Actualités nationales

Il était une fois la gélinotte des bois

Son nom fait penser à une « jolie note des bois ». Pourtant, son chant aigu est presque inaudible pour une oreille peu exercée. La gélinotte des bois est un oiseau discret qui s’envole au moindre dérangement.

Une gélinotte mâle – photo D. Ivkovich

par Jean-Claude Génot *

Mon attirance pour la nature vient de mon enfance. C’est tout naturellement que celle-ci s’est transformée en passion naturaliste d’abord pour la flore et les champignons, puis la faune avec les mammifères et les oiseaux. Ensuite, j’ai eu la chance de faire de ma passion ma profession. A ce moment-là, j’avais pour centre d’intérêt les rapaces, les diurnes comme maîtres du ciel et les nocturnes comme maîtres de la nuit. J’ai consacré 20 ans de ma vie à la connaissance d’une petite chouette, que les savants nomment aujourd’hui la chevêche d’Athéna et j’ai suivi durant 30 années l’installation du grand-duc d’Europe dans les Vosges du Nord, sans oublier, mais dans une moindre mesure, le faucon pèlerin ou encore la chouette de Tengmalm.

Mais il existe un oiseau qui exerce sur moi une fascination secrète, occupant mon esprit sans que je l’ai jamais étudié ou beaucoup observé. Cet oiseau accompagne mes pensées et vient se rappeler à mon bon souvenir à certains moments inattendus de ma vie, et cela depuis 40 ans. Cet oiseau s’appelle la gélinotte des bois. Un nom agréable qui fait penser à une « jolie note des bois », pourtant son chant aigu est presque inaudible pour une oreille peu exercée. Je ne suis ni spécialiste de la gélinotte, ni même observateur régulier de l’espèce et pourtant la seule photographie qui orne mon bureau depuis fort longtemps est celle d’une gélinotte des bois. Elle fut une des premières photos de gélinotte prise dans le Massif vosgien dans les années 80 par Jean-Louis Klein, un forestier à l’époque, devenu ensuite photographe professionnel. Il m’avait d’ailleurs montré la hêtraie-sapinière âgée des hautes Vosges où il était resté des dizaines d’heures à l’affût pour faire ce cliché d’un mâle au sol. Nul doute qu’aujourd’hui un photographe installerait un piège photo pour cet oiseau si discret qui s’envole au moindre dérangement. La gélinotte est mon oiseau fétiche et je ne suis pas peu fier de posséder une gravure de Robert Hainard la représentant. L’artiste naturaliste a parfaitement bien saisi les traits d’un mâle qui se fond dans la végétation forestière : la gorge noire, le sourcil rouge, la queue barrée de noir et de blanc à son extrémité et des couleurs de feuilles mortes sur le poitrail.

Sans être aussi spectaculaire par la taille que le grand tétras et le tétras lyre qui se rassemblent pour leur spectaculaire parade, la gélinotte est le gallinacé le plus difficile à approcher et reste un mystère même pour ceux qui croient la connaître. Son plumage est un délicat mélange de tons brun, roux et noir qui semble avoir été peint par un aquarelliste minutieux. C’est un elfe insaisissable des sous-bois qui m’attire par sa discrétion, son mimétisme et son milieu de vie, à savoir les forêts riches en sous-bois. Cet oiseau reste invisible dans les branchages hivernaux tout de brun dominant comme dans les sous-bois printaniers tachetés de soleil. La gélinotte est l’oiseau du bonheur fugitif, silhouette furtive qui passe son temps au sol ou dans la partie inférieure de la forêt et disparaît ou s’envole vers un autre perchoir sans rien laisser voir, au mieux une queue barrée de noir et blanc. Mais n’est-ce pas le désir de voir et l’attente qui rendent heureux? Je l’ai entendu la première fois dans le Jura en accompagnant Régis Desbrosses, qui recensait l’espèce en imitant son chant à l’aide d’un appeau et je l’ai aperçu furtivement. A cette époque, elle avait déjà déserté les Vosges du Nord où je travaillais. Sans être un connaisseur de l’espèce, on pouvait vite se rendre compte que les futaies régulières sans sous-étage des basses Vosges gréseuses ne lui convenaient pas. Elle avait pu exister dans des régénérations naturelles à base de bouleaux ou le long des lisières de noisetiers, d’ailleurs ne l’appelle-t-on pas la poule des coudriers, autre nom du noisetier.

Biotope de la gélinotte en Biélorussie où l’on voit en hiver les tiges de l’abondante strate arbustive si nécessaire à l’espèce – photo J.C. Génot

J’aurais pu en rester là, mais mon métier d’écologue m’a entraîné en Biélorussie pour une coopération scientifique. C’est dans des forêts résineuses d’épicéas mélangées à des feuillus (érable plane, tremble, frêne, orme, tilleul, bouleau) au sous-bois riche en noisetiers et en sorbiers, dans des forêts de pins sylvestres avec sous-étage d’épicéas aux basses branches ou encore dans des lisières de tourbières ou de ruisseaux avec des bouleaux et des aulnes que j’ai souvent vu la gélinotte, à l’envol ou perchée. Elle représente pour moi un symbole de la forêt étagée riche en sous-bois comme les futaies jardinées du Haut Jura, mais aussi de la forêt spontanée en reconquête sur d’anciens pâturages. Très vite, les premières visites dans la réserve naturelle de Berezinsky en Biélorussie m’ont permis de voir que la gélinotte est abondante dans presque tous les types de forêts, à l’exception des pinèdes sans sous-étage, des aulnaies marécageuses et des tourbières. Une gélinotte est levée à chaque sortie en forêt et cela à chaque saison. Un couple détale au sol devant nous sur une île de la Berezina, nous les voyons plusieurs fois car les feuilles ne sont pas encore là en avril. De très nombreuses gélinottes s’envolent dans un bruit de plumes pas toujours audibles quand nous avançons dans les chemins en forêt. Il s’agit principalement de forêts de bouleaux, de pins avec épicéas en sous-étage, d’épicéas avec sous-étage de noisetiers, de sorbiers et de framboisiers, de lisières de tourbières à sphaignes et de marais à molinie, recolonisé par les épicéas et jamais loin du couvert forestier. La molinie est une herbe poussant en touffes dans les zones humides, aux teintes très jaunes en automne.

Un jour de juin dans une forêt d’épicéas mélangée de feuillus, je provoque soudain l’envol d’une nichée d’au moins sept poussins. Ils se sont tous élevés du sol pour très vite y retomber à l’appel de ralliement de leur mère. Une autre fois en septembre, des jeunes accompagnent leur mère dans une pinède mélangée de bouleaux. A la lisière d’une tourbière au printemps, j’ai eu la grande chance d’observer un mâle juste au-dessus de moi, perché sur un bouleau. Il était immobile à quelques mètres de moi ; je suis resté aussi immobile que lui pour ne pas rompre le charme de cette rencontre. J’ai pu apprécier les couleurs subtiles de son plumage et la légèreté de cette petite poule des bois, perchée sur un mince rameau de bouleau sans le faire ployer. Une autre fois, toujours à Berezinsky en avril, un naturaliste local nous a emmenés, des amis et moi, dans une forêt proche des bureaux de la réserve. Là, il nous a demandé de nous assoir sur un tronc au sol et a commencé à imiter le chant aigu de la gélinotte. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que l’oiseau apparaisse, d’abord en volant de branche en branche, puis il a fini par se poser pour qu’on puisse l’observer quelques instants. Une apparition magique de l’elfe des bois.

Je l’ai observée ces dernières années dans une autre forêt située à l’ouest de la Biélorussie en vol, posée sur une branche ou au sol en lisière d’un chemin. Cette poule des bois qui chante aussi faiblement qu’un roitelet est abondante à Berezinsky et probablement dans de nombreuses forêts biélorusses. Les comptages effectués dans la réserve il y a 20 ans indiquaient des chiffres qui laissent rêveur : jusqu’à dix-neuf oiseaux au kilomètre carré ! Il est fort probable que ce nombre soit exceptionnel et qu’on soit plus proche de la réalité aujourd’hui en divisant ce chiffre par deux. Ce bel oiseau demande des forêts pas nécessairement âgées et peu modifiées pourvu qu’elles comportent des arbustes diversifiés en sous-bois et des essences lui fournissant son alimentation hivernale telle que les bourgeons des bouleaux, des aulnes, des saules et des sorbiers. Outre un oiseau de toute beauté, la gélinotte est également un mets délicat d’après Vladimir, responsable de la réserve de chasse. Malgré cela, elle n’est pas chassée contrairement à la bécasse et aux autres tétraonidés. Mais quelle ne fut pas ma surprise en 2002 lors d’un voyage en automne lorsqu’on m’invita à goûter une poule au pot lors d’un bivouac au bord de la Berezina. On me demanda si j’appréciais le repas ; je répondis que je trouvais la poule succulente : c’était une gélinotte !

Biotope de la gélinotte dans le Haut Jura composé de taillis de noisetiers – photo J.C. Génot

Comment se porte l’elfe des bois dans nos forêts françaises ? Dans le dernier atlas des oiseaux nicheurs de France paru en 2015, on estime sa population entre 6 000 et 8 000 couples nicheurs, ce qui est peu pour une espèce ayant un petit territoire. Mais ces chiffres sont considérés comme « fortement spéculatifs ». De plus, la population est considérée comme en fort déclin, notamment dans le nord-est (Ardennes et Vosges). Le Jura, mais surtout les Alpes, abritent la plus grande partie de la population. Rien d’étonnant que cette espèce d’origine boréale se retranche dans les montagnes. Malgré sa discrétion, certains naturalistes se sont intéressés à cette espèce. Pour certains d’entre eux, cet intérêt est allé jusqu’à faire une thèse. Ainsi il existe quatre thèses de doctorat consacrées à cette espèce : deux uniquement centrées sur la gélinotte (l’une de Régis Desbrosses sur les habitats et les fluctuations de population dans le Jura et l’autre de Marc Montadert sur la démographie et l’habitat dans les Alpes du Sud) et deux autres traitant des deux tétraonidés (grand tétras et gélinotte) sur le régime alimentaire et sur la modélisation de l’habitat dans le Jura.

Pourtant, la seule monographie française sur la gélinotte ne provient pas d’un des auteurs des travaux scientifiques évoqués précédemment. Elle été publiée en 2019 par Jean Schatt (1), un Jurassien qui fut ingénieur forestier et chasseur et qui a une excellente connaissance de terrain des tétraonidés. Cette monographie est le fruit de 35 années d’observations, de persévérance, de patience et de rigueur. Pour Jean Schatt, pas de télémétrie, pas de GPS et pas de modélisation pour entourer la science naturelle d’un vernis scientifique. Il a travaillé « à l’ancienne », privilégiant la collecte directe de données sur le terrain avec un minimum de technologies : des jumelles, un carnet et des fiches d’enquête. Il s’inscrit ainsi dans l’héritage des études naturalistes de ses illustres voisins suisses : Robert Hainard pour les mammifères et Paul Géroudet pour les oiseaux. Notre Jurassien de bientôt 90 ans est un homme des bois qui a vécu au plus près de son milieu d’étude. Il a su concilier sa passion pour la nature, la forêt et la chasse. C’est d’ailleurs ces trois approches qui lui ont sans doute permis de mieux appréhender la réalité de certains phénomènes influençant la gélinotte, qu’il s’agisse de l’impact de la chasse, des conséquences de certaines pratiques de gestion forestière ou de certaines méthodes mises en œuvre par des scientifiques pour étudier les tétraonidés. Parce qu’il a mené son étude pendant plusieurs décennies, Jean Schatt a acquis une certaine autorité en matière de tétraonidés. D’ailleurs, il estime que le chiffre global de la population française de gélinotte annoncé dans l’Atlas peut être divisé par 10 ! Pour lui, l’espèce doit être impérativement inscrite sur la liste des espèces menacées. Enfin, le tour d’horizon des passionnés de gélinotte ne serait pas complet sans citer l’ouvrage de photos de Jean Guillet (2)  qui a réussi à photographier cet oiseau si cryptique à l’affût et à restituer toute la beauté de cette poule sauvage des bois.

La gélinotte n’échappe pas à la gestion de la nature et ses manipulations. Ainsi, dans les Vosges du Nord où j’habite, l’espèce a disparu à cause de la sylviculture. Une étude de faisabilité pour la restauration des biotopes a été menée par l’ONF, mais il est apparu illusoire de vouloir restaurer un habitat favorable sur des surfaces suffisantes quand la gestion forestière et la pauvreté du sol gréseux se conjuguent pour mener des futaies régulières sans strates arbustives si nécessaires à la gélinotte. Malgré cela, quelques passionnés des tétraonidés rassemblés en une association nommée SOS Tétras (aujourd’hui dissoute) ont souhaité lâcher des gélinottes d’élevage sans aucune étude préalable, sans suivi et sans bilan. Je n’ai jamais pu savoir s’ils avaient réellement effectué leur lâcher. Ils l’ont par contre fait pour le grand tétras au sud des Vosges du Nord mais cela fut évidemment un échec tant les facteurs défavorables au coq de bruyère (autre nom du grand tétras) étaient nombreux. On pourrait rétorquer qu’il s’agit là d’amateurs dont la passion pour l’espèce est telle qu’ils ne voient pas ou ne veulent pas voir qu’une espèce ne peut pas vivre sans un milieu favorable. Dans ce cas, on peut les excuser car leur échec est pour eux une leçon bien assez dure à encaisser. Mais que dire quand des ornithologues scientifiques veulent sauver une sous-espèce de gélinotte vivant uniquement en Belgique, au Luxembourg, dans l’ouest de l’Allemagne et dans le nord-est de la France en prélevant des œufs dans la population déclinante des Vosges pour commencer un élevage en vue de relâcher les jeunes nés en captivité ? Cette sous-espèce se serait différenciée de l’autre sous-espèce peuplant les Alpes après les glaciations car elle s’était réfugiée dans le sud-ouest. Un tel projet paraît bien périlleux et soulèvent de nombreuses questions sur la validité génétique de ces sous-espèces pour la gélinotte qui en 10 000 ans a eu le temps de s’hydrider entre les Alpes et le Jura et entre le Jura et les Vosges, sur l’impact de ces prélèvements dans une population déclinante, sur la réussite de ces élevages en captivité, sur le taux de mortalité des oiseaux d’élevage relâchés en pleine nature, qui plus est quand ils sont équipés de colliers émetteurs, sur la qualité des biotopes où la gélinotte doit être réintroduite, sur la persistance des causes de sa régression et sur le risque d’ouvrir la porte à des manipulations et autres artifices sans fin pour sauver une espèce dont certains spécialistes ont probablement modélisé la disparition liée au réchauffement climatique car la gélinotte est une espèce boréale. Le projet de sauvegarde de la « gélinotte de l’ouest » date de 2017, mais un projet de réintroduction de gélinottes dans les Pyrénées catalanes datant de 2012 préconise justement de ne pas prendre les oiseaux des Vosges en déclin, pourtant supposés de la même origine génétique que la population soit disant éteinte des Pyrénées…

Plus la nature va rétrécir et plus les protecteurs et sauveurs en tout genre vont agir pour enrayer ce déclin, mais selon quelle éthique et pour quel objectif ? Pour les promoteurs de ce type de projet, s’agit-il de protéger une espèce ou de trouver une activité scientifique ou technique intéressante et durable ? La durabilité étant garantie par la difficulté à mettre en œuvre la protection de ce type d’espèce fragile car ce genre d’aventure peut durer des années. Le piège pour les protecteurs de la nature est le suivant : face à l’effondrement du vivant, il est urgent d’agir et toute action pour sauver une espèce semble légitime. Mais jusqu’où aller dans la manipulation des oiseaux même si l’espèce est menacée ? Il y a déjà tant à faire au niveau de la quiétude des oiseaux en saison de reproduction, de la gestion forestière et de la chasse, mais c’est plus ardu et il y a plus de coups que de lauriers à recevoir. Si rien n’est fait dans les domaines cités précédemment, la gélinotte pourrait un jour disparaître, discrètement comme elle a vécu.

* Écologue

(1) Schatt J. 2019. La Gélinotte des bois. Biologie-Eco-éthologie. Books on Demand. 152 p.

(2) Guillet J. La quête de la gélinotte des bois. Mokkö Editions. 191 p.

Le droit au chômage partiel pour les journalistes pigistes

Une grande partie des journalistes pigistes a désormais le droit au chômage partiel. Vous trouverez plus de détails dans ce communiqué que nous avons signé aux côtés de plusieurs syndicats et associations de journalistes. 

par Carine Mayo

En principe, ce sont les employeurs qui doivent contacter les journalistes pigistes pour leur signifier leur droit au chômage partiel. Mais si tel n’est pas le cas pour vous, n’hésitez pas à contacter les organisations syndicales SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes ou SGJ-FO qui se mobilisent dans les entreprises de presse pour faire appliquer le décret.

Pour les photographes (et ceux qui sont multi-statuts), ce message de l’association Divergence Images :
-> pour celles et ceux en lien avec des pigistes qui ont d’autres statuts/activités (notamment les photographes artistes auteurs Agessa ou micro-entrepreneur), n’hésitez pas à leur dire qu’ils peuvent tout à fait candidater à des aides spécifiques mises en place pour ces activités-là, à commencer par le Fonds de Solidarité du Gouvernement (les 1500 €). Et que c’est cumulable avec une activité de pigiste salarié.

Le collectif Profession : Pigistes a également mis en place une enquête pour identifier les journalistes pigistes qui ne seraient pas pris en compte par ces mesures (questionnaire à remplir ici).

En espérant que vous êtes en bonne santé et que ces informations pourront vous être utiles.

Bien à vous.

Hommage à Robert Poujade, premier titulaire en 1971 du poste de ministre de l’Environnement

Les JNE saluent la mémoire et l’action de Robert Poujade, premier titulaire en 1971 du poste de ministre de l’Environnement, décédé le 8 avril 2020 à l’âge de 91 ans.

par Laurent Samuel

Nommé en janvier 1971 par le Président Georges Pompidou, Robert Poujade, gaulliste historique, fut le premier – et pas le moins brillant – d’une longue série de ministres de l’Environnement. Son titre exact était : ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Protection de la Nature et de l’Environnement. A l’époque, le terme « nature » n’était donc pas tabou…

Dans le numéro du Canard Sauvage, journal des JNE, consacré aux 50 ans de notre association, Claude-Marie Vadrot retraçait ainsi son parcours ministériel :

« Au début des années 70, l’un des plus efficaces dans un monde politique se souciant pas le moins du monde de la nature et de l’environnement, fut Robert Poujade, un cacique du parti gaulliste. Comme beaucoup de ses successeurs à ce poste, il ne fut pas nommé pour sa compétence en écologie. Sa présence correspondait simplement à un équilibre régional et politique au sein du parti et du gouvernement aux commandes. Si celui qui écrivit ensuite « Le ministère de l’impossible » (NDLR paru en 1975) mérite une mention très honorable, c’est parce qu’il eut la curiosité et même le courage de se plonger dans des dossiers négligés depuis des décennies en tentant d’en régler certains. Il avait découvert des urgences et les prenait à cœur. Je me souviens d’ailleurs comment, jeune journaliste sur le point de l’interviewer dans son bureau, il m’expliqua que ce n’était plus la peine, qu’il venait d’être viré et que l’industrie du papier, dont il voulait limiter les pollutions, avait eu sa peau… Sa carrière politique était terminée. »

Sa carrière politique nationale du moins, car Robert Poujade, élu à ce poste dès 1971, restera jusqu’en 2000 un très populaire maire de Dijon, imposant une politique dynamique et novatrice de protection de l’environnement. Ce qui vaudra à cette commune d’être régulièrement récompensée dans les classements des villes les plus « vertes » publiés dans des magazines comme le Point ou Ça M’intéresse.

Voici la réaction de Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement et actuel Président de l’association Equilibre des Energies : « Hommage à Robert Poujade, le premier d’une longue liste de ministres qui durent se battre, d’abord contre les deux administrations de l’Industrie et de l‘Agriculture auxquelles ils avaient arraché deux directions : la lutte contre les pollutions et la protection de la nature. Puis contre leurs collègues des gouvernements qui confondaient la prospérité avec les tonnages de béton, de bitume et de poubelles. Si la France a appris à se préoccuper d’écologie en créant notamment un vrai ministère, c’est grâce à des personnalités compétentes, courageuses, et toujours courtoises, comme était Robert Poujade. »

J’avais contacté Robert Poujade vers 2005 pour un bilan des ministres de l’Environnement à paraître dans Ça M’intéresse. Il avait pris le temps de me rappeler personnellement, pour me dire qu’il était touché qu’on ait pensé à lui, mais que s’il nous répondait, il serait conduit à porter des jugements – positifs ou négatifs – sur certains de ses successeurs, qu’il se refusait à jouer le rôle de distributeur de bons et de mauvais points, et qu’il se déclinait donc avec regret notre demande d’interview. Une élégance aujourd’hui rare dans le monde politique et ailleurs…

Les JNE adressent leurs condoléances à la famille de Robert Poujade, et ont une pensée émue pour Serge Antoine qui fut (avant même sa création) la cheville ouvrière de ce nouveau ministère.

Une décision fondamentale du Conseil constitutionnel sur le droit d’accès aux documents administratifs

Une décision du Conseil constitutionnel, en date du 3 avril 2020, donne pour la première fois une valeur constitutionnelle au droit d’accès aux documents administratifs, et établit qu’il est garanti par l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

par Gabriel Ullmann

Au cours de ces dernières années, le droit à l’accès aux documents administratifs a été fortement restreint, tant par le Conseil d’Etat que par le manque de moyens de la CADA (1), alors que le droit d’accès aux documents administratifs constitue l’une des « garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l’exercice des libertés publiques » comme l’avait établi le Conseil d’Etat lui-même (CE, 29 avril 2002, Gabriel Ullmann, n° 228830). Ce droit est pourtant garanti par l’article 15 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) de 1789, à savoir que « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration » comme vient de le décider le Conseil constitutionnel (CC, Décision n° 2020-834 QPC du 3 avril 2020).

La décision du Conseil constitutionnel paraît fondamentale car non seulement elle donne pour la première fois une valeur constitutionnelle au droit d’accès aux documents administratifs, ce qui transcende la jurisprudence précitée du CE qui l’avait déjà rangé parmi les libertés publiques, mais établit que ce droit est garanti par l’article 15 de la DDHC. Cela signifie qu’il s’inscrit pleinement dans l’exercice du droit de demander des comptes aux agents publics. Ce n’est donc plus simplement le droit d’accéder à l’information pour être informé ou participer à une décision, mais bien celui de mettre en capacité le citoyen de demander des comptes et d’exercer un certain contrôle de l’action publique.

Le refus de communiquer un document administratif est, de plus, une atteinte portée à l’article 10 de la convention européenne des droits de l’Homme, relative à la liberté d’expression qui comprend la liberté d’opinion et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations ou des idées sans qu’il puisse y avoir ingérence d’autorités publiques et sans considération de frontière.

Comme la Cour européenne des droits de l’Homme l’a rappelé récemment avec force, la liberté de recevoir et de communiquer des informations, protégée par l’article 10 de la convention, commande un libre accès aux documents administratifs détenus par l’État ou des organismes publics (CEDH, 29 janv. 2019, no 24973/15, Cangi c/Turquie).

(1) La Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) a, selon la loi, un mois pour rendre un avis sur les refus de communication. Par manque criant de moyens, ce délai est actuellement porté à 8-9 mois, réduisant d’autant l’intérêt de la demande. De plus, le Conseil d’Etat a récemment annulé un jugement du TA de Paris en étendant considérablement le cadre du caractère abusif des demandes de documents, hors du champ prévu par loi, en décidant dorénavant qu’est abusive une demande « qui aurait pour effet de faire peser sur elle (l’administration) une charge disproportionnée au regard des moyens dont elle dispose » (CE, 14 nov. 2018, n° 420055).

Tout nouveau, tout beau, l’annuaire 2020 des JNE !

 

Il est arrivé dans nos locaux la veille du confinement et nous ne manquerons pas de vous l’envoyer et de vous le présenter dès que nous pourrons de nouveau reprendre le cours de nos activités.

Vous y retrouverez comme chaque année les coordonnées des membres de l’association ainsi que des fiches présentant les entreprises partenaires de l’annuaire.

Vous y découvrirez également la présentation des activités de l’association et des livres écrits en 2019 par les auteurs JNE, ainsi que le témoignage de Nathalie Tordjman, journaliste et auteure (dernier livre paru Zéro déchet comme un lombric et d’Olivier Nouaillas, journaliste à la Vie et auteur (dernier livre paru Une rivière en résistance).

La photo de couverture représentant une loutre de mer, espèce réintroduite dans le Pacifique Nord dont la population est en expansion est signée Isabelle Groc. On peut découvrir à l’intérieur de cet annuaire un aperçu du travail de cette photographe et réalisatrice de documentaires vivant à Vancouver, dont les articles et photos sont publiés dans National Geographic News, BBC Wildlife et Canadian Wildlife.

L’annuaire 2020 des Journalistes-écrivains pour la Nature et l’Écologie (JNE), c’est :

160 pages indispensables avec les coordonnées personnelles et professionnelles des 193 membres de l’association (journalistes, photographes, écrivains, illustrateurs), leurs spécialités, les médias auxquels ils collaborent ainsi que les coordonnées de nos 10 membres associés et des fiches présentant les entreprises partenaires de l’annuaire avec les coordonnées des personnes chargées des relations avec la presse au sein de chacune d’entre elles.

Pour faciliter sa consultation, vous trouverez :
• Un index par média
• Un index par région
• Nos contacts à l’étranger
• Nos contacts presse dans les entreprises partenaires

L’annuaire est disponible au siège de l’association au tarif de 46 € + 4 € de frais de port.
NB : l’association n’est pas assujettie à la TVA.

JNE (Association des Journalistes-Ecrivains pour la Nature et l’Écologie)
23 rue Henri Barbusse
94 110 Arcueil
Tél.: 07 83 19 08 35
Mail : contact@jne-asso.net

Le jardin du Conservatoire botanique national de Brest : une arche de Noé végétale

À quatre kilomètres du centre-ville, le jardin du Conservatoire botanique national de Brest, lové au cœur d’un vallon de 30 hectares, offre un patchwork de milieux abritant plus de 2 000 espèces de plantes menacées d’extinction en provenance du monde entier. On y découvre des espèces de Bretagne, de Chine, de Nouvelle-Zélande ou des Amériques… À découvrir en toutes saisons, après la fin du confinement bien sûr !

par Myriam Goldminc

L’histoire du jardin du Conservatoire botanique national de Brest commence par la rencontre entre deux projets, celui de la ville qui, dans les années 1970, après s’être reconstruite, souhaitait créer des espaces verts et celui d’une équipe de botanistes animés par la volonté de préserver les plantes en voie de disparition. Le site d’une ancienne carrière est choisi pour la douceur de son climat océanique et la présence de différents milieux. Le jardin va s’implanter le long du vallon de Stang Alar sur deux kilomètres au milieu duquel coule une rivière. Falaises, pelouses, bois et étangs complètent ce décor bucolique et offrent un microclimat favorable pour les plantes des cinq continents.

Pour lire la suite de cet article, cliquez ici sur le site du mensuel Plantes et Santé.

Un regard de Michel Loreau : par delà l’éthique et l’économie, l’homme au coeur de la biodiversité

La Société Française d’Ecologie et d’Evolution (SFE2) vous propose ce regard de Michel Loreau *, Grand Prix 2020 de la SFE2, sur les différentes approches en biologie de la conservation.

photo Anne Teyssèdre

La croissance démographique et économique des sociétés humaines vient se heurter de plus en plus frontalement aux limites écologiques de la planète Terre, engendrant une crise écologique globale. Cette crise se manifeste de multiples façons, notamment par un changement climatique de plus en plus perceptible et une érosion lente mais profonde de la biodiversité. Bien que la conscience de l’ampleur de cette crise ne cesse de croître, l’action collective pour la surmonter fait encore cruellement défaut.

Pour lire la suite de cet article, cliquez ici sur le site de la SFE2.

Cet article est une version légèrement modifiée et adaptée pour cette plateforme SFE2 d’une tribune du même auteur mise en ligne en mars 2015 sur le site d’Humanité et Biodiversité, partenaire de publication et de diffusion de ces ‘regards’. Merci de participer à ces regards et débats sur la biodiversité en postant vos commentaires et questions sur les forums de discussion qui suivent les articles; les auteurs vous répondront.

* Michel Loreau, Grand Prix 2020 de la SFE2. Directeur de Recherche au Centre de Théorie et Modélisation de la Biodiversité, Station d’Ecologie Théorique et Expérimentale, UMR 5321, CNRS & Université Paul Sabatier, 09200 Moulis, France. E-mail : michel.loreau@sete.cnrs.fr

Article édité par Anne Teyssèdre (JNE)

 

 

Hommage à Jean-Claude Pecker, l’un des rares scientifiques à lier démographie et écologie

L’astrophysicien Jean-Claude Pecker, décédé le 20 février dernier à l’âge de 96 ans, aurait à coup sûr été contrarié de se voir qualifier d’écologiste. Pourtant, ce professeur honoraire au Collège de France avait été sensible dès les années 1970 aux problèmes de pollution planétaires, notamment sous l’influence de son ami de jeunesse (et de résistance) et cousin par alliance Pierre Samuel *, alors engagé dans le mouvement Survivre et Vivre puis aux Amis de la Terre.

par Laurent Samuel

Jean-Claude Pecker dans son bureau du Collège de France

Jean-Claude Pecker comptait parmi les trop rares scientifiques à affirmer la « nécessité absolue » de « freiner la croissance démographique » afin de lutter contre le réchauffement de la planète. En septembre 2018, quelques jours après la démission de Nicolas Hulot, il avait ainsi été l’un des signataires d’un appel publié dans le Monde, qui dressait ce constat : « on fait comme si démographie et environnement étaient deux sujets séparés, alors qu’ils sont indissociablement liés. En effet, si les efforts pour améliorer l’efficacité environnementale des pays développés restent la première priorité à court terme, à moyen et long terme, les effets combinés de la croissance à venir de la population et de l’augmentation inéluctable de la consommation par habitant (à la fois dans les pays développés et encore plus dans les pays en voie de développement) conduisent à une véritable catastrophe pour notre planète : destruction de la biodiversité, ressources en eau menacées, montée des eaux par fonte des glaciers, raréfaction des ressources halieutiques, épuisement et salinisation des terres cultivées, réchauffement de plus de 5 °C en 2100 en France avec des pointes à plus de 50 °C, déplacements massifs de populations. »

Pour autant, Jean-Claude Pecker, pilier de l’Union rationaliste depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, se méfiait des positions excessives, « irrationnelles » à ses yeux, de nombreux écologistes. Il avait ainsi été en 1992 l’un des 4000 signataires de l’appel de Heidelberg, publié à l’occasion du sommet de Rio sur l’environnement et le climat, qui se terminait par cette phrase : « Les plus grands maux qui menacent notre planète sont l’ignorance et l’oppression, et non pas la science, la technologie et l’industrie, dont les instruments, dans la mesure où ils sont gérés de façon adéquate, sont des outils indispensables qui permettront à l’humanité de venir à bout par elle-même et pour elle-même, de fléaux tels que la surpopulation, la faim et les pandémies. » Il s’est avéré ensuite que cet appel qui plaidait pour « une écologie scientifique » dans laquelle « le contrôle et la préservation soient basés sur des critères scientifiques et non sur des préconceptions irrationnelles » avait été suscité en sous-main par des lobbystes des industries de l’amiante et du tabac (lire ici l’article de Stéphane Foucart dans le Monde). Toutefois, comme la plupart des signataires, dont de nombreux Prix Nobel, Jean-Claude Pecker avait signé cet appel « en conscience » et ne l’avait jamais renié sur le fond. Dans la même optique, il avait été de 1999 à 2001 Président de l’AFIS (Association française pour l’information scientifique), très critiquée pour ses positions en faveur des OGM.

Très marqué par la mort en déportation de ses parents, arrêtés à Paris et envoyés à Auschwitz, Jean-Claude Pecker était aussi un militant convaincu des droits de l’homme et un avocat infatigable de la vulgarisation scientifique, via notamment ses nombreux ouvrages sur l’astronomie pour le grand public et les enfants. Dans la communauté des astrophysiciens, il se distinguait par son scepticisme vis-à-vis de la théorie du Big Bang. Jadis lauréat du Concours général de dessin, Jean-Claude Pecker était aussi un passionné d’aquarelle et de dessin à la plume. Il avait publié plusieurs recueils de poésie. Son tout dernier ouvrage, édité par son ami Daniel Ziv (Z4 Editions), est consacré à la renaissance de l’Observatoire astronomique de Nice, dont il avait pris la direction au début des années 1960, le sortant de l’oubli et de la rouille dans lesquels ce haut lieu de la science était tombé depuis sa création par Eiffel et Garnier à la fin du XIXe siècle.

Pour en savoir plus sur la vie et l’oeuvre de Jean-Claude Pecker, lire ici l’article de Pierre Barthélémy paru dans le Monde.

* Père de l’auteur de ces lignes, dont la mère est une cousine germaine de Jean-Claude Pecker.

Etre écrivain en colère

Les écrivains écrivent tous azimuts, mais… ils bouffent aussi. Leurs estomacs sont parfois vides et leurs fins de mois souvent douloureuses.

par Christian Vilà, chargé des relations extérieures du SELF (Syndicat des écrivains de langue française), Nathalie Duport Serval, trésorièren et Jane Hervé (JNE), adhérente

La magie de leurs mots masque souvent les conditions réelles de leur apparition… Pourtant considérés comme « l’aristocratie ouvrière » parmi nos professions, plus de la moitié des auteurs de BD déclarent gagner moins que le Smic, la part monte même à 67 % parmi les auteures. Chez eux la part, des auteurs vivant sous le seuil de pauvreté est de 36 % chez les hommes et de 50 % chez les femmes. Le SELF (Syndicat des écrivains de langue française) est le seul syndicat exclusivement consacré à la défense des intérêts de l’ensemble des auteurs. Aujourd’hui, il lutte avec acharnement sur plusieurs fronts.

94 % des auteurs privés de droits sociaux jusqu’en 2019

Front 1 : Tout d’abord, le statut social des auteurs. Côté sécurité sociale, des « statuts » très défavorables ont été jusqu’alors imposés sans choix possible : exclusion totale des auteurs dits « assujettis » dont les revenus n’atteignaient pas 900 heures de Smic par an. Depuis 2016, ceux des « affiliés » ont subi une brutale augmentation des cotisations retraite complémentaire (à partir de 2025, les prélèvements s’élèveront à 8 %, soit un mois de revenu par an, ce qui aboutira pour certains au minimum à … un doublement de ces cotisations).

Les montants des cotisations sociales « retraites de base » (CNAV, CSG, CRDS) désormais prélevés à la source, atteindront des niveaux tels que certains auteurs « pro à temps complet », décident déjà de cesser leur activité ! Jusqu’en 2019, les auteurs les plus précaires (lesdits « assujettis » à l’AGESSA) étaient prélevés à hauteur d’environ 9 %… L’AGESSA refusant d’appeler leurs cotisations retraite de base, ceux-là ne cotisaient qu’au titre de la « solidarité » sans pouvoir ouvrir aucun droit social en retour !

Demain, avec tous les prélèvements obligatoires cumulés, les cotisations sociales s’élèveront à 28 % des revenus bruts (pour ceux qui les déclarent fiscalement en traitements et salaires) ou leur BNC sera majoré de 15 % (pour ceux qui choisissent ce mode de déclaration fiscale). Alors que la plupart des syndicats demandaient un seuil d’affiliation complète abaissé à 600 heures de Smic annuels (ce qui est le cas de certaines professions salariées, comme les titulaires de contrats discontinus ou saisonniers, dont le statut précaire est assez similaire à celui des artistes-auteurs), le gouvernement a maintenu ce seuil à 900 heures. Résultat : si les plus précaires bénéficient désormais d’une ouverture de leurs droits à la retraite de base avec validation d’un trimestre cotisé à partir de 150 heures de Smic, le seuil des 900 heures reste en vigueur pour obtenir complètement les droits sociaux (dont le paiement des indemnités journalières pour maladie et maternité). Comment s’en sortir ?

Quant aux auteurs auto-édités, toujours plus nombreux, ils continuent d’être exclus de ces dispositifs alors qu’ils devraient pouvoir cotiser à la sécurité sociale des auteurs.

Aujourd’hui, l’Intersyndicale des artistes-auteurs, cette structure jusqu’à présent informelle, mais qui regroupe jusqu’à 18 syndicats et associations sur certaines actions, se mobilise prioritairement sur le dossier dit de l’AGESSA. On connaît la situation catastrophique de 186 000 écrivains, compositeurs, scénaristes, traducteurs, illustrateurs, photographes, etc. actuellement pénalisés par les dysfonctionnements de l’AGESSA. Tous ont ainsi été classés comme « assujettis » lorsqu’ils n’atteignaient pas le seuil des 900 heures de Smic annuelles (soit 8 892 € requis pour 2018, un seuil que n’atteignaient pas 94 % des auteurs !). Ils n’ont donc pas eu droit au statut d’« affilié » (celui des 17 000 qui paient leur cotisation retraite). Autrement dit, les assujettis n’ont bénéficié d’aucun droit social pendant ces années. Pourquoi ? Parce que l’AGESSA, qui gérait la Sécurité sociale, n’a pas rempli sa mission entre 1978 et fin 2018, ni plus ni moins pendant 40 ans! Une aberration dénoncée dans le rapport Racine (voir ci-dessous).

L’objectif du SELF est d’obtenir réparation pour tous ces ex-assujettis (encore actifs ou retraités). Comment ? En leur permettant de s’acquitter de leurs cotisations retraite “de base” pour un montant symbolique et d’acquérir ainsi les droits correspondants. Selon l’actuel ministre de la Culture, Franck Riester, un tel dispositif risquerait d’être juridiquement rejeté pour « inégalité de traitement ». Or cette inégalité est déjà une réalité : en effet, la MdAss (Maison des Artistes Sécurité sociale, équivalent de l’AGESSA pour les plasticiens) a justement obtenu cette régularisation pour ses assujettis, depuis plusieurs années.

Livres indisponibles, surtout pour les auteurs !

Front 2 : La loi sur les indisponibles, votée en catimini en 2012, fait l’objet d’un recours devant le Conseil d’État. Le SELF s’y est joint. De fait, le dispositif ReLire (http://relire.bnf.fr/) permet l’édition numérique de textes indisponibles, mais sans en informer l’auteur et sans qu’il ait cédé ses droits numériques à un éditeur. Chaque auteur doit vérifier lui-même si ses titres ont été numérisés par la Bibliothèque nationale de France (BnF) ! S’il veut retirer l’un d’eux, il doit se livrer à de fastidieuses démarches. Oui, mais si la numérisation est payée par l’argent public, la mise à disposition des textes sera payante ! Conséquence : le lecteur, alibi de cette loi, est ainsi floué deux fois. Le SELF refuse ces spoliations des auteurs et des lecteurs.

Cette loi 2012 sur les indisponibles permet la captation par la base ReLire de tous les ouvrages du XXe siècle non exploités commercialement, mais encore sous droits.

Voilà qui incite certains membres du collectif Le Droit du Serf à réactiver le SELF : Sara Doke et Ayerdhal, écrivains, initient ainsi un recours en excès de pouvoir contre ReLire auprès du Conseil d’État. Plaidé devant le Conseil d’État puis devant la Cour de justice de l’Union européenne, ce défaut d’accord préalable des auteurs concernés par la base ReLire (captation non consentie (dénommée opt-out) pour ce dispositif a été jugé illégal par la plus haute juridiction européenne ! Une décision qui oblige aujourd’hui la SOFIA à restituer ses droits à tout auteur présent sur la base ReLire qui en fait la demande. L’affaire n’est pourtant pas close, la SOFIA et Fenixx (société qui commercialise ces ouvrages) ayant décidé unilatéralement que les ouvrages inscrits sur la base ReLIRE avant la décision de la CJUE continueraient d’être numérisés. Il s’agit d’une contrefaçon manifeste !

Le contrat d’édition : rien de nouveau sous le soleil des auteurs

Front 3 : le contrat de cession des droits d’auteur entre le Conseil permanent des écrivains (CPE) et le Syndicat national de l’édition (SNE) ne garantit ni l’égalité des taux de rémunération entre auteurs et éditeurs dans le numérique, ni la limitation de validité du contrat « papier ». Et cela, même si sa rupture par simple mise en demeure (via lettre recommandée avec accusé de réception) en cas de défaillance de l’éditeur ou de non-reddition des comptes annuels, a été obtenue depuis 2014 via l’ordonnance sur le contrat d’édition à l’ère numérique, complété par ses décrets d’application qui tiennent lieu aujourd’hui de Code des usages.

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000029750455&categorieLien=id

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000029966188&dateTexte=&categorieLien=id

Ces deux textes, jugés insuffisants, font toujours l’objet de négociations entre les représentants des auteurs et ceux des éditeurs.

Dès 1976, des auteurs fondateurs du SELF (Marie Cardinal, François Châtelet, Dominique Desanti, Benoîte Groult… ) voulaient déjà faire reconnaître un vrai statut de l’écrivain par les pouvoirs publics et les éditeurs sur les plans social, fiscal, législatif et contractuel. Depuis 44 ans donc ! Dans les années 80, l’équipe renouvelée accomplit un travail militant et publie alors le journal Ecrivains (69 numéros avec dossiers), participe au CPE, obtient un amendement à la loi Lang pour un contrat audiovisuel séparé, reçoit de nombreux auteurs en mal de contrat d’édition, prend part à la rédaction du premier Code des Usages (celui de 1981)…Parmi les présidents, co-présidents et vice-présidents : Yves Frémion (une dizaine de mandats), Mathias Lair (plusieurs mandats), Benjamin Lambert (plus de quinze mandats), Ghislain Ripault, Victoria Thérame, Maguelonne Toussaint-Samat, Joëlle Wintrebert. Sans oublier l’endurant secrétaire-trésorier, Gérard Gaillaguet et parmi les responsables entêtés, Claudine Enjalbert et Mathias Lair, acharnés jusqu’au début des années 2000. Le SELF, malgré le manque de moyens et de subventions et avec des locaux de fortune, maintient son existence, sa présence au CPE et à la commission professionnelle de l’AGESSA. Mis en sommeil durant quelques années, il a été réactivé en 2012 dans la perspective du procès contre ReLire. Christian Vilà l’a présidé jusqu’en 2018 avec – entre autres missions – celle d’obtenir la plus large union possible entre syndicats et associations des artistes-auteurs « tous genres confondus », c’est-à-dire dépendant aussi bien de l’AGESSA que de la MdA. Une telle union est aujourd’hui devenue effective à travers « l’Intersyndicale » des artistes-auteurs, cette structure informelle qui a déjà largement démontré son efficacité.

Convoqués en février au ministère soi-disant de la Culture

Les représentants de nombreuses organisations représentatives des artistes-auteurs (syndicats dont le SELF, et associations) ainsi que des diffuseurs et autres organismes de gestion collective, quelques députés et sénateurs, ont été récemment convoqués au ministère de la Culture pour entendre les conclusions et propositions du ministre Franck Riester après la publication du rapport Racine que vous pouvez télécharger ici :

https://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation/Rapports/L-auteur-et-l-acte-de-creation

Un rapport que la grande majorité des organisations d’artistes-auteurs a approuvé d’une seule voix… Pour celles et ceux qui sont sur le réseau Facebook, le SELF informe chaque jour à ce propos.

En gros, Monsieur le ministre a exprimé sa compassion envers les artistes-auteurs (notre triste sort, notre précarité, les pressions sociales et fiscales qui s’exercent et s’aggravent ces dernières années). Le tout, en ne validant que les demandes émanant du SNE, des OGC (organismes de gestion collective type SACEM ou SCAM) et autres diffuseurs. Dont le maintien du paiement en droit d’auteur des directeurs de collection, alors que cette demande du SNE (notre MEDEF à nous) a été rejetée par la juridiction compétente ! Dont aussi la validation de la présence de ces OGC dans les conseils d’administration et de gestion des organismes sociaux, ce qui est “légèrement” contraire au droit du travail. Pourquoi ? Parce qu’à l’inverse des syndicats et au regard du Code de la Sécurité sociale, ces sociétés d’auteurs n’ont aucune légitimité à représenter l’ensemble des créateurs, mais seulement leurs sociétaires. La demande intersyndicale de créer un comité de pilotage avant l’organisation d’élections professionnelles (pour représenter les artistes-auteurs dans les organismes de sécurité sociale dont ils et elles dépendent) a été repoussée… aux calendes grecques.

Le SMDA-CFDT (Jean-Marc Bourgeois), le SNAAFO (Mireille Lépine) et le SELF (Christian Vilà) ont posé de nouveau au ministre le problème des assujettis AGESSA floués de leurs droits à la retraite. Ils ont demandé réparation pour tous ceux-là (les 190 000 auteurs concernés en moyenne annuelle, une paille !). Le ministre a fait valoir que la réparation n’était pas un problème dépendant d’une simple volonté politique, mais qu’il fallait aussi prendre en compte les aspects juridiques (dont la susnommée inégalité de traitement) et blablabla… Bref, il semble se refuser à faire pour nous ce que la MdA a fait pour ses propres assujettis : valider leurs cotisations prescrites pour un montant symbolique et leur ouvrir les droits correspondants. Drôle d’égalité de traitement !

Pour conclure, le « scandale AGESSA » reste la pire injustice qui nous ait été faite. Que faire ? Soit on y va « devant et méchant » et « on sort les casques à pointe » (jargon rugby avé l’accent), soit on se couche et les ignominies commises par l’AGESSA avec la bénédiction des gouvernements successifs ne vaudront aucune compensation aux victimes… Il va de soi que nous ferons « valoir ce que de droit ».

Pour en savoir plus : http://self-syndicat.fr/
Adresse contact : contact@self-syndicat.fr
Bulletin d’adhésion : http://self-syndicat.fr/wp-content/uploads/Bulletin-dadhe%CC%81sion-2020.pdf

Bon à savoir
Une association (comme les JNE) peut adhérer au SELF en tant que personne morale. Si ses adhérents souhaitent bénéficier des services du SELF pour leurs dossiers individuels, ils devront alors adhérer en tant que personnes physiques. La cotisation annuelle est de 30 €. Même tarif pour les adhésions individuelles. Ce tarif peut être réduit à 15 € en cas de difficultés financières, sans justificatif de ressources.

Fréquentation en hausse pour les JNE sur la toile et les réseaux sociaux

En 2019, le nombre de pages vues sur le site des JNE a presque doublé par rapport à 2018, passant de 1,1 million, à 2,1 millions. Le nombre de « hits » (requêtes d’accès à un fichier formée lors de l’appel d’une page web par votre navigateur) a aussi connu une hausse sensible, avec 3,4 millions, contre 2,2 millions en 2018.

par Laurent Samuel

Le nombre de visites a en revanche légèrement régressé : 173 000 en 2019, contre 185 000 en 2018. Celui des « visiteurs différents » (internautes qui consultent une série de pages web consécutives ou effectuent une série de requêtes) s’établit à 65 000 en 2019, contre 78 000 en 2018. Le site des JNE a connu un pic de fréquentation en octobre 2019, correspondant aux célébrations du 50e anniversaire de notre association.

Le site des JNE est animé par Laurent Samuel (rédacteur en chef), avec Danièle Boone, qui gère les rubriques livres et presse écrite, et l’assistance technique toujours efficace de notre webmestre, Pierre Demeure. De nombreux adhérents, dont Richard Varrault, Dominique Martin-Ferrari, Olivier Nouaillas, Fabrice Nicolino, Danièle Boone, Allain Bougrain-Dubourg, Christel Leca, Marc Giraud, M’hamed Rebah, Carine Mayo, Jane Hervé, Jean-Claude Génot, Michel Cros, Michel Sourrouille, Annik Schnitzler, Myriam Goldminc, Gabriel Ullmann, Isabel Soubelet, Jean-Paul Thorez, Anne Tessèydre, Yves Paccalet y ont collaboré en 2019. Nous avons aussi publié plusieurs textes d’Alain Hervé, membre historique des JNE, à la suite de son décès en mai 2019.

Le compte Twitter de l’association a continué à progresser, avec 3300 abonnés environ, contre 3000 fin 2018. Plus de 4000 messages (ou tweets) y ont été postés depuis sa création, dont 500 environ en 2019. Ils annoncent les nouveaux articles mis en ligne sur le site des JNE et relaient (retweetent) des informations « tweetées » par des adhérent(e)s des JNE et des associations comme l’AJE (Association des journalistes de l’environnement) ou l’AJSPI (Association des journalistes scientifiques de la presse d’information), ainsi que par des sites d’information généralistes ou spécialisés. L’activité des JNE sur Twitter a connu un pic en octobre 2019 à l’occasion de notre journée d’études sur le journalisme d’environnement aujourd’hui et de la fête pour le 50e anniversaire de notre association.

Le groupe Facebook des JNE, réservé aux adhérents de l’association, compte 69 inscrits, soit moins du tiers de nos membres, contre 65 en 2018. Chaque adhérent peut y poster des messages (option que peu d’entre eux utilisent !), et l’équipe d’animation du site des JNE y met en ligne des informations sur la vie de l’association ainsi que l’annonce des articles publiés sur le site et certaines activités et publications des adhérents.

L’association anime aussi une page Facebook, accessible à tous les internautes, qu’ils soient inscrits ou non sur Facebook. Celle-ci compte plus de 1350 « suiveurs », contre 1200 en 2018, et a recueilli plus de 1250 mentions « j’aime ». Sa consultation régulière permet d’être informé sur les nouveaux articles mis en ligne sur le site des JNE, ainsi que sur les activités de l’association et des adhérents. La rubrique « événements » permet de s’inscrire aux activités des JNE ouvertes au public, telles que nos colloques et conférences.

Enfin, les JNE ont créé une chaîne YouTube. Cette chaîne (gratuite) compte 33 abonnés, contre 25 en 2019. Les vidéos les plus populaires ont été les interviews d’Arthur Keller (314 vues) et Yves Cochet (308 vues) réalisées à l’occasion du colloque JNE « effondrement ou transformations » de mars 2019, suivies par un entretien avec notre adhérent Georges Chapouthier, neurobiologiste et philosophe, recueillie en 2018 lors du colloque JNE sur la condition animale (230 vues).