Actualités nationales

Des vaches à notre image et réciproquement

« Je ne suis pas une écolo, je pollue, C’est mon métier. » (p. 107)
« Je suis en train de devenir une écolo. Je n’utilise pas l’avion et je ne prends plus ma voiture pour aller travailler. » (p. 109)
Voici en deux phrases nichées au milieu du livre Les vaches aiment le yaourt, le terrible dilemme de chacun de nous en ces années de « transition écologique » : être ou ne pas être écolo.

par Michel Sourrouille

L’auteure de cet ouvrage, Anne Galais, est éleveuse de vaches, soumise aux affres du productivisme et poussée par la nécessité d’alimenter les grandes surfaces : il faut bien nourrir notre boulimie de yaourts et de viande. Elle en a fait un roman qui colle de près à son quotidien. Fini le paysan qui, de générations en générations, reproduit des techniques ancestrales. L’innovation est son quotidien, sa principale préoccupation est de chercher les meilleurs rendements, la sélection génétique est désormais au cœur de son métier. Ce n’est plus une cloche accrochée au cou des vaches, c’est un appareillage informatique.

Être ou ne pas être écolo ? Anne Galais a raison, polluer est notre métier à tous. Dans un système qui ne repose plus sur la quasi-autarcie des campagnes, chaque activité humaine nous fait dépendre d’un flux de biens et de services venus d’ailleurs. Qu’on produise ou qu’on consomme, on pollue, on rejette des gaz à effet de serre, on ponctionne des ressources naturelles en voie de raréfaction, on prend tous conscience que cela n’est pas durable et qu’il nous faudrait changer.

Tâche difficile, impossible, nous sommes prisonnier d’un système où il faut courir toujours plus vite pour rester concurrentiel ou pour se payer le dernier gadget à la mode. Société urbanisée et sur-développée, consommation carnée de masse, donc production de masse et élevage en batterie. Qu’on se le dise, les vaches sont comme les humains… et réciproquement. Les vaches sont comme nous, des animaux, la gestation dure neuf mois dans l’un comme dans l’autre cas. On arrache les veaux à leur mère peu après la naissance, il faut mettre les enfants à la crèche dès qu’ils marchent sur deux jambes, ou même avant. Les centrales d’achat et les administrations aiment les chiffres et les gens captifs. Les vaches portent un numéro d’identification dès la naissance pour assurer la traçabilité. Pour nous, c’est le numéro de sécurité sociale. On ne les appelle plus par un joli petit nom, c’est devenu un matricule. C’est aussi notre lot commun, quand nous sommes sommés d’énoncer tous les numéros de notre carte bancaire. Les vaches sont entassées dans un grand hangar, les humains s’amoncellent dans leur HLM. Les humains préfèrent leur cage, qu’en pensent les vaches ?

Nous avons rencontré Anne Galais. Elle aime ses vaches et son métier. Elle n’aime pas les mots productivisme et agro-industrie. Elle a voulu présenter sa situation professionnelle comme un yaourt, un mixte de choses à bien savourer. Mais elle est comme nous, soumise avec son élevage à un système agro-industriel qui nous broie. Elle attend de voir ce qui va se passer, coincé comme elle l’est par les diktats de la PAC (Politique agricole commune) et du marché. Si on lui demande de faire du bio, elle fera du bio, pour le moment elle s’occupe d’un élevage intensif, bien plus qu’une centaine de vaches à viande. Elle a abandonné les laitières car on a abattu tout son troupeau. Elle explique le mécanisme morbide dans son livre. La vache 8452 avait présenté à l’analyse vétérinaire une lésion tuberculeuse. La France se voulant indemne de cette maladie à moins de 1 % à l’exportation, il était obligatoire d’amener à l’abattoir le troupeau entier… même si on ne trouve qu’un seul cas positif. On ne peut pas tricher, les services sanitaires connaissent toutes les vaches, chacune est enregistrée sur une base informatique. C’est évident, les humains sont comme des vaches, des vaches à lait pour engraisser le système et nourrir les GAFA.


Si vous voulez mieux comprendre la condition réelle et imaginée des éleveurs, lisez le livre d’Anne Galais, Les vaches aiment le yaourt (2019), en auto-édition, à commander sur ce lien , 7 euros et 30 cents pour 214 pages.

Des menaces inacceptables contre le film « Marche avec les loups »

Le 5 janvier 2020, le syndicat agricole FDSEA05 avait appelé via Facebook à manifester à Gap contre une avant-première du film Marche avec les loups. Un rassemblement en fin de compte annulé en raison du tollé des internautes. Au cours du tournage, le réalisateur Jean-Michel Bertrand a reçu à trois reprises des menaces de mort et les élus du département des Hautes Alpes et de la Région Sud (ex Paca) ont refusé de soutenir le film. Des faits inquiétants qui ont inspiré ce texte à un JNE engagé de longue date dans la défense de la nature sauvage.

par Gabriel Ullmann

Le loup !…La bête du Gévaudan n’était rien à comparer de la violence meurtrière qui anime certains non seulement contre cet animal…mais aussi contre des humains. Contre ceux qui osent, simplement, réaliser ou présenter un film sur le loup et son contexte, de façon certes engagée (et alors ?), mais aussi empreinte de poésie et d’empathie pour l’ensemble des protagonistes.

Ces appels à l’assassinat, ces menaces de morts abjectes reflètent une société profondément malade et témoignent de l’impunité constante en faveur de certaines catégories professionnelles, qui permet toutes les dérives.

Oui, le loup est une épreuve pour le pastoralisme ovin, pour les bergers et pour les éleveurs. Oui, cela génère des tracas, des surcroîts de travail, des stress et, pour certains, un calvaire. D’une part, cela ne peut en aucun cas justifier l’injustifiable et l’abject. D’autre part, le pastoralisme vit à 80 % des aides publiques. Peut-on alors considérer, sans se faire trucider, que la cohabitation avec les grands prédateurs, patrimoine public, peut être un corollaire de cette activité, qui doit saisir l’opportunité de se rénover et de réinventer l’occupation de l’espace commun ?

Cette opportunité a été saisie, mais partiellement, par certains, qui, grâce au retour du loup, ont vu leurs conditions de travail fortement améliorées (cabanes installées ou rénovées, aides-bergers financés, protections remboursées, indemnisations bien au-delà du prix de vente et des assurances, visibilité médiatique et sociétale du berger et de l’éleveur, etc.).

Il est urgent que les dogmatismes autour du loup, de tous côtés, s’effacent et que la sérénité et le respect mutuel l’emportent. Fasse que ces actes immondes, à l’occasion de la sortie du film Marche avec les loups, conduisent au contraire à une prise de conscience collective de cette urgence.

Ci-dessous, la bande-annonce de Marche avec les loups.

Dossier complet sur le film, à consulter ici.

 

Extrait d’un communiqué de Jean-Pierre Bailly, producteur de Marche avec les loups.
Aujourd’hui plus de 15.000 personnes ont vu le film entre les projections en avant-première et les festivals. La plupart du temps en présence du réalisateur. Les réactions sont excellentes et beaucoup de spectateurs soulignent sa démarche très mesurée et poétique tout en étant très engagée.
Le film sort sur 150 copies le 15 janvier, nous avons une très forte demande des salles de cinéma. Jean-Michel Bertrand est très sollicité.
Enfin, outre les deux prix du public déjà obtenus, le film a été sélectionné dans le cadre du festival Télérama junior en février.

La réserve marine de Saint-Barth va porter le nom de sa fondatrice, Nicole Aussedat

En cette fin d’année, nous avons le plaisir de vous annoncer que la réserve marine de Saint-Barth va porter le nom de sa fondatrice, Nicole Aussedat.

par Laurent Samuel

Cliquez sur la photo pour l’agrandir et pouvoir lire l’article



Une reconnaissance bien méritée pour cette défenseure des océans décédée en 2018, qui était adhérente de longue date des JNE et avait fait partie de notre Conseil d’administration. Récemment votée par le Conseil territorial de cette île des Antilles, cette reconnaissance a été obtenue grâce à l’action persévérante de son fils Olivier.

Ci-contre, un article sur Nicole Aussedat signé Michel Magras, sénateur de Saint-Barthélémy, publié dans Tropical Mag, l’un des magazines de Saint-Barth.

Merci à Dominique Simonnet pour ces informations et le partage de l’article.


Climat et santé : des changements impossibles à ignorer

Risques infectieux, vagues de chaleur, pollution atmosphérique seront le quotidien des enfants nés en 2019 si la trajectoire actuelle en termes de réchauffement climatique est maintenue.

par Isabel Soubelet

Alice McGushin – photo Isabel Soubelet

Lors de la 12e conférence européenne de santé publique, organisée par l’European Public Health Association (1) (Eupha) et la Société française de santé publique (SFSP) à Marseille en novembre, une pré-conférence intitulée « Public health : how to deal with climate change » (2) a fait le point sur les impacts sur la santé du changement climatique. À l’initiative d’Air climat et de son groupe régional d’experts sur le climat (Grec), en partenariat avec l’Agence régionale de santé (ARS) Paca, elle a alerté les professionnels de santé quant aux impacts déjà visibles sur la population française.

Des vagues de chaleur plus fréquentes

Le rapport du Lancet Countdown (3) publié le 16 novembre, résultat des découvertes de 35 institutions de premier plan dont l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le confirme à travers 41 indicateurs. « L’Europe est la région la plus vulnérable en ce qui concerne les risques sur la santé liés à l’augmentation de la température et aux canicules, souligne Alice McGushin, gestionnaire du programme Lancet Countdown on Health and climate change. Les populations les plus touchées sont les personnes âgées de plus de 65 ans ou celles de moins d’1 an. En 2018, 220 millions de personnes de plus de 65 ans ont été exposées à des chaleurs extrêmes – cela signifie être exposé à + 3°C au moins une fois – soit 11 millions de plus qu’en 2015. » Ainsi, les patients de plus de 65 ans, atteints de maladies chroniques ou d’insuffisance cardiaque ou rénale, enregistrent un risque d’aggravation de leur pathologie lors des épisodes de forte chaleur. Au début de la vie, les enfants dont le corps et le système immunitaire se développent sont eux aussi très vulnérables. Dans ce panorama très sombre, on note une bonne nouvelle. « Même si les épisodes de chaleur sont de plus en plus rapprochés et que l’Europe devient de plus en plus urbaine, cette année, la mortalité liée à la chaleur est en déclin », précise Gerardo Sanchez, conseiller technique en santé et climat, de l’université technique du Danemark. Est-ce ce que les politiques de prévention commencent à avoir des résultats ? La question n’a pour l’heure pas de réponse scientifique.

Au sein d’une même ville, la pollution de l’air varie fortement de façon locale, selon les aménagements urbains et la mobilité. Les zones à forte concentration en polluants se retrouvent dans les rues faiblement ventilées, appelées canyons urbains. Rappelons que deux paramètres principaux doivent être retenus pour déterminer le degré de pollution d’une rue : l’émission et la dispersion des polluants. « Il faut impliquer les professionnels de santé publique car c’est un travail interdisciplinaire qui doit permettre d’atteindre les populations vulnérables et prévenir les conséquences des vagues de chaleur », poursuit-il.

Boom des maladies vectorielles

À cause des conditions chaudes et humides, on assiste à une recrudescence et à une propagation plus rapide des maladies infectieuses : la bactérie Vibrio cholerae, responsable du choléra, a par exemple augmenté sa présence mondiale de 10 %. En Europe, c’est le développement des moustiques qui inquiète. « Les œufs du moustique tigre, Aedes albopictus, sont très résistants à la sécheresse et peuvent rester déshydratés durant six mois et jusqu’à un an, explique Cyril Caminade, enseignant-chercheur à l’Institut d’infection et de santé globale, à l’université de Liverpool. S’ils sont réhydratés, ils se développent. De plus, c’est un moustique urbain très adapté aux pots et aux jardinières. Son développement repose sur une conjonction de facteurs dont la vulnérabilité. Si la personne n’a jamais été exposée, elle aura une immunité moins forte. C’est le cas de la majeure partie de la population française et européenne. »

Récemment, les 9 et 21 octobre, deux cas autochtones de Zika ont été diagnostiqués à Hyères, dans le département du Var. Il s’agit donc de personnes qui ont contracté la maladie sur le territoire national. L’infection à virus Zika est une maladie qui peut se transmettre de personne à personne, par l’intermédiaire d’une piqûre de moustique tigre, de la même façon que la dengue ou le chikungunya, à condition que ce dernier soit porteur du virus. « Nous sommes loin d’une épidémie, mais c’est inquié-tant car c’est un cas autochtone », indique Cyril Caminade. Dans la région Paca, la sensibilisation des professionnels de santé a déjà engagée par des formations, elle devrait se renforcer.

1- Association européenne de santé publique.

2- « Santé publique: comment faire face au changement climatique ? »

3- Téléchargeable gratuitement après inscription sur le site, en anglais uniquement : bit.ly/2OFpylg

Cet article est paru dans le N° 410/411, décembre 2019/janvier 2020 , de L’Infirmière Magazine.

 

En chiffres
Selon le baromètre santé environnement réalisé en Paca en 2017
– 3 sur 4 des habitants de la région craignent de développer un problème de santé lié à leur environnement.
– Parmi eux, 59 % redoutent qu’il puisse être à l’origine d’anxiété, de stress ou de troubles du sommeil, 55 % d’asthme ou de maladies respiratoires, 44 % d’une maladie transmise par les moustiques et 44 % d’un cancer.

Le retour du sauvage : j’y vais mais j’ai peur

Ce titre accrocheur est celui d’un débat récemment organisé par Jura Nature Environnement (JNE comme nous !) à Lons-le-Saunier, auquel j’ai été invité pour introduire le thème en compagnie d’une professeure de philosophie, adhérente de l’association.

par Jean-Claude Génot *

Pourquoi un tel débat ? Sans doute parce que le thème du sauvage est à la mode depuis quelque temps et que certaines associations ne souhaitent pas faire l’impasse sur ce sujet. Pourtant, la plaquette de présentation de Jura Nature Environnement s’ouvre sur un magnifique paysage façonné par l’homme en 4 volets avec maisons, route, prés, vergers, vignes et des arbres mais la plupart plantés ou tout du moins taillés. Soyons honnête, il y a dans une boucle de la route une toute petite friche, sans doute la seule zone où devront intervenir les jeunes élèves des BTS gestion et protection de la nature pour montrer qu’ils ont bien retenu leur leçon : la nature spontanée tu maîtriseras !

Les autres photos du dépliant sont l’illustration de ce qui précède : chantiers de débroussaillage, créations de mare, réfection de murs en pierre. Seules quelques photos (castor, blaireau, gentiane, libellule, pie-grièche écorcheur, papillon) viennent rappeler que le mot nature figure dans l’intitulé de l’association. Mais aucune forêt, symbole du sauvage au moins étymologiquement, alors que le Jura en compte de très belles et pas de lynx alors que c’est un très beau symbole du sauvage. Bref, il y avait aussi un objectif pour les initiateurs de ce débat, parler du sauvage au sein de l’association. La philosophe a montré que le sauvage n’évoque pas seulement les bêtes et la nature, mais aussi les humains, ceux qui ne sont pas dans la norme ou qui ne vivent pas selon nos standards occidentaux. Sauvage s’oppose à domestiqué et si le mot est connoté négativement c’est, comme le dit Bernard Clavel, parce que les hommes qui sont les pires brutes de la création ont fait de ce mot d’amour un mot de haine.

Notre philosophe a ensuite insisté sur le fait que si le sauvage n’est pas accepté c’est parce que nous nous considérons comme séparés de la nature, traitée comme un objet à notre service, loin des conceptions des peuples premiers qui se sentent intégrés à la nature. Cette intégration relève d’un éco-centrisme alors que nous, les occidentaux, sommes figés dans un anthropocentrisme dévastateur. Sur les raisons de ce dualisme entre nature et culture et les origines de la destruction de la nature par l’homme, de nombreuses raisons ont été évoquées lors du débat : le cartésianisme qui fait de la nature un objet mécanique que l’on peut manipuler, les religions monothéistes dont le christianisme latin qui a largement contribué à éliminer l’animisme et à cautionner l’exploitation de la nature par l’homme (1), la révolution Néolithique avec la domestication de plantes et d’animaux sauvages, mais aussi le massacre de la mégafaune de l’âge glaciaire (2), sans oublier l’usage massif du feu depuis 400 000 ans dont l’impact sur le monde naturel a été plus important que la domestication des plantes et des animaux (3). Après tout, puisque l’homme fait partie de la nature, toutes ces destructions sont naturelles, car il agit comme toutes les autres espèces et aménage le milieu à son profit. Le raisonnement tient jusqu’à ce que l’on se demande si les centrales nucléaires, les pollutions chimiques et les déforestations sont naturelles ? Evidemment non ! L’homme ne se considère pas vraiment une espèce comme les autres, et cela depuis le moment très lointain où il a pris conscience de lui-même et a développé son cerveau. Ce cerveau qui lui a permis de réussir tellement bien son expansion à l’échelle planétaire qu’il en arrive aujourd’hui à menacer sa propre existence.

En ce qui me concerne, j’ai abordé le thème à travers l’exemple du Parc naturel régional des Vosges du Nord, un territoire peuplé et domestiqué, pour illustrer la place faite au sauvage dans des paysages façonnés par l’homme. Dans ce Parc, tout est modelé par les activités humaines : la forêt qui occupe 63 % du territoire, les zones agricoles, les cours d’eau et les étangs, et les communes et leurs abords. De nombreux vestiges historiques montrent que l’homme a marqué les Vosges du Nord de son empreinte depuis le Néolithique. Pourtant ,la nature sauvage a fait un retour via des friches agricoles sur des pentes et dans les vallées humides depuis la moitié du XXe siècle. Des plantes exotiques se sont également développées dans les vallées et dans les forêts. Le bois mort en forêt a fortement augmenté après la tempête Lothar de 1999.

Ce retour naturel du sauvage est couplé à un retour provoqué par diverses initiatives parmi lesquelles : la réintroduction du lynx dans les forêts du Palatinat, voisines de celles des Vosges du Nord, la suppression d’étangs pour restaurer la continuité hydro-biologique et la fonctionnalité des cours d’eau dans le cadre de leur classement dans le réseau européen Natura 2000, et la création de réserves forestières intégrales, trop peu nombreuses (0,6 % du Parc contre 3 % dans la forêt du Palatinat). Le conseil scientifique du Parc a soutenu la création d’un réseau de « sanctuaires de nature ». A cet effet, la Charte du Parc prévoit de « créer à l’initiative des communes un sanctuaire de nature spontanée dans chaque village du Parc et les mettre en réseau ». A ce jour, il existe 9 sites dans 8 communes pour une surface de 18 ha au total. Il s’agit de friches herbacées, de marais, de roselières et de forêts classées en zone non constructible et situés au sein des villages, donc facilement accessibles. Le but de cette démarche participative impliquant des enfants, des animateurs nature, des artistes, des élus locaux et des habitants est de se familiariser avec la nature spontanée, la libre évolution et le sauvage.

Accepter le sauvage est un défi pour toute personne dont le réflexe premier est de chercher à maîtriser, contrôler et domestiquer la nature. Le sauvage fait peur (4). D’ailleurs lors du débat, le témoignage d’un conservateur de réserve naturelle a permis de confirmer cette crainte qu’ont les gestionnaires de la biodiversité de voir la nature se développer librement, eux qui maintiennent principalement des espèces pionnières liées à des milieux ouverts, tous d’origine anthropique. Le sauvage n’est pas seulement réservé aux pays lointains dotés de grands espaces. En effet il s’exprime partout où on laisse faire la nature : friche, lierre, ronce, arbre mort, herbes folles, eaux croupissantes, etc. Des participants ont insisté sur l’importance de la sensibilité et de l’émotion dans l’approche du sauvage car il faut, selon eux, susciter de l’émerveillement dans la nature. La nature sauvage est fondamentale car elle permet d’adopter une vision non anthropocentrée et de reconnaître une valeur intrinsèque à la nature (5). C’est le milieu de vie des êtres vivants non humains. L’existence de la nature sauvage permet de fixer des limites à notre expansion. Elle est pour l’écologiste américain Aldo Leopold un lieu d’humilité pour l’homme (6).

Pourquoi est-il si difficile de laisser de la place au sauvage alors que 90 % de l’histoire humaine relève du sauvage (7), et comment avancer vers une nouvelle alliance avec la nature dans un contexte de 6e crise d’extinction des espèces ? Evidemment le débat n’a pas apporté de réponses à ces questions, mais il a permis à chacun de se rendre compte de l’évolution individuelle nécessaire à mener dans notre rapport à la nature. Avant d’agir en faveur du sauvage, il faut une pensée sauvage qui accepte le lâcher prise, le laisser faire et la libération des émotions. Sans un changement d’éthique vis-à-vis de la nature, nous allons vers un effondrement de la civilisation technique qui est la nôtre. L’artiste et philosophe Robert Hainard ne disait-il pas que le but vers lequel tendre était une civilisation où la technique servirait à épargner la nature et pas à la détruire ? (8).

* Ecologue

(1) Lynn T. White Jr. 2018. Les racines historiques de notre crise écologique. PUF

(2) Frankel C. 2016. Extinctions. Du dinosaure à l’homme. Seuil

(3) Scott James C. 2019. Homo domesticus. Une histoire profonde des premiers Etats. La Découverte

(4) Terrasson F. 2007. La peur de la nature. Sang de la Terre

(5) Devictor V . 2015. Nature en crise. Penser la biodiversité. Seuil

(6) Génot J-C. 2019. Aldo Leopold. Un pionnier de l’écologie. Editions Hesse

(7) Maris V. 2018. La part sauvage du monde. Seuil

(8) De Miller R. 1987. Robert Hainard. Peintre et philosophe de la nature. Sang de la Terre

Paysan et citoyen, créer des liens avec la Terre

C’est avec bienveillance que les adhérents ou bénévoles (1) de l’association Terre de Liens cherchent à aider et à résoudre les problèmes de cultivateurs ou de particuliers, liés par des engagements ou embringués dans des conflits agricoles.

par Hervé Jane

Avec une idée en tête, une priorité dans la « prise de terre » : préserver les terres agricoles et faciliter leur transmission « sereine ». Ils essaient de répondre à la demande dans chaque région où ils sont présents, ouvrant d’abord des pistes pour défricher les difficultés réelles. Chacun se sent ainsi moins seul dans ce dédale de notre monde agricole contemporain, lequel est en transition et en proie d’abord à l’artificialisation chimique, puis à la spéculation des sols. Deux raisons d’être dépassé dans le monde contemporain !

Aujourd’hui, l’association Terre de Liens, qui existe depuis 2003 et couvre l’ensemble du territoire métropolitain (association nationale et territoriale), a acquis 4 300 ha de terres et suivi 180 fermes en installant au total 380 fermiers actifs. Elle n’oublie jamais que le foncier agricole est « une ressource finie donc rare » : un bien commun à tous, mais dont « l’usage est l’enjeu de visions contraires ».

Rien qu’en Normandie, elle compte aujourd’hui 300 adhérents et a acquis et soutenu 20 fermes pour une surface de 300 hectares. En Rhône-Alpes (800 adhérents et 200 bénévoles), elle a acquis 20 fermes. En Midi-Pyrénées (170 adhérents, 40 bénévoles), elle a suivi 10 fermes. En Ile-de-France, elle a 800 adhérents et 100 bénévoles. En Bretagne, elle a accompagné « méthodologiquement et juridiquement » 45 fermes collectives et solidaires (2). En Corse aussi : 24 500 ha et 457 paysans sont installés en culture bio. Etc. La finalité globale est claire : « encourager les paysans d’aujourd’hui » permettra demain la survie des fils et filles de paysans ou l’émergence de futurs paysans.

Le « refus de l’effritement »

Lutter au nom de cette Terre que tant de citadins ont oubliée, que tant d’enfants méconnaissent ou qu’ils ne retrouvent qu’un jour par an, au Salon International de l’Agriculture à… Paris ! Un défi. De fait, cette terre se rappelle désormais à nous tous de plus en plus violemment avec les multiplications des incendies ou des inondations de par le monde, avec la disparition des insectes, l’appauvrissement des sols, etc. Cette terre essentielle que l’on redécouvre en choisissant de consommer bio, de manger une nourriture saine et d’en écarter conservateurs ou colorants inutiles. Or cette terre là, la nôtre, celle à laquelle nous sommes « liés » n’est féconde que sur une épaisseur moyenne de … 30 cm. Pas plus ! Avec une fertilité naturelle qui s’appauvrit et un sol qui part en poussière et en pierres, en particulier sous l’assaut de ces « intrants » qui se déversent dans les rivières et rejoignent nos nappes phréatiques.

Cette terre, une simple peau qui recouvre la planète, a une superficie qui se réduit comme une peau de chagrin. Un milliard d’hectares de terres fertiles a été perdu sur un siècle. En France, chaque semaine 200 fermes disparaissent et 1300 hectares d’espaces agricoles naturels sont recouverts de béton. (Selon le ministère de l’Agriculture, 7,5 % de la surface agricole utile est cultivée en bio). Un petit nombre d’exploitations s’agrandit en accaparant la ressource foncière : elles découragent les jeunes agriculteurs sans moyens ou moins aisés de tenter de s’installer. De surcroît, un tiers des terres arables sur toute la surface du monde dépérit sous nos yeux et est de moins en moins productif. Tandis que la population de la planète, elle, augmente inéluctablement.

Localement, la Terre…

Quels sont ses droits, les droits de la Terre, ceux d’une hypothétique personne Terre que les Amérindiens nomment avec tant de lucidité la Terre-mère ? Comment faire pour que la terre perdure au fil des siècles futurs, pour qu’elle propose sur sa surface des plantes consommables et durables. La volonté de  « préserver la terre », selon Terre de Liens, ne peut se faire dans l’isolement, mais elle impose une « responsabilité collective ». Car la vie part de cette terre qui, sur toute la planète, nous nourrit tous. Sans elle, nous ne serions que des affamés ou des assoiffés, bref des mourants en puissance.

Le raisonnement TDL est simple : préserver les terres est impératif et ne peut guère se faire sans raisonner à l’échelon local. Il faut bien commencer quelque part. Qu’est-ce qui se passe dans mon/notre village, dans mon/notre pays ? Souvent la même chose que ce qui se passe chez les autres, dans les autres villages et les autres pays. On achète des terrains comme des machines à laver. On en revend en pratiquant la spéculation, en viabilisant parfois le terrain vendu ensuite comme terrain à construire. Or ce n’est pas du béton qui va nous nourrir !

C’est donc terre par terre, parcelle par parcelle qu’il faut agir, localement. Si chaque parcelle se développe avec un respect écologique maximum (sans pesticides, SDHI-fongicides ou intrants qui font courir des risques à notre santé), notre terre soignée dans le respect de la biodiversité pourra donner le meilleur d’elle-même. Une tâche difficile et de longue haleine. Il y a déjà la lutte à mener contre les excès/méfaits de la nature (trop de pluie et on ne peut plus semer ; trop de vent et le blé versé est rétif à la moisson ; trop de soleil et tout crame).

De fait, 60 % des terres agricoles sont louées. Le fermier locataire peut « utiliser la terre à sa convenance sous réserve de ne pas la dégrader » (Chemins de terre, n°11, 1er septembre 2019). Un bail rural à clause environnementale (BRE), instauré en 2006, garantit la valeur environnementale des terrains. Il inscrit dans la gestion foncière une « pratique culturale vertueuse » : protéger les aires de captage, interdire la modification de la nature, de la structure du sol et des parcelles, de retourner les prairies permanentes, etc. Des engagements qui peuvent désormais être prévus par le bail. Aux deux bouts de la chaîne, bailleur et preneur (soit propriétaire et locataire), peuvent choisir de préserver la terre et de participer à « l’installation d’une agriculture écologiquement soutenable et socialement responsable ». Certains locataires opposent à cette démarche la rentabilité de l’exploitation ou les normes agricoles d’épandage (réglementation de distance et de période d’épandage).

Terre de Liens l’a bien compris en invitant à « changer notre rapport à la propriété foncière ». Rajoutons qu’il faut le faire avant qu’il ne soit trop tard ! Avant que le sol d’Europe se mue en désert ou se laisse pénétrer par la montée des eaux de mer et de fleuve (voir les projections inquiétantes de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique). Rien n’est donc facile pour faire « pousser des fermes ».

Tant de questions, en apparence minimes, se posent au coup par coup. Elles concernent d’abord le sol en soi : où sont les zones de captage d’eau souterraines AAC ? (Il y en a 30 000 en France). Quels sont les 500 captages dits de Grenelle où les eaux sont les plus menacées de pollution ? Les parcelles concernées par une transmission sont-elles dans le périmètre de captage ? Quel est l’état des sols ? Comment réorienter les cultures avec une volonté de transition écologique ? Elles concernent ensuite les rapports entre agriculteurs : quelle possibilité de modifier un bail entre propriétaire et locataire? quel droit de fermage sur les terres consenties ? quelle responsabilité sur le maintien des terres en l’état ? Comment organiser au mieux la transmission des terres dans et hors de la famille ? Certains paysans se veulent éleveurs ou brasseurs, etc., volonté à inscrire dans l’avenir possible agricole… De surcroît, un projet associatif est – comme tout projet – lié à des personnes parfois changeantes. Nul n’échappe aux aléas humains de toute « prise de terre ». Les bénéficiaires concernés changent d’avis. Les couples installés n’en profitent pas, battent de l’aile ou se défont. Voilà qui met des bâtons dans les roues du projet. Terre de Liens n’est pas un magicien, mais parvient parfois à « permettre le maintien d’une ferme après une séparation ». Une petite victoire, mais déjà un vrai commencement.

Pour ce faire, Terre de Liens propose de s’impliquer dans sa démarche « vertueuse » de la façon qui convienne à chacun : être simplement adhérent, se muer en donateur, placer son épargne en souscrivant à l’achat d’« actions solidaires ». Ou d’être un bénévole – c’est-à-dire celui qui est de « bonne volonté » – qui s’intègre à un réseau pour passer à l’action. Une façon aussi d’être créateurs pour une terre d’avenir.

(1) Du latin benevolus, venant de bene (bien) et de velle (vouloir). Le bénévole rend des services « envers autrui, de plein gré et sans rémunération ».

(2) Sous forme de SCI, de GFA – Groupement foncier agricole – ou de SCIC – Société coopérative d’intérêt collectif.

Pour en savoir plus : www.terredeliens.org

 

Le dernier rapport sur l’environnement en France prend en compte la santé

Depuis 1994, la France publie tous les quatre ans un rapport dressant un panorama de l’état de l’environnement. La nouvelle édition, publiée le 24 octobre, est accompagnée pour la première fois d’une publication complémentaire d’une centaine de pages sur le thème santé et environnement.

par Isabel Soubelet

Elaboré par le service statistique (SDES) du ministère de la Transition écologique et solidaire, ce document s’appuie sur un ensemble de données issu de multiples sources d’information sur l’environnement. La nouvelle édition, publiée le 24 octobre, aborde des sujets aussi variés que l’érosion de la biodiversité, l’acidification des océans, l’augmentation des aérosols dans l’atmosphère ou l’économie circulaire… Elle propose une prise en compte systémique et non plus sectorielle des problèmes environnementaux.

Pour la première fois, le document est accompagné d’une publication complémentaire d’une centaine de pages sur le thème santé et environnement. Celle-ci aborde les impacts sanitaires du changement climatique, la pollution de l’air (intérieur et extérieur) et les nuisances sonores, l’exposition aux substances chimiques, et l’exposition aux rayonnements. Ces documents, de source officielle, ont le mérite d’aborder les sujets environnementaux de manière transversale. De quoi éveiller les consciences encore réfractaires.

Source : Commissariat général au développement durable, 2019. Rapport de synthèse, L’environnement en France, Ed. La Documentation Française.

L’oeuvre d’Alain Hervé, fondateur des Amis de la Terre et du « Sauvage », célébrée par ses amis au ministère de la Transition écologique et solidaire

Plusieurs dizaines d’amis d’Alain Hervé, décédé le 8 mai 2019, se sont réunis le 16 octobre dans la salle des Aigles du ministère de la Transition écologique et solidaire pour rendre hommage au fondateur des Amis de la Terre France, du magazine le Sauvage et de l’association des Fous de palmiers.

Alain Hervé – cliché Jean-Pierre Godeaut

par Laurent Samuel

Parmi les présents, figuraient de nombreux membres des JNE (dont Alain Hervé était un adhérent de la première heure), parmi lesquels notre Président Richard Varrault, Ghislain Nicaise, Jean-Luc Fessard, Dominique Martin Ferrari, Marie-Paule Nougaret, Marie-Joséphine Grojean, Nathalie Tordjman, Thierry Jaccaud et l’auteur de ces lignes.

Plusieurs amis d’Alain Hervé ont pris la parole lors de cet hommage, en particulier Brice Lalonde, l’écrivaine Sophie Chauveau, le dessinateur Daniel Maja, le co-fondateur des Amis de la Terre Edwin Matthews, sans oublier les deux derniers présidents en date des Amis de la Terre France, Florent Compain et Khaled Gaiji.

Vous trouverez les textes de certaines de leurs interventions, ainsi que l’hommage du botaniste Pierre Lieutaghi (absent de la soirée pour raisons de santé) sur le site du Sauvage, animé par Ghislain Nicaise.

Lu lors de cet hommage, le texte de Pierre Lieutaghi est paru dans Le Canard Sauvage n°103, numéro spécial du cinquantenaire des JNE (Journalistes écrivains pour la Nature et l’Écologie), dans lequel figure aussi un article d’Alain Hervé (paru à l’origine en 2009) sur l’ «invention  » du Sauvage.

Merci à Brune Poirson, secrétaire d’Etat à la Transition écologique et solidaire, et à son équipe pour leur accueil.

Le décès de Robert Clarke, grande figure du journalisme scientifique

Nos amis de l’AJSPI (Association des journalistes scientifiques de la presse d’information) nous ont appris ce matin une triste nouvelle : le décès de Robert Clarke, pionnier du journalisme scientifique en France.

par Laurent Samuel

Robert Clarke – photo AJSPI

Robert Clarke fut, notamment lorsqu’il était en poste au Matin de Paris à la fin des années 70, l’un des premiers journalistes scientifiques à publier des articles critiques sur le nucléaire et à ouvrir sa rubrique sciences aux sujets d’environnement. Les JNE saluent son parcours et adressent leurs condoléances à sa famille et à ses proches.  So long, Bob !

Voici le texte diffusé par l’AJSPI.

Co-fondateur de l’AJSPI dont il fut président en 1982, Robert Clarke est décédé le 13 octobre à l’âge de 97 ans.

Figure du journalisme scientifique, Robert a eu une carrière exceptionnelle en presse écrite : Parisien libéré, France Soir, Matin de Paris, Combat. Mais c’est son parcours à la télévision qui ont rendu célèbres ses fameuses moustaches : À la poursuite des étoiles et L’avenir du futur sur TF1. Espace , archéologie, biologie, physique… Aucune discipline n’échappait à ses analyses, critiques, reportages, toujours dans un esprit de totale liberté et de découverte de nouveaux horizons. Homme de plume, Robert a aussi été un écrivain fécond : parmi ses nombreux essais, Super cerveaux, Naissance de l’homme, Nouvelles énigmes de l’Univers témoignent d’une vision toujours en avance sur la marche de la science et ses enjeux sur la société.

Homme de conviction et d’amitiés, Robert faisait toujours partie du comité éditorial de Science Actualités, l’espace d’exposition dédié à l’actualité scientifique qu’il avait contribué à créer avec l’AJSPI dès la naissance de la Cité des sciences et de l’industrie.

L’AJSPI partage la peine de sa famille et de ses proches en ce moment de deuil.

A cela, il faut ajouter que

ANNUAIRE 2020

CANARD SAUVAGE
Spécial 50 ans