Actualités nationales

Historique de la radiation de Gabriel Ullmann en tant que commissaire-enquêteur

Le 27 mars 2018, le Président du Tribunal administratif a désigné les membres d’une commission d’enquête préalable à la délivrance de plusieurs autorisations pour un projet de zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons, dit Inspira, concédé par le Comité syndical du Syndicat mixte de la zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons, à la société Isère Aménagement.

Par courrier du 7 mai 2018, Monsieur Barbier, président du Syndicat mixte de la zone industrialo-portuaire de Salaise-Sablons, et, par ailleurs, président du Conseil départemental de l’Isère, a tenté de convaincre le Président du Tribunal administratif de céans qu’il convenait de faire usage de ses prérogatives pour « ordonne[r] l’interruption de l’enquête, désigne[r] un commissaire enquêteur remplaçant et fixe[r] la date de reprise de l’enquête » alors qu’il ne pouvait se prévaloir d’aucun « empêchement d’un commissaire enquêteur » qui permettait une telle démarche en application de l’article L. 123-4 du Code de l’environnement.

Il indiquait ainsi que :

« En conséquence, il nous semble que M. Ullmann ne remplit plus les conditions pour diriger l’enquête avec l’Impartialité requise, que sa situation et son maintien sont de nature à détériorer le climat de l’enquête, et qu’il pourrait être fait application du dernier alinéa de l’article L. 123-4 du Code de l’environnement. »

Rejetant fermement cette demande surprenante, le Président du tribunal administratif de Grenoble répondait, par une lettre datée du 16 mai 2018, que :

« A ma connaissance, il n’existe pas de jurisprudence qui se serait prononcée sur la partialité d’un commissaire enquêteur, révélée en cours d’enquête, comme cause d’empêchement. En retenant néanmoins cette éventualité, encore faut-il l’établir. Cela peut résulter d’une situation de conflit d’intérêts où il apparaîtrait que le commissaire enquêteur serait intéressé à titre personnel ou à raison de ses fonctions à l’opération soumise à enquête. En l’espèce, aucun conflit d’intérêts de ce type n’est évoqué.

Certes, il ne suffit pas que le commissaire enquêteur soit libre de toute pression pour être regardé comme impartial, il faut aussi qu’au regard du public concerné, rien ne puisse faire douter qu’il l’est effectivement. C’est principalement sur ce terrain que vous vous placez. Mais des responsabilités passées dans une association de protection de l’environnement, manifestant d’un intérêt pour les questions d’environnement qui est, d’ailleurs, un critère de sélection des commissaires enquêteurs, ne sauraient disqualifier un commissaire enquêteur pour conduire une enquête publique. De même, un commentaire critique du principe de sécurité juridique, même s’il peut prêter à discussion, ne semble pas susceptible de créer un doute dans l’esprit du public sur l’impartialité du commissaire enquêteur.

Enfin, le questionnaire de 44 pages adressé au maître d’ouvrage, à mettre en relation avec le volumineux dossier de l’opération soumise à l’enquête, est l’exercice d’une prérogative de la commission d’enquête qui peut demander toutes explications utiles ainsi que la production de pièces complémentaires, dont dispose le maître d’ouvrage, destinées à parfaire l’information du public. Ces questions concernant un dossier complexe, élaborées en commun par les membres de la commission d’enquête, et en dépit de leur tournure parfois critique, ne révèlent pas elles-mêmes un quelconque parti pris de la part de M. Ullmann. »

Monsieur Barbier se tournait alors vers le préfet de l’Isère : il revendique explicitement l’avoir fait dans un article publié dans l’édition du 9 février 2019 du Dauphiné Libéré.

« Le tribunal n’ayant pas donné suite, Jean-Pierre Barbier s’est tourné vers le préfet et vers la commission d’aptitude des commissaires enquêteurs. »

Le 27 juillet 2018, la commission d’enquête sur le projet Inspira rendait un avis unanimement défavorable à six des sept décisions soumises à l’enquête publique.

Sans attendre ces conclusions, le préfet de l’Isère demandait à ses services, dès le 1er juin, de constituer un dossier à charge puis saisissait, par un courrier daté du 25 septembre 2018, le Président du Tribunal administratif de Grenoble d’une demande de radiation de M. Gabriel Ullmann de la liste des commissaires-enquêteurs habilités par la commission instituée par l’article R. 123-41 du code de l’environnement.

Aussitôt en octobre 2018, la société Isère Aménagement, maître d’ouvrage concessionnaire et aménageur du projet Inspira, faisait un recours gracieux auprès du Président du Tribunal administratif de Grenoble à l’encontre des vacations de Gabriel Ullmann relatives à l’enquête publique visant ce projet.

Le 5 novembre 2018, un arrêté préfectoral portait modification de la commission départementale chargée d’établir la liste d’aptitude aux fonctions de commissaire enquêteur de l’Isère, chargée notamment d’auditionner Gabriel Ullmann et de décider de sa radiation.

Le 16 novembre 2018, la société Isère Aménagement, insatisfaite de la réponse négative du Président du Tribunal administratif de Grenoble, a déposé un recours contentieux contre l’ordonnance de taxe des dites vacations.

Le 22 novembre 2018, Monsieur Ullmann faisait part, aux membres de la commission, de ses observations, en relevant notamment que les griefs du préfet étaient, pour la plupart, parfaitement étrangers à l’exercice de ses fonctions de commissaire-enquêteur.

A l’issue de sa réunion du 6 décembre 2018, la commission départementale de l’Isère, chargée d’établir la liste d’aptitude aux fonctions de commissaires enquêteurs prenait, à la majorité des suffrages, la décision de radier Monsieur Ullmann de la liste d’aptitude des commissaires-enquêteurs de l’Isère. Cette commission, dont 6 des 9 membres sont désignés par le préfet, comportait 4 représentants du préfet, ainsi que le président d’Isère Aménagement, auxquels s’ajoutait un de ses salariés.

Cette décision a été notifiée dans un courrier signé de son président le 21 décembre 2018, notifié une semaine plus tard.

Le 23 mai 2019, le Tribunal administratif de Lyon, saisi de la requête d’Isère Aménagement dirigé contre l’ordonnance de taxe des vacations de la commission d’enquête, a validé toutes les conclusions de la commission d’enquête présidée par Gabriel Ullmann et le montant de ses prestations : « Cette commission a défini sa mission en distinguant la faisabilité du projet, qui relève de son domaine d’intervention au titre de l’utilité publique du projet, et sa fonctionnalité, pour chacune des sept procédures concernées par l’enquête publique, ce qui n’a pas manqué de créer des difficultés pour l’exercice de cette mission. Eu égard à la complexité du projet ici en cause, à son importante technicité, aux difficultés variées qui en ont résulté pour la conduite de l’enquête, notamment à sa durée, portée à quarante-cinq jours, et à la charge de travail qu’elle a nécessairement occasionnée, à la nature et à la qualité du travail fourni par la commission d’enquête, telle qu’elle résulte en particulier du dossier d’enquête, y compris ses conclusions, le nombre de vacations retenu par les décisions contestées n’apparaît pas excessif » (jugement définitif, en absence d’appel).

Le Tribunal administratif de Lyon examine actuellement le recours formé par Gabriel Ullmann, cette fois, contre la décision de radiation.

A noter : la CNCE (Compagnie nationale des commissaires enquêteurs) organise, le 4 mars 2020, sous le haut patronage d’Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, un colloque national sur le thème : « Enquête publique & Démocratie de proximité » dans l’auditorium de l’Hôtel de Roquelaure (Ministère de la Transition écologique et solidaire – 244 Boulevard Saint-Germain, 75007 Paris).
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Dans les Vosges, le cimetière des grands tétras

Se promener dans la forêt du Grossmann, au cœur des Vosges moyennes gréseuses, revient à parcourir un cimetière. En effet, cette zone fait partie d’un ensemble où a longtemps vécu le grand tétras, ou coq de bruyère.

par Jean-Claude Génot (*)

Ancienne place de chant du grand tétras dans une hêtraie-sapinière âgée en forêt du Grossmann (Vosges) – photo Jean-Claude Génot

 

Nos forêts vosgiennes ont été et sont toujours malmenées pour les besoins insatiables des hommes. Naturellement feuillues, elles ont été massivement enrésinées. Les plantations rectilignes ont remplacé les forêts désordonnées et le rajeunissement est si important que les arbres vénérables sont devenus des perles rares. Dans cette vaste forêt exploitée, il existe encore quelques lieux épargnés où j’aime me promener. Parmi eux le site du Grossmann, d’une centaine d’hectares, est tout à fait particulier.

Située dans les Vosges moyennes gréseuses, la forêt du Grossmann s’étend au-dessus de 900 m d’altitude sur une crête qui marque la limite entre Moselle et Bas-Rhin. Son sommet en table atteint 986 m ; il est formé de blocs de conglomérat, un grès contenant des cailloux. Le relief est en pente douce côté lorrain et abrupt côté alsacien, du fait de la formation du fossé d’effondrement rhénan. Exposé au nord-ouest, le Grossmann est soumis à un climat montagnard et il est rare de s’y promener sans aucun vent. J’apprécie ce lieu parce qu’il est composé d’une mosaïque d’habitats naturels et artificiels qui ont en commun d’être en libre évolution depuis des décennies.

Tourbière de pente avec bouleaux pubescents dans la forêt du Grossmann (Vosges) – photo Jean-Claude Génot

Il y a un ancien pré-bois avec des gros sapins pectinés, des hêtres et des phases pionnières avec du bouleau verruqueux, du sorbier des oiseleurs et de l’alisier blanc. Cette chaume n’a pas subi le sort d’autres pâturages reboisés car l’administration des eaux et forêts a décidé de la laisser en libre évolution en 1920. Des petites zones tourbeuses de pente où pousse le bouleau pubescent font une transition vers des plantations âgées d’épicéas avec du bois mort. Ces plantations ont été réalisées par l’administration forestière allemande à la fin du XIXe siècle suite à des tempêtes.

Pessière entourant la forêt du Grossmann, dans les Vosges, transformée par les tempêtes et les scolytes – photo Jean-Claude Génot

Ces pessières côtoient de splendides hêtraies-sapinières à très vieux bois avec des sapins de 200 à 250 ans et de nombreux vieux hêtres morts. Des pins sylvestres ont également été plantés par les allemands ainsi que des pins à crochet dans la première moitié du XXe siècle. Les pins sylvestres forment un improbable « jardin » magique où ces arbres rabougris et de faible hauteur, soumis au vent, au gel et à la neige, ont souvent cassé leurs cimes et poussé n’importe comment.

Hormis les arbres aux formes inhabituelles, le bois mort sur pied et l’ambiance montagnarde, on voit ici et là les traces des sangliers et des cerfs, très présents sur ce massif. J’y viens deux à trois fois par an depuis une quinzaine d’années et j’ai eu l’occasion de lever une ou deux bécasses des bois, d’entendre le cri rauque du grand corbeau, le chant de huppe de la chouette de Tengmalm en pleine journée d’un mois d’avril, les chip chip perçants des becs croisés des sapins et à une seule occasion le cri grinçant d’un casse-noix moucheté, plus fréquent sur le massif du Donon situé plus au sud. Il y a quelques années un lynx nommé Van Gogh à cause de son oreille fendue a fréquenté ce secteur et il y a toujours l’espoir d’en surprendre un en parcourant la forêt. J’y ai dormi sous une roche en grès transformée en grotte, dite grotte des Russes, en référence aux prisonniers russes utilisés par l’armée allemande durant la Première Guerre mondiale pour construire une route dans le massif du Donon.

Mais se promener dans la forêt du Grossmann, revient à parcourir un cimetière. En effet, cette zone fait partie d’un plus grand ensemble d’une crête où a longtemps vécu le grand tétras ou coq de bruyère. A l’époque allemande, le Grossmann faisait partie d’une réserve de chasse aménagée pour le tir du grand tétras et du cerf, deux espèces de gibier impérial. Ce sont d’ailleurs les forestiers allemands qui ont probablement planté les pins sylvestres et les pins à crochet dont le grand tétras raffole des aiguilles en hiver. Dans les années 60, il y a même eu une douzaine de coqs au moment des parades sur le sommet du Grossmann. C’est mon vieil ami André qui m’a guidé ici pour la première fois et m’a raconté avec passion ses multiples sorties pour observer le grand tétras pendant près de trente ans. Il m’a livré son carnet d’observations, un témoignage précieux sur la disparition progressive d’une espèce. Ainsi notait-il le 22 avril 1982 : les deux coqs se sont battus très violemment, au début face à face, bec à bec, ils s’attrapent du bec. C’est celui du haut qui a attaqué, comme hier. Les coups d’ailes étaient très forts. Cela fait un bruit sonore : clac, clac, les queues sont en roue. Mais aucune poule ne s’est manifestée : ni vue, ni entendue. Et puis tristement, il a fait le constat de ses premières observations en 1974, des années 80 les plus glorieuses, puis de son dernier coq vu en 1994 et enfin le dernier indice d’une poule découvert en 2004. Il est difficile de se résoudre à la disparition d’une espèce qu’on a vu s’éteindre progressivement et André a toujours conservé une nostalgie de cette période où il bravait le froid pour venir assister à la parade du grand tétras. Entre le sommet du Grossmann et celui du Schneeberg, situé 8 km plus au nord, il y avait probablement une centaine de coqs au siècle dernier sur cette crête, encore une vingtaine en 1989 et à peine deux individus dix ans plus tard. Que s’est-il passé ?

Dans les Vosges, le grand tétras apprécie les forêts âgées situées en crête. Or ces vieilles hêtraies-sapinières ont été brutalement rajeunies par coupe rase à partir de 1969. De plus, aucune régénération naturelle n’est apparue, notamment les semis de sapin, à cause de la forte densité de cerfs. Elles ont été également remplacées par des plantations d’épicéas. Ainsi les places de chant les plus importantes étaient sur les crêtes. Le recul de l’espèce s’est fait progressivement : d’abord par abandon des crêtes latérales et des zones à basse altitude puis par repli vers les meilleurs sites sur la crête principale. Les biotopes favorables se sont retrouvés isolés au milieu d’une matrice de coupes à blanc et de jeunes forêts. Les routes forestières ont également favorisé la pénétration humaine et le dérangement. Un vieux forestier en retraite qui fut en poste dans cette forêt dans les années 60 se souvient de l’absence de route et de certains hivers où il vivait sans contact avec l’extérieur durant 2 à 3 mois : une autre époque ! Enfin la chasse au grand tétras, quand elle était autorisée (quatre coqs par an étaient tirés au Grossmann jusqu’en 1974), a duré trop longtemps selon l’avis de certains naturalistes et juste avant l’interdiction certains chasseurs en auraient tiré trop.

L’apogée du grand tétras a coïncidé avec le déclin du pâturage sur les chaumes, le moindre dérangement par l’absence de route, l’étendue des hêtraies-sapinières multiséculaires sur les crêtes inexploitables par manque d’accessibilité, l’élimination des prédateurs du grand tétras par tir ou par piégeage (renard, martre et autour des palombes) et la plantation à l’époque allemande de pins pour le nourrissage hivernal de l’espèce. On peut même supposer que l’homme a favorisé un temps le grand tétras en tant qu’espèce chassable. En écologie, il y a souvent de multiples facteurs qui agissent en synergie pour précipiter le déclin d’une espèce.

Mais c’est la disparition de son principal habitat qui a porté un coup fatal au grand tétras. Ainsi, autour du Grossmann, près de 350 hectares de vieilles hêtraies-sapinières ont été coupées à blanc entre 1969 et 1992. Il reste un reliquat de quelques hectares de ces forêts dans le site du Grossmann que je ne manque pas de visiter car on y trouve une des places de chant du grand tétras. Il m’arrive d’ailleurs de fermer les yeux et d’imaginer le rituel de la parade du coq avec son fameux chant telep telep qui se termine par un bruit sonore de tire-bouchon.

Personne n’a rien fait pour éviter cette régression ? Bien sûr que non ! D’abord il existe un Groupe Tétras Vosges qui organise le suivi des places de chant, dont celles du Grossmann à l’époque. Mon ami André en a fait partie et il a passé des jours et des soirées à échafauder des stratégies pour éviter le pire, à écrire des courriers aux ingénieurs de l’ONF qui « régénéraient » ces vieilles forêts et constater impuissant les dérangements d’une battue ou de la pratique du ski de fond. Ce directeur d’école au ton calme et mesuré, adjoint au maire de sa commune, a dénoncé des travaux de coupe sur une place de chant en les qualifiant de « crime écologique » dans un courrier destiné au chef de centre de l’ONF dont dépendent ces forêts. Il a vécu les débats animés entre naturalistes sur une possible réintroduction du coq dans les années 90 afin d’éviter l’extinction locale.

Pourtant, une réserve biologique domaniale a été créée en 1983 sur une surface de 1567 hectares, intégrant la crête et les derniers peuplements âgés les plus favorables au grand tétras. Cette réserve du Grossmann, dite dirigée, a permis aux gestionnaires de croire que l’homme pouvait favoriser le grand tétras en créant des clairières, des couloirs d’envol et des forêts irrégulières. En fait, les clairières se referment vite et les coupes d’irrégularisation fragilisent les peuplements face aux tempêtes qui agrandissent les zones ouvertes. Ces travaux n’ont pas permis de stopper le déclin du grand tétras car leur impact est limité par la dynamique de la végétation. Par contre, les vieilles forêts qui sont les habitats les plus favorables se renouvellent très lentement et sont généralement classées en parquets d’attente (attente d’une coupe bien sûr). Ils auraient pu justifier d’une mise en réserve intégrale. Mais hélas, cette zone est située dans une forêt domaniale où les habitants bénéficient de droits d’usage depuis le XVIIe siècle. Même s’ils ne s’appliquent plus concrètement sur le secteur du Grossmann, le gel définitif de toute coupe prévue dans une réserve intégrale était juridiquement impossible. Finalement, l’ONF a retenu la solution de créer des îlots de sénescence dispersés dans la réserve biologique là où sont les peuplements irréguliers âgés dont la crête du Grossmann sur une centaine d’hectares.

Une association nommée pour la circonstance SOS Tétras a tenté de réintroduire cet oiseau, contre l’avis des experts de l’espèce et de nombreux naturalistes estimant que le milieu ne s’y prête plus. Les lâchers ont eu lieu plus en amont du Grossmann sur la crête du Schneeberg, autrefois habitée par le coq. Une cinquantaine de coqs d’élevage ont été lâchés entre 2007 et 2010, sans aucune étude préalable ni aucun suivi sérieux. Il n’y a eu aucun survivant car si le grand tétras est facile à élever, il est beaucoup plus difficile à réacclimater dans la nature. Trop de sangliers, trop de cerfs, aucun grand prédateur pour disperser les ongulés et réduire le nombre des petits carnivores susceptibles de s’en prendre au coq, trop de zones ouvertes par les diverses tempêtes et les attaques de scolytes dans les pessières. Une étude a montré que les trois quarts des habitats sont de qualité médiocre à nulle pour le gallinacé, et notamment la couverture de la myrtille insuffisante, la hauteur de la végétation herbacée trop basse et la couverture de la canopée bien trop ouverte.

Cela fait vingt ans maintenant que le grand tétras a disparu de ce secteur. Se promener là-haut en croisant un de ses anciens perchoirs ou en parcourant une de ses dernières places de chant revient à traverser son cimetière. La forêt est là, mais lui, ne l’est plus. Les derniers grands tétras des Vosges sont bien trop loin et eux-mêmes en déclin pour réinvestir cette zone. La réserve biologique et les îlots en libre évolution servent à bien d’autres espèces (chouettes de montagne, pics, chats sauvages, chauves-souris, insectes et champignons liés au bois mort). A l’image de plaques apposées sur certaines maisons où vécurent des personnages célèbres, une pierre à la mémoire du grand tétras qui a vécu dans ces forêts pourrait être érigée en bordure du sentier pédestre qui longe la crête du Grossmann. Cela éviterait l’amnésie environnementale et aurait certainement fait plaisir à mon ami André qui nous a quittés l’an dernier.

(*) Ecologue

Références
Jean Poirot. 2010. Proposition pour une zone de non-gestion volontaire dans la RBD du Grossmann. Tétrarchives. 8 pages.Jean Poirot. 2010. Proposition pour une zone de non-gestion volontaire dans la RBD du Grossmann. Mirabel. LNE. 22 pages

Je rends hommage à André Uhrweiller qui m’a confié ses observations de grand tétras et m’a guidé dans la forêt du Grossmann.


Hommage à Chantal Cans, grande figure du droit de l’environnement

Nous avons appris avec une grande tristesse le décès de Chantal Cans, figure du droit de l’environnement.

par Laurent Samuel

Longtemps adhérente des JNE, elle était l’épouse de Roger Cans, pilier de notre association et ex-responsable de la rubrique environnement au Monde, mort en 2018. Cette juriste émérite était l’auteur d’une thèse sur le fonctionnement des associations de défense de la nature, avait été chef de la mission juridique du Ministère de l’environnement et dirigé le Bureau des réserves naturelles, avant de devenir en 2002 maître de conférences en droit public à l’Université du Mans. Chantal Cans avait publié de nombreux ouvrages de droit, dont La responsabilité environnementale (Dalloz, 2009), Traité de droit des risques naturels (avec Inès Diniz, Thierry Touret et Jean-Marie Pontier, Editions du Moniteur, 2014), Loi biodiversité. Ce qui change en pratique ( avec Olivier Cizel, Editions Législatives, 2017).

La 23e édition de son Code de l’environnement, annoté et commenté (avec Edith Dejean et Jessica Makowiak), doit paraître le 22 avril 2020 chez Dalloz. Chantal était aussi la co-auteure (avec Antoine Reille, autre grand ancien des JNE) d’un excellent Guide Delachaux et Niestlé des 134 réserves naturelles de France, paru en 1996. Elle avait participé à plusieurs voyages des JNE, notamment en Guyane et en Sibérie, et contribué à la rédaction des statuts de la Fédération internationale des journalistes de l’environnement (FIJE) que notre association avait créée dans les années 1990.

Voici quelques tweets qui saluent son oeuvre et sa mémoire.

 

Les JNE adressent toutes leurs condoléances à ses proches et sa famille.

Les funérailles ont lieu le 22 février à 10 h 30 en l’Église de Saint-Jean-de-la-Motte, dans la Sarthe.

Conférences de consensus et démocratie

Députés et sénateurs, rentrez chez vous, on n’a plus besoin de vous. Les conférences de citoyens vont vous remplacer à meilleur résultat et moindre frais. C’est ce que pourraient démontrer les conférences de citoyens tirés au sort. Voici quelques éléments pour mieux comprendre cette procédure démocratique à la recherche d’un consensus.

par Michel Sourrouille

L’origine des conférences de consensus

Les conférences de consensus (ou de citoyens, ou conventions) sont une nouvelle forme d’exercice démocratique alliant citoyen de base, tirage au sort et réflexion collective sur nos problèmes contemporains. Dans les années 1970, en Allemagne, le sociologue Peter Dienel cherche à associer les habitants à la conception des projets. Pour lui les réunions publiques ne constituent pas le bon outil : elles peuvent mobiliser un grand nombre de personnes mais ne parviennent pas à concerner tous les groupes sociaux. De plus, les débats trop brefs ne débouchent le plus souvent que sur des revendications hétéroclites et pas toujours réalistes, voire sur un clivage entre les visions des participants plutôt que sur un consensus. Pendant des années, Dienel expérimente de nouveaux dispositif de formation et de recueil de la parole des citoyens, jusqu’à aboutir à ce qu’il appelle les « cellules de planification » (Planungszelle) : des groupes de 25 personnes tirées au sort parmi les habitants d’un quartier et mobilisés pendant plusieurs jours, qui reçoivent des éléments de formation et d’information sur le problème à traiter, puis qui délibèrent pour élaborer des recommandations. De nouvelles perspectives apparaissent en 1987, quand le Danish Board of Technology (organisme danois), affine la méthode qu’il baptise « Conférence de consensus ». Il mobilise un groupe de citoyens à qui il soumet une question qui n’appartient en rien à l’espace local, celle de l’usage des organismes génétiquement modifiés.

La première conférence de consensus a eu lieu en France en 1998 sur le même thème, les plantes transgéniques. Elle a été organisée par l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques (OPECST) avec 15 citoyens. Elle faisait suite à une décision controversée prise en 1997 d’autoriser la cure de certains maïs transgéniques. La dernière en 2013, « sur l’efficacité des réponses pénales afin de mieux prévenir la récidive », s’est prononcée contre le tout-carcéral. Un comité d’organisation a composé un jury de consensus, composé de personnes diverses issues de la société civile. Il y a ensuite audition d’experts, pas seulement scientifiques, mais aussi intervenants, professionnels ou non, décideurs et usagers, concernés par la question de la prévention de la récidive. Enfin le Jury s’est retiré pour délibérer, pendant deux journées, à huis clos. Il s’est prononcé sur les questions précises que lui avait adressé le comité d’organisation. A l’issue de ses délibérations, le Jury a formulé des recommandations au gouvernement et au parlement. Notons que ce jury de consensus n’était pas véritablement « citoyen » puisque les membres ont été choisis par un comité d’organisation.

La recherche de consensus

La conférence de citoyens formalise la recherche de consensus. Elle répond à une situation où une décision politique est souhaitable mais où elle revêt une complexité inhabituelle et nécessite une acceptation par la population. Très souvent les thèmes concernent l’environnement ou les conséquences d’une innovation technologique. Le sujet débattu comporte de lourdes incertitudes qu’il est impossible de lever dans l’immédiat. Le panel des citoyens tirés au sort doit refléter la composition socio-démographique de la nation. Au départ les membres du panel ne possèdent pas d’information détaillée sur la thématique traitée. Une formation scientifique et technique assez lourde est donc nécessaire. Des intérêts multiples et contradictoires sont liés à la question débattue, ils sont écoutés lors d’auditions. Cette méthodologie doit permettre aux profanes de « mettre en question » les certitudes des experts. Le choix des formateurs et de l’animateur est crucial pour éviter les manipulations. L’objectivité de la formation et des débats doit pouvoir être vérifiée. La conférence de citoyens ne saurait être considérée comme une forme de sondage d’opinion, mais comme l’élaboration collective d’une décision éclairée. La fondation Sciences citoyennes a proposé un projet législatif pour définir plus précisément ces conventions.

A toutes les étapes, la transparence est requise grâce à la vidéo et à la publicité de la procédure. La démocratie aurait même tout à gagner à enfermer le panel de citoyens entre quatre murs pour en faire une émission de télé-réalité qui, pour une fois, servirait à quelque chose. David Van Reybrouck, auteur de Contre les élections (Actes Sud, 2014), défend l’idée de démocratie délibérative ou Assemblée citoyenne : « Dans un sondage, on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas, il serait plus intéressant d’écouter ce qu’ils pensent quand ils ont la chance de penser. C’est ce qu’on appelle la démocratie délibérative : on contacte mille personnes comme avec un sondage, mais on les invite à venir se parler, à rencontrer des experts, à se nourrir d’information sur un sujet, puis, après les débats et les échanges, on leur demande leur opinion à nouveau. » Les conférences de consensus ne sont en fait qu’une autre façon de nommer les Assemblées citoyennes. Le programme d’EELV pour la présidentielle 2017 indiquait : « L’élection ne doit plus être la seule expression de la démocratie : des outils délibératifs (jurys citoyens, conférences de consensus) seront largement diffusés et la co-élaboration des politiques publiques sera encouragée. »

L’enjeu démocratique

La démocratie est un mot-valise, ses formes sont trop multiples : démocratie réelle, formelle, directe, représentative, etc. Même dans un petit groupe en démocratie directe, la majorité a-t-elle toujours raison ? Quand il s’agit de démocratie représentative, le « pouvoir du peuple » est tellement diffus qu’il s’en trouve vidé de sens. La démocratie de masse peut aboutir à une dictature démocratiquement installées. Alors les conférences de consensus, censées éclairer les décideurs en dernier ressort peuvent apparaître comme une alternative .

Un véritable jury citoyen constitue un panel représentatif de la population ordinaire, c’est-à-dire non expert sur la question étudiée. Les membres sont tirés au sort. Il faut lutter contre l’hyperspécialisation contemporaine qui transforme les  individus en serviteurs d’une structure, par exemple l’appareil judiciaire, l’entreprise, l’éducation nationale, un parti politique, etc. Dans ces systèmes clos, il n’y a plus d’ouverture d’esprit, mais enfermement au service d’intérêts particuliers plus ou moins rémunérateurs. La démocratie en actes, c’est faire confiance aux citoyens ordinaires pour comprendre les discours contradictoires des experts et en tirer des conclusions d’intérêt général.

Alors que l’investissement de nos sociétés dans l’innovation technologique est illimité, nous n’avons pas l’habitude d’investir dans l’innovation démocratique. Les conventions de citoyens permettent de hiérarchiser les priorités. La fondation Sciences citoyennes a proposé un projet législatif pour définir plus précisément ces conventions. Par exemple le comité de pilotage doit établir le programme (thèmes, intervenants, cahiers d’acteurs…) par consensus afin que soient exposés/discutés devant le panel aussi bien les principaux savoirs consensuels que les aspects controversés. Il ne faut pas fuir le contradictoire en recherchant une formation “neutre”. A toutes les étapes, la transparence est requise grâce à la vidéo et à la publicité de la procédure. La démocratie aurait même tout à gagner à enfermer le panel de citoyens entre quatre murs pour en faire une émission de télé-réalité qui, pour une fois, servirait à quelque chose. Examinons maintenant un cas particulier, la convention pour le climat.

La convention citoyenne pour le climat

La convention citoyenne sur la transition écologique a été annoncée par Emmanuel Macron le 25 avril 2019 sur les décombres de la taxe carbone mise aux oubliettes par les Gilets jaunes : une assemblée de 150 citoyens tirés au sort sera placée sous la double tutelle du ministère de la Transition écologique et solidaire et du Conseil économique social et environnemental (CESE). Cette convention « a vocation (…) à mobiliser l’intelligence collective pour passer du consensus sur le diagnostic au compromis sur les solutions ». Si le consensus admet la gravité d’un sujet, comment imaginer un compromis sur les solutions ? De plus il est étonnant qu’une telle structure ne soit pas organisée par la Commission nationale du débat public (CNDP). Cette convention citoyenne devrait « redessiner toutes les mesures concrètes d’aides aux citoyens sur la transition climatique dans le domaine des transports, de la rénovation des logements, pour les rendre plus efficaces ». L’objectif est fondamental : permettre de réduire d’« au moins 40 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, dans un esprit de justice sociale ».

Notons déjà, ce qui nous paraît le plus significatif, que le retour éventuel d’une hausse de la taxe carbone, à l’origine de la colère des gilets jaunes, a soigneusement été écarté des pistes de travail. C’est comme le Grenelle de l’environnement pendant lequel le nucléaire avait été soigneusement exclu des débats par le gouvernement ! De toute façon, l’objet de la convention est beaucoup trop généraliste pour qu’on arrive à un résultat probant. Greenpeace a d’ailleurs estimé que « le gouvernement brandit la participation des citoyens pour dissimuler son inaction… Le gouvernement se dédouane de ses responsabilités et repousse le moment d’agir, alors que les solutions sont connues depuis longtemps et que des textes importants pour le climat, comme la loi d’orientation sur les mobilités ou la loi climat-énergie, sont en cours d’examen. »

Le site de la convention citoyenne pour le climat vaut le détour. Pratiquer les recommandations qui en émergent mériterait tout un débat à chaque fois. Exemples :

​- Faire une commission de citoyens tirés au sort qui déciderait de la commercialisation ou non des produits que les entreprises souhaitent vendre, selon leur impact pour la société ;

​- Faire calculer à tous les élèves de primaire le bilan carbone de leurs parents et le comparer aux objectifs de 2030 afin de les sensibiliser ;

– Inverser la politique actuelle d’allocations familiales en n’ouvrant des allocations qu’au premier enfant ;

– Interdire de vendre les produits qui nécessitent de brûler de la forêt (exemple cité : soja) ;

​- Obliger la vente à emporter de ne vendre que des boissons à verser dans des gourdes ;

– Apprendre aux élèves de l’école primaire à bricoler et réparer les objets ;

​- Faire un quota d’achat d’1 kg de vêtements neufs par an ;

​- Produire soi-même sa nourriture…

Résultat final de la convention, simple avis ou décision suivie ?

Le problème de fond, c’est le passage de la proposition à la décision finale. François de Rugy, alors ministre de l’Ecologie, précisait en avril 2019 : « Nous attendons de cette assemblée qu’elle définisse un paquet de mesures qui seront soit directement transmises aux Français par voie de référendum, soit au Parlement dans un cadre législatif, soit encore qui donneront lieu directement à des mesures réglementaires. » Les parlementaires risquent fort de réduire en charpie les bonnes idées. Le Canard enchaîné du 15 janvier 2020 décrit ainsi le passage possible devant les députés : nombre de ces idées, même « sans filtre », n’ont aucune chance de se concrétiser. Aucune chance, dans une Assemblée qui vient de voter une distance de sécurité de seulement 5 mètres pour les pesticides d’accepter de sortir du nucléaire, trop insécuritaire. En revanche, parions que si les citoyens formulaient cette proposition : « Construire 10 EPR pour assurer à la France une énergie décarbonée », elle serait votée à une large majorité macroniste. Un référendum ne sera pas forcément en adéquation avec la proposition de citoyens qui ont été formés pour maîtriser un sujet donné. Par exemple, si la taxe carbone est proposée par la Convention citoyenne, quelle majorité de votants pourrait accepter le fait de devoir payer plus cher son essence « si nécessaire au mode de vie actuel », même si beaucoup ressentent plus ou moins consciemment que limiter nos émissions de gaz à effet de serre est une nécessité absolue. Comme la France est déjà loin de tenir ses engagements sur le climat, cette convention risque fort de ressembler au Grenelle de l’environnement sous Sarkozy qui n’avait abouti à aucune mesure concrète lors de son passage au Parlement.

Devant les 150 citoyens qui bossent pour lui, Emmanuel Macron a présenté en janvier 2020 trois scénarios suite à leurs propositions sur le climat. Dans le premier cas de figure, le chef de l’Etat n’est pas d’accord : « Je n’ai pas fait cet exercice pour en arriver là. » Deuxième possibilité, « le texte que vous avez se tient, et on y va sans filtre … Les propositions trouveront leur cheminement par voie réglementaire, par voie législative ou par référendum ».Troisième option, la proposition n’est pas assez précise et le chef de l’État s’engage à la « finaliser » avec les citoyens. On vous fait travailler en vous donnant l’illusion que votre avis à un quelconque intérêt, vous faites vos propositions, réponse  :«  c’est très intéressant ce que vous proposez, j’aime bien, mais blablabla cela ne pourra pas se faire car blablabla ». Rendez-vous en avril 2020 ; le chef de l’État s’est en effet engagé à revenir devant la convention citoyenne pour le climat pour leur annoncer le sort qu’il réserverait à leurs propositions.

Ce que nous venons de décrire montre deux choses. D’abord que les propositions des 150 citoyens n’ont aucune chance d’aboutir législativement, sauf à être édulcorées de façon à ne plus avoir de signification. Ensuite que la démocratie représentative, qui envoie au Parlement des citoyens qui défendent un parti et/ou des intérêts économiques sans se soucier ni de l’intérêt public, ni de la durabilité dans le temps de leurs décisions, est complètement inadaptée à l’urgence écologique.

Perspectives futures

Les votants et le nombre de candidats lors d’une élection nationale sont trop nombreux pour arriver à un résultat fiable. Le nombre de représentants élus est trop grand ; plus il y a de personnes, plus le nombre d’interrelations se multiplie et bloque l’expression d’une intelligence collective. Un processus avec une vingtaine de participants tirés au sort et bien (in)formés suffit pour arriver à un consensus. Le fait qu’il n’y a pas de compétence particulière des membres est un avantage, l’ouverture d’esprit de chacun n’est pas viciée par un parti pris associatif, politique ou économique. Quant à la compétence technique, mieux vaut ne pas faire confiance aux experts ; le sens du bien commun est une qualité partagée par tous nos concitoyens ou presque, surtout quand on est réuni durablement pour le rechercher ensemble. Notons d’ailleurs que nos députés n’ont pas de compétence particulière, si ce n’est l’art et la manière de se faire élire, ce qui ne prédispose en rien à être représentatif d’autrui.

David Van Reybrouck, auteur de Contre les élections (Actes Sud, 2014), écrit : « Notre démocratie électorale est basée sur le principe de la délégation. En votant, je donne mon pouvoir le jour des élections. En français et dans beaucoup d’autres langues, les mots « élection » et « élite » ont la même racine. L’élection est une procédure qui installe une élite, on a souvent oublié cela. L’aristocratie héréditaire a été remplacée par aristocratie élective. En théorie tout le monde peut se présenter aux élections. Mais quand on regarde la pratique, c’est bien différent. On constate en France que moins de 2 % des électeurs sont membres d’un parti politique. Moins de la moité des encartés sont actifs. Et au cœur de ce tout petit pourcentage, un nombre infinitésimal va se présenter aux élections. Finalement dans ce groupuscule, quelques-uns seront élus. Et nous appelons ça la démocratie représentative ! C’est un peu exagéré, non ? Pour moi, le futur de la démocratie se situe dans de nouvelles formes de représentation de la population. Depuis une dizaine d’années, l’information circule à une vitesse considérable et est accessible à tous. Pour la première fois nous avons la possibilité de faire s’exprimer la population dans un contexte radicalement nouveau. Avec un référendum ou un sondage, on peut répondre à une question par oui ou par non. C’est tout de même un peu limité. Dans un sondage, on demande aux gens ce qu’ils pensent quand ils ne pensent pas, il serait plus intéressant d’écouter ce qu’ils pensent quand ils ont la chance de penser. C’est ce qu’on appelle la démocratie délibérative : on contacte mille personnes comme avec un sondage, mais on les invite à venir se parler, à rencontrer des experts, à se nourrir d’information sur un sujet, puis, après les débats et les échanges, on leur demande leur opinion à nouveau. Et inévitablement les réponses seront plus avisées. Cette nouvelle forme de démocratie est extrêmement prometteuse.

Il y a une deuxième formule pour créer une représentation du peuple : le tirage au sort. Nos sociétés connaissent ce système dans un domaine limité, les jurys d’assises. Même si ce système n’est pas parfait, on voit que les jurés prennent très au sérieux leur devoir. Ils investissement énormément pour prendre une décision qui sert la justice. C’est un exemple qui montre que des citoyens lambda sont capables de devenir des citoyens alpha, qui se prennent en main et s’occupent du bien être de la société. Des personnes tirées au sort sont capables d’aller au-delà de leur propre intérêt. Elles ont peut-être moins de compétences que les élus politiques, mais elles ont une liberté bien plus grande qu’un parlementaire. Elles ne sont pas pieds et poings liés à toute une série d’intérêts commerciaux ou à leur parti politique. Si on couple le tirage au sort avec la démocratie délibérative, alors on peut arriver à des décisions nettement meilleures que ce que les partis politiques sont capables de faire aujourd’hui. »

À lire
Demain, un nouveau monde en marche (partout dans le monde des solutions existent) (éditions Domaine du possible, 2015)
L’écologie à l’épreuve du pouvoir (Un avenir peint en vert pour la France ?), Michel Sourrouille (éditions Sang de la Terre, 370 pages, 19 euros)
Labo Planète (ou comment 2030 se prépare sans les citoyens), Jacques Testart, Agnès Sinaï et Catherine Bourgain (1001 nuits, 2010)

Ce texte a été publié dans le N° 416 de Biosphère Infos (février 2020).

Les tourbières, un monde méconnu à préserver

Les tourbières offrent une variété de paysages et une richesse d’écosystèmes uniques. Pourtant, deux tiers d’entre elles ont disparu au XXe siècle et l’on sait aujourd’hui qu’elles jouent un rôle majeur dans notre capacité d’adaptation au changement climatique. Découverte !

par Myriam Goldminc

Tourbière vivante dans la Réserve Naturelle Régionale des Tourbières de Frasne, en Franche-Comté – photo Myriam Goldminc

A l’échelle de la planète, les tourbières représentent 3 % des terres immergées. Agées pour la plupart de 5 000 à 10 000 ans, elles sont tellement gorgées d’eau qu’elles ne permettent pas à la matière organique de se décomposer normalement. Ces végétaux partiellement désagrégés forment la tourbe. Les plantes et les animaux qui ont réussi à s’implanter dans cet étonnant écosystème vont trouver des stratégies remarquables pour survivre.

Certaines espèces, comme les droséras ou les grassettes, sont devenues carnivores (voir ci-dessous). D’autres, comme l’andromède et la canneberge, ont limité leur pertes d’eau grâce à leurs petites feuilles. Enfin, les sphaignes, ces mousses particulières, sont les composantes essentielles des tourbières (voir ci-dessous). La stratégie de la sphaigne est d’accumuler de la matière organique pour pousser sur elle-même à l’instar des coraux dans les océans. De plus, elle est capable de garder jusqu’à 25 fois son poids en eau. C’est pourquoi les tourbières jouent un rôle essentiel dans le cycle de l’eau en la stockant, et en la restituant progressivement. Elles assurent par là un rôle de filtration et d’épuration des eaux (dénitrification, piégeage et stockage des sédiments, filtration des polluants) ce qui en fait de précieuses ressources naturelles d’eau potable.

Un enjeu environnemental pour la planète

Davantage encore que les forêts, les tourbières constituent des puits de carbone très efficaces pour la planète car elles emprisonnent dans leur sol, depuis des millénaires, de grandes quantités de carbone. « Les tourbières représentent seulement 3 % de la surface terrestre, mais elles stockent à elles seules 30 % du dioxyde de carbone (CO2) piégé dans les sols », explique Daniel Gilbert, professeur en écologie microbienne à l’Université de Franche-Comté. En compagnie d’autres chercheurs, il étudie le fonctionnement de la Tourbière de Frasne, sur le plateau du Jura, où une station de recherche financée par le CNRS a été mise en place dès 2008. « Nous observons les capacités d’assimilation du carbone par les principales variétés de sphaignes qui composent la tourbe et modélisons les flux de carbone qui circulent entre l’atmosphère et le sol. Parallèlement, des mesures prises quotidiennement pendant 10 ans montrent une augmentation de la température de 3 degrés dans cette région du Haut-Doubs. Nous savons que toute perturbation du fonctionnement naturel des tourbières est néfaste pour l’environnement parce qu’ainsi, on libère le CO2 dans l’air, renforçant ainsi l’effet de serre au lieu de l’atténuer ». Parmi ces menaces, la principale est le drainage pour faire des zones cultivables. « Si, comme à Frasne, beaucoup d’associations, de communes, de départements se mobilisent pour préserver ces écosystèmes rares, pour aider à limiter les effets des changements climatiques, il faudrait faire de la conservation des tourbières une priorité ! », insiste le chercheur.

En janvier 2020, un rapport intitulé Terre d’eau, Terre d’avenir a été remis à la ministre de la Transition écologique et solidaire par Frédérique Tuffnell, députée de la Charente Maritime, et Jérôme Bignon, sénateur de la Somme. Il préconise une sensibilisation quant à l’importance des terres d’eau dans la lutte contre le réchauffement climatique et propose de faire des tourbières, des zones prioritaires pour services environnementaux en rétribuant par exemple un agriculteur pour la mise en place d’un élevage extensif ovin et bovin adapté aux milieux humides, avec quelques animaux à l’hectare. La totalité de ces travaux sera remise dans le cadre des Assises de l’eau le 12 février prochain.

Pour en savoir plus : Pôle-relais tourbières

Frasne : une tourbière emblématique
A 800 mètres d’altitude, la Réserve Naturelle Régionale des Tourbières de Frasne est l’ une des plus vastes de Franche-Comté. Elle présente un paysage varié où se côtoient des prai­ries hu­mides, des ro­se­lières, de la végé­ta­tion aqua­tique, des tour­bières bom­bées et des boi­se­ments. Le site s’étend sur plus de 150 hectares on y recense plus de 25 espèces végétales protégées comme la petite orchidée li­pa­ris de Loe­sel. Pour sen­si­bi­li­ser le pu­blic à ses ri­chesses, un sentier sur des pontons en bois à pilotis, jalonné de bornes informatives, permet une découverte pédagogique sur la vie des tourbières. Il existe trois parcours : le Petit circuit de 6,7 km, le Grand circuit de 9 km, enfin un troisième sentier de 5 5 km réservé aux personnes à mobilité réduite. L’accès de la ré­serve est li­mité aux chemins exis­tants et toutes cueillettes ou prélèvements sont interdits.
Le départ se situe sur le parking des Tourbières de Frasne.

La Tourbière de Champgazon
Dans la Nièvre, la Tourbière de Champgazon permet de remonter le temps. Situé à 585 mètres d’altitude, à proximité du lac des Settons, cette tourbière est l’une des plus anciennes du Morvan et fait partie du réseau Natura 2000. Elle présente un grand intérêt écologique. La flore compte de nombreuses plantes rares et protégées comme l’Epipactis des marais (Epipactis palustris), une orchidée très rare. Formée à la fin de la dernière période glaciaire, il y a 15 000 ans, cette tourbière offre une mine d’informations sur cette époque. L’aménagement d’un sentier de bois, dont le départ se fait à proximité du barrage du lac des Settons, offre aux visiteurs une balade de 3,5 km (aller-retour) au dessus de la tourbière, ponctuée de panneaux explicatifs et d’une enquête très ludique pour comprendre ce qu’est la palynologie. Dans la tourbe, des chercheurs ont identifié et daté les grains des pollens de plantes locales, et des restes de végétaux vieux de plusieurs milliers d’années. Le parcours permet de retracer l’évolution du climat dans cette partie du Morvan et d’imaginer la vie de ses habitants à ces époques reculées.
Depuis le centre de Montsauche-les-Settons, prendre la direction du hameau de Palmaroux et aller jusqu’au balisage qui indique la Tourbière de Champgazon.

Tourbière de la Cabane, dans le Parc naturel régional des Pyrénées Catalanes – photo Myriam Goldminc

La tourbière de la Cabane
En pleine forêt, la tourbière de la Cabane cultive son mystère. En 2006, le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes a réalisé l’inventaire des zones humides présentes sur son territoire, afin de mieux les connaître et de prendre des mesures en faveur de leur protection : plus de 1600 tourbières ont été recensées. La tourbière de la Cabane, située sur la commune des Angles, en est un bon exemple. Cette tourbière, qui se trouve au niveau d’une station de ski, a subi des pressions dues aux écoulements des retenues pour les canons à neige en été et des glissements de terrain. Fortement chargées en dépôts, les eaux d’écoulement ont participé au comblement de la cuvette tourbeuse. Pour protéger la tourbière et sensibiliser le public, un sentier d’interprétation a été co-réalisé par la commune des Angles et le Parc naturel régional des Pyrénées catalanes. Le sentier grimpe du bas de la station de la station de ski pour arriver dans la forêt de pins à crochets, ces reliques de l’ère glaciaire qui poussent même dans les tourbières. Les panneaux pédagogiques le long du parcours mêlent d’une façon ludique les légendes avec des informations naturalistes sur la flore et la faune.
Les Angles. Départ en bas du télésiège. Dénivelé 150 m. Sentier 4 km. Balade de 2 heures.

Quelques plantes emblématiques des tourbières

Droséra – photo Myriam Goldminc

Les droséras
Elles piègent l’insecte qui se pose sur leurs feuilles grâce à leurs poils recouverts de substance gluante, l’emprisonnent, puis le digèrent lentement.

Les sphaignes
Ce sont des mousses qui participent à la construction des tourbières par leur croissance lente mais régulière sur de larges surfaces. Il existe 35 espèces en France. Elles jouent un rôle clef dans la formation d’une tourbière car elles produisent et libèrent des composés acides. Les anciennes souches meurent mais ne pourrissent pas et servent de substrat à la nouvelle génération qui grandit sur les vestiges des précédentes en formant des tapis de plus en plus profonds. Pendant la Première Guerre mondiale, ces mousses étaient utilisées comme pansement antiseptique.

La linaigrette vaginée
Cette plante gracieuse se reconnaît avec son aspect cotonneux. Pourtant, il ne s’agit pas de la fleur, mais du fruit, car la fleur plus précoce peut émerger dans la neige

 

Cet article est paru en janvier 2020 dans le magazine Plantes et Santé.

A la découverte d‘une zone humide en Provence

La Journée mondiale des zones humides, qui a eu lieu le 2 février, a été l’occasion de nombreuses initiatives dans les régions, notamment en Provence.

par Michel Cros

Dans le cadre de la 27e édition de la Journée mondiale des zones humides consacrée à la biodiversité, j’ai marché à la rencontre de Shririne et Marc qui habitent en Provence dans le petit village de La Bastidonne, où ils ont créé l’association Voyageur en campagne.

Cette association leur permet d’accueillir quelques actions dédiées à la préservation de la nature, comme leur refuge créé grâce à la LPO qui a présenté pour l‘édition 2020 cet évènement pour le sud Luberon. Au programme, une vidéo-conférence sur les zones humides, un équilibre menacé, de Mathilde Poissenot (bénévole LPO), titulaire d‘un master en écologie, suivie d‘une sortie découverte intitulée Une zone humide en transition : entre sécheresse et inondation. Une réunion conviviale qui a accueilli une trentaine de visiteurs de tous âges dans un foyer au nom très évocateur de La Cabane du Monde.

Ecoutez ci-dessous l’interview de Shririne.

 

Et voici ci-dessous une interview de Sandrine Vaneph, coordinatrice du groupe LPO Sud Luberon.

 

 

A Marie-Galante, la France … des déchets

Dans cette belle « île tranquille » (dixit Le Guide du routard) des Antilles, la tranquillité des ordures ne semble pas assurée. La présence des déchets inquiète même les habitants qui en témoignent. Comme si les détritus locaux ne trouvaient pas le chemin de la benne ! Et pourtant, les services de ramassage existent…

par Jane Hervé

Casse sur l’île de Marie-Galante, aux Antilles, avec une épave portant le logo du Conseil général (fléché en rouge) – photo DR

Dans cette île de 11 000 habitants en forme de « galette » (pas des rois !), la Galante’Tri est « une déchèterie de type mobile » dont la « remorque peut se transformer en rampe d’accès pour accéder aux bennes de déchets qu’elle transporte ». Ouf. Une information de la Communauté de Communes de Marie-Galante (CCMG)… Ces bennes accueillent « exclusivement les dépôts volontaires de déchets des particuliers : encombrants, ferrailles, déchets verts, appareils électroménagers, cartons, piles et lampes. Ce dispositif itinérant de proximité vise à éradiquer les dépôts sauvages encore trop nombreux le long de nos routes ». « Ne jetez plus vos encombrants n’importe où, continue l’information, mais attendez la présence de la déchèterie mobile près de chez vous pour nous les confier ». Une communication des dates et lieux de présence de l’équipement est mensuellement assurée par affiches, communiqués radio, mairies, CCMG…

Ainsi en décembre 2017, cette déchetterie nomade officiait en première semaine du lundi au jeudi de 10 h à 18 h à Saint-Louis (Parking stade intercommunal face à l’école L. Lubino), la semaine suivante à Grand-Bourg (Lotissement des Basses à côté du terrain de foot), celle d’après à Capesterre (Plateau sportif de Vidon), puis la dernière semaine du mardi 26 au jeudi 28 de nouveau, nouveau passage à Saint-Louis (Carrefour de Goverlo) . Beau programme de ramassage nickel qui fait rêver.

Et pourtant…

Des détritus à trois mètres d’une plage sur l’île de Marie-Galante, aux Antilles

Chacun se demande aujourd’hui si ces bennes si galantes continuent à officier tant les dépôts dits sauvages résistent ça et là. Un habitant de Marie-Galante (qui nous a transmis ces photos) fait douter désormais du charme de la belle île chouchoutée par Laurent Voulzy (dans sa chanson Belle-Ile-en-Mer). De tels déchets, abandonnés à 8 000 km de la métropole, interpellent.

Une photo d’un lecteur est parue dans la rubrique Nouvelles d’un journal de Martinique qui titre carrément (semaine du 17-23 janvier 2020) Marie-Galante, l’Ile aux cent tas d’ordures. L’habitant, vivant depuis 10 ans dans la Grande Galette, affirme n’avoir « jamais vu une île aussi sale », tant il constate la présence de « dépôts d’ordures un peu partout », et le juge dû à  « un ramassage d’ordures aléatoire » (environ tous les 15 jours). Quid du bien-être des habitants en une période de haute saison touristique ?

Une épidémie de dengue (1) s’est en effet déclarée fin 2019. De nombreux habitants se sont soignés eux-mêmes en restant chez eux, d’autres sont allés chez le médecin ou aux urgences de l’hôpital. Dans un « lotissement d’une trentaine de personnes, une vingtaine l’ont attrapé. Deux cas de malades ont été pris à temps au début de dengue hémorragique ». Des touristes  sont repartis avec ce souvenir imprévu ! Pour certains, c’est la forme de dengue dite 2 , mais la forme dite 3 est apparue en Martinique. Aggravation qui pourrait concerner Marie-Galante, cette île agricole qui se dépeuple et perd ses jeunes. Selon les médecins consultés par une habitante, « certains organismes très fatigués par la forme 2 résistent mal à la 3 ».

L’Agence régionale de la santé (ARS) a contrôlé les maisons d’un lotissement au cours de ce mois de janvier 2020. Il ne semble pas qu’une comptabilité des cas insulaires ait encore été établie officiellement. En Guadeloupe, au stade d’épidémie de dengue, des stagiaires renforceront les effectifs dédiés à la lutte sur le terrain. Leur rôle : informer et sensibiliser le public en porte-à-porte. Ces 30 stagiaires du RSMA (Régiment du service militaire adapté) vont être formés par des experts de l’ARS. Faut-il également entamer une campagne préventive à Marie Galante ? La convention entre ARS et RSMA résulte d’une demande de concours du RSMA par la préfecture. Que penser alors des poubelles et déchets participant à la propreté et l’hygiène insulaire ? Ce n’est pas du ressort de l’ARS, affirme-t-on, mais de celui de la com des coms de Marie-Galante (CCMG) et de la mairie.

Outre cette foutue « dengue qui rend dingue » planent des risques de leptospirose liée aux bactéries contenues dans l’urine des rats qui « pullulent ». De grosses mouches, jusqu’alors inexistantes, viennent d’apparaître.

Que faire ?

Que faire écologiquement ? La taxe sur les ordures ménagères a déjà augmenté de « 27% l’an passé et pour certains de 53 % cette année ». Pour quelques habitants d’un lotissement autonome, les taxes d’habitation et foncière avoisinent  « même les 10 000 euros ». De plus, il leur est nécessaire d’acquérir des produits répulsifs et autres (agressifs, nocifs, non écologiques) nécessaires pour se préserver des moustiques et autres insectes.

Comment responsabiliser les autorités ? Aux plaintes sur les détritus, on répond que «  les bennes sont en panne » ! N’existe-t-il pas d’autres engins ? Ne peut-on solliciter les sociétés disposant de gros matériels de chantiers (par exemple « celle qui a construit des digues avec d’énormes rocs ») qui circulent en affectant les routes. Comment sensibiliser l’équipe technique et leur donner plus de moyens, comme mettre des poubelles dans les lieux publics, ramasser plus régulièrement les ordures ménagères et déchets, et non toutes les trois semaines ou plus, surveiller et faire ramasser les débordements des poubelles qui polluent les fossés et – par voie de conséquence – la mer. Réparer les trottoirs dangereux, les trous et nids de poule sur les routes freinerait les accidents et inciterait moins aisément à des casses sauvages ou à l’abandon de voitures sans autorisation à 50 m de l’océan et des habitations.

Même si la commune est déficitaire, les ordures semblaient ramassées à la veille des fêtes. C’est bien la preuve que quand on veut on peut ! On aimerait tant que cette belle île redevienne paisible et propice à une vie saine (2) !

(1) La dengue (voir ici le dossier de l’Inserm) se manifeste par une forte fièvre (40 °  C), accompagnée soit de céphalées sévères, de douleurs musculaires, articulaires, des nausées ou vomissements, ou des éruptions cutanées. Les formes graves de dengue sont le plus souvent observées au cours d’une deuxième infection. Une première infection entraîne la production d’anticorps dirigés contre le sérotype en cause. Mais lors d’une deuxième infection par un autre sérotype, ils ne sont pas capables de neutraliser ce dernier et facilitent au contraire sa multiplication dans les monocytes, déclenchant une réaction inflammatoire intense avec augmentation de la perméabilité vasculaire et provoquent un risque accru d’hémorragie.

(2) https://www.facebook.com/CCMarieGalante/

Il est dangereux de marcher avec les loups…

Tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu au loup connaissent Jean-Michel Bertrand (JMB) qui a réalisé, il y a trois ans, un premier film La Vallée des loups et dont le deuxième, Marche avec les loups, est sorti en salles mercredi 15 janvier.

par Jean-Claude Génot *

Jean-Michel Bertrand présente son film en avant-première dans les Vosges du Nord en décembre 2019 © Jean-Claude Génot

Ce deuxième film que j’ai eu la chance de voir en avant-première en Alsace grâce à un réseau de cinémas associatifs est la suite du premier volet. Après nous avoir fait découvrir « sa » vallée des Hautes-Alpes et sa quête du loup, Jean-Michel Bertrand a tenté de suivre les jeunes loups en dispersion et sa marche l’a conduit jusque dans le massif jurassien. Pour avoir eu le plaisir de discuter avec lui et avoir vu ses deux films, on ne peut pas dire de JMB qu’il est un réalisateur de documentaire animalier militant dont le film a été conçu pour défendre la cause du loup. Certes, c’est son attirance pour le loup qui l’a mené à ces deux films, mais c’est plus une quête intérieure qui l’anime qu’un pur intérêt naturaliste. D’ailleurs, on voit finalement peu les loups dans ses films et plus, celui qui les cherche dans un récit au plus près du réel. En se mettant en scène, il ne cherche pas à mettre en valeur son ego, mais plus à prendre le public par la main pour lui faire découvrir cet animal sauvage, et en même temps se découvrir soi-même.

Comme l’a dit Olivia Gesbert lors de son émission La Grande Table sur France Culture où elle recevait JMB, ce dernier est un passeur vers le sauvage, une altérité que notre civilisation antinature rejette vigoureusement, prisonnière de sa frénésie de maîtrise et de contrôle de la nature. Enfin, JMB est un montagnard qui connaît les éleveurs et discute avec certains d’entre eux au bistro du coin et désormais lors des présentations publiques de ses films. De plus, il a réalisé des documentaires sur des peuples lointains, ce qui l’a rendu soucieux de la vie des gens liés à la nature. Bien sûr, avec ses films, JMB se range du côté de ceux qui défendent la cohabitation entre l’élevage et le loup. Pourtant, son film ne cherche pas à nous présenter le loup de façon caricaturale mais tel qu’il est, sauvage, « besogneux » pour reprendre une de ses expressions et soumis à rude épreuve face aux autres loups, ses premiers ennemis, et évidemment face aux hommes. Les films de JMB font appel à la sensibilité du public et à leur intelligence et c’est cela qui semble intolérable au camp des anti-loups. Ces derniers lui ont envoyé anonymement des menaces de mort dont une lettre dans laquelle le film est qualifié de « propagande nazie » et JMB de « bon élève du sinistre Goebbels, complice des criminels qui tuent les éleveurs de moutons ».

Tract anti-loup appelant au boycott du film « Marche avec les loups »

De tels propos sont scandaleux et tellement outranciers qu’ils disqualifient totalement leurs auteurs. Un appel à manifester contre le film a même été lancé sur Facebook par un syndicat agricole des Hautes-Alpes le jour d’une avant-première à Gap, mais ce rassemblement a été annulé face à la vive réaction des internautes. Lors de la visite de la maison du berger dans la vallée de Champoléon dans les Hautes-Alpes, j’avais trouvé extrêmement étonnant pour ne pas dire suspect qu’aucune mention ne soit faite sur la présence du loup alors que cet équipement semblait très récent et décrivait la vie des bergers. J’aurais trouvé plus normal que le loup y soit fustigé pour ses attaques des troupeaux plutôt que le silence total sur le prédateur. Cela traduit probablement un déni de la part des dirigeants syndicaux de l’élevage pour qui reconnaître la présence du loup constitue déjà une défaite, puisque cela implique de composer avec lui, donc de négocier avec le reste de la société pour finir par l’accepter. Toutefois, dans la boutique de cette exposition, figuraient en bonne place les livres de l’historien Jean-Marc Moriceau qui traitent des attaques de loup sur l’homme dans le passé mais pas celui de Baptiste Morizot sur la nécessaire diplomatie à mettre en œuvre pour cohabiter avec le loup. Le président de Hautes-Alpes Nature Environnement (HANE) m’a confirmé le noyautage de cette maison du berger par les anti-loups et le refus « gêné »de la communauté de communes locale qui gère cet équipement de projeter un documentaire initié par HANE sur les témoignages d’éleveurs face aux loups.

Là encore, la pression des extrémistes a joué. Elle traduit un refus du débat public pour camper sur des positions dures et inflexibles. Ces menaces de mort et ces propos délirants n’empêcheront pas le film de JMB d’être un succès, au contraire cela peut provoquer le réflexe inverse pour soutenir un artiste face aux menaces de quelques irresponsables. Mais malheureusement, le cinéaste n’est pas le seul à être victime de ce genre d’intimidation mafieuse. Le géographe Farid Benhammou nous le rappelle dans sa tribune du 13 janvier dans Libération (Le loup, la culture et les menaces de mort) puisque des chercheurs, des élus et des associatifs ont également reçu des menaces de mort. Comme le souligne le géographe, il est regrettable que les élus locaux et régionaux soutiennent ces extrémistes, sans doute par clientélisme. Quand les pro-loups s’appuient sur le droit, la raison et l’éthique, les anti-loups usent de menaces, de mensonges et de toute information susceptible de semer le doute dans l’esprit du public. Il y a eu la « réintroduction » des loups qui a fini par ne plus prendre, puis l’hybridation entre le loup et le chien qui aura eu le mérite d’établir clairement le faible niveau d’hybridation dans la population lupine actuelle et enfin le danger pour la population si les loups entrent dans les villages (il est plus que probable que les 67 millions de Français arriveront facilement à faire face au danger que représentent 500 loups…). Les éleveurs ont plus à craindre des excités comme ceux qui s’en sont pris à JMB que des loups, car l’image véhiculée par ces pratiques est catastrophique pour l’élevage tout entier qui n’a pas besoin de cela.

Les pro-loups pourraient se montrer plus offensifs face au monde de l’élevage. Souhaiter la cohabitation entre l’élevage et le loup ne signifie pas accepter n’importe quelle pratique sur le plan écologique. D’ailleurs, l’occasion leur est donnée par la publication d’un rapport de mission sur les activités d’élevage en Europe des ministères de la Transition écologique et solidaire et de l’Agriculture et de l’alimentation. Ce rapport montre que « la France détient de très loin les records du nombre de dommages (en valeur absolue ou rapportés au nombre de loups), du coût public de la protection et du montant des indemnisations de dommages ». Le rapport reconnaît que la situation française « conduit à s’interroger sur l’efficience du système mis en place au fil des ans dans notre pays ».  Un des constats concerne les indemnités versées chez nos voisins (Suisse, Espagne, Allemagne, Italie et Pologne) qui sont nettement plus faibles qu’en France. De plus, ces indemnités sont conditionnées à la mise en place effective des mesures prises, ce qui implique un contrôle sur le terrain. A travers les lignes de ce rapport, on devine aisément que la stratégie mise en œuvre en France est un double échec. D’abord les tirs effectués, dont le niveau d’intensité sans précédent est une triste exception française, n’empêchent nullement l’expansion du loup. Ensuite, le haut niveau de dommages, autre exception française, traduit des conditions d’élevage qui sont loin d’être optimales pour se protéger contre le loup : trop grosse taille des troupeaux, absence volontaire de protection (en septembre 2018, j’ai pu constater lors d’une randonnée dans la zone cœur du Parc national des Écrins que des éleveurs laissent leurs brebis seules la nuit en montagne) ou encore mauvaise mise en œuvre des mesures de protection. Enfin, le rapport souligne que « le loup peut, potentiellement, s’installer sur l’ensemble du territoire, et il semble peu réaliste d’imaginer empêcher cette évolution ». Cette lucidité honore les auteurs du rapport ,mais cela va être difficile de le faire admettre à la « France agricole ». Mais malgré l’inefficacité des tirs de destruction, les deux ministères entendent poursuivre cette politique pour la paix sociale.

Famille de loups en Biélorussie prise au piège photo (photo V. Sidorovich)

C’est d’ailleurs ce que leur reproche le Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) dans sa récente délibération n° 2019-38 du 18 décembre 2019  : « Le CNPN réitère son avis sur le caractère inadéquat de la réponse apportée par les ministères, à savoir la limitation de la croissance globale des populations de loup, par rapport au but recherché qui est de contenir le volume des dommages au cheptel domestique. Ce constat est confirmé par d’autres instances scientifiques : rapports du Muséum National d’Histoire Naturelle et comité scientifique du Plan National d’Action Loup notamment ». Le CNPN réaffirme qu’il faut sortir de la seule logique restrictive du tir et que ces abattages doivent être conditionnés à une analyse qualitative et quantitative du type d’élevage et de la protection mise en place. En clair, poursuivre les destructions de loup alors qu’ils n’empêchent pas les dommages et que l’effort doit surtout porter sur la protection des troupeaux est un acte politique du gouvernement qui a choisi son camp : celui du monde agricole et de ses « excités ». Pour se concilier le monde agricole, l’État préfère les flingueurs aux médiateurs, c’est consternant.

Quant aux pro-loups, ils gagneraient à s’intéresser de près au mythe rural selon lequel l’élevage favorise la biodiversité, qui sert souvent de légitimité verte à une agriculture intensifiant ses pratiques. Il y aurait un bilan écologique à faire de tous les impacts négatifs sur la nature de certaines pratiques d’élevage en montagne : surpâturage, piétinement, concurrence avec la faune sauvage, eutrophisation de certains lacs de montagne. Il suffirait de rassembler les témoignages et observations des naturalistes en montagne et d’engager certains travaux de recherche complémentaires pour établir une synthèse étayée par des données scientifiques. Sur ce registre les parcs nationaux auraient certainement beaucoup de choses à dire, à condition de ne pas s’auto-censurer car le sujet est quasi tabou. A l’heure des risques naturels accrus par le réchauffement climatique (fortes pluies, fonte des pergélisols en altitude), le développement naturel des forêts à la place de certains pâturages, notamment en zone cœur de parc national, serait un bien meilleur moyen de protéger les vallées et une grande richesse biologique. Il serait temps de porter le débat du « comment vivre en présence du loup en France » sur la place publique, car le monde agricole perçoit des fonds publics et leurs choix concernent la société tout entière. Ce serait l’occasion de replacer le loup dans une perspective plus large pour ne pas se focaliser uniquement sur l’élevage. Si le loup est un problème pour l’élevage, il est une solution pour les fortes populations d’ongulés sauvages dans certains massifs forestiers. Un dicton allemand dit que là où court le loup, la forêt pousse.

* Écologue.

« L’agribashing » : une invention pour museler l’écologie

Nous sommes de plus en plus nombreux à critiquer les pesticides au nom de la santé publique, certes, mais qui s’aviserait de s’en prendre au monde paysan ?

par Marc Giraud et Danièle Boone

C’est pourtant le prétexte qu’a choisi Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, pour fonder la cellule Déméter de la gendarmerie afin de lutter « contre l’agribashing et les intrusions dans les exploitations agricoles ». Signée en octobre entre le ministère de l’Intérieur, la FNSEA et les JA (Jeunes agriculteurs), cette « Cellule nationale de suivi des atteintes au monde agricole » ne représente en fait que le quart des paysans de France, on ne sait pas ce qu’en pensent les autres.

Le but de Déméter est de criminaliser les anti-spécistes, sans donner de chiffres vérifiables sur leur pouvoir (et leur désir) de malfaisance, et d’empêcher les activistes de révéler les réalités des abattoirs. Déméter permet désormais de surveiller aussi les opposants à l’agriculture intensive, tels les citoyens du mouvement des Coquelicots : le simple dénigrement « idéologique » et vous voilà repéré.e ! Dans Charlie Hebdo, notre confrère Fabrice Nicolino (JNE) traduit : « Même des actions symboliques pourront entraîner une action gendarmesque ». Fabrice n’omet pas de souligner l’imposture des chiffres cités pour justifier la création de Déméter : un « fait » toutes les deux heures contre les agriculteurs, ce qui comprend tout et n’importe quoi, en somme un bel enfumage pour impressionner sur du vide.

Démeter est la déesse de la terre mais c’est surtout le nom de l’organisme européen de certification de l’agriculture biodynamique créé en Allemagne en 1932, dont le cahier des charges est extrêmement rigoureux tant sur les modes de cultures qu’en matière de bien-être animal. Alors appeler ainsi cette cellule de flicage ressemble fort à de la provocation. A moins qu’il ne s’agisse d’ignorance. Christophe Castaner sait-il seulement ce qu’est l’agriculture biodynamique ?

Pendant ce temps dans la réalité, et sans que le ministère de l’Intérieur ne semble s’en préoccuper, des défenseurs de la nature continuent de recevoir des menaces de mort de chasseurs, d’anti-ours et d’anti-loups, comme récemment le réalisateur Jean-Michel Bertrand pour la sortie de son (excellent) film Marche avec les loups. Des éleveurs prêts à passer à la violence promettent de saccager les salles de cinéma qui oseraient projeter le film, et ont déjà obtenu l’annulation de deux représentations ! Et si l’on parlait enfin du vrai problème, l’écolobashing ?


A lire
La fable de l’agribashing dans Reporterre, par François Veillerette (JNE)
Déméter sur le site du ministère de l’Intérieur
Déméter dans HuffPost
Déméter dans Charlie par Fabrice Nicolino (JNE)
Violence des anti-loups sur le site JNE, par Gabriel Ullmann (JNE)

Des vaches à notre image et réciproquement

« Je ne suis pas une écolo, je pollue, C’est mon métier. » (p. 107)
« Je suis en train de devenir une écolo. Je n’utilise pas l’avion et je ne prends plus ma voiture pour aller travailler. » (p. 109)
Voici en deux phrases nichées au milieu du livre Les vaches aiment le yaourt, le terrible dilemme de chacun de nous en ces années de « transition écologique » : être ou ne pas être écolo.

par Michel Sourrouille

L’auteure de cet ouvrage, Anne Galais, est éleveuse de vaches, soumise aux affres du productivisme et poussée par la nécessité d’alimenter les grandes surfaces : il faut bien nourrir notre boulimie de yaourts et de viande. Elle en a fait un roman qui colle de près à son quotidien. Fini le paysan qui, de générations en générations, reproduit des techniques ancestrales. L’innovation est son quotidien, sa principale préoccupation est de chercher les meilleurs rendements, la sélection génétique est désormais au cœur de son métier. Ce n’est plus une cloche accrochée au cou des vaches, c’est un appareillage informatique.

Être ou ne pas être écolo ? Anne Galais a raison, polluer est notre métier à tous. Dans un système qui ne repose plus sur la quasi-autarcie des campagnes, chaque activité humaine nous fait dépendre d’un flux de biens et de services venus d’ailleurs. Qu’on produise ou qu’on consomme, on pollue, on rejette des gaz à effet de serre, on ponctionne des ressources naturelles en voie de raréfaction, on prend tous conscience que cela n’est pas durable et qu’il nous faudrait changer.

Tâche difficile, impossible, nous sommes prisonnier d’un système où il faut courir toujours plus vite pour rester concurrentiel ou pour se payer le dernier gadget à la mode. Société urbanisée et sur-développée, consommation carnée de masse, donc production de masse et élevage en batterie. Qu’on se le dise, les vaches sont comme les humains… et réciproquement. Les vaches sont comme nous, des animaux, la gestation dure neuf mois dans l’un comme dans l’autre cas. On arrache les veaux à leur mère peu après la naissance, il faut mettre les enfants à la crèche dès qu’ils marchent sur deux jambes, ou même avant. Les centrales d’achat et les administrations aiment les chiffres et les gens captifs. Les vaches portent un numéro d’identification dès la naissance pour assurer la traçabilité. Pour nous, c’est le numéro de sécurité sociale. On ne les appelle plus par un joli petit nom, c’est devenu un matricule. C’est aussi notre lot commun, quand nous sommes sommés d’énoncer tous les numéros de notre carte bancaire. Les vaches sont entassées dans un grand hangar, les humains s’amoncellent dans leur HLM. Les humains préfèrent leur cage, qu’en pensent les vaches ?

Nous avons rencontré Anne Galais. Elle aime ses vaches et son métier. Elle n’aime pas les mots productivisme et agro-industrie. Elle a voulu présenter sa situation professionnelle comme un yaourt, un mixte de choses à bien savourer. Mais elle est comme nous, soumise avec son élevage à un système agro-industriel qui nous broie. Elle attend de voir ce qui va se passer, coincé comme elle l’est par les diktats de la PAC (Politique agricole commune) et du marché. Si on lui demande de faire du bio, elle fera du bio, pour le moment elle s’occupe d’un élevage intensif, bien plus qu’une centaine de vaches à viande. Elle a abandonné les laitières car on a abattu tout son troupeau. Elle explique le mécanisme morbide dans son livre. La vache 8452 avait présenté à l’analyse vétérinaire une lésion tuberculeuse. La France se voulant indemne de cette maladie à moins de 1 % à l’exportation, il était obligatoire d’amener à l’abattoir le troupeau entier… même si on ne trouve qu’un seul cas positif. On ne peut pas tricher, les services sanitaires connaissent toutes les vaches, chacune est enregistrée sur une base informatique. C’est évident, les humains sont comme des vaches, des vaches à lait pour engraisser le système et nourrir les GAFA.


Si vous voulez mieux comprendre la condition réelle et imaginée des éleveurs, lisez le livre d’Anne Galais, Les vaches aiment le yaourt (2019), en auto-édition, à commander sur ce lien , 7 euros et 30 cents pour 214 pages.