BiObernai 2014 – Incroyables Comestibles, changement de paradigme en marche ?

Les JNE étaient présents au salon BiObernai 2014, qui se tenait du 14 au 16 septembre. Voici le premier de nos reportages et articles réalisés à cette occasion.

 

par Suzanne Körösi

 

photo Magali Reinert
Une butte de permaculture devant chez François Rouillay, arborant le petit panneau : »Nourriture à partager » – photo Magali Reinert

 

À Colroy-la-Roche (Bas-Rhin), François Rouillay nous reçoit devant sa maison, à côté de son emblématique jardinière où, en 2012, il a planté des légumes et affiché : « Nourriture à partager, servez-vous librement, c’est gratuit ». C’est avec ce bac qu’il a commencé, épaulé par Jean-Michel Herbillon, à faire connaître en Alsace et en France le mouvement Incroyables Comestibles. Les deux amis sont conseillers en développement territorial et cherchent depuis pas mal de temps une réponse à la question de la sécurité alimentaire. L’idée de partage, de solidarité, de coopération les enthousiasme, ils s’engagent dans ce qu’ils appellent l’agriculture urbaine « troisième génération ».

 

Le mouvement Incredible Edible – Incroyables Comestibles en français – a été lancé en 2008 par les habitants de Todmorden, dans le nord de l’Angleterre. Dans cette petite ville de 15 000 âmes, touchée de plein fouet par la crise, un beau jour, hommes, femmes et enfants se mettent à cultiver des légumes à partager, Food To Share. Leurs jardins deviennent des espaces ouverts à tous, des lieux de convivialité.

 

Collectivement ils allègent bien sûr leur budget nourriture, ils découvrent aussi l’intérêt de manger local, sain, avec les voisins. Ils envoient aux oubliettes le vieux principe so british « My home is my castle », et l’échangent avec un autre, celui du buen vivir. Todmorden a changé de visage en quelques années. Cette cité industrielle en déclin retrouve un nouveau dynamisme.

 

Depuis 2012, l’enthousiasme de François et de Jean-Michel ne tarit pas. L’idée prend d’abord à Colroy-la-Roche, puis ils partent à la conquête d’autres villes en France et dans le monde. Ils sont fiers du résultat : dans 22 régions en France métropolitaine et dans les territoires d’Outre-Mer, il y a aujourd’hui des quartiers Incroyables Comestibles; et ils trouvent des partenaires en Palestine et en Afrique.

 

À la Chenaudière, premier Relais & Châteaux créateur d’un jardin partagé, où nous arrivons par un parcours parsemé de joyeuses installations de « Nourriture à partager », on évoque avec François et Jean-Michel d’autres mouvements qui témoignent de l’attention portée à la question de la souveraineté ou autonomie alimentaire.

 

Jusque récemment, cette question ne concernait que les pays pauvres, souffrant des effets du changement climatique, des guerres et du dumping des pays riches, qui bouleverse et étouffe les cultures vivrières locales.

 

Aujourd’hui, une fraction toujours grandissante de la population mondiale vit dans des villes. Avec l’épuisement des énergies fossiles, la pollution généralisée, et les crises économiques, dont on ne sort pas depuis six ans et qui laissent des pans entiers de la société sans ressources, le concept de souveraineté alimentaire fait tilt aussi dans les pays riches.

 

Le mouvement Villes en transition, lui aussi parti d’Angleterre, a également un grand écho international depuis son lancement à Totnes par Rob Hopkins (lire ici le compte-rendu du voyage des JNE à Totnes). On a planté des kilomètres d’arbres fruitiers, entre autres des noyers, des kilomètres carrés de jardins urbains partagés, pour rendre les villes résilientes à la crise actuelle et à celles à venir.

 

D’autres efforts, qui prennent de l’envergure, viennent des municipalités : New York, Toronto, Montréal, Berlin, Leeds, Rennes, pour citer quelques exemples, abordent la question chacune à sa manière, mais elles se mobilisent toutes pour assurer aux citadins l’autosuffisance, l’autonomie alimentaire. Elles cherchent à mettre en place les conditions légales, économiques et urbanistiques du développement de l’agriculture dans la ville et autour de la ville. Elles visent aussi à recréer les ceintures nourricières qui existaient jusqu’aux années 60 autour de la plupart des villes. Elles soutiennent également l’installation de jardins partagés, où citadins et citadines peuvent se réapproprier la production de nourriture.

 

Tormoden, Colroy-la-Roche, les Incroyables Comestibles partout où ils existent, s’inscrivent dans les nouvelles formes de production et consommation de nourriture. Un nouveau paradigme est en marche.

 

Mais ce nouveau modèle – économique, social et culturel – sera-t-il suffisamment fort devant les menaces potentielles des multinationales de l’agro-alimentaire et de la chimie, susceptibles de vouloir mettre la main sur ces aliments, si ces mouvements prennent trop d’ampleur et diminuent leurs profits ? La question reste ouverte.

 

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