Rio+20 : honneur au délégué inconnu

Jeudi 21 et vendredi 22 juin 2012, surtout jeudi tard dans la soirée, les délégués de nombreux pays ont pris la parole devant une assemblée plénière souvent aux trois quarts vide.

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par Claude-Marie Vadrot

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Répétant avec un manque de conviction de plus en plus perceptible, des phrases toutes faites, des évidences ânonnées face à d’autres délégués vaquant à leur affaires, téléphonant et se consolant avec les piètres sandwiches et cafés fournis (pardon, vendus) par une organisation brésilienne qui semblait avoir passé un accord avec des spécialistes de la « junk food ».

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Jeudi soir à partir de 22 heures, les représentants de plusieurs pays ne parlaient plus que devant d’autres délégués attendant patiemment de faire leur petit tour de manège onusien, dépassant souvent les cinq minutes qui leur étaient généreusement allouées. Le dernier, vers minuit, un homme dont j’ai oublié le nom, n’avait plus comme auditeurs que les membres de sa délégation qui n’ont même pas osé applaudir, craignant sans doute de réveiller les membres du service d’ordre dormant debout près des portes de sortie et un président de séance épuisé d’avoir appelé à la tribune autant « d’Excellences ».

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Il ne restait plus alors qu’à éteindre la lumière, l’étrange messe basse étant terminée. Si tant est qu’elle ait jamais commencé puisque les valeureux orateurs plus ou moins inspirés et enfilant des vérités premières sur le développement durable, savaient que leur intervention ne changerait pas d’une virgule une déclaration finale déjà gravée dans le marbre avant que ne commence le Sommet de Rio.

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Les valeureux et malheureux délégués sont donc souvent venus de fou loin, voire d’îles lointaines en train de couler sous la mer, pour donner une dernière représentation qui n’intéressait plus personne. Les derniers actes de cette farce ne resteront pas dans l’Histoire, juste dans le compte-rendu exhaustif qui sera un jour publié par les Nations Unies et que personne ne lira jamais.

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La machine onusienne a tourné à vide, consacrant la triste victoire des diplomates sur les environnementalistes qui croyaient et croient encore naïvement que la planète était menacée. La seule menace perceptible étant celle de la bureaucratisation ultime de l’ONU qui a effectivement atteint un sommet.

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CANARD SAUVAGE
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