La nouvelle écologie au tournant

Notre amie Marie-Pierre Cabello (JNE) et sa complice Patricia Ricard ont relancé le 7 octobre à Paris leur série des « Mardis de l’environnement » de la Fondation d’entreprise Ricard, avec un thème assez large : « la nouvelle écologie ».

par Roger Cans

Notre confrère de L’Express, Olivier Le Naire, est l’auteur d’un ouvrage (sortie en librairie le 8 octobre 2014 aux éditions Actes Sud/Les liens qui libèrent) où sont interrogés dix « Voix d’espérance » – c’est le titre de l’ouvrage—qui, chacune, plaide pour une valeur d’espoir : Nicolas Hulot pour le courage, Cynthia Fleury pour l’imagination, Anne-Sophie Novel pour la lucidité, Frédéric Lenoir pour le discernement, Dominique Méda pour l’audace, Pierre Rabhi pour la beauté, Pierre-Henri Gouyon pour la conscience, Abd el Malik pour la fraternité, Erik Orsenna pour la vérité, et Françoise Héritier pour la joie. Il a été encouragé à cette publication par le succès du précédent livre d’entretien avec Pierre Rabhi, qui s’est vendu à 100.000 exemplaires. Il voit là le signe que la pensée écologique, au sens large, diffuse dans le corps social, car « la question environnementale surdétermine tout ».

 

 

Stéphane Riot est le fondateur de Nove Terra, réseau d’experts et de chercheurs qui souhaitent accompagner les entreprises à la recherche d’un nouveau modèle de développement durable. A l’origine, il était chargé de « l’intelligence économique », autrement dit de l’espionnage industriel pour le compte de Vivendi. Mais le PDG Jean-Marie Messier a conduit le groupe dans une impasse et Stéphane Riot a changé son fusil d’épaule. Désormais, il s’applique à pousser les entreprises vers un nouveau mode de développement, qui implique « l’intelligence collective », les relations horizontales et non pyramidales, l’usage d’un bien plutôt que sa propriété, le bon sens paysan, le partage et l’interdépendance. « Les Américains ont lutté autrefois pour leur indépendance, nous luttons aujourd’hui pour l’interdépendance ». Finalement, constate-t-il, « la crise nous pousse à innover ».

 

Cédric Péchard, lui aussi, est le produit d’une grande école et a d’abord travaillé pour un groupe multinational de l’agroalimentaire, en l’occurrence Nestlé. Lui aussi a complètement changé son fusil d’épaule en créant UpCycle, afin de recycler les ressources alimentaires inutilisées. C’est que l’alimentation des villes, aujourd’hui, entraîne des coûts de transport considérables et la production de déchets perdus pour tout le monde. Il s’est donc lancé dans une expérience inédite : le recyclage du marc de café, le déchet d’un grain qui est la denrée alimentaire la plus échangée dans le monde. Il a donc fondé sur la plateforme du grand marché de Rungis une « ferme urbaine » qui recycle le marc de café. Pour cela, il récupère les déchets des distributeurs automatiques de la région parisienne, sauf les capsules, soit 5 tonnes par semaine. Avec ce marc de café, ensemencé de mycélium (acheté localement), il cultive des pleurotes d’une qualité exceptionnelle, aujourd’hui recherchée par les grands cuisiniers. Il s’est inspiré pour cela de trois modèles qu’il a rencontrés en Chine, aux Etats-Unis et au Zimbabwe. En Californie, on fournit un produit de luxe, mais au Zimbabwe, on fait travailler les pensionnaires d’un orphelinat pour un produit bon marché. UpCycle produit aujourd’hui un kit de marc de café ensemencé (de 15 à 20 euros le carton de format bouteille) qu’il suffit d’ouvrir pour voir pousser les pleurotes. Cédric Péchard souligne que, au terme de trois cycles de production de champignons, le marc restant peut être recyclé comme engrais maraîcher.

 

Philippe Girard est aujourd’hui président de l’association Innovation en Action, qui promeut la responsabilité sociale et environnementale (RSE) en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Depuis dix ans, cette association s’efforce de réunir chefs d’entreprises et responsables syndicaux pour qu’ils se mettent d’accord, ensemble, sur une stratégie de RSE. FO et CFDT participent, mais pas la CGT, par principe contre toute cogestion avec le patronat. L’association attribue chaque année des trophées aux meilleures initiatives en ce sens, où le « souci de l’individu » est privilégié. « Non, on ne fait pas de la RSE sans le savoir, comme certains le répètent. La RSE, c’est une stratégie, une vision ». Lui aussi affirme qu’il faut profiter de la crise pour innover, pour changer.

 

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