Robert Barbault, écologue engagé

C’est difficile à admettre, mais Robert Barbault vient de disparaître.

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par Anne Teyssèdre, écologue et médiatrice scientifique, et Denis Couvet, Directeur du Département d’Ecologie du MNHN

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AT Robert-B 05-2007
Robert Barbault – photo Anne Teyssèdre

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Engagé depuis près de cinquante ans dans la recherche en écologie et sciences de la biodiversité, puis dans l’enseignement et les politiques scientifiques dans ces domaines, ainsi que dans la diffusion des connaissances et la sensibilisation du grand public aux enjeux de la crise actuelle de biodiversité, Robert est une figure majeure de l’écologie.

 

Scientifique érudit et éclairé, déterminé à ouvrir l’écologie à tous les domaines de la biologie et aux sciences de l’Homme, il a largement contribué depuis trente ans à l’orientation des recherches en sciences de la vie, à la maturation des idées et aux convergences fructueuses entre disciplines liées à la biodiversité. Directeur et conseiller avisé, voire mentor pour certains (beaucoup ?) d’entre nous, il a encouragé nombre d’étudiants et chercheurs qui souhaitaient s’investir dans l’écologie et la biodiversité, les aidant souvent à emprunter des chemins de traverse inexplorés, qui menaient quelque part.

 

Voici en quelques paragraphes un résumé de son parcours scientifique et professionnel.

 

Premiers pas d’un chercheur en écologie

 

En mai 1964, titulaire d’une licence de zoologie, Robert rejoint l’équipe du Professeur Maxime Lamotte pour une mission d’étude écologique en Côte d’Ivoire. C’est pour lui la découverte de l’écologie de terrain et de la recherche.

 

Cette mission étant renouvelée, Robert explore pendant plusieurs années les réseaux trophiques, les stratégies biodémographiques des populations de reptiles et d’amphibiens de Lamto. Ses recherches le conduisent à un doctorat d’Etat en 1973… et à une première interrogation sur le regard porté par les populations locales, les Baoulés, sur cette station de recherche.

 

Des responsabilités scientifiques croissantes

 

Robert aura ensuite des responsabilités scientifiques croissantes, avec la mise en oeuvre de recherches, la construction et la direction d’équipes, de laboratoires, de programmes nationaux et internationaux, dans le domaine de l’écologie des populations et des peuplements dans un premier temps, puis plus largement dans le domaine plus large de l’écologie et de la biodiversité.

 

Il assume de très nombreuses et lourdes charges scientifiques, au CNRS – responsabilité du secteur écologie-évolution-environnement, directeur-scientifique, président de la section d’écologie, à l’UPMC – , où il a longtemps dirigé le laboratoire d’écologie, au Muséum, avec la direction du département Ecologie et Gestion de la Biodiversité.

 

Il jouera un rôle considérable dans l’émergence d’une écologie scientifique française qui se situe maintenant au meilleur niveau, oeuvrant notamment au lancement de la revue Ecology Letters.

 

L’écologie, une science d’action

 

Parallèlement, puis en synergie avec ses activités scientifiques, ses interrogations ont porté sur l’éco-développement (développement durable) des sociétés, la préservation de la biodiversité, les relations science-société.

 

Avec tout d’abord des études menées dans les réserves de biosphère du Mexique dans les années 70, puis un investissement dans le programme Diversitas aux côtés de Francesco di Castri dans les années 90. C’est aussi la direction du MAB-France, auquel il a donné un essor scientifique notable. Il a ainsi largement contribué à l’émergence de la biodiversité à l’échelle internationale. Un de ses efforts a été aussi, en tant que responsable scientifique au CNRS, de développer une écologie à l’interface entre les sciences de la Nature et de l’Homme.

 

Science et conscience écologique

 

Pour l’ensemble de sa carrière scientifique, il avait reçu récemment le grand prix de la Société Française d’Ecologie. Mais par delà sa carrière scientifique, Robert travaillait aussi à développer une conscience écologique auprès du grand public. Ce qui l’a amené à publier de nombreux ouvrages à destination du plus grand nombre, comme Un éléphant dans un jeu de quilles en 2006, ou La vie, quelle entreprise ! en 2010 (avec Jacques Weber, un ami anthropologue-économiste), ainsi qu’à proposer, superviser et soutenir divers projets de diffusion au Muséum (ex : co-édition du livre collectif Biodiversité et Changements globaux en 2004 ; supervision du film Nature en STOC en 2006).

 

Dans ce dernier domaine de la diffusion scientifique, il a depuis 2010 écrit plusieurs Regards sur la biodiversité pour la plateforme éponyme de la SFE (http://www.sfecologie.org/regards/ ) et d’autres articles de vulgarisation. En 2012, il a participé comme intervenant et conseiller scientifique à la réalisation d’une série vidéo sur la MAB : L’Homme et la Biosphère, c’est tout un programme ! (série en ligne sur les sites web du MAB France et sur la plateforme d’e-learning du Muséum.)

 

Robert 2012 serieMAB
Robert Barbault – photo D.R.

 

Cet été puis cet automne, malgré la maladie, il s’est plongé dans l’écriture d’un livre sur les multiples relations entre humains et nature – qui sera malheureusement le dernier. A nous de suivre son exploration scientifique et humaine, d’en comprendre les enjeux, et d’amplifier sa démarche vers une écologie de la réconciliation.

 

 

Merci Robert !

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