Editos

Les COP se succèdent et délivrent leur lot de déceptions au cœur des médias


par Dominique Martin Ferrari

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Que de titres négatifs ! Certains vont jusqu’à parler de calamité ! Il est clair que les Etats sont en déphasage complet avec les attentes du monde. Cela s’explique par leur impuissance à gérer l’accélération du réchauffement climatique.

Une question se pose face à la lenteur des négociations : cette COP marquerait-elle une nouvelle étape dans les débats mondiaux ? Face au retard pris, à l’impuissance de la négociation multilatérale, l’Europe n’est elle pas en train de jouer une carte indépendante pour le futur ?

L’effort actuel est insuffisant et nous nous enfonçons de plus en plus dans une crise dont nous sommes incapables de mesurer la gravité. Il n’avait pas été prévu de faire de la COP 25 un moment important puisque c’est à Glasgow l’an prochain que devraient se signer les accords. Mais on devait avancer et comme toutes les COP, Madrid était un test de volonté politique, « d’état d’esprit du monde ».

Deux dossiers étaient sur la table : le marché carbone et la révision des engagements. Echec dans les deux cas, et à entendre les participants, c’est la désespérance générale. Alors ? Pourquoi ont-ils tous signé s’ils sont si mécontents ? Peut-être aurait-il fallu faire ce qui s’est passé à Copenhague en 2009, n’adopter aucun texte plutôt qu’un mauvais texte ?

De toute évidence, personne n’a révisé à la hausse ses efforts, à part 73 pays qui se sont engagés à présenter des plans climatiques plus ambitieux d’ici à la fin de l’année 2020. Cinq pays de plus donc, dont le Mexique, le Chili, la Maroc et le Pakistan, ainsi que 14 régions, 398 villes et 786 entreprises se sont également engagés à la neutralité carbone en 2050. Ils représentent malheureusement une part très faible des émissions.

L’autre attente concernait le marché international du carbone. La COP 24 de Katowice en Pologne avait laissé en plan cette question. Depuis le protocole de Kyoto et 2006, les mécanismes d’échange de quotas d’émission de CO2 existent. Ils permettent de vendre des réductions d’émissions d’un pays à l’autre. En 2006, seuls les Etats les plus développés avaient obligation à réduire et jouaient de ce mécanisme. Aujourd’hui, tout le monde est concerné, mais les émergents bloquent et refusent d’entrer dans le système : le Brésil refuse, comme la Chine et l’Arabie Saoudite. Position prévisible. Plus étonnant a été de voir se joindre à eux des ONGs (le RAC par exemple) craignant de voir les mécanismes d’échange de quotas d’émissions sans réel contrôle, comptabilisés par le pays qui l’achète et par celui qui le vend (double comptage).

On comprend donc les déceptions. Mais le « COP bashing » est plus grave : il souligne la difficulté du multilatéralisme. Les COP ne sont pas un outil magique qui permettrait du jour au lendemain de mettre le monde au rythme de nos désirs la plupart du temps européens. Pour régler un problème d’ordre mondial, il faut que le monde soit d’accord. Or le Brésil, l’Australie, le Japon, le Canada, l’Inde et la Chine sont à la peine. Il est à craindre que le multilatéralisme ne soit plus capable d’imposer quoi que ce soit aux émergents dont les sociétés civiles ont encore peu de possibilités de s’exprimer. La Chine devient, avec le retrait prochain des Etats-Unis, le principal pollueur (28 % des émissions) Elle fait face à une croissance exponentielle et compte 1400 usines à charbon, même si les fermes solaires se multiplient. Elle a mené une politique environnementale très autoritaire, mais au seuil de la récession, l’économie reprend la main, les enjeux climatiques passent au second plan.

Alors, l’Europe tente de maintenir le cap. On a beaucoup reproché à la France de ne pas défendre les intérêts de la COP 21 à Madrid, mais d’être à Bruxelles. C’est vrai. Mais l’Europe a avancé (sans la Pologne) avec l’annonce du « new green deal », accord de neutralité carbone pour 2050, dont 50 actions pour 2020. Un accord largement dénoncé par Greta Thunberg : « C’est une tromperie, Parce que la plupart de leurs promesses n’incluent pas l’aviation, le secteur maritime, et les biens importés ou exportés, mais incluent la possibilité pour les pays de compenser leurs émissions ailleurs. »

Certes. Mais ce grand plan historique donne la couleur de l’ambition de la nouvelle Commission pour placer l’Europe comme premier continent à prendre ses responsabilités face aux enjeux sociétaux de notre siècle. L’avenir nous dira s’il ne s’agissait que d’une déclaration, ou si réellement l’Europe maintiendra son objectif de réduction à – 55 % et doublera sa contribution au fonds vert climat.

Comme le souligne le Comité 21, « les jalons sont posés pour acter le développement irréversible de la responsabilité du secteur privé européen ».

Faut-il lire également que l’Europe prend les devants, se sépare d’une machine en panne pour un long moment, affichera un effort qui la dédouanera de ses responsabilités quand les effets irréversibles du réchauffement vont commencer à se faire sentir et que les pays touchés revendiqueront des compensations (cf. les décisions du mécanisme international de Varsovie)  ? Peut-être, seul l’avenir le dira. Mais il est certain que l’Europe replie son effort sur ses territoires.

En conclusion, il y a un sacré travail à faire d’ici Glasgow. Si au finish la date butoir de 2020 a été conservée pour les révisions alors que de nombreux pays demandaient encore trois ans de plus, le secrétaire général de l’ONU craint de recevoir les chiffres trop tardivement pour dresser un bilan global, seul capable de conduire juridiquement les Etats à réviser leurs engagements. Nous avons un an pour faire valoir la clause de transparence décidée à la COP 21. Rien ne sert plus vraiment de vociférer en Europe. C’est ailleurs que les choses se passent.

A trop vouloir courir devant, nous risquons de perdre le reste du monde.

COP 25 : un sauvetage de dernière minute


par Dominique Martin Ferrari

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Ce devait être la première « COP bleue ». Même si l’océan aura une place prépondérante dans les réunions annexes, ce vœu chilien risque de passer aux oubliettes vu l’état du monde au jour où s’ouvre la rencontre mondiale.

Prévue à Santiago du Chili, la COP 25 se déroulera finalement à Madrid et ouvre ses négociations du lundi 3 décembre jusqu’au 15 décembre.

Madrid a réagi d’une manière extraordinairement rapide. Teresa Ribeira, ancienne directrice de l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales) et désormais ministre de l’environnement espagnole, dont on connaît la forte mobilisation pour le climat, n’est sans doute pas étrangère à ce sauvetage de dernière minute. « Un miracle ! » pour Paul Watkinson, président de l’organe subsidiaire du conseil scientifique des COP, que nous avons récemment rencontré à Paris. Il émet cependant un bémol : « ce ne sera pas une COP comme les autres; la société civile des pays du Sud rencontrera plus de difficultés pour y participer et l’Europe domine l’organisation de ces conférences depuis quelques années déjà. »

Les négociations de Madrid devraient d’abord compléter la mise en œuvre juridique de l’accord de Paris, pratiquement finalisée en Pologne l’an dernier.

Ensuite, elles devraient fixer les règles du jeu de la COP 26 qui se tiendra à Glasgow l’an prochain, et qui sera fondamentale.

La COP 25 : intermédiaire mais importante

2020 a été fixée effectivement comme étant une date symbolique. A cette date, les Etats doivent revoir leurs engagements (- 7,6 % par an jusqu’en 2030) car pour l’instant nous sommes très largement au dessus des seuils annoncés pour rester à + 2 ° C.

Seuls 68 pays sur 193 ont promis de revoir à la hausse leurs engagements et ils ne représentent que 8 % des émissions mondiales. 2050 doit sonner le temps du zéro carbone, il y a fort à faire d’ici là, donc il faudra s’engager plus et peu de pays y sont prêts en ce mois de décembre 2019.

Outre revoir à la baisse les émissions, un autre débat décisif doit émerger, celui qui tourne autour de l’article 6 de l’accord de Paris. Selon cet article, en 2020, Glasgow doit décider de l’organisation des mécanismes de marché et de non marché, savoir comment vont être comptabilisés les échanges. Les pays développés préfèrent se mobiliser sur cette question financière plus que sur un nouvel engagement d’atténuation et se mettent un peu entre parenthèses cette année.

Comment va s’organiser ce marché ? La réduction des émissions génère un crédit carbone, selon le protocole de Kyoto qui arrive en fin de période. Cette comptabilité s’opérait selon un mécanisme différencié entre pays émetteurs (le Nord) et pays touchés (le Sud). Mais depuis la signature du Protocole en 1995, Chine, Brésil, Afrique du Sud, Chili…. sont devenus à leur tour fortement émetteurs. Il faut donc revoir le mécanisme et le Brésil y est fortement opposé, tandis que l’Amérique latine persiste dans un refus idéologique du marché, et que le groupe des petites îles (AOSIS) et l’Afrique restent très exigeants en termes d’atténuation globale. L’assemblée n’est donc pas au diapason, même si tout le monde est d’accord pour mettre en œuvre un marché du carbone.

Collaborer à l’adaptation

Tout ne sera pas conflictuel. Pendant qu’ils discutent de renforcer leurs engagements (NDC) et de l’organisation du marché carbone, les Etats vont collaborer à répondre à ce que le mécanisme de Varsovie a mis en évidence : il y a des impacts climatiques au delà desquels on ne sait plus s’adapter, où l’on ne peut plus reconstruire, où il convient de déplacer les populations et de prévoir des compensations. La culture du risque, l’apprentissage de la résilience, l’adaptation avec ses trois volets  (connaissance, coordination, action) doivent trouver dans les rapports du GIEC des propositions. « Que fait-on de l’information? » questionne Paul Watkinson. « C’est un langage fleuri fort, mais qui ne change rien. Il faut trouver des méthodes, des outils pour intégrer les propositions aux politiques, notamment européennes, lancer un cycle de réadaptation, écouter la science pour en faire du politique ». On attend beaucoup sur ce sujet l’Union Européenne, dont la nouvelle présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, dévoilera la 12 décembre son « green deal », après avoir déjà déclaré l’UE en état d’urgence climatique et en ayant annoncé  un fonds de transition.

Plusieurs membres des JNE seront présents à Madrid pour couvrir la COP 25 pour leurs médias respectifs. Nous mettrons en ligne les liens vers leurs sujets, ainsi que d’autres articles dignes d’intérêt sur les négociations, via les comptes Facebook et Twitter des JNE.

A lire : Une course de lenteur pour sauver la Terre, article de Audrey Garric publié sur le site du Monde.

Le mouvement des Coquelicots à l’assaut d’une nouvelle classe de pesticides : les SDHI


par Fabrice Nicolino
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Au moment où je vous écris, tout s’emballe. Le maire de Langouët, membre du mouvement des Coquelicots (nousvoulonsdescoquelicots.org) a comme vous le savez défié l’Etat en prenant un arrêté antipesticides courageux (lire notre article ici). Des dizaines de maires ont suivi, et ils sont désormais rejoints par des élus de grandes villes de la banlieue parisienne, emmenés par le maire UDI de Sceaux, Philippe Laurent, et son adjointe Florence Presson. Gennevilliers, Accueil, Malakoff entrent avec eux dans la danse.

Et c’est une nouvelle fracassante, qui montre que toute la France est concernée. Pas seulement les cours ruraux, mais aussi le coeur des villes. Les pesticides sont évidemment partout, dans l’air et l’eau de pluie.

Mais voici que commence un nouveau combat, qui s’annonce formidable. Le mouvement des coquelicots commence sa deuxième année dans la désobéissance civile, car il estime qu’il faut se lever et accepter la confrontation avec un système irresponsable. Sans en avertir personne, nos autorités ont accepté l’épandage d’une nouvelle classe chimique de pesticides, les SDHI. Il s’agit de fongicides qui s’attaquent à la fonction respiratoire – SDH – des champignons pathogènes des récoltes. Le menu problème, c’est que des scientifiques de premier plan – l’un d’eux, Pierre Rustin, a une réputation mondiale – considèrent que c’est une folie. La SDH est présente chez tous les êtres vivants, et leurs études montrent que les SDHI s’attaquent aussi à la SDH des vers de terre, des abeilles, des…hommes. Le danger de voir apparaître à terme des maladies neurologiques redoutables et des cancers est grand.

Ces scientifiques ont incroyablement maltraités par l’ANSES, notre agence publique de protection. D’abord par un silence total de six mois, puis par un mépris complet. Pour finir, l’ANSES a publié un rapport qui évacue contre l’évidence la toxicité des SDHI. Je raconte tout cela dans un livre, Le crime est presque parfait, et permettez-moi de vous dire que ce n’est pas de la promotion commerciale. Ce livre et en tout cas l’histoire qu’il rapporte, nous concerne tous au premier chef. Je ne le cache pas : prenant mes responsabilités, je réclame la dissolution de l’ANSES, incapable de nous protéger, et la création d’une grande agence réellement indépendantes des lobbies. Est-ce possible ? C’est hautement nécessaire.

 

 

La biodiversité, une priorité. Vraiment ?


par Danièle Boone

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Sternes naines et pierregarin, petits gravelots, œdicnèmes criards nichent sur les îles de l’Allier tandis que de nombreux guêpiers s’installent dans les falaises. Au sommet d’un chêne isolé, on peut encore apercevoir la rare pie grièche à tête rousse. Une quarantaine de couples de cigognes blanches se reproduisent ici chaque année. L’hiver, les grues cendrées trouvent un dortoir idéal en plus du couvert. La richesse botanique est tout aussi importante avec une cinquantaine de plantes protégées.

A cheval sur trois départements (Nièvre, Cher et Allier) et trois régions, le Val d’Allier, juste en amont de la confluence de l’Allier avec la Loire, est une zone humide exceptionnellement riche en biodiversité grâce à une polyculture et un élevage de bovins traditionnel à l’herbe. Il y a vingt ans, des éleveurs et des naturalistes se sont battus pour conserver le bocage et ses prairies naturelles inondables et le faire classer en Natura 2000. Le lieu était convoité par des maïsiculteurs.

Cette convoitise reste hélas d’actualité. La préfète de la Nièvre vient d’autoriser le retournement à compter du 1er septembre de 54,89 hectares de prairies naturelles à Livry, en bordure de la rivière en pleine zone Natura 2000 pour y faire pousser du maïs bio. Il y a quelques mois, elle a autorisé l’irrigation de ces terres par pompage dans la nappe de l’Allier, bien que cela soit contraire au SDAGE Loire Bretagne. Les travaux ont commencé mi-juin alors que la période de nidification n’est pas terminée, ce qui va à l’encontre de la réglementation Natura 2000. Un collectif rassemblant 7 associations s’est formé qui va déposer un recours auprès du tribunal administratif de Dijon.

La biodiversité bat de l’aile et on détruit ce qui reste. Le rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) sur « l’état de la biodiversité mondiale » publié le 6 mai dernier a confirmé l’ampleur de la dégradation du vivant. « Des faits cruels pour nous tous et qui appellent à l’action », s’est targué le président Macron, qui a notamment parlé de mettre en place « une agriculture beaucoup plus cohérente à cet objectif de biodiversité ». Mais, dans la Nièvre, ses services vont à l’encontre de cette annonce. Cela se passe à côté de chez moi, mais, dans toute la France, des décisions sont prises qui ne vont pas dans le bon sens : création d’infrastructures routières et de centres commerciaux inutiles qui entérinent la disparition des terres agricoles, destruction de haies et autres corridors biologiques indispensables à la survie des espèces; même les forêts, réservoirs traditionnels de biodiversité, sont maintenant victimes d’une exploitation industrielle.

Cent trente États ont approuvé le rapport de l’IPBES, ce qui signifie qu’ils reconnaissent l’effondrement de la biodiversité, mais quid de l’action ? L’État français avait une belle carte à jouer en ce début d’été où la liste des animaux « susceptibles de provoquer des dégâts » était un enjeu de taille. Notons pour ceux qui l’ignoreraient, le terme de « nuisible », devenu politiquement, sociologiquement, culturellement inacceptable, a disparu de tous les textes législatifs et réglementaires depuis la loi biodiversité du 8 août 2016, remplacé par les SOD, animaux « susceptibles d’occasionner des dégâts ». Mais, de fait, malgré ce compromis sémantique, rien n’a changé.

Cette classification a toujours pour conséquence la destruction des espèces listées tout au long de l’année par tous les moyens : tir, piégeage, déterrage. La publication de l’arrêté ministériel a été précédé d’une consultation publique : 53 853 contributions en trois semaines. En 2015, il n’y en avait eu que 2 000. Selon l’analyse du ministère, la majorité des contributeurs (65 %) se sont prononcés contre. Malgré cette levée de boucliers citoyenne, le décret a été entériné. Selon l’ASPAS, qui s’est appuyé sur les données aux bilans de piégeage réalisés de 2015 à 2018, ce seront plus de 2 millions d’animaux sauvages qui vont être à nouveau tués, piégés, déterrés d’ici le 30 juin 2022. Ce sera un des héritages désastreux de de Rugy. Avant de démissionner de son ministère, il avait déjà, depuis longtemps, démissionné de l’écologie.

La défense de la biodiversité est un devoir élémentaire et ce devoir nous oblige tous. Chacun peut retrousser ses manches et prendre ses responsabilités en renonçant, par exemple, au consumérisme. Dans la Nièvre toujours, à La Rochemillay, Marion Baranton et Jérôme Boulanger, éleveurs, ont décidé de faire de leur exploitation une réserve naturelle. Passionnés de botanique, ils sont particulièrement sensibles au végétal. Les troupeaux changent de pâture tous les trois jours pour préserver la qualité de la prairie naturelle. Leur travail pour favoriser la biodiversité végétale a été récompensé : l’année dernière ils ont découvert une dizaine d’orchis brûlées, des orchidées rares. Cette année, il y en avait 150 ! Ils font partie du réseau Paysans de Nature initié par la LPO Vendée, un réseau de paysans qui font de la biodiversité leur priorité. Ils démontrent que pratiquer une agriculture paysanne économiquement viable et respectueuse des animaux domestiques et de la nature sauvage est possible. C’est bien évidemment ce modèle qu’il faut promouvoir et soutenir mais on en est loin.

Le lobby de la chasse a eu la peau de Nicolas Hulot. François de Rugy, son remplaçant, pourtant à leurs bottes, est parti lui aussi. Il ne laissera pas un souvenir impérissable. Les ministres passent, comme les présidents d’ailleurs, mais aucun d’eux n’est cohérent entre les beaux discours avec des trémolos dans la voix, « on va sauver le monde »  et l’action.

Une décision essentielle pour sauver le vivant serait, comme le demande le mouvement des coquelicots, l’interdiction de tous les pesticides de synthèse, mais ce serait s’opposer au tout puissant lobby de l’industrie chimique. Impossible ! Une autre serait de renoncer à tous les traités de libre-échange avec les autres continents qui entraînent la pollution liée au transport, mais également les introductions d’espèces invasives, de bactéries et de virus responsables notamment des maladies émergentes. Mais là encore, impossible de contrarier les lobbies qui, de fait, nous gouvernent. CETA, passera, passera pas ? A votre avis ?

Danièle Boone est l’auteur du manifeste Sauvons les oiseaux (Rustica, 2019) et de Accueillir les insectes dans mon jardin  – ma contribution à la biodiversité (Jouvence nature, 2019). Elle co-anime la mensuelle environnementale « Planète Nièvre »  sur RCF Nièvre.
voir son blog


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La biodiversité enfin prise en compte… dans les discours

 


par Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO)
BOUGRAIN-DUBOURG-Allain

 

Et voilà qu’enfin la biodiversité semble renaître de ses cendres. Du moins dans les plus hautes sphères qui ne lui accordaient qu’une attention discutable.

Rappelez-vous, la lettre du Grand Débat. Le Président de la République s’attarde sur la biodiversité en indiquant qu’elle doit être gérée à partir des connaissances scientifiques. Pas un mot sur l’éthique… Et d’enchaîner : il ne faut pas qu’elle pèse sur la concurrence en matière d’agriculture ou d’industrie. La fragilité du vivant, le devoir de solidarité, les services rendus par la nature, etc. ne sont pas au programme.

Quoiqu’il en soit, à l’occasion du sommet de l’IPBES, Emmanuel Macron témoigne, à l’arraché, de son empathie pour la biodiversité. Très franchement, si la démarche ne peut qu’être saluée, les mesures proposées ne bouleversent pas le paysage écologique. Elles reprennent, une nouvelle fois, les préconisations du Grenelle de l’Environnement, de la loi 2016 sur la reconquête de la biodiversité ou du plan d’actions pour la biodiversité de Nicolas Hulot.

Mais ne soyons pas grincheux, réjouissons-nous des bonnes résolutions… même tardives. Reste que, dans le même temps, on constate que le CNPN (Conseil National de la Protection de la Nature), honorable assemblée consultative de 70 ans d’âge, pourrait perdre de sa sagesse au profit des régions. Sans entrer dans le détail d’une stratégie qui, au final, ne peut qu’affaiblir la nature, il s’agit de simplification administrative. À propos de simplification qui ouvre la porte à toutes les maltraitances du vivant, on pourrait évoquer la loi destinée à simplifier la gestion des dons en faveur de la reconstruction de Notre Dame. Son article 9 laisse abasourdi : « le projet ne doit pas être affecté par les contraintes environnementales !» lit on en résumé. Alors même que la stratégie de reconstruction n’a pas encore été déterminée, on prend la précaution de ne pas être embarrassé par le respect de l’environnement !

Faut il ajouter qu’alors que le Président nous rassure sur sa volonté de préserver la biodiversité depuis le perron de l’Élysée, son ministère de la Transition écologique et solidaire s’obstine à mettre la belette, la martre, la fouine et le putois sur les listes d’espèces dites nuisibles. Pour information, l’UICN souhaite que le putois en question rejoigne la pathétique liste rouge tellement l’espèce est devenue fragile. Et la chasse ? Silence radio sur les 6 000 tonnes de plomb qui polluent nos territoires, pas un mot sur les tourterelles des bois à l’agonie et sur la vingtaine d’espèces chassables figurant elles aussi sur les listes de l’UICN. Doit-on ajouter l’absence de solidarité de l’Etat pour les programmes Life désormais financés exclusivement par l’Europe et des collectivités ou des privés ?

Agiter le beau drapeau des grands principes de résilience ne suffira pas à générer un vent de confiance.

Membre « historique” des JNE, Allain Bougrain-Dubourg est Président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Retrouvez-le tous les samedis matins à 6 h 48 sur Europe1 pour sa chronique Entre chien et loup.

Faites votre boulot, merde !

 


par Christel Leca

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.Désolée si je vous choque, mais j’emprunte cette injonction à David Dufresne. Ce journaliste indépendant recense et documente depuis décembre dernier les violences policières lors des manifestations des Gilets Jaunes, dans l’indifférence générale, sauf depuis quelques semaines, et a reçu, le 14 mars dernier, le prix des Assises internationales du journalisme de Tours pour ce travail.

J’y étais. Il était très ému, paraît-il, parce que j’étais partie dîner en bonne compagnie au lieu d’assister à ce satisfecit en plénière. J’aurais juste aimé applaudir David Dufresne.

Les plénières des Assises m’ont ennuyée, mais pas les ateliers, ni les rencontres hors cadre. Invitée à Tours pour la présentation publique du rapport 2019 de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI) (1), avec Patrick Eveno, président de l’ODI, Pierre Ganz, vice-président, et Véronique Richard, membre de la Société des lecteurs du Monde, je m’y suis régalée.

D’abord parce que rendre public un rapport intitulé « L’information mise en cause » est une bonne occasion de rappeler à nos confrères que la liberté de la presse s’use si l’on ne s’en sert pas. Moins les journalistes feront du bon boulot, plus on leur mettra dans les reins des lois « Fake News » et autres « Secret des Affaires ». Moins il seront nombreux à enquêter, à reporter au-delà de leur zone de confort (ce n’est pas une expression), à investiguer là où ça fait mal, plus ils seront attaqués. Ce n’est évidemment pas la seule raison, j’exagère…

La remise de ce rapport est, comme tous les ans, le moment de pointer – sans nommer les fautifs – des pratiques douteuses, scandaleuses ou dangereuses, mais aussi des initiatives positives. Cette remontée de faits et actes doit nous intéresser, professionnels de l’information, parce qu’elle nous invite à réfléchir sur nos pratiques. Elle est aussi une façon de montrer au grand public qu’il n’y a pas que des éditocrates malveillants ou proches du pouvoir qui travaillent dans les rédactions. Il y a des journalistes de grande valeur bridés, des pigistes exploités, des photographes et vidéastes empêchés de faire correctement leur travail par manque de temps et de moyens – lié à la pression de la rentabilité qui n’a rien à faire avec le travail d’informer.

L’ODI est un lieu de débats. Nous ne sommes pas toujours d’accord. Mais son rapport rappelle ainsi que « la question de la représentation des classes populaires, des femmes, des personnes non-blanches, des handicapés, catégories dont le baromètre publié par le CSA relève chaque année la sous-représentation chronique, reste vive ». Faire accéder aux écrans et aux programmes d’information les différentes catégories de la population avec équité est une préoccupation déontologique, comme le rappelle le Code des pratiques de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) : « Le journaliste prendra garde aux risques d’une discrimination propagée par les médias et s’efforcera d’éviter de faciliter une telle discrimination, fondée notamment sur la race, le sexe, les mœurs sexuelles, la langue, la religion, les opinions politiques et autres et l’origine nationale ou sociale ».

Dans cette veine, j’ai assisté aux Assises à deux ateliers édifiants. Le premier, intitulé « Attentats, suicides, maladies graves : traiter du sensible », avec Marie-Christine Lipani-Vayssade, maître de conférences à Bailly-Université Bordeaux-Montaigne, Nathalie Pauwels, chargée du déploiement national du programme Papageno, Anne-Pierre Noël, fondatrice de l’Association de Journalistes et anciens journalistes pour une Information Responsable en Psychiatrie (AJIRPSY), et Caroline Langlade, journaliste et auteure, sous la houlette de Sophie Massieu, journaliste.

L’effet Papageno (du nom d’un personnage de la Flûte enchantée de Mozart, lire les explications ici) ? C’est le contraire de l’effet Werther, ce personnage de Goethe qui, en se suicidant, a donné envie à de nombreux lecteurs de passer à l’acte. Comme Marilyn Monroe : on a compté 12 % de suicides supplémentaires aux États-Unis en 1962, année de son décès. Raconter le suicide sous l’angle du romantisme a un effet désinhibant, c’est prouvé. Tout comme en préciser le mode d’emploi. Nathalie Pauwels sensibilise de nombreux journalistes à ce sujet. Mais, comme l’a rappelé une participante, c’est souvent sous la pression de la direction de la rédaction que le sensationnel prime. Nathalie Pauwels n’a pas encore réussi à s’introduire parmi les cadres dirigeants, malgré ses propositions. Le sensationnel. Une demande que l’on prête au lecteur ou au téléspectateur. Mais si on arrêtait ? Si tout le monde arrêtait ?

D’une manière un peu différente, Anne-Pierre Noël se penche sur les mauvais traitements journalistiques infligés à la santé mentale. Exemple frappant, celui d’un homme politique évoquant la schizophrénie pour qualifier les pratiques de ses homologues. Au journaliste de lui demander ce qu’il entend par là et si la comparaison avec une maladie aux symptômes précis, faisant l’objet d’une grande souffrance chez les personnes qui en sont atteintes et leur entourage est appropriée. Enfin, le témoignage de Caroline Langlade (2) fait froid dans le dos, pas uniquement parce qu’elle est une rescapée de l’attentat du 13 novembre 2015 au Bataclan. Elle a été harcelée par des rédactions assoiffées de témoignages. Ses propos ont été déformés. « Il existe une fascination malsaine pour la souffrance chez certains journalistes, inversement proportionnelle à la pudeur des victimes », qui doivent souvent lutter pour être respectées après avoir déjà vécu l’enfer.

Le second atelier, « Cultures du cœur : la marginalité dans les médias ? », était organisé avec le réseau Culture du cœur d’Indre-et-Loire qui fédère plus de 250 associations dans le domaine social et l’insertion. Animé par Edouard Zambeaux, journaliste, auteur de films et documentaires, producteur des Périphéries sur France Inter, cet atelier donnait la parole à des femmes et des hommes invisibilisés par les médias. Stigmatisés. C’est-à-dire réduits à un état (migrante, chômeur en fin de droits, SDF, etc.). Raconter des personnes, leur histoire, leurs conditions de vie, demande du temps. Puisque les mass media ne prennent pas ce temps, de nombreux média alternatifs voient le jour, hélas pas autant diffusés. « On devrait se battre pour que les classes populaires soient représentées dans les médias de masse », espère plutôt Edouard Zambeaux, qui a cependant dû jeter l’éponge en 2017 sur France Inter. Alors que les Gilets Jaunes ont notamment dénoncé le traitement médiatique de leur mouvement, ces médias alternatifs ont le mérite d’exister et de claironner « nous ne sommes pas un média neutre », à l’instar de l’émission « Salon de pauvres » sur Radio Béton (radio associative tourangelle).

Le 2 février, alors qu’elle s’approchait d’un Gilet Jaune pour une interview, Laury-Anne Cholez se vit demander pour qui elle travaillait. « Reporterre », répondit-elle et il lui serra chaudement la main en lui disant que l’équipe faisait un « super travail » ! Et si l’audience des mass média se voyait réduite, au bénéfice des média alternatifs ? Le journalisme aussi aurait gagné une bataille.

Dans un tweet, le 16 mars dernier, @Shimegi prophétisait : « Dans 90 ans l’héritier spirituel de ⁦‪@d_schneidermann écrira un joli bouquin pour se demander comment les journalistes n’ont rien vu venir. Il pourra ajouter : comment les journalistes n’ont pas vu qu’ils participaient activement (et ne comprenaient pas qu’on le leur reproche) ». Daniel Schneidermann, auteur de Berlin, 1933 – La presse internationale face à Hitler (Seuil, 2018), a lui aussi été primé aux Assises.

Cet éditorial n’engage que son auteure.

1 Où je représente les JNE.
2 Auteur de Sorties de secours chez Robert Laffont en 2017.

Bonne année 2019 et joyeux cinquantenaire des JNE

 


par Richard Varrault, président des JNE

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La fin de l’année 2018 a été marquée par la disparition de deux adhérents de notre association, Marie Hellouin et Roger Cans en novembre et décembre, toutes nos pensées vont à leurs familles et amis.

Mais la vie, de nous toutes et tous, se poursuit malgré les peines et les chagrins.

Aussi, j’espère que vous avez passé d’excellentes et chaleureuses fêtes de fin d’année et je vous souhaite une très bonne année 2019 pleine de projets personnels ou en communs, pour notamment mettre en valeur le travail important de nos prédécesseurs à l’occasion de notre cinquantenaire en 2019.

Si notre profession est sinistrée (secret des affaires, meurtres de nombreux journalistes et opposants à des projets écocides et environnementaux partout dans le monde, sans compter les progrès continus de l’Intelligence Artificielle qui nuira de plus en plus à l’intelligence des journalistes), nous devons continuer à résister aux fake news et autres désinformations et infox sur les réseaux sociaux. Notre concentration sur les sujets que portent les JNE depuis de nombreuses années doit nous permettre de revenir sur le devant de la scène comme cela a pu être le cas avec la lutte contre le bétonnage de la Vanoise au XXe siècle.

Les projets en 2019 ne manquent pas. Quelques-uns seront auto-labellisés « 50 ans des JNE », d’autres s’inscriront dans la marche normale de la vie de l’association. Ainsi en mars doit se tenir un colloque sur l’Effondrement, avec la participation de personnalités politiques et d’intervenants du monde des sciences. Un autre colloque aura lieu sur les plantes en novembre ou décembre 2019 (en préparation durant ce début d’année).

Les JNE s’efforceront d’être présents aux événements associés à la 7e session plénière de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) qui se tiendra à Paris au printemps et fera de cette ville la capitale mondiale de la biodiversité. De même, l’association souhaite envoyer des journalistes à la COP25, qui se tiendra au Chili, pour la 25e session de la Conférence des Parties (CdP 25) qui aura lieu en même temps que la 15e réunion de la Conférence des Parties siégeant en tant que Réunion des Parties au Protocole de Kyoto (CMP 15) et la deuxième réunion de la Conférence des Parties siégeant en tant que Réunion des Parties à l’Accord de Paris (CMA 2). Du 11 au 22 novembre 2019 (dates à confirmer selon le site de la CCNUCC). Un voyage qui pourrait comprendre aussi d’autres journalistes que les JNE, à l’instar de celui organisé en 2012 pour Rio +20…

Dans le cadre des rassemblements, il y aura aussi en mai 2019, le Congrès des JNE qui se tiendra dans le Parc Naturel des Pyrénées Catalanes (région Occitanie) où nous attendons sur 3 jours et 2 nuits une cinquantaine de congressistes. Au programme, notre AG 2019 et quelques visites de lieux emblématiques accompagnées de conférences et rencontres avec les élus et les animateurs du Parc Naturel Régional.

Le dernier événement pour 2019 est une rencontre, sous la forme d’un colloque, sur une journée, sur l’histoire des JNE et du mouvement écologiste, à l’occasion de la remise des archives de l’association aux Archives Nationales. Cette rencontre sera accompagnée d’un débat sur l’information et l’écologie aujourd’hui, avec projections de films documentaires et une soirée festive. Le tout aux mois d’octobre ou de novembre. Les bonnes volontés seront les bienvenues pour la préparation et l’organisation de cette journée.

Le dernier élément commun sera la publication d’un numéro spécial du journal de l’association le Canard Sauvage qui sera disponible pour la rencontre sur la remise de nos archives (bonnes volontés bienvenues à nouveau).

Notons, dès à présent que l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) se réunira en 2020 (du 11 au 19 juin), à Marseille. La France étant l’hôte pour ce congrès mondial qui verra la présence de près de 10 000 congressistes originaires de 192 pays (le précédent s’est tenu à Hawaï en 2016). Les JNE se proposent d’y tenir un stand, en tout cas, une présence, pour présenter l’association, en partenariat éventuel avec une autre structure…

Un programme qui dépasse le simple cinquantenaire de notre association et la volonté de revenir dans l’arène en donnant aux JNE une audience qui n’est pas réellement à la hauteur de la présence de ses adhérents dans les différents médias de notre pays. Nous avons en effet des adhérents, dont certains ont une véritable liberté de parole, mais qui passent trop souvent sous silence leur appartenance à notre association. Quelques citations à bon escient permettraient de faire connaître, à tout le moins, notre existence. L’appui des réseaux sociaux devrait aussi accentuer cette présence « publique »…

Quand le pillage va, tout va… à vau-l’eau !!!

 


par Richard Varrault, président des JNE

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Aller à vau, cette belle expression du XIIe siècle qui signifiait suivre la pente d’un ruisseau en fond de vallée s’est enlaidie d’un aspect sombre, voire dangereux, au XVIe siècle, en signifiant que l’entreprise était sur une très mauvaise pente. Qu’elle allait donc à vau-l’eau, comme l’humanité de ce début de XXIe siècle.

Au cours d’une soirée publique, un journaliste est venu pour une conférence destinée à nous éclairer sur les métaux rares et la guerre que se livrent les grands Etats pour ces ressources nécessaires à l’autophagie de tous les concurrents, oh combien affamés. Il est resté debout, sur la scène, presque toute la soirée, sans doute était-il lui-même renforcé par quelques métaux assemblés donnant l’impression qu’aucune fatigue ne pouvait l’atteindre. Il parla beaucoup, relancé par un confrère complice de sa démonstration, mais avec intérêt, nous racontant une longue histoire où les hommes cèdent à d’autres hommes les tâches sales, polluantes et pénibles. Cet orateur, Guillaume Pitron, auteur du livre-enquête La guerre des métaux rares, La face cachée de la transition énergétique et numérique, nous entraîne dans le fil de ses évocations. Qui du néodyme, super aimant qui va se retrouver dans les machines tournantes, dont les éoliennes et les hydroliennes (jusqu’à 500 kg par machine) et dans les véhicules électriques. L’extraction et la purification demande beaucoup d’énergie et d’eau (pour une tonne de terre, il y a 1 kg de néodyme). Ces machines arriveront en fin de vie dans une trentaine d’années et il faudra essayer de recycler leurs constituants.

D’autres métaux rares aux noms exotiques comme antimoine, baryte, béryllium, bismuth, borate, cobalt, germanium, indium, tantale, vanadium, lutécium et autres yttrium, soit une bonne vingtaine de terres rares que nous retrouvons dans nos ordinateurs, nos smartphones, nos tablettes, nos écrans, nos disques durs. Mais pas aussi rares qu’on pourrait le croire, puisqu’il y en a en France, suffisamment pour en produire, mais les coûts écologiques et environnementaux seraient tellement élevés que les populations en refuseraient l’extraction et la purification. La solution est toute trouvée, not in my backyard , mais chez mon voisin Chinois qui fabrique déjà tant de choses pour nous. Quelques métaux rares en plus avec lesquels il pourra spéculer pour les transformer en produits attrayants, comme le dispositif qui viendra se loger dans le système de guidage de nos missiles ou de nos satellites. C’est un risque, il faut vivre dangereusement, avec nos armes de guerre (dans lesquelles le fabricant étranger pourra placer des micro- ou des nano-puces…). Mais c’est tellement plus propre, nous n’avons ni à exister dans des villes polluées où vivent des individus devenus cancéreux (les « villes du cancer » de la Chine).

Si la faim et la soif de pillages s’arrêtait là, nous trouverions des excuses, presque recevables, mais ce pillage inextinguible touche à d’autres matières et au vivant. Les arbres, comme nous, respirent, sont saccagés dans les pays de la zone boréale, pour produire, entre autres, des millions de km de papier toilette. On y fait des coupes nettes sur un sol durci par le permafrost, et ces arbres qui ont mis pour certains plus de cent ans pour se développer seront remplacés par des essences à pousse rapide, comme les bénéfices financiers que les industriels en attendent. Mais le sol à nu, face au rayonnement solaire, va dégeler, relançant l’activité bactérienne qui émettra du méthane. Activité maintenant ainsi les grandes quantités de gaz à effet de serre qui augmenteront de quelques dixièmes de plus la température de l’atmosphère.

Dans d’autres pays, comme au Portugal, l’essence importée et implantée est l’eucalyptus qui brûle si bien qu’à l’été 2017 les incendies ont ravagé des centaines de km2 de forêt et fait des dizaines de victimes. L’eucalyptus est très bien, il pousse vite mais perd ses feuilles bien grasses qui s’enflamment facilement propageant ainsi les incendies. De plus, cet eucalyptus fait le vide autour de lui. Il dégage des produits volatiles qui ne permettent pas de concurrence et effacent toute biodiversité. Mais il pousse droit et ses usages sont très variés.

Un autre pillage est celui de l’espace vital et la « meilleure » occupation de cet espace que les humains ont inventé est la pollution. Ainsi du plastique, de toutes formes, de matières diverses (à base de pétrole) aux variantes allant de produits à usages spécifiques aux couleurs obtenues, qui envahit tellement notre espace nourricier qu’est l’océan. Certaines études arrivent à la conclusion que d’ici une ou deux générations il y aura plus de plastique sous forme d’objets divers, mais aussi en micro- et nano-particules, que de poissons, pollués par ce plastique dégradé bien évidemment…

Après avoir dégradé l’air qu’il respire, l’homme pollue l’océan qui le nourrit, mais il ne se soucie nullement des conséquences. Il raisonne en connaissance de causes, mais ce n’est que la moitié du raisonnement, car il doit raisonner aussi en connaissance de conséquences. Mais comment le pourrait-il puisque seuls les lendemains comptent mais pas les surlendemains. Car l’humain est limité, son système de pensée l’empêche de voir au-delà de ce qu’il connaît et comme la situation présente est inconnue dans son histoire, il ne dispose d’aucune référence pour l’anticiper.

Il est atteint du syndrome de la grenouille, notamment développé par le mathématicien (et économiste) français Ivar Ekeland. Il explique que si voulez faire cuire une grenouille, il ne faut pas la jeter dans l’eau bouillante, car la chaleur va la faire réagir et elle va s’extraire du récipient en sautant à l’extérieur. Par contre, si vous la plongez dans de l’eau froide que vous réchauffez doucement, la grenouille va apprécier cette tiède chaleur jusqu’à ce qu’elle se rende compte que la température est trop élevée, il sera trop tard et elle n’aura plus la force de sauter. Ainsi en est-il de l’homme sur sa planète. Depuis 2010, chaque nouvelle année est plus chaude que la précédente, mais nous nous habituons, et la nouvelle génération qui grandit réinitialise ses références et n’aura connu que cette référence climatique là. Elle aura la sensation de pouvoir s’y adapter, jusqu’à ce qu’il soit trop tard et que les 6 à 9 degrés de plus par rapport à notre référentiel préindustriel soient réels. Nous n’aurons plus quelques larmes pour refroidir nos corps en surchauffe…

Si l’ours blanc a été l’emblème de ce réchauffement, demain ce sera peut-être l’iguane marin des Galapagos. Une équipe de scientifiques a étudié cet animal, là-même où Darwin (expédition HMS Beagle entre 1831 et 1836) a eu l’intuition de l’origine des espèces par la sélection naturelle. Le site est donc emblématique à plus d’un titre. Nos scientifiques se sont aperçus que la population d’iguanes marins était en grande diminution. Après vérifications de la vie de ces animaux et de l’influence de leurs prédateurs locaux, comme la buse des Galapagos, qui parfois varie ses menus en consommant un iguane, ou les chats apportés par les européens et redevenus sauvages qui commettent quelques dégâts. Ils sont hydrophobes et reculent devant l’océan quand les iguanes s’y réfugient. Les touristes, très surveillés et encadrés, qui ont interdiction d’approcher un animal à moins de deux mètres, ne représentent pas non plus un danger. Où est donc la réponse ? Elle se trouve sous la surface, sur les rochers battus par les courants de Humboldt qui nourrissent par la qualité des nutriments qu’ils transportent de belles algues vertes dont raffolent les iguanes et les poissons. Mais un paramètre nouveau est apparu dans le bel équilibre des forces de la nature : le réchauffement climatique qui provoque de Supers El Nino, qui transforment la marche naturelle des cycles. Car quand El Nino arrive, les alizés soufflant de l’est poussent les eaux chaudes vers l’ouest, mais avec Super El Nino, les vents d’est sont bloqués et à nouveau les eaux chaudes du Pacifique retournent vers les Galapagos, empêchant ainsi la prolifération des algues vertes qui se transforment en algues brunes toxiques pour les iguanes qui ne peuvent les digérer. Les iguanes meurent l’estomac plein d’une algue indigeste.

Voilà donc un effet très pervers du réchauffement climatique, certes très localisé mais qui démontre le danger réel du gaspillage de nos énergies fossiles pour les désirs de quelques affamés, victimes de ce petit mythe grec du VIIIe ou VIIe siècle avant J.-C. qui apparaît au début de mon texte quand j’évoque l’autophagie de nos contemporains.

C’est un petit mythe peu connu, celui d’Erysichthon. En quelques phrases. Il s’agit d’un bois magnifique consacré à Déméter, la déesse des moissons. En son centre s’élevait un arbre gigantesque où les nymphes des forêts dansaient à l’ombre de ses branches.

Erysichthon, désireux d’en faire des planchers pour son palais, s’y rendit un jour avec des serfs armés de haches et commença à l’abattre. Déméter elle-même lui apparut alors pour l’inviter à renoncer. Mais Erysichthon ne l’écouta pas et continua son œuvre d’abattage pendant qu’une voix sortait de l’arbre pour lui annoncer un châtiment. Celui-ci ne se fit pas attendre : Déméter lui envoya la Faim personnifiée qui pénétra, à travers le souffle, dans le corps du coupable. Ce dernier fut alors saisi d’une fringale que rien ne pourrait plus apaiser : plus il mangeait, plus il avait faim. A la fin, après avoir consommé tout ce qu’il trouvait, il finit par arracher ses propres membres et le malheureux se nourrit de son corps en le mutilant. Ainsi se conclut le récit d’Ovide. Triste fin pour toutes et tous les autophages, ils savent ainsi ce qui les attend !

Il y a aussi Platon qui se plaint des vertes collines disparues de sa Grèce qui ne sont plus que broussailles et rocaille, tel que le présente Marguerite Yourcenar (NDLR : qui fut une adhérente fidèle et généreuse des JNE) dans une série d’interviews des années 1980. Le mythe prend des détours, mais la fin est identique, là où était la biodiversité avec toute sa verdure et sa foisonnance d’espèces et de vie, il ne reste que des déserts, pour certains encombrés des 4×4 des derniers affamés…

Sans dénaturer complètement ce mythe, je vais conclure ce rapide panorama affligeant sur nos destructeurs ultimes qui sont encore dans leurs silos. Je veux parler du nucléaire qui peut finir par nous détruire. Si ce n’est l’atome projeté, ce seront les déchets radioactifs que nous cherchons à enfouir sous le tapis. L’époque veut, comme pour l’enfant, que ce qui ne se voit pas n’existe pas.

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Sources

La guerre des métaux rares, La face cachée de la transition énergétique et numérique, Guillaume Pitron, Editions LLL Les Liens qui Libèrent, 2018.

L’iguane marin des Galapagos. Une mystérieuse disparition. Documentaire de 44 minutes sur arte.tv, 2018.

La société autophage, capitalisme, démesure et autodestruction, Anselme Jappe, Editions la Découverte, septembre 2017.

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La biodiversité victime de notre indifférence… et de celle de l’Etat

 


par Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO)
BOUGRAIN-DUBOURG-Allain

 

Depuis le temps que le glas sonne l’agonie de la biodiversité, on finit par s’en accommoder. Quelles solutions apportera-t-on pour répondre aux derniers bilans catastrophiques qui confirment l’hémorragie du vivant ? Le ministère de la Transition écologique et solidaire promet un plan d’action dans les plus brefs délais. A suivre donc…

En attendant (et il y a longtemps que l’on attend !), l’appel des 15 000 scientifiques, lancé en novembre dernier, n’a pas trouvé l’écho espéré. Quelques évocations ici ou là, rien d’événementiel.

Le bilan STOC (Suivi temporel des oiseaux communs) révélé par le Muséum national d’histoire naturelle et l’étude du CNRS de Chizé, confirmant le déclin catastrophique des populations d’oiseaux, tout particulièrement celles dépendants des secteurs agricoles, n’ont guère secoué les consciences. Même chose pour le rapport de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) qui – dans la foulée – concluait à un état effroyable des ressources de la planète : diminution de 87 % des zones humides dans le monde, diminution de 38 % des vertébrés sauvages terrestres en quatre décennies, augmentation de 66 % des habitats marins en mauvais état de conservation…. La sinistre liste se poursuit sans grand espoir d’inversement des tendances mortifères.

Comment se fait-il qu’une telle situation perdure dans une évidente indifférence ? Réponse : la biodiversité est victime de la hiérarchie des valeurs. Dans l’urgence, on lui a préféré la question climatique, comme si l’une et l’autre ne méritaient pas une pareille attention. Et lorsque l’on se penche sur la marche à suivre pour inverser la tendance, le cheminement relève de la mobilisation générale. Répondant à une question écrite à l’Assemblée nationale, Nicolas Hulot a emprunté les pas de Victor Hugo, qui s’était exprimé dans le même hémicycle pour défendre la cause animale. Tous deux ont usé d’une conviction admirable pour plaider en faveur d’un véritable changement. Mais s’il est vrai que la biodiversité mérite que chacun agisse pour un avenir durable, on peut aussi se demander quel est le projet d’Etat. Or, jusqu’à présent, les seuls signaux marquant l’intérêt porté à la biodiversité ne sont pas de nature rassurante. Outre que le nombre de loups à abattre a été alourdi et que l’on envisage le renforcement des populations d’ours, le Président de la République a rencontré celui des chasseurs pour grossir les gibecières. Ainsi les porteurs de fusils se réjouissent que les chasses présidentielles, abolies par Jacques Chirac, retrouvent leur lustre d’antan. On raconte que la première d’entre elles réunirait le gotha franco-italien à l’occasion des 500 ans de la mort de Léonard de Vinci. Le brave homme, végétarien par conviction et fervent défenseur du monde animal, doit se retourner dans sa tombe à la perspective d’une hécatombe en son honneur.

Parmi les promesses faites par le Président de la République au cours de deux rencontres, en attendant la troisième prochainement, la chasse aux oies se poursuivrait durant tout le mois de février. Peu importe les 11 condamnations du Conseil d’Etat pour des tentatives d’allongement au-delà du 31 janvier. De même que l’engagement de la France à respecter la date de clôture faite à la Commission européenne pour éviter les poursuites. Dédain comparable à l’égard de la Directive Oiseaux. Dans cette réflexion cynégétique, il faut quand même rappeler que sur la soixantaine d’espèces d’oiseaux chassables en France (le plus gros score des pays européens), plus d’une vingtaine d’entre elles sont sur les listes de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Dont la tourterelle des bois qui, après avoir été braconnée dans le Médoc pendant 20 ans, agonise aujourd’hui. En Europe, elle bénéficie même de plans d’actions dans l’espoir d’une résilience. Chez nous, elle figure toujours sur la liste gibier. L’alouette des champs, qui vient d’être tristement référente dans le déclin des populations d’oiseaux (perte d’un tiers des populations d’oiseaux en 15 ans) continue également de se faire canarder. En France, ce sont 288 000 oiseaux qui sont piégés à la matole ou au filet dans le Sud-Ouest, sans parler des 180 000 tués au fusil (données de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage pour la  saison 2013-2014). On pourrait également évoquer le sort dramatique des galliformes (NDLR communément appelés « gallinacés ») de montagne ou même l’usage de la glu qui fait encore recette dans les parcs naturels régionaux ou nationaux. Voici donc la réponse du chef de l’état au constat alarmant de la sixième extinction…

Au risque de plomber davantage l’ambiance, je ne peux passer sous silence la condition animale. Les Etats généraux de l’alimentation avaient prévu d’engager une grande réflexion conduisant à un profond changement d’habitudes. À l’arrivée, les propositions ne prennent même pas en compte le principe des caméras dans les abattoirs qui avait pourtant été validé à l’Assemblée Nationale, il y a plus d’un an. Le ministre de l’Agriculture se veut rassurant, en soulignant l’importance qu’il accorde au bien-être animal, mais la stratégie envisagée ne propose pas de changements véritables. Ainsi l’abattage rituel, dont l’Ordre national des vétérinaires souligne la souffrance générée, se poursuit. Dans le même esprit, pas question d’imposer une traçabilité pour indiquer sur les viandes le type d’abattage….

Tant dans le domaine de la biodiversité que de la condition animale, l’Etat a perçu que la société était en demande d’évolution, voire de révolution. Réjouissons-nous que l’Etat ait perçu, il lui reste à entendre…

Membre de très longue date des JNE, Allain Bougrain-Dubourg est Président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO). Retrouvez-le tous les samedis matins à 7 h 45 sur Europe1 pour sa chronique Entre chien et loup.

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Informer : un devoir ou un délit ?

 


par Anne-Claire Poirier

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Depuis le début de l’année, quatre journaux et trois ONG ont été traînés devant les tribunaux par des multinationales vengeresses. A l’origine de ces « poursuites-baillons », des révélations d’évasion fiscale, des allégations d’accaparement de terres ou simplement l’évocation d’une situation économique chancelante… Que des sociétés surpuissantes croient bon d’appliquer la Loi du Talion – quand ce n’est pas la riposte massive – à quiconque se mettrait en travers de leur chemin est déjà inquiétant. Ce qui l’est plus encore, c’est quand les juges leur prêtent main forte…

16 janvier

C’est ce qu’il s’est passé le 16 janvier dernier, lorsque le tribunal de commerce de Paris a condamné l’hebdomadaire économique Challenges pour avoir informé ses lecteurs d’une procédure de «mandat ad hoc» concernant Conforama. Par son zèle et son outrance, l’ordonnance rendue par le tribunal est certainement allée bien au-delà des espoirs de l’enseigne. Outre la disparition complète de l’article (sous astreinte de 50 000 euros par jour de retard), le magazine s’est vu interdire de publier, à l’avenir, toutes nouvelles informations sur la procédure (10 000 euros par infraction). Une interdiction par avance ? Si ce n’est pas de la censure, ça y ressemble !

Inverser la hiérarchie des normes étant dans l’air du temps, le juge a choisi de faire passer le Code du commerce devant la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH). Le droit des affaires devant le droit à informer. Certes, le Code du commerce prévoit que les personnes impliquées dans une procédure de prévention des difficultés des entreprises soient soumises au secret. Mais l’article 10 de la CEDH prévoit que les journalistes ne sont liés par aucun secret, sinon le secret des sources.

Enfin, dans sa décision condamnant Challenges, le juge a cru bon d’expliquer que l’information révélée n’était pas d’intérêt général, entravant une fois de plus l’esprit de la CEDH. En effet, la liberté d’informer n’a pas à se justifier. Ce sont plutôt les restrictions à cette liberté qui doivent être motivées par la protection de l’intérêt général…

26 janvier

Dans le cas du groupe Bolloré, il y a fort à parier que ce n’est pas la protection de l’intérêt général qui a motivé la vingtaine de procédures en diffamation engagées à l’encontre de journalistes, d’associations, d’avocats, ou de lanceurs d’alerte depuis 2009. La dernière confrontation a eu lieu au Tribunal de Grande instance de Paris, le 26 janvier dernier. Mediapart, Le Point, l’Obs ainsi que les ONG Sherpa et reAct répondaient à la barre d’articles évoquant des accaparement de terres par sa filiale Socapalm au Cameroun.

Cette fois-ci, le parquet de Paris a requis la relaxe des accusés, mais cela ne change pas le tableau général : en multipliant les procédures judiciaires dans des proportions inédites, le groupe Bolloré se sert de la justice comme d’une arme de dissuasion massive à l’encontre de ses ennemis. Et la technique fait visiblement des émules : Apple, Orano (ex Areva), Vinci ou Véolia ont récemment attaqué en justice des organisations non gouvernementales ou des lanceurs d’alerte.

6 février

L’affaire LuxLeaks et ses derniers rebonds ne font que confirmer la criminalisation croissante des journalistes et des lanceurs d’affaires. Le 6 février dernier, le tribunal de Metz a débouté le journaliste Edouard Perrin ainsi que le lanceur d’alerte Raphaël Halet alors que ceux-ci réclamaient réparation pour le viol du secret des sources. En novembre 2014, le cabinet PwC avait en effet obtenu du juge la saisie des correspondances entre les deux hommes rendant possible l’identification du lanceur d’alerte. Quand la justice bafoue le droit à informer. Persiste. Et signe…

10 mars

C’est dans ce contexte que le SNJ – Syndicat national des journalistes – fêtera ses cent ans le 10 mars prochain : « cent ans de combats au service de l’information ». Le SNJ a été créé en réaction à la censure d’Etat. Aujourd’hui, ses membres bénévoles conseillent et accompagnent les journalistes devant les prétoires et luttent pied à pied contre une nouvelle forme de censure : celles des acteurs économiques.

Tout a changé ou presque en un siècle, mais dans la charte d’éthique du SNJ, on peut toujours lire : « le droit du public à une information de qualité, complète et libre, indépendante et pluraliste, rappelé dans la Déclaration des droit de l’homme et la Constitution française guide le journaliste dans l’exercice de sa mission. Cette responsabilité vis-à vis du citoyen prime sur toute autre ». Des valeurs à défendre collectivement pour qu’informer reste un devoir et ne devienne pas un délit…

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CANARD SAUVAGE
Spécial 50 ans

ANNUAIRE 2019


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pour nos 50 ans