Après Rio+20 : le temps, une ressource en voie d’épuisement

 


par Sophie Chapelle
 

Tous se sont contentés de reconnaître, de constater, d’être conscient ou de prendre acte. Arrivés le 20 juin à Rio, aucun des chefs d’État et de gouvernement n’a eu le courage de rouvrir un texte adopté la veille par l’ensemble des négociateurs afin de lui donner plus d’ambitions.

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Résultat, c’est un texte qualifié ici de « faible », là de « mou », souvent de « vide » qui sort de ce sommet. Le véritable, et inquiétant, enseignement de cette conférence, c’est que ses maigres résultats affaiblissent encore un peu le multilatéralisme : la capacité des États de discuter et de répondre ensemble et pacifiquement aux problèmes du monde. Dans leur phase finale, les négociations n’ont pris en compte que les intérêts particuliers des Etats ou des questions géostratégiques ou économiques.

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L’accord table par exemple sur une limitation de la hausse de la température mondiale moyenne à 1,5 °C, de quoi rassurer les petits États insulaires (Alliance of Small Island States), directement menacés par la montée des océans provoquée par les dérèglements climatiques. Mais à côté, aucun objectif collectif pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre, ou même pour restreindre les subventions aux énergies fossiles ou davantage taxer les carburants – ce qui aurait mécontenté les États-Unis – n’a été fixé. Quant à une taxe sur les transactions financières qui pourrait permettre de financer la transition écologique, elle n’y figure tout simplement pas. Pas un mot non plus sur l’offshore profond au moment où les grands groupes pétroliers forent de plus en plus profond pour extraire du pétrole, multipliant les risques d’accidents et de marées noires.

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La conférence de Rio+20 n’est donc en rien sortie des logiques qui rythment le monde actuel, et en aggravent les crises. En ce sens il s’est bien passé quelque chose à Rio, comme le relève notre confrère du Monde, Hervé Kempf : la victoire de l’idéologie croissantiste sur l’approche écologiste. Avec 24 occurrences dans la déclaration finale, le terme croissance triomphe. La déclaration finale mentionne aussi l’économie verte comme l’une des voies pour promouvoir le développement durable, précisant qu’elle constitue tout ce qui ne doit pas enrayer le commerce. En clair : le business continue de passer avant la protection de l’environnement. Comme si l’on pouvait créer des emplois sur une planète morte.

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A 50 km de là, le Sommet des Peuples a rassemblé durant une semaine plusieurs dizaines de milliers de citoyens autour d’ateliers thématiques puis d’assemblées plénières. Sous les barnums, les mots « souveraineté alimentaire » et « justice sociale et écologique » ont largement emporté l’adhésion. Le sommet alternatif s’est clôturé par une déclaration finale se prononçant clairement contre l’économie verte comprise comme une nouvelle phase du capitalisme financier étendu à la nature.

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Deux mondes se font face qui ne partagent manifestement ni la même langue, ni les mêmes intentions.

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Pendant ce temps-là, un clignotant est au rouge. On le nomme « biodiversité ». On n’y trouve nulle référence dans le chapitre sur l’économie verte. Pourtant, 40 % de l’économie mondiale repose sur l’utilisation de cette diversité biologique. On nous renvoie à la 11e réunion de la Conférence des Parties de la Convention sur la diversité biologique en Inde, en octobre prochain. Le temps est lui aussi une ressource naturelle en voie d’épuisement.

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.Cet éditorial, comme tous ceux de ce site, n’engage que son auteur.

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