Editos

La démocratie, l’oligarchie, l’écologie

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par Hervé Kempf

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La question écologique, avec le changement climatique, est devenue la question politique essentielle du début du XXIe siècle, la première question réellement planétaire de l’histoire. Comment allons-nous répartir les ressources et l'”espace écologique” entre des humains qui n’ont jamais été si nombreux, sachant que la poursuite du développement économique tel qu’il est conçu conduit à une crise écologique insupportable ?

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Le philosophe allemand Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, publié en 1979 en Allemagne, a le premier posé le débat en ces termes. Afin de prévenir la réalisation de la catastrophe, il préconise « de renoncer à la prospérité au bénéfice d’autres parties du monde » et d’adopter la « fin nullement reluisante de l’automodération de l’humanité ». En termes concrets, et avec d’autres mots, cela signifie réduire la consommation matérielle et de la consommation d’énergie.

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Comment, en démocratie, majoritairement, décider de cette transformation radicale de la culture de consommation ? La démocratie est-elle à la hauteur du défi historique que pose la crise de la biosphère ?

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Pour répondre à ces questions, il faut revenir à ce qu’est la démocratie. En simplifiant, elle est un triptyque :

  • un temps de délibération collective informée par des médias indépendants des différents pouvoirs ;
  • une décision, la loi, prise par la majorité au terme de cette délibération ;
  • un respect du droit de la minorité qui permet de relancer la délibération sur les conséquences de la décision ou sur d’autres décisions à prendre.

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Mais aujourd’hui, le capitalisme ne considère plus la démocratie comme indispensable à son existence, il la rejette même de plus en plus nettement puisqu’elle conduit logiquement à la remise en cause des pouvoirs en place.

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Les conditions d’un bon exercice de la démocratie sont largement altérées. La délibération libre est viciée par le fait que les médias sont massivement contrôlés par l’oligarchie. Le choix majoritaire est tronqué par le poids des lobbies voire, parfois, par le déni pur et simple du choix populaire, comme lors du référendum de 2005 sur l’Europe.

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Le respect des droits de l’homme et des libertés publiques est bafoué au nom des politiques anti-migratoires. Le pouvoir politique est subordonné aux puissances financières.

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En fait, les classes dirigeantes nous font entrer dans un régime oligarchique, où un groupe de personnes contrôlant les pouvoirs politique, économique et médiatique, délibèrent entre eux puis imposent leurs choix à la société.

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Or, l’oligarchie actuelle cherche avant tout à maintenir sa position privilégiée. A cette fin, elle maintient obstinément le système de valeurs organisé autour de la croissance matérielle et de la surconsommation – un système qui accélère notre entrée dans la crise écologique.

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Mais si l’on veut décider les politiques adaptées à l’enjeu écologique, il faut revitaliser la vie et l’esprit démocratiques. Par exemple, un vrai débat démocratique est nécessaire pour exposer comment une baisse de la consommation matérielle suppose une réduction forte des inégalités et l’épanouissement d’autres activités sociales.

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Plus largement, il faut rétablir la prééminence du politique sur “les marchés”, la séparation entre l’intérêt général et les intérêts privés, l’indépendance des médias.

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Pourrons-nous orienter l’être ensemble non-violent et coopératif – ce qu’est au fond la démocratie – vers le projet non pas d’avoir plus, mais d’éviter le pire, et aller vers un mieux-vivre en décalage complet avec la société de consommation dans laquelle nous baignons depuis notre enfance ? Ce n’est pas certain.

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Mais ce qui est sûr, c’est que rester dans le système politique actuel, qui affaiblit de jour en jour l’idéal démocratique tout en maintenant l’illusion d’une croissance éternelle, nous en empêchera.

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Retrouvez Hervé Kempf dans les colonnes du Monde et sur le site Reporterre.

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Hervé Kempf vient de publier L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie (Editions Seuil)

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Cet éditorial, comme tous ceux du site des JNE, n’engage que son auteur.

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La pub Areva et le sens de l’histoire


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par Laure Noualhat

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D’abord le vent pour faire avancer le commerce de l’Egypte, puis l’eau pour faire tourner les moulins et veiller à la construction de cathédrales, vient ensuite le charbon pour assurer le développement industriel de l’hémisphère nord, puis un pétrole qui coule à flot dans l’Amérique de la liberté automobile.

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Pour finir, à l’aube du XXIème siècle, les centrales des « énergies sans CO2 » (solaire, éolienne et, bien sûr, atomique) alimentent une mégapole sur-bétonnée aux bords d’un hypothétique océan.

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Vous avez reconnu ? Pour les dix ans de sa marque, Areva, le géant mondial du nucléaire français, a retracé en une minute la « grande épopée » de l’énergie (voir le clip ici). Qui ne pouvait que finir que sur une centrale nucléaire fictionnée: elle n’est pas reliée à des lignes à très haute tension, ses tours ne rejettent pas de vapeur d’eau, et d’ailleurs, que font des tours aéroréfrigérantes auprès d’une centrale de bord de mer ?

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Tout en travelling, à la mode du jeu vidéo Age of empire, le spot a nécessité un budget impressionnant de 15,5 millions d’euros. Mais quand on regarde son making-of, on comprend pourquoi : figurants en pagaille, dix mois de boulot, mobilisation de l’orchestre symphonique de Londres… Areva aime et se doit de faire les choses en grand.

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Dans la semaine qui a précédé le lancement de la campagne, les réactions ont fusé : Corinne Lepage, députée européenne, l’avocat Arnaud Gossement qui travaille pour elle, Thierry Salomon, de l’Institut Negawatt, Hervé Kempf dans sa chronique du Monde … Tous dénoncent une publicité mensongère qui place le nucléaire dans le sens de l’Histoire.

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Le réseau Sortir du nucléaire (ici son contre-spot) a également sorti les griffes en portant plainte auprès du jury de la déontologie publicitaire (1) et lancé une cyber-pétition La plainte sera étudiée le 4 février. Même si en 2009, les Verts avaient obtenu la suspension de la précédente signature publicitaire d’Areva : “L’énergie au sens propre”. Pas sûr cependant que la plainte en cours aboutisse…

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Car après tout, qu’y a-t-il de plus mensonger dans cette « épopée » que dans n’importe quelle autre publicité vantant les mondes merveilleux de l’automobile asphyxiante, de la chimie menaçante, des groupes agroalimentaires vendeurs de merde, des cosmétiques magiques … ?

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C’est Euro-RSCG qui a empoché les millions d’euros pour nous seriner l’air de l’idylle énergétique. Que pouvions-nous en attendre? Qu’ils mettent en scène l’exploitation, le pillage, la pollution, les déchets qui s’entassent, le risque de l’accident, les lignes à très haute tension … ?

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Oui, dans cette pub, le nucléaire apparaît sous le terme « Energies sans CO2 » au même titre qu’une centrale solaire ou des éoliennes. Mais l’envers du décor, nous le connaissons. Le nucléaire a besoin d’uranium, ressource finie qui ne pousse pas au pied des centrales. On le trouve dans des mines du bout du monde que s’arrachent les géants du secteur et qui ajoutent à la complexité géopolitique de notre futur.

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Le nucléaire produit des déchets pour lesquels nous n’avons pas de solution convenable. Il présente des risques incalculables, coûte cher, son retraitement s’avère industriellement inefficace. En France, cette énergie a phagocyté toutes les subventions publiques qui auraient permis le déploiement des énergies renouvelables.

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Le plus dommageable finalement, c’est toujours cette antienne du progrès, du monde en marche vers des conneries toujours plus irréparables, c’est le système technicien de l’Humanité dévorante. Dansez tranquilles, petites cigales humaines, les grosses fourmis de l’énergie font carburer leurs énormes centrales – solaires, éoliennes et nucléaires – pour fournir cette énergie dont vous vous enivrez sans y penser. Votre « dope » quotidienne est garantie… pour l’instant.

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Si je ne m’abuse, le nucléaire représente 6 % de la consommation énergétique mondiale. Alors, le sens de l’histoire… Le charbon et le pétrole assouvissent encore l’essentiel de notre addiction. Et comme toujours, les économies d’énergie sont passées à la trappe. Dans le monde riant d’Areva, on danse pour mieux oublier les pénuries à venir.

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(1) http://groupes.sortirdunucleaire.org/blogs/non-a-la-propagande-d-areva/
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Retrouvez Laure Noualhat sur son blog Six pieds sur Terre
http://environnement.blogs.liberation.fr/

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Cet éditorial, comme tous ceux du site des JNE, n’engage que son auteur.

Faisons un rêve…


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par Carine Mayo, Présidente des JNE

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Un bref instant, libérons-nous des pesanteurs du quotidien et franchissons l’espace-temps. Nous voici dans un monde nouveau où les Etats ont enfin appris à coopérer. Finies les palabres interminables de Cancun ou de Nagoya où les pays cherchaient à minimiser leurs responsabilités dans le changement climatique ou l’érosion de la biodiversité, en entonnant la rengaine bien connue : « c’est pas moi, c’est lui ! ».

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Désormais, les nations ont compris qu’elles formaient une seule humanité et qu’elles habitaient toutes la même maison. Bien sûr, la tentation du repli sur soi et les instincts belliqueux demeurent, mais les sages sont là pour rappeler qu’au-delà des intérêts des uns et des autres, la sauvegarde des biens communs est essentielle car c’est elle qui fonde notre humanité.

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Retour en 2011. Des sages existent, mais nos dirigeants ne les écoutent pas, trop occupés à gagner les prochaines élections. Et pourtant, chacun de ces êtres éclairés nous invite à voir plus loin que le bout de nos journées et de notre écran d’ordinateur et à nous mobiliser pour construire un futur meilleur.

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Stéphane Hessel nous exhorte à nous indigner contre les injustices sociales et le sort réservé à la planète, Patrick Viveret nous incite à ralentir et à renforcer notre intelligence collective, Vandana Shiva prône une forme de développement qui passe par le respect de la biodiversité et la défense des droits des plus pauvres… Nombreux sont les intellectuels et les artistes qui tentent de dessiner les bases de ce que serait un autre monde.

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Ils ne sont pas seuls. A côté d’eux, il y a tous ceux qui se lancent à corps perdu dans l’action pour essayer de changer un tout petit bout de la réalité quotidienne. Défenseurs de la nature et de l’environnement, militants de l’économie sociale et solidaire, ils oeuvrent pour le respect de la diversité naturelle, le partage des richesses et luttent contre les pollutions et le gaspillage.

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Sur ce site, nous continuerons à vous donner un aperçu de ce monde qui bouge, sans omettre de souligner les difficultés rencontrées, mais en gardant toujours un œil sur la ligne d’horizon, sur ce futur souhaitable qui nous donne le désir d’avancer.

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Bonne année 2011 à tous !

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Cet éditorial, comme tous ceux du site des JNE, n’engage que son auteur.

La conférence de Cancun sauvée de justesse par les pays du Sud

par Claude-Marie Vadrot

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Une vue des "plages" de Cancun - photo Claude-Marie Vadrot

Toutes les ambiguïtés possibles et imaginables figurent dans le document adopté dans la nuit de vendredi à samedi à Cancun, qu’il s’agisse de la forêt livrée aux marchands ou bien de l’aide aux pays les plus pauvres qui sera, comme les compensations forestières, livrée à la Banque Mondiale et au « socialiste » qui gouverne le Fonds Monétaire International.

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Elles permettent à chacun, y compris les Etats-Unis et la Chine, de lire cet accord à sa façon. Quant à la Russie, elle aura simplement réussi à se ridiculiser une fois de plus et le Canada et l’Australie se sont distingués, soumis aux mêmes multinationales, par le suivisme des Américains.

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On retiendra plusieurs choses du nouvel happening qui s’est déroulé au coeur d’une ville qui rassemble dans son univers touristique, tous les maux et les aberrations de la planète gaspilleuse. Difficile d’imaginer, avant d’atterrir dans cette longue zone hôtelière américanisée de 28 kilomètres et 161 hôtels, à quel point le tourisme peut être ravageur et symbole de l’évolution mortelle de la planète : de l’ancienne lagune et de la mangrove de Cancun, il ne reste pratiquement plus rien. Des discussions et du ce texte imposés avec beaucoup d’intelligence par la présidence mexicaine qui redoutait un échec émergent plusieurs certitudes.

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D’abord que les pays occidentaux, à commencer par l’Europe et la France, n’ont même pas fait de la figuration intelligente tant les discours de leurs ministres ont été convenus et médiocres. Celui de la ministre de l’Ecologie française, un authentique rapport de gendarmerie de cinq minutes, fut l’un des pires. Ce n’était pas du meilleur Nathalie Kosciusko-Morizet. Il est vrai qu’après avoir accompagné le Président de la République en Inde pour y vendre des centrales nucléaires, il lui était bien difficile d’être crédible à jouer les écolos.

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Ensuite que le négociateur français qui quitte son poste, Brice Lalonde, a joué personnellement un rôle important. Qu’il ait eut sur place peu de contact avec sa ministre a cruellement souligné l’absence de la France dans ce qui était encore pour elle un enjeu important il y a un an. Tout simplement, parce que comme de nombreux pays d’Occident, son responsable suprême a jugé que la bataille pour le climat ne rapportait pas assez de voix aux élections.

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On retiendra également, ce fut l’analyse de Brice Lalonde en privé, que mettre les 27 pays européens sur une ligne de conduite claire et efficace, se révèle désormais impossible. Illustration de ce qui se passe pour d’autres sujets. L’Europe n’est bien qu’une zone de libre échange sans politique commune.

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Expulsion des 20 manifestants "coupables" d'avoir scandé des slogans contre l'accord sur les forêts en brandissant des pancartes - photo Claude-Marie Vadrot

Les nations qui la composent, comme beaucoup d’autres, ont plus ou moins fait une croix sur la bataille contre le réchauffement climatique, se résignant, avec une joie mal dissimulée, dans les couloirs comme dans les interventions publiques, à abandonner le sujet au soi-disant « business vert », celui qui compte profiter non pas d’une résistance au réchauffement, mais d’une adaptation… Car il ne s’agit plus de freiner le réchauffement mais de s’en accommoder, ce qui sera plus facile au Nord qu’au Sud. Au prix de millions de réfugiés climatiques contre lesquels ce Nord construira des murs de béton et d’informatique…

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Par contre, il faut souligner aussi à quel point des pays comme la Bolivie, Haïti ou Panama, par exemple, ont su trouver des mots et des accents de sincérité éloignés des discours convenus. Il y avait dans leurs interventions, toute l’émotion qui manquait aux pays industrialisés. Celle qui marquait le discours d’Evo Morales, le président bolivien, ou encore la prise de position du ministre häitien qui sait, lui, ce que signifient les bouleversements climatiques pour un petit pays ravagé par les ouragans, les inondations, la sécheresse et les maladies.

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Ce sont donc les pays du Sud, cette fois – y compris le Mexique – qui ont permis de sauver ce qui pouvait l’être face à l’égoïsme congénital des nations industrialisées. Si cette volonté persiste à Durban, en Afrique du Sud, l’année prochaine, cette partie du monde aura permis quelques avancées qui pourront peut-être permettre de limiter le réchauffement de la planète à 3° C pour la fin du siècle, même si c’est encore trop. Loin des vantardises des pays développés qui osent encore évoquer une élévation de 1,5° C à laquelle les scientifiques, à l’exception de quelques comiques comme Claude Allègre et des Américains, ne croient plus tant la planète perd du temps par égoïsme.

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Le chef de la sécurité des Nations Unies, Fernando Samoes, note les noms des 20 manifestants qui seront immédiatement exclus de la conférence, leur accréditation étant instantanément annulée sur les ordinateurs de l'ONU - photo Claude-Marie Vadrot

Cette conférence aura aussi illustré la volonté de rejeter, physiquement, policièrement et philosophiquement, la société civile et les Organisations Non Gouvernementales. L’affolement qui a saisi la police des Nations Unies devant la manifestation d’une vingtaine de militants qui avait réussi à se regroupe dans le centre de conférence, en fut une illustration plus que tragique. Comme si les gouvernements et les Nations Unies avaient oublié que c’est la société civile qui les a finalement amené à agir ou à faire semblant d’agir.

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Enfin il faut aussi dire que l’absence des chefs d’Etat du G8 aura permis d’avoir au moins un semblant d’accord. Les Sarkozy, les Obama et beaucoup d’autres n’ayant pas éprouvé le besoin de venir à Cancun faire reluire leur ego et assurer leur communication électorale.

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Cet éditorial, comme tous ceux du site des JNE, n’engage que son auteur.

L’écologie : rétrécie à Paris, élargie à Lyon..

par Laurent Samuel

20 novembre 2010

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Par un étrange jeu de vases communicants, le week-end des 13-14 novembre a été marqué par une expansion du principal parti écologiste français, désormais rebaptisé Europe Ecologie Les Verts (EELV), et par un rétrécissement du ministère de l’Ecologie.

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Dans le nouveau gouvernement de François Fillon, l’écologie perd le rang de ministère d’Etat, statut qui avait permis de satisfaire la promesse de nommer un vice Premier ministre de l’écologie, signée en 2007 par Nicolas Sarkozy comme par les autres candidats qui avaient souscrit au Pacte écologique de Nicolas Hulot. Le ministère rétrograde de la deuxième à la quatrième place dans l’ordre protocolaire, consacrant l’idée que la Défense et les Affaires étrangères sont des sujets plus sérieux et plus prioritaires que l’écologie.

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Plus grave, le ministère de l’Ecologie perd le secteur de l’énergie, placé désormais sous la houlette de Bercy, traditionnellement plus sensible aux lobbys des énergies fossiles et du nucléaire. Il garde en revanche la responsabilité de la lutte contre le changement climatique et de la mise en oeuvre des mesures du Grenelle de l’environnement en matière d’énergie.

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De plus, le ministère de l’Ecologie semble perdre sa compétence sur la Mer, qui ne figure plus dans son intitulé. S’il se confirme que ce secteur passe entre les mains du ministère de l’Agriculture, déjà responsable de la pêche, cela serait un très mauvais signe, d’autant plus que le ministre Bruno Le Maire s’est déclaré hostile à des quotas plus sévères sur les prises de thon rouge.

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(Note en date du 30 novembre 2010 : d’après le décret d’attribution précisant ses compétences, NKM garde les négociations climat et l’énergie, co-gère la sûreté nucléaire, et conserve la mer… sauf la pêche. On a donc échappé au pire.)

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S’il est prématuré de parler comme l’ont fait certains de « démantèlement » du ministère de l’Ecologie, son « périmètre » s’est donc pour le moins rétréci.

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Sur le plan politique, l’écologie a perdu un ministre dynamique, Jean-Louis Borloo, dont la nomination à Matignon aurait consacré (au moins sur le plan symbolique…) le souci du gouvernement pour l’écologie.

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Le ministère gagne une titulaire, Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) connaît parfaitement ses dossiers et a su se montrer combative, notamment sur les OGM, lorsqu’elle était secrétaire d’Etat du même Jean-Louis Borloo. Même si la conjoncture politique est peu favorable à l’environnement (thème quasiment absent de l’interview télévisée du Président Sarkozy le 16 novembre 2010), accordons à NKM le bénéfice du doute, avant de la juger sur ses actes.

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Paradoxe : pendant qu’à Paris, l’écologie se voyait ainsi rétrécie, elle se gonflait le même week-end à Lyon lors des «Assises constituantes », qui consacraient la fusion entre les Verts et Europe Ecologie. La nouvelle « entité », baptisée « Europe Ecologie les Verts » (EELV), a mis en place son dispositif pour la présidentielle de 2012, avec des « primaires » pour lesquelles Eva Joly et Yves Cochet sont les principaux candidats déclarés. Avec une inconnue en la personne de Nicolas Hulot, qui est venu à Lyon apporter son soutien au nouveau parti, mais a déclaré ne point exclure une candidature à la présidentielle…

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Certes, quelques mauvais esprits (dont l’auteur de ces lignes) ont noté le faible nombre de votants (un peu plus de 2000) pour décider du nom du parti, regretté l’absence de Corinne Lepage et de Gabriel Cohn-Bendit et se sont inquiétés d’une mainmise de l’appareil des Verts sur la nouvelle structure.

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Reste que, face au quasi-abandon de la thématique écologique par le gouvernement, et sous réserve de coups d’éclat inattendus de NKM ou d’une candidature écolo-centriste de Corine Lepage ou de Jean-Louis Borloo, un boulevard électoral devrait a priori s’ouvrir pour EELV. A condition toutefois que leur candidat(e) centre son discours sur l’écologie, ce qui, à mon très humble avis, n’est pas le cas (au moins pour l’instant) d’Eva Joly …

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Cet éditorial, comme tous ceux du site des JNE, n’engage que son auteur.

Les promesses de Nagoya

par Loïc Chauveau

Le monde compte donc depuis fin octobre un nouveau protocole appuyé à une convention internationale. Le texte signé à Nagoya par 193 Etats encadre les relations entre pays utilisateurs d’extraits naturels, molécules et gènes issus du vivant et les pays producteurs. Soit, les pays du nord et leurs puissantes industries pharmaceutiques et cosmétiques et ceux du sud et leurs forêts et barrières de corail.

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En réalité, cela fait 17 ans que la question de l’accès et du partage des avantages est réglée. Elle est inscrite en toutes lettres dans la Convention sur la diversité biologique entrée en vigueur en 1993. Normalement, depuis cette date, aucun industriel, aucun organisme de recherche ne peut collecter et exploiter une plante ou un animal sans en partager les bénéfices avec l’Etat, propriétaire de ces ressources.

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Les Etats ont failli à construire une législation nationale. La communauté internationale vient d’y remédier. Ce qu’on en espère ? Un nouveau mode de financement de la protection de la biodiversité : intéressées à la protection de ces lieux générateurs de vertus médicinales ou cosmétiques, les populations détentrices de savoirs traditionnels seront moins tentées de les surexploiter pour diminuer leur état de pauvreté. Nous verrons d’ici quelques années si ce calcul est raisonnable.
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C’est un accord multilatéral qui règle cette question que les Etats ont dédaigné. Est-ce qu’un accord multilatéral saura régler l’érosion de la biodiversité ? Les 20 objectifs de la stratégie 2020 adoptés également à Nagoya paraissent autrement sérieux que le vague engagement pris en 2002 à Johannesbourg de freiner l’érosion de la biodiversité en 2010.

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Il y a cette fois des objectifs chiffrés (17 % de la surface terrestre protégée quand les ONG réclamaient 25 %, 10 % des aires marines contre 1% actuellement) et des outils qui ne coûtent pas forcément cher, mais peuvent être douloureux. Ainsi de la suppression d’ici 2020 des aides et subventions néfastes pour la biodiversité.

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Ce qui signifie la fin du carburant détaxé pour les chalutiers industriels et les tracteurs de l’agriculture intensive, la réforme de la fiscalité sur les zones naturelles si défavorables qu’il est préférable de les transformer en terrain à bâtir, l’abolition d’une TVA à 5,5 % sur les pesticides et les engrais chimiques. Le personnel politique français envisage un « Grenelle de la fiscalité » pour 2011. Il ne faudra pas oublier de rappeler à nos députés et sénateurs la signature de la France à Nagoya…

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Loïc Chauveau a couvert le sommet de Nagoya pour Sciences et Avenir et Gaia Network.

Conflit du Darfour : un drame pour les hommes, mais aussi pour l’environnement

par Jérôme Tubiana

Il y a quelques jours, une amie très engagée dans la conservation de la nature, à laquelle j’annonçais la sortie de mon livre Chroniques du Darfour (éditions Glénat), me répondit qu’elle ne manquerait pas de le lire, d’autant qu’elle avait un intérêt particulier pour “les répercussions du conflit du Darfour sur les populations d’éléphants, notamment à Zakouma”.

Le parc national de Zakouma, dans le sud-est du Tchad, est l’un des plus beaux d’Afrique centrale. Deux ans après le début du conflit du Darfour en 2005, la population d’éléphants y était estimée à plus de 4.000. En 2009, elle avait chuté brutalement à 600 individus… Bien que les données y soient moins précises, les éléphants de la République centrafricaine semblent connaître un déclin semblable. Et de fait, les autorités tchadiennes et centrafricaines, les organisations de conservation de la nature et les médias mettent particulièrement en cause des hommes en armes venus du Darfour en guerre.

J’espère que mon amie ne sera pas déçue par mon livre, qui ne parle que marginalement de nature et d’environnement. Encore que… A y réfléchir, je me rends compte qu’inévitablement ces questions sont évoquées. Comment expliquer les causes de cette guerre sans mentionner le changement climatique et l’impact exceptionnellement fort des grandes sécheresses sahéliennes des années 1970 et 1980, avec la compétition accrue pour la terre, l’eau et les ressources naturelles qui a suivi ?

Comment ne pas mentionner aussi les conséquences environnementales du conflit, et particulièrement des déplacements de population massifs (près de trois millions de personnes sur une population d’environ six millions) qu’il a entraîné. Pour ces déplacés, le bois reste en général le seul moyen de faire cuire l’aide alimentaire et l’un des principaux matériaux de construction. Les organisations humanitaires ne se sont préoccupées que tardivement de cette question, et leurs tentatives de trouver des substituts au bois sont une goutte d’eau dans la perfusion d’aide qui parvient aux déplacés malgré l’insécurité.

Le déboisement autour des camps de déplacés est spectaculaire, ainsi que peut s’en rendre compte aussi bien l’internaute en cliquant sur des photos satellite, que n’importe quel observateur à ras de terre. Le paysage est souvent si lunaire que le journaliste qui, comme c’est souvent le cas, limite sa visite à l’un de ces camps de déplacés, ne manquera pas de qualifier les alentours de “désert”, même lorsqu’on se trouve en fait plutôt dans un climat “sahélien” voire “soudanien”.

Mais comment imaginer la “savane” quand il n’y a plus ni arbres ni animaux ? J’ai raconté comment les groupes rebelles, qui manquent souvent plus de nourriture que d’armes et de carburant, chassent les gazelles en les forçant à bord de leurs Toyota Landcruiser. Ce n’est qu’un exemple d’une évidence : l’afflux d’armes et plus encore de véhicules à la faveur des conflits est une menace aussi bien pour les hommes que pour la faune sauvage.

Mais revenons un instant à nos éléphants… Il est peut-être trop simple d’imputer leur déclin au Tchad et en RCA à de simples incursions de “Janjawid”, ainsi qu’on surnomme les miliciens armés par le gouvernement soudanais pour venir à bout de la rébellion au Darfour. Le mal est en fait plus profond. Acheikh Ibn Oumar, un chef historique de la rébellion tchadienne depuis les années 1970, se souvient ainsi qu’à l’époque “le trafic d’ivoire était la principale source de financement de la lutte armée pour l’achat d’armes, de munitions et de vivres dans les localités frontalières” du Soudan, du Tchad et de la RCA.

Certains de ses hommes ont ainsi abandonné la rebellion pour devenir des chasseurs d’éléphants, une activité bien plus lucrative. Dans les rangs des braconniers ne se trouvent donc pas seulement des miliciens soudanais, explique-t-il, mais aussi “d’anciens rebelles, d’anciens soldats gouvernementaux, des ruraux privés de leurs sources de revenus par la sécheresse et les conflits armés”. Il insiste aussi sur le contexte de cette tri-frontière où les frontières n’existent pas vraiment, et où les populations sont particulièrement marginalisées par rapport aux centres des trois pays dont officiellement elles dépendent. Ce qui en fait une région propice à l’éclosion de luttes armées contre ces centres, aussi bien qu’à des trafics en tout genre, des armes à l’ivoire. La situation est à peu près la même un peu plus au sud, à une autre tri-frontière également considérée comme alimentant le trafic d’ivoire : celle du Soudan, de la RCA et de la République démocratique du Congo.

Depuis la colonisation, la réponse aux braconniers dans la région a été essentiellement militaire et répressive. Les conservateurs de la nature dans la région parlent volontiers de leur travail comme d’une “guerre”. A Zakouma, les gardes du parc sont désormais équipés de lance-roquettes RPG, tout comme les rebelles et les miliciens du Darfour. Il n’est pas évident que cette stratégie soit payante : onze gardes ont été tués entre 2005 et 2009. Certains parmi les gestionnaires du parc admettent du reste qu’il s’agit d’un pansement sur une jambe du bois tant qu’on ne s’attaque pas à l’échelon supérieur : la demande. On estime que l’ivoire d’Afrique centrale est exporté en Asie, notamment via le Soudan, où travaillent plusieurs milliers d’ouvriers chinois.

De l’autre côté, tout en bas de l’échelle, des parcs comme celui de Zakouma essaient aussi de nouer des liens avec les populations locales, pour que celles-ci soient de leur côté plutôt que de celui des braconniers. Cela demande un vrai changement, car jusqu’à présent en Afrique, les habitants et les voisins des zones protégées, quand ils n’en ont pas été expulsés, ont souvent été victimes de l’approche répressive des conservateurs : au Tchad ou au Niger, par exemple, la politique habituelle était ou est encore d’interdire aux éleveurs les points d’eau et les patûrages des zones protégés, en abattant au besoin le bétail égaré.

Malheureusement, ce hiatus entre conservateurs occidentaux et populations locales est en soi une menace pour la nature qu’ils prétendent conserver. C’est une sorte de tradition : depuis l’époque coloniale, les conservateurs de la nature coopèrent pragmatiquement avec les pouvoirs en place, en fermant parfois les yeux sur le fait que ces régimes sont souvent, pour les populations locales, des corps tout aussi étrangers qu’une ONG basée à Paris ou New York. Difficile de ne pas comprendre que les populations locales, au lieu de considérer la nature comme leur patrimoine, la voient dès lors comme le terrain de jeu de riches Occidentaux et, lorsque la guerre oblige ces derniers à évacuer les zones protégées, ne se gênent pas pour les piller et les détruire. La fatalité de la guerre n’explique donc pas seule la fragilité des parcs du Tchad, du Niger ou du Soudan.

Un espoir, peut-être, au Sud-Soudan, où quelques milliers d’éléphants ont survécu à vingt années de conflit, dont certains qui semblent revenir au pays après s’être réfugiés en Ouganda ou au Congo. Les Sud-Soudanais regrettent aujourd’hui le prix très lourd que leur faune a payé à la guerre. Je dis bien “leur” faune, car il n’est pas rare de les entendre en parler comme de leur patrimoine.

C’est sans doute lié au fait que le Sud-Soudan se prépare à devenir un nouvel Etat : un référendum est prévu pour janvier 2011, et il ne fait pas de mystère que l’indépendance sera plébiscitée. Un bémol, toutefois : si le Sud-Soudan a aujourd’hui plus de quinze mille gardes pour protéger sa faune, ce n’est pas seulement par amour des éléphants. Ces rangers sont d’anciens rebelles, prêts à repartir au combat si la guerre entre Nord et Sud venait à reprendre…

Editorial : et si l’on misait sur l’intelligence collective ?

par Carine Mayo, présidente des JNE

Incendies en Russie, inondations au Pakistan et en Chine… Ce mois de juillet 2010 a été le plus chaud des mois de juillet jamais observés sur Terre. Le dérèglement climatique s’installe et l’on commence à en voir les effets. Côté biodiversité, ce n’est guère mieux. La disparition des espèces se poursuit de manière inexorable et la conférence de Nagoya, destinée à stopper l’érosion de la biodiversité en octobre prochain, se dirige vers un échec, tout comme la conférence de Copenhague sur le climat.

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Seule différence révélatrice : le silence médiatique qui entoure ces questions. La disparition des oiseaux, des poissons, des forêts, pour beaucoup, c’est triste, mais moins grave que le chômage, les famines… Et pourtant tout est lié. Si nous n’arrivons pas à vivre en bonne intelligence avec la terre et à préserver nos ressources naturelles, les hommes en seront aussi affectés et surtout les plus pauvres.

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L’écologie, il faut le répéter, n’est pas une préoccupation de pays riches, mais concerne l’ensemble du monde. Alors que faire ? Se désespérer ? Allumer la télé pour oublier ? Trouver de nouveaux moyens pour alerter l’opinion ? C’est cette dernière voie qu’ont choisie trois organisations écologistes américaines pour agir contre le réchauffement climatique (lire ici l’article d’Hélène Crié, dans la rubrique Actualités internationales). Elles en appellent à « l’action directe de masse » réunissant des centaines voire des milliers de personnes, sur le modèle des actions initiées par Martin Luther King pour défendre les droits des Noirs américains. Chacun est invité à soumettre ses idées à ces organisations car « nous sommes plus intelligents ensemble que seuls », affirment-elles.

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Le développement d’une intelligence collective comme outil permettant de créer une société « libre et durable », c’est aussi la théorie développée par Thanh Nghiem dans un livre passionnant, Des abeilles et des hommes (Bayard). Pour elle, « la solution ne viendra pas d’en haut » et il faut favoriser la « pollinisation des idées » qui va créer des passerelles vers une société désirable.

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Cette intelligence collective, nous essayons de la mettre en pratique nous aussi au sein des JNE depuis plus de 40 ans, en nous appuyant sur les analyses et les compétences de nos 250 membres, journalistes, écrivains, photographes… Dénoncer ce qui ne tourne pas rond, interroger l’avenir et participer à l’émergence d’une conscience écologique dans la société, tel est notre but.

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Pour être plus pertinents, plus réactifs par rapport à l’actualité, nous avons mis en place un nouveau site internet, avec un découpage qui permet de trouver plus rapidement l’information recherchée, un agenda détaillé des manifestations environnementales, un meilleur classement des chroniques des livres qui viennent de paraître, un renvoi vers les sites de nos adhérents…

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Une formule qui continuera d’évoluer en fonction des commentaires et de l’actualité, et un site à butiner au gré de vos intérêts. Bonne lecture !