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Algérie : la pollution des eaux souterraines, une inconnue

Une pollution des eaux souterraines par les huiles moteur usagées, révélée involontairement par un agriculteur à Ouled Rahmoune, près de Constantine (à l’est du pays), a soulevé la question, peu maîtrisée en Algérie, de l’infiltration des effluents dangereux dans les nappes phréatiques qui fournissent une partie de l’eau destinée à la consommation des populations et à l’irrigation.

par M’hamed Rebah

Samedi 20 mars 2021, à Ouled Rahmoun, localité à vocation agricole, le forage d’un puits sur une profondeur de 90 m à la recherche de l’eau, a fait remonter à la surface un liquide visqueux et noirâtre qui a été trop vite présenté par les médias et les réseaux sociaux, comme une découverte de pétrole. L’expertise réalisée par la Compagnie nationale des hydrocarbures, Sonatrach, a établi que le liquide est une huile moteur très dégradée qui s’est trouvée mélangée à l’eau du puits artésien.

Comment cela a-t-il pu arriver ? Pour élucider l’affaire, une commission technique a été constituée par les ministères de l’Energie et des Mines et de l’Environnement. Il faut espérer que la création de cette commission ne soit pas destinée, comme cela s’est déjà produit par le passé, à faire oublier le problème au lieu de le traiter. Dans ce cas, la traçabilité est rendue possible par l’article 49 de la loi sur l’environnement de juillet 2003, qui impose un inventaire établissant le degré de pollution des eaux superficielles ou souterraines, cours d’eau, lacs et étangs, eaux littorales ainsi que de l’ensemble des milieux aquatiques.

Récemment, les risques de pollution des nappes phréatiques dans le Sud ont retenu l’attention du président Abdelmadjid Tebboune qui a ordonné l’envoi d’une délégation comprenant les ministres des Finances, des Ressources en eau et de l’Environnement dans les wilayas du Sud, notamment les wilayas de Tamanrasset et Adrar, en vue de s’enquérir de l’état de ces ressources en eau. Dans le sud algérien, le risque de pollution le plus fréquent sur les eaux souterraines, vient des activités liées aux hydrocarbures. Dans le nord du pays, loin des champs pétrolifères, ce sont les rejets d’huiles usagées qui constituent une sérieuse menace sur la qualité des eaux souterraines.

Les données concernant les huiles usagées, classées par la législation algérienne parmi les déchets spéciaux dangereux, ont toujours été marquées par l’incertitude dans les rapports officiels. Elles sont insuffisamment prises en charge dans les estimations des déchets. Particulièrement nocives, leur gestion est strictement réglementée, elles doivent être manipulées avec précaution et ne peuvent être déversées dans les canalisations ni être jetées avec les ordures ménagères, leur traitement préconise une démarche particulière. Les industriels sont tenus d’opérer un prétraitement pour les éliminer de leurs rejets vers le réseau d’assainissement.

Mais la réalité est tout autre : la dernière publication du Centre national des technologies plus propres (CNTPP), qui relève du ministère de l’Environnement, nous apprend que, dans certains cas, les huiles moteur usagées sont déversées dans le sol et peuvent contaminer les eaux de surface et souterraines, créant ainsi de graves pollutions de l’eau et de la végétation à long terme.

Selon le Quotidien d’Oran (25 septembre 2019), la direction de l’Environnement de la wilaya d’Oran a recensé 40.000 tonnes d’eaux huileuses, soit près de 40 % de l’ensemble des déchets spéciaux dangereux de la wilaya, rejetées chaque année dans les réseaux d’assainissement ou d’autres milieux récepteurs. Un contrôle, cité par la même source, effectué par la direction locale de l’Energie, a permis de constater que « le minimum pour récupérer les huiles et séparer les huiles usagées de l’eau du lavage, ne se fait pas dans la grande majorité des stations-service ».

L’enquête a établi que les stations-services qui assurent la prestation de lavage-graissage, déversent, pour la plupart d’entre elles, les huiles usagées dans les réseaux d’assainissement. Il n’est pas exclu que des huiles usagées soient récupérées pour être traitées et conditionnées puis écoulées de manière frauduleuse comme huile moteur, à travers les circuits de l’économie informelle.

L’entreprise publique Naftal (chargée de la distribution des carburants) s’est engagée à procéder à la récupération des huiles usagées au niveau de ses points de vente et à préserver les eaux superficielles et souterraines. En aval, Sonatrach a été pendant longtemps l’unique opérateur dans le créneau de la régénération des huiles usagées.

En octobre 2020, une raffinerie des huiles usagées a été inaugurée par le Premier ministre, Abdelaziz Djerad, à la zone industrielle Kechida, à Batna. Elle fait partie actuellement des six unités de collecte et de régénération des huiles usagées enregistrées au niveau du ministère de l’Environnement, qui a également donné son agrément à 38 collecteurs d’huiles usagées, dont trois installés à Constantine.

Les informations portées sur le site du ministère de l’Environnement indiquent que plusieurs opérateurs sont autorisés à exporter les huiles moteur usagées vers la Grèce, l’Inde, la France, Bahrein et le Ghana. Toutefois, la collecte des huiles usagées n’est pas systématique. D’après les derniers chiffres officiels connus (2015), quelque 180 000 tonnes d’huiles usagées sont générées annuellement, mais seulement 10 à 11%, sont récupérés, principalement par Naftal, et tout le reste est soit stocké au niveau des stations-service, soit jeté dans la nature via les égouts.

La fiscalité écologique comprend une taxe sur les huiles, lubrifiants et préparations lubrifiantes (art.93 Loi de Finances 2020) importés ou fabriqués sur le territoire national, et dont l’utilisation génère des huiles usagées. Vingt-quatre pour cent  du produit de la taxe, fixée à 37.000 DA par tonne, va au Fonds national de l’environnement et du littoral, qui sert notamment au financement d’actions et subventions liées à l’économie verte, dont font partie les activités de collecte et de valorisation des huiles usagées, très faiblement exploitées à ce jour.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du mercredi 7 avril 2021.

Plastic Odyssey, prêt pour un tour du monde contre la pollution plastique des océans

Le navire scientifique Plastic Odyssey est en cours de préparation à Dunkerque. Il s’apprête à naviguer dès juin avec à bord un laboratoire hors norme pour promouvoir la valorisation et la réduction des déchets plastiques.

par Anne Henry-Castelbou

Le Plastic Odyssey et ses trois fondateurs – photo Anne-Henry Castelbou

Chantier naval de Damen, cale sèche n°5 au port de Dunkerque, 9 h mardi 9 mars dernier : le bateau Plastic Odyssey, jusque là soutenu par des étais en bois, est mis à l’eau. Ca y est, il flotte. Un moment émouvant pour l’ONG venue de Marseille, à l’origine du projet, après des mois de travaux importants (budget de 2 millions d’euros) sur cet ancien navire océanographique de 40 m de long et 10 m de large.

Les aménagements ne sont pas complètement finis et les trois fondateurs – l’ingénieur Icam Nantes Bob Vrignaud et deux anciens officiers de la marine marchande, Alexandre Dechelotte et Simon Bernard – savent qu’il y a encore plusieurs semaines de travail. La seconde étape sera d’accueillir fin avril dix machines de recyclage de plastiques, avant le départ début juin.

Trois ans de périple, trois continents et trente escales

La feuille de route va conduire Plastic Odyssey vers dix villes françaises étapes (Dunkerque, Rouen, Le Havre, Brest, Concarneau … jusque Marseille pour le Congrès mondial de la nature en septembre), puis le pourtour de la Méditerranée, l’Amérique du Sud, les îles du Pacifique, l’Asie du Sud-est et l’Afrique de l’Ouest.

L’objectif est de promouvoir des solutions sans brevet et à bas coût de recyclage du plastique, afin de réduire la pollution des océans. Chaque minute, 19 tonnes de plastique sont déversées dans l’océan, soit l’équivalent d’un camion-poubelle, avec des conséquences dramatiques sur la faune et la flore. Et 80 % de la pollution marine provient des pays en voie de développement.

A chaque escale, un village nomade sera installé pour présenter les machines de recyclage et organiser des conférences sur les alternatives au plastique. Public visé : particuliers, collectivités, associations et entrepreneurs locaux.

« Au sein même du bateau, la vingtaine de personnes vivant à bord fera tout pour réduire au maximum les déchets. Ils testeront des alternatives à l’utilisation du plastique, qui pourraient intéresser demain hôtels et restaurants, en mer comme à terre », précise Alexandre Dechelotte, responsable de la communication du projet.

Un centre de recyclage à bord

L’atelier des machines de recyclage sera composé sur le bateau de trois parties. Une première avec un broyeur, un bac de lavage et une centrifugeuse pour broyer, laver et sécher les déchets plastiques.

Un deuxième espace dédié à la « transformation » exposera une extrudeuse et des moules de tailles et formes diverses, mais aussi un four et une presse hydraulique. Le déchet plastique peut ainsi devenir une tuile, des briques, des tuyaux de canalisation… Enfin, un dernier espace exposera la « valorisation énergétique » des déchets plastiques qui, grâce à la pyrolyse, peuvent devenir du carburant.

« Ce sont 10 machines, conçues en Afrique du Sud et Marseille, influencées par des solutions déjà éprouvées dans le monde entier, notamment en Egypte. Mais les plans n’existaient pas. Trois cent ingénieurs y ont alors travaillé pendant 4 ans pour élaborer les systèmes les plus simples possibles », précise Simon Bernard, le président de l’ONG. « L’objectif est que ces machines soient ensuite faciles à dupliquer dans chaque pays visité, créant de l’emploi local. »

Inspirés de Nomade des Mers

A l’origine du projet, les fondateurs trentenaires se sont appuyés sur le parcours de Corentin de Chatelperron sur Nomade des Mers, un bateau qui vient aussi de Dunkerque et qui promeut les low-techs (basses technologies conçues à partir de matériaux de recyclage) dans le monde entier. Ils ont passé plusieurs mois avec lui, leur permettant de prendre conscience des dégâts de la pollution plastique dans les océans ; une expérience initiatique qui a transformé leur vie.

Comprendre la biodynamie par l’approche scientifique

L’agriculture biodynamique est-elle une simple mode, ou son développement actuel est-il le signe d’un changement lent et profond de notre façon de considérer l’agriculture et l’alimentation ? Une chose est sûre : la biodynamie suscite son lot quotidien d’articles enjôleurs, de chroniques assassines et de posts complotistes sur les réseaux sociaux. Tantôt présentée comme le mode de production plus bio que bio, où les agriculteurs et les viticulteurs renouent avec la nature et le cosmos dans une communion retrouvée avec le vivant, tantôt pointée du doigt pour ses origines ésotériques et son lien avec le courant controversé de l’anthroposophie de Rudolf Steiner.

par Jean-Michel Florin

Dans ce contexte, force est de constater que le débat reste souvent polarisé. Les tenants fondent leurs arguments sur des témoignages de paysans, des observations de terrain ou encore des dégustations de produits, montrant la manière dont la vision holistique et qualitative de la nature, couplée à des pratiques agroécologiques et biodynamiques spécifiques (comme la dynamisation de bouse de corne ou l’utilisation du calendrier lunaire), permet d’améliorer la vie du sol, la santé des plantes, la diversité du paysage et la qualité des produits. Quant aux détracteurs, ils réfutent les arguments des premiers en affirmant qu’aucune étude scientifique sérieuse ne vient confirmer les observations des praticiens, et que tout cela n’est que pensée magique, tromperie du consommateur et fumisterie occulte. Certains fantasment même l’existence d’une secte tentaculaire agissant en coulisses et infiltrant la société entière, pervertissant les fondements rationalistes et matérialistes de notre société.

Valoriser les ressources disponibles

Ce qui étonne, c’est que souvent ceux qui accusent la biodynamie d’être pseudo-scientifique sont les premiers à ignorer le corpus de connaissances académiques qui existe sur le sujet. Or, depuis bientôt un siècle que la biodynamie s’est développée dans le monde, les recherches effectuées dans un cadre universitaire se sont multipliées, particulièrement au cours des dix dernières années, notamment avec la montée en puissance de la biodynamie dans le monde viticole. Et dans de nombreuses disciplines : biologie et agronomie bien sûr, mais aussi en sociologie, anthropologie, histoire, économie.

Depuis un peu plus d’un an, l’association Biodynamie Recherche s’est donnée pour mission de faire connaître ces travaux au plus grand nombre : agriculteurs, enseignants, techniciens, étudiants et journalistes. Par un travail régulier de veille scientifique, elle publie régulièrement sur son blog des traductions d’articles, des résumés, des articles de synthèse et des brèves en lien avec l’actualité de la recherche scientifique sur la biodynamie.

Tour d’horizon des sujets traités

Par exemple, John Paull nous plonge dans l’histoire de ce mouvement, et nous fait notamment découvrir comment Rachel Carson s’est inspirée du travail titanesque de deux femmes biodynamistes de New York pour écrire son livre à succès Printemps Silencieux. Aurélie Choné, de l’Université de Strasbourg, nous invite à explorer les fondements de l’écologie spirituelle chez Rudolf Steiner et l’influence des théories et pratiques de l’anthroposophie sur les modèles de pensée écologiques et alternatifs. Jean Foyer, sociologue au CNRS, présente le fruit de ses terrains de recherche dans deux articles passionnants : le grand mix des savoirs dans la viticulture biodynamique : expérience, sensibilité et trajectoire initiatique et quand les actes agricoles sont au care et au compagnonnage : l’exemple de la biodynamie. Christopher Brock nous donne une vue d’ensemble des 86 publications peer-review sorties entre 2006 et 2017 dans une revue systématique de la littérature. On peut également s’instruire sur les effets de la fameuse bouse de corne avec Martin Quantin, ou sur les derniers travaux en recherche participative réalisés par Jean Masson de l’INRAE de Colmar, ainsi que ceux tout récents présentés par Lionel Ranjard de l’INRAE de Dijon, montrant que les bactéries et les champignons interagissent 30 fois plus dans les sols viticoles en biodynamie en comparaison de la bio.

La biodynamie prend racine dans un paradigme différent du naturalisme occidental. En ce sens, elle bouscule les fondements de notre société et de notre science, et reste souvent incomprise si un dépassement de notre vision habituelle du monde n’est pas opéré. Par exemple, un collectif de sociologues et anthropologues travaille sur le thème “agriculture et spiritualités” et propose d’utiliser les catégories ontologiques de Philippe Descola pour mieux comprendre la biodynamie. L’anthroposophie est-elle une forme occidentale hybride entre animisme et analogisme ? Associés à ces déplacements de la pensée, certains chercheurs comme Jürgen Fritz développent de leur côté des méthodes qualitatives d’analyses qualitatives leur permettant d’évaluer de manière innovante la qualité des produits.

Ce petit tour d’horizon pour vous présenter notre travail et vous inviter à valoriser ces ressources dans vos prochains papiers sur le sujet.

Mouvement de l’Agriculture Bio-Dynamique
5 place de la gare F-68000 Colmar
tél. : 03.89.23.35.49
www.bio-dynamie.org

Une guerre faite à la nature et aux êtres humains : les dégâts de l’agent orange au Vietnam

L’agent orange désigne un produit chimique défoliant largué sur le Vietnam par les avions de l’armée américaine dans sa guerre contre le peuple vietnamien qui luttait pour la réunification de son pays. L’agent orange empoisonne les terres pour des dizaines d’années et contamine les eaux jusqu’aux nappes phréatiques. C’était dans les années 1960. Pourquoi continuer à en parler encore aujourd’hui ?

par M’hamed Rebah

Une ancienne combattante vietnamienne, Tran To Nga, répond par un livre qu’elle a écrit en 2016, après avoir appris que la maladie génétique dont elle souffrait, l’alpha-thalassémie, ainsi que la forme extrême d’acné qu’elle avait, la chloracné, étaient dues, explique-t-elle, à ce « surnom étrange : l’agent orange, le désherbant répandu autrefois par les Américains sur les forêts de mon Vietnam natal. Sa trace est là dans mes veines. Plus de quarante ans après la fin de la plus grande guerre chimique de l’histoire de l’humanité… ».

Cela s’est passé un jour d’automne 1966, raconte Tran To Nga, alors qu’elle se trouvait dans la forêt dans une base du Front national de libération du Sud-Vietnam (FNL). « Le C-123 vole à basse altitude. De ses entrailles s’échappe une sorte de nuage blanc qui fait tache dans le bleu du ciel. Je le contemple comme on regarde un vol d’oiseaux migrateurs, sans bouger. Et tout à coup, une pluie gluante  dégouline sur mes épaules, se plaque sur ma peau. Une quinte de toux me prend. » Sa maman lui explique que c’est du défoliant, de l’agent orange, mais Nga ne comprend pas encore. Elle oublie aussitôt.  Elle pense que c’est un « banal herbicide ». Bien plus tard, elle saura qu’en réalité « l’agent orange contient le pire poison de synthèse qui se dissout dans les graisses : la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-para-dioxine, ou TCDD ». Il est la cause du décès de son premier bébé.

Ce puissant herbicide, surnommé agent orange, a été fourni à l’armée américaine par les compagnies Monsanto et Dow Chemical. L’auteure explique que ce défoliant ne doit pas son nom à sa teinte, mais à celle des fûts de stockage. Dès 1961, les Américains ont procédé à son épandage massif dans le but d’isoler les foyers de la résistance vietnamienne cachés dans la végétation. « Le président Kennedy, oui JFK en personne– c’est Tran To Nga qui insiste-, a ensuite donné son  feu vert au programme Ranch Hand (Ouvrier agricole) visant en particulier le delta du Mékong ».

La «  sale guerre » contre le peuple vietnamien avait commencé à partir de 1961, avec l’envoi par le président John F. Kennedy de plus de 15 000 conseillers militaires au Sud-Vietnam .En 1962, dans une lettre ouverte à leur président John F. Kennedy, 150 intellectuels américains, « qui croient que la seule sécurité pour l’Amérique repose sur la paix mondiale », lui demandaient « pourquoi les Etats-Unis envoient actuellement leur Armée de terre, de mer et de l’air, semer la mort et faire couler le sang au Sud-Vietnam, un petit pays d’Asie qui se trouve à 10 000 miles de notre côte du Pacifique ? ».

Les Américains sont passés de la fonction de « conseillers militaires » à « soldats de première ligne », au nombre de 500 000 en 1968, participant directement aux combats contre les patriotes vietnamiens. Leurs B-52 ont ensuite bombardé le Nord-Vietnam. L’intervention militaire  des Etats-Unis était destinée à aider le gouvernement de Ngo Dinh Diem installé à Saigon en application des décisions de la Conférence de Genève tenue après la bataille de Dien Bien Phu en mai 1954, qui a signé, comme le souligne l’auteure, l’épilogue de la guerre d’Indochine et le début de la fin de l’Empire français d’Extrême Orient.

Tran To Nga rappelle que la Conférence de Genève (juillet 1954) a abouti à « la division du pays en deux Etats indépendants de part et d’autre du 17ème parallèle : au nord la République démocratique du Vietnam, communiste, et, au sud, l’Etat du Vietnam, installé par la France, qui sera remplacé en 1955 par la République du Vietnam, alliée des Etats-Unis ». L’auteure précise qu’un référendum était prévu en juillet 1956, pour consulter le peuple sur une éventuelle réunification. « Or, poursuit-elle, cette consultation du peuple n’aura jamais lieu, elle restera une promesse mensongère des nouveaux maîtres de Saigon soutenus à bout de bras par l’Amérique. C’est à cause de ce mensonge qu’éclatera la guerre du Vietnam. »

A partir de 1960, l’opposition armée au régime de Ngo Dinh Diem se met en place. Le Front national de libération du Sud-Vietnam (FNL) est créé le 20 décembre 1960. « Les Occidentaux, eux, n’ont alors qu’un mot à la bouche, à connotation péjorative pour désigner le FNL : Vietcong, terme équivalent à Vietnamien communiste ». Comme l’expliquera en mars 1962, le Président Ho Chi Minh dans une interview au journal londonien Daily Express, le terme Vietcong a été « inventé par les Américains et l’administration Ngo Dinh Diem, pour désigner tous les patriotes au Sud-Vietnam en vue d’intensifier la répression sur eux ».

Le monde soutient la lutte du peuple vietnamien et « s’indigne de l’impérialisme américain », constate Nga à travers la lecture des journaux et magazines qu’elle est chargée par le FNL de consulter. Elle apprend ainsi, entre autres, que « le boxeur Mohamed Ali en personne a refusé de servir dans l’armée de son pays ». La solidarité internationale accompagnera les Vietnamiens dans la lutte pour la réunification de leur pays, jusqu’à la victoire finale. Le 30 avril 1975, les « conseillers » américains fuient Saïgon, mais laissent derrière eux les séquelles de leur « sale guerre », surtout les dégâts causés par la dioxine, rapportés avec précision par Tran To Nga dans un chapitre consacré à l’agent orange.

Les avions américains ont répandu des milliers de tonnes de défoliants sur les champs et les forêts du Vietnam, empoisonnant les terres pour des dizaines d’années et contaminant les eaux jusqu’aux nappes phréatiques. C’est après la libération d’avril 1975, devant la multiplication des monstruosités, se souvient Nga, qu’il y a une pleine prise de conscience des dégâts à long terme provoqués par la dioxine : « des bébés viennent au monde infirmes, sans jambes ou sans bras, d’autres souffrent de forme extrême de nanisme ».

Installée en France, en région parisienne, depuis le milieu des années 1990, Tran To Nga mène ce qu’elle appelle son dernier combat, décrit dans un article de l’écrivaine Jane Hervé (sur son blog le Gué de l’Ange et sur le site des JNE). Un combat centré sur « la plainte en 2014 contre une vingtaine de compagnies américaines (dont Bayer-Monsanto et Dow Chemical) ». Le procès s’est ouvert le 25 janvier 2021 à Evry (Essonne), dans l’espoir qu’il  « fera jurisprudence et contribuera à la création d’un crime international d’écocide ».

A lire : Ma terre empoisonnée. Vietnam, France, mes combats. Tran To Nga. Editions Stock, 2016.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du mercredi 3 mars 2021.

Une vidéo de l’ethobotaniste Pierre Lieutaghi en introduction au colloque sur les plantes des JNE

En introduction aux débats de la vidéoconférence « quels droits pour les plantes ? », organisée le jeudi 11 mars 2021 de 14 à 17 h par les JNE, nous avons le plaisir de vous proposer le visionnage d’une intervention de Pierre Lieutaghi, pionnier de l’ethnobotanique.

par Laurent Samuel

Né en 1939 et installé à Mane, dans les Alpes de Haute-Provence depuis 1965, Pierre Lieutaghi s’est fait connaître dès 1966 avec le Livre des bonnes herbes, dont la première édition est parue chez l’éditeur Robert Morel, avant une réédition chez Marabout quii obtint un vif succès. Longtemps attaché au Muséum national d’histoire naturelle (Paris), Pierre Lieutaghi a publié une quinzaine d’ouvrages, dont L’environnement végétal : flore, végétation et civilisation, paru en 1972 chez Delachaux et Niestlé, ou Une ethnobotanique méditerranéenne, publié en 2017 chez Actes Sud. Pionnier de l’ethnobotanique, autrement dit l’étude des relations entre les plantes et les humains, il a conçu un ensemble de jardins ethnobotaniques associés au musée ethnologique départemental de Salagon, à Mane.

Pour en savoir plus sur Pierre Lieutaghi, on vous conseille la lecture de cet article de Lorène Lavocat paru sur le site de Reporterre, ainsi que cet entretien. réalisé par Charles Dannaud.

Pierre Lieutaghi était un collaborateur régulier du magazine le Sauvage, dans lequel il avait notamment publié en septembre 1977 Un peuple d’arbres. Il a aussi publié en 2014 un roman, Elio, dont vous pouvez lire ici la critique par Alain Hervé, fondateur du Sauvage et des Amis de la Terre France, et membre des JNE. Pierre Lieutaghi avait rendu hommage à Alain Hervé (mort en mai 2019), dont il était un ami proche, dans un beau texte paru dans Le Canard Sauvage, n°103, numéro spécial du cinquantenaire des JNE, que vous pouvez lire ici sur le site du Sauvage.

Biodiversité en Algérie : le Jardin d’Essai d’El Hamma reprend sa vocation

Une surprise de taille attendait les visiteurs du Jardin d’Essai d’El-Hamma (Alger), après sa réouverture le mercredi 3 février 2021 : le zoo venait juste d’enregistrer, moins de deux mois avant, en décembre, la naissance, exceptionnelle, d’un bébé lama mâle, après celles, très rares aussi, de trois lionceaux (deux mâles et une femelle). C’est la preuve que le Jardin d’Essai a fini par retrouver sa fonction, qui a motivé sa création en 1832, alors que l’Algérie était une colonie française.

par M’hamed Rebah

Le Jardin d’Essai d’El-Hamma (Alger) en octobre 2020, avant sa fermeture pour cause de Covid-19. Il a rouvert le 3 février 2021 – photo M’hamed Rebah

De nombreux écrits ont été consacrés à cet espace situé dans le tissu urbain de la capitale, une brousse formée d’une variété d’arbres venus du monde entier, presqu’en bord de mer. Les événements qui l’ont marqué (comme le tournage d’une séquence du film Tarzan, l’homme singe, réalisé en 1932), ont également été relatés à plusieurs reprises. C’est son jardin botanique, composé d’une impressionnante collection végétale, qui le distingue et fait son attrait.

Dans une contribution (datée du 8 février 2002) sur « le séjour de Karl Marx à Alger, du 20 février au 2 mai 1882 », l’économiste algérien Mohamed Lakhdar Benhassine a cité un commentaire de Marx, après sa visite au Jardin d’Essai. Emerveillé par ce qu’il a vu, il écrivait dans une de ses lettres à partir d’Alger, adressées à Friedrich Engels : « Pour observer tout en détail, il faudrait au moins un jour entier et le faire en outre avec un connaisseur ».

Dans les années 1960, après l’indépendance, et dans la décennie 1970, le Jardin d’Essai, qui avait le statut d’établissement public, a pu être préservé. En décembre 1967, il a été classé monument naturel par la législation algérienne. Sa situation s’est dégradée dans les années 1980, sous l’effet des ravages provoqués par le dogme libéral du désengagement de l’Etat, appliqué à l’époque. Durant une longue période, le Jardin d’Essai a été livré aux appétits des affairistes qui ont mis la main sur des terrains à l’intérieur du Jardin, qu’ils ont aménagés selon leurs mauvais goûts. Des arbres centenaires ont été sciés pour laisser place à la construction de kiosques de commerce ; les statuettes ont été malmenées, le lac transformé en mare, la fontaine s’est retrouvée sans eau,…. Que pouvaient faire les seuls quatorze agents qui étaient affectés à la surveillance des 32 ha du Jardin d’Essai ?

Surgi, au début des années 1990, à la faveur du virage libéral pris par l’Algérie, l’intégrisme s’est attaqué, à son tour, au Jardin d’Essai en « expulsant » La Baigneuse, une statue qui était posée au milieu du lac et qui a dû être rangée dans une étable pour l’enlever du regard des visiteurs. Elle fut ensuite volée et vendue, puis retrouvée après de longues années et restituée au Jardin, à l’issue de péripéties dignes d’un bon roman policier.

Vers le milieu des années 1990, en pleine décennie du terrorisme, une tentative de redonner vie au Jardin a attiré les visiteurs qui s’y sont rendus pour admirer les expositions sur l’horticulture ornementale et voir, dans le zoo, le lion et l’ours que l’on disait « les plus vieux du monde ». Puis, à nouveau, la désolation a frappé ce  lieu censé être un joyau vert: locaux déviés de leurs activités et squattés par des « indus occupants », pas d’entretien, saleté, commerce informel,…

Il a fallu cinq années de travaux pour réhabiliter le Jardin d’Essai et l’ouvrir au public en mai 2009. Sécurisé et bien entretenu, il est revenu à sa vocation scientifique tout en restant un lieu très fréquenté (en moyenne un million de visiteurs par an), notamment grâce à la station de métro près de la porte d’entrée. En 2020, les mesures de prévention contre la pandémie de la Covid-19 ont contraint le Jardin d’Essai à fermer ses grilles au public.

Depuis le 3 février 2021, de nouvelles dispositions autorisent sa réouverture, à condition d’appliquer le protocole sanitaire : prise de température des visiteurs à l’entrée, contrôle du port de bavette, respect de la distanciation physique, programme de désinfection. Pour le reste, il y a le Règlement intérieur qui concerne notamment la circulation et le comportement dans le Jardin et, évidemment, la sortie par les visiteurs de plantes, fleurs, graines, boutures, et d’animaux.

La mission confiée aux gestionnaires du Jardin a un rapport étroit avec la conservation de la biodiversité. La Direction générale des forêts, première concernée, compte actualiser le cadre juridique et réglementaire qui régit la gestion de la biodiversité en Algérie, en particulier les dispositions relatives aux délits et aux infractions.

Cet article a été publié dans la Nouvelle République d’Alger du dimanche 14 février 2021.

État des lieux de la nature dans les Alpes et les Cévennes

En cette année 2021, les JNE (Journalistes et écrivains pour la Nature et l’Écologie) ont décidé de s’interroger sur ce thème : « Que reste-t-il de la nature sauvage en France et dans le monde ? ». Un de nos adhérents, accompagnateur en montagne dans les Alpes et les Cévennes depuis une quarantaine d’années, nous livre ses observations sur l’évolution de la faune et de la flore, partout là où ses pas l’ont mené.

par Jean-Pierre Lamic

Chamois cherchant la fraîcheur sur un névé (altitude 2 600 mètres) dans la réserve de la Grande Sassière (Savoie)  © Jean-Pierre Lamic

Une histoire qui débute dans les Grands Causses

Depuis ce jour de 1981 qui m’a permis de découvrir de manière fortuite les premiers 8 vautours fauves lâchés dans le cadre de leur réintroduction aux alentours de Saint-Pierre-des-Tripiers (Lozère), sur les hauteurs des Gorges de la Jonte, il m’est possible d’affirmer que de nombreuses découvertes, tant positives que négatives en matière de biodiversité, ont jalonné ce parcours. De cette rencontre inopinée avec le charognard réintroduit dans les Cévennes sont nées, dès les jours qui s’ensuivirent, d’autres découvertes. En effet, quelques semaines plus tard, le crave à bec rouge (on estime qu’ils sont plus de 1250 individus sur les Grands Causses) et le percnoptère d’Égypte, avaient été vus autour ou sur les charniers disposés pour alimenter les vautours !

J’observais ces derniers en compagnie d’un membre du Fonds d’Intervention pour les Rapaces (FIR) lorsque nous fîmes cette découverte surprenante. Le retour de la biodiversité concernant la faune sauvage était en marche… Et la nature nous enseignait que chaque maillon de la chaîne a besoin de la présence d’autres espèces, également en dehors du simple rapport prédateur–proie. Plus tard, le vautour moine a été réintroduit avec 6 individus libérés également dans les Gorges de la Jonte et du Tarn en 1992 dans le but de former un nouveau noyau de population (avec ceux des Pyrénées).

Aujourd’hui, l’Association LPO Grands Causses, le Parc national de Cévennes, l’association Vautours en Baronnies et l’association LPO PACA sont impliqués dans le suivi de cette démarche,, tandis que 53 oiseaux ont été lâchés jusqu’en 2004. En 2019, 26 couples s’y reproduisaient, ayant généré 16 jeunes à l’envol. Ils nichent au sommet d’arbres offrant une cime plane ; ainsi, ils se trouvent plutôt sur le Causse noir, et se nourrissent des parties coriaces des charognes : peau, tendons, cartilages. Pour cette raison, ils ne rentrent pas totalement en concurrence alimentaire avec les vautours fauves et leur laissent généralement le soin de nettoyer les cadavres qu’ils partagent, ce qui permet l’épanouissement des deux populations. Ces réintroductions ont permis d’assainir les réserves d’eau potable et d’assurer son approvisionnement aux habitants de la région, tout en permettant aux éleveurs d’éviter de longs déplacements vers les centres d’équarrissage.

Comment les perturbations nées de décisions prises en Espagne influent-elles sur la faune des Pyrénées, des Grands Causses et des Alpes ? En Espagne, depuis 2003-2004, la mise en place généralisée de l’équarrissage associée à la suppression des dépôts de cadavres a créé une famine dans les colonies de vautours du versant sud des Pyrénées situées en Aragon et en Navarre (représentant un réservoir de plus de 4500 couples de vautours fauves reproducteurs à proximité des Pyrénées occidentales françaises). On a alors pu observer, au piémont des Pyrénées occidentales, des groupes de vautours affamés aux alentours des fermes. Évidemment, s’agissant d’animaux capables de se déplacer sur de grandes distances, les perturbations générées par cette décision ne se sont pas arrêtées aux limites territoriales pyrénéennes.

Et depuis les années 2006-2008, nous observons chaque été en Vanoise, et dans les Alpes, l’arrivée d’une colonie de vautours, incluant quelques vautours moine, attirés par l’arrivée massive de brebis en estive. Si officiellement ils ont réinvesti les pré-Alpes – Baronnies (depuis 1996), Verdon (1999), et Vercors – ils ne sont comptabilisés qu’en été sur les Alpes françaises et la ligne de crêtes frontalière avec l’Italie. En 2014, l’Observatoire savoyard de l’environnement en dénombra près de 1600, et l’été dernier plus de 2500. Ces chiffres sont globalement en constante évolution.

Le retour du gypaète barbu

Autre roi des airs, le gypaète barbu est réapparu dans les Alpes à partir de 1987, et il fut observé régulièrement dès 1990, dans les falaises surplombant la piste de ski de Tignes les Brévières (Savoie), où j’enseignais cette discipline aux débutants… Entre 1990 et 1997, un premier couple se forma : Républic et Marie-Antoinette, qui se mirent à tournoyer régulièrement au-dessus de ma tête… Mais en juillet 1997, Républic meurt à l’âge de 6 ans des suites d’une collision avec une ligne électrique au col de Fresse (Val d’Isère). Très vite, il est remplacé par un nouveau mâle, tandis qu’une nouvelle femelle rejoint Marie-Antoinette. En 2002, de ces amours particulières nait Freeride, le premier jeune étant né en Savoie ! Depuis, neuf jeunes ont pris leur envol à Val d’Isère. Un peu plus tard, un couple s’est installé à Termignon en 2001 ; il a donné naissance à un premier gypaéton dès 2002. Ses parents étaient une femelle lâchée dans le Mercantour en 1997 et un jeune gypaète de 3 ans et 8 mois, le premier à être né en liberté dans le Parc national du Grand Paradis en Italie.

En 2003, un couple s’installa à Peisey-Nancroix (Savoie), où j’allais travailler chaque été de 2006 à 2016, et où je retourne fréquemment. Un premier gypaéton y est né en 2005, et depuis, 9 jeunes se sont envolés depuis cette aire. L’un des géniteurs identifiés était Phénix Alp Action, le premier gypaète né en nature, en 1997, à la suite du programme de réintroduction. Enfin, depuis 2009-2010, deux individus tournoient dans les cieux situés entre Bessans et Bonneval-sur-Arc. Jusqu’à aujourd’hui, seul Éclair est né en 2014 des diverses tentatives de couvaison réalisées sur ce site très sujet aux dérangements. Aujourd’hui, les jeunes nés dans ces premières aires ont essaimé dans les Alpes, et se sont installés pour former une cinquantaine de couples (46 en 2019). En Savoie, on en compte désormais 7 qui donnèrent naissance à 6 jeunes (comme en 2019 – pour 5 en 2018 – 3 en 2017 et 2 en 2016).

Cette année, j’ai raté l’envol du gypaéton de Peisey-Nancroix, orphelin de père (décédé lors d’une collision avec une ligne à haute tension) le 14 juillet, pour un petit quart d’heure seulement… J’avais suivi son évolution au nid avec une longue-vue durant les semaines précédentes. Comme son frère né l’an dernier, il est muni d’une puce, ce qui permet aux gardes du Parc de la Vanoise de suivre son évolution. Le jeune de l’an passé survole souvent mon hameau, et la toiture de mon chalet d’alpages. Cherche-t-il à s’installer à Sainte Foy Tarentaise (Savoie) ? L’endroit est particulièrement propice, pour être empli d’élevages bovin et ovin en été, surplombé de falaises, et frontalier avec le Parc national du Grand Paradis. Durant le confinement, passé à 1900 mètres d’altitude en ce lieu magique, j’ai vu se poser un gypaète adulte sur un rocher situé à 50 mètres en contrebas de ma terrasse, histoire de déguster un os en toute tranquillité… Les individus nichant à Val d’Isère passent dans cette zone quasi quotidiennement.

Chamois, rapaces, oiseaux migrateurs, chauves-souris, marmottes, etc.

Marmotte au cœur du Parc national de la Vanoise © Jean-Pierre Lamic

En 1963, lors de la création du Parc national de la Vanoise, il ne restait qu’une cinquantaine de bouquetins, et une faune rare dépourvue de prédateurs par manque de proies. Quant aux marmottes, elles avaient été chassées durant les années de disette produites par les guerres et des catastrophes naturelles. En un peu plus de 50 ans, grâce à la préservation effectuée et aux réintroductions, on pouvait dénombrer environ 2500 bouquetins, entre 4000 et 5000 chamois, et des aigles royaux saturant l’espace disponible. Et cette année, sur la chaîne frontalière, j’ai vu apparaître des aigles impériaux pour la première fois, dont un jeune. Ce qui fait qu’en été, cette partie des Alpes françaises doit être l’un des rares, voire l’unique lieu en Europe, d’où l’on peut observer 7 rapaces majestueux : vautour fauve, moine, gypaète barbu, aigle royal, impérial, circaète Jean-le-Blanc (probablement en provenance des Cévennes ou des Alpes provençales) et faucon pèlerin. En outre, situé sur la chaîne frontalière, il constitue un lieu de passage pour de nombreux oiseaux migrateurs.

Ainsi, pendant mes longues heures d’observation durant le confinement, j’ai pu reconnaître la bondrée apivore (entre 11000 et 15000 couples en France), un milan noir (entre 20000 et 24000 couples), des nuées de merles à plastron, une huppe fasciée, rejoignant les cassenoix mouchetés, bergeronnettes, et rougequeues à front blanc déjà présents depuis début avril, tandis que les échassiers ou anatidés trouvaient de quoi se nourrir autour des innombrables lacs d’altitude. En soirée, des parades virevoltantes de chauve-souris ou chiroptères (30 espèces différentes sont présentes en Auvergne-Rhône-Alpes), ayant manifestement élu domicile dans ma toiture, accompagnaient mes observations nocturnes.

Les campagnols sortaient progressivement de leurs tunnels creusés sous la neige fondant sous les coups de boutoir d’un soleil ardent, occasionnant l’arrivée des faucons crécerelle nichant dans une falaise voisine, et, plus surprenant, d’un chat haret (chat domestique retourné à l’état sauvage) et d’un chat sauvage (filmés de nuit grâce à deux caméras infrarouge). Cette période de repos forcé n’avait pas fini de me surprendre, puisque chaque nuit à moins de 500 mètres à la ronde, je filmais les scènes les plus surprenantes : renards, chevreuils, lièvre variable, merle, blaireau ou loup en étaient les acteurs principaux, tandis qu’en fin de journée, sept cerfs et biches réunis dans une même vie communautaire s’installaient au cœur des prés situés en contrebas du hameau. Un groupe composé d’un nombre identique de chamois utilisait régulièrement les mêmes espaces, ainsi que trois chevreuils ; les trois espèces se côtoyant sans que cela ne semble poser un quelconque problème. Les marmottes apparurent le 4 avril. Le 7, je filmai l’accouplement, et dès la semaine suivante, s’initiait une dispersion pour la création de nouveaux terriers, implantés à des altitudes de plus en plus basses. En vingt ans, autour de mon hameau, la différence d’altitude a évolué d’environ 300 mètres. Certains terriers se trouvent aujourd’hui entre 1500 et 1600 mètres. L’un d’eux se créa juste en contrebas du hameau. Dès l’arrivée du premier tracteur vers la mi-mai, ses occupants durent chercher un autre lieu et reprendre leur ouvrage.

Le petit gibier de montagne

Le tétras-lyre est l’une des rares espèces à ne pas avoir profité des mesures de protection, en premier lieu parce qu’elle est encore chassée dans 7 des 9 départements où elle est présente en France… Il se concentre dans les rares forêts d’altitude encore non soumises au dérangement. Pour combien de temps encore ? L’actuelle crise engendre une ruée des skieurs de randonnée et raquettistes, non instruits de sa présence et fragilité. Or, il est peu visible puisqu’il niche sous la neige. Un désastre semble s’annoncer… Cette remarque peut également être appliquée à la perdrix bartavelle et au lagopède, espèces soumises au même plan de chasse du petit gibier de montagne, et aux dérangements occasionnés par méconnaissance du milieu naturel. Pour ces activités, la présence d’un médiateur s’avère donc indispensable… Ainsi, en prenant garde de ne pas le déranger, du 14 avril au 15 mai derniers, je pus assister aux parades nuptiales du tétras-lyre dans l’un des derniers sanctuaires non répertoriés en tant que réserve, établi à proximité de mon chalet.

Les bouquetins de Vanoise

Photo prise dans l’œil de la longue vue utilisée lors d’une sortie d’observation dans la Réserve de la Grande Sassière © Jean-Pierre Lamic

De cet observatoire unique, je pus également assister à l’implantation d’une harde de bouquetins mâles sur les contreforts inférieurs de la Sache, sur le versant opposé à celui où j’étais posté, c’est-à-dire, en ubac (ce qui est surprenant car le bouquetin aime le soleil) ; et suivre les pérégrinations acrobatiques des femelles accompagnées des jeunes de l’année précédente dans les barres rocheuses situées entre La Savine (Villaroger) et les Brévières (Tignes). La colonie de bouquetins en Vanoise est évaluée aujourd’hui à 2 500 individus. Elle a servi de pépinière à la réintroduction de l’espèce dans différents massifs : Écrins, Mercantour, Queyras, Vercors…

Les prédateurs

Plusieurs fois au cours de mes randonnées raquettes, j’ai suivi les empreintes du lynx, et observé l’une de ses techniques de chasse au printemps, quand naissent les jeunes chamois. Comme l’aigle royal, il tente de séparer les chevreaux de la mère, et les faire basculer dans le vide… Dans les secteurs où le loup s’est implanté, il semble avoir réduit sa présence, probablement à la recherche d’espaces libres toute concurrence. Quant à ce dernier, il trouve dans ce secteur tout ce dont il a besoin, notamment des sangliers à profusion, avec des marcassins délaissés par leur mère à l’entrée de l’hiver, une espèce très peu chassée par les locaux, plus attirés traditionnellement par les cervidés, les chamois et le petit gibier.

Le loup recherche particulièrement la présence de ruisseaux à truites, les aires estivales et hivernales de chamois, un nombre important de cervidés, et une microfaune abondante constituant environ 8 % de sa nourriture. Il utilise les innombrables routes, sentiers, et chemins créés pour l’élevage et l’agroforesterie, ainsi que les pistes damées des stations de sport d’hiver : une aubaine qui lui facilite ses déplacements hivernaux… Ainsi, si éleveurs, chasseurs, et certains habitants des Alpes sont souvent hostiles à sa présence, les aménagements qu’ils ont réalisés depuis des décennies pour l’exploitation économique de la montagne, ont indubitablement favorisé son retour…

J’ai découvert sa présence sur mon territoire en 2001. Il existait une meute, ce qui signifie que des individus isolés avaient déjà pénétré auparavant dans cette partie des Alpes à partir de l’Italie voisine et frontalière. Certains cols, servant d « autoroute » été comme hiver, comme par exemple ceux du Petit Saint Bernard ou de Montgenèvre qui se situent au point de jonction de stations de ski transalpines, ou d’autres caractérisés par une altitude relativement basse. Ceci me fut d’ailleurs attesté par un ami, qui a observé des individus solitaires dès 1992, soit l’année officielle de son implantation dans le Mercantour…

Loups : où en est-on aujourd’hui ?

Selon l’Association Ferus, « en 2020, malgré les mises en garde des scientifiques et l’opposition des citoyens, les pouvoirs publics peuvent autoriser l’abattage de 121 loups, soit 21 % de la population de loups estimée… En 2020, 105 loups ont été décomptés du plafond, tandis qu’en 2019, 98 loups ont été décomptés des 100 loups à abattre ».

À mon avis, il s’agit d’une « politique » absurde à caractère uniquement électoraliste. Avec ces tirs autorisés (ou pas), on crée des dispersions, génératrices de problèmes et désordres, car un loup esseulé et apeuré va se nourrir au plus facile, tandis que la meute observée en 2001 n’a pas changé d’aire, se nourrissant depuis 20 ans quasi-exclusivement de sangliers, dont la régulation est primordiale pour les Alpes.

En outre, il serait temps que les autorités comprennent – en 2021 ! – que le nombre de prédateurs dépend de celui des proies…, et que ces derniers régulent les naissances dans un sens comme dans l’autre, en fonction de la présence ou pas de nourriture… Heureusement, il semble que les comptages sous-estiment largement le nombre d’individus, car il est très difficile d’inventorier des loups en déplacement pouvant opérer de longues distances en une seule nuit, et passer d’un pays à l’autre très rapidement…

Biodiversité : de fortes disparités

Elevage dans le Vallon du Clou face au massif du Mont Pourri et de la Sache (Savoie) © Jean-Pierre Lamic

 

D’après le rapport publié début mai 2019 par le groupe d’experts de l’ONU sur la biodiversité (IPBES), « sur les huit millions d’espèces animales et végétales présentes dans le monde, près d’un million pourraient bientôt disparaître. Les insectes font partie des espèces les plus menacées : leur nombre a chuté de 80 % ». Cependant, il existe de fortes disparités selon les territoires et les espèces concernés.

Dans les Alpes, voici ce que l’on observe sur le terrain :

  • L’installation de nombreuses espèces animales à des altitudes de plus en plus élevées (cervidés, sangliers, insectes, etc.).
  • L’importante augmentation de la surface des friches, notamment par l’abandon des vergers, se transformant en forêts en quelques décennies.
  • Des inversions de températures liées à la pollution des vallées alpines qui engendrent de graves perturbations sur l’avifaune et ses migrations d’altitude. En effet, depuis une vingtaine d’années, lors des anticyclones hivernaux, il fait plus froid en fond de vallée qu’en altitude… Selon les zones géographiques, un lent processus d’abandon de l’entretien des forêts alpines favorise la prolifération de l’épicéa au détriment du mélèze et du pin cembro, phénomène très nuisible à la biodiversité liée à ces biotopes.
  • L’abandon de pâturages traditionnels, notamment ceux qui ne sont pas accessibles aux trayeuses électriques. Certains sont loués à des éleveurs d’ovins en provenance du sud, avec des milliers de têtes qui transitent par la route.
  • Les reprofilages de pistes de ski, transformant des prairies ou pelouses d’altitude en pentes réengazonnées avec une essence unique.
  • La bétonisation de zones humides, importantes zones de repos pour les oiseaux migrateurs.
  • La diminution du temps de floraison, donc de pollinisation, et la double floraison sur une année de plantes répertoriées parmi les espèces « annuelles ». L’épilobe en épi ou laurier de Saint Antoine, lui, achève sa floraison de plus en plus tôt, privant les abeilles de son pollen et de son nectar à l’automne.
  • La remontée très nette et rapide de la limite supérieure de la forêt, passée de 2000 mètres jusqu’en 1985, à 2400 mètres environ de nos jours, selon les expositions.

Cette dernière métamorphose rapide et brutale de l’environnement montagnard étant probablement ­ avec la diminution des glaciers ­ la plus importante des transformations dans les Alpes liées aux dérèglements climatiques en cours. L’espace naturel situé entre 2000 et 2400 mètres d’altitude se transforme lentement, passant d’une pelouse alpine riche en flore aussi rare que fragile (à laquelle sont inféodés de nombreux insectes), en espaces emplis de jeunes mélèzes, puis de mélèzes adultes, que progressivement les épicéas supplantent. Processus se déroulant du début à la fin de la transformation en moins d’un siècle… Sans une politique volontaire et intelligente de gestion de ces processus (que les autorités semblent ignorer jusqu’à aujourd’hui…), la biodiversité des Alpes se trouve être en grave danger. Selon la CIPRA, 40 % de celle-ci serait directement menacée par l’effet conjugué de ces perturbations.

Conclusion

L’attrait pour ces richesses naturelles a fait naître un vif intérêt auprès des populations. De nombreuses associations de protection de l’environnement s’impliquent pour la protection des espèces menacées comme le faucon pèlerin, le bouquetin, les rapaces ou prédateurs en général, et les charognards. Cependant, il est nettement plus difficile d’agir pour la protection du « monde invisible » constitué d’insectes, reptiles, batraciens ou plantes rares, et de lutter contre la lente invasion de la pelouse alpine par des essences apportant de l’ombre et un manque de lumière : aulnes verts, sapin blanc et épicéa. Dans ce dernier cas, il s’agit d’incriminer une gouvernance défaillante, due principalement à une division administrative de nos territoires devenue obsolète, et à la politisation d’enjeux liés à des intérêts privés, largement privilégiés dans les Alpes : développement des stations de montagne, transports, élevage, opposition au retour du loup, et au Parc national de la Vanoise, etc.

Jean-Claude Mairal, homme politique de l’Allier, le résume ainsi : « Les politiques publiques deviennent de plus en plus catégorielles mais sans cohérence et sans liens affirmés avec l’intérêt général et national ». Pourtant, les retombées économiques inhérentes à l’intérêt suscité auprès du grand public dépassent de très loin le montant des aides de l’État ou des subventions accordées aux parcs nationaux ou régionaux, en générant toute une micro-économie, permettant par exemple à de petits commerçants, hébergeurs ou des accompagnateurs en montagne de vivre et rester sur leurs territoires… L’apport de ces médiateurs à l’environnement (plus de 25000), aux côtés des personnels des parcs, est crucial en termes d’information auprès des utilisateurs des espaces protégés, ou à préserver, notamment afin de prévenir les dérangements et déprédations.

2021 s’annonce comme l’année qui devrait voir se profiler certains changements de paradigmes dans l’espoir de tenter de sauver l’essentiel de ce qui reste de cette biodiversité menacée. Les États généraux de la transition du tourisme en montagne, prévus pour le mois de juin, devraient constituer l’une des étapes importantes de ce long cheminement à initier dès à présent…

Accompagnateur en montagne, Jean-Pierre Lamic est l’auteur et le gérant de la Maison d’édition Kalo Taxidi, ainsi que le directeur de publication du Média du voyage durable. Dernier ouvrage en lien avec le texte : Le voyage immobile d’un confiné en montagne.

 

Climat : les leçons de la Convention citoyenne

 


par Thomas Blosseville

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A peine présenté et déjà très critiqué. Le projet de loi issu des travaux de la Convention citoyenne pour le climat entame son parcours législatif. Il sera débattu à l’Assemblée nationale à partir de mars. Ce texte était attendu depuis des mois, après la consultation de 150 citoyens tirés au sort pour constituer cette fameuse Convention citoyenne. Ce processus a fait couler beaucoup d’encre. Au final, comme beaucoup le redoutaient, le projet de loi du gouvernement a considérablement amoindri les propositions des citoyens. Pour autant, cette expérience a eu trois mérites.

D’abord, permettre à des citoyens novices de s’emparer de l’enjeu climatique et de prendre conscience de l’ampleur des changements qu’il induisait. Ensuite, contribuer à inscrire le climat dans l’agenda médiatique. Enfin, soulever des interrogations sur notre fonctionnement démocratique et le rôle des citoyens dans l’élaboration des lois.

On peut considérer ces trois mérites comme autant de bonnes nouvelles. Après tout, la vocation de notre association JNE est d’œuvrer à la diffusion des informations et des connaissances sur les problématiques écologiques. La Convention a montré combien l’information pouvait être une puissante force de conviction des citoyens. Elle leur a fourni la matière première pour élaborer d’ambitieuses propositions. A l’inverse, on peut accueillir le projet de loi du gouvernement avec une grande circonspection, même s’il sera amendé lors de son examen au Parlement. La force de conviction des citoyens s’est arrêtée aux portes des ministères. Elle s’y est heurtée à des peurs, conservatismes, luttes d’influence…

Un constat s’impose tout de même. Le changement climatique est présent depuis longtemps dans le débat public. Ce projet de loi n’est pas le premier du quinquennat à aborder la question. Avant lui, il y a eu une loi sur le logement promulguée fin 2018. Il y a eu aussi une loi « énergie-climat » et une loi « mobilité », toutes deux adoptées fin 2019. Ces trois lois concernaient déjà la lutte contre le changement climatique. Sans oublier la loi de finances qui, chaque année, traite de fiscalité sur l’énergie et sur les émissions de gaz à effet de serre. Ou encore, les divers décrets et arrêtés en cours d’élaboration, par exemple la nouvelle réglementation environnementale des bâtiments dite « RE 2020 ».

On le constate : la politique climatique est continuellement en débat dans diverses institutions. Mais dans cette avalanche de lois et de réglementations, beaucoup de mesures sont inconnues du grand public. Qu’a changé la Convention citoyenne ? Elle a certes formulé des propositions déjà présentes dans le débat d’experts, mais en les abordant à travers le prisme du quotidien des Français. Et non en défendant les intérêts d’une quelconque structure.

Cela n’a pas empêché le gouvernement d’annihiler l’ambition des 150 citoyens. De nombreux détails restent donc à améliorer. Voici quelques questions que cette expérience a soulevées. Faut-il multiplier ce type de consultation ? Pour quels sujets ? Combien de citoyens faut-il réunir pour être représentatif sans alourdir le processus ?

Autres questions : comment les informations diffusées à cette occasion peuvent-elles bénéficier à l’ensemble de la population ? L’important n’est pas de constituer un petit groupe de citoyens experts, mais de permettre à tous les Français de s’approprier l’enjeu. Et comment articuler le travail de ces citoyens avec celui des acteurs plus traditionnels de la société civile, comme les associations, syndicats et autres corps intermédiaires ? Par exemple, comment faire le lien avec le Conseil économique, social et environnemental (Cese), qui réunit déjà diverses composantes de la société civile ?

La Convention citoyenne pour le climat aura ouvert des pistes de réflexion. Espérons qu’elles ne soient pas refermées aussi vite qu’ont été douchés les ambitieux espoirs de ces 150 citoyens.

En forêt, les exotiques c’est pas automatique !

L’introduction d’espèces exotiques en forêt n’est pas forcément un gage de réussite et risque de réduire leur diversité biologique.

par Jean-Claude Génot *

La coupe rase qui consiste à enlever tous les épicéas morts et ceux encore verts fragilise les sols et provoque l’effondrement des cours du bois – photo JC Génot

Dans mon texte sur le plan gouvernemental de plantation paru en janvier (lire ici), j’ai abordé le sujet des îlots d’avenir en forêt publique mis en œuvre par l’ONF (Office national des forêts). Il s’agit de parcelles allant de 0,5 à 5 ha où l’ONF plante des espèces exotiques supposées être mieux adaptées au réchauffement climatique.

Il existe une séquence vidéo sur la plantation d’un tel îlot en forêt domaniale de Vierzon qui est un modèle du genre de la propagande à peine subtile de l’ONF pour faire passer cette pilule au public. D’abord, l’intervieweur de la séquence YouTube sert la soupe et ne pose aucune question embarrassante, du genre pourquoi avoir fait une coupe rase de 5 ha et mettre ainsi le sol à nu face au réchauffement climatique que craignent tant les forestiers ? Le paysage est celui d‘une terre agricole prête pour une nouvelle culture. On nous explique que les chênes sessiles qui étaient présents sur la parcelle ont dépéri à cause d’un problème sanitaire, une opportunité de faire table rase pour l’ONF, mais ce n’est en rien une fatalité que de tout enlever et de ne laisser aucun arbre mort alors que nos forêts en manquent déjà terriblement. De plus, il existe des préconisations écologiques (mises en pratique en Alsace) pour ne pas reboiser systématiquement les vides de moins d’un hectare pour la diversité du vivant.

Un ingénieur forestier en retraite qui connaît bien ce secteur a relevé les omissions dans le discours des forestiers. D’abord, si les chênes sessiles ont dépéri, c’est à cause du tassement des sols fragiles dû à l’exploitation de la parcelle et au réseau de drainage jamais entretenu et pas à un problème sanitaire. Quand on nous montre un ouvrier en train de mettre un jeune plant dans un sol entièrement boueux, mon expert n’en revient pas et m’explique que ce terrain a été préparé à grands frais, mais pas du tout avec la technique appropriée. Dans ces forêts aux sols très hydromorphes, il faut installer des billons et ne pas faire de labour à plat comme cela a été le cas ici et reprendre tout le réseau de drainage.  Pour lui, il ne fait aucun doute qu’au premier gel, les jeunes plants ont dû être déchaussés. Quant à l’optimisme affiché par un des forestiers sur le taux de réussite de cette plantation qu’il espère de 100 %, mon expert ne donne pas plus de 1 à 2 % de réussite. Affaire à suivre.

Enfin, on nous présente le futur arbre, le fameux séquoia toujours vert, qui atteint jusqu’à 110 m de hauteur en Californie. Là-bas il baigne dans les brouillards humides venus du Pacifique, mais ici à Vierzon que se passe-t-il en cas de sécheresse ? Exotique ce séquoia ? Pas du tout ! Notre forestier, subjugué par le futur potentiel de bois de cet arbre monumental, nous rappelle qu’il a vécu en Europe il y a un million d’années, on est rassuré… J’oubliais l’inévitable clôture (au bas mot autour de 8 000 € l’hectare selon mon expert) à cause d’un autre ennemi du forestier : le cervidé. Avec de telles pratiques sylvicoles, on voit bien que l’ennemi public numéro 1 pour la forêt, c’est le forestier lui-même !

Il est indispensable de conserver des bouquets d’épicéas morts sur pied et au sol pour la diversité du vivant et pour conserver l’humidité du sol – photo JC Génot

Cela fait un moment que l’idée trotte dans la tête de la hiérarchie : la forêt va changer, changeons-la selon nos besoins. L’occasion est trop belle pour implanter ces îlots de super-exotiques puisque partout il y a des dépérissements (épicéas, frênes, hêtres, chênes). On coupe les arbres encore verts et les arbres secs (même si cela se vend à perte comme pour les épicéas) pour faire place nette et prendre le risque de fragiliser les plantations en cas de fortes sécheresses. Les résultats des dépérissements ne sont pas le seul fait du réchauffement climatique car la sylviculture a aussi sa part de responsabilité : espèce mal adaptée à la station, tassement des sols par les engins d’exploitation, forte ouverture de la canopée d’où une forte évapotranspiration du sol, diminution du stockage de carbone en baissant les diamètres d’exploitabilité. Le rajeunissement considérable des forêts a des conséquences nombreuses sur la résilience de l’écosystème face aux aléas climatiques. En effet, les arbres dominants qui ont atteint leur pleine maturité (soit bien au-delà de 100 ans) ont une fonction connue de dissipateur de chaleur liée à leur forte activité de photosynthèse et d’évapotranspiration. Bien des interactions et rétroactions du vivant y ont disparu, qui, pourtant, amélioraient considérablement la résilience des forêts face aux stress climatiques. L’ajout d’espèces exotiques injectées dans ces milieux déjà fragilisés ne peut que les exposer à des crises sanitaires sans fin et à des pertes financières conséquentes à long terme.

Les pratiques sylvicoles devraient donc être revisitées au regard de la fragilité des forêts face au réchauffement climatique. D’ailleurs, un récent rapport d’experts forestiers préconise même de laisser 25 % des forêts en libre évolution en matière d’adaptation au changement climatique. De plus, le recours à des espèces super-exotiques ressemble à une fuite en avant avec un présupposé, à savoir que la forêt n’aura pas le temps de s’adapter naturellement. La forêt écosystème s’adaptera forcément, mais la forêt industrielle non. On ne mise pas sur la diversité génétique des espèces locales. Quitte à faire des essais, le recours à des écotypes d’espèces locales adaptés à des climats plus secs (comme le hêtre qui pousse jusqu’en zone méditerranéenne) devrait être préféré à l’introduction de super-exotiques et jamais en peuplement pur, mais en bouquet parmi les essences locales. Enfin, les chênes ayant montré leur capacité de migration et d’hybridation (entre chêne pédonculé et chêne sessile) après la dernière glaciation, il n’est pas impossible d’imaginer une remontée de chênes thermophiles comme le chêne pubescent, déjà présent dans le nord de la France. On aimerait que ces plantations tests de super-exotiques restent anecdotiques, mais l’ennui avec l’ONF, organisme très centralisé, c’est qu’une idée lancée par la direction va s’appliquer partout dans les régions avec des cadres aux ordres, comme de bons petits soldats. Vous ne me croyez pas ? Il y a déjà eu des précédents malheureux.

Ainsi, en 1996, François Terrasson nous alertait dans un article intitulé Des arbres comme du maïs sur le nouveau concept de l’ONF baptisé « la sylviculture de l’arbre objectif ». Cette méthode consistait à fixer par parcelle une espèce « objectif » que l’on voulait absolument avoir en fin de cycle pour la régénération de la parcelle. Cela conduisait le forestier à éliminer progressivement les espèces qui n’étaient pas leur objectif, pour ne garder que celle souhaitée, avec pour conséquence de réduire la part de mélange dans les parcelles et de faire des sacrifices d’exploitabilité en éliminant des arbres qu’il aurait mieux valu laisser pousser pour un meilleur bénéfice économique. L’autre volet de cette méthode consistait également, après une coupe rase, à planter l’arbre objectif avec un certain espacement et des layons tous les 25 m pour aller girobroyer la végétation concurrente entre les arbres.

Après la tempête Lothar de 1999, l’ONF n’a pas mis longtemps à réagir et à présenter son nouveau concept de sylviculture dynamique. Cette méthode n’était pas en rupture avec celle de l’arbre « objectif ». Toujours en vigueur à ce jour, la sylviculture dynamique conduit à de fortes éclaircies visant à augmenter nettement les distances entre les arbres pour que ces derniers ne poussent plus serrés en hauteur ,mais en diamètre et moins hauts afin de ne plus être renversés par les tempêtes. Quant à la mise en distance des arbres, elle est censée éviter une forte concurrence entre ces derniers pour la ressource en eau du sol. Curieuse coïncidence, cette sylviculture qui vise finalement à augmenter les prélèvements et baisser la densité des arbres d’une parcelle a permis de répondre exactement au slogan du Grenelle de l’environnement, à savoir produire plus de bois.

Pour les peuplements jeunes, notamment de résineux, la mécanisation a été généralisée avec des layons nommés des cloisonnements tous les 12 à 15 m pour faciliter le travail des abatteuses : un pas de plus vers le champ de maïs pour reprendre l’expression de Terrasson. Un enseignant-chercheur de l‘école forestière Agroparistech Nancy m’a confié que si on le transportait les yeux bandés dans n’importe quelle forêt française, il reconnaîtrait à coup sûr une forêt domaniale tant les pratiques de l’ONF sont rationnelles et normatives, donc prévisibles. Evidemment, cette sylviculture dynamique qui rajeunit les forêts n’est pas sans conséquences face au réchauffement climatique car ces peuplements clairs favorisent l’évapotranspiration du sol, suppriment l’humidité qui fait partie intégrante de l’ambiance forestière, n’atténuent absolument pas le réchauffement climatique et limitent les capacités de stockage du carbone dans le sol et les vieux arbres. L’ONF semble ignorer ce que l’on appelle les solutions fondées sur la nature et ce choix de planter en plein une seule espèce super-exotique est une sylviculture anti-nature. Mais n’est-ce pas finalement ce que certains ingénieurs ont toujours rêvé de faire, dompter la forêt et sa végétation naturelle pour en faire un champ d’arbres bien ordonné ?

A l’évidence, le recours aux super-exotiques est un pari très risqué, compte tenu des précédents comme l’épicéa dont on voit l’effondrement actuel, le chêne rouge d’Amérique devenu envahissant et contre lequel le glyphosate a même été utilisé dans le passé, le cerisier tardif qui a envahi une grande partie de la forêt de Compiègne, favorisé par les coupes rases, et le Douglas, également envahissant sur certaines stations, sensible à un champignon (rouille) et à un insecte défoliateur. De multiples exemples montrent que l’introduction d’exotiques n’est pas forcément un gage de réussite tout en appauvrissant la diversité biologique des forêts. Sans subvention publique, ces plantations coûteuses et plus qu’incertaines n’auraient aucune raison d’être.

* Ecologue

Projet de Loi climat : pourquoi ce décalage avec les attentes de la Convention citoyenne ?

Mercredi 10 février, le projet de loi climat « portant sur la lutte contre le dérèglement climatique et le renforcement de la résilience face à ses effets » sera présenté en conseil des ministres : soixante-cinq articles, issus des propositions de la Convention citoyenne, pour changer demain le quotidien des Français, selon le gouvernement. Un projet qui fait bondir la Convention citoyenne et les associations de défense de l’environnement car trop éloigné des propositions initiales. Mais d’un point de vue juridique, que peut-on en penser ? Pourquoi cet écart ? Ce projet de loi peut-il quand même accélérer la transition écologique ? Rencontre avec l’avocate Lou Deldique, du cabinet Green Law à Roubaix, spécialiste du droit de l’environnement.

Propos recueillis par Anne Henry

Lou Deldique, avocate au cabinet Green Law à Roubaix © 2021 RCF

Quelles propositions-phares de cette loi climat retenez-vous ?

Nous pouvons citer le délit d’écocide, même s’il ne figure pas dans le projet de loi, mais uniquement dans l’exposé des motifs. Mais aussi l’interdiction de la location des passoires thermiques, la réduction du rythme d’artificialisation des sols, l’interdiction de nouveaux centres commerciaux, l’interdiction de vols intérieurs s’il y a possibilité de faire le trajet en train, et l’interdiction de publicité des énergies fossiles et de la surconsommation.

Une des critiques du projet, c’est de ne pas s’être appuyé sur l’intégralité des propositions des citoyens de la Convention Climat. Pourquoi ne pouvait-on pas les reprendre sans filtre ?

Il faut bien voir que ces propositions touchent à des secteurs très variés. Ca nécessite d’intervenir dans un certain nombre de réglementations différentes : le droit de l’urbanisme, le droit de la construction, le droit pénal, le droit de l’environnement, le droit de la publicité. La difficulté pour le gouvernement, c’est de traiter la diversité des mesures dans des champs très différents au sein d’un même texte. La deuxième difficulté, c’est qu’il y a des propositions qui auraient peut-être entraîné un changement drastique de nos modes de vie. Cela peut être une des raisons qui ont obligé le gouvernement à tempérer les attentes de la Convention. D’un point de vue politique, ce projet de loi ne répond peut-être pas aux annonces faites, mais d’un point de vue juridique et légistique, ce n’est pas inhabituel. Et le texte adopté par le Parlement fin septembre sera certainement encore très différent.

Certains avocats estiment qu’il y a trop de mesures de procrastination, avec des dates d’entrée en vigueur tardives, qui pourraient limiter leur portée. Partagez-vous cette réflexion ?

Oui, et d’ailleurs ça a été pointé par deux avis, celui du Conseil économique social et environnemental du 27 janvier, et celui du Conseil national de la transition écologique du 26 janvier. Ils regrettent que ces mesures soient trop timides, avec des effets différés. Ce n’est pas inhabituel d’un point de vue juridique, car il y a un temps d’adaptation des acteurs économiques. Ainsi, l’interdiction de location des passoires thermiques est prévue pour 2028 : il faut bien tenir compte de la situation des bailleurs qui vont devoir procéder à des travaux d’isolation. Mais d’autres mesures sont différées en 2025 ou en 2030. Cette diversité des délais rend ce projet de loi moins lisible. D’autres propositions ont été formulées de façon insuffisamment contraignante comme la consigne des emballages en verre qui « pourra notamment être généralisé à partir de 2025 ». Ce genre de libellé rend cette proposition très hypothétique. D’où le rôle futur du Parlement de travailler sur la formulation des mesures pour éviter de se trouver dans des déclarations d’intentions et du droit mou avec des propositions uniquement incitatives sans modifier les comportements au quotidien.

Y-a-t-il néanmoins des propositions qui permettront de changer en profondeur le droit pour accélérer cette transition écologique ?

L’interdiction de la publicité pour les énergies fossiles est complètement inédite, tout comme l’interdiction de la location des passoires thermiques et le délit général d’écocide. Ce dernier point va nécessiter de modifier une disposition du code de l’environnement qui concerne le délit de pollution des eaux, pour l’étendre à tout type de pollution, notamment atmosphérique et des sols. Si le texte entérine cette proposition et va dans le sens de ce qui avait été annoncé en novembre par le ministre de la Justice et la ministre de la Transition écologique, on va vers quelque chose de nouveau. A l’inverse, certaines mesures ne sont que le renforcement de dispositifs existant déjà comme la lutte contre l’artificialisation des sols. On est dans l’affirmation d’un principe déjà énoncé depuis les années 1980 dans le code de l’urbanisme et le code de l’environnement. C’est dans la continuité de textes comme la loi montagne, la loi littoral, la loi SRU de 2000, les lois Grenelle I et II, la loi Alur de 2014 … comme une répétition permanente de cet objectif. C’est bien de l’écrire, mais encore faut-il le mettre en œuvre concrètement ! Et en plus, les décisions concernant cette lutte contre l’artificialisation des sols ne se prendront pas au niveau législatif ou national, mais au niveau local, quand les collectivités décideront de modifier leurs documents d’urbanisme pour ouvrir ou pas une zone à l’urbanisation, quand le maire acceptera ou non de délivrer des permis de construire. C’est à ce niveau que se joue la lutte contre l’artificialisation des sols.

Ne sommes-nous pas néanmoins dans un processus d’amélioration continue du droit de l’environnement ?

Bien sûr, c’est nécessaire d’étoffer le corpus juridique du droit de l’environnement car c’est une branche du droit très récente. Ce n’est pas toujours facile de trouver des référentiels juridiques. Mais la difficulté de ce projet de loi, c’est que nous sommes sur des règles éparpillées sur différents types de législation. C’est assez classique des grands projets de loi que l’on a une à deux fois par an, comme la loi Alur par exemple. Mais cette dispersion complexifie la règle.

Les députés devraient s’emparer de l’étude du projet de loi climat fin mars, pour une adoption finale fin septembre. Le texte comprend soixante-cinq articles, issus des propositions de la Convention citoyenne, répartis en six titres : consommer, produire et travailler, se déplacer, se loger, se nourrir et protéger (délit d’écocide). Selon le gouvernement, une cinquantaine des 149 mesures proposées par les Citoyens avaient déjà été reprises par décret ou dans la loi de finance, et ce nouveau texte devrait en reprendre autant. Le texte a déjà été remis au Conseil d’État, au Conseil économique social et environnemental (CESE), au Conseil national de la transition écologique (CNTE), et aux autres instances de consultations obligatoires.

Quelques mesures emblématiques

Energie fossile
La convention citoyenne demandait à bannir la publicité sur les produits les plus pollueurs. L’article 4 du projet de loi limitera cette interdiction aux énergies fossiles.
Le texte vise à supprimer l’avantage fiscal sur la Taxe intérieure de consommation des produits énergétiques (TICPE) entre 2023 et 2030, principale subvention aux énergies fossiles accordée aux entreprises de transport routier pour aller vers des véhicules « moins lourds et moins polluants ».

Urbanisme
La loi va resserrer les règles d’urbanisme en fixant l’objectif de « diviser par deux » le rythme d’artificialisation des sols d’ici à dix ans par rapport à la décennie précédente.
La location des passoires thermiques sera interdite à partir de 2028, une mesure susceptible de réduire la facture énergétique de 1,7 million de locataires selon l’exécutif.

Transports
Au 1er janvier 2030, la vente des voitures particulières émettant plus de 95 grammes de CO2 par km sera interdite. La moyenne s’établit aujourd’hui à 120 g par km.
Pour améliorer la qualité de l’air et réduire la pollution routière, un article oblige la création de zones à faibles émissions dans les agglomérations de plus de 150 000 habitants avant le 31 décembre 2024.La création de voies réservées sur les autoroutes au covoiturage, aux véhicules à faible émission et aux transports collectifs sera évaluée pendant trois ans.
La loi met fin aux liaisons aériennes intérieures si une alternative moins polluante, le train en l’occurrence, existe en moins de 2 h 30. Sauf dans le cas d’une correspondance. La compensation carbone intégrale des vols intérieurs sera imposée d’ici à 2024.
L’augmentation de la taxe de solidarité sur les billets d’avion pourrait être augmentée quand le trafic aura retrouvé son niveau de 2019. L’extension des capacités aéroportuaires (création, extension) devra être compatible avec les objectifs de lutte contre le changement climatique. Une mesure visant à limiter la consommation de nouveaux espaces. Un article prévoit par ailleurs de mettre un terme aux rotations des avions publicitaires.

Consommation
Le projet de loi fixe imposera 20 % de surfaces dédiées au vrac d’ici à 2030 dans les grandes et moyennes surfaces afin notamment de réduire les déchets plastiques. La consigne pour le verre sera généralisée à partir de 2025. Le projet impose 50 % de produits durables et de qualité, dont 20 % de produits bios dans les repas servis en restauration collective.

Délit d’écocide
Le projet de loi punit les personnes morales et physiques « qui causeraient des dégâts graves et durables à l’environnement, de manière intentionnelle et en violation manifestement délibérée d’une obligation particulière de prudence ou de sécurité ». Il est assorti d’une peine allant jusqu’à dix ans d’emprisonnement, contre un an aujourd’hui.

Référendum
Le Président de la République a par ailleurs donné son feu vert à la tenue d’un référendum pour faire entrer le climat, la biodiversité et l’environnement dans l’article 1er de la Constitution. Un projet de réforme constitutionnelle doit être présenté en même temps que le projet de loi climat.

Critiques
Le texte soulève un vent de critiques au sein de la Convention pour le climat et des associations de défense de l’environnement. Pour le député du Maine-et-Loire Matthieu Orphelin, le projet de loi ne respecte absolument pas l’objectif de réduction de 40 % des gaz à effet de serre en 2030 par rapport à 1990. Cyril Dion dénonce le détricotage des mesures structurantes et a lancé une pétition pour demander à Emmanuel Macron de tenir ses engagements à leur égard. Elle a recueilli plus de 500 000 signatures.

Contexte international
D’ici juin 2021, la Commission européenne va présenter dans le cadre de son Green Deal, un certain nombre de mesures législatives permettant d’aligner l’Union européenne avec son nouvel objectif de réduction des émissions de – 55 % à 2030. Parallèlement, la loi européenne sur le climat devra entériner l’objectif de neutralité carbone en 2050.
Et plus largement, trois rendez-vous internationaux sont prévus. La France organisera, à la rentrée (du 3 au 11 septembre), le Congrès mondial de la nature à Marseille. Puis les États du monde entier devront se fixer de nouveaux objectifs post-2020 en matière de protection de la nature lors de la COP15 sur la biodiversité en octobre en Chine. Et du 1er au 12 novembre, la COP26 sur le climat se tiendra à Glasgow, en Écosse,pour acter la relève de l’ambition conformément à l’Accord de Paris. En amont de ces trois rendez-vous, Emmanuel Macron propose qu’un sommet soit organisé à New York.

A écouter, l’interview de Lou Deldique réalisée par Anne Henry sur la radio RCF.

ANNUAIRE 2021

CANARD SAUVAGE
Spécial 50 ans