Roger Cans

Une conférence au Mans sur la pollution lumineuse

A l’initiative de Sarthe Nature Environnement, le secrétaire général de l’Association nationale pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes, Pierre Brunet, est venu donner une conférence le 18 novembre 2016 à l’ENSIM (Ecole nationale supérieure d’ingénieurs du Mans) pour présenter les divers aspects de la pollution lumineuse.

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par Roger Cans

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ANPCEN-LOGO Bandeau_violet.epsLes premiers à dénoncer les méfaits de la pollution lumineuse ont été les astronomes, gênés dans leurs observations par des ciels trop éclairés. Mais ce sont aujourd’hui les naturalistes qui s’en plaignent, en constatant les méfaits de l’éclairage public sur la faune sauvage aux habitudes nocturnes. « La nuit, c’est la moitié de la vie », dit-on à juste titre. En effet, une bonne part de la faune sauvage s’active durant la nuit, et notamment à l’aurore et au crépuscule. Les réverbères allumés la nuit attirent les insectes, complètement déroutés de leurs parcours habituels, et les insectes attirent à leur tour les chauves-souris, elles aussi déroutées.

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Pierre Brunet présente alors des images tournées à New York au-dessus de Ground Zero, où deux projecteurs verticaux attirent les oiseaux migrateurs, complètement déboussolés. Il montre aussi les ponts de Lyon, inondés de lumière toute la nuit par des projecteurs. Il cite un fait peu connu : aux Pays-Bas, les serres ne peuvent s’allumer qu’à minuit pour ne pas gêner les riverains. Mais elles diffusent alors une lumière qui perturbe la vie de bien des animaux nocturnes. Il rappelle que la pêche au lamparo, très pratiquée à travers le monde, provoque chaque fois un afflux anormal de poissons qui facilite les pêches miraculeuses. La lumière naturelle, comme le clair de lune, régule les migrations verticales du plancton dans l’océan et la reproduction des coraux dans les eaux tropicales. Mais toute lumière artificielle perturbe ces cycles naturels et compromet parfois gravement la vie des animaux.

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Le conférencier évoque alors la trame verte et bleue, instaurée lors du Grenelle de 2010, et la loi sur la biodiversité promulguée l’été dernier. Cette loi ne comporte qu’une phrase sur la pollution lumineuse, en fin de paragraphe, comme pour mémoire, mais sans le moindre détail. A l’aide de cartes qui présentent les zones lumineuses de la Sarthe et les régions préservées, comme dans le Perche, il propose de mettre en œuvre une politique de corridors biologiques qui permettent aux animaux nocturnes de se déplacer sans « barrières lumineuses ».

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Et l’on aborde alors l’éclairage public, qui est de la compétence exclusive du maire. Mais ce sont les vendeurs de matériel qui emportent presque toujours la décision. Il existe une panoplie de réverbères, lampadaires et luminaires de toutes formes et de toutes puissances, mais les communes se laissent trop souvent forcer la main. Lorsque la commune décide de supprimer les lampadaires boules, qui éclairent le ciel, ils adoptent aujourd’hui les réflecteurs à LED, qui diffusent une lumière blanche très violente. Pierre Brunet présente alors des photos de l’éclairage public en Autriche et en Allemagne, beaucoup plus faible qu’en France.

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Dans beaucoup de communes, on revient maintenant à l’extinction des feux durant la nuit, et même à aucun allumage durant l’été, lorsque le jour est beaucoup plus long que la nuit. Les statistiques de la gendarmerie sont formelles : l’extinction des feux n’a aucune incidence sur les délits et diminue les accidents de circulation. On roule moins vite dans le noir.

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Le scandale de Notre-Dame-des-Landes

Après le Larzac, Plogoff, Serre de la Fare, voici maintenant Notre-Dame-des-Landes. Même combat. Même entêtement des promoteurs, qui veulent absolument se lancer dans une vaste opération immobilière et un équipement surdimensionné par rapport aux besoins réels.

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par Roger Cans

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non-landesLe projet, qui remonte au temps du Concorde, n’a plus de raison d’être. Déplacer un aéroport du centre-ville dans le bocage est une aberration pour la clientèle, déjà habituée au TGV. Un aéroport commun à Nantes et Rennes ? C’est une farce. Le TGV va aussi arriver prochainement à Rennes.

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Les habitants de Nantes en ont assez de voir passer les avions. Et alors ? Les habitants de Choisy-le-Roi et de Palaiseau en voient passer beaucoup plus avec la plate-forme d’Orly, très bien reliée à la capitale. J’ai habité Nice, où l’aéroport de la Côte d’Azur est depuis longtemps le deuxième aéroport international de France. Les habitants de Nice, notamment dans le quartier de la Californie, sont aux premières loges pour le bruit des avions. Mais ils savent que l’aéroport est vital pour l’économie de la ville et ils s’en accommodent. De toute façon, il est impossible de transférer les pistes ailleurs, dans la montagne. Mais, comme le trafic aérien a décuplé, il a fallu agrandir l’aéroport. Et l’on a alors décidé de construire une nouvelle piste en pleine mer, moyennant un apport colossal de matériaux pour combler la fosse méditerranéenne – ce qui n’a pas été sans mal.

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A Nantes, il n’y a pas de fosse marine. Agrandir l’aéroport ne pose aucun problème technique. Mais la municipalité espère récupérer des terrains avec le transfert de la plateforme à une quinzaine de kilomètres de là, dans des prairies humides peu favorables à des pistes d’atterrissage. Comme il n’y avait pas d’urgence (on est loin de la saturation à l’aéroport de Nantes), les choses ont traîné, jusqu’à ce qu’une conjoncture politique favorable se présente : le maire de Nantes nommé premier ministre d’un gouvernement de gauche. D’où la relance d’un projet mille fois examiné, reporté et réexaminé.

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La France, depuis le plan Marshall et l’installation du quartier général de l’OTAN (le SHAPE), en 1949, est dotée d’une multitude de plateformes aéroportuaires, souvent transformées en terrains militaires dormants ou en parkings utilisés pour les grands rassemblements gitans. Chez nous dans la Sarthe, l’aéroport du Mans ne sert plus qu’à accueillir – à grands frais – des avions privés de plus en plus rares. Même La Flèche a son aérodrome, utilisé pour les sports aériens. Les pistes peu fréquentées abritent une flore intéressante, dans la mesure où l’aérodrome n’est qu’un terrain d’atterrissage enherbé.

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Dans une région où l’on construit la ligne à grande vitesse Le Mans-Rennes, où l’on a tracé une autoroute (A 28) pour relier Caen à Tours, on nous demande maintenant de participer au financement d’un équipement ruineux, inutile et même nuisible à l’environnement, au profit du transport aérien ! Trop, c’est trop. Le gouvernement, à quelques mois d’une échéance électorale décisive, ne va tout de même pas se donner le ridicule d’évacuer manu militari les défenseurs de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

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Même Mitterrand avait compris en 1981 qu’il fallait renoncer à des projets contestés – à juste titre – et il avait mis un terme au long combat du Larzac (dix ans) et au projet de Plogoff, qui aurait défiguré la Pointe du Raz, aujourd’hui devenue Grand site de France. Son gouvernement avait aussi renoncé au barrage de Serre de la Fare, qui devait engloutir 14 kilomètres des gorges de la Loire, « dernier fleuve sauvage d’Europe ». Que le gouvernement abandonne maintenant, pendant qu’il en est encore temps, le stupide projet de Notre-Dame-des-Landes.

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Ménigoute 2016

Comme chaque année, un détour par Ménigoute (Deux-Sèvres) pendant les vacances scolaires de la Toussaint, apporte son lot de bonnes surprises naturalistes. Le 32e Festival international du film ornithologique (FIFO), à cet égard, nous a gâtés.

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par Roger Cans

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affiche-fifo2016-webOutre un soleil automnal insolent, propice aux sorties de terrain, le programme comportait cette année la projection de 35 films (plaignons les membres du jury !), avec des séances le matin (nouveau), l’après-midi et en soirée. Pas d’invité de marque cette année, mais une abondance de stands, expositions, projections et conférences, où chacun a pu trouver son miel, dans cette atmosphère de franche convivialité propre à ce festival.

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Sans tenir compte du palmarès final, je retiendrai ici les séquences qui m’ont le plus accroché parmi la vingtaine de films que j’ai pu voir. Ainsi le film néerlandais Kestrel (faucon crécerelle) qui met en scène une histoire simple avec de superbes images. Une femelle crécerelle est capturée sur l’aéroport d’Amsterdam Schipol, où les rapaces envahissent les pistes à la recherche des campagnols, qui pullulent comme chez nous les lapins à Roissy. L’oiseau est transporté dans une ferme isolée, dotée d’une grange de briques déjà occupée par une chouette effraie. Mais si le faucon et la chouette sont concurrents pour le menu (les campagnols), ils ne chassent pas en même temps. Comme les hirondelles et les chauves-souris alternent pour la chasse aux moustiques. Un couple de faucons crécerelles se forme donc et pond quatre œufs, qui deviennent vite des oisillons exigeants. Il faut donc multiplier les sorties pour rapporter mulots et campagnols.

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Survient une période d’intempéries, qui rend le nourrissage problématique : les rongeurs ne sortent plus de leurs terriers. Même les nids d’hirondelles de fenêtre, pourtant bien à l’abri des rebords du toit, sont partiellement détruits par les rafales de pluie. Les faucons se rabattent sur les vers de terre… et les hirondelles, maigre pitance. Heureusement, le beau temps revient et les quatre petits faucons vont survivre et prendre finalement leur envol, non sans hésitations. Des moments de grâce avec une faune pourtant très commune, mais filmée avec art et talent.

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Un film suisse intitulé Instants sauvages passe de la grâce ailée à la violence du rut des chamois, qui se traduit par une folle poursuite dans la neige et les rocs de deux boucs concurrents, durant quatre minutes. On découvre ensuite le brame du cerf à plus de 2.000 m d’altitude, qui confirme que ces ongulés à grande ramure ne sont pas à l’origine des animaux forestiers, mais plutôt des herbivores de landes et savanes, bien dégagées pour la course.

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Une très belle surprise : un film chinois qui nous fait découvrir une région reculée du Yunnan, inaccessible aux touristes, dans les hautes vallées du Mékong et du Yang Tsé, dont les forêts montent à plus de 4.000 m d’altitude, adossées au plateau tibétain. Dans ces forêts perdues aux confins du pays vivent des groupes de singes qui supportent les pluies tropicales de mousson et les neiges de l’hiver en haute montagne. Ces rhinopithèques ont de grands yeux noirs dans une fourrure blanche, avec un nez en creux formé par deux narines bleues ou vertes. Les jeunes opérateurs chinois ont payé de leurs personnes pour suivre ces petits singes à longueur de saison et nous révéler leur vie de famille, très attachante.

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Je passe sur les films à grands fauves, où les crocodiles disputent le cadavre d’un buffle à des lions, et où les hyènes, par leur nombre, finissent par déloger les lions et s’attribuer leur proie. Une sauvagerie aujourd’hui bien connue. Et je reviens à deux petits films charmants, l’un, écossais, qui fait découvrir, sans un mot de commentaire, la vie du cincle plongeur, et l’autre, suisse, qui suit des nuages de pinsons du nord en migration. Le cincle plongeur, ou merle d’eau, est l’un des rares oiseaux terrestres capables de plonger sous l’eau des torrents pour manger et d’en ressortir parfaitement secs. Quant aux pinsons du nord, insectivores durant l’été dans les forêts boréales, ils descendent vers le sud à l’automne pour se nourrir de graines durant l’hiver. Et c’est ainsi que les ornithologues suisses ont eu la chance, l’automne dernier, d’accueillir des millions – oui, des millions—de ces petits passereaux en migration, attirés par les hêtraies des montagnes du Jura, très riches en faînes. Les opérateurs suisses ont pu suivre ces Nuages nomades (le titre du film) où les pinsons, par millions, sillonnent le ciel en tous sens à la manière des bancs de poissons. Ces vols stupéfiants, aux circonvolutions imprévisibles, s’achèvent dans des arbres dortoirs où les oiseaux se reposent pour la nuit, serrés les uns contre les autres. Des scènes sidérantes, que certains ont déjà vu en France et en Allemagne, et d’autre encore ailleurs, mais qui n’avaient jamais été filmées avec ce soin et cette attention de chaque instant.

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Cousteau and sons

L’Odyssée, le récent film sur Cousteau, souligne une vérité du personnage : il n’est devenu protecteur de la planète que sur le tard, à 62 ans, après une expédition en Antarctique en 1972 qui l’a positivement fasciné.

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par Roger Cans

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208_343322Son fils Philippe, c’est vrai, avait essayé de le tirer plus tôt vers la protection de la nature, quitte à sacrifier les goûts du grand public pour l’anecdotique, mais en vain. Cousteau savait ce que demandait la télévision américaine, et il n’hésitait pas à privilégier des montages très personnels pour satisfaire la demande générale, plutôt que de prêcher pour la protection des requins ou des baleines. En outre, il faut l’avouer, Philippe avait surtout le goût de l’aviation, comme son père à l’origine, ce qui n’est pas en soi une démarche écologique.

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C’est donc bien l’Antarctique, où il était avec ses deux fils, qui a converti Cousteau à la croisade écologique. Le film L’Odyssée, centré sur la mort de Philippe, le fils préféré, s’ouvre et s’achève sur l’accident d’avion qui lui a coûté la vie lors d’un survol de l’estuaire du Tage, au Portugal. Du coup, le film occulte le fils aîné Jean-Michel, réduit à une très pâle figuration. C’est un parti pris du réalisateur, parfaitement légitime, mais il faut quand même rappeler que les deux fils ont joué un rôle important dans la plupart des expéditions Cousteau, le remplaçant même souvent en son absence sur le bateau.

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Lors d’une grande expédition aux antipodes en 1968, via la Mer Rouge, Madagascar et l’Afrique du Sud, c’est Jean-Michel qui mène la barque. Le commandant est resté à terre, toujours à la recherche de nouveaux contrats, de nouvelles opportunités et de nouvelles trouvailles techniques. Philippe est en Californie avec l’Américaine qu’il vient d’épouser. Et Jean-Michel, chargé de la logistique, prépare les escales de la Calypso. C’est alors lui qui pousse l’équipe de tournage à aller filmer dans les mines de diamant. C’est donc à son fils aîné que Cousteau le marin doit l’idée de filmer aussi à terre, et donc de se lancer plus tard dans l’exploration des grands fleuves.

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Jean-Michel Cousteau

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Après la mort de Philippe, Jean-Michel ne quitte plus son père, et ils feront un tandem très performant. Sur tous les documents, affiches et couvertures de livres, le père et le fils apparaissent ensemble, duo emblème de l’écologie planétaire. Pour couronner cette démarche commune, Jean-Michel, architecte, est chargé de concevoir le « Parc océanique Cousteau » du Forum des Halles à Paris, inauguré en grande pompe en 1989 par le Président Mitterrand et le Premier ministre Michel Rocard. Mais le parc fait un flop, imputable à la fois au père et au fils : le père, qui ne voulait pas d’animaux vivants, conformément aux nouveaux canons de l’écologie, et le fils qui a accepté de concevoir un lieu de curiosité océanographique dans un souterrain minuscule, où l’on ne trouve que des écrans de télévision montrant le commandant avec son bonnet rouge et des boutiques souvenirs où l’on vend des peluches.

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Après le sommet de la Terre de Rio, en 1992, qui consacre Cousteau « Captain Planet », Jean-Michel rompt avec son père, remarié avec une ancienne hôtesse de l’air. Installé aux Etats-Unis, il prend la tête de la « Cousteau Society » et multiplie interventions et conférences, au nom de son père. Cela a le don d’irriter le commandant et sa nouvelle femme Francine, qui s’estiment les seuls à représenter les « Equipes Cousteau », le nom de la fondation en France. Mais les Américains ne font pas la différence entre les deux institutions et continuent à vouer un culte à Jean-Michel, qui vit chez eux.

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La rupture définitive entre le père et le fils intervient lorsque Jean-Michel crée un « Cousteau Resort » aux îles Fidji. Le commandant ne supporte pas que l’on utilise son nom pour une opération touristique et commerciale où il n’a aucune part. Il ne pourra pas s’opposer à un « Jean-Michel Cousteau Resort », qui ne fait référence qu’à son fils, libre d’utiliser son nom comme il l’entend. Depuis la mort de son père en 1997, Jean-Michel exploite à fond l’aura planétaire et surtout américaine du commandant, en plaidant pour la bonne cause : la sauvegarde de la planète, comme naguère son frère Philippe. Il a été nommé en octobre 2016 Chairman de l’ONG Green Cross International, succédant à ce poste à Mikhail Gorbatchev.

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Sur le film L’Odyssée, voir aussi la critique de Laurent Samuel.

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« L’Odyssée », ou le mythe de la rédemption du Commandant Cousteau

Sorti dans les salles le 15 octobre 2016, L’Odyssée, film de Jérôme Salle consacré à Jacques-Yves Cousteau, se laisse voir sans déplaisir, grâce à une réalisation efficace et aux interprétations impeccables de Lambert Wilson (le Commandant), Audrey Tautou (sa première épouse Simone) et Pierre Niney (son fils Philippe). Ce long-métrage de fiction a aussi le mérite de ne pas tomber dans l’hagiographie, et de montrer certains « mauvais » côtés de « JYC », comme par exemple son indifférence au sort de deux otaries mises en cage à bord de la Calypso.

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par Laurent Samuel

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arton32487Pourtant, tout en faisant mine de déconstruire le « mythe » Cousteau, L’Odyssée nous en bâtit un autre. Car ce film monte en épingle une brouille survenue au milieu des années 1960 entre JYC et son fils Philippe, ce dernier reprochant à son père de se soucier comme d’une guigne des problèmes d’écologie et de condition animale et d’être uniquement motivé par l’argent, via notamment ses contrats avec la chaîne américaine ABC dont les documentaires font du « Captain Cousteau » une célébrité internationale. Si l’on en croit le film, cette rupture aurait été suivie d’une réconciliation dans les années 1970, Philippe acceptant de travailler avec son père sur une nouvelle série de documentaires, plus « écolos » que les précédents, consacrés à l’Antarctique. Au cours du tournage, le Commandant aurait vu la lumière, et le salaud, indifférent même au décès de son propre père, serait devenu un héros, un capitaine courageux dévoué au sauvetage de la planète en danger. Une rédemption que la mort accidentelle de Philippe en 1979 aurait parachevé, faisant du « Captain Planet » une figure quasi-christique.

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Comme on s’en doute, la réalité est plus nuancée. « JYC » n’a jamais été ni ce méchant intégral dépeint dans la première partie du film, ni ce héros exemplaire loué dans sa deuxième partie. Ainsi que le rappelait notre confrère JNE Yves Paccalet, longtemps membre de l’équipe Cousteau, dans une émission de la Tête au Carré sur France Inter consacrée à la sortie du film, le Commandant s’était ému de la pollution de la Méditerranée dès ses premiers films dans les années 1940, avait participé à une manifestation contre les armes nucléaires au tout début des années 1960, et avait dénoncé dès cette époque les déversements en mer de déchets radioactifs. Il est donc faux de dater des années 70, comme le fait le film, sa « conversion » à l’écologie. Au cours de la dernière partie de sa vie (entre la mort de Philippe en 1979 et la sienne en 1997), sur laquelle L’Odyssée a choisi de faire l’impasse, Cousteau a d’ailleurs continué à concilier son engagement écologiste avec la poursuite d’opérations commerciales pas toujours profitables, ainsi que l’a illustré le gouffre financier retentissant de son Centre océanique dans le Forum des Halles à Paris.

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On regrette aussi qu’à se focaliser sur le conflit avec Philippe, L’Odyssée occulte celui, bien plus documenté (voir le livre de notre confrère JNE Roger Cans, Cousteau : Captain Planet, aux éditions Sang de la Terre) du Commandant avec son autre fils, Jean-Michel. De même, sont rayés du paysage le frère maudit collabo, Pierre-Antoine Cousteau, ancien de Je Suis Partout, mort en 1959, ainsi que sa seconde femme, Francine Triplet, épousée en 1991 après le décès de Simone en 1990, mais avec qui il avait fondé une seconde famille dès 1979, avec la naissance de deux enfants, Diane en 1979 et Pierre-Yves en 1981. La présence dans le film de ces deux personnages controversés aurait-elle risqué de faire tache ?

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En sortant de la salle, on a pensé à la célèbre phrase du film de John Ford, L’homme qui tua Liberty Valance : « Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende ». La légende de Cousteau telle que nous la raconte Jérôme Salle est sans conteste plus séduisante que la réalité du personnage, bourré (comme chacun de nous…) de contradictions et capable du pire ou du meilleur. Alors, ne boudons pas notre plaisir, à condition de ne pas oublier que tout ceci n’est qu’une belle histoire…

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A la rencontre des champignons de culture au Musée du champignon de Saint-Hilaire/Saint-Florent (Maine-et-Loire)

L’association La Salamandre, aujourd’hui basée à Cérans-Foulletourte (Sarthe), a effectué le 10 septembre dernier une sortie dans le Saumurois. Au programme du matin : une visite du Musée du champignon de Saint-Hilaire/Saint-Florent (Maine-et-Loire), avec une jeune guide attachée à notre groupe.

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par Roger Cans

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gal-2215335Nous pénétrons dans une galerie délicieusement fraîche par ce temps de canicule : 12° C et 90 % d’humidité ! Petite laine indispensable. Nous sommes dans une ancienne carrière de tuffeau, où l’on nous explique la technique d’exploitation. Les anciens carriers maniaient le pic pour creuser des saignées autour de la roche à extraire de la paroi, puis ils glissaient des pièces de bois dans les saignées pour les faire éclater en les imprégnant d’eau. Ils arrivaient de la sorte à extraire des masses de plusieurs tonnes, qu’ils faisaient basculer de la verticale à l’horizontale sur des pièces de bois appelées chandelles. La table ainsi extraite était ensuite roulée à l’extérieur pour être découpée à la scie.

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Le tuffeau, calcaire friable et spongieux, n’est pratiquement plus exploité pour la construction. En fait, une seule carrière a été maintenue en exploitation pour restaurer l’ancienne prison de l’abbaye de Fontevraud, classée monument historique. L’extraction du tuffeau se fait aujourd’hui par haveuses, comme pour le charbon.

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Et l’on pénètre dans les galeries dédiées aux champignons. On commence par le plus commun : le champignon de Paris ou rosé des prés. Il est appelé champignon de Paris, car sa culture a commencé autrefois à Paris, dans les catacombes. Le Saumurois a pris le relais avec ses 2.000 km de galeries et le crottin de son Ecole nationale d’équitation (Les Cadets de Saumur). Aujourd’hui, 95 % des champignons de Paris sont cultivés dans le Saumurois. Mais le plus gros producteur est actuellement la Chine (500.000 tonnes), puis les Etats-Unis et le Canada (à peu près autant à eux deux), puis la Pologne et les Pays-Bas, et enfin la France.

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La technique de reproduction se fait par les spores : on découpe le chapeau d’un champignon adulte, que l’on dépose sur une feuille de papier. En 48 heures de « sporée », on obtient jusqu’à 5 millions de spores ! On fait germer les spores en les plaçant dans une boîte de Pétri garnie de gélose, puis on les place sur des grains de blé germé où ils forment leur mycélium. Il ne reste plus qu’à semer les grains de blé couverts de mycélium, à l’aspect de moisissure blanche. On sème dans un terreau à base de crottin de cheval, en provenance des haras, centres équestres, Garde républicaine, etc., auquel on ajoute de l’urine de vache.

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Une question : doit-on ou non cueillir le champignon au couteau ? Surtout pas ! Si l’on veut conserver le champignon au moins trois jours, il faut le prélever entre le pouce et l’index afin de conserver la volve, ce qui donne un « pied terreux ». Si on coupe la tige au couteau, le pied coupé se dessèche très vite et le mycélium resté dans le sol va pourrir avec la volve. Donc plus de champignon à la saison suivante.

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Pour cuisiner les champignons, il ne faut ni les éplucher (pour conserver l’arôme) ni les faire tremper. Le mieux est de les rincer ou de les nettoyer à l’essuie-tout. La guide en profite pour vanter les deux spécialités du coin : la « fouée » et la « galipette », un gros pied de champignon qui a versé (d’où le nom) et que l’on déguste à l’apéritif grillé à l’ail et au persil.

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La culture des champignons a aussi son histoire. On a commencé par la culture sur meules, des alignements de terreau moulés dans des bacs en métal et renversés sur le sol. On semait le blé germé dans le fumier de compost et, au bout de trois semaines de germination du mycélium, on le transférait sur une terre de « gobetage », contenant du tuffeau broyé pour absorber l’humidité. Le champignon était formé en trois ou quatre jours de pousse. Il existe en fait deux champignons de Paris : l’un, très blanc, qui se vend le mieux à cause de sa couleur impeccable, l’autre, « blond » (roussâtre), qui est meilleur mais moins diffusé.

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La culture sur meules au sol obligeait à récolter accroupi, un métier pénible alors réservé aux femmes. On a donc eu l’idée de cultiver le champignon dans des caissons à hauteur d’homme (ou de femme !). Des premiers caissons en bois, qui pourrissaient vite, on est passé aux caissons en métal galvanisé, beaucoup plus durables. Avec un caisson contenant 600 kilos de compost, on obtient 200 kilos de champignons, cueillis en trois ou quatre « volées » (passages de récolte). La terre du caisson est ensuite donnée aux agriculteurs comme engrais organique et le caisson, nettoyé, est laissé vide durant trois mois (vide sanitaire).

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Aujourd’hui, les petits producteurs cultivent le champignon de Paris dans des sacs plastiques ouverts, contenant 35 kilos de compost, ce qui donne 8 kilos de champignons. Mais l’essentiel de la production se fait maintenant dans des hangars climatisés, avec caissons superposés.
Un nouveau champignon de culture est le « pied bleu », très élégant mais plus fragile. Un caisson de 600 kilos de compost ne donne que 40 kilos de pieds bleus. Ce champignon haut de gamme, qu’il faut cuire au moins vingt minutes, est expédié à Rungis pour l’exportation et les restaurants. Une autre nouveauté est le Shii-Také (champignon d’arbre en japonais), appelé en français « lentin de Saint-Pol ». Les essais d’implantation dans l’écorce de billots de chêne ont été abandonnés, car il fallait attendre trois ans pour voir apparaître le premier champignon ! Aujourd’hui, sa culture est pratiquée dans des ballots d’écorce compactée, qu’il faut suspendre et secouer pour déclencher la pousse, comme au Japon avec les tremblements de terre. Le champignon apparaît au bout de trois mois et non plus trois ans. Le shii-také, dont on fait de la bière, a des vertus médicinales. C’est un anti-cholestérol et un antirides exploité par Yves Rocher.

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La visite se termine sans la guide, le long de galeries d’exposition très riches. Il y a la salle des pleurotes, ce champignon lui aussi cultivé sur bois et commercialisé. Il en existe trois sortes : le gris (le plus courant), le jaune (très lumineux) et le rose, qui vient d’Asie, mais est caoutchouteux et ne sert donc qu’en décoration. On cultive aussi le ganoderme luisant sur des blocs de sciure de bois compactée. En France, c’est pour le décor, mais en Asie, on le broie pour faire des infusions supposées conserver jeune. On cultive aussi le coprin chevelu, que l’on trouve partout sur les bords de route ou les talus bien exposés. Ce champignon peut se croquer cru lorsqu’il est encore fermé, mais il n’est plus comestible lorsqu’il est trop ouvert et devient de l’encre. Consommé avec de l’alcool, il provoque des palpitations, voire des hallucinations.

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Les dernières galeries présentent tous les champignons de France, en moulages ou inclusions sous plastique, classés par familles. Une belle réalisation qui vaut la visite.

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A la découverte de l’arboretum de Grignon

Le « triangle botanique » de Grignon nous livre quelques-uns de ses secrets.

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par Roger Cans

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Arboretum de Grignon @ DRAC IDF

En ce samedi 4 juin 2016, sous ciel couvert, nous commençons par aller visiter le « triangle botanique » de Grignon, c’est-à-dire l’arboretum. Créé en 1873 par un professeur de l’Ecole, Pierre Mouillefert, cet arboretum devait compléter la collection du parc de Chèvreloup, en bordure du parc de Versailles. Le professeur Mouillefert a publié en 1896 un état des semis de 1871 et décrit certains arbres âgés de 25 ans. Malheureusement, le plan et le catalogue ont disparu lors de l’exode de 1940.

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Les deux arboretums étaient les plus riches d’Ile-de-France, jusqu’à la tempête de décembre 1999 qui les a décimés. Avant la tempête, la collection de Grignon comptait 230 sujets (65 % de feuillus et 35 % de conifères). La tempête a couché 23 arbres et en a abîmé 16.

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Sous la conduite de Fabrice Salvatoni, professeur de botanique, le petit groupe pénètre dans le périmètre enclos (0,8 ha) où subsistent les arbres qui n’ont pas été abattus par la tempête. A l’origine, en 1871, on avait installé 2.000 plants, en alignements très serrés (trop serrés). La chute des plus grands arbres a créé des clairières, où l’herbe est haute.

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Nous commençons par un beau sorbier ou alisier blanc. Cet arbre, sans doute hybride, fructifie sans fécondation de ses fleurs. Le sorbier blanc est spontané dans le sud de la France, avec un minimum d’altitude (l’arboretum est à 130 m). L’alisier blanc est aussi endémique en forêt de Fontainebleau et se retrouve jusqu’en Alsace. D’où son nom spécifique d’alisier de Fontainebleau.

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Deuxième arrêt devant un abondant bouquet de rejets de souche. Il s’agit d’un arbre de fer de Perse, abattu par la tempête en 1999. Le tronc a été coupé et la souche maintenue sur place. Pour bien faire, il faudrait couper les rejets et n’en garder qu’un ou deux, pour refaire un arbre. Les « arbres de fer », il y en a beaucoup d’espèces dans le monde : il suffit que son bois soit dur et imputrescible pour bénéficier de cette qualification. Celui-ci, le Parrotia persica, prospère sur le mont Ararat. D’où peut-être la construction de la fameuse arche de Noé…

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On s’attarde au pied d’un tronc élancé et couvert de longues épines. C’est un Gleditsia triacanthos, ou févier à trois épines. Cet arbre américain produit de très grandes gousses, qui ont du succès dans les jardins publics. Mais, pour des raisons de sécurité, les pépiniéristes ont mis au point un févier sans épines ! Nous rendons visite à un érable sycomore, pourvu d’une boule de gui, ce qui est rare. Cet érable, naguère confiné aux reliefs du nord-est de la France, est devenu une espèce invasive qui colonise le pays entier, comme le robinier faux acacia qui s’installe dans les lisières puis dans tout un massif forestier.

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Nous parvenons alors dans l’alignement des hêtres. Le hêtre pourpre, le plus gros, est mort sur pied et a été découpé sur place. Sa souche montre un énorme champignon, témoin de son affaiblissement puis de sa mort. Les autres hêtres, en revanche, sont en bonne santé, bien qu’ils soient le résultat de manipulations génétiques : un hêtre à feuillage en dentelle, le seul hêtre au feuillage transparent. A côté, un hêtre pleureur, dont les rameaux tombent jusqu’au sol. Et enfin un hêtre pleureur et tortueux (Fagus sylvatica « tortuosa ») ou fau de Verzy, comme les arbres de la montagne de Reims sauvés par les moines. L’arbre forme une sorte de cabine végétale, portée par un tronc serpentin qu’on dirait torturé. Mais non, c’est naturel, après sélection.

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On s’attarde devant un orme de Sibérie (ou du Caucase) dont le plus gros tronc, malade, a été coupé à la base pour ne pas contaminer son tronc jumeau, très élancé et en bonne santé. Le Zelkova carpinifolia est-il résistant à la graphiose qui a tué nos ormes ? On se pose la question. L’orme restant, avec son écorce très lisse, ne semble pas pouvoir être attaqué par les scolytes. Mais comme son jumeau a été attaqué…

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Nous parvenons alors à la vedette de l’arboretum, un Sophora japonica « pendula » ou arbre aux pagodes. C’est en effet une curiosité rare : un tronc massif, trapu et très noueux, dont les branches elles aussi tordues portent des rameaux qui tombent au sol. C’est un tronc de sophora normal qui a muté en tortillard et a été greffé en pleureur. Ses branches lourdes, en partie mortes, ont été jugées dangereuses pour le public et la décision avait été prise de l’abattre. On a réussi à le conserver en installant un enclos et un étiquetage mettant le public en garde. Dans une des grandes allées du château, un double alignement de sophoras du Japon montre ce qu’est l’arbre au naturel.

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Dans l’alignement des résineux, dont plusieurs décimés, on s’arrête devant un superbe pin Laricio de Corse, toujours très droit, et un cèdre de l’Atlas, très beau aussi. Les pépiniéristes s’efforcent d’obtenir des aiguilles bleutées, prisées par la clientèle, alors que, au naturel, les aiguilles des cèdres du Liban et des cèdres de l’Atlas sont vertes. Et l’on termine par les ginkos bilobas, supposés « fossiles » parce qu’ils existent de fait depuis des millions d’années. Un arbre sacré en Extrême-Orient, devenu encore plus sacré après la bombe d’Hiroshima, à laquelle il aurait résisté. L’arbre femelle produit des fruits dont la pourriture dégage une odeur pestilentielle. Il vaut donc mieux planter des mâles !

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« Tout vert ! Le grand tournant de l’écologie, 1969-1975 » : une expo et un livre

Tout vert ! Le grand tournant de l’écologie, 1969-1975 : c’est le titre à la fois d’une exposition réalisée par le Musée du Vivant, et d’un livre coordonné par Laurent Gervereau et Cécile Blatrix.

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par Roger Cans

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L’exposition, installée dans une salle du premier étage du château de Grignon pour les « rendez-vous au jardin » (3, 4 et 5 juin), a été l’occasion le 4 juin 2016 de présenter l’ouvrage du même nom, préparé par Laurent Gervereau, directeur du Musée du Vivant et du CIRE (Centre international de recherche écologique) et Cécile Blatrix, professeure de science politique à AgroParisTech.

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L’ouvrage (250 pages) explique le passage de l’écologie scientifique à l’écologie politique dans les années 1970. Il est illustré par une foule de documents, souvent inédits, provenant des collections du Musée du Vivant.

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Le livre s’achète par carte bancaire en cliquant ici

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L’exposition a été inaugurée par le directeur de l’Agro, Gilles Tristram, qui s’est félicité de cette initiative à la fois historique et pédagogique, qui met en valeur les très riches archives de l’ancien INA-PG (Institut national agronomique de Paris-Grignon).

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Laurent Gervereau a ensuite présenté les deux parties de l’exposition. La première est permanente et retrace l’histoire de l’Institut national agronomique de Paris (créé en 1826) et de la ferme expérimentale de Grignon (Yvelines), devenus AgroParisTech. La nouvelle appellation a été adoptée pour un éventuel regroupement des établissements d’enseignement supérieur sur le plateau de Saclay.

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L’exposition temporaire, elle, comporte de multiples vitrines où sont présentés les œuvres fondatrices, comme The Silent Spring de Rachel Carson, en version américaine (1961) et française (1962), Avant que nature meure de Jean Dorst, dans sa première édition (1965) et sa version anglaise, et la Socialisation de la nature (1971) de Philippe Saint-Marc (JNE). La même vitrine présente une carte Michelin du littoral aquitain annotée par le même Saint-Marc lorsqu’il fut chargé de son aménagement. Dans un coin, la bicyclette utilisée par Brice Lalonde en 1972, lors de la grande manifestation contre la voie sur berge à Paris.

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Dans les autres vitrines, des exemplaires de la revue La Gueule ouverte de Pierre Fournier (JNE), reprise après sa mort par Isabelle Cabut, la femme du dessinateur, qui a légué une trentaine de dessins originaux au Musée du Vivant, dont le logo adopté aujourd’hui par le musée. Aux murs, les premières affiches contestataires nées de mai 68 et les affiches électorales de l’écologie politique. Toute une vitrine est consacrée aux documents de la lutte menée sur le plateau du Larzac, l’un des moments chauds de l’écologie politique naissante, sous l’impulsion notamment de José Bové. On trouve aussi des pochettes de 45 tours d’époque, comme Jacques Dutronc avec fine moustache chantant Le petit jardin. Car, contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’est pas toujours question d’agriculture avec le Musée du Vivant et ses archives.

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L’inauguration de l’exposition a réuni, d’une part, des auteurs de l’ouvrage Tout Vert !, tels Henri Jaffeux, président de l’AHPNE (Association pour l’histoire de la protection de la nature et de l’environnement), Laurent Samuel (JNE) et Roger Cans (JNE), journalistes spécialisés en environnement. Etaient aussi présents des donataires d’archives au Musée du Vivant tels Philippe Saint-Marc, Dominique Allan-Michaud (président du Réseau Mémoire de l’Environnement) et Jeanne Charlotte Carlier (avec sa famille), la veuve de Jean Carlier (JNE), l’un des promoteurs de la candidature de René Dumont à la présidentielle de 1974.

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Laurent Gervereau a rappelé que, lors d’une interview télévisée de René Dumont par Jean Carlier, la séquence du verre d’eau, « problème majeur de l’humanité », est restée dans les mémoires. Il a rappelé aussi la fameuse formule « Penser globalement, agir localement », lancée en 1972 par René Dubos, autre agronome de l’établissement qui a fait carrière à New York. Cette formule (Think global, act local) figurait dans le rapport remis aux Nations unies pour le sommet de Stockholm et s’avère toujours d’actualité. Un participant, inattendu, a indiqué qu’il possédait des archives historiques concernant la création du ministère de l’Environnement, en 1971. Il s’agit de Philippe Guérin, qui a appartenu au cabinet de Jacques Chaban-Delmas, alors Premier ministre, puis de Robert Poujade, premier ministre de l’Environnement.

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Un point noir en suspens, qui n’a pas été évoqué mais préoccupe tous les acteurs de la conservation environnementale : le rachat éventuel du château de Grignon et de la ferme par l’émirat du Qatar, pour y loger le PSG (le club de football de Paris-Saint-Germain), dont il est le riche propriétaire. A Saint-Germain-en-Laye, l’agrandissement n’est pas possible en raison des pollutions induites par la station d’eaux usées d’Achères. La ville de Poissy a proposé un terrain, mais l’image de la ville, ancien berceau des usines automobiles Simca, ne séduit pas les émirs, qui préfèrent Grignon, avec son château du XVIIe siècle et ses hectares disponibles. Aux dernières nouvelles – qui reposent sur des rumeurs difficiles à confirmer – le Qatar ne serait plus candidat à l’achat. Mais qu’adviendra-t-il du site de Thiverval-Grignon, si le déménagement à Saclay se confirme ?

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Ecologie ou politique ?

Voici un résumé de l’émission Agora de France Inter avec Stéphane Paoli, diffusée le 10 avril 2016 de 12 à 13 h.

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par Roger Cans

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Stéphane Paoli  recevait Noël Mamère (auteur de Changeons de système, pas le climat, Flammarion) et Dominique Bourg (auteur du Dictionnaire de la pensée écologique, PUF).

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Noël Mamère : L’excellence écologique vantée par Ségolène Royal est une imposture politique. J’en tombe de l’armoire. Ségolène vante la transition énergétique alors qu’il n’est jamais question du nucléaire !

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Dominique Bourg : L’écologie est politique. Si vous avez un été 45° C à Paris pendant plusieurs jours et une sécheresse qui anéantit les récoltes, vous serez atterrés. Le problème, avec le changement climatique, c’est qu’il faut faire face à un danger lointain, abstrait. On se dit : rien n’aurait changé si je n’étais pas né. Gouverner, c’est prévoir. Or la dégradation de l’environnement n’est jamais immédiate. Lorsqu’on la découvre, c’est trop tard, elle est irréversible. La solution, c’est réduire les flux, mais ce n’est pas payant électoralement.

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NM : Lorsque je participais au journal télévisé, en 1986, j’ai connu l’épisode de Tchernobyl, quand le professeur Pellerrin, du SCPRI, affirmait qu’il ne se passait rien en France, alors que la Suède et l’Allemagne sonnaient l’alerte sur toute l’Europe. Aujourd’hui, on est submergés de nouvelles en continu, ce qui brouille le message. Le journalisme est plus dans le suivisme que dans l’anticipation. S’agissant des pesticides, la Gironde est le département qui en consomme le plus en France. 95 % est le fait des viticulteurs. Le journal Sud-Ouest vient de publier un article qui signale que 135 écoles sont contaminées aux abords des vignobles, d’où un taux de cancer record chez les enfants. C’est comme pour l’amiante, dont les promoteurs, aidés par une presse complice, affirmaient que c’était un matériau indispensable et sans danger.

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thStéphane Paoli : On dit que le mammouth n’effraie les gens que sur l’instant, quand ils le voient devant eux. Mais si le danger est pour dans dix ans, on s’en fiche.

DB : Depuis les années 1970, on s’aperçoit que l’accumulation de biens ne crée plus de bien-être, au contraire. La Fontaine l’avait déjà dit dans la fable Le savetier et le financier. La croissance, tant prônée par nos gouvernants, n’apporte plus les fruits qu’on en attendait. La limite est dépassée.

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NM : Le temps politique n’est pas le temps écologique. Une politique publique doit dépasser l’échéance électorale, quitte à être sanctionnée par l’électeur. Je constate tout de même un progrès de l’écologie dans la société française. C’est l’écologie politique qui a instillé le virus, même si les Verts ont tout gâché après.

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DB : Vous dites (Stéphane Paoli) que la prise de conscience est venue après Hiroshima. Pas du tout. En dehors de Camus, tout le monde a salué la prouesse scientifique qui a mis un terme à la guerre. Il y a toujours eu un grand décalage entre les lanceurs d’alerte et la conscience publique. Le Printemps silencieux de Rachel Carson est paru en 1962. Et on ne commence qu’aujourd’hui à alerter les Français sur le danger des pesticides. Je connais mieux les Verts suisses que les Verts français. Mais je constate que, en France, on est passé de René Dumont à Jean-Vincent Placé ! Et pourtant, vous avez eu Charbonneau. La France a organisé la COP 21, et plus rien après.

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NM : Bernard Charbonneau est ce prof de Bordeaux qui, en 1935, avec Jacques Ellul, a publié les Directives pour une révolution personnaliste. J’ai suivi les cours de Jacques Ellul à la fac. C’est lui qui a souligné le danger de la technique, qui peut induire une servitude volontaire. En construisant des bagnoles, on construit une société. Ce que disait Pompidou : « il faut adapter la ville à la voiture ». Les zadistes sont-ils dangereux ? Ils ne représentent qu’un élément de ces multiples initiatives minuscules qui se battent pour une cause. La difficulté est d’articuler ces initiatives spontanées avec la politique. On assiste à une lutte entre les autogérés du « commun » et les politiques, soudain désemparés. On peut faire la révolution sans le sang et les larmes.

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SP : certains, contre l’extinction des espèces, envisagent de prolonger indéfiniment la vie humaine, ce qu’on appelle le transhumanisme.

DB : Le transhumanisme est une vaste blague. En revanche, les extinctions d’espèces se multiplient à un rythme effrayant. Il suffit de constater que l’on ne trouve pratiquement plus d’insectes écrasés sur les pare-brise. Nous nous comportons comme des fous, qui courons après de faux bénéfices.

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NM : Il faut parvenir à une prospérité sans croissance, comme le disent les Anglo-Saxons. Et il faut réduire les inégalités, qui ont des conséquences sur la santé publique (obésité, diabète). Aux Etats-Unis, le pays le plus riche du monde, l’espérance de vie est inférieure à celle de la Grèce ou de l’Espagne ! La question que l’on doit se poser est « Qu’est-ce qui nous est commun ? ». On doit se parler, comme aux « nuits debout ».

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(Reportage sur l’habitat participatif à Montreuil, le «XXIe arrondissement» de Paris.)

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NM : en 2009, j’ai fait une proposition de loi sur l’habitat coopératif. A Bègles, nous avons un seul immeuble de ce genre, mais habité par dix propriétaires. On y a imposé une chambre d’amis unique, partagée par les résidents.

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DB : la loi pousse souvent à l’égoïsme. J’utilise Blablacar, car je n’ai pas de voiture. Cela m’a permis de rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontrés autrement.

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Après le journal de 13 h, Stéphane Paoli revient sur le mot « plèbe », employé par Noël Mamère, malgré sa connotation péjorative.

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NM : dans la Rome antique, la plèbe était le groupe de citoyens qui ne voulaient pas payer l’impôt pour faire la guerre. Son représentant s’était retiré sur l’Aventin, où des discussions ont alors eu lieu avec les Patriciens. C’est un peu le cas des Indignés et de tous ces gens qui refusent le système sans trop savoir quoi faire pour le changer. Faut-il rester dans une protestation diffuse, sans chef, ou bien désigner un représentant ? Personnellement, je ne crois pas à la démocratie directe, qui peut être dangereuse.

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SP : si l’écologie est de gauche, comment s’accommoder d’une alliance avec le PCF, qui est productiviste ?

NM : le PCF est productiviste, mais aussi le PS. L’écologie ne peut être de gauche que si elle invente une nouvelle gauche. « Il faut sortir de l’entre soi » et aller à la rencontre de tous les « invisibles», y compris en milieu rural.

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SP : on vous a vu Place de la République à Paris avec Nuit debout. Avez-vous été manifester sous les fenêtres de Manuel Valls ?

NM : je suis allé Place de la République avec ma femme, mais je ne suis pas allé sous les fenêtres de Manuel Valls. Nous sommes rentrés avant. Ce qui ne m’empêche pas de juger sévèrement le cynisme de nos dirigeants politiques, qu’ils appellent « pragmatisme». La gauche, ce n’est pas la peur de l’autre, mais l’utopie, la poésie, le rêve. La gauche de gouvernement a été contaminée par le libéralisme et les manœuvres de triangulation de François Hollande. Mélenchon ? Je ne peux accepter son anti-germanisme et son anti-européisme systématiques. Nicolas Hulot ? C’est le mieux placé d’entre nous, écologistes, pour nous représenter en 2017. Pourtant, je ne suis pas de son 1er, 2ème, ni 3ème cercles, puisque j’avais soutenu en son temps Eva Joly contre lui. Les écologistes ont vocation à se présenter à la présidentielle, comme ils l’ont toujours fait depuis René Dumont en 1974. J’espère que Nicolas Hulot va y aller, sans passer par les primaires, que Cohn-Bendit proposait il y a peu avant d’y renoncer aujourd’hui ! Juppé ? Je le connais bien. C’est un homme de droite. Macron ? Ce n’est qu’une construction, ce qui est le pire en politique. La gauche de gouvernement prend ses idées à droite. Valls est un néo-conservateur, Macron est un libéral. La formule « ni de droite ni de gauche » est un enfumage. Comme autrefois Michel Jobert, qui était « ailleurs ». La gauche, c’est une famille politique soucieuse du « commun », j’y tiens. Ce n’est pas celle d’aujourd’hui, qui envoie des troupes en Afrique, comme du temps des colonies, et qui soutient Sassou Nguesso, l’homme qui garde pour lui l’argent du pétrole au Congo Brazzaville.

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Oui, beaucoup de jeunes votent aujourd’hui Front National. Il faut donc aller les chercher, leur parler, restaurer l’estime de soi. La haine de soi débouche sur la haine des autres. Panama papers ? On n’a pas appris grand-chose, sinon que la fraude est devenue industrielle. Au Parlement européen, Pascal Canfin s’était battu contre cette criminalité en col blanc. L’Europe peut être un outil qui nous protège. Oui, hélas, l’optimisation fiscale ou même la fraude sont bien vues en France. Balkany est constamment réélu. Il faudrait que le FMI, au lieu d’imposer des ajustements structurels aux pays pauvres, devienne un régulateur qui n’hésite pas à sanctionner les pays riches.

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Vous pouvez écouter cette émission en cliquant ici.

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Le chat prédateur

Voici le compte-rendu d’une conférence de NatureParif organisée le 17 mars 2016 à Paris.

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par Roger Cans

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AfficheConfMars2016_BDL’orateur du jour est un jeune doctorant du Muséum, Roman Pavisse, spécialiste des espaces naturels modifiés. Il commence par expliquer l’origine de notre chat domestique, qui ne vient pas du chat sauvage de nos forêts (Felix sylvestris), mais d’un chat plus oriental, le chat ganté africain. C’est pourquoi le chat domestique, comme son ancêtre oriental, préfère les milieux ouverts.

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Comme le chien et les autres animaux domestiques, le chat a fait l’objet d’une longue sélection pour un usage bien spécifique : la lutte contre les rongeurs qui dévorent les réserves de grains. Les Egyptiens de l’Antiquité l’appréciaient et l’ont momifié dans les tombes. Au Moyen-Age, en revanche, le chat devient l’animal du diable. A Ypres, en Belgique, on jetait les chats du haut du beffroi pour que cela porte bonheur ! Même La Fontaine, au XVIIe siècle, décrit le chat paresseux et sournois. Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle, avec le romantisme, que le chat devient un animal de compagnie.

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Aujourd’hui, en France, c’est l’animal de compagnie le plus fréquent : 12,7 millions au dernier décompte, établi à partir des déclarations des propriétaires. Ce qui, compte tenu des chats errants ou en divagation, dépasse les 13 millions. Au fil des ans, le nombre de chats augmente, tandis que celui des chiens baisse.

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Dans les zones périurbaines, les chats remplacent la fouine et le renard en matière de prédation. Il faut souligner que le chat domestique est un prédateur entièrement dépendant de l’homme et donc indifférent à l’abondance des proies, qu’il tue par instinct ou jeu et ne mange généralement pas. Alors que le prédateur sauvage mange toujours sa proie, et ne tue qu’elle.

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Quel est l’effet de la prédation du chat domestique sur la faune sauvage ? Tout dépend du terrain. S’il s’agit de l’Europe continentale, par exemple, on n’a pas relevé de disparition d’espèces. Mais il en va tout autrement dans les espaces clos, comme les îles. Au XIXe siècle, en Australie, on a introduit le chat pour lutter contre les rats et les lapins, eux-mêmes introduits par les premiers colons, volontairement ou non. Le chat a proliféré, limitant la prolifération des rats et des lapins, mais exterminant les petits marsupiaux qui n’avaient pas de prédateurs et étaient donc sans défense. On estime qu’il y a aujourd’hui 20 millions de chats errants en Australie, responsables de la disparition de 28 espèces sauvages.

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Dans les petites îles, où les oiseaux marins nichent souvent au sol, le chat fait des dégâts considérables. C’est notamment le cas dans l’île de Molène, en Bretagne, aux îles Kerguelen, dans l’océan austral, où le chat mange les pétrels, ainsi que dans les Antilles ou les îles de la Méditerranée. En Grèce, la moitié des lézards disparaissent sous la dent du chat. Au Mexique, c’est le petit varan bleu, et en Nouvelle-Zélande, un petit oiseau rare.

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Les Anglo-Saxons ont été les premiers à tenter de chiffrer l’hécatombe, qui se monte chaque année à des milliards d’oiseaux et petits mammifères. Au Royaume-Uni, on a calculé qu’un chat domestique peut tuer 1.100 proies par an, portant sur 70 espèces différentes (dont 60 % de rongeurs). Une autre étude a montré que 986 chats avaient tué 14.000 proies dans l’année (dont 69 % de mammifères). Ces résultats, établis à partir des déclarations des propriétaires, sont forcément en dessous de la réalité, puisque les chats peuvent manger leur proie ou ne pas la rapporter. Les Anglais estiment que, tous les six mois, les chats font disparaître chez eux 57 millions de mammifères et 27 millions d’oiseaux. Aux Etats-Unis, des chats munis de caméras au cou ont montré que, dans certaines régions, leurs proies étaient surtout des serpents et des lézards.

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En France, l’étude de la prédation des chats ne fait que commencer. Le Muséum vient de lancer une campagne pour la participation des particuliers à cette recherche. Ils sont invités à signaler leurs constatations sur un site dédié. Toute information est bonne à prendre, même imprécise ou lacunaire. La difficulté, avec les chats, c’est que chacun a sa façon de chasser et de choisir ses proies. Avec les petits rongeurs comme les mulots, pas de risque d’extinction, car ils font plusieurs portées nombreuses par an. Avec les chauves-souris, en revanche, qui ne font qu’un petit par an, la menace est réelle.

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Les jardins périurbains offrent un terrain d’étude privilégié, car on y trouve beaucoup de chats. Et ce sont eux, souvent, qui permettent de connaître la faune sauvage qu’on ne voit jamais parce qu’elle est nocturne, comme les lérots, muscardins ou chauves-souris. En juillet 2015, 2.500 participants ont fourni leurs données : sur 14.000 proies rapportées, on a dénombré 135 espèces de vertébrés (on ne compte pas les insectes), dont 80 oiseaux et 35 mammifères. Au total, on estime qu’une proie sur deux n’est pas indésirable. Autrement dit, les chats tuent moitié de « nuisibles » et moitié d’animaux « utiles » ou neutres. Il arrive qu’un chat s’attaque à la vipère ou au crapaud, qu’il sait toxiques. Constatation importante : le nourrissage du chat n’a aucune incidence sur sa recherche de proies.

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Pour évaluer la « zone de chalandise » du chat domestique, on a équipé 40 félins de bornes GPS. Mais les résultats sont encore très partiels. Quels sont les remèdes à la prédation du chat ? Il y en a trois : le collier à clochette ou grelots, la stérilisation ou le maintien du chat bouclé la nuit à l’intérieur. Mais ce ne sont que des palliatifs, car on ne peut empêcher un chat de se livrer au geste instinctif du petit fauve. Et beaucoup de propriétaires répugnent à brider leur cher compagnon fourré.

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