La destruction d’un talus ferroviaire dans le XVIIIe arrondissement de Paris en images

Voici un ensemble de photos sur la destruction d’un talus ferroviaire au cœur du nouveau quartier Chapelle International, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Un article de Geneviève Renson retraçant l’historique de cette affaire est à lire en cliquant ici.

Légendes rédigées par Geneviève Renson

Du 15 au 17 février 2021, des hommes armés de machines infernales, telles que tronçonneuses, débroussailleuses, tailles haies, déboulent sur le talus ferroviaire. Et sans précaution aucune ni grande finesse, s’attaquent à la masse végétale. L’épais roncier, si bienfaiteur, véritable écosystème, est occis. Les débris végétaux sont évacués par un camion grue. Horrifiés par le défrichage du talus, des riverains interpellent les travailleurs de la société X. Exaspérés, ces derniers rétorquent : « c’est pour un projet écologique. Nous n’arrachons rien, mais coupons la friche sauf les buddleias ! Nous savons que les hérissons y hibernent. ». Tout en se justifiant : « en cette période, nul dérangement pour les oiseaux nicheurs ! ! » Photo © TLB
 
Dans le lointain, en bas du talus mis à mal, on devine des pierriers. Sur la crête, entre deux rangées de clôtures parallèles, invisibles ici, seules subsistent quelques plantes sauvages. Anéantissement de l’habitat nourricier et protecteur d’une multitude d’espèces dont le hérisson, en plein sommeil hivernal, au profit du lézard des murailles. Faut-il sacrifier une espèce pour en sauver une autre ? De plus, il apparaît clairement, à la lecture du diagnostic faune-flore (2012), qu’une zone arbustive du talus « à conserver » a finalement été lapidée. L’image ci-dessus le prouve. En quête de renseignements sur un projet de construction alentour, portant atteinte à des espèces protégées, m’a-t-on alors lancé : « il faudra choisir entre les chauves-souris et les hérissons ! »  Quelque temps plus tard, des bâtiments, adossés au talus, qui offraient des gîtes de repos aux pipistrelles, ont été démolis. Photo © TLB

Un tiers de la superficie du talus (2000 m2 au total) a été rasé pour créer quatre pierriers, concentrés sur quelques m2 et par la suite des prairies. Quel gâchis, vu qu’en haut du talus existaient déjà des habitats propices au lézard des murailles et au hérisson ! En s’attardant à découvert sur ces perchoirs, aux heures chaudes de la journée, le reptile risque de devenir une cible privilégiée des prédateurs terrestres et ailés. Pour sa sécurité, n’a-t-on pas songé à surmonter ces tas de pierres d’un grillage de protection, par exemple en vert foncé (taille des mailles idoine) ? Photo © JCD

2010 : un an après le débroussaillage chimique de l’intégralité du talus, pose d’une clôture neuve à un mètre de l’ancienne et de rouleaux de concertina (NDLR : type de fil barbelé) en hauteur et à terre. 2021 : la végétation exubérante de cette partie du talus est supprimée. A l’extrême droite sur le visuel, on distingue un parking désaffecté. En 2009, un jardin partagé y a pris vie, d’abord dans sa partie sud, puis quelques années plus tard dans sa partie nord. Il semble que la population de hérissons ait suivi le mouvement puisqu’eau et nourriture sont aisément accessibles : limaces, lombrics, escargots, baies, larves d’insectes, déchets organiques, etc. Cette même année, du fait d’importants travaux, une barrière rigide est érigée en haut du talus. Les ouvertures, si âprement acquises de RFF (Réseau ferré de France), permettant aux petits mammifères de passer d’un espace à un autre, ont été condamnées. Retour à la case départ ! Photo © GR
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2010, mère sollicitée pour la tétée – photo © GR
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2011 : déchets alimentaires lancés sur le parking par des riverains du haut de leurs fenêtres. Photo © GR

2012 : squat d’une cabane à chats. Photo © GR

2010 : individu en quête de pitance au sortir d’un buisson de clématites sauvages, au sommet du talus. Photo © GR

2017 :  bardé de milliers de piquants, le hérisson, en âge de « gambader », n’a rien à craindre des petits félins. Ces derniers traversent le roncier sur la pointe des pieds, se cantonnant à de rares itinéraires fixes. Ainsi, dans l’enchevêtrement des tiges épineuses, de lianes, etc. au cœur même du mûrier sauvage, la hérissonne pouvait mettre bas, à l’abri des prédateurs. La préservation de la biodiversité passe par la stérilisation des chats libres. Bien nourris, ils ne sont pas des chasseurs invétérés. Ceux du jardin sont stérilisés, identifiés (une obligation légale) et suivis sur le plan sanitaire. Photo © GR

2017 : Phoenix contraint et forcé de décamper. Seules ces ouvertures dans la clôture permettent à la petite faune locale d’accéder directement aux fourrés denses du talus. Photo © GR

2021 : Fonio consent au partage. L’alimentation opportuniste sauve des vies. Cet individu en phase de réveil, reconnaissable à sa petite taille, a hiberné au jardin. Je l’y ai observé après le défrichage du talus. J’aimerai croire qu’aucun hérisson n’a eu la mauvaise idée, cette année, d’y construire son gîte. Pourtant, combien de fois en ai-je aperçus sortant du roncier et y retournant, quelle qu’en soit la saison.? Photo © GR

Retrouvez l’article complet de Geneviève Renson (JNE) sur cette affaire en cliquant ici.

L’éclairage juridique de Gabriel Ullmann (JNE) est à lire là.

L’éclairage naturaliste de Jean-Claude Génot  (JNE) est à lire sur ce lien.

Pour en savoir plus sur la situation du hérisson à Paris, lisez ici l’article de François Moutou.