Rio+20 : une journée avec… Claude-Marie Vadrot

Ce 21 juin, aucun rendez-vous ne rythme ma journée, que je décide de passer à suivre un des JNE qui fait partie du voyage à Rio : Claude-Marie Vadrot.

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par Christel Leca

 

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Claude-Marie Vadrot (à dr.)

Profitant du taxi qu’il s’apprête à emprunter pour se rendre à Riocentro, je décide de le suivre dans ses pérégrinations de journaliste averti au Sommet de la Terre. Autrefois grand reporter au JDD dont il est retraité, il est ici envoyé spécial de Politis et Mediapart. Nous arrivons dans le Villepinte carioca (qui accueillera en 2016 le Village Olympique) une bonne heure après notre départ en ayant «  un peu mieux regardé la ville qu’en bus », me dit-il, regrettant de ne pas avoir loué un scooter. « Je l’aurais mieux sentie encore ». Peu avant notre arrivée, nous remarquons l’architecture harmonieuse de la ville nouvelle de Barra, qui n’était que champs en 1992. Comment vieillira-t-elle ?

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Les chefs de gouvernements se succèdent à la tribune officielle

Au Riocenter, je nous arrête dans le hall restauration pour prendre un café. Nous regardons sur un grand écran se succéder toutes les 10 minutes les chefs d’Etat ou de gouvernement dans la salle plénière. Elle n’est accessible qu’aux délégations officielles, mais les interventions sont retransmises, sous-titrées en anglais, dans tout le Riocentro. « Quand on peut y entrer, on voit juste mieux les spectateurs dormir », s’amuse mon sujet du jour. Juan Manuel Santos, président colombien, laisse la place à Evo Morales, son homologue bolivien, puis nous partons au Media Center. Les ONG font une conférence de presse pour protester contre le pauvre document final que l’ONU s’apprête à faire ratifier par quelque 200 pays.

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Les ONG enragent

La salle P3-8 est sur-climatisée. Nous retrouvons nos confrères. Olivier Nouaillas, journaliste à La Vie, a enfilé sa polaire, qu’il oubliera toute à l’heure. J’ai mis ma petite laine autour du cou. Et les ONG se lancent. Le WWF regrette l’absence d’engagements et considère que l’économie verte se fera sans les gouvernements. Greenpeace ne voit rien d’autre dans ce sommet qu’un désastre et une hypocrisie, considérant que la crise a bon dos pour éviter de mettre sur la table les milliards nécessaires à la solidarité internationale.

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Oxfam n’attend plus rien de Rio, mais beaucoup de Rome où il sera, ce 22 juin, question de la taxe sur les transactions financières entre Européens. L’International Trade Union Confederation tempête : « les Etats n’ont pas pris leurs responsablités, alors que l’on vit dans un monde où les gens sont inquiets, c’est inacceptable ! » Natural Resources Defence Council est plus positif que les autres, saluant l’immense succès médiatique des sommets qui a permis à des millions de personnes d’entendre parler d’économie verte.

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Les journalistes du groupe sont déçus. Une rumeur courait que les ONG allaient quitter la table des négociations, il n’en est rien. Claude-Marie interroge Barbara Stocking, directeur d’Oxfam, sur ce possible acte symbolique : ils y ont pensé mais… « Les associations s’institutionnalisent », regrette-t-il. Ca fera d’ailleurs l’objet de son prochain papier pour Mediapart. Nous avons un peu faim et prenons la direction du Parc des Athlètes, une sorte de « petite » exposition universelle, et du Pavillon Français, en compagnie d’Olivier, qui ne l’a pas encore vu.

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Les Indiens manifestent, les militaires surveillent

Je suis son pas nonchalant vers le jardin intérieur du Riocenter, où nous apercevons la « énième conférence du énième chef indien » (celui-ci contre les sables bitumineux  canadiens). Nous y retrouvons quelques connaissances, dont Sandrine Bélier, députée européenne verte, déjà croisée plusieurs fois. Ils échangent quelques réflexions sur la reprise des forages pétroliers en Guyane, les membres de l’équipe ministérielle, la campagne électorale…

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Ce genre de rencontres informelles nourrit les journalistes autant que les conférences et les « side-events » (événements parallèles au sommet officiellement ou non intégrés au programme), d’après Claude-Marie. Entre le Riocenter et le Parc des Athlètes, nous longeons un étang protégé où s’ébattent quelques limicoles ainsi que des militaires en faction à bord d’un zodiac à rames, au bord d’une autoroute bondée.

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Souvenirs

Claude-Marie Vadrot @Leca

Le Pavillon Français et son plateau télé maquillé des logos de ses sponsors offrent un spectacle et une esthétique peu appréciés par mes compagnons. Il est quasiment vide à cette heure : pas d’émission télévisée en direct sur Tvrioplus20.org. Le bar est vide, le bureau occupé d’inconnus. Nous le traversons rapidement pour aller nous sustenter à la buvette qui se trouve derrière lui, opportunément nommée « gastronomie multiculturelle ». Pauvre soit-elle. Virginie Garin, spécialiste de l’environnement à RTL, nous rejoint. A la vue de son hamburger et de nos croissants fourrés, Olivier s’échappe. Il retourne au pavillon restauration du Riocenter.

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Nous devisons gaiement. Souvenirs des sommets de Johannesburg, Copenhague, Rio 1992… Johannesburg et son anniversaire surprise dans la ferme que les JNE avaient louée non loin du sommet de 2002. Claude-Marie se demande s’il revivra un sommet avant d’arrêter de travailler complètement. Peut-être Rio en 2015 ? Il a renoncé à écrire ses mémoires. « Qui cela pourrait intéresser ? » Difficile de le dire… Il n’a écrit qu’un chapitre, celui où il raconte son séjour à Buenos-Aires en 2001, lors de la grande crise, qui l’a particulièrement marqué. Des centaines de personnes, « comme nous », vivant dans la rue avec leurs enfants en bas âge impossibles à soigner.

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Connivences dangereuses

Les nuages sont de plus en plus bas, cachant quasiment les montagnes toutes proches recouvertes de forêt « vierge ». « Il va pleuvoir », annonce mon guide. Je m’étonne depuis que je suis à Rio munie de mon badge « presse » de la facilité avec laquelle les gens entrent en contact avec moi. On est tout de suite amicalement intégré aux conversations, on échange des cartes de visite en ajoutant son numéro de portable à la main, on nous fait ce qui ressemble à des confidences, on est tout de suite accueilli d’un signe de reconnaissance…

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Claude-Marie est habitué à cette relation de séduction dont il convient de se méfier tant elle diffère de la « vraie vie » que l’on est censé rapporter. A 14 h 30, il retourne se « balader dans les allées » du Riocenter « humer l’ambiance, rencontrer des gens », « faire un tour au Media center jeter un coup d’œil à la plénière ». Je pense de mon côté qu’il est temps de retourner à Copacabana, lire mes mails, préparer la newsletter du jour, récapituler les contacts encore en souffrance pour mon article d’Environnement Magazine.

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Nonchalance

Je prends la navette qui démarre sous une pluie de plus en plus battante à mesure que nous nous rapprochons des plages. Je fais pour la première fois le trajet de jour, côté mer, et profite, malgré la brume, de la vue magnifique sur une route de corniche entre océan et montagne. Seuls les surfeurs sont dans l’eau aujourd’hui. Sur les plages, d’une propreté étonnante, des joueurs de futebol ou de futevolei (un volet sans les mains) semblent indifférents au crachin, comme les promeneurs, aussi nombreux ce soir que les autres sur Ipanema. La ville sourit même sous la pluie. Elle est nonchalante, comme mon sujet du jour.

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Cet article a été publié par Christel Leca sur sa page Facebook.

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