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La biodiversité au coeur du 8e Festival du livre et de la presse d’écologie

L’équipe du Festival du livre et de la presse d’écologie et les JNE ont organisé le 14 octobre 2010 un petit déjeuner de presse pour présenter la 8e édition du Felipé, qui se tient les 16 et 17 octobre à la Bellevilloise, dans le 20e arrondissement de Paris.

par Laurent Samuel

Carine Mayo, présidente des JNE, a rappelé que les JNE sont partenaires depuis cinq ans du Felipé, dont ils partagent les centres d’intérêt et la volonté de diffuser l’information et la connaissance sur l’écologie.

Jacques Thomas, fondateur du Festival en 2003 et président de l’association qui l’organise, a insisté sur la vision large, non limitée à la faune et à la flore, de l’écologie, que promeut le Felipé. Le Festival rassemble cette année 58 auteurs (dont de nombreux membres des JNE) et organise 13 conférences et tables-rondes.

A la veille du sommet de Nagoya, la biodiversité est l’un des principaux thèmes abordés, avec notamment un débat dimanche après-midi sur les négociations internationales en cours. La cohabitation entre livre numérique et livre électronique fait aussi l’objet d’une table-ronde samedi après-midi.

Enfin, l’éditeur Thomas Bout, des Editions Rue de l’Echiquier, a présenté le Collectif des éditeurs écolo-compatibles, qu’il a créé avec six autres maisons d’édition. Objectif : polluer le moins possible et diminuer les émissions de gaz de serre, dues à 80 % au papier et au transport des livres.

Cliquez ici pour consulter le programme et les horaires de l’édition 2010 du Felipé.

Compte-rendu du débat JNE : décroissance ou croissance verte ?

Par Danièle Boone

Peut-on avoir une croissance infinie ? Cela apparaît de plus en plus improbable. Les plus optimistes misent sur une croissance verte, raisonnable et durable. Les adeptes de la décroissance, eux, ne croient plus à un possible passage en douceur et prônent une action radicale. Alors, décroissance ou croissance verte ? Peut-on être écologiste et productiviste ?

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Le 16 septembre 2010, Jean-Claude Noyé, administrateur des JNE, a réuni pour en débattre Bettina Laville, avocate, conseiller d’Etat en disponibilité, fondatrice et présidente d’honneur du Comité 21, Philippe Bodard, maire de Mûrs-Erigné (PS), Serge Lepeltier, maire de Bourges (Parti radical), Vincent Liégey (Parti de la décroissance) et Jean-Paul Morel, qui représentait Jacques Boutault (Les Verts), qui nous recevait en sa mairie du 2ème arrondissement de Paris.

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Jean-Claude Noyé et Carine Mayo, présidente des JNE, qui animaient la soirée, ont d’abord posé des questions aux invités afin de préciser le sujet du débat. Vincent Liégey et Philippe Bodard ont ouvert l’exercice. Comment définir la décroissance et le mot est-il heureux ? leur a t-on demandé. « Ce terme est volontairement provocateur pour remettre en cause l’imaginaire occidental et nous aider à nous poser les bonnes questions », explique le premier. Le second dit ne pas bien connaître le mouvement, mais partage l’idée de la nécessité d’un retour à la simplicité et à la sobriété. « Au nom de la croissance, on tue l’homme. ».

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Le credo politique de ce profond admirateur de Pierre Rabhi est humaniste. Homme de terrain, il a instauré les cantines scolaires bio en s’appuyant sur l’économie locale. Il a également favorisé la création d’Amap et s’est engagé sur le 0 % de pesticides dans sa commune.

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Et le développement durable ? Peut-on y croire ? La question est posée à Bettina Laville et à Serge Lepeltier. « Ce n’est pas parce que le greenwashing existe qu’il faut rejeter le concept » constate la première. Cette championne de l’éloquence a redit l’histoire en repartant des fondamentaux de Ivan Illich et d’André Gorz développés dans les années soixante-dix. « Le monde tourne fou, tout le monde le sait. Il faut changer ». Pour elle, la décroissance est un mouvement passionnant, mais pour aller plus loin, il lui faut abandonner ce terme qui fait grincer, « invendable en politique », renchérit Serge Lepeltier.

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Ce dernier a courageusement défendu sa position (il croit les limites très éloignées), alors que la salle croit plutôt à l’urgence. L’élu de Bourges mise sur les emplois verts pour soulager l’économie. Très attaché à la notion de liberté individuelle (qui sous-entend la liberté de consommer), il suggère une nouvelle orientation du débat autour de décroissance et démocratie.

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« Le développement durable est du marketing politique, martèle Vincent Liégey. Il faut faire un pas de côté et sortir des schémas traditionnels pour avoir une chance de sortir de l’impasse. On a envie de se réapproprier nos choix, de donner du sens à notre vie. »

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De quelle décroissance parle-t-on ? a demandé quelqu’un dans la salle. De l’empreinte écologique ? Du PIB ? De l’émission des gaz à effet de serre ? De la consommation d’énergie ? Et c’est là, la richesse et la faiblesse de la discussion qui est partie un peu dans tous les sens. Ce débat d’idées ne traduit-il pas notre incapacité à agir ?

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Les grands changements de l’histoire ont toujours été le fruit de crises profondes, ont constaté tous les invités. Le chemin risque donc de nous être imposé. La crise a d’ores et déjà contraint à une baisse de la consommation. Le début de la décroissance ? Mais faut-il donc que l’enfantement se fasse toujours dans la douleur ? Ne pourrions-nous pas prendre en main notre destin ? Le débat reste ouvert.

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A lire, un point de vue critique de Laurent Samuel sur son blog Planète (cliquez ici).

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A visionner, le reportage vidéo de Gaia Network sur ce débat (cliquez ici).

« Severn, la voix de nos enfants », la bande-annonce

Severn, la voix de nos enfants, film de Jean-Paul Jaud, sort en salles le 10 novembre 2010.

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Pour en savoir plus, cliquez ici sur le site “dédié” de ce film.

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Plusieurs journalistes membres des JNE l’ont déjà visionné en projection.

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Vous trouverez prochainement leurs réactions – a priori pas unanimes… – sur notre site.

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En attendant, voici la bande-annonce de ce documentaire qui se situe dans la lignée de ceux de Yann Arthus-Bertrand, Nicolas Hulot et Coline Serreau.

Mondial de l’automobile 2010 : un Salon à deux vitesses où l’écologie n’est pas forcément là où on l’attend…

Tous les deux ans, je n’y coupe pas, je me rends à pied au Mondial de l’automobile à la recherche de LA voiture propre.

Par Christine Virbel

La Kangoo Z.E. de Renault, véhicule électrique utilitaire - Photo CV

Il y a deux ans, la tendance des voitures électriques était déjà sensible. Cette année, l’électrique est vraiment la star du Mondial.

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Les nombreux modèles, dont certains particulièrement soignés en termes de couleurs et d’aménagement intérieur, reflètent bien les attentes du public de pouvoir enfin rouler propre, de façon silencieuse… et économique (2 €  les 100 km).

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Notons toutefois que les véhicules électriques sont vraiment propres si la production d’électricité se base sur des énergies renouvelables. Les composants des batteries méritent aussi d’être étudiés de près pour savoir d’où ils proviennent, dans quelles conditions ils sont extraits et si les réserves sont viables à long terme. Bref, il reste des progrès à faire.

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Concernant le thermique, les avancées en matière d’émissions de CO2 existent aussi puisqu’une Clio 1, 2 ou un Fiat 500 affichent respectivement 90 et 95 g/km. Les hybrides quant à elles descendent jusqu’à 59 g/km. Aussi telle ne fut pas ma surprise de passer devant un monstre rectangulaire à quatre roues affichant sans vergogne près de 400 g/km d’émissions de CO2 !

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J’ai remercié la législation européenne qui oblige dorénavant à afficher les caractéristiques techniques des voitures comme celles des machines à laver avec les lettres A, B, C ou D en fonction de la performance énergétique du modèle. Le long cigare métallisé affichait un gros G. Je ne savais même pas qu’on pouvait descendre si bas dans l’alphabet !

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J’ai soudain réalisé qu’à l’instar de notre époque, le Mondial est finalement un salon à deux vitesses, dans lequel le monde de l’automobile de 1900 côtoie celui des années 2000 et qu’il faut un certain temps avant qu’une nouvelle technologie ne s’impose.

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Un tour dans les autres pavillons m’a toutefois rassurée : les initiatives positives existent, mais là où on ne les attend pas forcément comme celle de ce loueur automobile, qui lorsque l’on réserve un véhicule propose de rechercher un ou plusieurs passagers pour effectuer le voyage. Le client rentre en partie dans ses frais de location, le passager voyage à petit prix et le tout émet moins de CO2. Quand on vous dit qu’écologie rime avec économie !

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Un peu plus loin, un assureur m’a proposé de participer au tirage au sort d’un vélo électrique (il n’y a pas que la voiture dans la vie), m’indiquant qu’on pouvait aussi assurer son vélo. Preuve que ce moyen de transport a de l’avenir !

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Je n’ai pas trouvé le stand des kartings électriques ,mais je sais qu’ils existent et que les courses endiablées de ces véhicules auront dorénavant le mérite de ne pas rendre sourds pilotes comme spectateurs ni de les enfumer.

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Les dossiers de presse à l'heure du "zéro papier" - photo CV

Les stands ont eux aussi évolué : pour obtenir des informations sur les véhicules, plus de prospectus mais des écrans d’ordinateurs et des bornes de téléchargement.

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Je suis repartie aussi légère que j’étais venue et je n’aurai pas, comme les années antérieures, des sacs plastiques remplis de catalogues et de dossiers de presse qui traîneront deux ans de suite autour de mon bureau (ledit bureau étant déjà couvert d’autres documents).

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Que dire enfin des belles plantes présentes années après années autour des véhicules fièrement exposés, toutes plus belles et plus sexy les unes que les autres et qui vont certainement faire grandir le nombre d’adeptes du covoiturage…

Plaidoyer pour les vautours, par Jean-François Terrasse

Voici un texte de Jean-François Terrasse, membre des JNE. Il a été mis en ligne le 3 septembre 2010 sur le site Reporterre, et publié en tribune dans Libération.

photo © Pierre Demeure

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Non, les vautours ne sont pas des prédateurs d’animaux vivants…

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.L’Europe méridionale abritait quatre espèces de vautours tout autour de la Méditerranée : le vautour fauve, le vautour moine, le vautour percnoptère et le gypaète barbu. De ces importantes populations, il ne subsiste que des reliques. La France et surtout l’Espagne jouent un rôle capital dans la conservation de ces oiseaux en Europe, persécutés jusqu’à l’anéantissement dans de nombreux pays, de la fin du XVIIIe siècle à la fin du XXe.

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En France où ces grands oiseaux ont failli disparaître, des actions de conservation pionnières ont permis tout d’abord de sauver les derniers survivants dans les années 70 – 80, puis de renforcer et de réintroduire les espèces disparues, gypaète barbu dans les Alpes, vautour fauve et vautour moine dans les Causses et le sud des Alpes. Ces projets pilotes initiés en France ont servi de modèles dans d’autres pays européens. Les protecteurs de la nature français peuvent s’enorgueillir d’être à la pointe du savoir-faire pour ces techniques de biologie de la conservation.

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Les vautours sont parmi les plus grands oiseaux du monde approchant 3 mètres d’envergure. Ce sont des ailes volantes, explorant en planant, sans dépenser d’énergie, d’immenses surfaces à la recherche visuelle des cadavres de mammifères sauvages ou domestiques dont ils se nourrissent. Contrairement à une idée reçue, l’odorat ne joue aucun rôle dans cette prospection. C’est en observant le comportement d’autres oiseaux opportunistes, corvidés et milans, qu’ils découvrent un animal mort. Tel un réseau d’observateurs invisibles dans le ciel, s’observant mutuellement, ils accourent de toute part dès qu’un festin est signalé.20 ou 30 vautours fauves font disparaître les chairs putréfiées d’une brebis ou d’un cervidé en moins d’une heure. Là où les quatre espèces de vautours sont présentes, les restes .coriaces et les os sont éliminés. La place reste nette, sans plus de ressources pour les mouches et les bactéries. Le tube digestif des vautours élimine les germes et on a pu dire qu’ils sont un ” cul de sac épidémiologique ». Leur rôle est donc d’éliminer dans la nature les gros animaux morts, bloquant ainsi la propagation des germes pathogènes.

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En Europe, depuis des siècles, les vautours sont des commensaux du pastoralisme, suivant les troupeaux transhumants et éliminant les cadavres. Ce service rendu aux éleveurs était tellement reconnu qu’en Espagne existait près de chaque village un endroit baptisé « muladar » où l’on déposait les cadavres des animaux de trait et du bétail.

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A la fin du XXe siècle et jusqu’à nos jours, plusieurs changements économiques majeurs sont venus perturber cet équilibre éleveur-vautours. D’abord la mécanisation de l’agriculture, les tracteurs contrairement aux animaux de trait n’étant pas recyclables par les vautours ; puis la quasi disparition des grandes transhumances à pied ; enfin le remplacement de l’élevage extensif par un élevage industriel concentrationnaire, produisant des tonnes de déchets animaux transformés ensuite en farines de viandes et d’os ; couronnant le tout, la crise de la vache folle (ESB) avec l’avènement d’une obligation stricte d’équarrissage industriel et payant pour tous les particuliers (190 à 300 € selon les départements pour un cheval…). C’est particulièrement en Espagne que cette révolution dans les pratiques d’élevage a provoqué d’abord une augmentation importante des populations de vautours fauves (20 000 couples) venant se nourrir aux portes des porcheries industrielles. Et dès les années 2003-2004, l’équarrissage généralisé privait les vautours de ressources et créait une famine totale dans ces grandes colonies de vautours du versant sud des Pyrénées situées en Aragon et en Navarre.

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On a pu voir alors au piémont des Pyrénées françaises des réunions de vautours affamés s’approchant des fermes pour se repaître d’animaux morts, ce qui était devenu totalement inhabituel. On peut comprendre que des éleveurs français se soient inquiétés, surtout en présence de vautours dévorant un veau mort né ou la mère en difficulté de vêlage non assistée et déjà condamnée. Très vite, la rumeur colportée par les médias a fait état d’attaques délibérées sur des animaux sains, affirmant que les vautours avaient changé de comportement et étaient devenus des prédateurs !

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Aucune expertise sérieuse n’est venue confirmer cette attestation gratuite, même si les constats des vétérinaires les disculpent globalement. Dans le pire des cas, des vautours affamés ont aggravé des situations où un animal en difficulté et sans assistance était déjà condamné. Aussitôt, à partir de quelques cas isolés, la polémique a fait du vautour fauve le bouc émissaire à la fois des difficultés de l’élevage et des frustrations des opposants d’une politique de conservation de la biodiversité incluant pêle-mêle, l’ours, le loup, la chasse du grand tétras et le Parc National des Pyrénées. Des faux témoignages grossiers diffusés sur la toile continuent d’alimenter et d’aggraver cette polémique stérile.

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En réalité, dans les Pyrénées françaises où l’élevage est important, la petite population de vautours fauves (525 couples en 2007) est bien intégrée au pastoralisme. Tout le monde peut y observer des dizaines de vautours survolant les alpages où abondent brebis (621 000), vaches (157 000), chevaux (12 000), chèvres (14 000) pour 5 300 exploitations pastorales (1) sans aucun problème. Les vautours éliminent sans frais pour l’éleveur et la collectivité des milliers de cadavres, économisant ainsi une énorme quantité de CO2 généré par l’équarrissage (transport, incinération) d’ailleurs souvent impraticable dans des montagnes peu accessibles. Ces oiseaux, véritables alliés sanitaires, sont donc parfaitement intégrés dans une politique de développement durable.

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En annonçant à Toulouse le 26 juillet 2010 des mesures discréditant l’utilité des vautours fauves, la Secrétaire d’Etat à l’écologie, Madame Chantal Jouanno se situe à l’opposé d’une politique de gestion intelligente de la faune sauvage. Mais sans doute voulait-elle faire plaisir à une frange d’électeurs, éleveurs-chasseurs de subvention, et adversaires déclarés de toute forme d’acceptation de la nature « sauvage ».

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(1) Chiffres pour l’année 2004, Courrier de l’environnement, INRA, N° 57, 07/2009.

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Source : Courriel à Reporterre.

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L’auteur : Jean-François Terrasse est président de la mission Rapaces de la LPO (Ligue de protection des oiseaux).
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Pour en savoir plus : http://www.lpo.fr

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A lire aussi, un article de Pierre Demeure sur la Maison des vautours en Lozère.