Roger Cans

Ecologie ou politique ?

Voici un résumé de l’émission Agora de France Inter avec Stéphane Paoli, diffusée le 10 avril 2016 de 12 à 13 h.

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par Roger Cans

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Stéphane Paoli  recevait Noël Mamère (auteur de Changeons de système, pas le climat, Flammarion) et Dominique Bourg (auteur du Dictionnaire de la pensée écologique, PUF).

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Noël Mamère : L’excellence écologique vantée par Ségolène Royal est une imposture politique. J’en tombe de l’armoire. Ségolène vante la transition énergétique alors qu’il n’est jamais question du nucléaire !

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Dominique Bourg : L’écologie est politique. Si vous avez un été 45° C à Paris pendant plusieurs jours et une sécheresse qui anéantit les récoltes, vous serez atterrés. Le problème, avec le changement climatique, c’est qu’il faut faire face à un danger lointain, abstrait. On se dit : rien n’aurait changé si je n’étais pas né. Gouverner, c’est prévoir. Or la dégradation de l’environnement n’est jamais immédiate. Lorsqu’on la découvre, c’est trop tard, elle est irréversible. La solution, c’est réduire les flux, mais ce n’est pas payant électoralement.

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NM : Lorsque je participais au journal télévisé, en 1986, j’ai connu l’épisode de Tchernobyl, quand le professeur Pellerrin, du SCPRI, affirmait qu’il ne se passait rien en France, alors que la Suède et l’Allemagne sonnaient l’alerte sur toute l’Europe. Aujourd’hui, on est submergés de nouvelles en continu, ce qui brouille le message. Le journalisme est plus dans le suivisme que dans l’anticipation. S’agissant des pesticides, la Gironde est le département qui en consomme le plus en France. 95 % est le fait des viticulteurs. Le journal Sud-Ouest vient de publier un article qui signale que 135 écoles sont contaminées aux abords des vignobles, d’où un taux de cancer record chez les enfants. C’est comme pour l’amiante, dont les promoteurs, aidés par une presse complice, affirmaient que c’était un matériau indispensable et sans danger.

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thStéphane Paoli : On dit que le mammouth n’effraie les gens que sur l’instant, quand ils le voient devant eux. Mais si le danger est pour dans dix ans, on s’en fiche.

DB : Depuis les années 1970, on s’aperçoit que l’accumulation de biens ne crée plus de bien-être, au contraire. La Fontaine l’avait déjà dit dans la fable Le savetier et le financier. La croissance, tant prônée par nos gouvernants, n’apporte plus les fruits qu’on en attendait. La limite est dépassée.

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NM : Le temps politique n’est pas le temps écologique. Une politique publique doit dépasser l’échéance électorale, quitte à être sanctionnée par l’électeur. Je constate tout de même un progrès de l’écologie dans la société française. C’est l’écologie politique qui a instillé le virus, même si les Verts ont tout gâché après.

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DB : Vous dites (Stéphane Paoli) que la prise de conscience est venue après Hiroshima. Pas du tout. En dehors de Camus, tout le monde a salué la prouesse scientifique qui a mis un terme à la guerre. Il y a toujours eu un grand décalage entre les lanceurs d’alerte et la conscience publique. Le Printemps silencieux de Rachel Carson est paru en 1962. Et on ne commence qu’aujourd’hui à alerter les Français sur le danger des pesticides. Je connais mieux les Verts suisses que les Verts français. Mais je constate que, en France, on est passé de René Dumont à Jean-Vincent Placé ! Et pourtant, vous avez eu Charbonneau. La France a organisé la COP 21, et plus rien après.

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NM : Bernard Charbonneau est ce prof de Bordeaux qui, en 1935, avec Jacques Ellul, a publié les Directives pour une révolution personnaliste. J’ai suivi les cours de Jacques Ellul à la fac. C’est lui qui a souligné le danger de la technique, qui peut induire une servitude volontaire. En construisant des bagnoles, on construit une société. Ce que disait Pompidou : « il faut adapter la ville à la voiture ». Les zadistes sont-ils dangereux ? Ils ne représentent qu’un élément de ces multiples initiatives minuscules qui se battent pour une cause. La difficulté est d’articuler ces initiatives spontanées avec la politique. On assiste à une lutte entre les autogérés du « commun » et les politiques, soudain désemparés. On peut faire la révolution sans le sang et les larmes.

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SP : certains, contre l’extinction des espèces, envisagent de prolonger indéfiniment la vie humaine, ce qu’on appelle le transhumanisme.

DB : Le transhumanisme est une vaste blague. En revanche, les extinctions d’espèces se multiplient à un rythme effrayant. Il suffit de constater que l’on ne trouve pratiquement plus d’insectes écrasés sur les pare-brise. Nous nous comportons comme des fous, qui courons après de faux bénéfices.

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NM : Il faut parvenir à une prospérité sans croissance, comme le disent les Anglo-Saxons. Et il faut réduire les inégalités, qui ont des conséquences sur la santé publique (obésité, diabète). Aux Etats-Unis, le pays le plus riche du monde, l’espérance de vie est inférieure à celle de la Grèce ou de l’Espagne ! La question que l’on doit se poser est « Qu’est-ce qui nous est commun ? ». On doit se parler, comme aux « nuits debout ».

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(Reportage sur l’habitat participatif à Montreuil, le «XXIe arrondissement» de Paris.)

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NM : en 2009, j’ai fait une proposition de loi sur l’habitat coopératif. A Bègles, nous avons un seul immeuble de ce genre, mais habité par dix propriétaires. On y a imposé une chambre d’amis unique, partagée par les résidents.

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DB : la loi pousse souvent à l’égoïsme. J’utilise Blablacar, car je n’ai pas de voiture. Cela m’a permis de rencontrer des gens que je n’aurais jamais rencontrés autrement.

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Après le journal de 13 h, Stéphane Paoli revient sur le mot « plèbe », employé par Noël Mamère, malgré sa connotation péjorative.

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NM : dans la Rome antique, la plèbe était le groupe de citoyens qui ne voulaient pas payer l’impôt pour faire la guerre. Son représentant s’était retiré sur l’Aventin, où des discussions ont alors eu lieu avec les Patriciens. C’est un peu le cas des Indignés et de tous ces gens qui refusent le système sans trop savoir quoi faire pour le changer. Faut-il rester dans une protestation diffuse, sans chef, ou bien désigner un représentant ? Personnellement, je ne crois pas à la démocratie directe, qui peut être dangereuse.

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SP : si l’écologie est de gauche, comment s’accommoder d’une alliance avec le PCF, qui est productiviste ?

NM : le PCF est productiviste, mais aussi le PS. L’écologie ne peut être de gauche que si elle invente une nouvelle gauche. « Il faut sortir de l’entre soi » et aller à la rencontre de tous les « invisibles», y compris en milieu rural.

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SP : on vous a vu Place de la République à Paris avec Nuit debout. Avez-vous été manifester sous les fenêtres de Manuel Valls ?

NM : je suis allé Place de la République avec ma femme, mais je ne suis pas allé sous les fenêtres de Manuel Valls. Nous sommes rentrés avant. Ce qui ne m’empêche pas de juger sévèrement le cynisme de nos dirigeants politiques, qu’ils appellent « pragmatisme». La gauche, ce n’est pas la peur de l’autre, mais l’utopie, la poésie, le rêve. La gauche de gouvernement a été contaminée par le libéralisme et les manœuvres de triangulation de François Hollande. Mélenchon ? Je ne peux accepter son anti-germanisme et son anti-européisme systématiques. Nicolas Hulot ? C’est le mieux placé d’entre nous, écologistes, pour nous représenter en 2017. Pourtant, je ne suis pas de son 1er, 2ème, ni 3ème cercles, puisque j’avais soutenu en son temps Eva Joly contre lui. Les écologistes ont vocation à se présenter à la présidentielle, comme ils l’ont toujours fait depuis René Dumont en 1974. J’espère que Nicolas Hulot va y aller, sans passer par les primaires, que Cohn-Bendit proposait il y a peu avant d’y renoncer aujourd’hui ! Juppé ? Je le connais bien. C’est un homme de droite. Macron ? Ce n’est qu’une construction, ce qui est le pire en politique. La gauche de gouvernement prend ses idées à droite. Valls est un néo-conservateur, Macron est un libéral. La formule « ni de droite ni de gauche » est un enfumage. Comme autrefois Michel Jobert, qui était « ailleurs ». La gauche, c’est une famille politique soucieuse du « commun », j’y tiens. Ce n’est pas celle d’aujourd’hui, qui envoie des troupes en Afrique, comme du temps des colonies, et qui soutient Sassou Nguesso, l’homme qui garde pour lui l’argent du pétrole au Congo Brazzaville.

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Oui, beaucoup de jeunes votent aujourd’hui Front National. Il faut donc aller les chercher, leur parler, restaurer l’estime de soi. La haine de soi débouche sur la haine des autres. Panama papers ? On n’a pas appris grand-chose, sinon que la fraude est devenue industrielle. Au Parlement européen, Pascal Canfin s’était battu contre cette criminalité en col blanc. L’Europe peut être un outil qui nous protège. Oui, hélas, l’optimisation fiscale ou même la fraude sont bien vues en France. Balkany est constamment réélu. Il faudrait que le FMI, au lieu d’imposer des ajustements structurels aux pays pauvres, devienne un régulateur qui n’hésite pas à sanctionner les pays riches.

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Vous pouvez écouter cette émission en cliquant ici.

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Le chat prédateur

Voici le compte-rendu d’une conférence de NatureParif organisée le 17 mars 2016 à Paris.

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par Roger Cans

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AfficheConfMars2016_BDL’orateur du jour est un jeune doctorant du Muséum, Roman Pavisse, spécialiste des espaces naturels modifiés. Il commence par expliquer l’origine de notre chat domestique, qui ne vient pas du chat sauvage de nos forêts (Felix sylvestris), mais d’un chat plus oriental, le chat ganté africain. C’est pourquoi le chat domestique, comme son ancêtre oriental, préfère les milieux ouverts.

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Comme le chien et les autres animaux domestiques, le chat a fait l’objet d’une longue sélection pour un usage bien spécifique : la lutte contre les rongeurs qui dévorent les réserves de grains. Les Egyptiens de l’Antiquité l’appréciaient et l’ont momifié dans les tombes. Au Moyen-Age, en revanche, le chat devient l’animal du diable. A Ypres, en Belgique, on jetait les chats du haut du beffroi pour que cela porte bonheur ! Même La Fontaine, au XVIIe siècle, décrit le chat paresseux et sournois. Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle, avec le romantisme, que le chat devient un animal de compagnie.

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Aujourd’hui, en France, c’est l’animal de compagnie le plus fréquent : 12,7 millions au dernier décompte, établi à partir des déclarations des propriétaires. Ce qui, compte tenu des chats errants ou en divagation, dépasse les 13 millions. Au fil des ans, le nombre de chats augmente, tandis que celui des chiens baisse.

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Dans les zones périurbaines, les chats remplacent la fouine et le renard en matière de prédation. Il faut souligner que le chat domestique est un prédateur entièrement dépendant de l’homme et donc indifférent à l’abondance des proies, qu’il tue par instinct ou jeu et ne mange généralement pas. Alors que le prédateur sauvage mange toujours sa proie, et ne tue qu’elle.

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Quel est l’effet de la prédation du chat domestique sur la faune sauvage ? Tout dépend du terrain. S’il s’agit de l’Europe continentale, par exemple, on n’a pas relevé de disparition d’espèces. Mais il en va tout autrement dans les espaces clos, comme les îles. Au XIXe siècle, en Australie, on a introduit le chat pour lutter contre les rats et les lapins, eux-mêmes introduits par les premiers colons, volontairement ou non. Le chat a proliféré, limitant la prolifération des rats et des lapins, mais exterminant les petits marsupiaux qui n’avaient pas de prédateurs et étaient donc sans défense. On estime qu’il y a aujourd’hui 20 millions de chats errants en Australie, responsables de la disparition de 28 espèces sauvages.

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Dans les petites îles, où les oiseaux marins nichent souvent au sol, le chat fait des dégâts considérables. C’est notamment le cas dans l’île de Molène, en Bretagne, aux îles Kerguelen, dans l’océan austral, où le chat mange les pétrels, ainsi que dans les Antilles ou les îles de la Méditerranée. En Grèce, la moitié des lézards disparaissent sous la dent du chat. Au Mexique, c’est le petit varan bleu, et en Nouvelle-Zélande, un petit oiseau rare.

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Les Anglo-Saxons ont été les premiers à tenter de chiffrer l’hécatombe, qui se monte chaque année à des milliards d’oiseaux et petits mammifères. Au Royaume-Uni, on a calculé qu’un chat domestique peut tuer 1.100 proies par an, portant sur 70 espèces différentes (dont 60 % de rongeurs). Une autre étude a montré que 986 chats avaient tué 14.000 proies dans l’année (dont 69 % de mammifères). Ces résultats, établis à partir des déclarations des propriétaires, sont forcément en dessous de la réalité, puisque les chats peuvent manger leur proie ou ne pas la rapporter. Les Anglais estiment que, tous les six mois, les chats font disparaître chez eux 57 millions de mammifères et 27 millions d’oiseaux. Aux Etats-Unis, des chats munis de caméras au cou ont montré que, dans certaines régions, leurs proies étaient surtout des serpents et des lézards.

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En France, l’étude de la prédation des chats ne fait que commencer. Le Muséum vient de lancer une campagne pour la participation des particuliers à cette recherche. Ils sont invités à signaler leurs constatations sur un site dédié. Toute information est bonne à prendre, même imprécise ou lacunaire. La difficulté, avec les chats, c’est que chacun a sa façon de chasser et de choisir ses proies. Avec les petits rongeurs comme les mulots, pas de risque d’extinction, car ils font plusieurs portées nombreuses par an. Avec les chauves-souris, en revanche, qui ne font qu’un petit par an, la menace est réelle.

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Les jardins périurbains offrent un terrain d’étude privilégié, car on y trouve beaucoup de chats. Et ce sont eux, souvent, qui permettent de connaître la faune sauvage qu’on ne voit jamais parce qu’elle est nocturne, comme les lérots, muscardins ou chauves-souris. En juillet 2015, 2.500 participants ont fourni leurs données : sur 14.000 proies rapportées, on a dénombré 135 espèces de vertébrés (on ne compte pas les insectes), dont 80 oiseaux et 35 mammifères. Au total, on estime qu’une proie sur deux n’est pas indésirable. Autrement dit, les chats tuent moitié de « nuisibles » et moitié d’animaux « utiles » ou neutres. Il arrive qu’un chat s’attaque à la vipère ou au crapaud, qu’il sait toxiques. Constatation importante : le nourrissage du chat n’a aucune incidence sur sa recherche de proies.

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Pour évaluer la « zone de chalandise » du chat domestique, on a équipé 40 félins de bornes GPS. Mais les résultats sont encore très partiels. Quels sont les remèdes à la prédation du chat ? Il y en a trois : le collier à clochette ou grelots, la stérilisation ou le maintien du chat bouclé la nuit à l’intérieur. Mais ce ne sont que des palliatifs, car on ne peut empêcher un chat de se livrer au geste instinctif du petit fauve. Et beaucoup de propriétaires répugnent à brider leur cher compagnon fourré.

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Tchernobyl : retour sur trois voyages, dont deux organisés par les JNE

Un ancien du quotidien le Monde nous relate ses trois voyages à Tchernobyl, dont deux qui avaient organisés par les JNE sous la houlette de Claude-Marie Vadrot.

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par Roger Cans

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Au journal le Monde, les accidents industriels, même d’une gravité exceptionnelle, ne sont jamais prioritaires. Cela avait été le cas lors de la catastrophe de Bhopal, en 1984. Les milliers de morts provoqués par l’explosion d’une usine chimique américaine dans une grande ville de l’Inde n’ont mobilisé personne. Ni le correspondant à New-Delhi, qui ne s’intéresse qu’à la vie politique en Inde ou à la guerre en Afghanistan. Ni le service auquel j’appartiens à Paris, puisque « nous avons un correspondant sur place ». Résultat : rien d’original dans le Monde, qui se contente de reprendre les dépêches d’agences. Le correspondant à New-Delhi daignera se rendre à Bhopal… six mois après la catastrophe !

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Lors de l’accident de Tchernobyl, deux ans plus tard, même topo : nous avons un correspondant à Moscou, qui ne s’intéresse qu’aux bruits de couloirs du Kremlin… ou aux troupes soviétiques engagées en Afghanistan. Donc, il ne va pas à Tchernobyl. C’est seulement six mois plus tard que le journal me propose d’accompagner Pierre Mauroy à Kiev, où il va présider un congrès des cités unies. Au service politique, Pierre Mauroy ne compte plus depuis qu’il a quitté Matignon. Ce voyage ne les intéresse donc pas. Je me retrouve donc à Kiev avec Mauroy et deux autres journalistes politiques (Le Matin et Le Nouvel Obs). Eux ne sont pas intéressés par Tchernobyl, mais, par chance, plusieurs maires italiens du PCI, dont certains médecins, souhaitent comme moi quitter un peu le congrès pour en savoir plus sur l’accident nucléaire. Nous obtenons un rendez-vous à la mairie de Kiev, où l’on nous explique comment la ville a traité l’accident et ses conséquences sur la population. Mais nous ne pourrons pas aller à Tchernobyl, accessible seulement aux « liquidateurs ». En revanche, ils peuvent nous organiser la visite d’un nouveau village où sont regroupés des paysans chassés de leurs terres.

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Bien entendu, il s’agit d’un village modèle, construit en un temps record par des volontaires venus d’Arménie. Chaque foyer dispose d’une petite maisonnette, avec une étable pour la vache, et la cabane au fond du jardin…  comme là-bas. C’est tout juste si l’on ne nous suggère pas qu’ils sont mieux ici qu’avant ! Bref, un aspect bien connu de la propagande soviétique, où tout échec est transformé en actions d’éclat, qu’il s’agisse des liquidateurs, des volontaires ou des soldats mobilisés dans tout le pays.

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Je ne pourrai me rendre à Tchernobyl que deux ans plus tard, lors d’un voyage organisé par les JNE sous la haute main de Claude-Marie Vadrot. Cette fois-là, nous pourrons tout voir. D’abord, la centrale où les trois autres réacteurs fonctionnent toujours, avec des personnels en blouse blanche qui grignotent ou fument tranquillement devant leurs consoles de contrôle. Ensuite, les abords de la centrale où s’activent des engins qui raclent les sols, tandis que s’amoncelle à la périphérie le matériel hors service, immense casse mécanique en rase campagne. Puis ce sont les villages alentour, où n’ont été autorisés à rester que les vieux, c’est-à-dire en l’occurrence les vieilles. Les pauvres femmes, sevrées de leurs enfants et petits-enfants, ne souhaitent qu’une chose : mourir. « Dieu nous a abandonnées », disent-elles, engoncées dans leurs vestes molletonnées et leurs grosses bottes de cuir pleines de boue. Nous visiterons aussi la ville fantôme de Pripiat, une cité où logeaient quelque trois mille employés de la centrale. Tout a été évacué dans la précipitation. Les appartements ne sont qu’à moitié vidés de leur mobilier. Certains viennent encore récupérer leur bien en camion. Les écoles semblent avoir été vandalisées, avec des livres et des jouets épars. Ne survivent ici que les corbeaux, qui ajoutent une note sinistre à l’ensemble.

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Lors de nos discussions avec les responsables de la centrale et les secouristes, nous sommes surpris par la liberté de ton à l’égard du pouvoir central. « Gorbatchev ? Il est à Moscou. Là-bas, les gens ne peuvent pas mesurer la situation. La glasnost, c’est bien joli, mais ça ne nous aide pas ». On sent que ces apparatchiks n’aiment pas le nouveau pouvoir qui les bouscule, et ils le disent.
Nous allons séjourner sur place dans des logements où alternent les employés de la centrale. Chaque jour, des cars les emmènent et les ramènent. Ils ne travaillent sur place qu’une semaine, puis rentrent chez eux une autre semaine, et ainsi de suite. A chaque retour de la centrale, ils sont contrôlés comme nous le serons aussi en quittant les lieux. L’un d’entre nous, qui avait prélevé un peu de sol, devra laisser son anorak sur place puisqu’il est irradié !

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Je vais retourner à Tchernobyl en 1996, lors d’un voyage de presse organisé conjointement par les JNE et l’ASPI (Association des journalistes scientifiques de la presse d’information) pour le dixième anniversaire de la catastrophe. Les journalistes prennent l’avion pour Minsk, où Claude-Marie et moi les rejoignons en voiture, fournie par le JDD (NDLR : pour lequel travaille alors Claude-Marie Vadrot) pour un grand tour, avec chauffeur, téléphone satellite et un confrère photographe (Paris, Berlin, Varsovie, Minsk, Kiev, Lvow, Budapest, Paris). C’est en effet à Minsk que se trouvent les hôpitaux où sont soignées les victimes du nuage toxique. Car c’est en Biélorussie, toute proche de Tchernobyl, que le nuage a fait le plus de dégâts humains. Nous visiterons un hôpital où sont soignés des enfants, crâne rasé. C’est poignant.

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Nouvelle visite de la centrale de Tchernobyl, qui n’est toujours pas arrêtée. Le dôme construit autour du réacteur N° 4 donne des signes de faiblesse. En fait, il n’est pas étanche et devra être reconstruit. Evidemment, on ne parle plus de perestroïka ni de glasnost. L’URSS, c’est fini. Nos hôtes se sentent totalement libres de faire leurs commentaires. Nous nous rendons sur le terrain avec des spécialistes français de la sécurité nucléaire. Ils disposent des capteurs un peu partout pour procéder à des relevés précis et complémentaires. Tchernobyl, désormais, est un chantier international où la communauté mondiale s’efforce d’aider. Russes et Ukrainiens, désormais, n’ont plus l’orgueil patriotique qui refuse l’aide étrangère.

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Nous visitons en voiture les villages abandonnés. De véritables chaumières à toit de chaume et sol en terre battue, avec un gros poêle en briques au milieu de la pièce unique. Une campagne de paysans pauvres, cantonnés dans des terres sableuses et de maigres forêts de pins, loin des riches terres noires de l’Ukraine utile. Le site de la centrale de Tchernobyl, au moins, avait été bien choisi. Ni Kiev ni l’agriculture de production n’ont été affectées par l’accident. Reste à sécuriser définitivement le site pour qu’un autre accident ne se produise pas.

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Une expo à Bordeaux sur Elisée Reclus (1830-1905)

Notre ami Olivier Sigaut (JNE) a inauguré le 18 février à Bordeaux une exposition consacrée à Elisée Reclus, précurseur méconnu de l’écologie.

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par Roger Cans

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7 affiche reclus finale pt webCe fils de pasteur de Sainte-Foy-la-Grande (Gironde), formé dans divers collèges protestants de France et d’Allemagne, a découvert la géographie à Berlin. Il a ensuite couru le monde, toujours à la recherche des rapports entre l’homme et la nature. Mais sa culture anarchiste l’a fait mal voir en France, de sorte qu’il est aujourd’hui plus connu à l’étranger que dans son pays natal.

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L’exposition du « Boulevard des potes », dans le vieux Bordeaux, présente un ensemble de documents concernant Elisée Reclus, son œuvre (abondante), sa famille (nombreuse) et les personnages multiples qui ont déterminé sa vocation de géographe, de militant de l’éducation populaire et d’anarchiste en rupture de ban avec la société de son époque. On y retrouve les portraits de Kropotkine, Bakounine, Carl Ritter, Ferdinand Buisson, les frères Pereire, Fourier, Proudhon, Flora Tristan, qui l’ont initié à l’anarchisme, à la laïcité, au socialisme et à l’éducation libertaire.

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S’appuyant sur un montage de diapositives, intitulé « Du protestantisme à l’anarchisme », Olivier Sigaut a passé en revue la vie originale et mouvementée d’Elisée Reclus. Celui-ci est le troisième d’une fratrie de 14 enfants, né en 1830 à Sainte-Foy-la-Grande, petite ville de tradition protestante installée au bord de la Dordogne. Son père y est pasteur de l’Eglise Réformée de France, mais, à la suite de la rencontre d’un pasteur suisse adepte du « réveil », il donne sa démission et rejoint une communauté évangélique à Orthez, dans le Béarn, avec une partie de sa famille. Les deux frères Elie et Elisée restent en Gironde, élevés par leurs grands-parents.

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Pour s’assurer que ses fils aînés reçoivent un enseignement correspondant à son idéal, le pasteur expédie Elie et Elisée chez les « Moraves », un collège protestant d’Allemagne. Les deux fils y apprennent surtout les langues étrangères. Elisée étudie ensuite la théologie à Montauban et passe son bac à l’université de Bordeaux. Il perd la foi et découvre la géographie avec un professeur de l’université de Berlin, Carl Ritter. Il a trouvé sa vocation.

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Le coup d’Etat du 2 décembre 1851 conduit les deux frères républicains à manifester leur opposition. Elisée s’installe alors en Angleterre, où il donne des cours pour vivre. Il voyage et publie beaucoup. Il s’installe à la Nouvelle-Orléans, puis en Colombie, où il s’essaie à l’agronomie tropicale. Echec. De retour en France, il va être repris par les événements de la Commune, durant laquelle il est arrêté les armes à la main et condamné au bannissement. Il échappe à l’exil grâce à l’appel de la communauté scientifique internationale, dont Charles Darwin.

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__lis__e reclus au bdp le 18 f__vrier 001C’est alors que, pour nourrir sa famille – une femme métisse et deux filles –, il se lance dans la rédaction de guides touristiques (Londres, l’Italie, la Côte d’Azur) puis d’ouvrages destinés à la jeunesse, publiés par Hetzel (l’éditeur de Jules Verne), comme L’histoire d’un cours d’eau ou L’histoire d’une montagne. Il publie des ouvrages prémonitoires, comme La Terre à vol d’oiseau, sans doute à l’origine de La Terre vue du ciel de Yann Arthus-Bertrand… Son ouvrage La Terre et l’Homme est illustré en couverture par un artiste tchèque qui montre, un siècle avant la mission Apollo 11, le globe terrestre vu de l’espace, avec la géographie de ses continents.

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Dès lors, Elisée Reclus ne cesse d’écrire articles, plaquettes et ouvrages de référence. Mais son œuvre majeure reste La nouvelle géographie universelle, publiée par Hachette en 19 volumes avec cartes. Cette publication, écrite d’un style élégant, fait le tour du monde et est traduite en de multiples langues. Lorsqu’il meurt en 1905, son œuvre est adulée à l’étranger, notamment dans les universités (mais pas en France). Pour la première fois, en effet, la géographie n’est plus militaire (« un moyen de faire la guerre », comme dit le géographe Yves Lacoste) mais civile, destinée à faire connaître la planète Terre à tous, et si possible à la faire aimer et respecter.

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L’exposition se tient à Bordeaux, au Boulevard des potes, 29 rue Bergeret, dans le quartier Saint-Michel-Capucins, du 19 février au 2 mars. Ouvert du lundi au vendredi de 10 h à 19 h .

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Perspectives historiques sur les liens entre santé et environnement

Voici le compte-rendu d’un colloque organisé les 9 et 10 décembre 2015 aux Archives nationales de Pierrefitte-sur-Seine (93) par l’Association pour l’histoire de la protection de la nature et de l’environnement (AHPNE).

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par Roger Cans

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Ce colloque prévu de longue date s’est déroulé en même temps que la COP 21, réunie au Bourget, à deux pas de là. Mais le thème n’avait rien à voir avec la diplomatie planétaire et nous en rendons compte indépendamment de tout contexte. Ce colloque a été rendu possible grâce à une convention de partenariat avec les Archives nationales et aussi le Comité d’Histoire du ministère de l’Environnement. L’appel à contributions et le choix des intervenants s’est fait sous la responsabilité de Valérie Chansigaud et Gabriel Gachelin, chercheurs du SPHERE-CNRS-Paris I-Paris Diderot).

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La liaison entre l’environnement et la santé est une réalité prise en compte par les autorités bien avant que n’existent les ministères correspondants. Comme l’a montré Valérie Chansigaud, la première alerte remonte en France à 1750 avec l’usage de l’arsenic en agriculture. Aux Etats-Unis, la fabrication des pesticides commence en 1914 et l’industrie chimique devient la première industrie du pays en 1954. C’est en 1945 qu’est lancé l’insecticide le plus fameux du siècle, le DDT. Un produit qui subsiste dans les graisses des prédateurs. On connaît la suite : les coquilles des oeufs de faucons s’amincissent et les couvées avortent.

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silent-spring-1000C’est alors que Rachel Carson publie son fameux Silent Spring, qui alerte sur un déclin dramatique des oiseaux, le « printemps silencieux ». Ces alertes débouchent sur l’interdiction du DDT aux Etats-Unis en 1972, et en France en 1973. Mais l’usage des pesticides perdure et provoque des empoisonnements chez les agriculteurs, victimes de nausées, de vertiges et de dermatoses. On constate aussi que les insectes développent des formes de résistance.

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L’importance de l’environnement sur la santé est soulignée par Anne-Lyse Chabert, elle aussi attachée au SPHERE. Elle constate que le bien-être du handicapé dépend entièrement de son environnement et de certains « intercesseurs » comme la musique, un chien ou certains équipements. Le milieu est un élément essentiel de la bonne santé du handicapé.

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Hélène Chambefort, du service des archives de l’INSERM, indique que c’est en 1941 qu’a été créé l’Institut national de l’hygiène, ancêtre de l’INSERM (1964) et du SCPRI (1967) pour la surveillance des rayonnements ionisants. Il y a seulement un demi-siècle, en 1954, on se préoccupait du paludisme en Corse, en Camargue et jusque dans la plaine du Forez, en Auvergne. Puis on s’est intéressé à la santé des travailleurs d’EDF et au mésothéliome de l’amiante, qui ne sera interdit qu’au 1er janvier 1997. C’est à Lyon que le virus Ebola a été identifié en 2014.

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On aborde le réchauffement climatique avec Jean-François Toussaint, professeur de physiologie à l’université Paris-Descartes. Il rappelle les travaux d’Arrhenius, au XIXe siècle, et les derniers épisodes de canicule à l’été 2003 en France, en 2008 aux Etats-Unis et en 2010 en Russie. Les neuf premiers mois de 2015 ont établi un record de chaleur. Si l’on ne fait rien, la City de Londres sera submergée sous 4 mètres d’eau à marée haute en 2050. L’alerte a déjà été lancée en 2012 à New York avec la tempête Sandy et en France en 2013 avec Xynthia en Vendée. Poussé par le réchauffement, le moustique tigre remonte jusqu’au Danemark, porteur de dingue et de chikungunya.

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Les effets du bruit sur la santé sont traités par David Berthout, des Archives nationales, qui a étudié les nuisances du bruit des avions sur les riverains des aéroports. Les premières mesures ont été prises en 1953, mais c’est dans les années 1960 que les réacteurs remplacent les hélices et produisent des nuisances insupportables. Clémence Pinel, sociologue au King’s College de Londres, a étudié la longue histoire des nuisances des usines de Salindres (Gard). Dès sa construction, en 1855, les riverains s’inquiètent d’une usine de soude, qui va bientôt se lancer dans l’alumine et provoquer la mort du bétail. L’établissement est repris par Péchiney en 1877. Jusqu’en 1941, six directeurs d’usine sont maires, selon la tradition paternaliste des industriels de l’époque. Le site industriel fonctionne toujours aujourd’hui, malgré l’inquiétude des riverains, reprise un soir au journal télévisé (« Salindres, capitale de la pollution ») et le panneau planté à l’entrée de la commune (« Bienvenue à Salindres, ville poubelle »).

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Un dernier chapitre enfin : les bienfaits de la nature sur la santé. Un doctorant de l’université de Toulouse, Steve Hagimont, décrit les bienfaits du tourisme pyrénéen. Les stations de Luchon, Cauterets et Bagnères-de-Bigorre sont aussi courues que les stations des Alpes avant 1914. Le thermalisme existe depuis la fin du XVIIIe siècle. Le climatisme se développe avec Pasteur. On vante les vertus de « l’orothérapie » et de la « houille rouge », la montagne qui favorise les globules rouges. Les touristes pratiquent aussi la chasse à l’ours et aux isards. Les pêcheurs fournissent les restaurants en truites. Rien ne vaut un séjour dans le cadre sauvage des Pyrénées pour régénérer les citadins.

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De l’autre côté de la Méditerranée, en Algérie, on assiste à la même mode. Colette Zytnicki, de l’université de Toulouse, décrit l’engouement des Français d’Algérie pour la montagne et le ski. Ils se retrouvent l’hiver dans le parc national de Chréa, à seulement 62 km d’Alger. Ils rejoignent le ski club d’Algérie, créé en 1906, et montent à la station des Glacières, à 1210 mètres d’altitude, parmi les cèdres de l’Atlas. On va créer là une colonie de vacances pour les jeunes, afin d’éviter leur séjour estival en métropole. Le parc national de Chréa, en Algérie, jour le même rôle pour les coloniaux que Dalat, en Indochine, ou Darjeeling, pour les Anglais résidant en Inde. Le bon air de la montagne vaut avantageusement les cures thermales à Vichy.

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Voyage à Hambourg, ville en pointe contre le réchauffement climatique

Dans le cadre de l’AJEC 21, un groupe de dix journalistes des JNE et de l’AJE ont été invités à Hambourg (Allemagne), du 4 au 6 novembre 2015, afin de découvrir les expériences d’une ville qui se veut en pointe dans la lutte contre le réchauffement climatique.

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par Roger Cans

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Sous la conduite de Geneviève de Lacour, l’organisatrice du voyage, nous avons été accueillis sur place par Vincent Boulanger, un pigiste français membre des JNE, spécialisé dans les énergies renouvelables.

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Le centre expérimental d’E.ON

Nous commençons notre tournée par la visite d’un site expérimental de l’entreprise E.ON, situé dans le quartier de Reitbrook. On s’efforce là d’innover pour stocker l’énergie, toutes les formes d’énergie, qu’elle soit produite par l’éolien, le solaire, les microalgues ou l’électrolyse de l’eau qui fournit l’hydrogène par osmose inverse. Ici, 80 % de l’électricité produite est transformée en hydrogène, et le reste en chaleur. Une faible proportion d’hydrogène (2 %) est envoyée après traitement dans le réseau de distribution du gaz.

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Dans cette installation expérimentale, où chaque unité est en plein air, on ne stocke pas l’énergie. Tout est envoyé dans le réseau.

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L’Allemagne du nord, qui produit beaucoup d’électricité éolienne, envoie le gaz vers le sud. A Reitbrook, E.ON envoie 280 m3 de gaz à l’heure.

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La société LichtBlick

Nous retournons en ville pour rencontrer les jeunes promoteurs d’une entreprise ambitieuse, qui veut « fournir une énergie propre à tout moment, partout et à tout le monde ». Ralph, chargé de la communication, décrit une situation mondiale où tout change plus vite que prévu. On en est déjà à 58 % d’énergie renouvelable dans le monde. 2015 est une année charnière où tout bascule, des énergies fossiles aux renouvelables. En Allemagne, on a d’abord privilégié l’éolien, mais on mise maintenant sur le solaire.
La société LichtBlick (« lueur d’espoir ») n’avait que 8 clients en 1999. Elle en a plus d’un million aujourd’hui. Son principe : prévoir la production et la consommation d’énergie grâce à un Schwarm Dirigent, un logiciel chef d’orchestre qui permet à ses clients d’optimiser leur consommation et de payer leur énergie moins cher. Lorsqu’un immeuble produit son énergie solaire, LichtBlick peut à tout instant fournir une énergie complémentaire en cas de besoin. En Allemagne, 1,5 million de foyers ont des panneaux solaires, mais seulement 20 % peuvent la stocker grâce aux batteries Varta et Tesla.

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LichtBlick, qui reconnaît que « l’efficacité énergétique n’est pas notre objectif », ne cherche pas à réduire la consommation de ses clients, mais seulement de leur fournir l’énergie disponible au moindre prix. Elle envisage maintenant de proposer ses services à la Californie, à l’Etat de New York, au Royaume Uni, aux Pays-Bas et même au Vietnam et aux Philippines. Une start-up qui n’a pas froid aux yeux. On a remarqué par ailleurs les vastes locaux dont dispose LichtBlick dans l’immeuble Afrika Haus, gardé par deux éléphants de bronze grandeur nature. Le mobilier du salon est fait de palettes neuves habilement agencées. On sent le goût pour une simplicité moderne.

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L’université technique de Hambourg (TUHH)

Par un temps toujours ensoleillé, le 5 novembre, on nous conduit à l’Université technique de Hambourg (TUHH), où nous attend le professeur Ralf Otterpohl (« mare aux loutres » en allemand), qui parle un excellent français, avec des tournures belges, car il a vécu à Bruxelles. Il est spécialisé en génie de l’environnement et développement rural. Son obsession : les eaux usées de notre Terre vivante, le manque d’eau et la dégradation des sols. D’où les réfugiés climatiques. C’est pourquoi le TUHH coopère avec l’Afrique et le Proche-Orient. Un constat : les sols cultivés intensivement n’ont plus de vers de terre. De 1950 à 1990, un tiers des sols arables ont été détruits ou sérieusement dégradés.

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L’image de l’Allemagne est trompeuse : on y trouve beaucoup de consommateurs bio, mais peu de producteurs (2 % de la surface utile). Le Danemark en est à 17 %, suivi par l’Autriche et la Suisse. L’image écolo de l’Allemagne remonte à vingt ans. On assiste aujourd’hui à un retour en arrière. Certes, on fabrique du biogaz et des biocarburants, parce qu’ils sont subventionnés. Mais, en termes de rendement énergétique, le solde est nul pour les biocarburants. Beaucoup de producteurs qui ont vu leurs subventions diminuer de moitié ont mis la clé sous la porte.

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Le mouvement Terre Vivante, qui dispose d’une ferme modèle aux Etats-Unis (Rodale Institute), prône une agriculture soucieuse des sols, notamment par semis directs et moins de produits chimiques, donc moins de passages dans les champs. On obtient des rendements égaux à moindres frais et l’on souffre moins de la sécheresse et des inondations car le sol absorbe et filtre les précipitations. Dans les rizières, on sème seulement un grain au lieu de neuf, et son épi est plus productif. Le professeur présente le moringa, arbre qui nourrit les chèvres avec ses feuilles.
Et l’on en arrive au sujet chaud des toilettes sèches, en passant par les eaux grises (lavage) et les eaux noires (chasses d’eau). Le professeur explique que les phosphates du Maroc, utilisés comme engrais, contiennent de l’uranium et du cadmium que l’on retrouve dans les urines. Quant aux matières fécales, peu volumineuses, il ne faut surtout pas les mélanger aux eaux grises.

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Avant les toilettes sèches, inaugurées il y a quinze ans à Lübeck, on a installé pour les particuliers des réseaux de toilettes par aspiration (comme dans les trains et les avions). Cela n’utilise qu’un litre d’eau au lieu des 15 litres de la chasse ordinaire. Mais le système suppose de l’entretien, des réparations lorsque l’aspirateur est bouché, ce qui est fréquent avec les prototypes.

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A Hambourg, 2000 habitants ont été reliés en 2010 à un réseau de méthanisation qui produisait électricité et chaleur. Cependant, les eaux grasses de la cuisine encrassent les tuyaux et le système, compliqué, ne fonctionne plus. Mais il ne peut être changé.

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Le principe de base, c’est de séparer les eaux grises et les eaux noires. On peut réutiliser les eaux grises après filtrage pour les toilettes. Près de la gare centrale de Hambourg, 150 habitants produisent du compost ou du biogaz avec leurs matières fécales, selon la place dont ils disposent. Reste le problème des résidus médicamenteux, qui ne peuvent être retenus que par nanofiltration. Les microbes et les molécules sont tués à 300° C.

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Le compost de matières fécales est fait pour enrichir le sol, mais pas pour être déposé sur les tomates ! Un modèle est l’Amazonie, où l’on tire les fruits du sol, de la strate arbustive et des arbres. On appelle Terra preta des sols sombres très riches grâce au compost des matières fécales et du charbon de bois accumulés avant l’arrivée des Européens, il y a 500 ans. On pratiquait aussi la fermentation des résidus dans des jarres de terre cuite.

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Le TUHH a mis au point un prototype de toilettes sèches avec cuvette et réservoir de 100 litres en plastique, pour l’usage d’une famille pendant une semaine. L’appareil est prêt, mais pas encore installé. Il suppose une vidange faite par des professionnels. Faute de charbon de bois, on peut brûler la paille du riz, mais cet élément est indispensable pour un bon compost. « Nous avons installé des foyers à gaz de bois au Sénégal, mais l’exode rural continue. C’est pourquoi nous envisageons de nouveaux villages pour reconquérir les terres abandonnées, avec 100 ou 200 personnes motivées, soucieuses de laisser une « empreinte positive ». Comme Jean-Marie Fortier fait au nord du Québec, nous proposons un terrain de 100 hectares découpé en 100 petits jardins, selon le Neues Dorf Prinzip (le principe du nouveau village). Ces jardins seraient cultivés par des gens motivés, et non pas frustrés par la vie urbaine. Le village, pourvu de petites maisons à faible coût, serait situé à moins de 100 km de la ville pour y écouler facilement les produits. Ces villages sont envisageables en Allemagne du nord et de l’est. Un premier projet est en vue sur un ancien terrain militaire d’Osnabrück. »

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Ci-dessous, une interview du Pr Otterpohl, mise en ligne sur la toute nouvelle chaîne YouTube des JNE créée par Jérémi Michaux.

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La montagne de l’énergie (Energieberg)

On nous emmène l’après-midi sur une colline verdoyante, dominée par une éolienne de belle taille. Du sommet, on voit au loin les grues du port et d’autres éoliennes qui tournent lentement. Nous sommes en fait sur une ancienne décharge à ciel ouvert, installée en 1967 sur le site d’une ancienne briqueterie, donc de l’argile étanche. Naturellement, la décharge dégageait des odeurs et des jus dont les riverains se plaignaient. Elle a fonctionné jusqu’en 1975. Le ministère de l’environnement et l’Europe ont alors financé la réhabilitation du site avec une couche de terre de 2 mètres d’épaisseur, la collecte et l’épuration des jus et la production de méthane.

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En 2006, le site, ouvert au public, est devenu Energieberg, où l’on accède par de longs escaliers ou un chemin sinueux. Au sommet, l’éolienne a demandé une infrastructure spéciale pour se dresser sur une montagne de déchets en fermentation. Côté sud, des panneaux solaires complètent le dispositif. On a donc sur ce site de 45 hectares la production de trois énergies : éolienne, solaire et gaz. D’après les gestionnaires du site, il y aura du gaz pour encore vingt ans.

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Le bunker de l’énergie (Energiebunker)

Une espèce de gigantesque donjon moyen-âgeux en béton, construit en 1943 par les prisonniers des camps pour servir d’abri contre les bombes anglaises et en même temps de plateforme de tir de défense anti-aérienne. Pour le IIIe Reich, il s’agissait de montrer que le peuple allemand était toujours debout et offensif. En 1947, les Anglais ont voulu détruire l’édifice, mais faire exploser un bunker aux murs de trois mètres d’épaisseur aurait été dangereux pour le voisinage. Ils se sont donc contentés de bombarder la plateforme pour y faire un vaste trou, rendant le bunker inutilisable.

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De 1947 à 2010, le bunker est resté là comme une énorme verrue, ainsi qu’un autre aussi énorme et inutile en pleine ville, souvenirs d’une guerre qui a saigné l’Allemagne et qui fait tache dans une cité résolument moderne. En 2006, les autorités décident de recycler l’immeuble dans le cadre de l’IBA (sigle allemand pour l’Exposition internationale de la construction) qui a lieu en Allemagne depuis 1901 et permet de développer un quartier, un site ou de restaurer un monument.

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Pour l’IBA de 2012 organisée à Hambourg, le bunker a donc été entièrement réhabilité pour en faire, en son cœur, une chaudière de production de gaz, et sur son toit, une unité de production électrique par panneaux solaires. La chaudière de stockage a une contenance de 2 millions de m3 et chauffe actuellement 1200 foyers des environs. Avec le solaire, le potentiel pourrait servir 3500 foyers.

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Le monument est ouvert au public et des ascenseurs conduisent à la plateforme supérieure, transformée en un immense balcon terrasse avec café panoramique. L’endroit peut être loué pour des réceptions, avec vue imprenable sur la ville de Hambourg.

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Le quartier IBA de Wilhemsburg

Pour profiter des derniers rayons du soleil, nous visitons un quartier entièrement rénové à l’occasion de l’IBA de 2012, appelé « le nouveau centre » (Neuer Mitter). Il a été implanté dans une île autrefois marécageuse, formée au sud de la ville par l’Elbe et ses affluents. Wilhemsburg a longtemps été une zone d’habitat pauvre, protégée des inondations par 29 km de digues, dont certaines atteignent la hauteur de 8 m 60. Ce qui n’a pas empêché une grave inondation en 1962, qui a fait au moins 200 morts. Car une bonne partie de l’île se trouve sous le niveau de l’eau de l’Elbe, malgré les dragages pratiqués dans le lit du fleuve.

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Les immeubles construits à l’occasion de l’IBA de 2012 sont tous différents, de couleur, de formes et de taille. Mais ils sont résolument modernes et d’une qualité recherchée, qu’il s’agisse de bâtiments publics ou de logements privés. Il reste encore à construire 5 projets architecturaux, soit 700 logements.

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Notre visite est surtout motivée par « la maison aux algues », un immeuble d’habitation censé produire une partie de son énergie par des panneaux extérieurs où nagent des micro-algues. Sous l’action du soleil, les micro-algues prolifèrent et produisent du biogaz, transformable en électricité ou chaleur. Mais le système en est encore au prototype et montre ses limites : il est bruyant, car l’immeuble est cerné de vitrages où bouillonnent les micro-algues. D’autre part, la loi interdit de brûler le biogaz à l’intérieur de l’immeuble (risque d’explosion). Résultat : l’immeuble n’est pas autosuffisant, comme on l’espérait, et les circuits sont à revoir. Quand nous le contemplons, presque tous les panneaux de bioréacteurs ont été démontés et sont entassés dans le jardin. Le système donne du gaz, mais pas d’électricité.

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L’usine de Hamburg Wasser

Pour notre dernière matinée, le 6 novembre, nous visitons sous la pluie une énorme installation industrielle où la ville de Hambourg recueille ses eaux usées, brûle les boues d’épuration ou les laisse fermenter pour en faire du gaz. Chez nous, à Paris, l’usine d’Achères recueille les boues d’épuration de la ville pour en faire de l’engrais, pour les maraîchers. A Hambourg, ville Etat qui n’a pas beaucoup de terres agricoles, on préfère l’énergie (indéfiniment renouvelable avec les eaux usées).

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Hamburg Wasser est la plus grande usine allemande de traitement des eaux. La société, publique, a été créée en 2006 pour regrouper deux sociétés privées chargées l’une de la distribution d’eau et l’autre de l’assainissement (dont Veolia). Hamburg Wasser vend son énergie à une société sœur, elle aussi publique, Hamburg Energie.

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Le site, qui occupe toute une île au bord de l’Elbe, comporte une usine d’incinération des boues construite en 1998 (VERA). Celle-ci recourt à un système de traitement des gaz unique en Allemagne, qui permet d’enlever 40 % du CO2. C’est pourquoi VERA est toujours visitée aujourd’hui par les experts. Mais elle reste fermée aux visiteurs profanes.

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Le site comporte donc une multitude de bassins de décantation, qui recueillent les eaux usées de la ville en un point bas (- 30 m). Les boues d’épuration sont ensuite dirigées vers l’usine VERA, qui les brûle, ou vers « les œufs », un site extraordinaire qui comporte d’énormes biodigesteurs en inox où le gaz est produit par fermentation. Là, des ascenseurs nous conduisent au chemin de ronde couronnant ces œufs géants, où fermente le méthane. Spectacle impressionnant quand on voit les petits hommes en bleu qui s’activent au sol.
Ici, le biogaz produit chaleur et électricité. Le réseau de chaleur alimente les installations environnantes, entrepôts et ateliers divers.

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Outre le traitement des boues, qui fournit 80 % de l’énergie (gaz ou chaleur), Hamburg Wasser dispose aussi de panneaux photovoltaïques et d’une éolienne, pour la forme. Le dressage de l’éolienne, au milieu des bassins de décantation, a été un tour de force. Certaines installations sont dotées d’un toit pour les protéger d’éventuelles chutes de glace lorsque les pales de l’éolienne sont givrées !

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Le bilan de cette installation est totalement positif car elle produit de plus en plus d’énergie et en consomme de moins en moins pour fonctionner. C’est sur cette dernière impression, plus que positive, que nous faisons nos adieux à Hambourg après un déjeuner en ville quelque peu éclaté dans le centre commercial proche de l’Hôtel Pacific.

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BiObernai 2015 : pour comprendre le contexte de la guerre des semences

Le film La guerre des graines, projeté lors du Salon BiObernai 2015, auquel un groupe de journalistes des JNE a assisté (lire ici le compte-rendu de cette soirée par Roger Cans), est une enquête formidable sur ce sujet complexe. On y prend grand plaisir à écouter les intervenants et regarder de beaux champs de blés diversifiés. Je n’en dirai pas plus, car on peut le voir sur Internet ici. Mais Carine Mayo (présidente des JNE) m’ayant demandé de parler du contexte, voici quelques repères.

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par Marie-Paule Nougaret

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guerre-des-graines-640x360Dans les années 1920-30, deux initiatives ont changé le monde des semences. Les fermiers des Etats-Unis relèvent à peine de la famine du Dust Bowl  (saladier de poussière), sécheresse due aux labours et pâturages sur des surfaces immenses, sans conserver d’arbres pour retenir les sols.

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Le maïs, culture très fructueuse d’origine amérindienne, va se révéler encore plus productive, par la technique d’hybridation : un plant de maïs porte des fleurs mâles et femelles. Pendant plusieurs années, on cultive deux variétés très loin l’une de l’autre, pour éviter les croisements par voyage du pollen (mâle). On sélectionne, pour re-semer, des grains très identiques pour obtenir des lignées « pures » comme on aimait à dire (pauvres en fait).

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Dans un deuxième temps, on sème les deux lignées côte à côte en castrant les fleurs mâles de l’une des deux (à la main, mais aujourd’hui avec des produits chimiques). Résultat, la lignée « stérile mâle » donne (sur les fleurs femelles) des épis et des grains hybridés. A leur tour ressemés, ces grains montrent un rendement exceptionnel, du moins la première année. Dès la 2ème génération, le résultat devient hétérogène, selon les lois de Mendel : certains grains lèvent, d’autres pas, certains épis poussent minuscules, etc. Voilà pourquoi on ne peut pas re-semer les hybrides F1 et obtenir de bons résultats. Par ce bond de rendement, l’hybridation permet l’élevage industriel d’animaux enfermés, à condition de compléter le maïs avec les protéines du soja (par exemple). Elle permet aussi de vendre les semences F1 chaque année aux agriculteurs.

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Mais dès les années 20, Nicolas Vavilov, en URSS, travaille dans l’autre sens ; il visite 62 pays et envoie des émissaires sur les marchés du monde entier pour acheter des graines. C’est ainsi qu’il découvre les centre de diversité où la richesse en semences apparaît la plus importante. Vavilov conserve ses graines à 5° C et en cultive régulièrement pour renouveler le stock. Ces travaux ne plaisent pas, sous Staline. Vavilov sera  condamné à mort, peine commuée à vingt ans de prison (selon Wikipedia). Malgré les conditions précaires, des botanistes réussissent à sauver une bonne part de ses collections qui existent toujours à Saint-Petersbourg en Russie.

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En 1950, André Cauderon hybride des maïs hybrides américains avec des « maïs de pays », chétifs, qui végétaient dans les jardins des Pyrénées, en altitude, depuis la découverte de l’Amérique peut-être, objet d’une sélection naturelle et paysanne drastique sur le caractère résistance au froid. Il obtient les premiers cultivars de maïs productifs et résistants au froid, qu’on vendra jusqu’en Norvège : extension de l’élevage hors sol.

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Trente ans plus tard, les maïs de pays n’existent plus. Cauderon ne pourrait plus re-faire cette hybridation. Il sait que les chercheurs de l’INRA ne gardent pas leurs collections de travail. Cauderon fonde le Bureau des Ressources Génétiques, interministériel, c’est-à-dire sans grand pouvoir ni budget. Un peu partout dans le monde, s’ouvrent des banques de graines.

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Mais il importe aussi de conserver les semences en culture, en grand nombre, diversité qui permet l’adaptation à l’environnement changeant (comme le maïs de Pyrénées), sans parler des pannes de frigo ou des dégâts du froid. Voilà pourquoi quand la Syrie demande des graines au coffre-fort norvégien des glaciers du Svalbard, après le bombardement d’une banque de graines, pour en reconstruire une autre, en Jordanie, des associations françaises préfèrent envoyer des semences paysannes aux paysans et citadins de Syrie ou aux Syriens dans les camps de réfugiés.

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A la fin des années 1980, les négociations du GATT (accord de commerce) qui jusqu’alors ne concernaient que les tarifs de douane (ou leur absence) sur les produits industriels, se sont étendus à trois autres secteurs : agriculture, services et propriété intellectuelle, un nouveau concept. Auparavant existait la « propriété industrielle » de brevets sanctionnant des inventions, jamais les découvertes de phénomènes naturels. Mais cette notion a conquis le monde sous l’égide de l’organisation WIPO (World Intellectual Property Organization), sise à Genève. En effet la plupart des grands empires industriels vivent de royalties sur des brevets, marques franchisées et produits dérivés plutôt que de la production (laissée aux sous-traitants).

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Quant aux semences, le règlement européen qui consent aux brevets sur les séquences génétiques menace la liberté de semer des variétés aussi banales que le chou brocoli sans avoir à payer ou risquer des amendes, pour un geste aussi naturel. Guy Kastler du réseau Semences paysannes l’explique dans le dernier n° d’inf-OGM, que les journalistes peuvent demander en service de presse à cette organisation. Le gouvernement prend enfin la mesure du danger selon l’auteur et prépare un texte à ce propos dans la future loi sur la biodiversité.

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Autre point important, le traité sur les ressources phylogénétiques, au sein de la Convention sur la Biodiversité (ONU, 1992). L’article 9 de ce traité (non signé par les Etats-Unis) reconnaît les droits des agriculteurs à utiliser les semences dites de ferme (de leur récolte), d’autant que des siècles de sélection paysanne ont beaucoup contribué à la diversité cultivée.

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Cependant le régime de protection des obtentions végétales UPOV ne respecte pas ces droits. Il s’agit en dernière analyse du droit à la nourriture, reconnu par la Déclaration universelle des droits humains de l’ONU. Multiplier ses semences, les cultiver, échanger ou les vendre, peut être une question de vie ou de mort.

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Mais les négociations à Rome la semaine dernière n’ont rien fait avancer. Un excellent article en anglais sur le sujet se trouve ici. Mais, encore mieux, l’excellente émission Terre à Terre de Ruth Stegassy (JNE) sur France Culture, diffusée samedi dernier 17 octobre.

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BiObernai 2015 : à la découverte de la ville d’Obernai

Au terme de leur voyage dans le cadre du salon BiObernai 2015, les journalistes des JNE ont visité une ville qui gagne à être connue.

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par Roger Cans

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biobernai15_info_merci!_325x488!_3!_0x0!_0!_FFFFFFTourisme seulement le dimanche matin 13 septembre. Un guide de l’Office du tourisme nous fait visiter la ville d’Obernai, qui gagne à être connue. Nous commençons par l’Hôtel de Ville, un vaste bâtiment composite avec un cœur XIIIe siècle, une aile XVIe et une autre aile reconstruite au XIXe. Nous visitons le bureau du maire, installé dans la salle de justice. Un décor entièrement refait au XVIIe (1609), avec des lambris de fine marqueterie et des panneaux peints. Plafond de stuc avec l’aigle à deux têtes, symbole de l’empire des Habsbourg. Au-dessus des fenêtres, des oiseaux peints symbolisant la justice : la colombe, c’est l’accusé (peut-être innocent), la chouette, c’est le juge, qui ferme les yeux, et le perroquet, c’est l’avocat… Dans un coin, un poêle en faïence de Sarreguemines où il est écrit en allemand : « je chauffe les riches et les pauvres ».

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Arrêt à la ruelle des Juifs, ou se trouve encore une maison marquée en hébreu, mais où il n’y a jamais eu de synagogue. L’ancienne a été détruite et la nouvelle construite près des remparts au XIXe . La communauté est aujourd’hui très réduite et il est difficile de trouver sept hommes pour valider l’office du Shabbat.

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Sur la place du marché, nous admirons les maisons à colombages des riches marchands de la Renaissance. Les dessins des colombages ont leur code. Les toitures sont très hautes, car tout est stocké au grenier (les maisons n’ont pas de cave). Sur certains toits, les tuiles faitières forment des cœurs. La Halle au blé comportait un abattoir au rez-de-chaussée, signalé par une tête de bœuf en pierre. Sur le toit, un nid de cigogne vide. L’explication : il y a tant de touristes qui parlent chacun leur langue à Obernai que lorsque la cigogne arrive, elle se croit encore loin de son Alsace d’origine.

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Nous terminons la visite par la chapelle du cimetière. Elle comporte une grotte artificielle où un sculpteur a reproduit grandeur nature Jésus au Mont des Oliviers (1517). A l’intérieur, une pietà sculptée au fond de la crypte et, dans une châsse noircie, la main de la Vierge sauvée d’un incendie. Le monument aux morts revendique le « morts pour la patrie », sans préciser laquelle, avec seulement l’indication des fronts.

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BiObernai 2015 : visite de la ferme de Francis Humann

Dans le cadre de leur voyage au salon BiObernai 2015, un groupe de journalistes des JNE a visité la ferme de Francis Humann à Ernolsheim-sur-Bruche, dans la plaine d’Alsace.

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par Roger Cans

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Francis Humann

Francis Humann, éleveur de volailles en conversion au bio à Ernolsheim-sur-Bruche, dans la plaine d’Alsace @ Carine Mayo

Dernière visite d’exploitation agricole : la ferme de Francis Humann à Ernolsheim-sur-Bruche, toujours dans la plaine d’Alsace. L’éleveur de volailles est en cours de conversion au bio. Il conserve un poulailler Label rouge et vient d’installer trois poulaillers 100 % bio. Pour les cultures, moitié maïs et moitié blé, la conversion se fait progressivement. Il a abandonné le maïs cette année pour respecter les mesures de sauvegarde du grand hamster. Il a donc semé 36 % de céréales à paille et 5 hectares de luzerne.

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L’Office de la chasse a réintroduit 140 hamsters (d’élevage) et les cultivateurs se sont engagés à pratiquer un assolement collectif sur 200 hectares, pour passer de 24 % à 36 % de céréales à paille. Il a été compté 300 trous de hamsters, aujourd’hui aussi précieux que les six couples de cigognes qui subsistaient en Alsace avant la reconquête !

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« Il vaut mieux avoir des voisins que davantage de terres », dit Bernard Wentz. De fait, les exploitants du lieu se sont mis en CUMA pour partager le matériel agricole, comme la houe rotative ou le semoir en semis direct.

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Nous visitons les poulaillers. Pour le Label Rouge, le hangar fait 400 m2. Pour le bio, il est limité à 90 m2. Mais les animaux sortent toute la journée, à leur guise. Les renards ? Oui, il y en a, qui viennent de la forêt. Mais on n’attrape que des hérissons dans les nasses. Ils sont malins. C’est pour cela qu’il en reste, malgré tout ce qu’on leur fait subir. Nous apprenons la terminologie : poussins jusqu’à 21 jours, coquelets jusqu’à 36 jours, puis poulettes et coqs. Les chapons sont des coqs castrés à 5 semaines, pour garnir les tables de Noël. Les poulardes sont des poules stérilisées, pour le même usage. Pour les œufs, il faut un coq pour huit poules, en temps normal. S’il fait trop chaud, le coq ne « coche » plus (ne couvre plus les poules). Les petits poulets sont particulièrement soignés : une litière de paille hachée, plus absorbante, et des aliments complétés par des huiles essentielles comme l’eucalyptus et le clou de girofle, qui évitent les maladies. Ils vivent à 1.300 poulets dans leurs 90 m2. Les bâtiments peuvent être déplacés sur roues pour un nettoyage complet de la dalle.

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Francis Humann, éleveur plein de bonne volonté et entreprenant, a été lauréat de plusieurs récompenses : trophée Idées Alsace Création de filière en 2012 et trophée de l’Agriculture durable en 2014. Un bel exemple d’engagement.

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BiObernai 2015 : à la découverte du Jardin d’Agnès

Dans le cadre de leur voyage au salon BiObernai 2015, un groupe de journalistes des JNE a visité le Jardin d’Agnès, une ferme bio située dans la plaine d’Alsace.

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par Roger Cans

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Vincent Schotter

Vincent Schotter, exploitant de la ferme « le Jardin d’Agnès » dans la plaine d’Alsace @ Carine Mayo

L’après-midi du 12 septembre, visite du Jardin d’Agnès, une ferme bio de 13 hectares située à Ittlenheim, dans la plaine d’Alsace. Nous sommes accueillis par l’exploitant actuel, Vincent Schotter, qui retrace l’historique de l’exploitation. Ses parents cultivaient le tabac et élevaient des cochons. Quand il reprend la ferme, dans les années 1980, il passe de 25 truies à 90. Mais cela ne rend pas et il arrête le cochon en 1999.

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Nouveau changement en 2005 : il arrête aussi le tabac et se lance dans les fruits et légumes bio, sur 10 hectares, plus un élevage de poules pondeuses pour les œufs frais. Il vend d’abord sur les marchés puis se branche sur le réseau AMAP en 2007. Il vend aujourd’hui une moyenne de 220 paniers par semaine, pour 400 familles, échelonnées de Haguenau à Dambach. Mais l’essentiel de la clientèle est à Strasbourg. Il emploie cinq personnes pour préparer les paniers et faire les marchés. Les gens remplissent eux-mêmes leur panier conformément au tableau de service établi à l’avance. Les prix sont 20 % moins chers que sur le marché.

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Vincent Schotter ne cache pas la difficulté du métier. Une ferme AMAP a du mal à garder ses clients, faute de diversité. Il faut donc constituer un réseau de plusieurs fermes spécialisées. Et il vend toujours sur deux marchés de Strasbourg, sans compter les « paniers fraîcheur » disposés à la gare et dans les écoles. Il rêve d’un projet, Terra Symbiosis, avec épicerie, restaurant et lieu d’animation.

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Nous finissons la visite par les serres à tomates (cerises, cœur de bœuf ou cornue des Andes), où les plants surgissent d’une bâche tissée, non étanche, qui évite les plantes adventices. Enfin, l’enclos à 300 poules pondeuses, qui disposent chacune de 6m 2.

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