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Ethiopie, une terre en effervescence

Une adhérente des JNE nous relate son récent voyage naturaliste en Ethiopie.

par Annik Schnitzler

Située au cœur de la corne de l’Afrique de l’Est, l’Ethiopie est constituée en grande partie de terres volcaniques basaltiques datant d’environ quarante millions d’années. Sa célébrité est multiple, liée à sa géologie, sa faune, et son histoire humaine.

Dans ce pays comme tous les autres situés sur la façade est de ce continent, s’y trouvent associés la fois les points les plus bas et les plus hauts du continent, des cuvettes de l’Afar qui s’enfoncent jusqu’à 116 mètres au-dessous du niveau de la mer, riches en formations volcaniques actives, aux hautes terres éthiopiennes situées au-delà de 1000 mètres d’altitude, incluant de nombreux sommets dépassant la barre des 4000 mètres. Les hauts plateaux contrôlent les débits du Nil par le Nil bleu, qui fournit plus de 80 % de l’eau parvenant en Egypte, et le Nil Blanc, originaire du Lac Victoria.

L’Ethiopie est célèbre pour sa richesse en Hominidés, qui en fait le berceau le plus riche de toute l’Afrique. C’est de cette partie de l’Afrique que sont partis les premières espèces du genre Homo pour l’Eurasie. C’est aussi le pays de la reine de Saba, qui a régné dans un des plus vastes et plus riches royaumes de l’Antiquité, au Xe siècle av. J.-C., et dont le fils issu de ses amours avec le roi Salomon, aurait dérobé l’Arche d’Alliance. L’Arche se trouverait à Aksoum, dans un enclos étroitement gardé de l’église Sainte-Marie-de-Sion.

L’Ethiopie est aussi le pays le plus anciennement chrétien du continent africain, et dont les églises sont célèbres pour leur architecture : à la fois monolithiques et souterraines. Une dernière spécificité, cette fois agronomique : l’Ethiopie est le pays du café, originaire des hauts plateaux de la province de Kaffa, où il pousse en sous-étages des forêts denses. Cultivé depuis des millénaires, il donne lieu dans les plus humbles demeures de tous les villages du pays à une jolie cérémonie, pour toute personne de passage qui y est invitée. On arrêtera là les atouts culturels de cet étrange pays, malgré tout encore relativement peu visité en raison, peut-être, de l’instabilité politique et d’infrastructures modestes.

L’objectif de notre première visite en 2016 a été la découverte de la chaine volcanique de l’Erta Ale (en danakil, langage local, cela signifie « la montagne qui fume »), dans la région des Afars. Il s’agit de la région la plus chaude, la plus basse et la plus inhospitalière de la grande faille d’Afrique, tout au nord, proche de la mer Rouge. Cette plaine désertique de Danakil est appelée parfois Triangle de l’Afar, d’après le nom des tribus afars qui en sont les seuls habitants. Soumise à des forces géologiques intenses de cisaillement, cette plaine est exposée à de violents tremblements de terres, parfois de maximum 10. Les signes d’activité sont matérialisés par des volcans actifs, dont le plus connu est l’Erta Ale.

La montée du volcan de l’Erta Ale à 613 mètres d’altitude, aboutit à une caldeira centrale, de 100 mètres de diamètre, d’où bouillonne un majestueux lac de lave permanente. Il n’en existe que deux au monde en dehors de celui-ci, le Nyragongo dans la République démocratique du Congo et le Kilauea dans les îles Hawaï. En raison de son isolement et sa proximité avec l’Erythrée, l’Erta Ale n’est étudié que depuis la fin des années 1960, époque où s’est formé l’actuel lac de lave. Depuis, son niveau n’a cessé de remonter : en 1971, il n’était qu’à une dizaine de mètres du bord des cratères ; en 1972 jusqu’en 1974, il a débordé en noyant le plancher de la caldeira sous des coulées de lave avant de redescendre sur 100 mètres. En 2016, lorsque nous y étions, la lave était remontée jusqu’à quelques mètres du bord du cratère.

Volcan de l’Erta Ale, en Ethiopie – photo Annik Schnitzler

Nous avons gravi le volcan en début de soirée, à la suite de plusieurs groupes de touristes, en 4 heures environ. Le spectacle de nuit était extraordinaire : l’activité incessante de la lave incandescente se manifestait par d’interminables mouvements de convection, constamment percés de fontaines de lave de quelques dizaines de mètres, créés par les gaz. Nous y sommes restés une partie de la nuit, faisant dans un sens et dans l’autre le tour de cet extraordinaire cratère. De temps en temps, des projections de lave atterrissaient à nos pieds, déjà refroidies. Début 2019, le volcan a modifié son activité, et la lave est descendue à un niveau d’environ cent mètres en dessous de la caldeira, et elle est le plus souvent masquée par des fumerolles très abondantes.

D’autres paysages du rift sont uniques au monde : ceux de Dallol, un site géologique situé en altitude négative, à – 82 m, dans le désert du Danakil proche de l’Erta Ale. On peut y admirer des paysages de sources chaudes acides, petites montagnes de soufre, colonnes de sel, petits geysers gazeux, vasques d’acides isolées par des corniches de sel et concrétions d’évaporites, de soufre, de chlorure de magnésium, de saumure et de soude solidifiée. Les couleurs liées au soufre, l’oxyde de fer, les sels, sont magnifiques : blanc, jaune, vert et rouge ocre. Au bord des lacs de magnésium, des cadavres d’oiseaux indiquent la toxicité des masses liquides. Plus loin, on parcourt des paysages de cristallisations, fleurs de soufre, piliers de sel, geysers, cheminées de fées de couleurs roses ou bleu.

Ce site volcanique se trouve à l’extrémité nord d’un lac salin, le lac Karoum, dont le sel est encore exploité par les Afars. On y voit des caravanes de dromadaires chargés de sel transporter cette marchandise jusque sur les hauts plateaux.

Selon Wikipedia, Dallol n’est pas encore classé parc national, seul son isolement le protège des visiteurs, à cause des tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée. Plusieurs prises d’otages de touristes occidentaux dans les environs du village d’Ahmed Ela, le village le plus proche de Dallol ont été faites, qui expliquent qu’on ne peut visiter Dallol, tout comme l’Erta qu’accompagnés de gardes armés.

Les panoramas qu’offrent les montagnes du Simien sont considérés comme rivaux du Grand Canyon du Colorado

Notre deuxième voyage en Ethiopie, en 2019, avait pour but, entre autres visites de lacs et de villages de Addis Abbeba à Axoum, incluant la visite de plusieurs sites archéologiques (le palais de la reine de Saba tout de même !), les églises enterrées de Lalibela, le lac Tana, puis de faire un trek de 6 jours sur les hauts plateaux du nord, dans le parc national de Simien. Ce parc a été inscrit en 1978 sur la liste du Patrimoine mondial de l’Unesco, afin d’y préserver ou de reconstituer l’extraordinaire diversité en faune et en flore de cette partie de l’Afrique de l’Est. Ses paysages sont spectaculaires en raison des contrastes entre pics, canyons et profondes vallées, créés par une érosion massive de plusieurs millions d’années. Les panoramas qu’offrent les montagnes du Simien sont considérés comme rivaux du Grand Canyon du Colorado. On y estime ainsi le nombre de plantes supérieures à 6500-7000 espèces, dont plus de 800 endémiques selon l’UICN en 1986. L’endémisme concerne aussi la faune : par exemple, 22 espèces de mammifères sur 242 y sont endémiques.

Ce parc somptueux a été créé pour sauver ce qui reste à sauver de ce patrimoine unique de l’Afrique de l’Est. Il inclut pour partie une zone humide entre 1800 et 2500 mètres, à l’origine colonisée par une forêt sempervirente d’altitude, défrichée depuis l’aube des temps en raison de l’origine volcanique des sols, très propices à l’agriculture. Ces dernières décennies, ces paysages subissent une pression encore accrue de déforestation en conséquence d’une démographie galopante de l’Éthiopie, qui, avec ses 100 millions d’habitants, est le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique. L’expansion immodérée de l’agriculture, du pastoralisme, des coupes de bois et autres usages excessifs, provoque de sévères érosions des sols. En 1980, seulement 0.2 % des forêts subsistait dans le pays. Dans le parc de Simien, ces dégâts sont omniprésents en dessous de 3500 m, et le parc tente d’y remédier en déplaçant les villages. Plus récemment, une étude internationale coordonnée par un chercheur de l’IRD, publiée le 20 novembre 2019, a identifié l’Ethiopie comme une région particulièrement touchée par l’extinction de sa flore endémique, avec trois autres qui sont le centre de la Tanzanie, le sud de la République démocratique du Congo et les forêts tropicales d’Afrique de l’Ouest.

Traces d’érosion importantes liées à un surpâturage de haute altitude, dans le domaine des lobélies – photo Patrick Lenoble

Ce qui reste de cette nature abîmée est tout de même magnifique : on parcourt de vastes plateaux bordés de canyons atteignant jusqu’à 1500 mètres de profondeur, d’où survivent encore çà et là des reliques d’anciennes formations boisées très étranges : le fourré éricoïde, qui possède un épais tapis de mousses résistantes à la sécheresse, et est donc extrêmement sensible aux feux allumés durant des millénaires par les pasteurs. Au-delà de 3500 et jusqu’à 4300 m lui succède la formation à Lobelia géants, jusque vers 4 300-4 350 m. Les lobélies sont endémiques des hautes montagnes africaines : ce sont en fait des herbacées qui ont retrouvé leur capacité à faire de la lignine afin de supporter les variations de température, les bombardements UV et la sécheresse de l’air. Ils possèdent un tronc unique peu ramifié, généralement recouvert d’une gaine épaisse de feuilles mortes et terminé par une énorme rosette de feuilles, de 50 cm à plus d’un mètre de large, d’où jaillit une dans leur vie, une gigantesque inflorescence terminale. Petite note positive, il existe encore des forêts de large surface, apparemment laissées en libre évolution, sur les pentes les plus raides. On m’a dit qu’elles étaient récentes, et issues d’anciens pâturages. Parfois denses, parfois plus ouvertes, elles sont actuellement protégées des dents du bétail, quoique j’ai pu constater qu’il restait des troupeaux discrets, en toute illégalité.

Les babouins geladas rejoignent les rochers pour se trouver en toute sécurité avant la nuit – photo Patrick Lenoble

Parmi les animaux hautement symboliques de ce parc on peut citer le babouin gelada (Theropithecus gelada), le loup d’Abyssinie (Canis sinensis), et le bouquetin d’Abyssinie (Capra walie). Les géladas sont les ultimes représentants des Theropithecus, dont le genre s’étendait il y a des millions d’années de l’Afrique du Sud à l’Inde et à l’Espagne. Mais leur nombre n’a cessé de reculer avec l’apparition de l’espèce humaine, qui a probablement chassé ces primates, mais aussi la concurrence avec les babouins, plus résistants aux modifications du climat et très récemment, la démographie galopante de l’humanité dans ce pays. Actuellement les geladas ne trouvent suffisamment de pâturages pour s’alimenter qu’en haute altitude dans les zones préservées. Observer de très près ces troupeaux de ces beaux primates à large crinière et tache orange sur le ventre, cherchant des racines ou baillant à notre passage, est inoubliable.

Le loup d’Abyssinie est devenu une rencontre rare – photo Patrick Lenoble

Tout aussi spectaculaire, l’observation du loup d’Abyssinie au milieu des prairies hautes à lobélies. Ce canidé d’allure intermédiaire entre un loup et un renard ne subsiste en Ethiopie qu’avec environ 400 à 450 individus (100 à 150 au Nord du Rift, dont 75 dans le Parc du Simien, 220 à 300 dans les montagnes du Balé), confinés en haute altitude. C’est le canidé le plus menacé au monde, victime de l’extension de l’agriculture et du pastoralisme, mais aussi des maladies comme la rage, l’hybridation avec les chiens domestiques et les persécutions humaines.

Quant au bouquetin d’Abyssinie a été possible en très haute altitude, proche du deuxième sommet de l’Ethiopie, pour ceux qui ont pu y arriver, et au sein de falaises vertigineuses. D’autres belles observations ont été celles d’une vingtaine de vautours spectaculaires, le gypaète barbu (Gypaetus barbatus) tournoyant dans une gorge profonde, ou du superbe grand corbeau africain, très présent autour des campements.

Au cours du trek, les rencontres amicales avec les habitants ont été fréquentes en passant dans les villages. La fameuse cérémonie du café nous a été faite plusieurs fois. S’il semble logique que certains de ces villages soient déportés plus bas au sein du parc, en raison des dégâts considérables des troupeaux sur les hauteurs, d’autres sont si typiques et si bien intégrés, qu’il serait vraiment regrettable qu’ils disparaissent.

Référence : T. Stévart, G. Dauby, P.P. Lowry II, A. Blach-Overgaard, V. Droissart, D.J. Harris, B.A. Mackinder, G.E. Schatz, B. Sonké, M.S.M. Sosef, J-C. Svenning, J.J. Wieringa, T.L.P. Couvreur. A third of the tropical African flora is potentially threatened with extinction, Science Advances, 20 novembre 2019. DOI : 10.1126/sciadv.aax9444

Algérie : la place de l’écologie dans le gouvernement

La composition du gouvernement et le compte-rendu du premier Conseil des ministres, réuni après l’investiture du président Abdelmadjid Tebboune, donnent quelques indications sur le degré d’inclinaison vers l’écologie de la «nouvelle Algérie» qui a commencé à se bâtir.

par M’hamed Rebah

Dans la liste du gouvernement, outre le ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables (confié à Nassera Benharats), maintenu tel quel, il y a des départements dont l’intitulé laisse penser que l’écologie est présente en force, comme le ministère délégué à l’environnement saharien (son titulaire est Hamza Al Sid Cheikh) et le ministère délégué à l’agriculture saharienne et des montagnes (confié à Fouad Chehat), mais aussi le ministère de la Pêche et des Productions halieutiques, qui est revenu à l’ancien ministre Sid Ahmed Ferroukhi.

Il y a donc au moins quatre ministres dont la vocation est la protection de l’environnement. D’abord, la ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables qui a pour mission principale dans le gouvernement, de promouvoir l’écologie dans toutes ses dimensions avec une attention particulière au volet énergétique. L’agriculture saharienne et celle des montagnes font référence à deux écosystèmes, l’un, le désert, vulnérable aux risques liés aux activités économiques qui s’y déroulent et qui ont pour seul moteur le profit, et l’autre, la montagne, fragilisée par l’absence de projet de développement durable et par l’insécurité qui y a régné durant la décennie du terrorisme. Il semble clair que la nomination d’un ministre délégué à l’environnement saharien indique la volonté politique d’empêcher qu’au nom de l’amélioration du « climat des affaires », il soit porté atteinte aux équilibres écologiques du Sahara par la surexploitation de ses ressources. On pense au gaz de schiste, mais aussi aux grands projets agricoles. En plus, en nommant un chercheur en agronomie, sensible aux questions écologiques, comme ministre délégué à l’agriculture saharienne et des montagnes, il est évident, là aussi, qu’il y a une volonté politique de ne pas laisser faire sous prétexte qu’il faut encourager les investisseurs.

Autre fait significatif d’une démarche de développement durable : le retour dans le gouvernement de Sid Ahmed Ferroukhi qui avait été, depuis septembre 2012, pendant plusieurs années, ministre de la Pêche et des Ressources halieutiques. En mai 2017, ce ministère et son titulaire avaient disparu de la liste de l’exécutif. En janvier 2020, ils reviennent tous deux dans le nouveau gouvernement Djerad, avec une nuance dans l’intitulé du ministère, qui n’est sans doute pas fortuite : ministère de la Pêche et des « Productions halieutiques » et non pas des « Ressources halieutiques ». Le plan d’action du gouvernement expliquera sans doute cette différence. Mais on peut comprendre qu’il s’agit, là, de mettre en application le concept d’économie bleue introduit en Algérie, il y a quelques années, par… Sid Ahmed Ferroukhi.

Le contexte politique actuel est-il favorable à l’écologie ? Les revendications exprimées par le mouvement populaire depuis le 22 février 2019, appuyées par l’institution militaire, et progressivement prises en charge, ne concernent pas spécialement l’écologie. Le compte rendu du Conseil des ministres contient des réponses parfois explicites à ces revendications, mais il n’est pas très éloquent en matière d’écologie. La seule référence écologique se trouve dans le passage sur « l’encouragement des énergies alternatives et renouvelables avec pour objectif l’exportation, la consolidation de la présence sur le marché énergétique et la relance des mégas projets d’exportation de l’énergie renouvelable ». Cet « encouragement » est motivé par le « modèle économique solide basé sur la diversification », qui doit être « appliqué impérativement ».

L’objectif d’accroître les recettes externes justifie certainement le « retour » aux méga-projets d’exportation de l’énergie renouvelable dont le plus connu était Desertec. L’exportation d’électricité d’origine solaire vers l’Europe avait été aussi prévue dans le programme de développement des énergies renouvelables (première version). Cette perspective a été exclue de la deuxième version du programme, à cause de l’absence de volonté des partenaires européens, d’investir dans les infrastructures pour construire les interconnexions indispensables pour relier les réseaux, et aussi de leur refus d’opérer le transfert de technologie qui doit permettre à l’Algérie de se doter d’une industrie des énergies renouvelables. A l’époque, les responsables algériens expliquaient la réticence des investisseurs à se lancer dans cette aventure, par le fait que la majorité des pays européens enregistrait un surplus en électricité, notamment d’origine renouvelable. Cela avait renforcé l’incertitude sur le marché européen promis à l’électricité produite dans le Sahara algérien. Le risque, pour l’Algérie, de se retrouver un jour avec un « cimetière » de panneaux photovoltaïques en plein désert, n’était pas exclu.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du mercredi 8 janvier 2020.

« L’agribashing » : une invention pour museler l’écologie

Nous sommes de plus en plus nombreux à critiquer les pesticides au nom de la santé publique, certes, mais qui s’aviserait de s’en prendre au monde paysan ?

par Marc Giraud et Danièle Boone

C’est pourtant le prétexte qu’a choisi Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, pour fonder la cellule Déméter de la gendarmerie afin de lutter « contre l’agribashing et les intrusions dans les exploitations agricoles ». Signée en octobre entre le ministère de l’Intérieur, la FNSEA et les JA (Jeunes agriculteurs), cette « Cellule nationale de suivi des atteintes au monde agricole » ne représente en fait que le quart des paysans de France, on ne sait pas ce qu’en pensent les autres.

Le but de Déméter est de criminaliser les anti-spécistes, sans donner de chiffres vérifiables sur leur pouvoir (et leur désir) de malfaisance, et d’empêcher les activistes de révéler les réalités des abattoirs. Déméter permet désormais de surveiller aussi les opposants à l’agriculture intensive, tels les citoyens du mouvement des Coquelicots : le simple dénigrement « idéologique » et vous voilà repéré.e ! Dans Charlie Hebdo, notre confrère Fabrice Nicolino (JNE) traduit : « Même des actions symboliques pourront entraîner une action gendarmesque ». Fabrice n’omet pas de souligner l’imposture des chiffres cités pour justifier la création de Déméter : un « fait » toutes les deux heures contre les agriculteurs, ce qui comprend tout et n’importe quoi, en somme un bel enfumage pour impressionner sur du vide.

Démeter est la déesse de la terre mais c’est surtout le nom de l’organisme européen de certification de l’agriculture biodynamique créé en Allemagne en 1932, dont le cahier des charges est extrêmement rigoureux tant sur les modes de cultures qu’en matière de bien-être animal. Alors appeler ainsi cette cellule de flicage ressemble fort à de la provocation. A moins qu’il ne s’agisse d’ignorance. Christophe Castaner sait-il seulement ce qu’est l’agriculture biodynamique ?

Pendant ce temps dans la réalité, et sans que le ministère de l’Intérieur ne semble s’en préoccuper, des défenseurs de la nature continuent de recevoir des menaces de mort de chasseurs, d’anti-ours et d’anti-loups, comme récemment le réalisateur Jean-Michel Bertrand pour la sortie de son (excellent) film Marche avec les loups. Des éleveurs prêts à passer à la violence promettent de saccager les salles de cinéma qui oseraient projeter le film, et ont déjà obtenu l’annulation de deux représentations ! Et si l’on parlait enfin du vrai problème, l’écolobashing ?


A lire
La fable de l’agribashing dans Reporterre, par François Veillerette (JNE)
Déméter sur le site du ministère de l’Intérieur
Déméter dans HuffPost
Déméter dans Charlie par Fabrice Nicolino (JNE)
Violence des anti-loups sur le site JNE, par Gabriel Ullmann (JNE)

Protéger la nature quand tout est domestiqué : l’exemple allemand

On peut se poser la question de savoir comment une société fondée sur la croissance peut protéger efficacement la nature quand elle n’a de cesse de valoriser le moindre espace. Nous agissons comme un monstre qui dévore toute la nature disponible, ne laissant dans ses angles morts que des interstices oubliés comme les terrains vagues, les ruines, les friches et les bas-côtés.

par Jean-Claude Génot *

Oui mais voilà, la nature a la peau dure et dès qu’on lui laisse de l’espace et du temps, elle est capable de faire la démonstration de son génie car, en la matière, elle sait mieux faire que l’homme. Le problème est que la nature protégée doit désormais se contenter aussi de ces interstices que la civilisation oublie et abandonne. Deux exemples pris en Allemagne permettent de voir que la nature protégée, réduite à des espaces confinés, n’a plus pour s’exprimer que les « restes » d’une ancienne nature détruite, modifiée ou exploitée. C’est ce que l’on appelle désormais de la nature férale, une nature autrefois utilisée par l’homme et qui redevient sauvage après abandon des activités humaines, même celles visant à conserver une certaine biodiversité.

Grande roselière dans la réserve naturelle de Wagbachniederung, en Allemagne – photo Jean-Claude Génot

Le premier site est la réserve naturelle de Wagbachniederung, d’une superficie de 224 ha, créée en 1983. Cette réserve est située au nord de la commune de Waghäusel à l’emplacement d’un ancien bras mort du Rhin dans le district de Karlsruhe (Bade-Wurtemberg). Elle se compose de bassins de décantation d’une ancienne usine sucrière en fonction jusqu’en 1995, de roselières et de marécages qui sont les vestiges d’une vaste zone tourbeuse occupant la plaine inondable du Rhin avant sa canalisation. Cette réserve est longée par une ligne électrique, bordée sur deux de ses côtés par une voie ferrée et située à deux pas d’un silo agricole, d’où l’on peut voir au loin les tours de refroidissement d’une centrale nucléaire. Les nombreuses routes et zones urbaines qui entourent la réserve, sans parler des zones agricoles intensives, composent une matrice de ce que l’homme peut faire de pire quand il «met en valeur » son milieu de vie.

Un ermitage situé à deux pas de la réserve constitue également un vestige architectural d’un passé où l’homme occupait déjà bien cet espace mais n’avait pas encore tout dégradé. Toujours en activité, il paraît tout aussi incongru que la réserve dans ce paysage profondément artificialisé, tels deux écrins de beauté dans l’océan de laideur de la modernité paysagère. C’est d’ailleurs non loin du parking de cet ermitage qu’il faut se garer pour se rendre dans la réserve, puis traverser une route et une sorte de terrain vague avant d’apercevoir une haie d’arbres avec, en lisière, le panneau de la réserve naturelle.

Que découvre-t-on en parcourant cette réserve ? Des digues entourant des bassins en eau ainsi que de grandes roselières, des ripisylves composées d’aulnes, de saules et de peupliers couverts de draperies de clématite, de houblon et de liseron. De nombreux arbres fruitiers bordent les chemins ainsi que des haies spontanées à base de cornouillers et d’aubépines. Lors d’une sortie fin juin 2019 par grande chaleur, j’ai pu observer une colonie de mouettes rieuses nicheuses, des cormorans rassemblés sur des arbres morts, des hérons cendrés, des grandes aigrettes et une trentaine de hérons pourprés avec des jeunes sur leur nid. Cette espèce est en régression en France avec environ 2600 couples nicheurs en 2017 et figure sur la liste rouge UICN des oiseaux nicheurs menacés de France métropolitaine. Voir cette espèce rare à quelques dizaines de mètres du chemin dans un tel lieu est une des surprises qu’offre la nature férale.

Plan d’eau où nichent les hérons pourprés dans la réserve naturelle de Wagbachniederung, en Allemagne – photo Jean-Claude Génot

Des canards et d’autres oiseaux aquatiques sont présents sur les plans d’eau : nette rousse, fuligules morillon et milouin, canard colvert, foulque avec ses jeunes, grèbe huppé et grèbe à cou noir. Un milan noir est houspillé par des mouettes qui craignent pour leur progéniture. Il existe également quelques mouettes mélanocéphales, mais elles sont difficiles à distinguer en vol de la mouette rieuse. Observation peu courante car on entend plus souvent cet oiseau qu’on ne le voit : un coucou perché sur la branche basse d’un saule. Malgré la chaleur écrasante de ce milieu de journée, j’ai pu entendre un pic vert, une grive musicienne, une rousserolle effarvatte et une fauvette à tête noire, et voir un grimpereau des jardins sur le tronc d’un saule.

Des espèces exotiques en plein essor fréquentent aussi la réserve : une ouette d’Egypte suivie par ses jeunes et des bernaches du Canada qui se promènent tranquillement sur le chemin. Il aurait fallu venir plus tôt au printemps pour voir les parades du busard des roseaux qui niche dans les grandes roselières, entendre le chant de la rousserolle turdoïde et apercevoir la gorgebleue à miroir et la mésange à moustaches encore appelée panure à moustaches. La réserve est également fréquentée par des oies cendrées.

A la fin de la visite, je longe un plan d’eau couvert de grandes plaques jaunes dues probablement à des algues et/ou des cyanobactéries. Ce site anthropogénique est devenue une réserve naturelle compte tenu de l’importance internationale de la zone en tant que lieu de reproduction pour plusieurs espèces d’oiseaux menacées et lieu de repos et d’alimentation des oiseaux migrateurs du nord de l’Eurasie et parce que les grandes roselières qui s’y développent sont uniques dans le nord du Bade-Wurtemberg. Mais ce qui surprend avant tout, c’est le contraste entre cette nature foisonnante, faite de beauté, de créativité, de diversité, de tranquillité, et l’espace qui l’entoure, avec une nature bétonnée, drainée, exploitée, polluée, remblayée, sans aucune transition.

Le second site est le parc national Hunsrück-Hochwald, qui a été créé en 2015 dans le cadre de la stratégie de l’Allemagne en faveur de la biodiversité qui consiste, entre autres, à mettre 10 % des forêts publiques en réserve intégrale. Ce parc de 10 200 ha possède 90 % de son territoire en Rhénanie-Palatinat et 10 % en Sarre. On y dénombre une centaine d’habitants. Ce parc forestier est entouré de forêts et de cultures. L’altitude varie de 320 à 816 m et les précipitations annuelles s’élèvent à 1200 mm. Le sous-sol est composé de quartzite et appartient au système géologique du Dévonien.

Hêtraie en libre évolution dans le parc national Hunsrück-Hochwald, en Allemagne – photo Jean-Claude Génot

La forêt naturelle est la hêtraie, les autres biotopes sont des zones tourbeuses, des éboulis rocheux, des prairies et des ruisseaux. Le chat forestier compte une centaine d’individus, il est d’ailleurs l’emblème du parc, représenté d’après un motif celte. Parmi les espèces d’oiseaux remarquables : la cigogne noire, le grand corbeau, le grand-duc d’Europe et la chouette de Tengmalm. Dès sa création, le parc a mis 25 % des forêts en réserve intégrale. D’ici à 2025, 50 % des forêts seront en protection intégrale et d’ici 30 ans 70 %. En ce sens, son directeur parle d’un parc en développement, car pour les Allemands un parc national doit être consacré à la nature la plus sauvage possible. Pourquoi cette progression ? Parce qu’aujourd’hui 31 % des forêts sont composées d’épicéas purs ou en mélange avec le hêtre. Le temps nécessaire pour passer à 70 % en réserve intégrale doit servir à éliminer des épicéas et planter des hêtres sous épicéas, mais il se pourrait que les scolytes (NDLR:  petits insectes xylophages de l’ordre des coléoptères), favorisés par le réchauffement climatique, accélèrent la disparition de ces conifères.

Anciennes plantations d’épicéas avec scolytes dans le parc national Hunsrück-Hochwald, en Allemagne – photo Jean-Claude Génot

La forêt n’est pas le seul lieu où le parc s’est assigné la tâche d’éliminer l’épicéa ; il y a également des zones tourbeuses qui dans le passé furent drainées pour y planter ce conifère. Les adversaires du parc accusent ce dernier d’être un foyer de scolytes et de cerfs. Pourtant, il y a plus de foyers de scolytes à l’extérieur du parc. Pour ce qui est du cerf, la chasse est interdite dans le parc, mais les rangers (28 en tout sur un personnel de 55 personnes) tirent des cerfs quand ils constatent des dégâts sur les cultures situées à l’extérieur du parc. Un monitoring existe pour les forêts des parcs nationaux à raison d’un point tous les 250 m, soit ici 1680 placettes permanentes. Un suivi génétique est effectué sur le chat forestier et un recensement des cerfs est réalisé par comptage nocturne doublé d’un suivi de la végétation.

Le parc mise beaucoup sur le tourisme de nature. Il dispose d’une exposition interactive sur les caractéristiques écologiques du Hunsrück-Hochwald, aménagée dans un haut-lieu touristique du parc. La visite s’est terminée par un arrêt dans une vallée où le parc a bénéficié de fonds européens pour effectuer une coupe rase d’épicéas afin de restaurer cette zone humide. Le directeur n’était pas très fier de cette opération et je le comprends car finalement tout cet argent aurait pu être dépensé autrement. En effet la nature se serait chargée de l’élimination des épicéas de façon moins radicale que la coupe à blanc. Tous ces épicéas auraient succombé progressivement à la sécheresse et aux scolytes, en fournissant de nombreux arbres morts et en créant des conditions écologiques inédites car partout ailleurs on coupe les épicéas attaqués par les insectes xylophages ou menacés de l’être en laissant un sol dénudé. On peut penser que ces travaux ont rassuré les gens inquiets de laisser une nature libre. Ils ont également fourni du travail aux bûcherons pour qui le parc national est une perte sèche pour leur emploi. Ce parc national a été établi dans des forêts feuillues anciennement exploitées et transformées en plantation d’épicéas, les zones humides y ont été drainées pour les « valoriser » toujours avec l’épicéa. C’est un parfait exemple de nature férale. L’objectif ambitieux de la libre évolution dans ce parc, de surface modeste, se heurte à l’hostilité extérieure. Le parc est accusé de tous les maux,  favoriser les cerfs et développer les scolytes, mais à aucun moment les hommes ne remettent en cause leur façon d’artificialiser la nature.

Ces deux exemples illustrent parfaitement la situation de la nature ou de ce qu’il en reste dans une civilisation anti-nature. Soit on regarde la matrice et on a l’impression d’un champ de ruine comme le disait l’écologiste américain Aldo Leopold, soit on regarde les restes de nature et on se dit comme le philosophe Baptiste Morizot que ces échantillons de nature férale maintiennent les braises du vivant. Mais va-t-on vers la fin de la nature compte tenu de la sixième crise d’extinction des espèces dont nous sommes responsables ?

On voit fleurir le slogan « Pas de nature, pas de futur » dans les manifestations des jeunes pour l’urgence climatique. Cette formule sous-entend qu’il n’y a pas d’avenir pour l’homme sans nature. Elle est fondée car nous dépendons de la nature en tant que partie de l’ensemble du vivant. Mais il y a hélas des objections à formuler. D’une part, il y aura toujours des coins de nature qui échapperont au prédateur humain, mais quelle nature ? Celle des champs de mines et des zones irradiées après les catastrophes nucléaires ? D’autre part, l’homme 2.0 est capable de « vivre » dans des conditions extrêmes, sans plantes et sans animaux sauvages. La preuve : les hommes s’entassent dans des super mégalopoles dont on ne peut pas dire qu’elles soient riches en nature. Demain il suffira peut être aux technophiles de nourrir des milliards de personnes avec des gélules faites à base d’insectes dans des élevages artificiels souterrains ou sur les terrasses des immeubles pour régler le problème alimentaire. L

a nostalgie du temps de l’harmonie entre l’homme et la nature sera alors comblée par des documentaires en trois dimensions dans lesquels on pourra totalement s’immerger avec des lunettes spéciales. Impossible ? Le numérique nous fait déjà vivre dans un monde virtuel. De plus, les jeunes générations actuelles et à venir sont victimes d’amnésie environnementale qui leur fait considérer le manque de nature comme un fait acquis. Ainsi les jeunes nés après l’accident nucléaire de Tchernobyl en zone contaminée ne veulent plus entendre parler de cette catastrophe. Ils souhaitent se tourner vers l’avenir mais la radioactivité, elle, s’imposera longtemps à eux. Il se pourrait bien que l’homme « transhumanisé » ait un futur mais sans nature ou presque et qu’une infime minorité soit opposée à ce meilleur des mondes. Le slogan « Pas de nature, pas de futur » nous met en garde fort justement face au chaos climatique en cours mais il pourrait y avoir un avenir pour l’homme sans nature : un enfer !

* Ecologue

Mes remerciements vont à Harald Egidi, directeur du parc national Hunsrück-Hochwald, pour m’avoir accueilli et guidé ainsi qu’à mon ami François Steimer, naturaliste, pour m’avoir fait découvrir la réserve naturelle de Wagbachniederung.

Des vaches à notre image et réciproquement

« Je ne suis pas une écolo, je pollue, C’est mon métier. » (p. 107)
« Je suis en train de devenir une écolo. Je n’utilise pas l’avion et je ne prends plus ma voiture pour aller travailler. » (p. 109)
Voici en deux phrases nichées au milieu du livre Les vaches aiment le yaourt, le terrible dilemme de chacun de nous en ces années de « transition écologique » : être ou ne pas être écolo.

par Michel Sourrouille

L’auteure de cet ouvrage, Anne Galais, est éleveuse de vaches, soumise aux affres du productivisme et poussée par la nécessité d’alimenter les grandes surfaces : il faut bien nourrir notre boulimie de yaourts et de viande. Elle en a fait un roman qui colle de près à son quotidien. Fini le paysan qui, de générations en générations, reproduit des techniques ancestrales. L’innovation est son quotidien, sa principale préoccupation est de chercher les meilleurs rendements, la sélection génétique est désormais au cœur de son métier. Ce n’est plus une cloche accrochée au cou des vaches, c’est un appareillage informatique.

Être ou ne pas être écolo ? Anne Galais a raison, polluer est notre métier à tous. Dans un système qui ne repose plus sur la quasi-autarcie des campagnes, chaque activité humaine nous fait dépendre d’un flux de biens et de services venus d’ailleurs. Qu’on produise ou qu’on consomme, on pollue, on rejette des gaz à effet de serre, on ponctionne des ressources naturelles en voie de raréfaction, on prend tous conscience que cela n’est pas durable et qu’il nous faudrait changer.

Tâche difficile, impossible, nous sommes prisonnier d’un système où il faut courir toujours plus vite pour rester concurrentiel ou pour se payer le dernier gadget à la mode. Société urbanisée et sur-développée, consommation carnée de masse, donc production de masse et élevage en batterie. Qu’on se le dise, les vaches sont comme les humains… et réciproquement. Les vaches sont comme nous, des animaux, la gestation dure neuf mois dans l’un comme dans l’autre cas. On arrache les veaux à leur mère peu après la naissance, il faut mettre les enfants à la crèche dès qu’ils marchent sur deux jambes, ou même avant. Les centrales d’achat et les administrations aiment les chiffres et les gens captifs. Les vaches portent un numéro d’identification dès la naissance pour assurer la traçabilité. Pour nous, c’est le numéro de sécurité sociale. On ne les appelle plus par un joli petit nom, c’est devenu un matricule. C’est aussi notre lot commun, quand nous sommes sommés d’énoncer tous les numéros de notre carte bancaire. Les vaches sont entassées dans un grand hangar, les humains s’amoncellent dans leur HLM. Les humains préfèrent leur cage, qu’en pensent les vaches ?

Nous avons rencontré Anne Galais. Elle aime ses vaches et son métier. Elle n’aime pas les mots productivisme et agro-industrie. Elle a voulu présenter sa situation professionnelle comme un yaourt, un mixte de choses à bien savourer. Mais elle est comme nous, soumise avec son élevage à un système agro-industriel qui nous broie. Elle attend de voir ce qui va se passer, coincé comme elle l’est par les diktats de la PAC (Politique agricole commune) et du marché. Si on lui demande de faire du bio, elle fera du bio, pour le moment elle s’occupe d’un élevage intensif, bien plus qu’une centaine de vaches à viande. Elle a abandonné les laitières car on a abattu tout son troupeau. Elle explique le mécanisme morbide dans son livre. La vache 8452 avait présenté à l’analyse vétérinaire une lésion tuberculeuse. La France se voulant indemne de cette maladie à moins de 1 % à l’exportation, il était obligatoire d’amener à l’abattoir le troupeau entier… même si on ne trouve qu’un seul cas positif. On ne peut pas tricher, les services sanitaires connaissent toutes les vaches, chacune est enregistrée sur une base informatique. C’est évident, les humains sont comme des vaches, des vaches à lait pour engraisser le système et nourrir les GAFA.

Si vous voulez mieux comprendre la condition réelle et imaginée des éleveurs, lisez le livre d’Anne Galais, Les vaches aiment le yaourt (2019), en auto-édition, à commander sur ce lien , 7 euros et 30 cents pour 214 pages.

Des menaces inacceptables contre le film « Marche avec les loups »

Le 5 janvier 2020, le syndicat agricole FDSEA05 avait appelé via Facebook à manifester à Gap contre une avant-première du film Marche avec les loups. Un rassemblement en fin de compte annulé en raison du tollé des internautes. Au cours du tournage, le réalisateur Jean-Michel Bertrand a reçu à trois reprises des menaces de mort et les élus du département des Hautes Alpes et de la Région Sud (ex Paca) ont refusé de soutenir le film. Des faits inquiétants qui ont inspiré ce texte à un JNE engagé de longue date dans la défense de la nature sauvage.

par Gabriel Ullmann

Le loup !…La bête du Gévaudan n’était rien à comparer de la violence meurtrière qui anime certains non seulement contre cet animal…mais aussi contre des humains. Contre ceux qui osent, simplement, réaliser ou présenter un film sur le loup et son contexte, de façon certes engagée (et alors ?), mais aussi empreinte de poésie et d’empathie pour l’ensemble des protagonistes.

Ces appels à l’assassinat, ces menaces de morts abjectes reflètent une société profondément malade et témoignent de l’impunité constante en faveur de certaines catégories professionnelles, qui permet toutes les dérives.

Oui, le loup est une épreuve pour le pastoralisme ovin, pour les bergers et pour les éleveurs. Oui, cela génère des tracas, des surcroîts de travail, des stress et, pour certains, un calvaire. D’une part, cela ne peut en aucun cas justifier l’injustifiable et l’abject. D’autre part, le pastoralisme vit à 80 % des aides publiques. Peut-on alors considérer, sans se faire trucider, que la cohabitation avec les grands prédateurs, patrimoine public, peut être un corollaire de cette activité, qui doit saisir l’opportunité de se rénover et de réinventer l’occupation de l’espace commun ?

Cette opportunité a été saisie, mais partiellement, par certains, qui, grâce au retour du loup, ont vu leurs conditions de travail fortement améliorées (cabanes installées ou rénovées, aides-bergers financés, protections remboursées, indemnisations bien au-delà du prix de vente et des assurances, visibilité médiatique et sociétale du berger et de l’éleveur, etc.).

Il est urgent que les dogmatismes autour du loup, de tous côtés, s’effacent et que la sérénité et le respect mutuel l’emportent. Fasse que ces actes immondes, à l’occasion de la sortie du film Marche avec les loups, conduisent au contraire à une prise de conscience collective de cette urgence.

Ci-dessous, la bande-annonce de Marche avec les loups.

Dossier complet sur le film, à consulter ici.

 

Extrait d’un communiqué de Jean-Pierre Bailly, producteur de Marche avec les loups.
Aujourd’hui plus de 15.000 personnes ont vu le film entre les projections en avant-première et les festivals. La plupart du temps en présence du réalisateur. Les réactions sont excellentes et beaucoup de spectateurs soulignent sa démarche très mesurée et poétique tout en étant très engagée.
Le film sort sur 150 copies le 15 janvier, nous avons une très forte demande des salles de cinéma. Jean-Michel Bertrand est très sollicité.
Enfin, outre les deux prix du public déjà obtenus, le film a été sélectionné dans le cadre du festival Télérama junior en février.

La réserve marine de Saint-Barth va porter le nom de sa fondatrice, Nicole Aussedat

En cette fin d’année, nous avons le plaisir de vous annoncer que la réserve marine de Saint-Barth va porter le nom de sa fondatrice, Nicole Aussedat.

par Laurent Samuel

Cliquez sur la photo pour l’agrandir et pouvoir lire l’article



Une reconnaissance bien méritée pour cette défenseure des océans décédée en 2018, qui était adhérente de longue date des JNE et avait fait partie de notre Conseil d’administration. Récemment votée par le Conseil territorial de cette île des Antilles, cette reconnaissance a été obtenue grâce à l’action persévérante de son fils Olivier.

Ci-contre, un article sur Nicole Aussedat signé Michel Magras, sénateur de Saint-Barthélémy, publié dans Tropical Mag, l’un des magazines de Saint-Barth.

Merci à Dominique Simonnet pour ces informations et le partage de l’article.


Climat et biodiversité : bilan de la COP 25

Au lendemain de la tenue de la COP 25 sur le Climat à Madrid, une rencontre qui se tenait le mercredi 18 décembre 2019 à la mairie du 2e arrondissement de Paris a dressé le bilan de cet événement et mis en avant les Solutions fondées sur la Nature (SfN).

Vous pouvez visionner ci-dessous la vidéo de cet événement.

Cette rencontre était la deuxième d’une série organisée par l’Association des journalistes de l’environnement (AJE), l’Association des Journalistes écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) et le Comité français de l’UICN en préparation du Congrès mondial de la nature qui aura lieu au Parc Chanot de Marseille du 11 au 19 juin 2020.

AJE (Association des journalistes de l’environnement)
www.aje-environnement.org
 JNE (Association des Journalistes-Écrivains pour la Nature et l’Écologie)
www.JNE-asso.org
Comité français UICN
uicn.fr

Les COP se succèdent et délivrent leur lot de déceptions au cœur des médias


par Dominique Martin Ferrari

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Que de titres négatifs ! Certains vont jusqu’à parler de calamité ! Il est clair que les Etats sont en déphasage complet avec les attentes du monde. Cela s’explique par leur impuissance à gérer l’accélération du réchauffement climatique.

Une question se pose face à la lenteur des négociations : cette COP marquerait-elle une nouvelle étape dans les débats mondiaux ? Face au retard pris, à l’impuissance de la négociation multilatérale, l’Europe n’est elle pas en train de jouer une carte indépendante pour le futur ?

L’effort actuel est insuffisant et nous nous enfonçons de plus en plus dans une crise dont nous sommes incapables de mesurer la gravité. Il n’avait pas été prévu de faire de la COP 25 un moment important puisque c’est à Glasgow l’an prochain que devraient se signer les accords. Mais on devait avancer et comme toutes les COP, Madrid était un test de volonté politique, « d’état d’esprit du monde ».

Deux dossiers étaient sur la table : le marché carbone et la révision des engagements. Echec dans les deux cas, et à entendre les participants, c’est la désespérance générale. Alors ? Pourquoi ont-ils tous signé s’ils sont si mécontents ? Peut-être aurait-il fallu faire ce qui s’est passé à Copenhague en 2009, n’adopter aucun texte plutôt qu’un mauvais texte ?

De toute évidence, personne n’a révisé à la hausse ses efforts, à part 73 pays qui se sont engagés à présenter des plans climatiques plus ambitieux d’ici à la fin de l’année 2020. Cinq pays de plus donc, dont le Mexique, le Chili, la Maroc et le Pakistan, ainsi que 14 régions, 398 villes et 786 entreprises se sont également engagés à la neutralité carbone en 2050. Ils représentent malheureusement une part très faible des émissions.

L’autre attente concernait le marché international du carbone. La COP 24 de Katowice en Pologne avait laissé en plan cette question. Depuis le protocole de Kyoto et 2006, les mécanismes d’échange de quotas d’émission de CO2 existent. Ils permettent de vendre des réductions d’émissions d’un pays à l’autre. En 2006, seuls les Etats les plus développés avaient obligation à réduire et jouaient de ce mécanisme. Aujourd’hui, tout le monde est concerné, mais les émergents bloquent et refusent d’entrer dans le système : le Brésil refuse, comme la Chine et l’Arabie Saoudite. Position prévisible. Plus étonnant a été de voir se joindre à eux des ONGs (le RAC par exemple) craignant de voir les mécanismes d’échange de quotas d’émissions sans réel contrôle, comptabilisés par le pays qui l’achète et par celui qui le vend (double comptage).

On comprend donc les déceptions. Mais le « COP bashing » est plus grave : il souligne la difficulté du multilatéralisme. Les COP ne sont pas un outil magique qui permettrait du jour au lendemain de mettre le monde au rythme de nos désirs la plupart du temps européens. Pour régler un problème d’ordre mondial, il faut que le monde soit d’accord. Or le Brésil, l’Australie, le Japon, le Canada, l’Inde et la Chine sont à la peine. Il est à craindre que le multilatéralisme ne soit plus capable d’imposer quoi que ce soit aux émergents dont les sociétés civiles ont encore peu de possibilités de s’exprimer. La Chine devient, avec le retrait prochain des Etats-Unis, le principal pollueur (28 % des émissions) Elle fait face à une croissance exponentielle et compte 1400 usines à charbon, même si les fermes solaires se multiplient. Elle a mené une politique environnementale très autoritaire, mais au seuil de la récession, l’économie reprend la main, les enjeux climatiques passent au second plan.

Alors, l’Europe tente de maintenir le cap. On a beaucoup reproché à la France de ne pas défendre les intérêts de la COP 21 à Madrid, mais d’être à Bruxelles. C’est vrai. Mais l’Europe a avancé (sans la Pologne) avec l’annonce du « new green deal », accord de neutralité carbone pour 2050, dont 50 actions pour 2020. Un accord largement dénoncé par Greta Thunberg : « C’est une tromperie, Parce que la plupart de leurs promesses n’incluent pas l’aviation, le secteur maritime, et les biens importés ou exportés, mais incluent la possibilité pour les pays de compenser leurs émissions ailleurs. »

Certes. Mais ce grand plan historique donne la couleur de l’ambition de la nouvelle Commission pour placer l’Europe comme premier continent à prendre ses responsabilités face aux enjeux sociétaux de notre siècle. L’avenir nous dira s’il ne s’agissait que d’une déclaration, ou si réellement l’Europe maintiendra son objectif de réduction à – 55 % et doublera sa contribution au fonds vert climat.

Comme le souligne le Comité 21, « les jalons sont posés pour acter le développement irréversible de la responsabilité du secteur privé européen ».

Faut-il lire également que l’Europe prend les devants, se sépare d’une machine en panne pour un long moment, affichera un effort qui la dédouanera de ses responsabilités quand les effets irréversibles du réchauffement vont commencer à se faire sentir et que les pays touchés revendiqueront des compensations (cf. les décisions du mécanisme international de Varsovie)  ? Peut-être, seul l’avenir le dira. Mais il est certain que l’Europe replie son effort sur ses territoires.

En conclusion, il y a un sacré travail à faire d’ici Glasgow. Si au finish la date butoir de 2020 a été conservée pour les révisions alors que de nombreux pays demandaient encore trois ans de plus, le secrétaire général de l’ONU craint de recevoir les chiffres trop tardivement pour dresser un bilan global, seul capable de conduire juridiquement les Etats à réviser leurs engagements. Nous avons un an pour faire valoir la clause de transparence décidée à la COP 21. Rien ne sert plus vraiment de vociférer en Europe. C’est ailleurs que les choses se passent.

A trop vouloir courir devant, nous risquons de perdre le reste du monde.

CANARD SAUVAGE
Spécial 50 ans

ANNUAIRE 2019


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