Nouveau gouvernement en Algérie : le ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables rétabli

Le remaniement ministériel effectué jeudi 8 septembre 2022 a mis fin au ministère de la Transition énergétique et des Energies renouvelables, et a supprimé les termes « transition énergétique » dans la composition du gouvernement, alors que les énergies renouvelables sont déplacées vers le ministère de l’Environnement.

par M’hamed Rebah

La création d’un ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables (MEER) n’est pas une nouveauté. Cet intitulé est apparu la première fois en mai 2017, il y a plus de cinq ans, dans l’exécutif coordonné par Abdelmadjid Tebboune, alors Premier ministre. Le MEER est ressuscité après avoir disparu en juin 2020 au moment de la création du ministère de la Transition énergétique et des Énergies renouvelables (MTEER), une innovation qui, elle, n’a donc vécu qu’un seul hiver.

La transition énergétique, en retrait ?

Le bouleversement entraîné par la crise ukrainienne dans le paysage énergétique international explique-t-il l’abandon de la référence à la transition énergétique dans le nouveau gouvernement ? En effet, pourquoi l’Algérie tournerait le dos aux énergies fossiles qui assurent ses revenus extérieurs, alors qu’en Allemagne, au premier semestre 2022, près d’un tiers de l’électricité provenait de centrales à charbon. Un peu partout en Europe, les centrales électriques au charbon reprennent du service, pour faire face à la coupure de l’approvisionnement en gaz russe. La priorité des dirigeants des pays européens dépendants de l’approvisionnement russe en gaz ne semble pas être dans la transition énergétique pour sortir des énergies fossiles.

Dans ces pays, où le concept de transition énergétique est né et a mûri, le plus urgent est de trouver de nouveaux fournisseurs de gaz et d’arriver à réduire l’impact de la hausse des prix de l’énergie sur le mode de vie des citoyens. Un des scénarios de riposte au risque de pénurie d’énergie pour cet hiver pourrait être le recours encore plus grand aux centrales électriques à charbon qui fonctionneraient alors à pleine capacité, quitte à légiférer pour éliminer la contrainte des normes. Pourtant, la 26e Conférence des parties à la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (COP26) qui s’est tenue à Glasgow, au Royaume-Uni, du 31 octobre au 12 novembre 2021 (avec un an de retard à cause du Covid 19), a fixé des objectifs qui nécessitent, notamment, l’accélération de la sortie du charbon. Pour préserver l’économie de la récession et les citoyens de l’inconfort, beaucoup de dirigeants européens semblent n’envisager d’autre voie que celle qui va dans le sens contraire à la transition énergétique exigée par la lutte contre les changements climatiques.

Les changements climatiques produisent des effets plus dévastateurs

Les changements climatiques continuent de produire leurs effets, sans aucune trêve, frappant plus lourdement les populations qui n’ont aucune responsabilité « historique » dans le phénomène. Ce fait, de nouveau, a été mis en évidence par les conséquences des inondations dévastatrices au Pakistan qui ont affecté plus de 33 millions de personnes, essentiellement les familles pauvres et les réfugiés afghans. Pour les responsables pakistanais, les intempéries qui ont dévasté leur pays sont dues au changement climatique. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a parlé de « carnage climatique ». Selon les chiffres de l’Autorité nationale de gestion des catastrophes (NDMA) du Pakistan, 1.355 personnes ont perdu la vie et 12.722 autres ont été blessées, lors des pluies de mousson et des inondations depuis la mi-juin. Plus de 1,7 million de maisons ont été détruites et 634.749 personnes vivent dans des camps. Vendredi 9 septembre, à partir d’Islamabad, capitale pakistanaise, où il se trouvait, Antonio Guterres a exhorté la communauté internationale à fournir un soutien massif au Pakistan pour répondre à la catastrophe climatique en cours qui dévaste la vie de millions de personnes.

Quelques jours avant, lundi 5 septembre 2022, de Rotterdam, à l’occasion du Sommet sur l’adaptation en Afrique, réuni avec la participation du Sénégal, du Ghana, du Gabon, de la République démocratique du Congo et de l’Éthiopie, ce sont les dirigeants africains qui ont appelé leurs homologues des pays riches pollueurs à accroître leurs contributions financières aux projets visant à aider leurs pays à s’adapter au changement climatique. « L’Afrique ne contribue pas à plus de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, mais elle souffre de manière disproportionnée de ses conséquences négatives », a déclaré le président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina. Le président sénégalais Macky Sall, qui est également président de l’Union africaine, a exprimé sa « déception face au petit nombre de dirigeants de pays industrialisés présents à l’événement ».

La feuille de route

En plus des motivations écologiques, la transition énergétique est une nécessité en Algérie pour des raisons économiques aussi. Il paraît évident que Samia Moualfi, ministre de l’Environnement et des Energies renouvelables, reprendra la feuille de route de l’ex-MTEER, dont elle a déjà récupéré les responsables et cadres. Avant de disparaître, l’ex-MTEER a eu le temps d’élaborer, à défaut d’une stratégie, une feuille de route sur quelques années, orientée vers l’économie d’énergie, le développement des énergies renouvelables et l’émergence d’un nouveau modèle énergétique.

Une économie d’énergie de 10 % par an dans les secteurs de l’habitat, du transport et de l’industrie est visée par l’APRUE (Agence pour la promotion et la rationalisation de l’utilisation de l’énergie), qui est, depuis 1985, le principal instrument des pouvoirs publics dans ce domaine. L’APRUE, placée sous tutelle du MTEER en 2021, devrait relever maintenant du MEER. Idem pour SHAEMS (Société algérienne des Energies Renouvelables), créée en avril 2021 par les Groupes Sonatrach (50 %) et Sonelgaz (50 %), à l’initiative du MTEER en concertation avec le ministère de l’Energie et des Mines. SHAEMS est chargée du développement du programme national des énergies renouvelables pour la production d’électricité, d’abord à travers le projet SOLAR1000. Ce projet consiste en la constitution de Sociétés de Projet chargées de réaliser un ensemble de centrales électriques photovoltaïques d’une puissance totale de 1.000 mégawatts (MW) réparties sur cinq wilayas – Béchar, Ouargla, El Oued, Touggourt et Laghouat – en lots de 50 à 300 MW chacune.

Dans ce but, le MTEER a lancé des appels d’offres en décembre 2021. Le délai de remise des offres par les entreprises, fixé au 30 avril 2022, a été prolongé, début avril, de 45 jours. Mi-juin 2022, il a été encore prorogé. Le MTEER prévoyait de lancer d’autres appels d’offres pour des projets plus importants dans le cadre du programme national qui ambitionne l’installation de 15.000 MW de sources renouvelables d’ici 2035. Le programme initial, adopté en février 2011 par le gouvernement, a été rectifié en mai 2015, puis réajusté en 2020. L’objectif a été ramené à 15 000 MW (au lieu de 22 000 MW) et l’échéance éloignée à 2035 (au lieu de 2030).

La feuille de route « transition énergétique » comprend l’élaboration d’un nouveau modèle énergétique qui doit tendre vers un mix énergétique équilibré à l’échéance 2030, à partir de « l’évaluation fine et cartographiée des potentiels réalisables au titre de chaque filière: solaire, éolien, géothermie, valorisation énergétique des déchets ». La filière nucléaire, en tant que « source vierge de toute empreinte carbone », pourra figurer au mix énergétique à partir de 2035. Les résultats retenus seront ancrés dans le modèle énergétique algérien à l’horizon 2030 et 2050. La production de l’hydrogène, notamment « vert », est considérée comme un objectif prioritaire. Des mesures d’appui sont envisagées, dont la création d’un l’Institut de la transition énergétique et des énergies renouvelables (ITEER) et le renforcement du Commissariat aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique (CEREFE, mis en place fin 2019 auprès du Premier ministre, et dirigé par le Professeur Noureddine Yassaa).

Ces objectifs dépendent de la loi sur la transition énergétique annoncée par le gouvernement en septembre 2021. Selon les responsables algériens, la loi établira « les grands objectifs du nouveau modèle en inscrivant l’Algérie dans les tendances mondiales de révolution électrique et de lutte contre le dérèglement climatique. Elle visera à assurer la sécurité énergétique du pays et à sortir progressivement de la dépendance aux hydrocarbures en favorisant les énergies dites nouvelles et propres ».

L’état des lieux

Le MEER dispose d’un état des lieux, à fin décembre 2021, établi par le CEREFE dans son dernier rapport intitulé Bilan des capacités d’énergies renouvelables installées à la fin décembre 2021 : la capacité d’énergies renouvelables (EnR) installée au niveau national, en considérant l’ensemble des projets raccordés et non-raccordés au réseau, s’élève à 567,1 MW, dont 438,2 MW hors hydroélectricité ; les installations EnR raccordées au réseau (hors hydroélectricité) sont évaluées à 401,3 MW, dont 12 MW solaires photovoltaïque (PV) installées en 2021 pour l’hybridation des centrales thermiques dans le Grand Sud.

Quant aux EnR hors réseau, selon la même source, une capacité totale de 36,9 MW a été installée à la fin décembre 2021. A la même date, les kits solaires installés dans les zones isolées, évalués à 17,2 MW, constituent près de la moitié (46 %) de l’ensemble des installations solaires hors réseau recensées ; près de 840 écoles réparties sur l’ensemble du territoire national ont été équipées de systèmes solaires PV. Le CEREFE note qu’une capacité additionnelle de 2 MW est en cours de réalisation et concernera près de 339 écoles. Des progrès considérables ont été observés en matière de réalisation des projets d’éclairage public solaire. « Sur une capacité totale de 9,9 MWc installée à la fin décembre 2021, l’éclairage public solaire représente désormais près d’un tiers (27 %) des installations solaires hors réseau », fait observer le CEREFE, ajoutant qu’à fin décembre 2021, les capacités d’éclairage public solaire installées ont plus que doublé par rapport à la fin décembre 2019 (soit +206 % d’augmentation).

Pour les spécialistes qui s’intéressent depuis une quarantaine d’années aux énergies renouvelables en Algérie, le bilan du CEREFE aurait dû préciser la nature, l’origine, le fournisseur et le coût des équipements, ainsi que la date et le lieu d’implantation des installations, et donner des indications concernant les installateurs. Ils font remarquer que les questions de rendements, de maintenance et d’entretien auraient dû également être évoquées pour souligner et mettre en valeur les capacités et les compétences de la ressource humaine impliquée. L’expérience acquise doit être explicitée pour pouvoir rendre compte du retour d’expérience en fonction du dimensionnement et du rendement des installations selon les saisons et leurs lieux d’installation géographiques. D’autres interrogations pertinentes sont soulevées concernant la participation et l’avis des bénéficiaires, particulièrement pour la protection et la sauvegarde des installations ? Sont-elles toujours fonctionnelles ? Tout un programme pour les chercheurs algériens.

En novembre 2020, le premier rapport annuel du CEREFE a recensé un faible nombre d’usines de fabrication de panneaux solaires photovoltaïques en Algérie. Leur capacité de production se résume à l’assemblage de kits importés de l’étranger. Le CEREFE a enregistré la présence de quelques entreprises d’installation pouvant assurer la fourniture et la pose de systèmes photovoltaïques de faibles puissances pour la génération d’électricité et le pompage solaire. La 12e édition du Salon international des énergies renouvelables, des énergies propres et du développement durable (ERA), qui se tiendra à Oran, du 24 au 26 octobre 2022, contribuera certainement à faire le point sur les potentialités de l’Algérie dans ce domaine.

La production des énergies renouvelables pour l’autoconsommation est encouragée par le gouvernement, qui a promis de lever les contraintes réglementaires qui entravent cette démarche, de prendre des mesures incitatives et de procéder à l’homologation des kits solaires individuels. Cette démarche concerne la production des énergies renouvelables pour des usages autonomes (hors-réseau), notamment dans les « zones d’ombres » (localités enclavées et pauvres en services publics); systèmes solaires autonomes, kits solaires individuels, systèmes de pompage de l’eau par énergie solaire,…

Dans un pays plein de soleil, comme l’Algérie, produire de l’électricité à partir du solaire devrait aller de soi. Le Dr Hocine Bensaad, expert en énergies renouvelables et membre du Conseil national économique, social et environnemental (CNESE), qui intervenait sur la chaîne 3 de la radio algérienne, jeudi 29 septembre 2021, a recommandé de mettre des panneaux solaires sur les habitations pour produire de l’électricité, et des chauffe-eau solaires pour l’eau chaude. Dans les établissements d’enseignement, les installations solaires seraient suivies par les enseignants de physique-chimie. Les centres hospitaliers également devraient, selon le Dr Hocine Bensaad, être alimentés en énergie solaire.

Le rôle du Haut-conseil de l’énergie

Les problèmes posés par un éventuel chevauchement de prérogatives entre le MEER et le ministère de l’Energie et des Mines, tutelle de Sonatrach et de Sonelgaz qui constituent SHAEMS, devraient être réglés au sein du Haut conseil de l’énergie, créé en avril 2022 auprès du président de la République et chargé de fixer les orientations en matière de politique énergétique nationale. Parmi ses missions, le Haut Conseil est appelé à suivre l’introduction et le développement des énergies nouvelles et renouvelables, la transition énergétique vers un nouveau modèle national de production et de consommation d’énergie, en fonction des ressources énergétiques et minières nationales, et à suivre les engagements extérieurs et des objectifs stratégiques à long terme du pays. Le secrétariat du Haut conseil est assuré par le ministre chargé de l’Energie, dont le représentant préside également un comité technique chargé d’établir un rapport périodique sur le suivi et la mise en œuvre des décisions prises.

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du lundi 12 septembre 2022.

Photo du haut : le ministère de l’Environnement et des Energies renouvelables à Alger (l’enseigne n’a pas encore été changée). La terrasse (à g.) porte une éolienne et quatre panneaux photovoltaïques, posés à titre symbolique depuis plus d’une dizaine d’années © M’hamed Rebah

 

 

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