Covid-19

Protection animale et santé globale : une solution face aux problèmes mondiaux

A l’heure où l’interdépendance du vivant devient de plus en plus concrète, nous avons pu constater que la nature se porte mieux quand on la laisse respirer et que les animaux reprennent leurs droits quand on les laisse exister.

par Sabine Brels *

Avec l’épreuve du Covid-19, la leçon semble assez forte pour réaliser que notre modèle de société doit changer. Pourquoi ? Simplement parce qu’il n’est pas soutenable et parce qu’on ne peut plus durablement continuer comme ça.

On sait aujourd’hui que la surexploitation des animaux sauvages et des animaux d’élevage accroît l’apparition des zoonoses, c’est-à-dire des maladies animales transmissibles aux humains, avec des conséquences parfois gravissimes. Si à ce jour, des questions demeurent encore sur l’origine du Covid-19, les derniers rapports de l’OMS nous disent que ce virus proviendrait de la chauve-souris avec un intermédiaire qui reste à identifier. Quoi qu’il en soit, le lien de causalité a déjà été établi par de nombreuses épidémies avant celle-ci, comme Ebola, H1N1, la grippe aviaire et bien d’autres encore et ce depuis fort longtemps.

Ce qui est certain, c’est que si nous ne changeons rien, la situation ne va pas s’améliorer.

Bien au contraire. En continuant à ce rythme, le risque de nouvelles pandémies mortelles n’ira pas en s’atténuant.

Aujourd’hui, l’Organisation mondiale de la santé animale nous alerte sur le fait que 75 % des maladies infectieuses émergentes sont d’origine animale. Des animaux qui ne sont pas venus à nous mais que nous sommes allés chercher. Et malgré les précédents avertissements, nous avons continué.

Alors comme tout le monde je me questionne et je me demande si nous avons enfin compris, de manière collective, la leçon de l’histoire et surtout ce qu’elle vient nous apprendre ?

Pour moi la conclusion est claire et il faut nous rendre à l’évidence :

La surexploitation des animaux telle qu’on la maintient aujourd’hui mène à notre propre extermination.

Cela se vérifie de plus en plus que ce soit au niveau alimentaire, écologique et sanitaire.

Dans le contexte du Covid-19, la Chine a adopté le 24 février 2020 une décision interdisant le commerce et la « mauvaise habitude » de consommer des animaux sauvages pour assurer la sécurité de la vie et la santé des personnes (1). Afin de faire appliquer cette décision et parler des autres mesures à prendre, nous venons de participer à un cycle de conférences en ligne avec la Chine et des experts internationaux en protection animale pour « un futur sans pandémie » (2).

Il en ressort que tout le monde est désormais d’accord avec ce que nous mettons en avant depuis plusieurs années déjà, à savoir que, face à une problématique globale, nous avons besoin d’une solution globale.

Alors comment faire ?

Pour le savoir, on peut regarder comment nous avons déjà fait pour des grandes questions mondiales comme les droits de l’homme et les problèmes environnementaux.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la Convention sur la Diversité Biologique et la Convention-Cadre sur les Changements Climatiques ont été adoptées. Où ça ? A l’ONU.

Car c’est à l’ONU, qui est l’organisation universelle par excellence qui réunit tous les pays du monde, que les grandes problématiques universelles sont traitées. Or il n’existe encore à ce jour aucune protection globale des animaux.

C’est pourquoi l’association Global Animal Law (GAL) sur le droit animal global, que nous avons fondée avec son président Antoine Goetschel, propose d’adopter une Convention sur la santé et la protection des animaux à l’ONU, appelée UNCAHP, de son acronyme anglais UN Convention on Animal Health and Protection.

Cette initiative, lancée depuis 2018, a été rédigée par plusieurs experts internationaux en droit animalier. Elle vise à protéger la santé globale, en lien avec la santé humaine et environnementale, ainsi que le bien-être de tous les animaux, en tant qu’êtres sensibles.

Qu’il s’agisse des animaux de compagnie, d’élevage, d’expérimentation, de spectacle ou des animaux sauvages, tous doivent être protégés contre les actes de cruauté dont ils souffrent partout dans le monde.

C’est pourquoi ce projet de convention prévoit des interdictions générales de maltraitance avec des obligations de bientraitance des animaux dans tous les domaines. Elle prévoit aussi la défense des intérêts fondamentaux des animaux et prône la recherche d’alternatives aux produits et à l’exploitation animale.

En prenant conscience des liens d’interdépendance qui nous unissent, nous réalisons que mieux respecter les animaux et la planète, c’est aussi prendre part à un plus grand respect de nous-mêmes.

Afin de contribuer à créer un monde meilleur pour les générations présentes et futures, un monde où les humains et les animaux pourraient cohabiter en harmonie dans un environnement sain, nous avons besoin d’aller voir les gouvernements pour les convaincre d’adopter cette convention et faire de la protection des animaux et de la santé globale une nouvelle mission universelle.

Si vous voulez contribuer et soutenir ce projet, vous pouvez aller sur le site du GAL pour en savoir plus et y participer pour que les animaux voient aussi leurs intérêts protégés à l’échelle mondiale, et ce pour le plus grand bien de tous.

Merci !

* Docteure en droit international animalier et cofondatrice-Global Animal Law (GAL), Sabine Brels était l’une des intervenantes du colloque organisé en 2018 par les JNE sur la condition animale.
Contact : sb@globalanimallaw.org

Cette tribune est disponible ici en version audio sur le site de la radio Parole d’Animaux.

1. Decision on Completely Prohibiting the Illegal Wildlife Trade, Eliminating the Bad Habit of Indiscriminately Eating Wild Animals, and Truly Ensuring the People’s Security in their Lives and Health.

2. A Future Without Pandemics.

La biodiversité, un enjeu majeur

Pour comprendre la pandémie de Covid-19 liée à l’infection par le nouveau coronavirus (Sars-CoV-2) qui touche actuellement la planète, des scientifiques se penchent sur les origines de cette émergence. Ils pointent la perte de biodiversité et le changement climatique, mais aussi la globalisation des échanges qui favorisent l’expansion des agents zoonotiques.

par Isabel Soubelet

Tout a commencé le 9 janvier 2020 dans la ville de Wuhan, chef-lieu de la province du Hubei en Chine. « Si on regarde l’origine de ce qui s’est passé là-bas, il s’agit d’un contact entre un ou des humains avec un ou des animaux sauvages porteurs du CoV-2 émergent, explique Jean-François Silvain, président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB). D’après les dernières recherches, sur la base de la similitude des séquences génétiques, les chauves-souris sont les réservoirs potentiels de ce virus. Il est possible qu’il y ait eu un hôte animal intermédiaire, notamment le pangolin, mais cette hypothèse demande encore à être confirmée. »

Vous pouvez lire la suite de ce texte en vous connectant sur ce lien (lecture gratuite pendant l’épidémie après inscription). Cet article a été publié dans le numéro de mai 2020 de l’Infirmière Libérale Magazine. Nous remercions la rédaction de l’Infirmière Libérale Magazine de nous avoir autorisés à en publier un extrait.

Chauve-souris et coronavirus : les réponses du véterinaire François Moutou

Voici quelques éléments de réponses d’un vétérinaire membre des JNE sur le rôle des chauves-souris dans les origines de l’épidémie de coronavirus.

par François Moutou

Ces vidéos ont été « auto-filmées » avec un téléphone portable samedi 2 mai à l’occasion d’un reportage sur Tanguy Stoecklé récemment diffusé sur France 3 PACA. Tanguy Stoecklé est l’auteur d’un superbe documentaire sur le Rhinolophe, en accès gratuit sur YouTube.

 

Sauver la biodiversité en étant confinés

Préserver la biodiversité, la faune et la flore devient une priorité pour faire face à la pandémie de coronavirus.

par Jean-François Noblet *

L’association le Pic vert a arrêté toutes ses activités, mais elle propose aux personnes confinées de recenser et de neutraliser les pièges involontaires mortels pour la faune qui existent chez vous, dans la maison ou le jardin. C’est le cas des baies vitrées qui assomment des oiseaux, des trous au ras du sol dans lesquels des animaux tombent, des chenaux qui capturent des lézards, etc. Il existe des systèmes très simples et peu coûteux pour neutraliser ces pièges et sauver des milliers d’animaux. Toutes les personnes qui souhaitent en savoir plus peuvent demander une plaquette numérisée gratuite sur le sujet à l’adresse mail suivante : jf@noblet.me

Avec notre association le Pic vert, nous avons aussi lancé un fil de discussion sur notre forum intitulé : Je regarde par la fenêtre. On a demandé à nos adhérents de nous signaler toutes les observations naturalistes qu’ils réalisent, même pour les espèces les plus communes. On détermine les photos d’insectes, on apprend comment distinguer le sexe d’un chardonneret ou d’un Pic épeiche. Cela marche fort et on enregistre toutes les infos sur la base de données naturalistes du Pic vert.

* Coprésident de l’association Pic Vert.

 

La santé environnementale, grande absente du débat sur la crise sanitaire du coronavirus

Alors que le personnel soignant doit faire face à l’afflux de malades et à l’absence de moyens, certaines voix s’élèvent pour nous inviter à faire un pas de côté et comprendre pourquoi cette crise sanitaire liée à l’apparition du Covid-19, nous ébranle tant. Si ce virus s’avère mortel pour beaucoup de personnes atteintes, c’est aussi parce que nos organismes sont trop souvent fragilisés par nos modes de vie.

par Jean-Claude Noyé

Jean-Dominique Michel – photo DR

Dans la masse des informations suscitées par la crise sanitaire, certaines sortent du lot par leur capacité à éclairer notre regard et à relativiser le tourment dans lequel nous sommes. Je pense en particulier à l’article que Jean-Dominique Michel a posté sur son blog : « Covid 19 : fin de partie ! ? ». Le titre est un clin d’oeil à la vidéo amplement diffusée dans laquelle le Pr Didier Raoult défend le recours à la chloroquine. Proche des thèses défendues par l’épidémiologiste marseillais, Jean-Dominique Michel, de nationalité suisse, est un anthropologue de la santé et expert en santé publique. Comme tel, il est intervenu dans de nombreux programmes universitaires. Et, affirme-t-il, il a créé plusieurs dispositifs socio-sanitaires innovants, en particulier en santé mentale. Quoi qu’il en soit, son article a lui aussi beaucoup circulé et il est aussi long que documenté. Je résume ici ses arguments en sept points.

Un : le vocabulaire guerrier adopté par tous les chefs d’Etat est inadéquat. Nous ne pourrons jamais « vaincre » le virus, mais juste se prémunir contre ses dégâts puis apprendre à vivre avec lui.

Deux : certes, à défaut de pouvoir appliquer un confinement restreint réservé aux personnes détectées, tel que pratiqué en Chine, en Corée du Sud et (jusqu’à nouvel ordre) en Allemagne, nous n’avons pas d’autres choix que de respecter les mesures de confinement général. Mais en aucun cas nous ne devons renoncer à notre esprit critique. « Mettre en dialogue ce que nous vivons est essentiel à la fois pour notre santé psychique individuelle et notre résilience collective », écrit Jean-Dominique Michel.

Trois : le Covid-19 semble être le plus souvent bénin en l’absence de pathologies préexistantes. Les données en provenance d’Italie confirment que la grande majorité des personnes décédées souffraient d’une à trois pathologies chroniques (hypertension, diabète, maladies cardiovasculaire, cancers, etc.) avec, selon l’auteur de cet article, un âge moyen des victimes de 79,5 ans et très peu de pertes en-dessous de 65 ans.

Quatre : « la dramaturgie collective hallucinée que nous vivons » masque la réalité des chiffres : alors que les affections respiratoires habituelles font chaque année bon an mal an 2 600 000 morts à travers le monde, la mortalité liée au Covid-19 s’établissait, au quatrième mois de l’épidémie, à 12 000 décès. Bref, « nous sommes très très loin d’avoir un effet statistiquement significatif au regard de la mortalité habituelle et en particulier de la surmortalité saisonnière ».

Cinq : en l’absence de dépistage systématique de la population, nous n’avons aucune donnée fiable car, en réalité, le nombre de personnes déclarées positives au Covid est très largement inférieur au nombre de personnes réellement infectées, « dont à peu près la moitié ne se rendra même pas compte qu’elle a contracté le virus ». Le taux de dépistage restant faible même dans les pays qui ont pris massivement cette voie, « on est de toute manière très loin des statistiques disponibles basées sur des données lacunaires ». Quant aux projections faites pour imaginer le nombre de morts possibles, elles sont « rien moins que délirantes car elles reposent sur un «forçage» artificiel et maximal de toutes les valeurs et coefficients ».

Six : hélas, le vrai point noir, c’est que cette épidémie entraîne des complications redoutables. « L’existence de ces cas graves justifie que l’on ne s’en remette pas simplement à l’immunité de groupe » (*) A fortiori parce que les services d’urgence sont engorgés, les équipes soignantes prenant de plein fouet la réduction drastique des moyens hospitaliers opérée depuis 20 ans.

Sept, enfin, et c’est là une donnée qui, pour nous, écologistes, résonne particulièrement : la santé environnementale est étroitement liée à cette crise sanitaire. De fait, les pathologies chroniques rendent une infection au SARS-CoV-2 potentiellement fatale aux patients touchés par ces maladies de société. Comme le souligne un communiqué de presse du Réseau environnement santé (RES), « alors que, classiquement, on oppose maladies transmissibles et maladies non transmissibles, cette crise oblige à les considérer d’un même point de vue ». Dès 2006, l’OMS elle-même a qualifié d’épidémie la progression foudroyante des maladies de longue durée ou maladies de civilisation largement liées à notre mode de vie. En France, entre 2003 et 2017, les maladies cardio-vasculaires ont ainsi progressé de 171 %, le diabète de 94 % et le cancer de 49 %. Rapportées au niveau mondial, les maladies chroniques sont désormais responsables de la grande majorité des décès non accidentels. Quelles en sont les causes majeures ? La malbouffe, le stress, la sédentarité. Et, last but not least, la pollution.

L’action délétère des pollutions environnementales sur notre santé est en effet aujourd’hui largement avérée. On sait ainsi que la pollution de l’air est responsable de près de 48 000 décès prématurés par an en France, que l’usage massif des pesticides n’est pas sans incidence sur l’obésité et le diabète. Ou que le recours trop longtemps impuni au chlordécone dans les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique a eu des effets négatifs sur le développement cognitif ou moteur des nourrissons, qu’il a augmenté significativement les cas de prématurité. Enfin, que son usage massif explique que la Martinique détienne le triste record du monde du nombre de cas de cancers de la prostate. Chimiste et toxicologue, André Cicolella, le président du RES, s’appuie sur des études scientifiques convergentes pour démontrer, dans Les Perturbateurs endocriniens en accusation. Cancer de la prostate et reproduction masculine (Editions Les Petits Matins), que les pollutions chimiques de tous ordres sont en réalité le premier déterminant de notre santé. Les perturbateurs endocriniens, outre qu’ils ont partie liée avec le développement inquiétant des maladies chroniques, seraient en cause, selon certains chercheurs, dans l’explosion fulgurante des cas d’autisme (aux États-Unis, 1 enfant sur 5000 en 1975, 1 enfant sur 45 aujourd’hui). Ces mêmes perturbateurs endocriniens « dont l’action pendant la grossesse induit des maladies chroniques à l’âge adulte, induisent, pour certains d’entre eux, une baisse des défenses immunitaires, ce qui favorise les maladies infectieuses », prévient le RES.

Or, que font les pouvoirs publics pour s’attaquer à ces causes ? Rien ou si peu. « On continue à dire que l’augmentation des maladies chroniques, dont le cancer, s’explique surtout par le vieillissement de la population. Or elles frappent des personnes de plus en plus jeunes. Les scientifiques comprennent mieux l’impact du stress chimique sur le bébé dans la période intra-utérine et les premiers mois », m’expliquait ainsi André Cicolella dans une interview à La Vie (01/08/18). Et de poursuivre : « On sait aujourd’hui que des femmes ont “démarré” leur cancer du sein dans le ventre de leur mère. Le paradoxe, c’est qu’on ne se donne pas les outils pour lutter contre les cancers dominants que sont le cancer du sein et le cancer de la prostate ».

De fait, la santé environnementale reste le parent pauvre des politiques de santé. Ainsi, dans le document d’une centaine de pages intitulé Stratégie nationale de santé 2018-2022, à l’initiative d’Agnès Buzyn, l’ex-ministre des Solidarités et de la Santé, la promotion d’une alimentation saine n’occupe qu’une demi-page. La réduction de l’exposition aux pollutions extérieures et aux substances nocives pour la santé ? Deux pages. La pollution de l’air ? Une peccadille. Autre exemple : dans le plan cancer 2014-2019, le terme « perturbateur endocrinien » n’a qu’une seule occurrence.

Jean-Dominique Michel, l’auteur de l’article ci-dessus décrypté, dénonce « les facilités coupables accordées à des industries hautement toxiques au détriment du bien commun et de la santé de population ». Courageuse pourfendeuse des profits colossaux réalisés par l’industrie pharmaceutique – trop souvent sur le dos des patients – et du poids écrasant des lobbyistes qui les représentent auprès des pouvoirs publics, la députée européenne Michèle Rivasi a, quant à elle, co-organisé à l’été 2018 la Marche des cobayes pour la santé environnementale. Une délégation a été reçue le 2 juillet 2018 par le cabinet de Nicolas Hulot, alors ministre de la Transition écologique et solidaire, pour y demander l’organisation d’États généraux de la santé environnementale. A ce jour, toujours rien. Pourtant, comme l’explique encore André Cicolella : « C’est un changement de paradigme qui s’impose, une vision globale de la santé, qui ne se résume pas seulement au système de soin. Faute de l’avoir compris, notre société risque être de plus en plus sensible aux épidémies infectieuses, même de faible intensité. »

* Le processus par lequel chaque personne qui contracte le virus et n’en meurt pas s’immunise, la multiplication des immunisés conduisant à un effet collectif de protection immunitaire…

Covid-19, le vertige des exponentielles

On ne se méfie jamais assez des exponentielles. Si tu es porteur du virus et que tu contamines deux personnes, ces deux personnes vont transmettre à leur tour le Covid-19 à quatre personnes, puis à 8, etc. Cela apparaît au début peu inquiétant, mais au bout de dix transmissions, une seule personne en a rendu malade 1 027 ; au bout de 20 transmissions il y a plus de un million (1 048 576) de personnes infectées.

par Michel Sourrouille

Ce schéma théorique est proche de la vitesse de diffusion du coronavirus. La courbe épidémique chinoise semble montrer un « R0 » de 2,2. Le R0 correspond au nombre moyen de personnes qu’un individu infecté peut contaminer en six jours. Cela peut paraître proche du 1,3 de la grippe, pourtant le nombre de contaminés s’envole beaucoup plus vite. D’où la période de confinement que les gouvernements généralisent dans la plupart des pays, il faut bloquer impérativement la chaîne de transmission le plus vite possible.

De façon imagée, la parabole du nénuphar nous indique qu’il ne faut pas tarder à prendre des décisions politiques. Imaginons un nénuphar planté dans un grand lac qui aurait la propriété de produire chaque jour son semblable tout en continuant à vivre et se reproduire. On estime qu’au bout de trente jours, la totalité du lac va être couverte, ce qui provoquera l’extinction de la vie. On se décide à n’intervenir qu’au moment où les nénuphars auront occupé la moitié du lac. Quel jour donc ? Réponse : non pas 15 jours, comme on pourrait le penser un peu hâtivement, mais bien au 29ème jour, c’est-à-dire la veille, puisque le double de superficie est recouvert chaque jour. Au bout du 24ème jour, 97 % de la surface du lac est encore disponible et on ne pouvait imaginer visuellement la catastrophe qui se préparait dans une semaine. Le cerveau humain semble difficilement saisir les propriétés d’une croissance exponentielle, une vitesse fulgurante, et il n’y a pas que le Covid-19 qui est en cause.

Notre consommation exponentielle des ressources naturelles épuisera beaucoup plus vite que nous l’imaginons le potentiel de la Terre. Malthus en 1798 avait déjà montré les méfaits de l’augmentation exponentielle de la population humaine : « Lorsque la population n’est arrêtée par aucun obstacle, elle va doubler tous les vingt-cinq ans, et croît de période en période selon une progression géométrique (autre expression pour dire évolution exponentielle ». Le rapport au Club de Rome de 1972 dénonçait aussi les exponentielles : « Chaque jour pendant lequel se poursuit la croissance exponentielle rapproche notre écosystème mondial des limites ultimes de sa croissance. Étant donné les temps de réponse du système, si l’on attend que ces limites deviennent évidentes, il sera trop tard. Décider de ne rien faire, c’est donc décider d’accroître le risque d’effondrement. Adopter un tel comportement, nous l’avons maintes fois démontré, c’est finalement courir au déclin incontrôlé de la population et des investissements par voie de catastrophes successives. Cette récession pourrait atteindre des proportions telles que le seuil de tolérance des écosystèmes soit franchi d’une manière irréversible. Il resterait alors bien peu de choses sur terre permettant un nouveau départ sous quelque forme envisageable que ce soit. »

Le problème de nos dirigeants, c’est qu’ils considèrent qu’ils sont comptables du nombre de nos morts seulement s’il s’agit d’un péril immédiat. Exemple avec ce coronavirus. Par contre, le nombre de morts par le réchauffement climatique provoqué par les émissions exponentielles de nos gaz à effet de serre, cela paraît trop lointain pour qu’on y prête attention. Nos décideurs devraient connaître la parabole du nénuphar…

Michel Sourrouille anime le blog Biosphère, sur lequel il a déjà mis en ligne de nombreux textes sur le Covid-19.

Scénario catastrophe numéro dix : les nouvelles épidémies

Un adhérent “historique” des JNE nous envoie le texte qu’il avait consacré aux virus et aux nouvelles maladies épidémiques dans son livre L’Humanité disparaîtra, bon débarras ! (première édition 2006 ; édition “revue et aggravée” 2013 ; chez Arthaud). C’était (sur treize possibles) la dixième solution par laquelle il imaginait que notre espèce pouvait s’éteindre et se faire définitivement oublier du reste des vivants.

par Yves Paccalet

La forêt du Guatemala…

Odeur d’humus et d’orchidée. Je marche au hasard des temples de Tikal. Je foule une pierre plate qui (mon Dieu ! protégez-moi de mes doux rêves : mes cauchemars, je m’en charge…) fut un autel où les prêtres aztèques arrachaient le cœur palpitant des jeunes vierges. Une guêpe me vrombit autour du crâne, tel un prêtre aztèque armé de son poignard. Le dieu du Soleil rend fous ceux qu’il veut perdre.

Je contemple le fouillis d’arbres, de fleurs, de fougères, de mousses et de champignons qu’arpentent, croquent, lèchent ou sucent des légions d’insectes, d’araignées, de mollusques… Encore n’aperçois-je que les grandes créatures. Mille milliards de fois plus nombreuses sont les petites : acariens, amibes, bactéries, mycoplasmes… Jusqu’aux virus !

Voici un demi-siècle, peu de touristes visitaient les temples mayas. De nos jours, les avions atterrissent à deux pas. La population humaine explose, vaque, brasse et se mêle. Les migrations s’accélèrent. Les guerres et les glorieux assassinats jettent sur les routes des cortèges de réfugiés. Dans le même temps, nous saccageons les milieux naturels. Nous rasons les forêts. Nous draguons les océans. Nous nous installons dans les lointaines oasis ou au sommet des montagnes.

Je ne suis pas le seul à redouter que nous n’ouvrions ainsi une boîte de Pandore bien plus dangereuse que celle de la mythologie. Nous avons appris à vivre avec une cohorte de parasites qui nous veulent du mal, mais que notre système immunitaire contrôle à peu près. Notre espèce pourrait devoir affronter bientôt d’impitoyables tueurs, qu’elle s’ingénie à déterrer dans les recoins de la planète. La première cause de mortalité des Indiens du Nouveau Monde, qui amena en un siècle leur population de quatre-vingts à quatre millions d’individus, ne fut pas la barbarie des Européens (pourtant inspirés par ce noble massacre), mais les maladies introduites par les colons, y compris par les missionnaires et les amis des « bons sauvages ». Les Indiens trépassèrent en masse de grippe, variole, rougeole, syphilis ou poliomyélite.

Nous nous retrouvons, aujourd’hui, dans la situation des Hurons, des Aztèques ou des Quechuas du XVIIe siècle. Les envahisseurs sont parmi nous et nous l’ignorons. Ils ne descendent pas d’une autre planète et n’ont pas le petit doigt en l’air. Ils sont invisibles. Là, au coin de la rue, dans l’autobus, au café, à l’hôpital, au ministère de la Santé… Nous en connaissons quelques-uns. Le VIH du sida nous a agrippés dès les années 1950, probablement à partir d’une souche de singes d’Afrique centrale. D’autres surgissent. Les virus du singe vert, de la fièvre de Marburg et de la maladie du légionnaire. Ceux de Junin, de Machupo et de Sabla, apparus en Amérique du Sud, et que les microbiologistes surveillent d’un œil nerveux. Le hantavirus, exalté par le collapsus de l’Union soviétique et la prolifération concomitante des souris. Les agents de la fièvre d’Ebola, de la fièvre West Nile, de celle de Lassa… L’étrange « virus X » a tué des milliers de personnes au sud du Soudan, avant de disparaître. Totalement ? N’en croyons rien… Je glisse sur les souches pathogènes du SRAS (le syndrome respiratoire aigu sévère). Ou sur les sueurs froides que donne aux spécialistes la perspective d’une recombinaison des caractères épidémiques et morbides des virus de la grippe des oiseaux, des cochons et des hommes…

Je ne veux effrayer personne, mais je regarde les microbes avec de moins en moins d’humour. Je n’oublie pas les bactéries du choléra, de la tuberculose ou de la syphilis, ni les protozoaires comme ceux du paludisme : tous ces micro-organismes « classiques » semblent animés d’une énergie nouvelle. Ils résistent aux antibiotiques. Ils sont plus virulents et plus teigneux que leurs pères.

Je me demande si, au-delà des vieilles querelles écologiques, la première raison de lutter contre le saccage de la Terre ne va pas devenir un pur souci de santé publique. Les scientifiques ont établi, par exemple, qu’il existe, dans les profondeurs du sol, à plus de trois mille mètres, d’incroyables grouillements de bactéries. Certains de ces anaérobies, peut-être aussi vieux que la vie même, ont reçu le nom de Bacillus infernus. On en trouve dans des poches de pétrole très profondes.

Réveillerons-nous ces monstres endormis pour quelques barils de future marée noire ?

Au XVe siècle, la population humaine atteignait cinq cents millions de sujets. En quelques années, de l’Extrême-Orient à l’Asie mineure, à l’Afrique du Nord et à l’Europe, d’abominables pestes tuèrent quatre-vingts millions d’individus. Une personne sur six ! Si une épidémie aussi féroce et fulgurante frappait l’humanité actuelle en y causant la même proportion de victimes, on dénombrerait plus d’un milliard de cadavres !

Je ne veux paniquer personne, mais cela pourrait se produire bientôt. Mettons : l’année prochaine !

Le virus Covid-19, vecteur de décroissance

Les militants de la décroissance l’ont rêvé, le coronavirus l’a fait : l’activité productive est à l’arrêt, le krach boursier est arrivé, les perspectives de croissance sont en berne, les déplacements sont réduits au strict minimum, les voyages par avion sont supprimés, les enfants restent en famille chez eux, le foot spectacle se joue à huis clos, et même les gouvernements sont en danger.

par Michel Sourrouille

La Bourse de Paris a vécu, jeudi 12 mars, la pire journée de son histoire en subissant une chute de − 12,28 %, à l’image des principales places européennes, qui se sont toutes effondrées, provoquant un krach boursier historique. Wall Street s’est également effondrée de 7,3 % (Dow Jones) à l’ouverture, ce qui a provoqué une interruption automatique des échanges. La BCE constate une « considérable aggravation des perspectives de croissance ». Lors de la crise financière de 2008, la panique avait finalement été enrayée quand les leaders du G20, les principales économies de la planète, avaient réussi à se coordonner. Leur front commun s’était avéré décisif. Pour l’instant, les réactions en ordre dispersé face à la pandémie de Covid-19 accentuent la panique et rendent inaudibles les plans de secours.

Pour lire la suite de cet article, rendez vous sur le blog Biosphère de Michel Sourrouille.

Covid-19 : #BienSinformer avec quelques sites clefs

La pandémie du Covid-19 qui met le monde sur pause pour une durée encore indéterminée se double actuellement d’une autre pandémie sur les réseaux sociaux : la diffusion de fausses informations ou d’informations inexactes et imprécises sur la maladie et les façons de lutter contre. Comment faire, donc, pour disposer d’informations fiables ?

par Anne-Sophie Novel

Covid-19 – photo DR

Etonnamment, c’est une réflexion que je me suis faite à plusieurs reprises depuis que je travaille sur notre rapport à l’information et aux médias : alors que nous sommes tous connectés, en ligne, via les réseaux, notre rapport au monde dépend de plus en plus de la façon dont nous accédons à l’information. « Que se passerait-il si, un jour, nous étions isolés avec pour seule fenêtre sur le monde l’image que nous en donnent les médias et réseaux sociaux ? » me suis-je même demandé il y a quelques semaines… Et nous y voilà, confinés à cause d’un con fini, l’histoire d’un être humain qui mange un pangolin et chope alors un mauvais rhume qu’il passe à son voisin qui à son tour en contamine d’autres massivement… au point qu’on se retrouve toutes et tous dans une situation de pause forcée, où nos ressources et notre rapport au monde, aux autres, doit se redéfinir sur la maxime du « seul, ensemble », solitaires et solidaires à la fois.

Pour lire la suite de ce texte, cliquez ici sur le site Les médias, le monde et moi.