« Agriculture et journalisme, je t’aime moi non plus » : compte-rendu d’un débat aux Assises du journalisme de Tours 

« Agriculture et journalisme, je t’aime moi non plus » : tel était le thème d’un débat animé lors des Assises du journalisme de Tours par Jacques Trentesaux, directeur de la rédaction et cofondateur de Médiacités. Les intervenants étaient Morgan Large, journaliste chez radio Kreiz Breizh, Michel Lepape, agriculteur et vice-président de la FDSEA du Centre Val de Loire, Samuel Petit, directeur du Télégramme, et Juliette Duquenne, journaliste et autrice.

par Myriam Goldminc

Le regard que l’on porte sur l’agriculture est indissociable des questions environnementales. En Bretagne, l’agro-industrie porte depuis une quinzaine d’années une responsabilité en matière de pollution de l’eau et des sols. L’élevage, notamment avec les fermes d’élevage porcin (13 millions de porcs sont élevés en Bretagne chaque année), bovin (778 000) ou les poulaillers géants. Les journalistes ont du mal à enquêter sur ces thématiques. C’est le cas de Morgan Large qui a reçu des menaces de mort. Sa voiture a été sabotée, son chien empoisonné, ses animaux lâchés dans la nature. « Des pressions ont eu lieu sur la radio de la part de collectivités locales menaçant de lui retirer des subventions. Je viens d’un milieu agricole et je suis journaliste, pas activiste mais je milite pour que l’on pour que l’on puisse faire notre métier librement », témoigne-t-elle.

Pour Michel Lepape, « le regard que l’on porte sur les agriculteurs a changé comme le rapport à la terre a changé. Beaucoup d’entre nous ont du mal à se retrouver dans cette nouvelle image d’agro-manageur qui fait de l’ombre à celle du paysan. Les coopératives, les Sicav sont ainsi devenues énormes et en lien avec l’agro-industrie. Elles formatent des discours que l’on retrouve à travers le Paysan Breton, porte-voix des grosses coopératives avec la FNSEA et Groupama .C’est peut-être pour cela que nous avons du mal à communiquer entre nous et avec les autres et que l’on se sent en quelque sorte dépossédés de notre parole ».

Samuel Petit, pour le Télégramme, estime qu’il faut « arrêter d’avoir une image fantasmée sur l’agriculture, mais être sur le terrain comme sa rédaction l’a fait avec l’affaire Triskalia et le procès remporté par les victimes des pesticides et garder un sens critique autant vis-à-vis des agriculteurs que des écologistes ». Des sujets difficiles à traiter à l’antenne pour Juliette Duquenne, qui a choisi d’être indépendante pour échapper à des standards de communication pilotés par l’agro-alimentaire : « ainsi tout sujet qui remet en question ce système est qualifié d’agribashing, un terme que certains agriculteurs et institutions agricoles utilisent quand ils ont le sentiment de faire l’objet d’un dénigrement ».

« Mais c’est le système agricole qui est en question et non les personnes »,  précise Michel Lepape. « La communication agricole est trop souvent pilotée par ces géants qui ne cessent de grandir comme Triskalia et d’Aucy ». Quant à la création de la cellule Déméter en 2019, ajoute Morgan Large, « elle acte la collaboration entre les syndicats FNSEA et JA (jeunes agriculteurs) et la gendarmerie nationale pour mieux protéger « nos agriculteurs » et leur donne mandat pour des actes déjà encadrés par la lo,i mais aussi contre les actions symboliques de dénigrement qui relèvent de la liberté de pensée et d’expression. « Une difficulté de plus pour les enquêteurs », souligne la journaliste en guise de conclusion avant de donner la parole à la salle.

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