5G et virus, les vraies peurs

Le débat sur l’impact environnemental et sanitaire de la 5G est en train de monter. Voici une contribution, signée d’une journaliste des JNE, sur ce sujet sensible. Vos avis, réactions et éclairages sont les bienvenus.

par Marie-Paule Nougaret

L’état d’urgence sanitaire a permis d’installer ou de modifier des antennes de téléphonie sans l’aval de l’Agence nationale des fréquences (ANFR), censée vérifier le respect des règles de sécurité « pour assurer la continuité du service ». Mais Bouygues, SFR et Orange ont préféré ne pas s’y risquer. Il s’agit de bétonner leur position juridique face aux oppositions dans le public, et aux exigences de l’Etat. Puis le gouvernement a changé d’avis, décrétant un moratoire sur la 5G (5e génération de téléphonie mobile) et confiant l’annonce à Olivier Véran, ministre de la Santé. Il attend, selon Les Echos, un rapport un rapport sur l’exposition aux ondes, notamment 5G, pour le 7 septembre prochain.

Ce sont les féministes de WECF France qui ont alerté les réseaux : l’état d’urgence permettait d’installer ou de modifier des antennes de téléphonie sans l’aval de l’Agence nationale des fréquences (ANFR), censée en vérifier le respect des règles de sécurité. On pouvait, provisoirement, monter des antennes radio-électriques, sans avis des mairies ni autorisation de l’ANFR. Les licences se demanderaient trois mois après la fin de l’état d’urgence. Ordonnance signée Macron le 25 mars, deux jours après l’ordre de confinement.

De jeunes mères très remontées parlaient d’antennes installées directement dans des cours d’école en Angleterre, sous prétexte de Covid. Et de citer le rapport de 2016 de l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) : la petite taille des enfants les expose davantage aux ondes radio-électriques, par effet de résonance (page 19). En France, l’ANFR impose des normes plus strictes près des groupes scolaires et autres établissements « particuliers ». Mais les tests de 5G, dans dix villes en France, s’opèrent sans que les études sanitaires, réclamées par l’ANSES sur ce point, aient seulement commencé.

Autre fait inquiétant : la mairie de Berkeley, en Californie, oblige les vendeurs de portables à infliger ce laïus à l’acheteur : « si vous le mettez dans la poche de la chemise, la poche du pantalon ou le soutien-gorge, vous prenez vos risques ». L’industrie a traîné la ville jusqu’à la Cour suprême pour obtenir l’abolition de l’arrêté, mais celle-ci a refusé. Ces petits appareils ne font que relayer ce qu’envoient les antennes, bien évidemment.

En France, la vidéo des Décodeurs du Monde (à visionner ici) est soupçonnée de pratiquer ce qu’elle dénonce : ne retenir que les études qui vont dans le sens de sa thèse (ce qui en change rien à l’excellent travail d’autres confrères et sœurs dans ce journal). Oubliés, par exemple l’avis de l’Agence européenne de l’environnement de 2011, indiquant que l’usage de portables augmente le risque de cancer du cerveau; ou l’étude du Journal of Cellular and Molecular Medicine (2013), montrant que les champs électro-magnétiques activent les canaux calciques des cellules, avec des résultats impossibles à cerner, bons ou mauvais d’ailleurs : cela expliquerait qu’on guérisse les fractures par application d’électricité.

De la perturbation des canaux des cellules au risque pour l’immunité, face aux virus, il n’y a qu’un pas conceptuel. De l’instauration de la future 5G à la surveillance généralisée, un autre pas, aussi vite accompli. Les opposants craignent aussi bien sûr l’augmentation massive de la dépense électrique par les objets dits intelligents, reliés en 5G, à l’heure où le climat impose la sobriété, et l’exploitation des métaux rares, scandaleuse par ses méthodes brutales et ses pollutions.

Des manifs ont eu lieu à Genève contre la 5G, retardant sa mise en œuvre. Des antennes ont flambé en Suisse, en Angleterre, sans qu’on en sache toujours la cause. Et le gouvernement britannique lui-même se méfie : il a demandé que les futures antennes 5G ne soient pas de marque Huawei, fabriquées en Chine, redoutant le vol de données et/ou la manipulation.

Certes, la technologie est différente : l’antenne 5G suit sa cible et émet un rayon plutôt que des ondes concentriques. Mais Huawei avait prévu le coup et vendu à Bouygues et SFR des antennes 4G /5G, prêtes à la transformation – Orange et Free achetant chez Nokia et Ericsson. Remplacer tout le matériel chinois coûterait une fortune. Ajoutez que Bercy se montre très gourmand. Après une première tranche de quatre bandes de fréquences 5G, à 350 millions d’euros pièce, retenues par les quatre firmes (mais pas encore réglées), il propose onze autres petits lots à 70 millions d’euros. Bref, l’Etat veut 3 ou 4 milliards d’euros, davantage que ce que les opérateurs avaient prévu. Fin février, Bouygues menaçait de le traîner en justice si on lui imposait d’abandonner Huawei.

L’ordonnance parue le 25 mars relâche la procédure, mais au 18 juin seuls SFR et Bouygues y avaient eu recours 59 fois – dont 58 pour SFR, Bouygues gardant un profil bas. Pas seulement pour des réparations, selon l’ANFR, mais pour ajouter des fréquences sur des antennes très sollicitées par le télé-travail du confinement.

Pour le reste, nos firmes nationales ont continué de demander leurs mille autorisations par semaine, et de les obtenir en un peu plus d’un mois. Soit environ 12000 en trois mois. Tout ces opérations se déroulent sur le site extranet de l’ANFR, de même que les réglages des antennes s’effectuent à distance, Covid ou non. Et c’est bien ce qui fait peur.

A lire : Ces ondes qui tuent, ces ondes qui soignent, Jean-Pierre Lentin, éditions Albin Michel (2004).