La hulotte a 50 ans

Des dessins magnifiques, une information scientifique et plein d’humour… Les JNE témoignent à l’occasion du cinquantième anniversaire de La Hulotte créée par Pierre Déom (JNE)

La Hulotte est née en janvier 1972. Un format A5 donc petit, des dessins en noir et blanc, disponible que sur abonnement et pour finir «.irrégulomadaire ». Des critères somme toute peu vendeurs, uniques dans la presse magazine. Et pourtant, la Hulotte compte quelques 150 000 abonnés. La gazette pensée pour les enfants de 8 à 10 ans  (pas de jargon, pas de mots scientifiques ou le plus rarement possible) séduit aussi les adultes de tout bord, du naturaliste amateur jusqu’aux chercheurs en biologie ou en mathématique. Elle a compté parmi ses abonnés, Paul Géroudet, le grand ornithologue suisse ! Et depuis bien d’autres « noms » sont devenus des accros. Un numéro de la Hulotte, c’est environ 1 500 heures de travail sur 6 mois voire davantage. C’est aussi une équipe notamment Claire Ménissier, son assistante et une documentaliste hors-pair. Pierre Déom lui réalise tous les dessins. Évidemment, moi aussi, je suis comblée à chaque livraison du journal le plus lu dans les terriers, de plus, la date étant fantaisiste, à chaque fois, c’est une surprise.
Danièle Boone

Les témoignages des JNE

La hulotte c’est une petite lumière dans la nuit mais aussi une vraie détente
et la possibilité de faire un cadeau qui n’ait pas l’air idiot (abonnement).
Marie-Paule Nougaret

 

Nathalie Tordjmann
.

L’article de Nathalie Tordjman paru dans Ouest France en 1988. Cliquer sur l’image pour agrandir.

A mon âge, je ne peux pas me vanter d’avoir lu La Hulotte pendant mon enfance, peut-être parce que je vivais en ville et ne fréquentais pas les terriers ! J’ai découvert cette revue plus tard, quand j’étais animatrice nature vers 1977. Depuis, comme beaucoup, j’ai complété ma collection qui commence avec la réédition du n° 6 de novembre 1972.

Je me souviens que les principaux numéros lus et relus à l’époque étaient celui sur La mare (n°21), celui sur Les pelotes de rejection (n°25) ou encore ceux sur Les empreintes (n°26 et n°27). Des sujets que l’on ne trouvait pas sur beaucoup de supports à l’époque, et qui se présentaient là avec des dessins précis et des informations essentielles.

Mais comme d’autres JNE, mon plus fort souvenir de La Hulotte a été ma rencontre avec son auteur Pierre Déom. Au printemps 1988, j’étais alors toute jeune journaliste, et je me suis embarquée, pour la rubrique « Chic, c’est mercredi » du journal Ouest-France, sur cette terre qui m’était inconnue, les Ardennes, dans le petit village mythique de Boult-aux-Bois dont je connaissais davantage le nom pour son club CPN (Connaître et Protéger la Nature). J’y ai été accueillie avec simplicité, dans une maison familiale, et j’ai découvert le travail minutieux de ce passionné de nature, de savoir et surtout de dessin. Mais ce qui m’a le plus impressionné, c’était la rigueur que Pierre Déom mettait dans son travail, jusqu’à noter le temps passé à réaliser tel ou tel dessin, ou à écrire tel chapitre. Il a pu ainsi me dire, en ouvrant un grand cahier avec des lignes et des colonnes remplies à la main, qu’il consacrait environ 1000 heures à chaque numéro, dont la moitié pour les dessins. Une comptabilité que, pour mes travaux, je n’arrive toujours pas à faire.

 

Cécile Breton
.

Sans La Hulotte, Espèces aurait-elle été la même ? Aurait-elle même existé ? C’est la question que je me suis posée lorsque l’on m’a donné l’opportunité de cet hommage… et de rendre ainsi à ce titre incontournable un peu de ce qu’il nous a donnés.

Une planche du n° 86 consacré au Sphinx colibri

C’était dans le sud de la Corse. Dans la fraîcheur de la maison de pierre au plafond lambrissé, j’ai vu entrer un sphinx-colibri. Sur l’île, on l’appelle le Saint-Antoine, et il porte chance lorsqu’il vous fait l’honneur de passer votre porte (ou votre fenêtre). Il a tourné, viré, puis s’est arrêté successivement sur tous les nœuds du bois… J’avais lu dans La Hulotte qu’il repère les fleurs par leur forme ronde et qu’il peut facilement les confondre avec une poignée de porte ou tout autre objet de même forme. Ses tentatives m’ont fait sourire, mais aussi plaisir, comme tout ce qui démontre que la nature n’est pas une mécanique si bien huilée, pas autant qu’on voudrait nous le faire croire parfois : ça ne marche pas toujours très bien, mais ça marche… un peu comme nous autres humains. Sans le n° 86 je n’aurais pas eu ce petit plaisir resté bien ancré dans ma mémoire, parce que le sphinx n’aurait été qu’un papillon bizarre qui inspectait mon plafond sans raison.
Savoir n’enlève rien à la magie, bien au contraire. C’est ce que dit le contenu extrêmement fouillé et documenté de La Hulotte allié à ses traits d’humour et à ses illustrations : on peut être beau, intelligent et drôle ! Ainsi, elle nous fait découvrir, sans effort et quel que soit notre âge, l’extraordinaire dans cette biodiversité que l’on qualifie parfois d’ordinaire. La Hulotte éveille notre curiosité et fait exister ce que nous n’aurions même pas vu sans elle. Pour quelqu’un qui, comme moi, croit que la diffusion du savoir est un outil indispensable à la préservation de notre environnement, elle est un modèle et une alliée… et je lui souhaite, ainsi qu’à son créateur, d’autres centaines de numéros à venir !

.

Marie Arnould
.

N° 52 – L’aulne, « l’arbre qui voulait devenir sapin » D.R.

La Hulotte. Bizarrement, le premier souvenir marquant que j’en garde, c’est le numéro sur l’aulne. Il me semble que je devais avoir 11 ou 12 ans. Pourquoi l’aulne ? Je ne sais pas. Peut-être parce que c’était la première fois qu’on me faisait comprendre qu’un arbre était un système complexe, avec des besoins et un fonctionnement spécifiques. Jamais je n’avais regardé les arbres de façon très attentive, je ne savais guère les reconnaître, j’étais plutôt attirée par les animaux, et là, un végétal devenait passionnant. C’était « l’arbre qui voulait devenir sapin ».

Il y a eu aussi la découverte du bon Dr Toutou. J’ai l’impression que c’est grâce au numéro qui lui était consacré que nous avons découvert que, dans le jardin de mes parents, en plein centre-ville, nous hébergions une petite population très stable de crapauds accoucheurs. Leur tou-tou tout doux enchantait nos nuits d’été et longtemps, nous n’avions jamais su d’où provenaient ces sons. Aujourd’hui encore, c’est un enchantement de recevoir la revue, pour mieux connaître le tempérament querelleur du rouge-gorge ou s’effarer de la façon dont les Chinois avaient décidé de détruire tous les moineaux sous Mao. C’est documenté, drôle, intelligent, beau… et ça parle de ce qu’on aime, la nature. Que demander de plus ? Longue vie à la Hulotte !

 

Catherine Levesque-Lecointre
.

Chouette, La Hulotte !
À trois mois près, j’ai l’âge de La Hulotte, qui hulule à mes côtés depuis mes 13 ans, quand un professeur de biologie bien avisé m’a fait découvrir cette revue et sa petite cousine, La Gazette des terriers. Devenue CPN dans la minute, le village de Boult-aux-Bois s’est vite imposé comme une mecque, et je fis à 15 ans un stage estival fondateur dans son Centre d’initiation à la nature, où je croisai un jour un Pierre Déom aussi timide que j’étais intimidée…
En dépit des années qui s’égrènent, l’arrivée dans ma boîte aux lettres, à des dates indéterminées, du « journal le plus lu dans les terriers », conserve toute sa saveur : « Chouette, La Hulotte ! ». Les reliures arc-en-ciel qui préservent ces mythiques périodiques, plus ou moins élimées, m’ont suivie sans broncher dans mes nombreux déménagements et trônent sur les étagères de mon bureau, aux côtés – hasard dont j’ai pris conscience récemment – d’une autre idole, M. Hulot ! Rouge, bleu, verte… j’y consigne avec maniaquerie et amusement mes exemplaires à l’aide des épingles métalliques fournies par la maison, « boucle à l’extérieur », en veillant à « verrouiller les deux tiges » qui garantissent la bonne tenue de l’ensemble.

La bibliothèque de Catherine offre une belle place à la Hulotte

J’ai régulièrement recours à l’index pour y glaner des informations. Et comme je regrette d’avoir prêté le numéro double spécial mouches à miel à un apiculteur qui ne me l’a jamais rendu ! Ma collection est donc à ce jour incomplète (oui, c’est un SOS), belle injustice alors que je m’étais empressée d’acquérir les cinq premiers numéros parus il y a 49 ans dans la petite école de Rubécourt (grand format agrafé à l’ancienne et tapé à la machine), réimprimés à l’occasion du numéro 100.
Quel journaliste n’a pas rêvé d’avoir six mois pour travailler son sujet, l’illustrer comme il l’entend, avec rigueur, humour et minutie, entre terrain, recherche bibliothécaire et investigation naturaliste ?
Qui peut se targuer d’avoir 150 000 abonnés (peut-être plus ?) sans la moindre publicité ?
La Hulotte est un OVNI dans le paysage éditorial de notre pays. Un bijou de savoir-faire et de poésie.

Marc Giraud
.

Une arme de sensibilisation massive

Pour moi, Pierre Déom est certainement le personnage qui a le plus fait pour la sensibilisation à la nature en France, notamment auprès des plus jeunes. Depuis son terrier des Ardennes, il a non seulement créé tout seul l’une des revues les plus passionnantes qui soient, mais il a aussi impulsé les clubs CPN (Connaître et protéger la nature), qui ont immergé des milliers d’enfants au contact du monde vivant, un peu comme l’avait fait Ernest Thomson Seton aux États-Unis : pour éveiller à la nature, rien de tel que la nature elle-même…

En créant l’irrégulomadaire La Hulotte, Pierre Déom a ignoré les règles usuelles du journalisme : pour la forme ce fut du noir et blanc, et pour le fond des sujets aussi peu commerciaux que la cardère, les moules d’eau douce ou les araignées. Et son succès lui a donné raison ! Les numéros que j’apprécie le plus sont donc ceux des bestioles « dérisoires » et des plantes « communes », tout aussi extraordinaires que les autres, tout aussi précieuses.

Avec son arme de sensibilisation massive, l’humour, Déom a touché des centaines de milliers de lectrices et lecteurs de tous les âges, et je me sens profondément en phase avec cette curiosité amusée, cette spontanéité passionnée et ce plaisir de transmettre des connaissances. En cette époque d’amnésie environnementale générationnelle, où le mot même de « nature » disparaît de nos discours et de nos esprits (au profit du très technocratique « biodiversité »), il est grand temps de ressortir nos Déom, Terrasson et autres Espinassous. Et de relire tout La Hulotte !

 

Jean-Claude Génot
.

Le numéro 48 est consacré au gui. D.R.

Un demi-siècle d’existence pour « le journal le plus lu dans les terriers », ça en impose ! Personnellement j’ai oublié la date de mon abonnement mais cela devrait dépasser légèrement les 40 ans. Que dire de cette revue sinon qu’elle est inclassable et originale ; c’est un véritable bijou naturaliste qui défie le temps. C’est toujours une agréable surprise de recevoir le nouveau numéro car à raison de deux par an, on a le temps d’oublier La Hulotte pour mieux la redécouvrir et se régaler à chaque lecture. En ce qui me concerne, le plaisir de lire La Hulotte est lié à ce mélange d’humour, de vocabulaire accessible à tous, de dessins minutieux et d’informations rigoureuses validées par les meilleurs spécialistes de l’espèce concernée. La Hulotte m’a révélé bien des secrets sur des espèces communes des bois, des champs et des ruisseaux. Je garde un souvenir particulier de certains doubles numéros comme celui consacré au gui dont je ne savais rien ou pas grand-chose ou celui sur le faucon pèlerin, un rapace fascinant. Enfin, je ne suis pas peu fier d’avoir été consulté par la documentaliste de La Hulotte pour le numéro 105 dédié à la petite chouette (de son nom savant la chevêche d’Athéna) à qui j’ai consacré 20 ans d’études. Longue vie à La Hulotte !

Jean-Baptiste Dumond
.

N° 6 – Le faucon crécerelle. D.R.

Ah! La Hulotte!
On la reçoit un beau matin, on la hume, on la met de côté pour le soir, on la ressort, on la feuillette, on la relit, puis on la range, et on l’oublie, mais on y pense parfois, et un jour on se dit « Tiens, j’en suis où avec ma Hulotte? Ai-je reçu le dernier n°? Quand? »
Et soudain, un matin, dans la boîte aux lettres! Le nouveau n° est arrivé! Et là…
Ma première Hulotte? N°6 « Le Crécerelle »! Cela fait plus de trente ans que je suis abonné à la meilleure revue de nature avec, hélas une ou deux interruptions dues aux changements de vie, et donc quelques classeurs à moitié remplis. Qu’importe, avec chaque numéro attendu impatiemment, le petit catalogue qui l’accompagne permet de rêver, et de commander si besoin : Les Oiseaux de bord de route (18) qui a dû inspirer Marc Giraud, Le Pèlerin (42/43), Le Chevreuil (66), Les Araignées à toile orbitale (73/74) en permanence dans ma besace, Le Lynx (102) et tant d’autres…
Quelle justesse scientifique, quelle qualité de dessin, quel humour dans l’approche du vivant, quel plaisir d’apprendre ou de réapprendre. Chaque numéro est un bonheur! Une référence!
Et les deux consacrés au Frelon (94/95), qui m’ont appris à aimer cet insecte à priori effrayant.
Rien que pour cela, merci La Hulotte!
Merci Pierre!

.

Extrait du n° 94 – le journal de la reine des frelons. D.R.

 

Gérard Blondeau
.

N° 14 Spécial champignon. D.R.

Je suis fidèle à la Hulotte depuis le début. Ces parutions ont accompagné mes premières animations nature dans les années 70.

Son approche de la nature simple et ludique tout en étant très bien documentée, a contribué à ma formation d’autodidacte.

Les numéros spécial arbres et spécial champignons ont longtemps accompagné mes sorties.

A l’époque la Hulotte constituait notre référence et nous permettait de découvrir une foule de petits détails sur la nature, le tout à un prix abordable. Nul besoin de photos couleurs, la qualité des dessins et leur humour suffisaient à nous plonger avec passion dans la vie aventureuse des animaux de nos régions.

J’ai fait relier les premières collections à partir du N° 6 de novembre 1972 et je m’y plonge de temps.
Une façon de résister aux lueurs pernicieuses des écrans.

 

Ghislain Nicaise
.

Nous avons abonné notre fille Claire à la Hulotte, le journal le plus lu dans les terriers, lorsqu’elle était écolière, elle a maintenant 53 ans, a transmis l’abonnement à son fils Clément toujours abonné et maintenant étudiant en Master. Le souvenir qui m’en reste est le numéro qui traitait de la cardère, une plante que j’ai découverte grâce à la Hulotte. Précieux souvenir.
.

Jean-François Noblet
.

Je me souviens des premiers numéros de la Hulotte ronéotypés qui m’ont donné envie de connaître Pierre Déom. Il se trouve que la FRAPNA menait campagne à l’époque pour réhabiliter les nuisibles avec l’association des amis des renards et autres puants (ARAP). Aussi avec Gabriel Ulmann nous sommes allés rencontrer le docteur Andral à Nancy, responsable de la lutte contre la rage en France pour le convaincre de vacciner les renards. Pierre Déom nous a accompagné et nous avons obtenu satisfaction. C’est là que j’ai appris son gout immodéré pour les pommes de terre frites et que j’ai découvert cet artiste discret et méticuleux, naturaliste compétent humble et silencieux. On ne peut pas rester insensible à l’humour de ses textes et dessins .Les JNE peuvent se réjouir de voir que l’on peut effectuer un immense travail d’éducation à la nature en alliant simplicité des moyens et excellente pédagogie scientifique.. Merci Pierre pour cette œuvre magnifique et bon anniversaire à la Hulotte .

Les 5 premiers numéros ont été réédités pour la parution du n° 100.

.
.
Estelle Cintas
.

Naturaliste de coeur
“J’ai découvert les exemplaires de la Hulotte dans les années 90, j’avais tout juste 10 ans et je voulais passionnément devenir naturaliste professionnelle quand je deviendrais adulte. Nous n’avions les exemplaires qu’à partir du numéro 6 – comme beaucoup de gens visiblement – mais ils m’ont accompagné pendant de nombreuses années. J’ai depuis oublié – plusieurs fois – de renouveler mon abonnement, je découvre encore des exemplaires, je n’ai jamais commandé la reliure et je l’ai souvent regretté car les “la Hulotte” se perdent, petits fascicules entre deux piles de livres. Grâce à Pierre Déom, j’ai appris à différencier les traces d’animaux, identifier des pelotes de réjection et je brille régulièrement auprès de mes amis (qui me trouvent quand même un peu bizarre) quand je leur explique comment on distingue un martinet d’une hirondelle ou un campagnol d’un mulot. Je ne suis pas naturaliste de profession, même si je le reste de cœur, mais je continue tous les hivers à aménager des abris pour hérissons, à observer les foulques macroules et les cormorans sur les cours d’eau et à photographier, dès que j’en vois, des arbres bizarres : les amoureux enlacés, ceux tordus par le vent ou les arbres-harpes…et tout cela, je le dois à Pierre Déom.”

Carine Mayo
.

« T’as vu le dernier numéro de La Hulotte ? » Dans notre terrier, chaque parution de la revue est âprement commenté et l’on attend avec impatience le numéro suivant. C’est un lien entre les générations et une encyclopédie de la nature à laquelle on se réfère souvent. Au point que les exemplaires figurent en bonne place, non loin de la table de chevet. En tant que journaliste et auteure, j’ai puisé souvent dans ces pages des informations peu connues sur le hérisson, le lierre, le blaireau… Merci Pierre Déom pour avoir contribué à former plusieurs générations de naturalistes et d’auteurs dont beaucoup continuent à échanger avec plaisir au sein des JNE !

..
Et pour aller plus loin, deux émissions à écouter sur France Culture :
L’envol de « la Hulotte » diffusé le 29/01/2022
La Hulotte, un journal cousu main diffusé le 30/01/22
.