« Animal », le nouveau film de Cyril Dion


Vendredi 3 septembre 2021. Cinéma Le Prado, Marseille. Quatre heures après l’ouverture officielle du Congrès Mondial pour la Nature, la projection en avant-première * d’Animal, nouvel opus du militant écologiste Cyril Dion, démarre.

par Alexandrine Civard-Racinais
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De ce film, très attendu après le succès de Demain, je ne connais pour l’instant que le « pitch ».

Le pitch

« Bella et Vipulan ont 16 ans, une génération persuadée que leur avenir est menacé. Changement climatique, 6e extinction de masse des espèces… D’ici 50 ans, leur monde pourrait devenir inhabitable.Sous l’œil de la caméra, le duo parcourt le monde, à la rencontre de celles et ceux qui luttent pour préserver notre biodiversité. Ils vont comprendre que nous sommes profondément liés à toutes les autres espèces. Et qu’en les sauvant, nous nous sauverons aussi. L’être humain a cru qu’il pouvait se séparer de la nature, mais il est la nature. Il est, lui aussi, un animal. »
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Le monde comme il va (mal), à travers les yeux de Bella et Vipulan

Le film démarre un peu mollement par la présentation du parcours des deux jeunes gens qui vont nous servir de fils rouges : Bella Lack, cérébrale et charismatique, et Vipulan Puvaneswaran, plus émotif et tout aussi convaincant. La première se sent très concernée par la défense de la cause animale, le second est plus impliqué dans la lutte pour la prise en compte du réchauffement climatique. Puis tout s’emballe, les images des ravages commis par l’homme envahissent l’écran : prédations, surexploitation des «ressources », déforestations, pollutions… La coupe est rapidement pleine, l’impression de déjà vu aussi. A ce stade, je crains que le film ne tombe dans un manichéisme facile et peu fécond. Et puis… la magie opère, le propos s’installe et le récit progresse, porté par ces deux magnifiques ambassadeurs que sont Bella et Vipulan.

Cyril Dion (au centre) lors de l’avant-première de son film « Animal » au cinéma le Prado de Marseille, le 3 septembre 2021 © Carine Mayo

« J’avais envie que l’on regarde le monde à travers leurs yeux, avec leur candeur, leur intelligence, leur sensibilité », explique le réalisateur Cyril Dion en fin de séance. Et ça marche ! Leur candeur et leur sensibilité font merveille face à un éleveur de lapins obligé de produire « toujours plus » pour arriver à se rémunérer 400 euros par mois, dans le cadre d’un modèle de production intensive qui assimile les lapereaux morts à des déchets. Leur intelligence est mise à rude épreuve par la découverte de la face cachée des prises de décisions à l’échelle européenne, influencées par les lobbyistes de tous poils. Aux côtés de Claire Nouvian, fondatrice de l’association Bloom, les deux ados tentent d’interpeller un député européen espagnol sur le sujet de la pêche aux requins. Incroyable séquence qui se referme en même temps que les portes de l’ascenseur sur un homme froid et arrogant, sourd aux questions de deux enfants ! Heureusement, d’autres hommes et femmes nous redonnent un peu d’espoir en l’humanité : la primatologue Jane Goodall, l’économiste Eloi Laurent parlant de bien-être et d’amour, le philosophe et naturaliste Baptiste Morizot, la juriste Valérie Cabanes, la biologiste marine Lotus Vermeer, et bien d’autres rencontrés aux quatre coins de la planète.
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« Le fond du problème, c’est le système. Mais on ne pourra changer de système
qu’en reconsidérant notre rapport au Vivant. Il faut changer l’ordre des priorités. »

Cyril Dion
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Car il est (encore) possible de changer de modèle, de remettre de la diversité là où l’homogénéité se répand comme un cancer. «A chaque fois qu’on tue la diversité, c’est le début de nos ennuis. Et partout où l’on réintroduit de la diversité, on réintroduit de la vie et ça c’est faisable, dès maintenant!», martèle le réalisateur. Car des solutions fondées sur la nature existent ! Comme en témoignent Charles et Perrine Hervé-Gruyer, co-fondateurs de la ferme du Bec d’Hellouin dont la réussite prouve qu’un autre monde est possible, en harmonie avec la nature tout en tenant compte des besoins des humains, dans le respect des grands équilibres du vivant.
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Pas de solution univoque pour sauver la biodiversité

© CAPA Studio – UGC Images

Bien sûr, convient Cyril Dion, « il n’y a pas une seule vérité, une solution univoque, mais une direction à prendre, celle qui privilégie la diversité ». Et un message à retenir, il nous faut sortir de nos « bulles urbaines » et de nos prés carrés, fréquenter le Vivant, apprendre à cohabiter avec lui (magnifique séquence avec l’entomologiste belge Nicolas Vereecken ou l’éthologue suisse Jean-Marc Landry). Car « on ne peut protéger quelque chose que l’on ne connait pas, que l’on ne fréquente pas ».

Alors ouvrons grands les fenêtres, nos cœurs, nos esprits ; immergeons-nous dans ces paysages que nous ne voyons plus, émerveillons-nous de la robe d’un bourdon… Et agissons, ici et maintenant, même si certains engagements semblent ne jamais avoir de fin, tel le nettoyage des plages de Mumbaï par l’activiste Afroz Shah et ses bénévoles. Car, dixit Dion, « la responsabilité est plus intéressante que la culpabilité ». L’une des qualités de son film, et non la moindre, est bien de nous faire passer — en même temps que Bella et Vipulan — de la colère à l’espoir, de la culpabilité à la prise de responsabilité. Et ça, ça fait du bien…

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La sortie en salles d’Animal, réalisé par Cyril Dion et co-écrit avec Walter Bouvais, est annoncée pour le 1er décembre prochain. Comme un cadeau de Noël avant l’heure.
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* Première projection en avant-première du film Animal au cinéma Le Prado (Marseille) proposée par la MAIF, partenaire du film

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