COP26 : une résolution finale au service des pays pollueurs

Le consensus trouvé à Glasgow le samedi 13 novembre 2021 est mitigé, avec des avancées du côté du fonctionnement du marché carbone et de la sortie des énergies fossiles et un retard concernant le soutien financier des pays vulnérables. Retour sur l’évènement et les perspectives à venir.

par Myriam Goldminc et Anne Henry-Castelbou, envoyées spéciales à Glasgow

« Ce que nous avons à faire à la COP26 est plus difficile qu’à Paris en 2015 », annonçait Alok Sharma, président britannique de la COP26, avant le début de l’évènement qui devait s’annoncer comme un test de crédibilité de l’accord de Paris. La mission était ardue : remonter l’ambition pour maintenir un réchauffement de 1,5 degrés, finaliser l’article 6 sur le marché carbone, mettre en place des outils de financement à l’attention des pays vulnérables et des outils de contrôle des engagements étatiques. De nombreux points noirs pouvaient faire capoter l’évènement : absence des présidents russes et chinois (même si leurs délégations de plus de 300 personnes étaient bien présentes), absence de nombreux pays vulnérables due aux contraintes de la pandémie, une urgence climatique qui n’a jamais été aussi aiguë et un engagement pré-Cop des pays insuffisant (trajectoire + 2,7 degrés).

Forêt de promesses à la COP26 de Glasgow, novembre 2021 © Myriam Goldminc

Tensions diplomatiques

Durant le dernier jour de la COP, des forces contraires luttaient. D’un côté, les pays victimes du changement climatique ne voyaient rien venir dans les premières propositions de résolution finale en matière de financement d’adaptation (besoins de 300 milliards de dollars par an) et des pertes et dommages (besoins entre 290 et 500 milliards de dollars par an). Ils faisaient pression pour remettre le sujet au coeur des négociations. On craignait également que l’Inde ne revienne sur son engagement de sortir du charbon. Et l’UE, divisée sur les choix stratégiques en matière de transition écologique (notamment sur la question du nucléaire), était critiquée pour une absence de leadership dans les négociations, au profit des Etats-Unis et de la Chine qui venaient de nouer un accord bilatéral inattendu pour lutter contre le réchauffement climatique.

Résolution finale

Samedi 13 novembre au soir, la résolution finale tombait, baptisée Pacte de Glasgow pour le climat. Si l’on peut se réjouir d’un consensus signé, celui-ci reste au rabais concernant le soutien financier aux pays vulnérables. Il y a eu quelques annonces pour le financement de l’adaptation. Mais les 100 milliards de dollars annuels promis ne seront toujours pas atteints en 2023. Et de nombreux pays, dont la France, ont mis un frein pour créer un mécanisme additionnel de financement des pertes et dommages, pour pallier les conséquences irréversibles du changement climatique (seules l’Ecosse et la Wallonie débloquent chacune 1 milliard de dollars à ce sujet). Une négociation va tout de même s’enclencher sur les deux prochaines années pour trouver une solution.

Pour la première fois, la sortie des énergies fossiles est clairement mentionnée dans la déclaration finale, mais sans calendrier. Les négociations ont abouti sur l’article 6 de l’accord de Paris, concernant le fonctionnement des marchés carbone au niveau global, avec quelques garanties sur le respect des droits humains. Le texte appelle également les Etats membres à relever leurs engagements de réduction d’émissions des gaz à effet de serre (GES) plus régulièrement que dans l’accord de Paris. Par contre, l’article 13 sur les outils de transparence et de suivi des engagements des pays n’a toujours pas abouti. Enfin, c’est la première COP qui fait le lien entre la nécessité de protéger la nature et respecter l’objectif de l’accord de Paris.

L’entrée du Exhibition Centre de Glasgow (Ecosse) où s’est déroulée la COP 26 sur le climat du 29 octobre au 12 novembre 2021 © Anne Henry-Castelbou

Succès en demi-teinte

Pour Aurore Mathieu du Réseau Action Climat, « cette COP reflète les priorités des pays riches ». Pour le climatologue Jean Jouzel, la COP est un échec : «On est partis pour avoir deux fois trop d’émissions de GES pour pouvoir rester sur une trajectoire de 1,5 degrés. Et les pays développés n’ont pas tenu leurs promesses financières à l’égard des pays vulnérables. J’ai honte en tant que pays développé. On ne peut pas entraîner les pays en développement sur des voies vertueuses si on ne tient pas les promesses financières des 100 milliards de dollars par an vis à vis d’eux, pour lutter contre le réchauffement climatique. »

Il y a eu néanmoins des avancées selon lui, « notamment une vraie reconnaissance du rapport du GIEC qui défend la nécessité de limiter le réchauffement à 1,5 degré et qui est aujourd’hui l’objectif de tous. Et c’est la première fois que l’on parle autant de la sortie des énergies fossiles, de l’arrêt de la déforestation d’ici 10 ans et de la nécessité d’une neutralité carbone en 2050 ». Neutralité carbone qui, pour certains pays, est associée à une modernisation économique.

De nouvelles coalitions de pays hors accord de Paris

Au-delà cette résolution finale, cette COP s’est montrée ambitieuse sur d’autres aspects, avec un nombre imprévu de nouvelles coalitions de pays – dont la France – s’engageant sur des thématiques bien spécifiques : la fin de la déforestation d’ici 2030 pour une centaine de pays, la sortie du charbon pour 23 pays d’ici 2030 (dont le Canada et la Pologne), la réduction du méthane à hauteur de 30 %, la fin du financement public à l’international des projets d’exploitation d’énergie fossile pour 34 pays d’ici 2022 pour le charbon, 2035 pour le pétrole et le gaz.

D’autres accords ont été signés en matière de transport : coalition de 32 pays pour mettre fin aux ventes de voitures neuves thermiques d’ici 2035 et création de six corridors maritimes verts. Mais restons prudents. Ces campagnes de mobilisation sont non contraignantes car en dehors de l’accord de Paris et des négociations onusiennes. Par ailleurs, elles manquent de détails précis dans la mise en œuvre. Même si elles marquent un tournant dans la mobilisation des Etats, Laurence Tubiana, architecte de l’accord de Paris, appelle à se méfier « du greenwashing, le nouveau déni climatique, qui peut mettre en péril l’accord de Paris ».

Manifestation d’Extinction Rebellion à Glasgow (Ecosse) le 12 novembre 2021 lors la COP26 © Myriam Goldminc

Une pression efficace

La pression des ONG, des médias, des jeunes, des peuples autochtones, des syndicats a joué son rôle durant ces deux semaines de négociations. Que ce soit Greta Thunberg ou Extinction Rebellion, tous les jours les manifestants étaient présents devant l’Exhibition center où se tenait l’évènement (plus de 100 000 personnes dans les rues de Glasgow le 6 novembre). Les séances plénières étaient animées par des débats et prises de position, notamment sur la neutralité carbone ou sur les pertes et dommages. Son président britannique a été salué par l’assemblée pour son efficacité. Des personnalités médiatiques comme Barack Obama, Léornardo di Caprio, Bertrand Piccard de Solar Impulse, le photographe Sebastiao Salgado, mais aussi des représentants des peuples autochtones du Pérou ou du Brésil et des populations insulaires sont venus soutenir cette ambition climatique.

Cela a notamment permis de faire bouger la position de la France qui refusait au départ de rallier la coalition des pays appelant à la sortie des énergies fossiles. Une position très critiquée en début de deuxième semaine qui a poussé la ministre Barbara Pompili à finalement rejoindre la coalition le dernier jour de la COP26.

Rehaussement des engagements climatiques

Au cours de la COP, de nouveaux pays ont rehaussé leurs engagements climatiques (NDC) qui doivent être déposés d’ici 2022, dans le respect de l’accord de Paris, portant leur nombre à 152 pays (soit 90 % des émissions des GES), même s’il manque toujours à l’appel les gros pays pollueurs comme l’Australie ou le Brésil. L’impact des ces nouveaux plans climat pourrait limiter le réchauffement climatique à 2,1 degrés selon l’ONU à la fin du siècle (contre +4 degrés en 2015). Malheureusement, cela n’empêchera pas une hausse des émissions des GES de 15 % d’ici 2030, alors qu’elles devraient diminuer de 45 %.

Tous considèrent le rôle essentiel des COP : aujourd’hui, il n’y a pas d’alternative possible pour rassembler 196 pays et l’UE (représentés à Glasgow par 39 000 personnes) de façon efficace, faire entendre la voix des plus faibles, maintenir le multilatéralisme, mobiliser la société civile et mettre la pression sur les plus pollueurs. Prochain rendez-vous : la COP27 en Egypte en 2022.

 

Photo du haut © Anne Henry-Castelbou

 

 

 

 

 

 

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