A quoi sert l’éducation environnementale ? Le cas de l’Algérie

Plus de dix ans après son introduction dans les programmes scolaires, l’éducation à l’environnement n’est toujours pas une discipline à part entière dans les écoles et les collèges d’Algérie.

 

par M’hamed Rebah

 

En trébuchant sur les tas de déchets posés ça et là, sur le chemin de l’école, un peu partout en Algérie, les élèves ont dû se demander à quoi sert l’éducation environnementale si, entre le cours qui leur est donné en classe et la réalité concrète qu’ils vivent en dehors de l’école ou du collège, le fossé est tel qu’il enlève toute crédibilité à cette discipline.

 

En certains endroits, les mini-décharges sont carrément collées au mur de l’établissement scolaire, sans parler des nuisances sonores provoquées par les klaxons et les lecteurs de CD des véhicules qui passent à proximité et les dégagements de fumées et de gaz toxiques qui empoisonnent l’air. D’où la nécessité d’impliquer dans l’éducation environnementale, les autorités locales, élus et administratifs, et tous ceux dont la fonction a un rapport, localement, avec la qualité de l’environnement.

 

Tous ces responsables doivent être au courant de ce qui est enseigné dans ce domaine, prendre connaissance des conclusions qu’en tirent les élèves et se mettre au travail pour rendre conforme la réalité écologique locale avec ce qui est enseigné. Si cet apport fait défaut, l’éducation environnementale restera au stade théorique, autrement dit : ne servira à presque rien.

 

Là où des actions sont réalisées pour traduire dans le cadre de vie quotidien les notions qui sont enseignées en matière de protection de l’environnement, il s’agit surtout d’initiatives isolées et même improvisées par des enseignants qui se trouvent être en même temps militants d’associations écologiques et parfaitement convaincus. Il est à se demander si les enseignants chargés de dispenser les cours d’éducation environnementale ont la formation exigée pour le faire avec la plus grande efficacité. Car, il faut parler de tri des déchets, d’économie de l’eau, d’économie d’énergie, de confort sonore, et y compris, pourquoi pas, de l’agriculture biologique. D’autre part, n’y a-t-il pas une carence dans le soutien qui doit leur être accordé, à la fois au plan pédagogique, et moral aussi, pour valoriser leur effort au sein de la société ?

 

Le nombre impressionnant d’élèves concernés par la rentrée 2014/2015 en Algérie, dépassant les 8 600 000, doit être mis en rapport avec la tendance à la dégradation de l’environnement qui touche toute la société, pour comprendre l’importance de l’éducation environnementale si on veut renverser la vapeur et aller vers l’amélioration du cadre de vie et de la qualité de l’environnement.

Faut-il rappeler la visite d’inspection effectuée en janvier dernier par les membres d’une commission de l’Assemblée populaire de la wilaya (APW) d’Alger dans des établissements scolaires (écoles primaires, collèges d’enseignement moyen, lycées) de la capitale et le spectacle ahurissant qu’ils ont constaté : décharges aussi bien à l’intérieur des écoles que dans les alentours immédiats des établissements, déversement d’eaux usées… On l’a déjà dit : seuls les marchés de proximité rivalisent en saleté, bruit et pollution avec les établissements scolaires, alors que ces lieux devraient être totalement exempts de nuisances.

 

L’éducation environnementale a été introduite progressivement dans le système de formation depuis la rentrée 2002-2003 sous la supervision d’une commission interministérielle de coordination et de suivi du programme. Les supports pédagogiques, comme les guides et les mallettes, n’ont pas manqué, tous les établissements ont en été dotés. Peu d’informations ont toutefois circulé sur l’évaluation de cette expérience et sur les leçons qui en ont été tirées. Est-ce que l’éducation à l’environnement est considérée comme une discipline à part entière avec un enseignement distinct et obligatoire et un horaire précis, mettant en œuvre des méthodes pédagogiques appropriées ? Le mouvement associatif et les responsables locaux sont-ils associés à cette démarche ? On ne le sait pas.

 

Cet article a été publié dans le magazine algérien Reporters.

 

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