BiObernai 2014 – mobilisation contre un projet de golf en Alsace

Le golf de Zellwiller (Bas-Rhin) serait-il au bord … du trou ? Pas encore, mais il semble bien que la mobilisation des écologistes locaux contre ce projet inutile soit payante.

 

par Jean-Claude Noyé

 

Le 1er juillet dernier, Gilbert Scholly, le président de la communauté de communes de Barr-Bernstein (67), sort de son chapeau un projet de golf qui s’étendrait sur 66 hectares de terres agricoles situés à l’est de Zellwiller.

 

Derechef, l’association Nature et Vie enclenche un mouvement d’opposition, en faisant valoir qu’il existe déjà douze golfs en Alsace. Et donc que les amateurs sont fort bien servis. La Confédération paysanne et la Coordination rurale s’associent très vite à la contestation. En réponse, Gilbert Scholly oppose un projet de développement local. En clair, ce projet de golf servirait d’appui à la réalisation d’une opération immobilière de prestige.
Le 7 septembre, Nature et Vie propose, avec Damb’ nature , une association locale de défense de la nature, un « pique-nique bavard ». Celui-ci réunit en agora plus de 90 personnes qui dénoncent le projet, soutenus par trois maires et des délégués de la communauté de communes, ainsi que par des militants de Saverne et des environs en lutte depuis 18 ans (!) contre le projet de golf de Sommereau.

 

La Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA) et les Jeunes agriculteurs (JA), qui, jusque là, s’étaient tenus à l’écart, mobilisent à leur tour leurs troupes. Et, ce même 7 septembre, une cinquantaine de tracteurs investit en cortège le village de Zellwiller pour exprimer leur hostilité à l’implantation de cet équipement sportif de prestige. Quant à la population locale, plutôt indécise au départ, elle semble désormais acquise à la cause du refus…

 

Le projet est donc à l’arrêt mais non enterré. Bernard Wentz, militant écologiste connu dans la région, et l’un des fers de lance de la contestation, appelle à la vigilance car, fait-il valoir, « les promoteurs immobiliers ont tout intérêt à ce que ce terrain de golf se fasse. Ces investisseurs privés cherchent à profiter de cet équipement sur des terres communales louées par bail emphytéotique pour valoriser leurs infrastructures. Et Dieu sait s’ils ont le bras long. »

 

Cet animateur actif professionnellement dans un réseau agriculture et développement durable se bat depuis toujours pour la promotion d’une agriculture de qualité. Il ne manque pas de rappeler que beaucoup de jeunes souhaitant s’installer dans le secteur ne trouvent pas de terres disponibles. Et d’expliquer que la lutte contre le golf de Zellwiller est une lutte en deux temps. Un : maintenir coûte que coûte des terres agricoles et les soustraire au bétonnage. Deux : à terme, promouvoir sur ces terres communales, dans le cadre de futurs baux environnementaux, des cultures alternatives à la monoculture de mais et amplifier les premières initiatives de conversion à l’agriculture bio. Le problème du maïs, sur ce secteur du Bruch, n’étant pas tant la quantité d’eau consommée (1) que sa qualité.

 

L’eau du puits de Zellwiller devant souvent être diluée avec celle d’un captage dans la montagne vosgienne pour rester dans les limites de potabilité. D’où la stratégie de conversion vers le bio.  Quant aux terrains de golf, leur entretien mobilise lui aussi des quantités considérables d’eau et de terre… pour la satisfaction de quelques nantis.

 

Intérêts privés ou intérêt public ; agriculture industrielle ou agro-écologie ; logique croissanciste de dé-territorialisation ou relocalisation de l’économie, en premier lieu des activités et circuits agricoles. Si le combat mené par les écolos du Bas-Rhin n’a ni l’ampleur ni les retombées médiatiques de certaines luttes emblématiques, il n’en pose pas moins de vraies questions.
(1) Ici, la nappe, quand elle n’affleure pas, est à deux mètres de profondeur. Reste que sur l’ensemble du cycle de culture, la demande en eau d’un hectare de maïs-ensilage approcherait 6 700 m3. Soit à l’hectare : 4 500 000 bouteilles d’1 litre ½ ! En Alsace, la monoculture du maïs occupe 56  % des terres labourables.

 

Ce reportage a été réalisé dans le cadre du voyage JNE au Salon BiObernai 2014.