Plantations Miyawaki : des arbres ne font pas une forêt

Ci-dessus : plantation Miyawaki effectuée par l’association Boomforest le long du
périphérique parisien à la porte de Montreuil (2018). Photo CC BY-NC-ND

Dans plusieurs grandes villes, on assiste actuellement à des plantations à l’initiative d’associations et de jeunes entreprises, selon une méthode mise au point par Akira Miyawaki, un botaniste japonais. Ces plantations sont faites avec des espèces locales et tous les promoteurs de cette méthode répètent unanimement qu’elle permet de recréer des « microforêts » 10 fois plus vite, avec 20 fois plus de biodiversité et 30 fois plus denses. Tout cela paraît trop beau pour être vrai !

par Jean-Claude Génot *

Les start-ups de la plantation démarchent les communes avec ces arguments chocs dans un contexte où l’arbre en ville constitue le « must » de l’écologie urbaine grâce à ses multiples bienfaits (ombre, fixation de carbone, biodiversité). Mais on peut être doué en marketing et mauvais en écologie pour promettre de « recréer les différents étages d’une forêt de type primaire en trente ans » (1) quand Francis Hallé estime, pour son projet, qu’il faudra attendre des siècles pour que renaisse une forêt primaire européenne.

Dix fois plus vite ? Aucun détail n’est livré sur le paramètre (hauteur, diamètre ?) permettant de juger de cette rapidité !

Vingt fois plus de biodiversité ? Cette promesse ne repose que sur l’étude d’une plantation aux Pays-Bas qui n’a jamais été publiée !

Trente fois plus dense ? Les arbres sont plantés serrés, mais une des rares études menées en Europe sur l’efficacité de cette méthode fait état de 61 à 84 % de mortalité des arbres 12 ans après la plantation.

Non vraiment, ce qui est le plus gênant dans cette banale affaire de « greenwashing », c’est de faire croire qu’une plantation va devenir une forêt, même « micro », en très peu de temps. Compte tenu des modestes surfaces concernées par ces plantations et leur contexte urbain, elles seront au mieux des bosquets, des bandes boisées ou des haies en milieu hostile, mais jamais des forêts. Une forêt ne se constitue que dans le temps long et sur une grande surface. Il lui faut l’âge et l’infini, pour reprendre les mots de René Char. Ce n’est pas seulement une collection d’arbres, mais un monde d’organismes vivants interconnectés. Plutôt que de payer cher des plantations, mieux vaut laisser la friche s’installer qui, par la succession végétale, se transformera lentement et gratuitement en boisement spontané. Une leçon d’humilité dont l’homme a grand besoin.

(*) Ecologue

(1) Grégoire Gauchet, Une forêt de Miyawaki à la place de l’ancienne tuilerie, L’Alsace, 14 mars 2021,page 19

Pour plus de détails sur l’analyse critique des plantations Miyawaki
https://www.canopee-asso.org/les-plantations-miyawaki-ou-lillusion-dune-nature-maitrisee/