Hommage à Calioppe Beaud, pionnière de l’écologie

C’est par le faire-part ci-dessous publié dans le carnet du Monde du 31 août dernier que nous avons appris avec beaucoup de tristesse le décès de Calioppe Beaud, survenu le 24 août à l’âge de 83 ans.

par Laurent Samuel

Calioppe Beaud avait fait partie du petit noyau qui, dans les années 1973-74, autour de Brice Lalonde, Lison de Caunes, Pierre Samuel, Nicolas Desplats, Dominique Simonnet et quelques autres (qui me pardonneront j’espère de ne pas les citer) avaient transformé les Amis de la Terre France, créés par Alain Hervé en 1970, en une association militante, très en pointe notamment contre le programme de centrales nucléaires.

Dès 1972, Calioppe Beaud crée une association de défense contre un projet d’exploitation de fluorine par le groupe Péchiney non loin de Vézelay, en Bourgogne, où elle réside alors avec son mari. Elle écrit à cette occasion : « La fluorine, notre minerai au nom de fleur, si pauvre en teneur, si laide dans notre région, nous forcera à creuser, creuser de plus en plus loin dans le temps, dans l’espace, les multiples activités polluantes du groupe qui l’utilise Péchiney-Ugine-Kuhlmann ».

Calioppe Beaud raconte cette mobilisation en 1976 dans un livre, Combat pour Vézelay ou Péchiney pollutions, paru aux éditions Entente, créées par un autre pionnier de l’écologie, Edouard Esmérian. A cette époque, elle est aussi militante au Parti socialiste, se présentant sous ses couleurs aux élections législatives de 1978 dans la circonscription de Vézelay-Avallon, échouant de peu au 2e tour face à un candidat de la majorité (giscardienne) d’alors. Après son élection à la présidence de la République, François Mitterrand enterre définitivement le projet de Péchiney.

Avec son mari, l’économiste Michel Beaud, précurseur de la réflexion sur les liens entre économie et environnement, Calioppe lance en 1986 le Groupe de Vézelay, qui organise de passionnants colloques sur les risques technologiques et environnementaux majeurs. A l’issue des Journées de Vézelay tenues fin mars 1988, est lancé un appel pour des états généraux de la planète. Parmi les signataires de cet appel : René Dumont, Thierry Gaudin, Stéphane Hessel, Albert Jacquard, Jean-Marc Lévy-Leblond, Michel Morineau, Edgard Pisani, Alain Ruellan, Marcel Boiteux, René Lenoir, Edgar Morin (France), Samir Amin (Egypte), Mohamed Ali Abrougui (Tunisie), Djiho Laïti Ka (Sénégal), Jacques Chonchol (Chili), Tarcicio M. Padilha (Brésil), Ru Xin (Chine), Rajni Kothari (Inde). Cet appel débouchera sur de nombreuses réunions et publications, relatées ici.

En 1993, Calioppe Beaud coordonne avec son mari et Mohamed Larbi Bouguerra, spécialiste tunisien de la chimie de l’environnement un ouvrage collectif, L’état de l’environnement dans le monde (éditions de la Découverte), le premier de ce genre paru dans notre pays.

Dans les années 2000, Calioppe et Michel se retirent à l’Orbrie, en Vendée, tout en continuant à se préoccuper de l’évolution de la planète, notamment à l’occasion de la sortie en 2011 du livre de Michel, Face au pire des mondes (lire ici ma recension de cet ouvrage).

De Calioppe, celles et ceux qui ont la chance de la connaître garderont le souvenir d’une énergie et d’une ténacité qui semblaient éternellement renouvelables. Les JNE et moi-même présentent toutes leurs condoléances à Michel Beaud, à la famille et à leurs proches.

Photo du haut : Calioppe Beaud en Sud-Bourgogne, au début des années 1960 © Michel Beaud

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