LIVRES

Sauver la beauté du monde par Jean-Claude Guillebaud

Jean-Claude Guillebaud nous offre là un livre très personnel. Alors quelquefois, on a l’impression que ça part un peu dans tous les sens. C’est que l’auteur, ancien grand reporter de guerre, chroniqueur, éditeur, possède un champ de connaissances très large et sa curiosité reste immense. Face à la crise écologique et sociale qui secoue notre monde, il se sent bien petit. Il constate et n’a pas de solution concrète à proposer, comme nous tous. Pourtant, il est convaincu d’une chose : « la beauté sauvera le monde. »

Jean-Claude Guillebaud est allé recherché la fameuse phrase de Dostoïevski dans L’Idiot qu’il n’avait jamais lu et découvre que le personnage qui la prononce est moqué de tous ! On comprend pourquoi en exergue, il cite Camus : « Nous tournons le dos à la nature, nous avons honte de la beauté. » Il reparlera plus loin de l’écrivain « venu du grand soleil d’Algérie » et qui a vu, bien avant d’autres, arriver l’enlaidissement du monde. Alors, tout au long de ce livre, Guillebaud va réhabiliter la beauté et, le sentiment qui va avec, l’émerveillement, cette « suffocation ravie » qui porte. « S’émerveiller – du monde, de la vie, des humains, conclut-il, me semble aujourd’hui la moindre des choses. »


L’iconoclaste, 320 pages, 17 € – www.editions-iconoclaste.fr
Contact presse : Karine Vincent. Tél.: 01 42 17 46 62 – k.vincent@editions-iconoclaste.fr
(Danièle Boone)

Mon petit monde par Emmanuelle Houssais.

Elles sont des milliards, invisibles à l’œil nu. Et pourtant, elles sont partout et elles ont été les premières habitantes de la Terre… Ce sont les bactéries !
 Malgré leur mauvaise réputation, ces bactéries nous rendent de nombreux services. Elles repoussent les intrus, nous protègent des caries, nous permettent d’assimiler les vitamines, œuvrent à notre bonne digestion…

À travers cet album poétique et très sérieusement documenté destiné aux enfants dès 5 ans, Emmanuelle Houssais, à la fois autrice et dessinatrice, nous offre un voyage dans un monde microscopique et fascinant. Son projet : montrer l’invisible et réhabiliter les bactéries ! Le format, 30×30, met en valeur les très jolis dessins. Un livre à faire circuler le plus possible.


Éditions du Ricochet, collection Grands album nature, 36 pages, 16 € – www.ricochet-jeunes.org
Contact presse : Audrey Sauser. Tél.: 06 95 37 38 98 – ricochet.contact@orange.fr
(Danièle Boone)

Les Liens entre éthique et droit, l‘exemple de la condition animale sous la direction de Lucille Boisseau-Sowinski et Delphine Tharaud

« Quand la plume rencontre la pierre »… Ainsi pourrait-on présenter, ce colloque à l’affiche inédite qui a réunit le 10 novembre 2016, d’éminents spécialistes en sciences juridiques à l’université de Limoges. Ce qui s‘est passé lors de cette rencontre nous ai rapporté dans cet ouvrage collectif, en deux parties, sous la direction de Lucille Boisseau-Sowinski et Delphine Tharaud.

La question animale étant de plus en plus d‘actualité, avec le renouveau d‘une morale se voulant non moralisante, il se devait un colloque à part entière, qui la définisse ainsi dans son droit et son éthique. Mais comment s’affirme l’éthique et où commence le droit ? Ces douze spécialistes voués à la condition animale n’y vont pas par quatre chemins. Plutôt que d’opposer éthique et droit, comme deux faux amis pourraient nous le faire croire, il importe pour Xavier Perrot et Anne Blandine Caire d’en connaître, avant tout leur définition dans leur contexte. Force est de constater leur judicieuse argumentation présentée dans cette première partie, intitulée « de l’éthique à la condition juridique ». C‘est ainsi que l’on apprend que limiter éthique et droit à leur différence amènerait à un obstacle théorique puisque l’animal est considéré comme patient moral dans l’éthique et comme simple objet de droit dans le champ juridique. Il apparait bien plus novateur à ces intervenants d’élargir les complémentarités dans leurs champs réflexifs du possible.

D’où une grande deuxième partie consacrée à l’éthique animale en droit qui s’articule en quatre sous-parties :
Par l’utilitarisme, en éthique animale et en droit avec Fabien Marchandier et, par l’exemple de l’expérimentation animale avec Marion Bourgine- Renson.
Par le déontologisme, en passant de Kant à Regan avec Enrique Utria et par le droit déontologiste avec Lucille Boisseau- Sowinski.
Par une approche citoyenne, où Philippe Régnier nous projette dans l’univers des sociétés interspécifiques de Zoopolis tandis que Caroline Boyer-Capelle s’interroge sur une citoyenneté animale en droit.
Par une approche écologique , avec le biocentrisme et l’éthique de Gérard Charolois, et le droit de l’environnement et la condition animale avec Marie-Pierre Camproux-Duffrene.

Et de conclure, par la plume irréductible de Jean-Pierre Marguénaud pour qui le droit animalier n’est pas seulement qu’un exercice de haute voltige mais s’avère aussi d’une importance capitale pour bien prendre conscience des liens qui unissent l’éthique au droit.


Éditions L’Harmattan , 171 pages, 18.50 € – www. editions-harmattan.fr

Contact presse : Fabien Aviet ; 01 40 46 79 23 – fabien.aviet@harmattan.fr
(Michel Cros)

Art animalier. La faune sauvage européenne dans l’Art contemporain, préface Stéphane Durand

Nos amis Colette Abbate et Laurent Piolé (JNE) sortent le tome XI de leur collection « Art animalier », consacré à notre faune sauvage. Auteur, biologiste et conseiller scientifique de Jacques Perrin, Stéphane Durand ne pouvait que célébrer cet hommage esthétique où art et science s’expriment en fusionnant. Comme d’habitude, les techniques et les styles les plus divers se côtoient : pastels, aquarelles, acryliques, photos ou sculptures, avec de grands noms comme Robert Hainard, l’« ancêtre » de tous les animaliers de terrain, ou Édouard Marcel Sandoz, de la grande époque qui a suivi au début du XXe siècle l’impulsion du précurseur, Louis-Antoine Barye. On remarque aussi l’héritage de Pompon dans les œuvres d’un de ses plus brillants élèves, Armand Petersen, avec quelques sculptures remarquables (notamment un sanglier et un bison, dont les formes épurées restituent toute la force), et que l’on pourrait retrouver dans l’ours ou le renard de Bernard Rebaudet. Impossible de répertorier chacun des 47 artistes qui figurent dans cet ouvrage, où le réalisme domine. Citons néanmoins les sculptures d’ours ou de cerfs de François Beaurin-Berthélemy, les verres de Géraldine Duriaux, les pastels d’oiseaux de Lionel Asselineau, les portraits de Marie-Joëlle Cédat, les œuvres métalliques de Bertrand Fauconnet, les lumières de Bernard Guédon, les composites fantomatiques de Thierry Wald ou les argiles d’Azeline Tolmbaye. Il faut ouvrir et contempler selon vos goûts, au hasard des formes et des couleurs, croiser des regards de loups et de renardeaux, surprendre des envols d’oiseaux. Comme dans la nature…


Éditions Abbate-Piolé, 40 € – www.editions-abbatepiole.com
Contact tél.: 09 88 99 38 97.
(Marc Giraud)

La vie secrète des tortues par Bernard Devaux

Qui dit tortue dit Devaux ! Créateur de plusieurs Villages des tortues au Sénégal, à Madagascar et en France (à Carnoules dans le Var et à Moltifao en Corse), ce grand défenseur des chéloniens nous dévoile des espèces extraordinaires du monde entier, et quelques mœurs insoupçonnées. La tortue-crêpe africaine, si plate qu’elle ne peut pondre qu’un œuf à la fois, la tortue chinoise Sacalia qui présente quatre faux-yeux brillants à l’arrière de la tête, la tortue de Bornéo qui rougit avant les amours, l’étrange mata-mata d’Amérique du Sud déguisée en détritus vaseux, l’énorme tortue luth qui pond sur les plages guyanaises ou encore les déconcertantes tortues à long cou d’Australie. Ces reptiles peu connus méritent vraiment le petit détour proposé par cet ouvrage, qui parle également des communautés homosexuelles de certains mâles, ou des femelles qui font leurs bébés toutes seules. Tél. du Village de Carnoules : 04 80 29 14 10 – site web  – info@villagedestortues.fr



Éditions Delachaux et Niestlé, 25,90 € – www.delachauxetniestle.com
Contact presse: Julia Bocquin. Tél.: 01 70 96 88 20 / 07 61 74 35 45 – jbocquin@lamartiniere.fr
(Marc Giraud)

Aux sources de l’histoire animale sous la direction d’Éric Baratay

Il a fallu attendre les années 1980 pour que l’animal soit pris en compte comme un véritable acteur dans les études qui lui sont consacrées, et non seulement vu du strict point de vue humain, et « découpé en rondelles disciplinaires ». Comment écrire l’histoire animale, c’est-à-dire du côté des animaux, et avec quels documents la bâtir ? Avec ce premier volume, l’historien Éric Barratay croise les disciplines et leurs spécialistes, qui proposent des manières pointues et différentes d’interroger l’animal. Le sommaire balaie donc des études variées dans un inventaire à la Prévert : Les oiseaux chanteurs dans les enluminures médiévales, Retracer le vécu de bovins enragés, Les mots des gestionnaires de zoos, Le castor révélé par le technico-administratif, Qu’est-ce qu’un cheval de guerre dans l’Antiquité, Que fait le chat quand son propriétaire n’est pas là, L’ADN ancien comme nouvelle source historique, Faire parler l’hippopotame décrit par Belon, Le point de vue des vaches ou l’animisme pris au sérieux… À chacun de piocher dans cette érudite et foisonnante pochette surprise, qui va dans le sens de notre nouvelle ouverture sur le monde intérieur animal.

Éditions de la Sorbonne, 25 € – www.editions-sorbonne.fr
Contact : 01 43 25 80 15
(Marc Giraud)

Légendes de serpents par Françoise Serre-Collet, préface Bernard Le Garff

Chargée de médiatisation scientifique au Muséum, Françoise Serre-Collet nous avait déjà proposé un répertoire de toutes les bêtises proférées autour des reptiles (« 50 idées fausses sur les serpents », éditions Quæ 2019 , voir chronique sur le site des JNE), elle s’attaque désormais aux contes, mythes et légendes autour de ces animaux. Leur regard intense, leur façon quasi inexplicable de filer au sol sans avoir de pattes, et leur venin redoutable en font des symboles puissants dans toutes les cultures humaines, sur tous les continents et à toutes les époques. Le serpent de mer est rapidement évoqué, mais il appartient plus au domaine de la cryptozoologie (voir à ce sujet l’excellent livre du JNE Benoît Grison : Du yéti au calmar géant, Delachaux et Niestlé 2016, voir chronique sur le site des JNE ).

L’essentiel de ce livre joliment illustré parle donc de religion et de mythologie : les serpents vus par les judéo-chrétiens, les Sumériens, les Slaves, les Hindous, les bouddhistes, les jaïnistes, les Chinois, les Japonais, les Égyptiens, les Africains, les vaudous d’Haïti, les religieux méso-américains, les Hopis, les Zunis, les Aborigènes et les Scandinaves. Les créatures évoquées sont le basilic, l’Ouroboros, les femmes-serpents, les hydres, le Tatzelwurm ou les dragons, mais aussi les vrais dragons, serpents marins, pythons et autres boas. Un instructif tour du monde.


Éditions Delachaux et Niestlé, 29,90 € – www.delachauxetniestle.com
Contact presse: Julia Bocquin. Tél.: 01 70 96 88 20 / 07 61 74 35 45 – jbocquin@lamartiniere.fr
(Marc Giraud)

Guide photographique des amphibiens d’Europe, d’Afrique du Nord et du Proche-Orient par Christophe Dufresnes

139 espèces de grenouilles, rainettes, crapauds, tritons et salamandres, avec leurs sous-espèces, sont décrites dans ce guide de terrain tout en photos. Le texte concentre les informations clé : caractéristiques de l’espèce concernée, taille habitat, période de reproduction, dimorphisme sexuel, descriptif de la ponte, du têtard ou de la larve, éventuelles sous-espèces, statut de conservation.

Chaque espèce est illustrée par une photo principale et quelques images additionnelles zoomant sur les critères d’identification, ainsi que par une carte de répartition ; le tout sur la même page, ce qui est pratique d’utilisation. Cela n’empêche pas d’utiliser également un guide d’identification complémentaire illustré en dessins, plus précis que les photos, pour lier le réalisme des unes et la rigueur des autres (ça tombe bien, Delachaux en publie d’excellents…).


Éditions Delachaux et Niestlé, 21,90 € – www.delachauxetniestle.com
Contact presse: Julia Bocquin. Tél.: 01 70 96 88 20 / 07 61 74 35 45 – jbocquin@lamartiniere.fr
(Marc Giraud)

Les manchots par Michel Gauthier-Clerc

Le film « La Marche de l’empereur » (Luc Jacquet 2005) a contribué à mieux faire connaître les manchots, qui touchent le grand public sans doute parce qu’ils avancent généralement debout, comme nous. À ne pas confondre avec les pingouins de l’hémisphère nord, qui sont capables de voler, ces oiseaux de l’extrême montrent des adaptations et des comportements hors du commun. Écrit par un docteur en écologie ayant travaillé sur les manchots et sur les pôles, ce livre illustré fait le point sur les dernières découvertes scientifiques.

Au sommaire : les manchots préhistoriques, les espèces actuelles, le cycle reproducteur, la vie en mer, les adaptations remarquables, et bien sûr les menaces qui pèsent sur eux. Certains manchots plongent à plus de 400 m de profondeur, puis conservent leurs proies intactes dans leur estomac pendant plusieurs semaines afin de nourrir leur petit. Grâce à leur célèbre regroupement en « tortue », ils sont même capables d’avoir trop chaud dans l’impitoyable hiver antarctique ! Cet ouvrage nous offre donc une belle occasion de découvrir des animaux lointains sans exploser notre bilan carbone…


Éditions Delachaux et Niestlé, 29,90 € – www.delachauxetniestle.com
Contact presse: Julia Bocquin. Tél.: 01 70 96 88 20 / 07 61 74 35 45 – jbocquin@lamartiniere.fr
(Marc Giraud)

Les plantes qui tuent par Elizabeth Dauncey et Sonny Larsson

Le sujet est pour le moins sulfureux d’ailleurs un avertissement signé par les auteurs et les éditeurs précise que ce livre est publié pour des raisons pédagogiques et de connaissances et que l’usage de ces plantes aux fins qui sont décrites n’est pas recommandé du tout. Mieux vaut effectivement le préciser. Les auteurs de cet ouvrage fascinant et très documenté côtoient les plantes vénéneuses depuis des années : Elisabeth Dauncey, titulaire d’un doctorat en taxonomie des plantes, a passé l’essentiel de sa carrière au centre antipoison de deux hôpitaux londonien et Sonny Larsson, titulaire d’un doctorat en pharmacognosie est phytochimiste.

Mais pourquoi les plantes peuvent tuer ? Ne pouvant fuir leurs prédateurs, les végétaux sont obligées de se défendre comme ils peuvent. Une des stratégies possibles est de sécréter des substances vénéneuses et nocives non pour tuer l’intrus mais pour le dissuader. Mais du coup, elles peuvent être dangereuses voir mortelles notamment pour nous, les humains. Alors mieux vaut ne pas se risquer à jouer les apprentis sorciers.

Belladone, aconit, hellébore, ciguë, pavot… et bien d’autres sont richement présentées et classées selon leur principes actifs ou leurs actions sur les organismes vivants. Elles peuvent agir de différentes manières, sur le cœur, le cerveau et le système nerveux, les fonctions musculaires, la peau, le foie et les reins. D’autres encore agissent sur le long terme, en provoquant des cancers ou en ayant des effets sur le développement du fœtus. Le dernier chapitre s’intitule « Transformer ses ennemis en précieux amis » car le paradoxe est en effet que ces plantes vénéneuses peuvent être mortelles ou thérapeutiques selon l’usage.


Éditions Ulmer, 224 pages, 32 € – www.editions-ulmer.fr
Contact presse : Christine Dychus. Tél.: 06 80 46 77 50 – cdychus@relationsdurables.fr

(Danièle Boone)

CANARD SAUVAGE
Spécial 50 ans

ANNUAIRE 2019