Dialogue entre Michel Sourrouille, membre des JNE, et Alain Deshayes, généticien, membre fondateur de l’AFBV (Association des Biotechnologies végétales) – 1ère partie

Voici un dialogue entre Michel Sourrouille, membre des JNE, et Alain Deshayes, généticien, membre fondateur de l’AFBV (Association des Biotechnologies végétales).

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Michel Sourrouille : Alain, j’ai assisté à Paris à la conférence de presse de Vandana Shiva le 19 octobre 2011. Cette militante présentait A Global Citizen Report on the State of GMO. Lors de cette conférence, Vandana a dénoncé les contre-vérités de la bio-ingénierie (voir compte-rendu ici). En tant que spécialiste des OGM, qu’en penses-tu ?

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Alain Deshayes : j’ai lu ton texte avec attention, et tu ne seras pas étonné si je te dis qu’il m’a « irrité » ! Je connais effectivement Vandana Shiva pour ses engagements anti-OGM. Comme nombre de ses congénères, elle a dit beaucoup de contre-vérités sur les OGM, les deux principales étant que les variétés de coton BT n’apportaient en Inde aucune amélioration de rendement et que le coton Bt étaient responsables des suicides de paysans indiens.

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Michel Sourrouille : le coton Bt est efficace pour détruire une noctuelle, permettant ainsi à une niche écologique de se libérer. Comme la nature a horreur du vide, les miridés (ou punaises) deviennent une infection. On ne sait pas encore si les bénéfices sur l’exploitation du coton n’ont pas été effacés par les dégâts occasionnés sur les autres cultures.

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La responsabilité des suicides de paysans en Inde repose historiquement sur la révolution verte des années 1970 (semences à haut rendement), mais les OGM en reproduisent aujourd’hui causes et conséquences. Les variétés de semences « améliorées » sont traitées avec des engrais et des pesticides synthétiques. Ces intrants sont coûteux et ces semences doivent être fréquemment remplacées ; c’est inabordable pour la petite paysannerie.

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Alain Deshayes : j’ai moi-même, dans des conférences et dans des articles, souligné que les raisons politiques qui avaient été à l’origine de la « révolution verte » avaient conduit à certaines erreurs. Mais il est incontestable qu’à partir de 1960, les rendements ont augmenté et amélioré les conditions de vie de nombreux paysans…… qui auraient pu passer au communisme !

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Michel Sourrouille : la remarque sur le « communisme » est intéressante. Vandana Shiva l’écrit et répond : « Cela s’est appelé la révolution verte, par opposition à la révolution rouge qui se répandait en Inde, venant de Chine ». Les Américains se sont dit : « Diffusez les produits chimiques et vous éviterez le communisme . Malheureusement ces produits coûtaient cher et nuisaient à l’environnement. Tout cela s’est révélé au bout de dix ans, si bien qu’au lieu d’être en paix et de profiter de la prospérité, les jeunes ont connu une nouvelle pauvreté et pris les armes. Après la répression très violente par les forces militaires contre les insurgés, on ne pouvait plus prendre son fusil ; alors les agriculteurs ont commencé à boire les pesticides pour mettre fin à leurs jours. »

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Alain Deshayes : la culture d’une nouvelle variété végétale, « améliorée », est souvent associée à une pratique culturale nouvelle également ; et on a constaté en Inde ce qui se passe dans beaucoup de pays, à savoir que les potentialités génétiques ne sont véritablement et complètement exprimées que si les pratiques agricoles adaptées sont respectées.

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Michel Sourrouille : cela voudrait dire que les paysans n’appliquent pas les consignes qui leur sont imposées par les semenciers : à production alimentaire industrialisée, pratiques standardisées. Tout est lié, brevetage, génie génétique, concentration économique et dépendance des paysans. Nous préférons dire que les « potentialités génétiques sont véritablement et complètement exprimées » quand et seulement quand des centaines d’années de sélection des semences par les paysans locaux ont permis d’atteindre un niveau de symbiose le plus grand possible entre une plante et son milieu particulier de vie. Cela, les industriels de variétés végétales « améliorées » ne savent pas faire.

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Alain Deshayes : il y a un a priori que « toi et les tiens » seraient les seuls à se poser les bonnes questions et que « moi et les miens » ne seraient que des individus pervers incapables de se poser la question de l’intérêt général ! Les uns partent de l’a priori que toute action de l’Homme dans la nature ne peut être, intrinsèquement, que néfaste, les autres pensent que l’Homme peut utiliser son savoir pour vivre dans et par cette nature, et qu’il peut corriger ses erreurs.

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Michel Sourrouille : nous ne pouvons prêter aux autres nos propres sentiments. Les sentiments ne sont jamais tout blancs ou tout noirs. Il y a des techniques douces, douces à l’Homme et à la Nature, d’autres qui le sont beaucoup moins.

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Ce dialogue a été publié dans la rubrique chronique d’abonnés du site du Monde. Bientôt la suite !

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