Marche avec les loups

Après avoir filmé une meute de loups en son territoire dans « La Vallée des loups » (2016), Jean-Michel Bertrand a conçu le projet de suivre l’un de ses membres subadultes sur le chemin de l’exil, sujet de ce nouveau film. C’est aussi une invitation à s’émerveiller de la beauté de la nature sauvage et à sentir le monde à la façon d’un loup solitaire.

par Danièle Boone

D’abord de splendides images sur la vallée où Jean-Michel Bertrand a pu observer le comportement des louveteaux, chaque été, pendant trois ans. Entourés et choyés par les membres de la meute, leur arrivée enclenche un processus de remplacement essentiel : Les jeunes de l’année précédente, les subadultes vont devoir céder leur place et quitter la protection de la meute. C’est pour en savoir plus sur le devenir des ces jeunes loups solitaires que Jean-Michel Bertrand a décidé de partager le voyage de l’un d’entre eux, et d’en faire le sujet de ce nouveau film. Les seuls endroits où les jeunes loups peuvent quitter la vallée, ce sont quatre cols. Pose de caméra, déclencheur automatique et alertes sur le smartphone. La technologie est la bienvenue mais elle n’évite par l’attente. Le spectateur entre, lui aussi, dans ce temps suspendu. Enfin le jeune loup finit par se présenter. La neige aidant, nous voilà parti sur ses traces.

Bien peu de candidats à la dispersion vont survivre et fonder à leur tour, une meute. Le jeune solitaire rencontre bien des dangers notamment les meutes déjà constituées qui ne tolèrent pas d’autres individus, les routes meurtrières, les villes. Certains humains portent en eux une haine effrayante : avec le retour du loup la peur du sauvage ressurgit. Pourtant à voir les images de cette nature sauvage si belle, les chamois, les marmottes, les bouquetins, les martres, on s’émerveille devant cet équilibre. Mais comme le dit Jean-Michel Bertand, « on a peur que de ce qu’on connaît pas. »

La quête du réalisateur le mène dans le Jura, un paysage nouveau, une forêt qu’il doit apprivoiser. Les animaux sont globalement les mêmes que dans les Alpes mais dans d’autres paysages. Toutefois, il y a la présence d’un autre prédateur mythique absent des Alpes : le lynx dont on peut voir de splendides images. Jean-Michel Bertrand s’installe dans l’une de ces cabanes mise à disposition des marcheurs. Il y a là, dans une boîte, un cahier avec des notes naturalistes et une biographie de Robert Hainard (celle écrite par notre ami JNE, Roland de Miller). C’est l’occasion pour Jean-Michel Bertrand de rendre hommage à ce grand naturaliste. Son attente sera payante : deux loups sont bien là. Un jeune couple peut-être. L’un des deux pourrait être le jeune loup dans les pas duquel il s’était lancé. Après quelques jours d’observation, c’est sûr, une nouvelle meute est en train de naître. Et ce sont les premiers loups du Jura ! Son intuition basée sur sa connaissance du loup était bonne !

C’est vraiment un très beau film et on a du mal à comprendre la violence de la réaction des anti-loups. A lire à ce sujet, les deux articles signés Gabriel Ullman et de Jean-Claude Génot parus sur ce site.

Voir également la chronique du livre paru aux éditions Salamandre

Production Jean-Pierre Bailly – MC4
Distribution : Gebeka Film
Contact presse : Delphine Olivier – delphineolivierpresse@gmail.com


 

ANNUAIRE 2020

CANARD SAUVAGE
Spécial 50 ans