Films, DVD & CD

« Visions chamaniques, territoires oubliés » : un film qui nous invite à reconsidérer le monde

Qu’annonce un film sur l’initiation chamanique ? Nous invite-t-il à reconsidérer la beauté du monde ? Ou simplement le monde ?

par Jane Hervé

Ces présentes « visions chamaniques » sont perçues par la caméra réaliste de David Paquin. Elles dévoilent essentiellement l’initiation d’une femme – Stéphanie Lemonnier – au rite du bois sacré de la culture des Fangs (en Afrique centrale). Un périple porté et entretenu par les femmes paisibles et rassurantes de cette tribu gabonaise afin de pénétrer un autre monde, celui où toute action humaine émane et renvoie à la Nature, à la Terre-mère, à notre origine. Cette initiation par le monde des plantes récoltées et de l’arbre sacré iboga permet la révélation de ce monde qui révèle en même temps l’initiée à elle-même. Renvoyant à la naissance de l’être et du monde, elle révèle une pensée avec d’autres perceptions par le biais de l’émotion : la Voie du Coeur. Le rite commence avec la récolte des plantes de la forêt, progresse avec leur préparation et conduit à l’absorption de la potion secrète. Il est rythmé par l’eau dont l’initiée s’asperge régulièrement au fil de sa démarche selon un geste rituel. La musique d’arc-en-bouche (mougongo), de la harpe sacrée est jouée par des hommes également sereins. Des chants sacrés (icaros) émergent. Un délire de « joie » se manifeste à travers la transe dansée de plus en plus profonde.

Au terme de ce travail documentaire, fait sans volonté exhibitionniste de l’initiée (et trois autres témoins), la culture première des Fangs, liée à la nature vraiment sauvage (la seule qui soit vraiment la Nature), se distingue clairement de la nôtre qui n’approche qu’une nature domestiquée, massacrée, polluée. Il apparaît que le « sauvage » qui est en nous se manifeste et s’affirme, élargissant à la fois notre vision du monde et celle de nous-mêmes. Dévoyés par une autre culture révélant tant de différences, nous comprenons que le mythe (arbre sacré) sert justement de lien entre les forces de la Nature ou des esprits et celles qui sont au fond de nous. En ce cas, l’identité noire qui est transmise par cette expérience privilégiée (ni religieuse, ni guerrière) vaut pour tous, donc nous (les Blancs) ! Une tel dialogue entre l’Afrique et l’Europe révèle que la première peut apporter une forme de « bonheur » – dixit le flyer et l’attitude dynamique des Fangs présents à l’avant-première – car elle n’a pas rompu ce cordon ombilical la reliant à la nature. Nous habitons désormais le monde. Une telle joie pourra-t-elle participer à notre avenir ?ou à la quête d’un nouvel avenir nous réconciliant à notre passé. Cette dramaturgie du « bonheur » suggère–t-elle un monde possible à venir ? Parce qu’elle propose un « état de conscience » que « nous ne percevons pas au quotidien » (Carlos Castaneda) car la modernité l’a largement écarté au profit d’autres forces. Une manière d’habiter le monde dans l’harmonie. Une chamane du Pérou (Shipibo-Conibos) et une spécialiste, Sandra Ingerman, offrent leurs témoignages et analyses.


Un tel besoin de réconciliation avec les forces de la nature se retrouve dans un autre film récent en décalage avec la vie contemporaine : Un monde plus grand, de Fabienne Berthaud. Il décrit une initiation chamanique en Mongolie. L’initiée originelle (Corine Sombrun) a accepté que les scientifiques des neurosciences étudient le fonctionnement cognitif de son cerveau pendant l’initiation. Penser le monde autrement, n’est-ce pas ce que le drame écologique présent va nous contraindre à faire ?





Ci-dessous, la bande-annonce de Visions chamaniques, territoires oubliés.

 

Sortie dans les salles le 11 mars 2020. Pour en savoir plus, rendez vous ici sur le  site de Jupiter films.

 

Marche avec les loups

Après avoir filmé une meute de loups en son territoire dans « La Vallée des loups » (2016), Jean-Michel Bertrand a conçu le projet de suivre l’un de ses membres subadultes sur le chemin de l’exil, sujet de ce nouveau film. C’est aussi une invitation à s’émerveiller de la beauté de la nature sauvage et à sentir le monde à la façon d’un loup solitaire.

par Danièle Boone

D’abord de splendides images sur la vallée où Jean-Michel Bertrand a pu observer le comportement des louveteaux, chaque été, pendant trois ans. Entourés et choyés par les membres de la meute, leur arrivée enclenche un processus de remplacement essentiel : Les jeunes de l’année précédente, les subadultes vont devoir céder leur place et quitter la protection de la meute. C’est pour en savoir plus sur le devenir des ces jeunes loups solitaires que Jean-Michel Bertrand a décidé de partager le voyage de l’un d’entre eux, et d’en faire le sujet de ce nouveau film. Les seuls endroits où les jeunes loups peuvent quitter la vallée, ce sont quatre cols. Pose de caméra, déclencheur automatique et alertes sur le smartphone. La technologie est la bienvenue mais elle n’évite par l’attente. Le spectateur entre, lui aussi, dans ce temps suspendu. Enfin le jeune loup finit par se présenter. La neige aidant, nous voilà parti sur ses traces.

Bien peu de candidats à la dispersion vont survivre et fonder à leur tour, une meute. Le jeune solitaire rencontre bien des dangers notamment les meutes déjà constituées qui ne tolèrent pas d’autres individus, les routes meurtrières, les villes. Certains humains portent en eux une haine effrayante : avec le retour du loup la peur du sauvage ressurgit. Pourtant à voir les images de cette nature sauvage si belle, les chamois, les marmottes, les bouquetins, les martres, on s’émerveille devant cet équilibre. Mais comme le dit Jean-Michel Bertand, « on a peur que de ce qu’on connaît pas. »

La quête du réalisateur le mène dans le Jura, un paysage nouveau, une forêt qu’il doit apprivoiser. Les animaux sont globalement les mêmes que dans les Alpes mais dans d’autres paysages. Toutefois, il y a la présence d’un autre prédateur mythique absent des Alpes : le lynx dont on peut voir de splendides images. Jean-Michel Bertrand s’installe dans l’une de ces cabanes mise à disposition des marcheurs. Il y a là, dans une boîte, un cahier avec des notes naturalistes et une biographie de Robert Hainard (celle écrite par notre ami JNE, Roland de Miller). C’est l’occasion pour Jean-Michel Bertrand de rendre hommage à ce grand naturaliste. Son attente sera payante : deux loups sont bien là. Un jeune couple peut-être. L’un des deux pourrait être le jeune loup dans les pas duquel il s’était lancé. Après quelques jours d’observation, c’est sûr, une nouvelle meute est en train de naître. Et ce sont les premiers loups du Jura ! Son intuition basée sur sa connaissance du loup était bonne !

C’est vraiment un très beau film et on a du mal à comprendre la violence de la réaction des anti-loups. A lire à ce sujet, les deux articles signés Gabriel Ullman et de Jean-Claude Génot parus sur ce site.

Voir également la chronique du livre paru aux éditions Salamandre

Production Jean-Pierre Bailly – MC4
Distribution : Gebeka Film
Contact presse : Delphine Olivier – delphineolivierpresse@gmail.com


 

« Aquarela, l’odyssée de l’eau », un film poétique et écologique

Aquarela, l’odyssée de l’eau, film de Victor Kossakovsky, est d’une stupéfiante beauté. Il est fait de sensations et d’émotions qui captent l’histoire de l’eau à travers ses différents états, solide ou liquide. Cette eau toujours infiniment changeante, insaisissable et incertaine, mais présente.

par Jane Hervé

Ce film propose un voyage d’Ulysse dont le héros/héroïne est l’Eau elle-même, presque en personne. Captatrice, elle nous fait pénétrer dans ses entrailles paradoxales, sans consistance, en une sorte de coulée ou parfois de noyade délicieuse presque immatérielle. Cette odyssée de cinéma montre la force, mieux la Toute Puissance de l’eau, dans son écume frémissante et ses bouillonnements nerveux, dans ses mini-maelströms et ses vagues énormes, ses cascades graciles et ses ouragans furieux.

Une telle avancée du spectateur, le cœur et le regard dans l’eau du film, invite à relire les fascinations d’Empédocle (1) en une version écolo. Les couleurs progressent du blanc-bleu immaculé du Groenland – plutôt White-Blue Land – du début, conduisent à la fin vers le roux des falaises vénézuéliennes du Salto de Angel, tout en s’arrêtant pour nous happer quelques secondes sur une mer noire, huileuse, probablement nocturne !

Ce film est tourné au plus près de cette Nature dominatrice, au point même de nous laisser croire que nous sommes à l’intérieur, et plus encore que nous sommes nous-mêmes l’Eau (2), cette eau-là. Il nous parle de l’eau vue par l’eau entendue. Entendue avec les sons de l’eau sous toutes ses nuances : des bruits souterrains parfois sourds sous la glace, des glouglous, des gargouillis, des ploufs, des rages et des crispations presque utérines. Les sons de ces abysses aquatiques accompagnent d’abord le lac Baïkal gelé en dégel, puis la débâcle des glaces, puis les icebergs et des falaises de glace qui s’érodent, s’effritent, s’effondrent et s’émiettent en mer, puis les pluies cycloniques de l’ouragan. Des sons de nulle part et de partout. Des hymnes au caprice des eaux.

La part vécue de l’homme est ici réduite. Il y a l’homme présent agenouillé sur la glace, la chute et sauvetage de voitures dans l’eau gelée de ce lac qui a fondu trois semaines à l’avance, quelques mots murmurés pour celui qui n’en sortira pas (« Kolyan s’est noyé »). Puis il y a cette femme à la barre, skipper prométhéen.ne, qui se rapproche du vent et le titille, maitrise les dérives du courant à l’aide d’un assistant. Elle fixe la bonne gîte, alors qu’autour d’elle les neiges glacées s’effondrent de toute part, tout près, si près que nous sommes à la fois dans le spectacle (la neige en avalanche, les bruits des miettes de glace barbotant dans la mer) et dans les efforts des barreurs. Trois lieux distincts en une même image alors magnifiée.

Allons plus loin dans la réflexion sur ce film, au-delà de son immense poésie, au-delà même de cette mise au jour de la Toute Puissance d’une Nature libre et sans obstacles à laquelle rien ne saurait résister. Une telle puissance des Eaux (donc de la Nature) nous fait comprendre et même admettre que l’Homme – nous – est de trop. Aquarela est sans paroles. Même si c’est l’homme qui filme !

Car un tel film est tourné au plus près de l’eau de façon presque invraisemblable, en tout cas hallucinante, même incompréhensible. Impossible de ne pas se demander il a été techniquement possible de le réaliser, comment le cinéaste Victor Kossakovsky a pu immerger le spectateur dans le tourment de ses vagues et les fissures de ses icebergs. Reste une énigme, le titre. Est-ce parce que l’aquarelle (de acqua, eau en latin) emploie de l’eau ? Est-ce parce qu’elle laisse apercevoir le papier qu’elle recouvre?

Pour en savoir plus, cliquez ici sur le site de Damned Productions.

(1) Empédocle, philosophe, auteur de De la Nature, qui pense l’Eau et les autres éléments constitutifs du microcosme corporel et du macrocosme planétaire.

(2) Ce qui n’est pas totalement faux, le corps étant composé à 65 % environ d’eau !

L’extraordinaire voyage de Marona

L’histoire douce et triste de Maronna, petite chienne attachante aux grandes oreilles d’Anca Damian est un dessin animé très inventif et très esthétique.

Par Marc Giraud

Voici un dessin animé original, inventif, très esthétique et coloré, où l’on passe d’impressions de dessins d’enfants, à des collages de papiers, se terminant dans une ville faisant songer à Paul Klee. L’histoire est douce et triste : l’héroïne, Marona, est une petite chienne attachante aux grandes oreilles, qui se fait renverser par une voiture dès la première scène. Aplatie au sol, sans relief comme un dessin à la craie s’effaçant avec le vent, Marona songe : « Si personne n’a de meilleure idée, je prendrais bien un moment pour rembobiner le film de ma vie. J’ai entendu dire que c’est ce qu’on fait quand on meurt : on revoit le film de sa propre vie… ». Et c’est ce film qui se déroule sous nos yeux, l’aventure amoureuse de ses parents, son enfance, puis les abandons, la rue, les différents maîtres qui lui ont donné différents noms et partagé son amour. Une vie de chien, ou plutôt de chienne, passant de main en main dans un univers poétique, racontée par la belle voix off de Lizzie Brocheré. Une heure et demie de voyage, c’est peut-être un peu long pour les plus jeunes enfants malgré les foisonnantes trouvailles visuelles, mais ça plaira aux esthètes. L’histoire se termine sur les mots du début : les aventures de Marona s’achèvent là. Les Roumains, Belges et Français de l’équipe de réalisation aiment vraiment les chiens : tous leurs toutous sont cités au générique.

Attachée de presse : Monica Donati – monica.donati@mk2.com

« Le monde, les médias et moi » en avant-première parisienne à l’Unesco

Le 28 mars dernier, quelque 1000 personnes se pressaient dans une grande salle du Palais de l’Unesco pour la première projection parisienne (à guichets fermés) du film d’Anne-Sophie Novel, Le monde, les médias et moi.

par Laurent Samuel

Résolument écrit et réalisé à la première personne, ce documentaire part d’un constat largement partagé (prolifération des fake news, infobésité, défiance à l’égard des journalistes et de l’information en général, etc.). Pour mettre ces phénomènes en perspective, Anne-Sophie Novel nous fait rencontrer des analystes et journalistes portant un regard critique sur l’évolution actuelle des médias. Mention spéciale pour Stéphane Paoli, grand ancien de France Inter, avec sa figurine d’un des Dupont(d) d’Hergé toujours prête à tomber, symbole de médias en équilibre instable, entre un ancien modèle dépassé (celui de la presse traditionnelle) et un nouveau modèle à la recherche de ses marques et de sa viabilité économique, sur un « trapèze » selon la forte expression d’Eric Fottorino, rédacteur en chef du 1 et du tout récent Zadig, deux rares expériences originales de presse différente de ces dernières années.

Ce film très tonique décortique aussi des exemples positifs à travers le monde, comme celui du Guardian, quotidien britannique qui a fait le choix de la qualité et des enquêtes et propose avec succès à chaque internaute de payer la somme de son choix pour se financer. Anne-Sophie Novel s’attarde un peu trop longuement sur l’aventure de l’Edbo, hebdomadaire se voulant novateur auquel elle avait participé, et qui avait été plombé par des révélations non étayées sur de prétendues agressions sexuelles dont Nicolas Hulot aurait été l’auteur.

Résolument tourné vers les solutions, ce documentaire passe un peu vite à notre goût sur les facteurs multiples (poids des actionnaires et des lobbys, manipulations sur les réseaux sociaux, idées préconçues des rédacteurs en chef, manque de moyens…) qui empêchent la presse d’être libre. En tout cas, Le monde, les médias et moi est un film idéal pour lancer et nourrir le débat, comme l’a prouvé la riche discussion qui a suivi la projection à l’Unesco, rassemblant Fabrice Arfi (Médiapart), Elise Lucet (France 2), Cyril Dion (écrivain et réalisateur) et Jasmina Šopova (rédactrice en chef du Courrier de l’UNESCO).

Voici deux extraits vidéo de ce film.

 

Pour vous informer sur les différentes manières de voir le film ou organiser une projection, cliquez ici…

Un film documentaire écrit par Anne-Sophie Novel, co-réalisé avec Flo Laval.
Produit par Les Films d’un Jour, en coproduction avec Place To B, avec la participation de DOCS TV.
Avec le soutien du CNC et des contributeurs KissKissBankBank.

Cliquez ici pour découvrir le site du film.

Le Temps des Forêts

Le Temps des forêts, documentaire réalisé par François-Xavier Drouet, nous propose un voyage au cœur de la sylviculture industrielle et de ses alternatives. Après le livre La vie secrète des arbres, voici enfin le film sur la vie secrète de la sylviculture intensive. En tout cas, ce sujet est enfin porté à la conscience du public que nous voyons souvent enclin à croire autre chose que ce qui est vraiment !

par Bernard Boisson

Si à un niveau international, on parle de plus en plus de déforestation, en France le problème prépondérant est la « mal-forestation ». Nous pouvons dire que cette déclaration vient en préambule fort de toute une succession d’interviews de professionnels de la sylviculture et de la filière bois. Depuis le début des années 2000, le grand public a bien la sensation d’un accroissement des coupes rases, d’entassements de grumes, de chemins forestiers défoncés par les machines sylvicoles, tandis que des discours officiels lénifiants, renforcés par un silence anormal de la part des médias, insinuaient d’entrée de jeu un sentiment de culpabilité à tout observateur s’engageant à lancer l’alerte. En réalité, la « mal-forestation » a beaucoup bénéficié du silence et de la désinformation.

Quand le grand public va découvrir ce film, il se mettra enfin au parfum de la pièce de théâtre qui a fait le décors ! Dès lors, une sylviculture à l’âge dinosaurien du progrès lui est bien confirmée, de l’abatteuse aux scieries géantes, en passant par toutes les machines de débardage… Une sylviculture est sortie de l’échelle humaine, et de l’échelle écologique. Comment pourrait-il y avoir encore un amour de la forêt à ce niveau ? Une souffrance aussi profonde que pudique transparait en filigrane allant d’une déshumanisation d’un métier au saccage sans état d’âme des milieux forestiers. Des professionnels constatent eux-mêmes les inepties d’une gestion.

Il semble à la fois que plus la puissance de la machine s’interpose entre la nature et l’humain, plus nous avons une distanciation entre la bureaucratie et le terrain, et plus les professionnels paraissent vidés de présence dans leurs rapports aux lieux et au vivant. Une abatteuse coûte au bas mot 400 000 euros quand une tronçonneuse en coute environ 1500. Quand on veut rentabiliser du lourd, il n’y a plus le temps de sentir. Il faut faire le maximum d’heures pour amortir le coût de cette machine. Les forestiers du martelage, et les exploitants du bois restés à l’échelle de petites PME, attestent une lucidité plus profonde. S’instaure un combat entre David et Goliath, sans aucun affrontement. Simplement une sylviculture entre les pratiques traditionnelles et alternatives montre sa résistance sous le laminoir boulimique d’une sylviculture industrielle et dantesque, légitimée en ces termes par un intervenant : « c’est la guerre économique… ». A ceci près que nous sommes en droit de nous inquiéter vivement : la sélection très normative des grumes par des scieries géantes profilées pour des usages restreints à très grande échelle, induit un gaspillage écœurant de tout ce qui n’est pas à la norme dans les forêts. De surcroît, elle force toute sylviculture alternative à l’échelon artisanal à se recréer une autre filière bois adaptée quand une France forestière a rompu depuis longtemps avec l’économie circulaire..

C’est un film non ostentatoire dans les analyses chiffrées, sans mention des noms des intervenants en sous-titrage, sans esthétique ou dramatisation appuyées. Cette sobriété marquante signe le style de la réalisation diminuant l’attention à l’anecdotique pour la concentrer sur l’essentiel. Cette sobriété marquante signe le style de la réalisation et renforce la force véridique des témoignages. Après le livre La vie secrète des arbres et le film L’intelligence des arbres, ce documentaire vient en contradiction crue. C’est le film par excellence pour ouvrir le débat public sur les impacts écologiques et paysagers d’une sylviculture industrielle, à contresens de l’évolution des connaissances scientifiques et de la montée citoyenne des consciences.

Le film met à jour l’écartèlement entre les logiques d’une sylviculture modérée respectant la régulation écologique des forêts et des logiques d’une sylviculture intensive bien plus extrêmes. « Ces logiques viennent de l’industrie du pétrole, du plastique, et de la finance. A un moment donné, il faut s’apercevoir que ces deux logiques ne sont pas mariables », comme le conclut l’ingénieur-forestier Gaétan Dubus.

Sortie en salles le 12 septembre 2018.

Voici la bande-annonce de ce film :

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“Tchernobyl, le monde d’après”, un film à voir et à faire connaître

Le cinéma les 7 Parnassiens, dans le XIVe arrondissement de Paris, proposait le 26 avril 2018 une projection en avant-première du film Tchernobyl, le monde d’après, produit par l’ONG Enfants de Tchernobyl Belarus. Elle était suivie d’un débat avec les réalisateurs Marc Petitjean et Yves Lenoir,  ainsi qu’Alexey Nesterenko, Tatiana Kotlobai et Liliya Bovkunovich, venus spécialement de Biélorussie.

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par Laurent Samuel
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Un film tout à fait dense et passionnant, qui, sorti à l’occasion du 32e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, survenue le 26 avril 1986, nous montre à la fois l’ampleur et la persistance des mensonges officiels minimisant son impact sur la santé humaine et la nature, et les efforts de quelques passionnés, autour de l’association Belrad, pour effectuer des études indépendantes et contribuer au surgissement de la vérité.

« Il s’agissait au départ de réfuter la thèse du film «Tchernobyl, Fukushima : vivre avec», diffusé par la chaîne ARTE le 26 avril 2016, un film dont le scénario et le tournage ont été contrôlés par le directeur du CEPN — l’officine implantée dans l’établissement du CEA de Fontenay-aux-Roses — Jacques Lochard, également Vice-président de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR), affiliée à l’OMS depuis 1956 », explique Yves Lenoir sur le site de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus.

Il faut saluer l’exceptionnel effort pédagogique effectué par l’équipe du film, qui permet de s’y retrouver dans les dédales d’un sujet complexe, que les mensonges du lobby nucléaire contribuent à opacifier encore davantage. On aurait aimé toutefois (mais comment tout approfondir en 1 h 45  ?) avoir davantage de détails sur l’ONG Belrad, l’emploi de la pectine pour lutter contre les radiations ou encore l’impact de la catastrophe sur la faune et la flore.

Au cours du débat, Yves Lenoir a annoncé qu’une version du film sous-titrée en russe venait d’être réalisée afin d’être diffusée sur place via l’ONG Belrad, dont les responsables, présents pour cette avant-première, vont rapporter dans leurs bagages sous forme de DVD. Un sous-titrage en portugais est aussi en cours de réalisation.

Le jeu des questions-réponses a permis de constater que la plupart des spectateurs (ou du moins ceux qui sont intervenus) étaient des antinucléaires convaincus, ce qui est souvent le cas pour les projections organisées par des associations. Or, ce documentaire mérite d’être vu par le plus grand nombre. Formons donc le voeu qu’une chaîne nationale comme par exemple Arte – qui diffuse parfois des documentaires critiques sur l’énergie nucléaire (comme ceux de la JNE Laure Noualhat) – inscrive au plus tôt ce film à ses programmes !

Note de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus : ce travail ne prendra tout son sens et toute sa portée qu’avec la contribution du plus grand nombre à ses promotion et diffusion. Chacune et chacun est invité à se concerter avec les associations écologiques et anti-nucléaires locales pour organiser une ou plusieurs projections, éventuellement suivies de débats. Pour ce faire prendre contact avec Yves Lenoir. Tél : 01 45 88 63 08. Email : yaj.lenoir@free.fr

Ce film résulte de la mise en forme par le cinéaste Marc Petitjean) d’archives inédites et de témoignages recueillis en juillet 2016 au Belarus par une petite équipe constituée d’Alexey Nesterenko, Mona et Michel Hugot et Yves Lenoir. L’énorme travail de transcription et de traduction a été mené à bien avec le concours de l’association belge Enfants de Tchernobyl ASBL et par Wladimir Tchertkoff.

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On a 20 ans pour changer le monde

Fruit d’une rencontre entre la réalisatrice Hélène Médigue, et le fondateur de Fermes d’Avenir, Maxime de Rostolan, ce film présente les combats menés par l’association pour accélérer la transition agricole

par Danièle Boone


Le film s’ouvre sur un paysage classique de l’agriculture industrielle. “Dans des endroits comme ça, tu te poses des questions, constate Xavier Mathias, maraîcher bio. Comment on a glisser ? Comment un projet de société nous échappe ? Comment on laisse faire les choses ? Qu’est-ce qui s’est produit ?” Dans cette phase de constatation, interviennent plusieurs personnalités, les Bourguignons qui parlent de sols fertilisés mais qui ne sont plus fertiles, Philippe Desbrosses qui ose le terme de décapitalisation, Francis hallé qui déplore la catastrophe et qui souhaite que si les agriculteurs ne veulent pas changer qu’au moins ils laissent les autres changer.

Face à cet état des lieux un peu désespérant, l’association Fermes d’avenir créé par Maxime de Rostolan fait tout pour accélérer la transition énergétique en agriculture. Elle fonde son projet alternatif sur la multiplication de petites fermes. Ce réseau de microferrmes vertueuses a pour but de revitaliser les campagnes. La stratégie d’ouverture et le réseau influent (Stéphane le Foll, Nicolas Hulot, Emmanuel Macron) permettent  à Fermes d’avenir d’occuper une place un peu à part dans le paysage agricole français.

Enfin une communication efficace avec les opérations comme le “concours Fermes d’avenir” qui a récompensé 100 fermes vertueuses en 3 ans, le “Fermes avenir tour” qui a eu lieu du 15 juin au 16 septembre 2017 au cours duquel 220 fermes ont été visités. Il faut dire que les membres sillonnent les campagnes, rencontrent les industriels et expliquent pourquoi le retour à l’agriculture biologique est indispensable. Ils proposent même le nouveau métier de “payculteur”, sorte de manager de plusieurs fermes. Ce concept inventé par Fermes d’avenir n’est pas sans effrayer certains paysans qui voient là un danger pour leur liberté de gestion de leur ferme – mais cela, ce n’est pas dit dans le film.

Fermes d’avenir change aujourd’hui d’échelle en expérimentant la permaculture et l’agroécologie sur de plus grandes surfaces. L’objectif : lancer une expérimentation dans trois fermes de 60 hectares, la taille moyenne d’une exploitation française. La première, à Brétigny sur Orge, devrait être opérationnelle dans le courant de l’année. Le documentaire d’Hélène Médigue, efficacement construit, permettra sans aucun doute de faire connaître l’association auprès d’un public plus vaste qui découvrira dans le même temps que des alternatives sont possibles et sont même d’ores et déjà en place.


En salle le 11 avril – www.fermesdavenir.org
Contact presse : Delphine Sacleux – DS communication. Tél.: 06 71 10 80 03 – delphine.sacleux@dscommunication.fr

« Le Lien » : bien plus qu’un documentaire, une expérience qui questionne notre besoin de nature

En introduction à son « grand » projet (lire ici l’article de Nathalie Torjdman), Frédéric Plénard a réalisé en 2016 un film documentaire, Le Lien, dans lequel on suit un petit groupe d’adolescents qui passent dix jours en pleine nature.

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par Adeline Gadenne

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Tous issus d’un quartier populaire de la banlieue bordelaise, ils ont comme point commun d’être coupés de la nature dans leur vie quotidienne ainsi que dans leurs loisirs. Frédéric organise pour eux une immersion en montagne dans les Pyrénées, avec l’appui de deux animateurs nature. Une première pour ces jeunes citadins.

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Après seulement quelques jours, ces adolescents, au début mal à l’aise sur les pentes pyrénéennes, se sentent chez eux, comme si le goût pour la vie dans la nature était enfoui en eux. Regarder les étoiles, goûter – et apprécier – des plantes sauvages, embrasser des arbres… : « au lieu de vivre sur nos écrans, nous avons vécu la vraie vie », commente Eva, l’une des adolescentes.

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Epuré et naïf dans sa forme, ce film est riche d’enseignements sur notre connexion aux éléments. « Dans la nature, nous nous sommes rapprochés les uns des autres », conclut Eva.

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www.lelienleprojet.fr

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L’éveil de la permaculture

Et si la révolution s’inspirait de la nature ? Tel est le sous-titre de ce documentaire de Adrien Bellay sur la permaculture. Celle-ci, n’est pas simplement une méthode de culture. Elle est devenue une façon de faire bouger le monde, une alternative à une société hors-sol, un mouvement en marche international.

par Danièle Boone


C’est quoi la permaculture ? Un projet de vie ? du bons sens organisé ? L’enseignement est au cœur du documentaire d’Adrien Bellay. Lui-même a suivi un cours de “design en permaculture” , deux semaines d’apprentissage sur le fonctionnement des écosystèmes où les valeurs de partage et d’humanité prennent sens. Au-delà des savoirs échangés, Andy et Jessie Darlington, les deux formateurs, insufflent une forte énergie entre les membres du groupe. On parle d’autonomie, de résistance et de pouvoir d’agir. 

Prendre soin de la terre, prendre soin de l’homme et partager équitablement les ressources sont en effet, les trois principes de base de la permaculture.

Deux approches divisent la pensée scientifique, l’approche analytique et l’approche systémique. La première étudie les phénomènes en les divisant. Elle s’appuie sur la précision des détails. La seconde les étudie dans leur globalité et se concentre sur les interactions entres les éléments. C’est de cette seconde que relève la permaculture. L’approche systémique remplace les solutions fragmentaires à court terme par des solutions globales à long terme. Ce changement total de perception du monde est résumé dans un des principes majeur de la permaculture : intégrer plutôt que séparer.

Dans L’éveil de la permaculture, il est beaucoup question de transmission. Aujourd’hui, l’économie de la permaculture repose en grande partie sur les revenus générés par les formations. Ce système de financement pourrait atteindre rapidement ses limites mais les micro-fermes qui naissent un peu partout montrent que les méthodes alternatives prônées par la permaculture se mettent en place concrètement. Derrière ce mouvement international, il y a un grand désir de changer de vie. Toutes les catégories sociales de la population se retrouvent dans les formations mues par une recherche communes de solutions aux problèmes que nous avons tressés sur la planète.

Parmi les intervenants : Éric Escoffier, Pascal Depienne, Darren J.Doherty, Jean-Philippe Beau-Douëzy, François Léger… Tous sont d’accord, la permaculture, c’est créer du capital naturel, du capital écologique et c’est une urgence absolue. Éric Escoffier a le mot de la fin : “C’est à la portée de tous. C’est facile. C’est juste un choix“.


Distribution : Destiny films. En salle le 19 avril.
Contact presse : Alexia Coutant – alexia@anyways.fr

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ANNUAIRE 2020

CANARD SAUVAGE
Spécial 50 ans