Gaz de schistes: vers un crime écologique majeur ?


..par Danièle Boone

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Au moins 10 000 personnes (chiffre de la police) ont participé à la manifestation ardéchoise du 26 février 2011. Les permis d’exploitation des gaz de schistes octroyés par nos gouvernants en catimini donc, sans avoir consulté ni même pris la peine d’informer les élus, sont une insulte à la démocratie. Les interrogations des quelque 20 000 personnes (chiffre des organisateurs) à s’être déplacées sont totalement légitimes. En effet, on a le devoir de se demander pourquoi Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l’Ecologie, ne publie pas la liste complète de tous les permis concédés ? Pourquoi la mission d’expertise n’a pas été décidée avant l’octroi des permis ? Pourquoi a-t-elle été confiée à ceux qui ont lancé le programme ? Pourquoi la liste des produits chimiques utilisés ne peut pas être communiquée ? Pourquoi le secret professionnel qui protège les industriels devrait être maintenu puisqu’il s’agit de la santé potentielle de milliers d’individus ? Cette liste de « pourquoi » n’est pas exhaustive.

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Les JT ont tant de matière à se mettre sous la dent ces temps-ci que ce vrai scandale est presque passé sous silence ! Plus, les exactions du dictateur Kadhafi et la crise pétrolière qui se profile, avec la peur du manque bien orchestrée, servent ceux qui se préparent à un crime écologique majeur. Le film Gasland, nominé mais, hélas, non primé à Hollywood, montre pourtant clairement l’étendue du désastre qui nous attend si nous n’arrivons pas à gagner cette bataille essentielle. Le récent article publié par le New York Times ouvre un nouveau volet (lire ici son analyse en français sur le blog Planète 89). L’enquête révèle que l’eau rejetée par une majorité des puits contient non seulement des molécules cancérogènes et mutagènes, mais qu’elle est aussi radioactive. Et tout cela peut se retrouver dans les nappes phréatiques. Ce n’est certainement pas un hasard si la ville de New York a obtenu un moratoire par crainte d’une pollution irréversible de l’eau potable qui alimente la ville. Deux ans ont été jugés nécessaires pour étudier les conséquences écologiques et sanitaires de cette exploitation non conventionnelle, mais chez nous, nos gouvernants prétendent qu’en seulement six mois, ils auront une réponse claire. Mais de qui se moque-t-on ?

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Pour rappel, la technique de la fracturation hydraulique provoque une explosion de la roche par l’injection à très haute pression de millions de litres d’eau additionnés à des produits chimiques très puissants et très nocifs. On crée en quelque sorte un mini-tremblement de terre. Une manipulation géologique d’une telle ampleur ne peut pas être sans conséquence. Cela relève du bon sens, mais nos gouvernants à travers NKM, leur porte-parole, nous assurent de la maîtrise des industriels qui rendraient sans danger la méthode. On pourrait rire de ce jeu de rôles déplorable si les enjeux n’étaient pas si graves. La vigilance s’impose. Pourtant, à part quelques personnalités bouillonnantes comme José Bové ou plus réservées mais non moins engagées comme Pierre Rabhi, les écologistes montent peu au créneau. La perspective de voir leurs paysages défigurés par des milliers de puits, de perdre la manne touristique et d’avoir à gérer des problèmes sanitaires énormes motivent davantage les élus locaux. Toutes les régions, à l’exception de l’Alsace, ont, à ce jour, demandé le retrait des permis.

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L’échéance de la présidentielle de 2012 pourrait paraître une aubaine, mais elle est à double tranchant. D’un côté, on peut espérer pouvoir faire pression, mais par ailleurs, les principaux intéressés semblent vouloir solder le dossier au plus vite. L’opacité qui entoure l’affaire n’est pas de bon augure. Quelles en sont les arcanes secrètes ? Peut-on avoir la naïveté de croire à une pure coïncidence au vu du nom de certains acteurs fondamentaux comme le vice président de Toreador, la société qui a obtenu les permis dans le bassin parisien, un certain Julien Balkany, frère de Patrick, l’ami intime du Président. Bien d’autres étonnants hasards ont été relevés, notamment par notre confrère Fabrice Nicolino (JNE), qui publie au jour le jour sur son blog Planète sans Visa l’avancement de son enquête et la synthèse des informations dévoilées de toute part.

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Nous sommes en pleine oligarchie comme l’a démontré Hervé Kempf (lire ici son édito pour le site des JNE). Mais chez les Grecs après l’oligarchie, il y a la tyrannie, une probable tentation pour le chef du gouvernement. Mais l’autre côté de la Méditerranée nous montre que le peuple peut toujours reprendre le pouvoir. Nous sommes donc à la croisée de tous les possibles, politique, économique, mais côté écologique, nous n’avons plus le droit à l’erreur. L’exploitation des gaz de schistes qui nous assurerait une petite cinquantaine d’années d’autonomie énergétique (c’est à voir) détruirait à jamais la vie – humains, animaux et plantes. Peut-on hésiter ?

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Cliquez ici pour signer la pétition « Gaz de schiste, non merci »

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L’oligarchie, ça suffit, vive la démocratie ! de Hervé Kempf (JNE) est paru aux éditions du Seuil

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Cet éditorial, comme tous ceux du site des JNE, n’engage que son auteur.

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