Compte-rendu d’un atelier de l’AJE sur le cycle du carbone

Voici le compte-rendu d’une matinée organisée par l’AJE (Association des journalistes de l’environnement) au Conservatoire du littoral, le 18 juin 2014.
 par Roger Cans

 

Jean-Luc Fessard (NDLR : également membre des JNE) accueille les participants au nom de l’AJE. Il donne la parole à Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) à Gif-sur-Yvette. Première constatation : le C02 a une durée de vie très longue. 100 ans après son émission dans l’atmosphère, il en reste 40 %. Et 20 % 1.000 ans après ! Les émissions d’aujourd’hui sont donc pour les générations futures. Ce n’est pas tant le rythme des émissions qui est dangereux, mais son accumulation au fil du temps. Les émissions de méthane, qui semblaient stabilisées, recommencent de plus belle depuis 2005.

 

Global Carbon Project : il s’agit d’évaluer les émissions de carbone depuis l’année de référence (1990, Kyoto). Les émissions de carbone ont depuis baissé en Europe et aux USA, mais elles ont beaucoup augmenté dans les pays émergents, notamment la Chine et l’Inde qui brûlent beaucoup de charbon. Aujourd’hui, le taux d’émissions de carbone par habitant est identique en Chine et en Europe.

 

Global Carbon Atlas : lorsqu’on observe la planète entière, on constate que la moitié des émissions de carbone est absorbée par les océans et la végétation. L’océan absorbe de manière très régulière, mais pas la végétation. Pour maintenir la température moyenne au niveau de + 2° C, il faudrait se limiter à l’émission de 1.000 milliards de tonnes de carbone. Or il en a été émis déjà 500 milliards… En 2014, l’augmentation a été de 3 % par an, alors qu’il faudrait une diminution de 3 % par an.

 

El Nino : il joue le rôle de métronome dans l’océan Pacifique. Le réchauffement global est actuellement moins prononcé que pendant les 20 années précédentes. La dernière décennie a été plus humide et plus froide. Ce qu’on observe, c’est la formidable résilience de la végétation après un stress hydrique (photos des Ghats, en Inde, avant et après). Le cas de l’Australie qui reverdit après la sécheresse. D’une manière générale, les forêts boréales apprécient le réchauffement, alors que les forêts tempérées souffrent de stress hydrique. Le dérèglement climatique multiplie les événements extrêmes, quels qu’ils soient.

 

En juillet 2014, la NASA va lancer le satellite OCO2 pour étudier le CO2 dans l’atmosphère (le lancement précédent avait échoué). Cela devrait apporter les informations qui manquent encore. On observe à l’heure actuelle une extension de la zone tropicale. Le résultat, c’est davantage de pluies à l’Equateur, et davantage de sécheresse en zone subtropicale.

 

On aborde le rôle des océans avec Laurent Bopp. Les puits de carbone de la mer absorbent environ un quart des émissions. Le carbone anthropique est concentré dans l’Atlantique nord, car le CO2 se dissout mieux dans l’eau froide. On assiste donc à l’acidification des océans, qui relève de quatre facteurs : la température de surface, le PH de surface, l’appauvrissement en oxygène et une baisse de la production de phytoplancton. L’acidification, sous forme de « neige océanique », peut descendre jusqu’à 4.000 m de profondeur et donc nuire aux milieux riches en diversité biologique. L’océan stocke 95 % de la chaleur additionnelle totale.

 

Avec Nicolas Viovy, on s’intéresse au rôle de la végétation et des sols, aux flux biosphériques, c’est-à-dire aux échanges entre l’air et la terre. On constate les effets bénéfiques du CO2 sur la photosynthèse, donc une croissance favorisée par la température et une meilleure résistance au stress hydrique. Pour mesurer les effets du CO2 sur la végétation, on édifie des tours expérimentales dans la forêt qui diffusent le gaz carbonique sur un périmètre bien délimité. C’est le cas aux Etats-Unis, mais aussi en Chine et au Brésil. On observe une augmentation très rapide de la croissance avec un doublement de CO2. Mais il faut pour cela un minimum d’azote (oxydes d’azote de l’air) et de phosphore dans le sol.

 

Le CO2 est donc bénéfique pour la végétation. Le réchauffement prolonge la saison de végétation dans le Nord. Le dégel du permafrost dégage du CO2 en plus. Il faut aussi tenir compte des feux, qui ont un puissant impact. Le carbone terrestre est aussi transporté par les rivières. Mais la plus grande masse est sédimentée avant d’arriver à la mer.

 

Le méthane est produit pour moitié dans les zones tropicales inondées, et pour moitié par les activités humaines comme les mines de charbon et surtout l’élevage. Le méthane peut être « nettoyé » par les hydroxydes (OH), un élément très puissant mais en quantité infime.

 

Une question est posée sur l’agriculture bio, qui serait la solution. « Pas forcément, répond Philippe Ciais. Au mètre carré cultivé, oui, mais il faudra beaucoup plus de surface. » Il observe qu’il faut dix fois plus de surface pour les protéines animales que pour les protéines végétales.

 

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