Covid-19

Une enquête pour savoir comment les Français vivaient le confinement afin d’imaginer la ville de demain

Les citadins souhaitent avoir un nouveau rapport à la nature : c’est le résultat de la dernière étude d’une géographe, professeur de l’université de Lyon 3, Lise Bourdeau-Lepage, venue présenter ses derniers résultats à l’Université d’été des urbanistes au Familistère de Guise dans l’Aisne les 27, 28 et 29 août dernier.

par Anne Henry-Castelbou

Lise Bourdeau-Lepage, géographe, professeur de l’université de Lyon 3

Une enquête pour savoir comment les Français vivaient le confinement afin d’imaginer la ville de demain. Intitulée « Le confinement et ses effets sur le quotidien », elle a été réalisée du 23 mars au 10 mai 2020 sur un échantillon de 10 976 personnes, représentatif de la population française.  « Les grandes crises ont toujours façonné nos villes. Et celle de la Covid a été un catalyseur des aspirations d’une partie de la population, un révélateur des désirs et des besoins des français dans leur espace de vie mais aussi des maux de la ville », souligne Lise Bourdeau-Lepage.

Nouveau rapport à la nature

L’enquête confirme que la population vivant dans un logement avec jardin a mieux vécu le confinement. Elle montre aussi durant le confinement, un déploiement de la proximité virtuelle  (34 % ont téléchargé une nouvelle appli). Mais aussi le renforcement de l’entraide (aux proches : 42 % ; aux voisins 32 %), une augmentation de l’isolement (41,3 % contre 9 % avant le confinement), une contraction de la vie sociale, un resserrement autour de la cellule familiale, une redécouverte du voisin et des commerçants du quartier.

Et demain ? 57 % des gens ne veulent pas généraliser le télétravail, pour préserver leur vie privée. De quoi chambouler tous ceux qui prônent cette nouvelle manière de travailler comme un véritable cordon sanitaire et une alternative aux déplacements urbains domicile-travail. Egalement, 66,8 % pensent que ce confinement va changer quelque chose dans la manière de vivre. « Le résultat qui m’a le plus étonné est le 69 % des individus pour qui le confinement va modifier notre manière de prendre en compte l’environnement et de le préserver », souligne Lise Bourdeau-Lepage.

La revanche du quartier

A la suite de cette étude, notre chercheuse esquisse la ville de demain désirée : « elle doit d’abord être sensible à l’individu, et sera donc sensible à l’environnement car on voit que les citadins souhaitent avoir un nouveau rapport à la nature. » Elle plaide également pour une ville plus ouverte avec une forte participation des citadins dans la construction urbaine, une ville plus résiliente (désimperméabiliser les sols dans les cours de récréation, au pied des arbres ; gestion alternative des eaux de pluie, diversité des essences d’arbres qui résiste aux hautes températures, cuve de récupération des eaux de pluie), une ville frugale en consommation d’énergie et de ressources (utilisation de matériaux biosourcés comme le pisé ou la terre crue …), une ville verte centrée sur la santé des habitants, avec des paysages thérapeutiques et le développement des déplacements doux en positionnant le piéton au centre de l’aménagement. « Il faut favoriser la ville du quart d’heure, favorable à la rencontre et à la vie de quartier de proximité et réconcilier les deux désirs des citadins : celui de socialisation et celui de nature », conclut Lise Bourdeau-Lepage.

Un naturaliste ne se confine pas vraiment

Un écrivain naturaliste membre des JNE nous raconte ses mois de confinement.

Clairière entourée de haies avec une prairie fleurie au fond de mon jardin – photo Jean-Claude Génot

par Jean-Claude Génot *

Le confinement a commencé le 17 mars, mais depuis la veille j’étais en télétravail. Une méthode que j’avais déjà employée à plusieurs reprises à raison de quelques journées annuellement. Cette fois, le télétravail a duré un mois et demi car j’ai quitté définitivement mes fonctions au Parc naturel régional des Vosges du Nord fin avril pour cause de départ en retraite. Sur le strict plan du travail, je n’ai pas vu le temps passer car j’avais pas mal de choses à mettre en ordre avant mon départ. Concernant mon environnement immédiat, j’ai bénéficié de conditions privilégiées puisque, même si je vis dans une ville de près de 12 000 habitants, je possède un jardin et la forêt vosgienne est à 10 mn à pied de ma maison. Mon bureau offre une vue imprenable sur le jardin. Ce jardin d’environ 7 ares est situé derrière la maison et entouré sur trois côtés de haies, constituées d’arbustes que j’ai plantés comme l’aubépine, l’églantier, le cornouiller sanguin, le fusain, le charme, le cotonéaster et d’arbres venus spontanément comme le saule marsault, le bouleau verruqueux et le frêne ou plantés par le geai comme le chêne et par l’écureuil ou les rongeurs comme le noisetier et le châtaignier. A cela, s’ajoutent des arbres fruitiers (pommier, cognassier, mirabellier) existant depuis les années cinquante, date de la construction de ma maison, et de nouveaux fruitiers plantés récemment (pommier, questchier). Enfin un cerisier mort couvert de lierre trône au milieu de la partie en prairie fleurie.

Le jardin se divise en deux parties : un potager où règne un mélange entre légumes, fleurs et petits fruits (framboisier, cassis, groseillier) sans oublier un carré de fraise et une ancienne pelouse tondue à ras, transformée en prairie fleurie avec fauche tardive. Il y a peu d’espace devant la maison mais il est occupé par un foisonnement végétal, de fleurs, d’arbustes et d’arbres (houx, bouleau, saule marsault, noisetier, buddleia, cornouiller sanguin). La façade est ornée d’une magnifique glycine. Sans nul doute, la maison est facilement repérable par la densité végétale présente compte tenu de la lutte féroce menée par la plupart des voisins contre toute plante non maîtrisée. J’ai mis à profit cette situation de travail « sur le pas de mon jardin » pour redécouvrir la plaisir des choses simples de la « petite nature » comme l’appelait Robert Hainard : le premier chant d’un oiseau migrateur et le fleurissement d‘une plante sauvage.

Rougequeue à front blanc – photo Jean-Claude Génot

Le 19 mars, j’entends mon premier chant de fauvette à tête noire. C’est un ami ornithologue qui m’a fait remarquer à quel point cette année, c’est cette fauvette qui a fait le printemps. Effectivement, je l’ai entendu dans mon jardin bien sûr, dans les vergers situés à moins d’un kilomètre lors de mes balades quotidiennes et dans la forêt dont je parlerai plus loin. Son gazouillis se termine par un chant flûté très sonore. De toute façon, l’hirondelle ne fait plus le printemps puisque à part quelques rares hirondelles de fenêtre dans mon quartier, l’hirondelle rustique est absente. Le 20 mars, un rougequeue à front blanc chante comme chaque année autour du jardin. Le retour de cet oiseau très coloré (front blanc, gorge noire, poitrine et flancs orangé, dos et calotte gris bleuté) est une bonne surprise car il est devenu si rare dans les vergers traditionnels alsaciens qu’il figure dans le livre rouge des espèces menacées d’Alsace. Toutefois je l’ai entendu dans une bonne dizaine d’endroits en forêt, là où les arbres possèdent des cavités dans lesquelles il niche. Le 22 mars, en balade dans ma rue j’observe un épervier en vol. Le 27 mars, premier chant du serin cini, comme toujours sur l’antenne de télévision, et lors de la balade quotidienne, ma première bergeronnette grise sautille dans un champ. Le 28 mars, un verdier (pas le premier de la saison) chante dans mon jardin. Le 8 avril, un torcol (un pic migrateur) chante dans le camping désert situé à deux pas de chez moi, plus loin deux chardonnerets perchés sur un arbre en bordure d’un pré. Le 10 avril, le rougequeue à front blanc chante sur mon cognassier, il est maintenant tous les jours présent dans le jardin. Un merle se baigne dans une coupelle remplie d’eau installée pour les oiseaux. Le 13 avril, une corneille alerte dans mon jardin, une buse variable plane au-dessus de la maison. Le 18 avril, un pigeon ramier vient roucouler sur le toit de la maison. Le 22 avril, le rougequeue à front blanc chante sur notre aubépine. Lors d’une balade matinale, un rossignol pousse ses notes puissantes dans les buissons face au centre équestre situé près de chez moi. Le 29 avril, les deux premiers martinets de la saison fendent le ciel de leur vol rapide. Le 1er mai, lors de la balade quotidienne « autorisée », deux faucons crécerelles s’accouplent sur un pylône lumineux du terrain de foot local. Le 5 mai, un loriot chante dans les grands peupliers face au camping. Le 8 mai, une mésange à longue queue se perche sur un arbre dans le camping. Puis dans les vergers situés à proximité, j’entends la fauvette des jardins dans une haie et au loin le premier coucou. Le 9 mai, une belle surprise avec la visite d’un gros bec sur mon cognassier, c’est généralement un oiseau forestier mais qui vient visiter les jardins en hiver quand il y a des mangeoires. Le 10 mai, toujours lors de la balade quotidienne à moins d’un kilomètre, un chant de grimpereau des jardins dans une aulnaie et un rossignol dans les buissons.

Dans ce jardin, je peux observer au printemps une vingtaine d’oiseaux en vol ou posé, sans oublier d’autres visiteurs comme le hérisson, la fouine qui fréquente mon grenier depuis une quinzaine d’années et parfois le crapaud. Il y a aussi des chats du voisinage dont je me passerai volontiers car ces animaux domestiques ne perdent jamais leur réflexe de prédateur. En effet, le chat fait un carnage dans les jardins et les cours de fermes (rongeurs, reptiles et oiseaux) au point d’être devenu une des causes supplémentaires du crash de la diversité biologique dans le monde. Mais mon chat est adorable, me direz-vous ? Oui, chaque chat peut être un compagnon merveilleux, le problème est dans le nombre car on compte en France un peu plus de 14 millions de chats domestiques, sans compter les chats redevenus sauvages (données de la Société Française d’Etudes et de Protection des Mammifères) et ils tuent chaque année 324 millions de petits animaux.

Listère à feuilles ovales – photo Jean-Claude Génot

Côté flore, mon jardin s’est enrichi à ce jour d’une quarantaine d’espèces végétales sauvages. Pourquoi ce petit miracle ? Tout simplement parce que je ne tonds pas ma pelouse et que je laisse pousser la végétation parmi laquelle de nombreuses plantes à fleurs (pâquerette, cardamine, violette, coucou, lierre terrestre, alliaire, véronique, saxifrage granulé, trèfle des prés, bugle rampant, marguerite, séneçon jacobée, plantain lancéolé, gaillet commun, épervière orangée, lotier corniculé, oseille des prés et une orchidée : la listère à feuilles ovales). Le jardin compte également de nombreux recoins tels que bordure, lisière de haie, plate-bande où d’autres plantes sauvages se développent : cardère, épiaire des bois, millepertuis, aegopode, pulmonaire, berce commune, bourrache, benoite commune. Toutes ces plantes se couvrent d’insectes dont des pollinisateurs infatigables. Ce petit miracle de la nature printanière ne coûte rien, nul besoin d’engrais, aucune plante à acheter dans la jardinerie locale, la nature pourvoit gratuitement au fleurissement du jardin, en complément indispensable des plantes horticoles, sans oublier les arbustes et les arbres fruitiers. Si le jardin est un lieu d’observation facile « sur le pas de la porte» et riche en découvertes, la balade quotidienne en traversant des vergers, des près et des friches permet de compléter les observations du jardin tant au niveau des oiseaux que des mammifères (chevreuil).

Venons-en à la forêt contre laquelle la ville de Saverne est adossée. Dans sa partie basse, la ville est à 190 m d’altitude et les contreforts des basses Vosges gréseuses sont situés juste au-dessus d’elle à 400 m et plus. Saverne est dans un champ de faille qui s’est constitué lors de la création du fossé d’effondrement de la plaine d’Alsace, un véritable patchwork géologique de galets, de sable, d’argile et de marnes bordant la masse homogène de grès des Vosges du Nord. Mon quartier est situé en hauteur sur la pente du « rift » rhénan, et je n’ai que 10 mn à pied pour entrer dans la forêt domaniale de Saverne, d’une superficie de 4700 ha. Inutile de préciser que je n’ai pas obéi à l’injonction des autorités de ne pas aller en forêt. Comment peut-on interdire à des citoyens vivant près de la forêt de s’y promener ? Qui sont ces gens capables d’édicter de telles règles aussi stupides, anti-nature et contreproductives pour se défendre contre un virus, tant la santé physique et psychique des personnes garantie par la promenade en forêt leur permet certainement de renforcer leur système immunitaire ? Ces décideurs ignorent probablement les bienfaits désormais avérés des « bains » de forêt. A l’évidence, ces gens vivent dans des lieux clos, coupés de la nature. Ils considèrent la forêt, au mieux comme un décor, au pire comme une ressource à mettre en valeur. Ils font partie des grands corps d’Etat, centralisateurs, sûrs de leur savoir, profondément anti-nature. De plus, quand on connaît la pollution domestique qui règne dans certaines maisons ou appartements (peintures, solvants, vernis et autres produits chimiques ignifuges), mieux vaut aérer bien sûr, mais surtout sortir de son lieu de vie souvent malsain, plutôt que de rester « confiné », c’est-à-dire enfermé. Dans cette forêt qui est un peu la mienne, un sentier permet en 20 mn de rejoindre un col à 480 m, situé entre deux ruines de châteaux forts médiévaux, comme il en existe des dizaines dans le massif vosgien.

L’éclatant vert du printemps dans la hêtraie vosgienne – photo Jean-Claude Génot

A partir du 17 mars, j’ai parcouru divers circuits forestiers bien au-delà du kilomètre autorisé par les autorités, certains plusieurs fois. Cela m’a permis de voir la métamorphose de la forêt, de mi-mars quand elle est encore hivernale et grise (comme les troncs du hêtre et du chêne) à fin avril début mai, quand elle devient un océan de feuillage d’un vert printanier inimitable, celui des feuilles venant de se déployer. Il faut en profiter car cette nuance de vert ne dure pas et très vite après mi-mai, les feuilles prennent une teinte plus sombre qu’elles garderont tout l’été. Tôt le matin, dans la fraîcheur due au vent d’est assez fréquent ce printemps, il y a une jouissance particulière à être seul en forêt à écouter le chant des oiseaux. Cela donne l’impression de vivre les matins du monde de nos lointains ancêtres qui ont probablement dû imiter les oiseaux en guise de premier langage. Un ornithologue connaissant bien les chants peut, les yeux fermés, dire à quel type de forêt est lié tel oiseau ou dis-moi comment tu chantes, je te dirai où tu habites. Ainsi la mésange bleue est liée au chêne, la mésange noire aux conifères (pin, sapin, épicéa), le pouillot siffleur indique une futaie dense et le pouillot véloce une forêt avec de larges ouvertures. La fauvette à tête noire signifie la présence de régénération. Les pics, quant à eux, fréquentent les vieux arbres. Le chant du pigeon colombin ne s’entend que dans les vieilles futaies avec des cavités de pic noir qu’il utilise pour nicher. Ici, la forêt est pauvre en plantes à fleurs, le sol étant acide et sablonneux, mais il suffit d’une petite zone humide pour voir le populage des marais, d’une coupe pour trouver le genêt à balais, d’un rocher pour admirer mousses, lichens et fougères et d’un arbre mort pour s’émerveiller des polypores et des amadouviers. Lors d’une sortie matinale fin avril, j’ai ressenti une émotion très soudaine et très agréable en voyant les fleurs blanches d’un jeune houx. En fait, je n’avais jamais observé les fleurs du houx dont on connaît bien les fruits, ces petites boules rouges, mais la plupart du temps les houx que je vois en forêt depuis des années sont sans fleurs parce que soit ce n’est pas la période de floraison, soit qu’ils sont trop jeunes pour avoir des fleurs. Ce houx est un indicateur du réchauffement climatique, mais on peut aussi penser qu’il a été éliminé par les forestiers dans le passé, parce que inintéressant sur le plan économique en tant qu’arbuste.

Finalement, ce confinement m’a permis de redécouvrir dans la nature l’observation du détail, le plaisir simple de ce qui se présente sous nos yeux et que souvent nous ne voyons plus. L’observation quasi permanente des oiseaux de mon jardin depuis mon bureau m’a permis de noter des comportements intéressants, de voir des oiseaux de très près sans jumelles et d’apprécier également la métamorphose printanière de la végétation. Quant à la forêt, je suis habitué à passer de longs moments seul, parfois des journées entières pour mon travail, c’est pourquoi mes balades en temps de confinement n’ont pas été des moments inédits. Mais ce qui fut nouveau, c’est l’acuité de mes sens en éveil avec lesquels j’ai vécu ces sorties, comme s’il fallait profiter un maximum de ces moments avant de retourner chez soi. Effectivement, un naturaliste ne se confine pas vraiment sous peine de dysfonctionnement…

* Ecologue.

La nature reprend des couleurs en Algérie… grâce au Covid-19 ?

Depuis que le 5 juin est célébré, chaque année, comme Journée mondiale de l’environnement, c’est la deuxième fois, en Algérie, que des circonstances particulières empêchent les écologistes de développer des activités de mobilisation et de sensibilisation à la hauteur de cet événement planétaire.

La plage de La Poudrière, dans la banlieue ouest d’Alger, le vendredi 22 mai vers 15 h 30 (avant l’heure du confinement à domicile : 17 h). A la veille de la fin du mois de ramadhan, par une belle journée ensoleillée, les habitants ont profité d’une eau de baignade qui n’a jamais été aussi limpide, et débarrassée des algues généralement inévitables près du rivage. – photo M’hamed Rebah

par M’hamed Rebah

La première fois, en 1991 : le 5 juin était tombé en plein mouvement insurrectionnel déclenché par le FIS dissous (Front islamique du Salut), ayant entraîné la démission du gouvernement et la proclamation de l’état de siège, dans une ambiance de manifestations de rues, chaotiques, qui déboucheront sur une décennie de terrorisme ayant marqué à jamais l’Algérie. En 2020, c’est pour des raisons sanitaires, totalement imprévues et même impensables, que le 5 juin s’est trouvé inscrit dans un calendrier de confinement et de « mesures barrières » contre la propagation du coronavirus, interdisant tout rassemblement.

La Journée mondiale de l’environnement, en Algérie, a été limitée à l’espace médiatique : émissions et reportages à la télévision, tables-rondes à la radio, messages sur les réseaux sociaux. Ce fut l’occasion de réentendre le constat, fondé ou non, fait partou t: la pandémie de coronavirus est venue au secours de la nature. Pas, ou moins, de transports en commun, tous modes confondus ; pas, ou moins, d’activités industrielles ni touristiques, réduction de la circulation automobile durant les heures de confinement … Bref, une pollution en chute libre dont les effets bénéfiques sur la nature ont été très vite perçus.

A Alger, au centre-ville, habituellement bruyant et exposé aux gaz d’échappement de véhicules roulant en grande partie au diesel, les feuilles des arbres ont repris leur vert d’origine et les moineaux ont réintégré leurs nids; le ciel est occupé par les pigeons, les goélands, les hirondelles de passage, et d’autres espèces d’oiseaux inhabituels en milieu urbain. L’air retrouve sa pureté, les citadins découvrent le calme, les rues sont plus propres.

Des images vidéo amateur, filmées sur la côte ouest algéroise, à Baïnem, montrent, au large, un spectacle de dauphins assez rarissime, mais pas sans précédent dans la baie d’Alger. Ce fait présenté comme insolite est mis sur le compte de la pandémie de coronavirus. La propreté des plages et de la mer seraient également une conséquence de la diminution des activités économiques sur terre. A la veille de la fin du mois de ramadhan, par une belle journée ensoleillée, les habitants du quartier de La Poudrière, à Bologhine (ex-Saint-Eugène), dans la banlieue ouest d’Alger, ont profité d’une eau de baignade qui n’a jamais été aussi limpide, et débarrassée des algues généralement inévitables près du rivage.

Le grand événement de la période de la Covid-19, s’est passé au sud du pays, dans un lieu où le taux de contamination est, sans doute, nul, un lieu touristique par excellence mais épargné des nuisances de cette activité du fait de la suspension des transports de voyageurs (aérien et routier). Il s’agit de la réapparition, qualifiée de miraculeuse, dans le parc culturel de l’Ahaggar (Tamanrasset), plus de dix ans après son dernier signalement, du guépard sahélo-saharien, une espèce en danger critique d’extinction, inscrite sur la liste rouge de l’Union internationale de conservation de la nature (UICN).

Le reportage sur ce parc, diffusé par la chaîne de télévision publique, à l’occasion du 5 juin, qui a montré des images du guépard (Acinonyx jubatus de hecki), prises en mars 2020 dans l’Atakor, indique qu’il s’agit plutôt du résultat de missions de recherches effectuées en 2017 et 2019 puis en mars dernier, obéissant à un protocole scientifique impliquant les habitants de l’air géographique du parc ainsi que leurs connaissances et savoir-faire, et l’utilisation d’un équipement spécialisé, notamment une quarantaine de caméras. Le reportage a signalé la présence également de gazelles Dorcas et de mouflons à manchette qui figurent parmi les « plats favoris » du guépard.

Selon l’UICN, « la baisse de population chez les guépards est due à de nombreux facteurs : deux sécheresses qui ont diminué le nombre de gazelles et de mouflons, les proies des guépards; la dégradation de l’environnement naturel; mais surtout la chasse illégale de cette espèce ». Le contexte sanitaire a-t-il quelque chose à voir avec cette victoire de la nature ? On serait tenté de le croire quand on apprend que deux espèces animales, la chauve souris et le pangolin, seraient à l’origine de cette « attaque » qui a mis à genoux les « humains » (malgré l’arsenal terrifiant d’armes à destruction massive en possession des grandes puissances) et permis à la nature (en apparence sans défense) de « respirer ».

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du lundi 8 juin 2020.

« Après le Covid 19, comment empêcher d’autres effondrements ? » : une webconférence des JNE avec Dominique Bourg

Les JNE ont organisé le 25 mai 2020 une webconférence avec Dominique Bourg, qui a réuni 46 participant·e·s. Cette webconférence était animée par Jean-Claude Noyé et Jean-Luc Fessard.

Dominique Bourg – photo Benoît Prieur – CC-BY-SA

Compte-rendu rédigé par Sandrine Boucher et Alexandrine Civard-Racinais

A la question liminaire, « La pandémie de Covid-19 représente-t-elle un moment d’effondrement ? », Dominique Bourg tient tout d’abord à préciser qu’il ne parle jamais d’effondrement au singulier, mais d’effondrements au pluriel.

« Nous sommes entré.e.s dans une dynamique d’effondrements. Les derniers 70 ans qui nous ont précédé correspondent à la première phase de l’ère de l’anthropocène, avec une explosion démographique et économique. Nous sommes maintenant dans la seconde phase de l’anthropocène : l’étape boomerang.

2018 a été la première année, où nous avons connu non pas quatre, mais deux saisons : une saison tiède, une saison chaude, avec des températures de 46 ° C dans l’Hérault et de 31 ° C dans l’Arctique. Il y a un fond chaud continu et de brusques accès de fièvres.

Un papier récent publié dans la revue PNAS souligne que des températures de plus de 29° C seront de plus en plus fréquentes et ce, dans de nombreuses zones de la planète…

Les prochaines décennies vont être pourries. Vivre sur terre va devenir de plus en plus difficile, notamment en raison des changements climatiques et de l’effondrement de la biodiversité ».

Covid-19 : Confiner pour éviter l’effondrement des systèmes de santé ?

« C’est dans ce contexte que l’épidémie de Covid-19 s’inscrit. La plupart des pays européens ont réagi de la même manière en confinant leurs populations à partir du 15 mars. L’objectif du confinement était d’éviter un effondrement des systèmes de santé publique. A Bergame (Italie), le taux de mortalité a bondi de + 500 % par rapport à la normale.

Face à l’épidémie de Covid-19, les dirigeants ont eu peur des conséquences pénales qui auraient pu être très graves en cas d’inaction. Car les populations les auraient tenus pour responsables. Et leur responsabilité pénale aurait été engagée. On voit là que lorsqu’il y a risque d’imputation directe, la réaction est immédiate : Imputation directe – Réaction des dirigeants — Confinement des populations. La gestion de cette épidémie a montré qu’il était possible de faire autrement, de ralentir l’économie mondiale, de desserrer la mâchoire du marché, de remettre en cause des choses qui paraissaient impossibles à changer.

Rien de tel face aux changements climatiques en cours… »

Changements climatiques : chronique d’un effondrement annoncé

« En 2040, les températures devraient augmenter en moyenne de + 2 °C par rapport au XIXe siècle. On en est déjà à + 1,1 °C. Et, selon les services météorologiques britanniques, nous pourrions être à + 1,4 °C dès 2024.

Concernant le climat, nous subissons les conséquences de décisions prises il y a vingt ou trente ans. Les gens ne veulent pas l’entendre, ne veulent pas le comprendre. Le problème, c’est que nous ne savons pas à qui imputer les problèmes qui nous tombent dessus ! Du coup, c’est la prime à l’irresponsabilité. Par exemple, François Bayrou qui demande le rétablissement au plus tôt de la liaison aérienne entre Paris et Pau.

Ce qui arrive aujourd’hui au plan climatique est annoncé. La fiabilité des modèles a pu être vérifiée, à la différence du vivant qui est difficile à modéliser. »

Le déclin de la biodiversité, un autre effondrement en cours…

« L’épidémie de Covid-19 est l’une des conséquences de l’effondrement de la biodiversité, qui entraîne une augmentation de la circulation de pathogènes, via des vecteurs comme les tiques qui ont perdu leurs hôtes et donc s’attaquent aux humains, ou les chauves-souris qui ont perdu leurs habitats.

Ce n’est pas la dernière attaque virale que nous connaîtrons. Avant, 60 % des maladies nouvelles venaient des animaux (zoonoses), aujourd’hui, cette proportion est passée à 75 %.

Nous allons commencer à fortement dégrader l’habitabilité de cette planète pour les espèces animales et les humains.

10 % des plus riches sur Terre émettent 50 % des gaz à effet de serre.

50 % des plus pauvres, 10 %. »

Vers un nouveau paradigme : tout d’abord, pénaliser la surconsommation

« Ce qui dégrade l’habitabilité de la Terre ce sont nos consommations finales. Le niveau matériel d’existence est un facteur de dégradation important ! Le seul moyen de freiner les conséquences des changements climatiques est donc d’aller vers plus de sobriété. Beaucoup de citoyens sont déjà engagés dans une telle démarche, mais cette aspiration n’est pas encore prise en compte par nos décideurs.

L’instrument le plus simple se base sur un système de quotas correspondant à chaque achat, déduit d’un compte qui pourrait être lié à une carte bancaire. Ceux qui consomment beaucoup seront donc pénalisés…

Ce système va nous conduire à une diète progressive : nous aurons moins d’objets, ils seront mutualisés, plus durables, plus rares, plus beaux, car il y aura davantage d’investissements dans leur conception et leur fabrication.

Cette restriction matérielle permettra mécaniquement d’investir davantage dans d’autres valeurs. Nous savons que les déterminants du bien-être sont les qualités de nos relations avec nos proches. Au début, il y aura de la frustration, mais ensuite nos vies seront plus riches. »

Créer des emplois, des revenus

« Sobriété ne veut pas dire perte d’emplois, au contraire. Par exemple, un hectare cultivé en permaculture est dix fois plus productif qu’en culture conventionnelle, mais demande vingt fois plus d’heures de travail.

Actuellement, une exploitation nouvelle sur deux est créée par des gens qui ne sont pas issus du monde agricole.

L’idée de revenu de transition écologique est expérimentée dans des territoires comme ceux de la Grande-Synthe ou les territoires « zéro chômage ». L’utilisation de monnaies locales pourrait financer ces revenus de transition écologique. »

Rééquilibrer les rapports femmes-hommes

« Nous ne pouvons pas envisager de changer fondamentalement nos relations à la nature si nous ne changeons pas nos rapports de genres. Françoise d’Eaubonne explique que la domination des humains sur les animaux est comparable à celle des hommes sur les femmes.

Il n’y aura pas de société correcte sur le plan écologique sans rééquilibrage entre les sexes. La nouvelle relation au monde, au vivant ne peut pas s’accompagner de la poursuite de ces disparités traditionnelles, ce serait contradictoire.

Chez les peuples amérindiens, il est aujourd’hui moins rare de voir des femmes cheffes ou caciques, alors qu’auparavant il n’y en avait aucune ».

Un autre rapport au vivant

« Ce que propose le Conseil National de la Nouvelle Résistance est une bascule culturelle. Il faut mettre en place un nouveau paradigme plaçant le Vivant au centre de nos préoccupations.

Les pionnier·ère·s de l’écologie devraient d’ailleurs être valorisés pour leur engagement en faveur du Vivant, comme les soignant·e·s le sont pour leur engagement contre le Covid !

Conseil de lecture : La chute du ciel de Davi Kopenawa, un chaman Yanomami. Il explique que ce qui caractérise le Blanc est l’avidité. Il est insatiable. Pour lui, il y a peu de sujets, il n’y a que des objets.

Nous avons aujourd’hui le choix entre l’utopie et la dystopie : soit nous faisons preuve d’intelligence et de générosité, soit nous aurons une existence pourrie. »

Les intertitres sont de la seule responsabilité des autrices du compte-rendu.
Pour voir ou revoir l’intégralité de cette webconférence, cliquez sur ce lien (mot de passe : 5p=*5bD7)

 

Philosophe, professeur à l’université de Lausanne, Dominique Bourg est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages dont Le marché contre l’humanité (Puf, 2019), Une nouvelle Terre (Puf, 2018), Dictionnaire de la pensée écologique (Puf, 2015).

Le 17 juin prochain paraîtra aux Puf Retour sur Terre : 35 propositions, écrit avec Philippe Desbrosses, Gauthier Chapelle, Johann Chapoutot, Xavier Ricard-Lanata, Pablo Servigne et Sophie Swaton.

Dominique Bourg a conduit la liste Urgence écologie à l’occasion des élections européennes du 26 mai 2019.

Il est membre du Conseil National de la Nouvelle Résistance qui va publier ses travaux le 27 mai, jour national de la Résistance (voir la présentation sur le site de Reporterre).

Voir aussi le site La pensée écologique

Entre deux mondes : quelques pistes pour le monde d’après

Dans l’incertitude qui désormais nous tient lieu de cap, se dessine toutefois une certitude : ce que nous vivons – et allons vivre – est indéchiffrable avec le logiciel du monde d’avant. Impossible d’inventer une nouvelle société humaine avec ces références-là ! Le défi avait été déjà posé lors de la première guerre du Golfe par Alain Hervé dans le mensuel « Le Sauvage » : « L’humanité vacille comme un bol de soupe trop plein, au bord de sa propre histoire. Allons–nous continuer d’accélérer, de fuir en avant : croissance économique, démographie, innovations scientifiques et techniques ? Au centre du cyclone, on attend, on retient son souffle, on attend une naissance » … En 1991, on ne parlait pas encore d’un monde d’après…

par Marie-Joséphine Grojean

Aujourd’hui, un méchant virus a envahi le monde. Il a osé attaquer les humains. Il chamboule tout, partout sur la planète, faisant surgir la perspective d’un monde d’après. Pour lui donner du sens et la rendre opérationnelle, il faut en inventer le logiciel. Malgré les réticences, les résistances au changement, malgré l’inertie et la pression du confort, malgré les habitudes, malgré la désinformation de la plupart des médias qui insistent, implicitement mais lourdement, sur le « retour à la normale », malgré les « élites » qui interprètent les données de la science en fonction de leurs intérêts et de leur croyance en la toute-puissance de la technique et de l’économie, malgré tout cela, les lois de l’évolution nous obligeront à avancer dans une autre direction. Face aux forces nouvelles qui se développent, les humains sont sommés d’inventer une autre manière d’habiter le monde.

Pour lire la suite de ce texte, cliquez ici sur le site UP’.  L’original de cet article est paru dans UP’ Magazine du 25 mai 2020.

Protection animale et santé globale : une solution face aux problèmes mondiaux

A l’heure où l’interdépendance du vivant devient de plus en plus concrète, nous avons pu constater que la nature se porte mieux quand on la laisse respirer et que les animaux reprennent leurs droits quand on les laisse exister.

par Sabine Brels *

Avec l’épreuve du Covid-19, la leçon semble assez forte pour réaliser que notre modèle de société doit changer. Pourquoi ? Simplement parce qu’il n’est pas soutenable et parce qu’on ne peut plus durablement continuer comme ça.

On sait aujourd’hui que la surexploitation des animaux sauvages et des animaux d’élevage accroît l’apparition des zoonoses, c’est-à-dire des maladies animales transmissibles aux humains, avec des conséquences parfois gravissimes. Si à ce jour, des questions demeurent encore sur l’origine du Covid-19, les derniers rapports de l’OMS nous disent que ce virus proviendrait de la chauve-souris avec un intermédiaire qui reste à identifier. Quoi qu’il en soit, le lien de causalité a déjà été établi par de nombreuses épidémies avant celle-ci, comme Ebola, H1N1, la grippe aviaire et bien d’autres encore et ce depuis fort longtemps.

Ce qui est certain, c’est que si nous ne changeons rien, la situation ne va pas s’améliorer.

Bien au contraire. En continuant à ce rythme, le risque de nouvelles pandémies mortelles n’ira pas en s’atténuant.

Aujourd’hui, l’Organisation mondiale de la santé animale nous alerte sur le fait que 75 % des maladies infectieuses émergentes sont d’origine animale. Des animaux qui ne sont pas venus à nous mais que nous sommes allés chercher. Et malgré les précédents avertissements, nous avons continué.

Alors comme tout le monde je me questionne et je me demande si nous avons enfin compris, de manière collective, la leçon de l’histoire et surtout ce qu’elle vient nous apprendre ?

Pour moi la conclusion est claire et il faut nous rendre à l’évidence :

La surexploitation des animaux telle qu’on la maintient aujourd’hui mène à notre propre extermination.

Cela se vérifie de plus en plus que ce soit au niveau alimentaire, écologique et sanitaire.

Dans le contexte du Covid-19, la Chine a adopté le 24 février 2020 une décision interdisant le commerce et la « mauvaise habitude » de consommer des animaux sauvages pour assurer la sécurité de la vie et la santé des personnes (1). Afin de faire appliquer cette décision et parler des autres mesures à prendre, nous venons de participer à un cycle de conférences en ligne avec la Chine et des experts internationaux en protection animale pour « un futur sans pandémie » (2).

Il en ressort que tout le monde est désormais d’accord avec ce que nous mettons en avant depuis plusieurs années déjà, à savoir que, face à une problématique globale, nous avons besoin d’une solution globale.

Alors comment faire ?

Pour le savoir, on peut regarder comment nous avons déjà fait pour des grandes questions mondiales comme les droits de l’homme et les problèmes environnementaux.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention sur la Diversité Biologique et la Convention-Cadre sur les Changements Climatiques ont été adoptées. Où ça ? A l’ONU.

Car c’est à l’ONU, qui est l’organisation universelle par excellence qui réunit tous les pays du monde, que les grandes problématiques universelles sont traitées. Or il n’existe encore à ce jour aucune protection globale des animaux.

C’est pourquoi l’association Global Animal Law (GAL) sur le droit animal global, que nous avons fondée avec son président Antoine Goetschel, propose d’adopter une Convention sur la santé et la protection des animaux à l’ONU, appelée UNCAHP, de son acronyme anglais UN Convention on Animal Health and Protection.

Cette initiative, lancée depuis 2018, a été rédigée par plusieurs experts internationaux en droit animalier. Elle vise à protéger la santé globale, en lien avec la santé humaine et environnementale, ainsi que le bien-être de tous les animaux, en tant qu’êtres sensibles.

Qu’il s’agisse des animaux de compagnie, d’élevage, d’expérimentation, de spectacle ou des animaux sauvages, tous doivent être protégés contre les actes de cruauté dont ils souffrent partout dans le monde.

C’est pourquoi ce projet de convention prévoit des interdictions générales de maltraitance avec des obligations de bientraitance des animaux dans tous les domaines. Elle prévoit aussi la défense des intérêts fondamentaux des animaux et prône la recherche d’alternatives aux produits et à l’exploitation animale.

En prenant conscience des liens d’interdépendance qui nous unissent, nous réalisons que mieux respecter les animaux et la planète, c’est aussi prendre part à un plus grand respect de nous-mêmes.

Afin de contribuer à créer un monde meilleur pour les générations présentes et futures, un monde où les humains et les animaux pourraient cohabiter en harmonie dans un environnement sain, nous avons besoin d’aller voir les gouvernements pour les convaincre d’adopter cette convention et faire de la protection des animaux et de la santé globale une nouvelle mission universelle.

Si vous voulez contribuer et soutenir ce projet, vous pouvez aller sur le site du GAL pour en savoir plus et y participer pour que les animaux voient aussi leurs intérêts protégés à l’échelle mondiale, et ce pour le plus grand bien de tous.

Merci !

* Docteure en droit international animalier et cofondatrice-Global Animal Law (GAL), Sabine Brels était l’une des intervenantes du colloque organisé en 2018 par les JNE sur la condition animale.
Contact : sb@globalanimallaw.org

Cette tribune est disponible ici en version audio sur le site de la radio Parole d’Animaux.

1. Decision on Completely Prohibiting the Illegal Wildlife Trade, Eliminating the Bad Habit of Indiscriminately Eating Wild Animals, and Truly Ensuring the People’s Security in their Lives and Health.

2. A Future Without Pandemics.

La biodiversité, un enjeu majeur

Pour comprendre la pandémie de Covid-19 liée à l’infection par le nouveau coronavirus (Sars-CoV-2) qui touche actuellement la planète, des scientifiques se penchent sur les origines de cette émergence. Ils pointent la perte de biodiversité et le changement climatique, mais aussi la globalisation des échanges qui favorisent l’expansion des agents zoonotiques.

par Isabel Soubelet

Tout a commencé le 9 janvier 2020 dans la ville de Wuhan, chef-lieu de la province du Hubei en Chine. « Si on regarde l’origine de ce qui s’est passé là-bas, il s’agit d’un contact entre un ou des humains avec un ou des animaux sauvages porteurs du CoV-2 émergent, explique Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). D’après les dernières recherches, sur la base de la similitude des séquences génétiques, les chauves-souris sont les réservoirs potentiels de ce virus. Il est possible qu’il y ait eu un hôte animal intermédiaire, notamment le pangolin, mais cette hypothèse demande encore à être confirmée. »

Vous pouvez lire la suite de ce texte en vous connectant sur ce lien (lecture gratuite pendant l’épidémie après inscription). Cet article a été publié dans le numéro de mai 2020 de l’Infirmière Libérale Magazine. Nous remercions la rédaction de l’Infirmière Libérale Magazine de nous avoir autorisés à en publier un extrait.

Chauve-souris et coronavirus : les réponses du véterinaire François Moutou

Voici quelques éléments de réponses d’un vétérinaire membre des JNE sur le rôle des chauves-souris dans les origines de l’épidémie de coronavirus.

par François Moutou

Ces vidéos ont été « auto-filmées » avec un téléphone portable samedi 2 mai à l’occasion d’un reportage sur Tanguy Stoecklé récemment diffusé sur France 3 PACA. Tanguy Stoecklé est l’auteur d’un superbe documentaire sur le Rhinolophe, en accès gratuit sur YouTube.

 

Sauver la biodiversité en étant confinés

Préserver la biodiversité, la faune et la flore devient une priorité pour faire face à la pandémie de coronavirus.

par Jean-François Noblet *

L’association le Pic vert a arrêté toutes ses activités, mais elle propose aux personnes confinées de recenser et de neutraliser les pièges involontaires mortels pour la faune qui existent chez vous, dans la maison ou le jardin. C’est le cas des baies vitrées qui assomment des oiseaux, des trous au ras du sol dans lesquels des animaux tombent, des chenaux qui capturent des lézards, etc. Il existe des systèmes très simples et peu coûteux pour neutraliser ces pièges et sauver des milliers d’animaux. Toutes les personnes qui souhaitent en savoir plus peuvent demander une plaquette numérisée gratuite sur le sujet à l’adresse mail suivante : jf@noblet.me

Avec notre association le Pic vert, nous avons aussi lancé un fil de discussion sur notre forum intitulé : Je regarde par la fenêtre. On a demandé à nos adhérents de nous signaler toutes les observations naturalistes qu’ils réalisent, même pour les espèces les plus communes. On détermine les photos d’insectes, on apprend comment distinguer le sexe d’un chardonneret ou d’un Pic épeiche. Cela marche fort et on enregistre toutes les infos sur la base de données naturalistes du Pic vert.

* Coprésident de l’association Pic Vert.

 

La santé environnementale, grande absente du débat sur la crise sanitaire du coronavirus

Alors que le personnel soignant doit faire face à l’afflux de malades et à l’absence de moyens, certaines voix s’élèvent pour nous inviter à faire un pas de côté et comprendre pourquoi cette crise sanitaire liée à l’apparition du Covid-19, nous ébranle tant. Si ce virus s’avère mortel pour beaucoup de personnes atteintes, c’est aussi parce que nos organismes sont trop souvent fragilisés par nos modes de vie.

par Jean-Claude Noyé

Jean-Dominique Michel – photo DR

Dans la masse des informations suscitées par la crise sanitaire, certaines sortent du lot par leur capacité à éclairer notre regard et à relativiser le tourment dans lequel nous sommes. Je pense en particulier à l’article que Jean-Dominique Michel a posté sur son blog : « Covid 19 : fin de partie ! ? ». Le titre est un clin d’oeil à la vidéo amplement diffusée dans laquelle le Pr Didier Raoult défend le recours à la chloroquine. Proche des thèses défendues par l’épidémiologiste marseillais, Jean-Dominique Michel, de nationalité suisse, est un anthropologue de la santé et expert en santé publique. Comme tel, il est intervenu dans de nombreux programmes universitaires. Et, affirme-t-il, il a créé plusieurs dispositifs socio-sanitaires innovants, en particulier en santé mentale. Quoi qu’il en soit, son article a lui aussi beaucoup circulé et il est aussi long que documenté. Je résume ici ses arguments en sept points.

Un : le vocabulaire guerrier adopté par tous les chefs d’Etat est inadéquat. Nous ne pourrons jamais « vaincre » le virus, mais juste se prémunir contre ses dégâts puis apprendre à vivre avec lui.

Deux : certes, à défaut de pouvoir appliquer un confinement restreint réservé aux personnes détectées, tel que pratiqué en Chine, en Corée du Sud et (jusqu’à nouvel ordre) en Allemagne, nous n’avons pas d’autres choix que de respecter les mesures de confinement général. Mais en aucun cas nous ne devons renoncer à notre esprit critique. « Mettre en dialogue ce que nous vivons est essentiel à la fois pour notre santé psychique individuelle et notre résilience collective », écrit Jean-Dominique Michel.

Trois : le Covid-19 semble être le plus souvent bénin en l’absence de pathologies préexistantes. Les données en provenance d’Italie confirment que la grande majorité des personnes décédées souffraient d’une à trois pathologies chroniques (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaire, cancers, etc.) avec, selon l’auteur de cet article, un âge moyen des victimes de 79,5 ans et très peu de pertes en-dessous de 65 ans.

Quatre : « la dramaturgie collective hallucinée que nous vivons » masque la réalité des chiffres : alors que les affections respiratoires habituelles font chaque année bon an mal an 2 600 000 morts à travers le monde, la mortalité liée au Covid-19 s’établissait, au quatrième mois de l’épidémie, à 12 000 décès. Bref, « nous sommes très très loin d’avoir un effet statistiquement significatif au regard de la mortalité habituelle et en particulier de la surmortalité saisonnière ».

Cinq : en l’absence de dépistage systématique de la population, nous n’avons aucune donnée fiable car, en réalité, le nombre de personnes déclarées positives au Covid est très largement inférieur au nombre de personnes réellement infectées, « dont à peu près la moitié ne se rendra même pas compte qu’elle a contracté le virus ». Le taux de dépistage restant faible même dans les pays qui ont pris massivement cette voie, « on est de toute manière très loin des statistiques disponibles basées sur des données lacunaires ». Quant aux projections faites pour imaginer le nombre de morts possibles, elles sont « rien moins que délirantes car elles reposent sur un «forçage» artificiel et maximal de toutes les valeurs et coefficients ».

Six : hélas, le vrai point noir, c’est que cette épidémie entraîne des complications redoutables. « L’existence de ces cas graves justifie que l’on ne s’en remette pas simplement à l’immunité de groupe » (*) A fortiori parce que les services d’urgence sont engorgés, les équipes soignantes prenant de plein fouet la réduction drastique des moyens hospitaliers opérée depuis 20 ans.

Sept, enfin, et c’est là une donnée qui, pour nous, écologistes, résonne particulièrement : la santé environnementale est étroitement liée à cette crise sanitaire. De fait, les pathologies chroniques rendent une infection au SARS-CoV-2 potentiellement fatale aux patients touchés par ces maladies de société. Comme le souligne un communiqué de presse du Réseau environnement santé (RES), « alors que, classiquement, on oppose maladies transmissibles et maladies non transmissibles, cette crise oblige à les considérer d’un même point de vue ». Dès 2006, l’OMS elle-même a qualifié d’épidémie la progression foudroyante des maladies de longue durée ou maladies de civilisation largement liées à notre mode de vie. En France, entre 2003 et 2017, les maladies cardio-vasculaires ont ainsi progressé de 171 %, le diabète de 94 % et le cancer de 49 %. Rapportées au niveau mondial, les maladies chroniques sont désormais responsables de la grande majorité des décès non accidentels. Quelles en sont les causes majeures ? La malbouffe, le stress, la sédentarité. Et, last but not least, la pollution.

L’action délétère des pollutions environnementales sur notre santé est en effet aujourd’hui largement avérée. On sait ainsi que la pollution de l’air est responsable de près de 48 000 décès prématurés par an en France, que l’usage massif des pesticides n’est pas sans incidence sur l’obésité et le diabète. Ou que le recours trop longtemps impuni au chlordécone dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique a eu des effets négatifs sur le développement cognitif ou moteur des nourrissons, qu’il a augmenté significativement les cas de prématurité. Enfin, que son usage massif explique que la Martinique détienne le triste record du monde du nombre de cas de cancers de la prostate. Chimiste et toxicologue, André Cicolella, le président du RES, s’appuie sur des études scientifiques convergentes pour démontrer, dans Les Perturbateurs endocriniens en accusation. Cancer de la prostate et reproduction masculine (Editions Les Petits Matins), que les pollutions chimiques de tous ordres sont en réalité le premier déterminant de notre santé. Les perturbateurs endocriniens, outre qu’ils ont partie liée avec le développement inquiétant des maladies chroniques, seraient en cause, selon certains chercheurs, dans l’explosion fulgurante des cas d’autisme (aux États-Unis, 1 enfant sur 5000 en 1975, 1 enfant sur 45 aujourd’hui). Ces mêmes perturbateurs endocriniens « dont l’action pendant la grossesse induit des maladies chroniques à l’âge adulte, induisent, pour certains d’entre eux, une baisse des défenses immunitaires, ce qui favorise les maladies infectieuses », prévient le RES.

Or, que font les pouvoirs publics pour s’attaquer à ces causes ? Rien ou si peu. « On continue à dire que l’augmentation des maladies chroniques, dont le cancer, s’explique surtout par le vieillissement de la population. Or elles frappent des personnes de plus en plus jeunes. Les scientifiques comprennent mieux l’impact du stress chimique sur le bébé dans la période intra-utérine et les premiers mois », m’expliquait ainsi André Cicolella dans une interview à La Vie (01/08/18). Et de poursuivre : « On sait aujourd’hui que des femmes ont “démarré” leur cancer du sein dans le ventre de leur mère. Le paradoxe, c’est qu’on ne se donne pas les outils pour lutter contre les cancers dominants que sont le cancer du sein et le cancer de la prostate ».

De fait, la santé environnementale reste le parent pauvre des politiques de santé. Ainsi, dans le document d’une centaine de pages intitulé Stratégie nationale de santé 2018-2022, à l’initiative d’Agnès Buzyn, l’ex-ministre des Solidarités et de la Santé, la promotion d’une alimentation saine n’occupe qu’une demi-page. La réduction de l’exposition aux pollutions extérieures et aux substances nocives pour la santé ? Deux pages. La pollution de l’air ? Une peccadille. Autre exemple : dans le plan cancer 2014-2019, le terme « perturbateur endocrinien » n’a qu’une seule occurrence.

Jean-Dominique Michel, l’auteur de l’article ci-dessus décrypté, dénonce « les facilités coupables accordées à des industries hautement toxiques au détriment du bien commun et de la santé de population ». Courageuse pourfendeuse des profits colossaux réalisés par l’industrie pharmaceutique – trop souvent sur le dos des patients – et du poids écrasant des lobbyistes qui les représentent auprès des pouvoirs publics, la députée européenne Michèle Rivasi a, quant à elle, co-organisé à l’été 2018 la Marche des cobayes pour la santé environnementale. Une délégation a été reçue le 2 juillet 2018 par le cabinet de Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique et solidaire, pour y demander l’organisation d’États généraux de la santé environnementale. A ce jour, toujours rien. Pourtant, comme l’explique encore André Cicolella : « C’est un changement de paradigme qui s’impose, une vision globale de la santé, qui ne se résume pas seulement au système de soin. Faute de l’avoir compris, notre société risque être de plus en plus sensible aux épidémies infectieuses, même de faible intensité. »

* Le processus par lequel chaque personne qui contracte le virus et n’en meurt pas s’immunise, la multiplication des immunisés conduisant à un effet collectif de protection immunitaire…

ANNUAIRE 2020

CANARD SAUVAGE
Spécial 50 ans