Compte-rendu du voyage JNE à Ungersheim, commune alsacienne en pointe pour la sobriété

Six ans après le film Qu’est-ce qu’on attend ? que Marie-Monique Robin a consacré à cette dynamique commune, nous nous sommes rendus le 23 juin 2022 à Ungersheim, dans le Haut-Rhin, pour faire le point sur les nouveaux projets dans le cadre de notre thématique de l’année sur la sobriété.

par Carine Mayo (texte et photos)

Le maire de la commune, Jean-Claude Mensch, nous reçoit pour nous présenter les actions menées par la municipalité d’Ungersheim. Une ville qu’il connaît comme sa poche, puisqu’il en est à son sixième mandat de maire ! Il y a 30 ans, cette bourgade située non loin de Mulhouse comptait 1500 habitants. Aujourd’hui, elle en accueille 2500 – venus essentiellement d’Alsace – sur 14 kilomètres carrés. Pour autant, la municipalité s’est attachée à restreindre l’étalement urbain pratiquant une politique de « ménagement du territoire plutôt que d’aménagement du territoire », nous explique le maire.

Pour les touristes, Ungersheim est surtout connue pour abriter le plus grand écomusée de plein-air de France ou encore le parc d’attractions du Petit Prince. Pour les écologistes, c’est une ville pionnière de la transition, qui a amorcé dès 2011 un virage radical pour faire face au pic pétrolier, en concevant 21 actions pour le XXIe siècle. Une dynamique saluée par Rob Hopkins, l’initiateur du mouvement des villes en transition, qui a inspiré de nombreux territoires à travers le monde. Mais la commune d’Ungersheim est également active sur le plan de la biodiversité. Ainsi, elle a été nommée « meilleure petite ville française pour la biodiversité » en 2021 après avoir recensé 4800 espèces différentes sur le site de l’écomusée et réhabilité d’anciens cours d’eau.

Des instances participatives

Dans cette commune qui fourmille de projets, les actions se sont développées autour de trois piliers : l’autonomie intellectuelle, l’indépendance énergétique, la souveraineté alimentaire. Pour favoriser l’autonomie intellectuelle et l’éclosion de projets portés par les citoyens, plusieurs instances ont été mises en place : un conseil municipal d’enfants, géré par des enseignants, un conseil participatif qui émet des propositions ensuite évaluées par un conseil des sages et un jury citoyen, avant d’être soumises au vote du conseil municipal. Mais avec le Covid, le conseil participatif n’a pas fonctionné depuis deux ans.

Favoriser les circuits courts

Pour encourager la consommation locale, la commune a créé une monnaie complémentaire, le radis ou radig en alsacien. Douze magasins, ainsi que des associations, acceptent les radis. Les primes du personnel municipal sont également accordées en radis et les familles peuvent payer les activités périscolaires avec cette monnaie locale en échange d’une réduction de 25 %. Malgré cela, Jean-Claude Mensch estime que globalement, la consommation des habitants d’Ungersheim « n’est pas une consommation de circuit court » et s’interroge : « comment rendre le changement désirable ? ».

A l’association la Potassine d’Ungersheim, on peut payer les produits locaux en « radis » (une monnaie complémentaire)

 

La sobriété, clé de l’indépendance

Très tôt, la commune s’est prononcée en faveur de l’arrêt de la centrale nucléaire de Fessenheim et a essayé de mettre en œuvre son indépendance énergétique. Pour cela, la première étape a été de viser la sobriété, d’abord en éteignant l’éclairage des parkings et des bâtiments publics la nuit, puis en passant à l’éclairage à LEDS dès 2017, avec l’installation de gradateurs, ce qui a permis de diminuer la facture d’électricité de moitié et en éteignant les lampadaires entre 23 h et 5 h du matin.

La commune a aussi fait l’acquisition de trois chevaux qui conduisent les enfants à l’école et aident à la collecte des déchets verts. Des pistes cyclables ont été créées et la vitesse a été limitée à 20, 30 ou 40 km/h suivant les lieux. Un éco-hameau comportant neuf maisons passives a été construit sur un terrain de deux hectares préempté par la commune. Une deuxième tranche de travaux portant sur quinze nouvelles maisons isolées en paille est en cours de construction. Quant à l’école élémentaire, elle a été transformée en bâtiment à énergie positive, grâce à une isolation extérieure de 20 cm de fibres de bois, à l’installation de fenêtres à triple vitrage, d’une ventilation double flux et de panneaux photovoltaïques.

Inspirée de l’expérience de Bedzed en Grande Bretagne, la mise en œuvre de cet éco-hameau à Ungersheim se veut zéro carbone et zéro déchet

 

En route vers l’autonomie énergétique

Sur ce territoire, les énergies renouvelables sont reines. L’ambition de la municipalité est d’atteindre l’autonomie énergétique, non seulement des habitations (y compris pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire), mais aussi des artisans et industries. Ainsi, dès les années 2000, 120 m² de panneaux solaires thermiques ont été installés sur le toit de la piscine autrefois chauffée à l’électricité. Puis, pour compléter ce chauffage, une chaufferie bois a été créée, qui alimente aujourd’hui sept bâtiments communaux, dont la piscine. Ce village a aussi été pionnier en matière de production d’électricité photovoltaïque en accueillant avec la commune voisine de Feldkirch, à partir de 2012, ce qui fut la plus grande centrale solaire d’Alsace au pied d’un ancien terril : des panneaux installés sur le toit de bâtiments constituant une pépinière d’entreprises, pour une puissance de 5,4 MW. Aujourd’hui, on compte quatre centrales photovoltaïques sur le territoire de la commune, et une cinquième devrait bientôt voir le jour. L’objectif est de produire 17 Gw/h, correspondant à la consommation totale de la commune. Enfin, la municipalité va tester en 2023 la méthanisation en filière sèche, grâce à une plante au fort pouvoir méthanogène, la sylphie.

A Ungersheim, de nombreux bâtiments publics sont équipés de panneaux solaires

 

Construire la souveraineté alimentaire

Pour favoriser la consommation d’aliments produits localement et construire une filière « de la graine à l’assiette », la municipalité a préempté des terres agricoles, sur lesquelles elle a installé des maraîchers bio. Aujourd’hui, 70 % des légumes préparés par la cuisine centrale, soit 550 repas par jour, sont produits à Ungersheim.

Le maire d’Ungersheim, Jean-Claude Mensch (à dr.), en compagnie de Kenji Sakai, le maraîcher qui cultive les légumes bio de la cantine scolaire

 

La municipalité a aussi réhabilité un ancien site d’exploitation de charbon de bois, puis d’extraction de la potasse en site à vocation agricole et sociale. C’est ainsi qu’est née la ferme du Kohlacker (« champ de charbon » en alsacien) et le projet de la Maison des natures et des cultures.

A Ungersheim, le site du Kohlacker se veut un lieu de rencontre autour de la filière « de la graine à l’assiette »

 

Malgré un incendie, qui a détruit une partie des bâtiments, le projet repart de plus belle. Une microbrasserie et une légumerie-conserverie ont été créées, qui vont être alimentées en énergie par des panneaux solaires d’une puissance de 80 kw et une éolienne de 20 kw. Parallèlement, un travail est mené avec des agriculteurs pour implanter des cultures peu gourmandes en eau et en intrants chimiques : chanvre, céréales pour la brasserie, sylphie pour la méthanisation… Une manière de protéger ce site de captage des eaux.

Alimentée par des énergies renouvelables, la micro-brasserie d’Ungersheim utilise des céréales locales

 

La municipalité a aussi racheté la maison d’une ancienne poste pour accueillir une épicerie associative, qui vend des produits locaux et des produits en vrac. Une épicerie-café-philo dans laquelle nous avons terminé notre visite avant de nous rendre à Sélestat où nous avons passé une agréable soirée et nuit au Domaine des Remparts.

Située à côté de la mairie, cette épicerie associative qui vend des légumes produits et transformés à Ungersheim a ouvert ses portes peu avant notre visite en juin 2022

Ce voyage a été réalisé avec le soutien de nos partenaires  (cliquez ici pour visionner leur liste)

Photo du haut : en compagnie du maire d’Ungersheim, Jean-Claude Mensch, les JNE visitent l’éco-hameau créé sur un ancien domaine racheté par la commune.