Congrès des JNE à Cassis : un « nouveau » raconte

Voici le témoignage d’un nouvel adhérent sur le Congrès des JNE, qui vient de se tenir du 6 au 8 mai à Cassis, dans les Bouches-du-Rhône.

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Par Michel Sourrouille

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L'AG des JNE à Cassis le 6 mai 2011 - photo Laurent Samuel

Tout juste admis au sein des JNE, je fais le long voyage qui me mène d’Angoulême à la Méditerranée. Je suis arrivé à Cassis le vendredi six avril à six heures du matin, dans une gare excentrée qui montrait déjà l’isolement du bourg.

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En arrivant à pied dans la baie, pratiquement une seule route pour accéder à la ville, une seule pour en repartir : la voiture ne peut pas imposer sa loi dans un lieu si étroit. Je fus réconforté par l’étroitesse ancestrale des ruelles qui se protègent des voitures.

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Mais autour du port, centre névralgique de Cassis, je fus abasourdi par la succession interrompue des restaurants qui encerclaient la mer. Le touriste arrive partout en masse dès qu’il y a quelque chose à voir des restes de la nature. Mais laissons cela pour l’instant, j’ai passé un WE splendide avec mes camarades de la JNE.

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La thématique était prenante, comment protéger les Calanques, comment sauver les baleines, comment se sentir uni avec la nature… L’organisation était parfaite : conférence-débat sur le projet de parc national, exposé sur les ferries vers la Corse qui font des victimes parmi les cétacés, PowerPoint sur la récupération des déchets…

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Bien entendu, tous les repas étaient bios et végétariens, nous avons mangé collectif et pensé écologique. Nous nous sommes naturellement déchaussés à l’entrée de la salle de réunion, nous avons religieusement respecté la minute de silence pour les dauphins, nous avons écouté dans le recueillement un son et lumière sur les mammifères de la mer.

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Dans les conversations privées, les divergences pouvaient s’exprimer en toute confiance, échec ou succès du Grenelle de l’environnement, pro ou anti-Hulot, ramasser les déchets ou faire du commerce avec, observer les éléphants en Afrique ou lutter contre le tourisme à Cassis. Mais en filigrane de ce WE de loisirs et de réflexion, une opposition qui devrait se durcir dans les décennies à venir. D’un côté l’écologie superficielle, réparatrice, naturaliste et pleine de compromis. De l’autre une écologie plus profonde, axées sur la rupture des comportements, un ressourcement spirituel, le combat pour la Terre genre Earth First ! Appliquons cette grille de lecture à la protection de la nature.

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Le parc naturel des Calanques voudrait s’étendre de la banlieue de Marseille à la Ciotat en passant par Cassis. Remarquons l’impuissance des procédures démocratiques à arriver à un consensus acceptable : plusieurs années de discussion pour une création officielle, et rien ne vient. On en arrive à espérer la toute puissance de la décision étatique. Il y a la méfiance de la bourgeoisie locale qui décrète que l’UICN voudrait imposer ses diktats à Cassis. Il y a les pêcheurs qui veulent pêcher en tout temps et en tous lieux. Il y a les cabanons qui se transmettent de père en fils et qu’on ne voudrait pas voir disparaître. Il y a les viticulteurs qui ne savent toujours pas à quelle sauce bureaucratique ils vont être mangés. Il y a les prérogatives empilées, croisées et emmêlées des communes, du Conseil général et du Conservatoire du littoral. Il y a les amateurs de varappe qui veulent continuer à grimper en dehors de la foule. Il y a France Nature Environnement qui se débat au milieu de tout ça. Alors, un parc naturel, avec ou contre les hommes ?

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Les JNE en "promène-couillons" le 7 mai 2011 au large de Cassis - photo Laurent Samuel

Prenons une première expérience, éprouvante pour moi, le promène-couillons. Il s’agissait d’entrer dans un bateau de promenade pour faire le tour des Calanques, à défaut de voir des dauphins vu le vent soudain. Mais la découverte de la nature accompagnée par le bruit incessant d’un moteur ne pouvait rien me dire de la nature. Je pouvais regarder les falaises de calcaire et les embruns sur notre proue, je ne sentais ni le rocher, ni la mer, je me contentais de communier avec ceux qui ont eu le mal de mer. Retour au port où les hommes regardent les hommes, nous sur le pont et les badauds au bar. Ce n’est pas ainsi que je vois un parc national. La nature se mérite.

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Non au tourisme de masse qui s’accapare le port, ses falaises et ses habitants. Non à un parc naturel qui ressemblerait au zoo, qui empêcherait de vouloir la nature au plus près de son domicile. La nature et les hommes ne sont pas contradictoires, mais nous faisons comme si… il devait en être ainsi : nature-spectacle, nature payante, nature cadenassée, nature en définitive étrangère à notre être.

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Oui au parc naturel, mais pour ses autochtones, les pêcheurs professionnels, les vignerons à label bio, les artisans et les petits commerçants. Oui au parc naturel pour les voyageurs à pied ou en vélo, qui prennent le temps d’arriver sur les calanques, qui mangent avec l’habitant, qui savourent lentement le lieu et instaurent durablement des liens. C’est ainsi que je vois la nature et les hommes.

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Le petit nouveau à JNE, Michel Sourrouille.

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Retrouvez Michel Sourrouille ici sur son blog Biosphère.

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