Hommage à Robert Poujade, premier titulaire en 1971 du poste de ministre de l’Environnement

Les JNE saluent la mémoire et l’action de Robert Poujade, premier titulaire en 1971 du poste de ministre de l’Environnement, décédé le 8 avril 2020 à l’âge de 91 ans.

par Laurent Samuel

Nommé en janvier 1971 par le Président Georges Pompidou, Robert Poujade, gaulliste historique, fut le premier – et pas le moins brillant – d’une longue série de ministres de l’Environnement. Son titre exact était : ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Protection de la Nature et de l’Environnement. A l’époque, le terme « nature » n’était donc pas tabou…

Dans le numéro du Canard Sauvage, journal des JNE, consacré aux 50 ans de notre association, Claude-Marie Vadrot retraçait ainsi son parcours ministériel :

« Au début des années 70, l’un des plus efficaces dans un monde politique se souciant pas le moins du monde de la nature et de l’environnement, fut Robert Poujade, un cacique du parti gaulliste. Comme beaucoup de ses successeurs à ce poste, il ne fut pas nommé pour sa compétence en écologie. Sa présence correspondait simplement à un équilibre régional et politique au sein du parti et du gouvernement aux commandes. Si celui qui écrivit ensuite « Le ministère de l’impossible » (NDLR paru en 1975) mérite une mention très honorable, c’est parce qu’il eut la curiosité et même le courage de se plonger dans des dossiers négligés depuis des décennies en tentant d’en régler certains. Il avait découvert des urgences et les prenait à cœur. Je me souviens d’ailleurs comment, jeune journaliste sur le point de l’interviewer dans son bureau, il m’expliqua que ce n’était plus la peine, qu’il venait d’être viré et que l’industrie du papier, dont il voulait limiter les pollutions, avait eu sa peau… Sa carrière politique était terminée. »

Sa carrière politique nationale du moins, car Robert Poujade, élu à ce poste dès 1971, restera jusqu’en 2000 un très populaire maire de Dijon, imposant une politique dynamique et novatrice de protection de l’environnement. Ce qui vaudra à cette commune d’être régulièrement récompensée dans les classements des villes les plus « vertes » publiés dans des magazines comme le Point ou Ça M’intéresse.

Voici la réaction de Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement et actuel Président de l’association Equilibre des Energies : « Hommage à Robert Poujade, le premier d’une longue liste de ministres qui durent se battre, d’abord contre les deux administrations de l’Industrie et de l‘Agriculture auxquelles ils avaient arraché deux directions : la lutte contre les pollutions et la protection de la nature. Puis contre leurs collègues des gouvernements qui confondaient la prospérité avec les tonnages de béton, de bitume et de poubelles. Si la France a appris à se préoccuper d’écologie en créant notamment un vrai ministère, c’est grâce à des personnalités compétentes, courageuses, et toujours courtoises, comme était Robert Poujade. »

J’avais contacté Robert Poujade vers 2005 pour un bilan des ministres de l’Environnement à paraître dans Ça M’intéresse. Il avait pris le temps de me rappeler personnellement, pour me dire qu’il était touché qu’on ait pensé à lui, mais que s’il nous répondait, il serait conduit à porter des jugements – positifs ou négatifs – sur certains de ses successeurs, qu’il se refusait à jouer le rôle de distributeur de bons et de mauvais points, et qu’il se déclinait donc avec regret notre demande d’interview. Une élégance aujourd’hui rare dans le monde politique et ailleurs…

Les JNE adressent leurs condoléances à la famille de Robert Poujade, et ont une pensée émue pour Serge Antoine qui fut (avant même sa création) la cheville ouvrière de ce nouveau ministère.

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