliste dans l’âme et cette passion pour la nature m’a conduit, d’abord vers une carrière dans l’industrie du bois (hélas pas en forêt comme je l’aurais souhaité, mais dans un bureau parisien où je suis resté très brièvement !), puis dans le journalisme où j’ai occupé les fonctions de rédacteur-en-chef de revues de chasse tout en débutant puis intensifiant la photographie animalière, et même plus spécialement la photo des oiseaux, ces êtres qui me fascinaient.

La chasse ! Le mot est lâché. J’ai effectivement été un chasseur dans l’âme, passionné mais, je crois, mesuré. Et j’ai toujours considéré, et aujourd’hui encore, que l’on pouvait faire beaucoup plus pour la protection de la nature en étant « chasseur » plutôt que « protecteur ». Y-ai-je réussi ? Ce n’est pas à moi de le dire, mais j’ai été très fier de recevoir en son temps Les Honneurs Laurent-Perrier de la Chasse pour mon action en faveur de la chasse ET de la protection de la nature, une distinction que je classe au même niveau que le Prix Jacques Lacroix de l’Académie française attribué à mon Guide des oiseaux de France.

J’ai abandonné aujourd’hui toute activité cynégétique, après avoir déjà démissionné il y a bien longtemps de mes fonctions de responsable de revues de chasse, jugeant alors qu’il ne m’était plus possible de défendre les chasseurs dans leur grande majorité. A l’heure actuelle, je ne me reconnais plus dans la majorité de ces personnages vêtus de couleurs vives et ignorant tout pour la plupart de cette Nature qui les entoure. Qu’on les qualifie alors de Tireurs et non plus de Chasseurs !

Notre génération ne refera pas le monde, dit-on. Puisse-t’elle éviter que le monde ne se défasse ! Voilà une tâche digne des JNE, pour nous et l’Avenir de nos enfants. Ou leur Devenir ?

* Jean-Claude Chantelat était présent lors de la création de notre association en 1969


Marie-Paule Nougaret, auteur de la Cité des plantes (éd. Actes Sud), journaliste pour Reporterre et Le Canard Enchaîné (Annuaire 2018)

Grand témoin, ça m’impressionne un peu : je suis entrée en journalisme par la marge et n’en suis pas souvent sortie. Bien des choses devaient donc m’échapper. Mais, en écologie, les faits vous hantent et ne se laissent pas oublier. Combien de confrères avons-nous vu évoluer du spectacle high tech, à bord d’un avion ou hélicoptère, vers le souci réel de populations très savantes sacrifiées ? Ou à l’inverse, du mépris de l’écologie, ce « luxe », à la réalisation que la pollution tue, et même dans certain cas, à un début de ferveur pour la botanique ? Tout est ouvert, voilà ce que j’ai appris.

Richard, notre président, semble penser que les JNE des années 80 se montraient plus actifs, voire plus activistes. Je ne sais si c’était militantisme quand Marc Ambroise-Rendu nous servait dans le Monde tous les ans des articles circonstanciés sur l’insuffisance du budget de l’environnement. Nul n’ose désormais le sujet. Les journaux ne se vendent plus à la criée. Le texte a perdu de sa valeur, et en longueur, par rapport aux photos, quand le scanner a permis la photogravure rapide. Maint titre aura alors choisi de se financer surtout par la pub’, pour en payer le coût. On en revient dit-on. Tant mieux. Nous n’aurions pas gagné contre les barrages sur la Loire, en 1988, sans des articles de 20 000 signes, assez longs pour citer au fil du récit, en douceur, quelques phrases bien choisies dans de gros rapports.

Je n’avais pas voulu être journaliste, mais voilà : chez Actuel, on apprenait sur le tas. Il fallait ranger la bibliothèque, écrire à la machine, corriger dans l’interligne, taper de nouveau, aller à l’imprimerie, c’était quand même intéressant. C’était 1977, la tradition remontait loin : 12 % des journalistes en France avaient le bac. On parlait d’un rédacteur-chef ayant commencé comme garçon de courses à vélo : « il allait leur chercher des cigarettes… Ecrire, ça s’apprend ». Largement peuplé d’amateurs, Libération sortait en temps et heure tous les jours.

J’ai d’abord publié dans la rubrique culture à cause de mes amis musiciens et luthiers mais très vite sur des sujets de science, afin de traiter tranquillement d’écologie. Ce vieil amour datait d’un séjour d’un an en Californie, dans une famille et un lycée. J’y avais appris l’anglais, bien utile pour les entretiens scientifiques au téléphone. Surtout on m’avait montré qu’en à peine cent ans, les Blancs n’avaient pas eu le temps de tout casser. Ça se voyait tellement, dans la forêt, ça ne pouvait pas s’oublier.


Jean-Philippe Beau-Douëzy, fondateur de l’écocentre du Bouchot et auteur de Neblina aux éditions de La Martinière (Annuaire 2018)

Des baleines à la permaculture en passant par l’Amazonie, j’ai cheminé avec une conviction : réconcilier l’Humanité et la Nature. Les JNE ont toujours accompagné ma route.
Je deviens membre des JNE avant la présidentielle de 74. René Dumont y porte la parole écologique. Il incarne un immense espoir. Le Commandant Cousteau,  le Docteur Bombard, Haroun Tazieff…. accompagneront cet espoir, en « pères ».

Les JNE : un lieu d’intenses débats entre conservationnistes et « écologistes politiques ». 1978, j’organise, à La Rochelle, une rencontre européenne sur « l’invention sociale et l’écologie urbaine » et poursuis la communication et le journalisme. L’appel de la Nature me rattrape. Je pars créer une réserve écologique dans l’est du Brésil. S’en suivront moult expéditions : le Sahara, l’Amazonie où je suis immergé et baptisé par les Indiens.

Les JNE sont la seule association où j’aime me retrouver pour échanger avec mes ainé(e)s. 1992, nous allons au sommet de la Terre à Rio. Je poursuis le militantisme à Ecoropa et Europe Conservation. Nous menons de belles campagnes sur les préceptes du Cdt Cousteau : « on ne peut protéger que ce que l’on n’aime, on ne peut aimer que ce que l’on connait ». Suivent de nombreuses expéditions et filmages sur les forêts tropicales, l’Amazonie, les baleines, la Méditerranée… Les JNE en sont souvent l’écho.

Années 2000 : Avec Anne, que j’ai rencontrée quand elle nageait avec les dauphins, nous nous installons dans une ferme, qui devient un écocentre, en Sologne ; La F.E.R.M.E du Bouchot ; lieu d’accueil,  d’expérimentation,  de partage autour des principes de la permaculture. « L’avenir sera aux humains qui planteront des arbres fruitiers », dit l’homme de médecine amérindien. L’heure est à la création d’écosystèmes productifs et durables. Les arbres en sont les acteurs centraux. Planter des arbres devient un enjeu majeur. Ils sont nos meilleurs alliés. 2007 lancement de « Plantons pour la planète » avec la Fondation Yves Rocher/Institut de France. Objectif : 100 millions d’arbres ; une goutte d’eau, la part du colibri.
Les JNE évoluent. Ils sont toujours pour moi un espace unique dans lequel la communication, le journalisme, l’activisme, le militantisme, « écologique », sont liés dans un vortex humaniste insufflé par ses fondateurs dont Pierre Pellerin.


Marc Ambroise-Rendu, journaliste au Monde de 1974 à 1995 (Annuaire 2017)

J’ai adhéré aux JNE en 1971, deux ans après leur création par Pierre Pellerin, Jean Carlier et une poignée de collègues. Nous n’étions pas tombés de la dernière pluie, l’écologie non plus. Moi, par exemple, j’étais journaliste professionnel depuis des lustres, provincial monté à Paris parce que «  c’est là que ça se passe  », quadragénaire, père de famille, syndiqué, cadre de la presse écrite magazine. J’aurais pu m’en contenter et faire carrière. Impossible  : la fièvre environnementaliste montait dans les villes et les campagnes. Une époque effervescente. 1970-1980 les dix glorieuses de l’écologie !

Les citoyens découvraient en ouvrant leur fenêtre comme leur petit écran que la planète se dégradait et que pour la sauver il fallait changer de mode de gestion. Formidable et double révélation : le problème et la solution. Comment un témoin de son temps aurait-il pu passer à côté de cette nouvelle-là ? Les alarmes arrivaient de partout  : de Jean Dorst au Muséum, de Pompidou à Chicago, de Rachel Carson dans le Middle-west, du Club de Rome, de Robert Poujade au ministère, de Bernard Laponche au Commissariat à l’énergie atomique. Mais aussi de nos confrères Pierre de la Garde qui crie Chefs d’oeuvres en péril  !, de Louis Bériot dénonçant ceux qui «  défigurent la France  », d’Alain de Swarte qui traque les démembreurs de nos campagnes, de Jean Carlier dont le micro fustige les promoteurs sur la Vanoise.

Moi qui suis né au cul des vaches dans le Sud-Ouest mais dans une famille d’artistes, je souffre personnellement de ces multiples agressions. J’ai rédigé mon premier papier (fort complet) sur les périls de la pollution de l’air à Paris dès 1958, mobilisant le préfet sur cette question «  d’intérêt public  ». Et soudain nous comprenons tous qu’il ne s’agit pas de créer un syndicat de défense des professionnels de la nature mais une association – il y en a déjà 1500 – de défense de la nature tout court. Du journalisme engagé, militant, mal élevé, à l’envers de tous les usages. Nous mettons en commun nos découvertes quasi quotidiennes et nous allons constater que l’alerte est universelle. Nous voici avec les JNE en URSS, aux Etats-Unis, au Brésil, en Chine bientôt. Nous mondialisons l’écologie. Cela me permet de nourrir de reportages originaux la rubrique environnement du Monde, de fonder Mieux Vivre puis Combat Nature. L’échec – la politisation de l’écologie par les Verts sans profit pour personne – sera aussi navrant qu’était productif notre enthousiasme d’investigateurs. Les journalistes français de l’environnement sont aujourd’hui plus de 300. Bon courage collègues  !

Marc Ambroise-Rendu a écrit, entre autres, Des cancres à l’Elysée, 5 présidents de la République face à la crise écologique, Éditions Jacob Duvernet,  2007, 358 pages


Alain Hervé *, fondateur du journal Le Sauvage (Annuaire 2017)

Je suis né en 1932 les pieds dans la mer à Granville. Pour ce qui est du journalisme, après des études de philosophie à la Sorbonne avec Gaston Bachelard et un diplôme du CFJ, je commence par La Vie catholique illustrée en 1956, je démissionne au bout de trois mois. 1957 : service militaire en Algérie. 1960 : reporter à Réalités, je démissionne pour faire un tour à la voile de trois ans, Je voulais voir à quoi ressemblait la planète sur la quelle j’étais tombé. 1968 : Cérès, revue de la FAO à Rome. Je démissionne en complet désaccord avec leur politique agricole. 1970 : je crée les Amis de la Terre et le Courrier de la Baleine. 1972 : le Nouvel Observateur. 1973 : création et direction du Sauvage jusqu’en 1981. 1982 : Géo. 1989, je crée Fous de Palmiers et la revue le Palmier. 1985-1993 : Grands Reportages, le Monde, Normandie Magazine, Côté Ouest, Vogue. Depuis 2009 Le Sauvage.org sur internet. Chronique dans chaque numéro de l’Ecologiste. J’ai publié une vingtaine de livres à commencer par l’Homme Sauvage jusqu’à Promesse d’îles en 2016.

Pour ce qui est de l’écologie : ma jeunesse au bord d’une mer à marées grandioses, m’a familiarisé avec la nature vierge, en particulier aux îles Chausey. Il en est résulté un appétit des espaces ouverts et une méfiance pour les villes, les bureaux et les entreprises humaines. Je lisais Montaigne plutôt que Sartre, Monfreid et Cendrars plutôt que Marx. Le journalisme n’a jamais été pour moi ni un métier ni un travail mais une position extraordinaire pour observer le monde et la vie des hommes et y participer. Ce fut une passion, un bonheur qui petit à petit se sont exprimés dans le sens de la prise de conscience écologique naissante.

Après avoir créé les Amis de la Terre, j’ai rêvé de lancer un grand magazine style Match pour répandre la bonne parole. Ce fut le Sauvage grâce à Philippe Viannay et Claude Perdriel. Mais les intellectuels dominants ont vu dans l’écologie une menace électorale pour la gauche et ses vieilles bastilles. Et le public ivre des délices de la modernité, une menace pour son tout neuf paradis de la consommation. Je me suis à cette époque inscrit à l’association de l’ami Pierre Pellerin, l’AJEPN (NDLR devenue les JNE) de 1971 à 1995 pour rencontrer tous ceux qui chacun à sa manière commençaient à exprimer les mêmes convictions. Je me suis réinscrit aux JNE en 2008, pour rencontrer ces phénomènes qui ont mieux compris ce qui se passait, que toute notre classe politique bouchée à l’émeri à propos de l’écologie.

* Alain Hervé nous a quitté le 8 mai 2019


Nicole Lauroy, présidente d’honneur des JNE (Annuaire 2016)

Comme le temps passe….

Au milieu des années 70, jeune journaliste ignare  en écologie mais passionnée de nature, j’ai fait la connaissance de Pierre Pellerin dans une conférence de presse. Affable et souriant, le fondateur des JNE ne se croyait pas obligé de s’asseoir au premier rang pour être vu. Sa simplicité, son érudition m’impressionnèrent. Je venais d’être admise aux JNE. Très vite, je me suis sentie à ma place au sein de cette famille de journalistes de tous bords, unis par le même combat pour la planète. Plus tard, membre du conseil d’administration, j’assistai à des réunions souvent animées, parfois tumultueuses. Les JNE ont des personnalités fortes et, quelquefois, des ego sur-dimensionnés. Conciliateur né, Pierre tempérait nos ardeurs d’une voix mesurée, non sans ironie.

En mai 1989, après vingt ans de responsabilités, il souhaita prendre un peu de distance. Lui succéder était un honneur redoutable. L’écologie avait désormais sa place dans les médias,  elle était à la mode mais ses cris d’alarme pas assez entendus. Disparition d’espèces sauvages animales et végétales, déforestation, marées noires, pollutions agricoles, dangers nucléaires (voir Tchernobyl en 1986)… et j’en passe.  Les sujets d’inquiétude ne manquaient pas. D’où l’ambitieux colloque : «.Quel avenir pour la vie sauvage ? » qui se tint en juin 1990 à La Sorbonne et où intervinrent plusieurs JNE dont Yves Paccalet, François Terrasson, Pierre Pfeffer, François Moutou… ainsi que d’autres invités : Jean-Marie Pelt, Teddy Goldsmith, Francois Ramade, etc..Depuis, faute de réelle volonté politique, la situation n’a fait qu’empirer  : les éléphants sont au bord de l’extinction, la forêt amazonienne est mise à sac, l’huile de palme anéantit les orang-outangs. Seuls les colloques ont prospéré.

En  1991, grand sondage auprès des adhérents : “ Qu’attendez-vous des JNE ?” . Réponses : 1)plus d’infos – 2) participation à des manifestations internationales. Chantal Cans, notre juriste JNE, est chargée de rajeunir les statuts. Ils seront adoptés à l’A.G. de l’année suivante. Grâce à Bernard Blottière, le modeste bulletin  s’informatise en 1992, devient bimestriel, compte sept rédacteurs réguliers et est baptisé le Canard Sauvage. Le diriger, avec l’aide de Bernard, figure parmi mes meilleurs souvenirs JNE.

En 1993 renaît un projet ancien : la création d’une association internationale des journalistes de l’environnement. Grâce à ma rencontre avec Valentin Thurn, membre de l’association allemande pendant de la nôtre,  et à une équipe franco-allemande motivée, la FIJE (Fédération Internationale des Journalistes de l’Environnement), voit le jour en octobre 1993,  à Dresde (Allemagne). Un premier congrès de la FIJE se tiendra à Paris, à l’Unesco, fin 1995. Pour évoquer notre engagement dans d’autres actions, dont la protection de l’ours des Pyrénées, la place me manque. Une autre fois, peut-être…

Depuis dix ans sous la houlette de Carine Mayo, les JNE évoluent, se renouvellent, réfléchissent et agissent en gardant jalousement leur indépendance.  Une gageure à l’heure d’internet, des réseaux sociaux, de l’info en continu, des actualités-flash qui se suivent, se bousculent et  s’oublient. La Cop 21 est déjà loin. On aurait aimé y croire. Mais on ne peut compter sur les hommes politiques et moins encore sur les industriels pour rafraîchir la planète. Ils rêvent de croissance suicidaire.

Changer de mode de vie, renoncer à l’hyperconsommation, opter pour le renouvelable… Le pouvoir est dans le camp des consommateurs-citoyens. Des initiatives fleurissent dejà.  Les faire connaître aidera à les multiplier.


Allain Bougrain-Dubourg, journaliste, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux – LPO (Annuaire 2016)

Pensionnaire au lycée Eugène Fromentin de la Rochelle, je rêvais d’évasion. Pas seulement pour fuir un univers pesant, mais surtout pour découvrir l’exotisme du monde animal. Le métier de journaliste animalier m’apparut alors comme une heureuse porte de sortie. C’est ainsi, qu’à 12 ans, j’adresse à la revue La vie des bêtes, un long article qui conjugue étrangement la taxidermie et l’herpétologie. Convaincu que mon texte ne démérite pas, il me reste à attendre sa publication dans le prochain numéro. Il est finalement réduit à quelques lignes et relégué… au courrier des lecteurs.

Plus qu’une déception, c’est une humiliation. Mais plus que l’humiliation, c’est une invitation à l’humilité. Je sais désormais qu’écrire et être lu relève du privilège qui se mérite. Durant ce long apprentissage, Pierre Pellerin fut le mentor qui aida ma plume à tracer les mots. Il me prit sous son aile en multipliant ses conseils avisés, m’entraînant évidemment dans le sillage de l’AJEPN (NDLR premier nom des JNE). Quelle fierté d’appartenir à ce clan naissant des « rapporteurs » ! Premières surprises, on peut être journaliste militant. À peine créée, l’AJEPN en fait la brillante démonstration en se battant clairement contre le projet d’amputation du parc national de la Vanoise. Au côté des associations, les journalistes triomphent. La Vanoise est épargnée, tandis que la rubrique des chiens écrasés gagne ses lettres de noblesse.

Près d’un demi-siècle plus tard, le potentiel des « colporteurs verts » n’est guère aussi prometteur. Certes, la question environnementale n’a jamais été aussi présente dans les médias, mais elle reste diluée, éparse, dépendante d’un événement. Fini les grands rendez-vous dans le Monde ou Libération. Terminé les émissions emblématiques à la télévision. Estompées les chroniques attendues dans la PQR. Et si des journalistes comme Patrick Costa à l’Est Républicain ou Denis Cheissoux à France Inter résistent contre vents et marées, la tribune environnementale ne semble plus faire recette.

Dans ce constat, on peut remarquer que, si la question climatique ou liée au développement durable conserve une certaine attention, l’avenir de la biodiversité demeure clairement secondaire. Le destin pathétique des espèces en déclin, le potentiel fantastique du vivant qui nous entoure, ne valent pas une Une. Et si nous, journalistes de l’environnement, en étions les premiers responsables ? N’ayant pas la réponse à cette interpellation, je conserve le timide espoir que nous pouvons encore infléchir la tendance…

Allain Bougrain Dubourg vient de publier un livre de mémoires Il faut continuer de marcher, éditions De la Martinière


Claude-Marie Vadrot, président de 1995 à 2005 (Annuaire 2015)

A l’origine, j’ai rejoint l’association, alors en cours de formation à la demande de la Fédération Nationale des Sociétés de Protection de nature devenue plus tard France-Nature-Environnement, pour me sentir moins seul dans ma préoccupation personnelle et journalistique pour l’écologie. J’étais alors, et suis resté, grand reporter spécialisé dans la couverture des conflits et des événements internationaux. Tout en bataillant, au sein d’un quotidien, pour obtenir en plus un « petit coin » de mon journal pour la nature et l’environnement. Un rôle double que j’ai assumé dans toutes les rédactions desquelles j’ai été salarié, du Canard Enchainé à Politis aujourd’hui, en passant par le Matin de Paris, Géo, RMC ou le Journal du Dimanche. L’association fut d’un grand secours pour me faire comprendre que je n’étais pas le seul à me battre tout en me facilitant le contact avec les dossiers et les acteurs de la société civile qui manquaient de relais journalistiques.

Je suis resté dans cette association parce que je m’y sentais bien et aussi parce que j’avais envie d’impulser d’autres préoccupations que le simple souci de « la protection de la nature » qui était alors dominant. Ce qui explique que, plus tard, devenu président, j’ai souhaité et obtenu que notre association rompe ses liens institutionnels avec France-Nature-Environnement. Nous ne pouvions être à la fois juge et partie, même si nous restions des journalistes non pas militants mais « concernés ». Nuance qui nous a toujours caractérisés.

Durant ma présidence, j’ai voulu impulser trois activités ; d’abord la communication pour faire connaitre notre groupe de tous les acteurs, associatifs, institutionnels et industriels ; ensuite découvrir d’autres réalités grâce à des voyages de groupe (Burkina Faso, Guyane, Brésil, conférence de Johannesburg, etc.) au cours desquels l’information était mutualisée puis ensuite utilisée individuellement ; enfin prises de position sur la propension de l’État et des industriels à occulter les informations. D’où la nécessité d’avoir un bureau et de créer un poste de salarié à plein-temps pour nous aider dans une tâche multiforme qui avait pour fonction de nous rendre incontournables et, donc, d’avoir accès à une quantité d’informations grandissante.

Être un aiguillon et un centre de ressources tout en s’en donnant les moyens, ont été les obsessions de ma présidence. Cela put se faire grâce à des mécènes et des rédacteurs en chefs compréhensifs, notamment Alain Génestar au JDD, admettant que je consacre une part de mon temps aux JNE.

Claude-Marie Vadrot vient de publier La saga des Vilmorin, éditions Delachaux et Niestlé


Roger Cans *, ancien secrétaire général des JNE (Annuaire 2015)

Après six ans au département Éducation du journal Le Monde, je peux enfin reprendre la rubrique Environnement en 1983, qu’abandonne alors Marc Ambroise-Rendu. Je ne connais pas encore les associations, ni de protection de la nature, ni de journalistes. Au printemps 1983, je reçois une invitation d’EDF pour un voyage de presse à la centrale nucléaire de Dampierre-en-Burly. Bien entendu, j’y participe car je ne connais encore rien en la matière. Lorsque je monte dans le car qui nous y emmène, quelqu’un me dit : « Tu n’as pas payé ta cotisation ». Stupeur de ma part, car j’ignore alors qu’il s’agit d’un voyage de presse conjoint EDF et JNE. Une fois renseigné sur cette association de journalistes, je fais mon chèque d’adhésion dans le car.

Nous ne nous sommes plus quittés depuis, voilà plus de trente ans. Dès l’année d’après, en 1984, grâce à l’entremise de Claude-Marie Vadrot, nous faisons un voyage passionnant au Brésil (Rio, Sao Paulo, chutes d’Iguaçu, Curitiba, le Pantanal, Manaus, etc.), bref quinze jours d’avion, de train et de bateau haletants. Des voyages « JNE », nous en ferons beaucoup d’autres en France et à l’étranger. En 1985, Chantal, ma femme, a eu le privilège de participer à un voyage JNE en URSS avec notre regretté dessinateur Cabu. L’année d’après, ce fut la Corse, très sympa, puis la Guyane, décevante, et Tchernobyl en 1988, dans une URSS déconcertée par le bon Gorbatchev. Je n’ai pas participé aux voyages à Cuba, au Burkina, et en Israël, mais j’ai beaucoup apprécié l’expédition de 1994 à Irkoutsk, au lac Baïkal et à la réserve de Bargouzine, d’habitude autorisée aux seuls scientifiques. Grâce encore à Claude-Marie Vadrot, j’ai refait le pèlerinage à Tchernobyl en 1996, mais en voiture, alors que les autres JNE et les journalistes scientifiques prenaient l’avion et les cars.

Après mon départ du Monde, en 1996, j’ai bien sûr continué à participer aux activités des JNE, et j’en suis même devenu un temps secrétaire général. Pour moi, ancien journaliste gâté d’un grand quotidien, je suis resté reconnaissant à cette association qui mélange tout le monde, aussi bien des journalistes en carte que des pigistes, des illustrateurs, des photographes ou des écrivains. Je n’ai jamais, comme journaliste, poussé à ce que l’association s’engage dans des combats écologiques, mais j’approuve totalement son souci d’installer l’écologie dans la presse.

* Roger Cans nous a quitté le 27 novembre 2018


Pierre Pfeffer *, un défenseur des éléphants (Annuaire 2014)

Né à Paris en 1927, il suit sa mère journaliste en Union Soviétique, et, déjà passionné d’animaux, adhère au cercle des Jeunes Naturalistes de l’école primaire qu’il suit à Moscou et se voit chargé de l’élevage des couleuvres ! Revenu en France à la veille de la guerre, Pierre Pfeffer s’engage à 16 ans, en 1944, dans les maquis FFI de l’Ardèche, puis, lorsqu’elle débarque en France, dans la première armée française du général Delattre et participe aux campagnes de France, d’Allemagne et d’Autriche, dans le 19e Bataillon de Chasseurs (!) à pied. Sa première université, c’est donc la guerre et ses combats au cours de laquelle il ne rate cependant pas l’occasion d’observer la faune, notamment celle des montagnes d’Autriche.

Démobilisé, il reprend le lycée au niveau du bac et sur recommandation de Théodore Monod, part en 1959 en Côte d’Ivoire, en tant que « naturaliste-voyageur » chargé de collecter des spécimens de faune pour le Muséum de Paris. Parmi ces « spécimens », il est malheureusement dans l’obligation, à la demande de l’administration française, d’abattre à deux reprises un éléphant blessé par des braconniers et ayant causé des accidents parmi les paysans africains. De là naît son premier intérêt pour ces animaux et les problèmes que posent leurs relations avec l’homme.

De retour en France, il se lance sur le tard dans des études de sciences naturelles à la Sorbonne. Attaché au Muséum en 1957 et assistant de biologie animale à la faculté des sciences, il part pour un premier séjour (1955-1957) en Indonésie dans le centre de Bornéo et les Petites îles de la Sonde où il se consacre à l’étude du Varan de Komodo et en fait son mémoire de DES en 1958. L’année suivante, il est nommé stagiaire, puis attaché de recherches au CNRS et travaille d’abord au laboratoire des Reptiles et Poissons du Muséum (professeur J. Guibé), puis définitivement cette fois, à celui des Mammifères et Oiseaux (professeur J. Berlioz).

En 1963, il publie son premier ouvrage : Bivouacs à Bornéo. En 1966, sa thèse de doctorat porte sur le mouflon de Corse (« Systématique, écologie et éthologie comparées »), fruit de quatre années d’observations dans le massif de Bavela dans le centre de l’île. Il devient alors, presque malgré lui, spécialiste des ongulés montagnards d’Europe, mais aussi de ceux des forêts d’Asie et d’Afrique.

Contacté par le journaliste François de la Grange, Pierre Pfeffer se lance aussi, malgré les objections de certains de ses collègues, dans les émissions animalières de la télévision, présentant à partir de 1969, l’émission Les animaux du monde sur la première chaîne, puis «Des animaux et des hommes  sur A2. En 1969, il devient maître, puis directeur de recherches au CNRS, section « écologie ». Avec Théodore Monod et Jean Dorst, il milite activement pour l’écologie et la protection de la nature, mais à leur grande déception, ils ne sont que trois à s’engager dans cette direction sur les quelque 300 scientifiques du Muséum !

Pierre Pfeffer a également été président du WWF France et membre du bureau international ainsi que coordinateur de l’UICN et du PNUE pour les aires protégées d’Afrique occidentale et centrale. En France, il a été membre et secrétaire du Conseil national pour la protection de la nature au ministère de l’environnement. Également président du comité scientifique du parc national du Mercantour (Alpes Maritimes), il a eu, en 1992, la responsabilité d’identifier le premier loup tué en France et de confirmer, dans un cadre polémique dont on se souvient, la présence de l’espèce dans notre pays. Agé aujourd’hui de 87 ans, il plaide encore pour sa protection, ainsi que pour celle de nombre d’autres espèces menacées, dont bien sûr, les éléphants !

* Pierre Pfeffer nous a quitté le 29 décembre 2016


Philippe Saint Marc (Annuaire 2014)

Défenseur de la côte Aquitaine, de la Vallée de Chevreuse et d’un « humanisme écologique »

Né en 1927 à Paris, Philippe Saint Marc se lance dans les études multidisciplinaires (Droit, Lettres, Sciences politiques). Reçu major à l’ENA, il entre à la Cour des Comptes, puis s’occupe des rapatriés d’Algérie. En 1955, il rejoint le MRP où il se lie avec Robert Buron et Jean-Marie Pelt. Partisan de l’indépendance de l’Algérie, il est frappé d’exclusion en 1968.

Depuis un demi siècle, il a lutté sans relâche pour l’« humanisme écologique », considérant qu’il est comme la « philosophie des lumières » au XVIIIe siècle l’instrument le plus efficace pour la compréhension des problèmes de notre société et pour l’action sur elle.

En 1964, il fonde le comité de sauvegarde de la Haute Vallée de Chevreuse qui est pour lui un combat symbolique : sauver la nature et la beauté d’une zone rurale à proximité de Paris. En 1965, il est chargé de mission à la DATAR et nommé à la tête de la mission interministérielle pour l’aménagement de la côte Aquitaine (MIACA) qu’il va diriger de 1967 à 1970. Il prend le parti contraire à Philippe Lamour sur la côte languedocienne (abcès de fixation des constructions à la Grande Motte) et s’efforce de revivifier l’arrière-pays landais par des initiatives culturelles et touristiques qui préservent le patrimoine naturel. Il est finalement révoqué par Chaban-Delmas pour avoir voulu protéger la Nature contre les féodaux du béton.

Philippe Saint Marc publie en 1971 son livre majeur, Socialisation de la nature, où il plaide pour un « humanisme écologique ». En 1972, il récidive avec une Charte de la nature à laquelle souscrivent 17 associations. En 1974, il est approché par Jean Carlier pour présenter sa candidature à l’élection présidentielle. Ce qu’il refuse, car pour être efficace l’Écologie doit rayonner dans tous les partis. Il préfère appeler à voter pour Giscard d’Estaing qui refusait les tours et les autoroutes dans Paris.

Marginalisé sous la présidence de Mitterrand il s’intéresse de plus en plus aux relations de l’écologie avec l’économie, publiant l’Économie barbare en 1994 et à son impact sur la santé en inspirant L’écologie au secours de la vie, une médecine pour demain (2003). Âgé aujourd’hui de 86 ans, il continue de publier et prépare un livre aux éditions Frison-Roche sur la crise de l’Homme et a confié ses archives au Musée du Vivant.

Sortir de l’anthropocène, une nécessité vitale : une rencontre JNE avec le philosophe Glenn Albrecht

Dans les locaux de son éditeur parisien, Les Liens qui Libèrent, Glenn Albrecht, l’auteur de Les émotions de la Terre, a répondu aux questions des JNE. Ce philosophe australien de l’environnement a enseigné à l’université l’éthique et les politiques environnementales. Il se consacre depuis 2003 à l’étude de l’articulation entre la santé des écosystèmes et la santé des hommes. Glenn Albrecht entend créer de nouveaux concepts, mieux à même de décrire les liens intimes entre notre psyché et le devenir de la Terre. Non sans nous inviter à modifier notre perception du vivant et de l’avenir pour qu’advienne une nouvelle ère : le symbiocène.

Propos recueillis par Jean-Claude Noyé

Glenn Albrecht – photo Antoine Bonfils

Vous faites souvent référence aux aborigènes. Quel rôle ont-ils joué dans votre démarche ?

Comme penseur transdisciplinaire, à la fois philosophe et anthropologue, j’ai mené des enquêtes de terrain auprès de personnes affectées par les destructions brutales apportées à leur cadre de vie. C’est ainsi que j’ai rencontré les peuples indigènes de la haute vallée de l’Hunter (au nord de Sydney en Australie). Ils ont vécu le déploiement des mines de charbon à ciel ouvert et des centrales électriques sur leur territoire comme une réplique de la première vague de colonisation invasive du début du XIX° siècle. Elle a atteint pour eux de nouveaux sommets de dévastation physique et psychique.

La rencontre des JNE avec Glenn Albrecht au siège des éditions Les Liens qui libérent, le 3 mars 2020 à Paris – photo Antoine Bonfils

J’ai cherché un mot adéquat pour exprimer leur détresse. Je suis parti de la définition médicale de la nostalgie en tant que souffrance causée par l’éloignement de son pays (ou mal du pays). Mais ces gens sont chez eux. La cause de leur mélancolie est que ce «chez soi», en somme, s’en va et se détruit. J’ai donc inventé, en 2005, le terme solastalgie, qui assemble la racine latine sola (présente dans solari et desolare) et le néolatin algia signifiant douleur. Depuis, ce terme a fait florès. Mais je n’ai qu’un souhait : que d’ici à 2100, il disparaisse du dictionnaire (rire) ! Je veux dire par là qu’on en aura plus besoin car le sentiment correspond n’aura plus de raison d’être. C’est que j’entends bien m’inscrire en faux contre l’écocatastrophisme ambiant.

Vous affirmez vouloir aider les jeunes à se projeter dans un avenir désirable et le construire. Une des priorités n’est-elle pas qu’ils puissent se reconnecter à la nature ?

Certainement. Mais nous vivons dans un monde largement artificiel (hors-sol) et avons perdu ce lien. Sans compter que la nature elle même subit des pertes colossales. Qu’on songe aux récifs coralliens. Dès lors, la question est : comment être enseigné par un monde qui tend à disparaître ? Je n’exclue pas le recours à une approche indirecte, à des moyens virtuels pour (re)donner le goût du beau et de la nature à ceux qui en sont privés. A cet égard, nous avons beaucoup à recevoir des artistes. Trop longtemps, ils ont produit un art nihiliste. Je suis convaincu que la nouvelle génération de créateurs apportera, à rebours, une importante contribution positive à notre effort collectif pour sortir de l’anthropocène. Je constate que de nombreux artistes refusent désormais de recourir à des produits chimiques et valorisent des matériaux naturels. C’est peu de chose, mais cela en dit long sur leur désir de vivre et produire autrement …

Les émotions de la Terre de Glenn Albrecht, thème d’un petit déjeuner des JNE – Photo Antoine Bonfils

Quant aux jeunes, il me semble évident qu’il faut revoir entièrement nos systèmes éducatifs car ils ne font que perpétuer l’anthropocène et l’écocide. Ils coûtent des sommes folles pour quoi ? Pour perpétuer le désastre en cours ! C’est totalement absurde. Les lycéens et étudiants en sont bien plus conscients que leurs enseignants. J’en tiens pour preuve leurs grèves et leurs manifestations, en soutien aux appels lancés par Greta Thunberg. Je pense aussi à des mobilisations comme celle d’Extinction Rebellion. Toutes actions dont je me félicite.

Votre refus du dualisme occidental qui a conduit, entre autres, à une franche coupure entre les hommes et la nature, n’est pas sans faire penser au bouddhisme …

J’ai beaucoup de respect pour les religions qui intègrent les hommes dans le vivant et en appellent à une vie harmonieuse, «symbiotique», avec lui. La non-violence, telle que la promeut le bouddhisme, trouve, de fait, un écho profond dans mon système de pensée. Mais, pour l’essentiel, les religions organisées ont leur part de responsabilité dans notre séparation avec la nature, elles nous ont même séparé de ce qu’il y a de profondément spirituel dans la vie, cette part invisible qui régit tant de choses et que je résume volontiers sous le terme de microbiome. C’est pourquoi j’en appelle à l’émergence d’une spiritualité laïque que j’ai baptisée Ghedeist. On retrouve dans ce terme la racine indo-européenne Ghehd, qui a donné en anglais together (ensemble) ou gather (rassembler). Et le mot allemand Geist, qui veut dire esprit. Pour ma part, je sens le Ghedeist quand je suis au bord d’un lac ou de l’océan. Et je n’hésite pas à enlacer les arbres. Il est certain que l’excès de dualisme est une erreur tragique de notre civilisation, de même que la survalorisation d’une rationalité froide, toute cartésienne, au détriment des émotions.

Les incendies géants en Australie peuvent-ils accélérer la prise de conscience de l’urgence à sortir de l’anthropocène ?

Jusque là, les Australiens étaient endormis, comme peut l’être un koala ! Avec ces incendies, ils ont reçu un coup mortel. Des millions d’hectares de forêt et de belle nature ont été brûlés, des millions d’animaux tués. Tant et tant de lieux où ils aimaient aller pendant leurs loisirs sont désormais saccagés, et pour longtemps. N’oublions pas non plus toutes ces vies humaines sacrifiées. J’ose croire que les Australiens ont enfin compris que les politiques sont captifs des intérêts des industriels des énergies fossiles. Et que nos gouvernants ne gouvernent pas, ils sont bel et bien gouvernés ! En tout cas, la méfiance à leur égard n’a jamais été aussi grande dans notre pays.

Vous avez fait allusion à la non-violence comme outil de résistance au désordre établi. Mais face aux forces colossales de destruction à l’oeuvre, cette stratégie est-elle opérante ?

C’est une affaire compliquée, et je n’ignore pas, bien sûr, que la violence non seulement a toujours été à l’oeuvre dans l’Histoire, mais qu’elle habite les hommes comme les femmes, les premiers sans doute plus que les secondes, d’ailleurs. J’en appelle pour ma part à la formation de militants non-violents suffisamment formés et aguerris pour être en capacité d’intimider ceux qui nous font tant de mal. A créer une armée d’individus aux muscles verts qui sauront agir sans violence avec des tactiques qui intègrent la violence, si nécessaire. Il est juste de faire payer le prix à ceux qui détruisent la vie. Comme optimiste radical, je suis convaincu qu’au final les dissidents et les non-violents l’emporteront contre tous les « gros méchants » (rire) qui existent bel et bien.

A lire : Les émotions de la Terre. Des nouveaux mots pour un nouveau monde, traduit par Corinne Smith (JNE). Editions Les Liens qui Libèrent, 360 pages, 23 € .

« Quels droits pour les plantes ? » : un colloque organisé par les JNE le 19 mars 2020 à Paris



QUELS DROITS POUR LES PLANTES ?


Rencontres organisées par 
les JNE
Journalistes-écrivains
pour la Nature et l’Écologie

ANNULÉ

le 19 mars 2020

10 rue Charles Fourier
75013 Paris
Métro Corvisart ou Place d’Italie – Bus 57



Les plantes sont-elles vraiment intelligentes ? Sensibles ? De quelle intelligence parle-t-on ? Peut-on considérer ces altérités autrement que comme des ressources exploitables ? Doit-on en faire des sujets de droit ? Durant cet après-midi de tables-rondes, organisé par l’association des Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie (JNE), nous explorerons le végétal sur les plans scientifique, culturel, réglementaire, symbolique, politique. Une manière de repenser nos relations avec ces autres vivants, si différents et proches.

Ces rencontres seront suivies d’un cocktail végétal, de la sortie de l’annuaire 2020 de l’association ainsi que d’une projection-débat autour du film Natura de Pascale d’Erm.

Née en 1969, l’association JNE regroupe plus de 200 professionnels de la presse écrite ou audiovisuelle, de l’information, de l’écriture, de la photo et de la vidéo, tous spécialisés dans l’environnement, l’écologie, l’éco-tourisme, la protection de la nature, le cadre de vie ou l’énergie.

PROGRAMME

Ces rencontres auront lieu à une date ultérieure
que nous vous communiquerons en temps utile


13h30 – Accueil
13h45 – Mot de bienvenue

14h00 – Table ronde 1 : Dans la peau d’une plante
Les plantes sont-elles vraiment intelligentes ?

● Marc Giraud, journaliste : Comment les plantes se parlent et comment en parler
● Marc-André Selosse, professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle, spécialiste des symbioses entre plantes et champignons : Quand l’intelligence cache la plante (vidéo)
● Quentin Hiernaux, philosophe : Les comportements végétaux dans l’histoire des sciences végétales
● Ernst Zürcher, ingénieur forestier, docteur en sciences, professeur en sciences du bois : L’organisme forestier : siège d’une forme d’intelligence ?
● Sylvie Pouteau, chargée de recherche INRAE, biologie et éthique des plantes : Les plantes comme modèle d’intelligence artificielle ou comme écosophie ?
animé par Adeline Gadenne, journaliste

15h30
● Pierre Lieutaghi, ethnobotaniste, attaché au Muséum National d’Histoire Naturelle : démissions humaines et chimères végétales au XXIe siècle (vidéo)

15h45 – table ronde 2 : Vivre avec les plantes
Peut-on considérer les plantes autrement que comme des ressources à exploiter ?

● Thierry Thévenin, paysan, herboriste : Économie des simples
● Gilles Clément, jardinier, écrivain : L’opportunisme végétal
● Clotilde Boisvert, ethnobotaniste : Le symbole, une autre voie de connaissance
● Jean-Pierre Nicolas, ethnobotaniste : L’utilisation des plantes médicinales, une nécessité vitale chez les pauvres.
animé par Marie-Paule Nougaret, journaliste

17h00 – table ronde 3 : Des droits pour les plantes
Quelles sont les nouvelles voies de lutte contre la destruction de la nature et des plantes à la fois sur le plan réglementaire et éthique ?

● Joël Labbé, sénateur du Morbihan : Comment encadrer les usages des plantes
● Maxime Fauqueur, vice-président de l’association A.R.B.R.E.S.: Reconnaître des droits aux arbres, une nécessité
● Géraldine Aïdan, chercheure au CNRS, juriste, docteure en droit : Situer les plantes dans la diversité des sujets de droit
● Emanuele Coccia, philosophe, maître de conférence à l’École des Hautes Études
animé par Carine Mayo, journaliste

18h15 – cocktail végétal
19h00 – Présentation de l’annuaire 2020 des JNE
19h30 – Projection du film Natura de Pascale d’Erm ➨ voir la bande annonce
20h30 – Échange avec la réalisatrice

 

……

Entrée gratuite mais inscription obligatoire à contact@jne-asso.net


Merci à Gérard Blondeau pour sa photo de la forêt de Bélouve

Un déjeuner JNE à la crêperie Cœur de Breizh à Montparnasse

Les JNE ont tenu leur déjeuner mensuel de janvier 2020 à la crêperie Cœur de Breizh à Montparnasse. L’une des participantes nous la présente.

par Jane Hervé

La crêperie Coeur de Breizh à Montparnasse – photo Jean-Luc Fessard

Qui rêve de « cœur de braise » ? Sonorité comprise ! Il peut se rendre sans hésiter dans l’une des quatre crêperies du groupe Cœur de Breizh. Dans ces « authentiques crêperies bretonnes », dirigées par Cédric Costiou, il est possible de dévorer des crêpes fabriquées avec une incontestable farine de blé noir du pays bigouden, venue en direct de la Minoterie de l’Ecluse à Pont-l‘Abbé. Le propriétaire conseille même au tout venant la meilleure préparation de ce mets (farine, sel et eau), de surcroît la plus simple. Pour un menu à 13 €, il y a ici un bol de salade verte fraîche avec tranches de carottes râpées et deux rondelles de tomate, puis une crêpe au sarrasin agrémentée au choix de jambon, andouille, œuf, fromage ou épinard, etc. Dans l’assiette, des poussières de grain noir inscrites dans la dentelle de la crêpe, confortent la certitude d’une farine vraiment « complète ». Les ingrédients sont – au maximum – régionaux. Comme dessert, une crêpe au froment avec sucré, citron, miel, etc. En vente sur une table à l’entrée, des paquets de cette fameuse farine de sarrasin (2,50 € les 500 g) avec même une recette de « farz » à cuire dans le pot-au-feu. La bolée de cidre brut est comprise dans le menu. Pour se cultiver hors Bretagne lors du déjeuner, pourquoi ne pas chercher l’étymologie intrigante du mot cidre qui transite du latin au grec avec une origine hébraïque (shakhar, s’enivrer), et même une traduction arabe (sakar). Bonne bolée, donc avant le Kenavo !

Cœur de Breizh, 20 rue d’Odessa 75014 Paris.
Cœur de Breizh possède trois autres restaurants au 16 rue d’Odessa, au 53 rue des Martyrs 75009, et au 28 rue des Lombards, 75004.

Les 50 ans des JNE

Pour célébrer nos 50 ans, nous avons organisé une journée d’études intitulée « Être journaliste face à la crise environnementale : quels engagements depuis les années 1960 » qui a eu lieu le vendredi 18 octobre 2019 aux Archives Nationales auprès desquelles les archives des JNE ont été déposées pour l’occasion.

Et le soir, nous avons fêter cet anniversaire sur la baleine blanche.

Voir toutes les communications et les compte-rendus
➜  Voir les images de la soirée d’anniversaire

Les JNE ont cinquante ans

Vendredi 18 octobre 2019, nous avons fêté les 50 ans de notre association


Nous nous sommes retrouvés dès 9 heures aux Archives nationales, à Pierrefitte-sur-Seine, pour une journée d’études intitulée « Être journaliste face à la crise environnementale : quels engagements depuis les années 1960 ? ». Les JNE viennent de confier leurs archives à cette institution.

La matinée, plutôt historique, s’acheva sur un appel très émouvant de Marc Ambroise-Rendu à poursuivre plus que jamais l’engagement caractéristique de notre association depuis ses origines, une belle transition pour les débats de l’après-midi consacrés à l’exercice de notre profession aujourd’hui et demain. Les échanges ont été nombreux et riches, très stimulants.

Nous avions ensuite rendez-vous sur la péniche « La baleine blanche » pour une fête au rythme du maloya, une musique qui était à l’origine, une musique de résistance justement. Là, nous avons reçu les messages de ceux qui n’ont pas pu venir de Nicole Lauroy, notre présidente d’honneur, à Fabrice Nicolino qui a conclu sa vidéo par un «. On va gagner. » en passant par l’Association espagnole des journalistes de l’environnement, sans oublier le film d’Anne Tessèydre sur notre congrès 2019 au cœur du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes. Carine Mayo a également présenté le numéro spécial 50 ans du Canard sauvage.

Et comme pour tout anniversaire, nous avons soufflé les bougies. Longue vie aux JNE !

voir le programme de la journée d’études
lire tous les comptes rendus et les messages
les 50 ans des JNE en images

……

Congrès JNE 2019 : impacts et enjeux du changement climatique en montagne – Interview de Séverine Casasayas, directrice du Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes

Séverine Casasayas, directrice du Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes, lequel accueillait les JNE pour leur Congrès du 50e anniversaire en mai dernier, nous parle des impacts et enjeux du changement climatique en montagne.

Propos recueillis par Anne Teyssèdre

A lire aussi sur le site des JNE, le compte-rendu par Michel Sourrouille de la conférence-débat sur les conséquences du changement climatique en montagne organisée à Bolquère le 17 mai 2019 par les JNE et le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes (cliquez ici).

Cette vidéo a été mise en ligne sur le site du projet web Nexus Clés (« SocioEcoSystèmes – Ecosystèmes et sociétés, un futur partagé », https://www.su-ite.eu/nexus-videos-cles/plan/).

Congrès JNE 2019 : longue vie au Train Jaune !

Lors de la dernière journée du Congrès spécial 50e anniversaire des JNE, qui se tenait du 17 au 19 mai 2019 dans le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes, une partie des participants a eu le bonheur d’effectuer un voyage enchanteur à bord du Train Jaune.

par Laurent Samuel

Isabel Soubelet, Myriam Goldminc et Carine Mayo des JNE durant une halte du Train Jaune lors du Congrès des JNE en mai 2019 dans le Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes – photo Nadine Saunier

Cette ligne longue de 62,5 km relie Villefranche-de-Conflent à Latour-de-Carol, dans les Pyrénées-Orientales. Mise en service en 1910, elle a été l’une des premières lignes de chemin de fer électrifiées en France. L’alimentation électrique est assurée grâce à un troisième rail fournissant un courant continu de 850 volts. Dans les gares, des panneaux nous intiment de ne pas nous en approcher ! Le courant provient d’un complexe hydro-électrique alimenté par le lac de barrage des Bouillouses (lire ici notre article), construit spécialement au début du XXe siècle pour la fourniture en électricité de cette ligne. Autre singularité de cette ligne, l’écartement métrique, autrement dit d’1 m, entre les rails, bien plus étroit que l’écartement standard de 1,435 m utilisé ailleurs en France et dans la plupart des pays d’Europe.

Exploité par la SNCF comme partie intégrante du réseau TER Occitanie, ce Train est dit Jaune ou Canari car ses voitures sont peintes aux couleurs catalanes, le jaune et le rouge. Depuis le 1er février 2002, cette ligne est inscrite par l’UNESCO sur la liste indicative du Patrimoine mondial en tant que « Chemin de fer de Cerdagne ».

Le Train Jaune transporte environ 200 000 voyageurs par an, essentiellement des touristes car il faut plus de trois heures pour parcourir ses 62,5 km. Nous l’avons pour notre part emprunté entre la gare de Bolquère, la plus haute de France (1592 m d’altitude) et Villefranche-de-Conflent, et avons pu apprécier ses vues panoramiques saisissantes sur la vallée de la Têt. On franchit deux fois ce fleuve côtier grâce à des viaducs classés Monuments historiques : le Pont Séjourné, sur la commune de Fontpédrouse, viaduc en maçonnerie d’une longueur de 236,70 m, et le Pont Cassagne (dit aussi Pont Gisclard), dernier pont suspendu ferroviaire de France situé sur une ligne exploitée, long de 253 m.

Ainsi que l’explique cet article du site de France 3, datant de 2017 mais toujours d’actualité, le Train Jaune est menacé en raison du coût des travaux de rénovation nécessaires, des risques d’éboulements, d’une baisse de la fréquentation et d’un manque d’agents de conduite. D’où la création d’un comité d’usagers de la ligne du Train Jaune, qui vient d’organiser le 15 juin dernier une Fête du Train Jaune à Villefranche-de-Conflent.

Nous ne saurions terminer cet article sans rendre hommage, par la voix de Brigitte Fontaine, à Monsieur le Chef de gare de La-Tour-de-Carol…

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Attention : les billets sont en vente uniquement dans les gares principales de la ligne, en fonction des disponibilités.

 

 

 

 

Congrès JNE 2019 : le lac des Bouillouses, un joyau au coeur du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes qui fournit de l’électricité à 86 000 personnes

C’est sous la neige que certains des participants au Congrès 2019 des JNE (spécial 50e anniversaire) ont découvert le 18 mai dernier le lac des Bouillouses, un joyau lové à 2000 mètres d’altitude au pied des pics Péric et Carlit, dans le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes.

Le lac des Bouillouses, dans le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes – photo Antoine Bonfils

par Laurent Samuel

Ce lac de barrage a été construit en 1903, à l’origine pour alimenter en électricité le Train Jaune, dont la ligne (inaugurée en 1910-11) présente un dénivelé trop important pour une traction vapeur. Grâce à 9 usines hydro-électriques situées en aval sur le cours de la Têt, il fournit aujourd’hui une quantité d’électricité (sans rejets de CO2 !) permettant de ravitailler 86 000 personnes sous la houlette de la Société hydro-électrique du Midi. Ses eaux servent aussi à l’irrigation des cultures dans le Roussillon. Le lac alimente également une usine de production d’eau potable construite en 1994 par le syndicat intercommunal d’eau de la Haute-Cerdagne (regroupant les communes de Font-Romeu-Odeillo-Via, Bolquère et Égat) et la Lyonnaise des eaux, devenue Suez.

Le granit qui a servi à construire le barrage a été prélevé et taillé sur place. Plus de 5000 personnes avaient travaillé sur le chantier.

Le lac des Bouillouses et ses abords sont un site naturel classé depuis le 24 juin 1976, au titre de la loi du 2 mai 1930, après qu’un projet de construction de 40 chalets ait été bloqué.

D’une capacité de 17 millions de m3, il se remplit au printemps avec le ruissellement dû à la fonte des neiges.

Les JNE à la découverte du lac des Bouillouses le 18 mai 2019 lors de leur Congrès dans le Parc naturel des Pyrénées catalanes – photo Antoine Bonfils

Un plan de régulation de la fréquentation touristique limite l’accès au lac en été. Il faut abandonner sa voiture dans des parkings situés à quelques kilomètres, et emprunter des navettes.

Le lac des Bouillouses est réputé pour la pêche à la truite fario et arc-en-ciel, autorisée (en période d’ouverture) y compris sur le barrage. On peut aussi s’y adonner aux joies de kayak. Mais il est surtout le point de départ de nombreuses randonnées, comme celle que nous avons faite sous la neige, à la découverte de l’étang des Pradeilles et de l’étang Noir (Estany Negre), en passant à travers des prairies fréquentées en été par des bovins venus en transhumance pour brouter l’herbe d’altitude.

Mille mercis à nos accompagnateurs du Parc naturel régional des Pyrénées catalanes (Marine et Yon) pour leur accueil et leurs explications, notamment sur les zones Natura 2000.

 

 

 

Congrès 2019 des JNE

Notre congrès s’est tenu du 17 au 19 mai 2019 au Chalet du Ticou de Bolquère (Pyrénées-Orientales), dans le Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes.

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ANNUAIRE 2020

CANARD SAUVAGE
Spécial 50 ans