La Biosphere des Cévennes, en quête d’une nouvelle agriculture

Labellisée Man and the Biosphere par l’Unesco depuis 1992, cette réserve située au coeur du Parc national des Cévennes a ouvert depuis fin 2021 un Pôle Agri-alimentaire, au service du regain de l’agriculture locale. Les JNE l’ont visitée le 20 mai 2022 lors de leur Congrès qui se tenait dans les Cévennes.

par Anne Henry (avec Carine Mayo)

Ce label Man and the Biosphere, ou démarche MAB, vise à aider depuis 1979 les territoires défavorisés à concilier développement économique humain et respect de l’environnement et de la biodiversité. On compte aujourd’hui près de 700 espaces labellisés, dont 14 en France : les Marais de l’Audomarois dans les Hauts-de-France, Pfälzerwald dans les Vosges du Nord, Fontainebleau, Gâtinais, îles et mer d’Iroise ….

Dans cette réserve des Cévennes, cette dynamique a permis d’augmenter en trente ans le nombre d’agriculteurs de 5 à 20. Il faut dire que dans les années 90, « le territoire cévenol, constitué à 90 % de forêts, était au plus bas en matière démographique ou économique. L’agriculture avait quasiment disparu, dont la culture traditonnelle du châtaignier. La rivière du Galeizon n’était plus entretenue. Les territoires ouverts étaient envahis par la forêt, les ronces », explique Yannick Louche, président du Syndicat des Hautes Vallées Cévenoles. Cinq communes de la vallée du Galeizon, dont Cendras (Gard), se lancent alors dans le pari fou de créer ce syndicat avec l’unique objectif de devenir une réserve de biosphère labellisée Unesco.

Le pôle agri-alimentaire de Saint-Julien-des-Points (Lozère) a été créé pour apporter un coup de pouce à l’économie locale et favoriser les circuits courts © Anne Henry

Aujourd’hui, le syndicat est devenu une référence locale. Les acteurs économiques et politiques locaux ont compris que pour s’en sortir, il fallait valoriser le bois, sauver l’agriculture familiale avec un mix de maraîchage et élevage. Des ateliers collectifs de transformation des châtaignes et de la viande de proximité sont installés par vallée, pour aider les paysans dans leur activité, tout en réduisant les temps de transport et les coûts.

Lors de leur Congrès 2022 dans les Cévennes, les JNE ont visité une brasserie artisanale locale installée dans des locaux tout neufs. C’est là qu’est produite la fameuse PBC (« Putain de bière cévenole ») ! © Antoine Bonfils

Citons ainsi le nouveau Pôle Agri-alimentaire ouvert fin 2021 à Saint-Julien-des-Points (Lozère), avec une brasserie et un abattoir collectif de volailles.

Pour permettre aux éleveurs locaux de mieux vivre de leur production et éviter aux animaux de longs transports, un abattoir de volailles a été créé à Saint-Julien-des-Points © Anne Henry

« Pour 3,80 euros, nous abattons les volailles et les découpons. Nous traitons près de 300 volailles par semaine, livrées par des agriculteurs de Lozère. Notre objectif est d’atteindre les 400 », explique la gérante locataire de l’abattoir, espérant touchant davantage d’éleveurs du côté du Gard.

Sous la conduite de Yannick Louche, le président du Syndicat des Hautes Vallées Cévenoles, les JNE découvrent Biosphera, le musée dédié à l’interprétation des vallées cévenoles lors de leur congrès dans les Cévennes en mai 2022 @ Antoine Bonfils

Un Centre d’interprétation des vallées cévenoles – Biosphera – a été ouvert à Cendras en 2017, présentant les spécificités géologiques, environnementales et économiques de la réserve locale de Biosphere. Le syndicat développe également les énergies vertes et entretient les milieux pour maintenir la biodiversité.

Un abattoir mobile va être prochainement lancé, et les circuits courts de distribution sont privilégiés. Le Galeizon a été classé rivière sauvage et le territoire est devenu une réserve de ciel étoilé. Les communes voisines, convaincues par la démarche MAB, ont rejoint le syndicat, portant leur nombre à 22. Une dizaine de salariés animent et développent aujourd’hui cette initiative au sein du syndicat, co-financé par les communes, départements, la région et des appels à projets.

Au cours de ce congrès, les JNE ont découvert une nature préservée © Anne Henry

Merci au maire de Saint-Germain-de-Calberte (Lozère), Gérard Lamy, pour nous avoir aidés à organiser ce congrès, à toute l’équipe du Syndicat des Hautes Vallées Cévenoles pour son accueil, à Yannick Louche pour nous avoir accompagnés lors de ce congrès, à Laura Marsanne pour l’accueil dans les fabuleux gîtes du Serre de la Can, à Jean-Luc Guiton pour la promenade guidée dans la forêt, au guide du parc national des Cévennes qui a accompagné nos découvertes, à Daniel Travier pour la visite du Musée des vallées cévenoles et à Alain Renaux, notre adhérent ethnobotaniste qui a su nous enchanter par sa façon de nous raconter la nature et les traditions cévenoles.

Photo du haut : dans cette partie des Cévennes, la forêt a gagné du terrain suite à la déprise agricole. En aidant à recréer une activité agricole sur ce territoire, la démarche MAB contribue à la diversification des milieux et favorise la biodiversité © Anne Henry