Françoise Nowak

Compte-rendu de la projection-débat sur l’initiative « Arrêtons l’écocide en Europe »

Le vendredi 17 janvier 2014, les associations JNE et Art fertile ont conjointement organisé une projection-débat sur le thème : « Bientôt une loi pour prévenir les crimes contre la nature ? ».

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Cet événement avait pour objet de mieux appréhender l’initiative « Arrêtons l’écocide en Europe ». C’est pourquoi, après la projection du film de fiction Black Sheep, de Jonathan King, les participants ont été invités à débattre, autour de trois invités :

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Françoise Nowak, Catherine Larrère, Etienne Klein et Valérie Cabanes lors du débat JNE/Art fertile sur l’écocide le 17 janvier 2014 au Conseil régional Ile-de-France – photo Eric Samson

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– Valérie CABANES, juriste spécialisée en droit international des droits de l’homme, et porte-parole de l’initiative citoyenne européenne : « End Ecocide in Europe »

 

– Etienne KLEIN, directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), philosophe des sciences et auteur de nombreux ouvrages, dont Allons-nous liquider la science ?, réédité chez Flammarion en 2013,

 

– Catherine LARRÈRE, philosophe, présidente de la Fondation de l’Ecologie politique et auteure, notamment du livre Du bon usage de la nature, avec Raphaël Larrère, réédité par Flammarion en 2009.

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Ces échanges, animés par la journaliste Françoise NOWAK (JNE) ont été enregistrés. Pour y accéder, il suffit de cliquer sur les liens ci-dessous, dont l’éditing a été réalisé par Richard Varrault.

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La première partie (38 minutes) est consacrée à une définition de l’écocide et aux interventions des invités

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La deuxième partie (33 minutes) rassemble les premiers échanges avec la salle

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La troisième partie (23 minutes) vous permet d’écouter la fin des échanges avec la salle et la conclusion du débat.

https://drive.google.com/file/d/0BxYFEG8Ew9AtbG5uN0g3cEZ6REE/edit?usp=sharing

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Pour la bonne compréhension de ces documents sonores, nous précisons que Françoise Nowak a incité les candidats à la parole et en attente d’un micro à imaginer un monde préservé des pollutions et des dégradations dont il souffre aujourd’hui. Elle leur a proposé de commencer leur intervention par un mot ou une expression traduisant la sensation ainsi générée, porteuse d’une perspective positive d’amélioration.

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Une pétition est ouverte pour demander au Parlement européen de reconnaître l’écocide comme un crime. Pour la lire et la signer, c’est ici.

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La manifestation a fait l’objet d’un partenariat avec le groupe LÉA NATURE et la fédération NATEXBIO. Elle a été accueillie par Corinne RUFET, Vice-présidente du Conseil régional d’Île-de-France chargée de l’environnement, de l’agriculture et de l’énergie, dans la salle Paul Delouvrier, mise à disposition par cette collectivité.

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« Bientôt une loi pour prévenir les crimes contre la nature ? » : une projection-débat JNE/Art fertile le 17 janvier 2014 à Paris


L’Association des journalistes écrivains pour la nature et l’écologie (JNE)

&
l’association Art fertile

ont le plaisir de vous inviter à la projection-débat qu’elles organisent sur le thème

« Bientôt une loi pour prévenir les crimes contre la nature ? »

Vendredi 17 janvier 2014 à 18 heures

Conseil régional d’Île-de-France – Salle Paul Delouvrier
35 bd des Invalides 75007 Paris (métro Saint-François-Xavier)

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AU PROGRAMME

Accueil des participants entre 18 h et 18 h 15

A 18 h 30
Projection de la comédie d’horreur néozélandaise Black Sheep (1 h 27, 2006), de Jonathan King
déconseillée aux moins de 12 ans

Henry, citadin phobique des moutons, retourne à la ferme familiale pour vendre ses parts à son frère aîné, sans se douter des expériences génétiques menées sur place sur ces quadrupèdes, dans un laboratoire secret. Hélas, au même moment, un de ces animaux mutants s’échappe. Un terrible fléau se répand… et c’est la vengeance des agneaux !

Après la projection : débat avec la salle autour des invité-e-s

Valérie CABANES, juriste spécialisée en droit international des droits de l’homme,
porte-parole de l’initiative citoyenne européenne : « End Ecocide in Europe »

Etienne KLEIN, directeur de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), philosophe des sciences et auteur de nombreux ouvrages, dont « Allons nous liquider la science ? », réédité chez Flammarion en 2013.

Catherine LARRÈRE, philosophe, présidente de la Fondation de l’Ecologie politique et auteure, notamment du livre « Du bon usage de la nature », avec Raphaël Larrère, réédité par Flammarion en 2009.

Les échanges seront animés par la journaliste Françoise NOWAK

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Cet événement se déroulera en présence de Corinne RUFET, Vice-présidente du Conseil régional d’Île-de-France chargée de l’environnement, de l’agriculture et de l’énergie

Il  est organisé en partenariat avec
La fédération NATEXBIO et le groupe LÉA NATURE

Entrée libre sur inscription par courriel uniquement à l’adresse : asso.jne@free.fr en précisant impérativement le nombre de réservations et le nom des personnes concernées. 

Les inscriptions seront effectives en fonction de la réponse qui vous sera donnée.

Un spectacle pour construire notre Renaissance

L’invention théâtrale et musicale intitulée « Renaissance » a une ambition de taille : donner des pistes à l’humanité pour qu’elle reste maîtresse de son avenir. Elle en appelle pour cela à Socrate, Léonard de Vinci et aux périodes de Renaissance qui nous ont précédés.


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par Françoise Nowak

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Monter sur les épaules des géants du passé pour regarder loin, vers 2043 ! Tel est le propos du spectacle « Renaissance », imaginé par le chef d’orchestre Michel Podolak.

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A travers les aventures d’une héroïne confrontée à un dérèglement technologique, cette création de l’écrivain et sociologue Frédéric Lenoir visite les grandes Renaissances antérieures, telle celle de l’Italie, au XVe siècle. Son objectif est de dégager les ressources dont l’humanité a besoin aujourd’hui pour rester maîtresse de son avenir.

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Pour y parvenir, cette production mélange joyeusement différentes disciplines artistiques et les nouvelles technologies, justement, sous la houlette du metteur en scène Christophe Luthringer. Elle fait également apparaître Socrate et Léonard de Vinci, pour leur donner la parole au présent. Selon Frédéric Lenoir, ces personnages nous montrent « ce que le monde peut devenir si nous reprenons la main sur nos innovations technologiques, si nous apprenons à écouter notre intuition, à passer de la logique de l’avoir à celle de l’être, de la peur à l’amour ». Un programme tout ce qu’il y a de plus écologique !
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Pour en savoir plus sur cette invention théâtrale et musicale, programmée à 19 h les 29, 30, 31 janvier et 1er février 2013, au théâtre du Gymnase à Paris :

http://www.renaissance2043.com/renaissance/le-spectacle/renaissance/

http://www.theatredugymnase.com/index.php?page=affiche

Réservations téléphoniques : 01 42 46 79 79.

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Entretien avec Alain Canet : l’arbre champêtre fait sortir du schéma dominant qui veut sauvegarder l’environnement à grand frais

En opposition aux approches environnementales « domaine par domaine », revendiquées sans succès dans le cadre du sommet Rio+ 20, le président de l’Association française d’agroforesterie, Alain Canet, propose une démarche simple, globale, transversale et rentable : remettre l’arbre au cœur des parcelles agricoles.

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Propos recueillis par Françoise Nowak
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Françoise Nowak : Alain Canet, vous présidez l’Association française d’agroforesterie, qui promeut l’ensemble des pratiques agricoles associant les arbres aux cultures ou à l’élevage. A ce titre, vous avez diffusé une sorte d’interpellation sur les vertus de l’arbre champêtre, à l’occasion de la tenue du sommet mondial dénommé Rio+20. Pourquoi ?

Alain Canet - photo Arbre & Paysage 32

Alain Canet : Les structures qui veulent promouvoir une meilleure gestion de notre avenir, et ont voulu peser sur les décisions prises dans le cadre du sommet Rio + 20, s’attachent généralement à un aspect particulier, sans le relier aux autres, comme s’il en était indépendant : les unes défendent la faune sauvage, d’autres militent pour la réduction des gaz à effets de serre, d’autres encore pour améliorer la qualité de l’eau…  Or l’expérience que nous avons de l’agroforesterie dans le monde et les recherches menées sur les arbres qui poussent en dehors des forêts, que ce soit au bord des routes, le long des rivières, parmi les cultures ou dans les zones d’élevage, montrent que ces végétaux constituent une clef de voûte très puissante : leur développement permet de réduire notablement l’ensemble de nos problèmes environnementaux. Ces plantes ont en outre leur raison d’être dans tous les écosystèmes terrestres…
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F. No. : En quoi l’arbre champêtre peut-il intervenir positivement, du point de vue climatique ?

A. C. : Ces arbres, tels les tilleuls ou les noisetiers, font office de brise-vent et de parasol. Ils résistent mieux que les arbres forestiers aux vents violents, parce que leur extension racinaire est 1,5 fois supérieure à celle de leurs cousins sylvestres. Grâce à ces effets, ils créent des microclimats et se comportent comme de véritables amortisseurs d’excès météorologiques.Par ailleurs, synthèse chlorophyllienne oblige, les végétaux ligneux proviennent tous à 99,8 % du carbone gazeux, ce fameux CO2 dont on voudrait aujourd’hui réduire et si possible piéger les émissions devenues trop élevées. Ceux qui nous intéressent ici peuvent de ce fait servir de puits de carbone à grande échelle pour limiter le changement climatique global consécutif à ce trop-plein, grâce à deux phénomènes méconnus. L’une de ces caractéristiques est que dans quatre cas sur cinq, ces pourvoyeurs d’ombre peuvent croître et se reproduire naturellement dans les espaces de prédilection que sont pour eux les pourtours de parcelles et les rives des cours d’eau. Il suffit pour cela d’arrêter de « nettoyer » systématiquement ces endroits, et de laisser s’y déployer les ronces qui y apparaissent de façon spontanée, pendant deux à trois ans. En effet, ces dernières tiennent lieu de terreau de choix pour les graines et autres glands perdus par les oiseaux qui passent à leur portée. C’est du reste ainsi que quasiment tous les chênes actuellement centenaires se sont formés ! L’autre phénomène est que notre planète dispose de surfaces énormes pour accueillir ce type d’arbres : la superficie utilisable à cette fin sans danger en bordure des routes françaises est par exemple aussi grande que celle de l’ensemble des parcs naturels de notre pays. Dans le seul département du Gers, elle représente déjà 3000 ha !

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F. No. : Vous parlez de même beaucoup du rôle de l’arbre champêtre, par rapport à l’humus. Pourquoi ?

A. C. : La raréfaction de l’humus devient critique. Il est désormais avéré que l’agriculture industrielle a fait passer dans le monde entier le volume de cette substance, dans les terres cultivées, de 4 % en moyenne, avant son avènement, à 1,5 % à présent, ceci pour deux raisons. D’une part, elle recourt systématiquement au labour. Ce processus détruit les microorganismes du sol pourtant indispensables pour générer la série des transformations qui aboutissent à cette matrice de la fertilité.Le dégagement d’azote disponible pour les plantes, opéré exclusivement par les champignons, en est une, et non des moindres ! Or la biodiversité dans son ensemble commence là : sans cette microflore et cette microfaune, la chaîne du vivant est rompue.D’autre part, cette pratique culturale met les terrains à nu la plus grande partie du temps, ce qui a deux effets négatifs. Le premier est qu’elle empêche ces véritables « estomacs » de consommer ce dont ils ont besoin en permanence pour être biologiquement vivants, donc productifs : je veux parler des matières issues de la décomposition des végétaux diversifiés qui s’y développeraient sans discontinuité et sans effort de notre part, comme dans les forêts, si l’on ne bridait pas la nature! Le second est que ces aires sont ainsi sujettes à une érosion galopante… Loin d’être anecdotique, ce pourcentage de 1,5 % traduit que nous sommes quasiment au seuil d’un état désertique massif, dans lequel plus rien ne pourra bientôt pousser, même sous perfusion d’engrais chimiques ! D’ailleurs, les rendements des cultures obtenues avec cette approche stérilisante baissent partout. Il est donc urgent de réagir !

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F. No. : En quoi les arbres champêtres peuvent-ils inverser cette situation dramatique ?

photo Arbre & Paysage 32

A. C. : Ils procurent une quantité d’humus particulièrement grande, puisque tous les ans, 40 % de leurs racines se décomposent sous cette forme, et cet humus retient l’eau comme une éponge. D’où l’importance colossale de la présence de ces plantes spécifiques, autant au sein des parcelles agricoles qu’à leur périphérie. En lisière, ces marqueurs du paysage attirent les insectes pollinisateurs et invitent une végétation couvrante variée à se développer spontanément autour d’eux, de l’herbe à la mousse, en passant par leurs rejets… De quoi héberger une faune dite « auxiliaire », telles les coccinelles, qui protège très efficacement les cultures situées à proximité des maladies comme des ravageurs.Loin de nuire aux cultures et de les envahir, les arbres plantés parmi elles leur sont eux aussi bénéfiques, si on sait associer et bien positionner ces différentes catégories de végétaux les unes vis-à-vis des autres. Il suffit de faucher épisodiquement la ligne de prairie naturelle qui prend naissance entre elles et de ne pas dépasser un maximum de 50 arbres à l’hectare, pour que tout se passe bien. Les rendements augmentent alors considérablement : par leur effet brise-vent, les systèmes agroforestiers induisent un gain de production pouvant osciller entre 5 et 30 %, dans les grandes cultures et dans les secteurs de maraîchage. Mieux, leur impact de protecteur climatique peut faire doubler le tonnage des pommes et des poires, dans les vergers ! En outre, une étude de l’INRA datée de 2009, qui ne tient pas compte de ces paramètres, atteste que ces associations peuvent intensifier la production globale de 36 % !… Et je ne parle pas de la possibilité offerte de reconstituer un sol riche de manière accélérée, à partir d’un broyat de jeunes branches fraîches que l’on appelle Bois raméal fragmenté (BRF).

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F. No : On imagine que l’eau joue un rôle non négligeable dans ce processus… Au-delà de retenir cet élément vital sur place, quel impact les arbres champêtres ont-ils sur ce chapitre ?

Agroforesterie en Charente - photo Arbre & Paysage 32

A. C. : Le fait qu’ils améliorent la perméabilité de la terre, en la décompactant, par l’intermédiaire de leurs racines, est relativement connu. Qui sait, en revanche, qu’ils font office d’arrosoirs souterrains pour les plantes avoisinantes dans un rayon égal à leur hauteur, en créant des sortes de réseaux hydrographiques secondaires ? Ajoutons que par leur apport en humus, et en protégeant les parcelles de l’assèchement par leur effet thermique, ils augmentent encore la quantité d’eau localement mobilisable pour les cultures.Par ailleurs, ces « gîtes d’oiseaux » réduisent la vitesse du ruissellement consécutif aux intempéries, jouant ainsi un rôle naturel d’écrêteur de crue : on a observé qu’ils peuvent retarder d’un mois, voire davantage, le transfert de certaines pluies automnales vers les rivières. Concernant la qualité de l’eau, maintenant, ils ont un double effet. D’une part, la bonne santé biologique du sol qu’ils créent et la faune auxiliaire qu’ils convient amènent à réduire, voire à supprimer le recours aux fertilisants et pesticides artificiels pour les plantes des alentours. Voilà qui neutralise le risque de voir ces substances qu’on économise  emportées par les précipitations jusqu’au milieu aquatique situé en aval ! D’autre part, ces grands végétaux ont la capacité d’intercepter, de stocker et de transformer à leur profit ces mêmes composés, lorsque les eaux qui s’écoulent à leur pied en contiennent. C’est dire leurs vertus épuratoires.Affirmer que les arbres champêtres nous aident à régler nos différents problèmes environnementaux de façon globale et transversale n’a décidément rien d’exagéré !

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F. NO : Qui plus est, vous affirmez que l’agroforesterie est une activité rentable ?

A. C. : Oui ! Pour commencer, en conséquence des bienfaits précédents, elle occasionne de l’épargne, de deux manières. Premièrement, elle fait diminuer, voire réduit à zéro, le budget alloué aux produits phytosanitaires. Deuxièmement, elle allège ou supprime les investissements en machines agricoles nécessaires pour épandre ces produits et pour irriguer, ainsi que les achats d’eau. Ensuite, elle améliore le rendement des cultures… Enfin, elle fournit gratuitement des matériaux précieux. De nos jours, le bois noble utilisé en Europe provient aux 4/5 de forêts lointaines que l’on dégrade pour exploiter ce filon. Pourtant, les arbres champêtres de nos contrées ont les qualités requises pour nous approvisionner, près de chez nous, en grosses branches dont on peut faire les parquets et les toitures. Ils sont aussi pourvoyeurs de bois de chauffage, actuellement sous la forme de bûches et de plaquettes, et cette énergie renouvelable est à juste titre de plus en plus prisée. J’ai déjà parlé du BRF qui peut éviter l’acquisition de paillage et est également commercialisable, à hauteur de 25 € le m3, mais il ne faut pas oublier les fruits que donnent ces arbres, l’éco-tourisme que peut engendrer la beauté et la biodiversité du paysage qu’ils dessinent et le miel qui peut être récolté dans les parages.

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Trogne - photo Arbre & Paysage 32

Il est même possible d’intensifier l’ensemble des productions correspondantes grâce à une taille régulière spécifique. Celle-ci provoque des ramifications très importantes, hors de portée du bétail et des animaux sauvages, en prolongeant la vie de l’arbre qui prend alors le nom de « trogne » … De plus, lors de cette taille, la coupe du feuillage et des jeunes rameaux fournit un fourrage supplémentaire, loin d’être négligeable.Là où une ou plusieurs de ces possibilités sont correctement mises en œuvre, les exploitants peuvent à terme gagner au moins deux fois mieux leur vie. C’est déjà le cas des paysans du Périgord qui élèvent des canards sous des noyers dont ils assurent la récolte et sur lesquels ils prélèvent du bois, tandis que la fiente des dits canards nourrit leur terre !

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F.NO. : Cette activité peut-elle être créatrice d’emplois ?

A.C. : Sans aucun doute, et cela en transformant des contraintes réglementaires en opportunité ! Dans le Gers où j’habite, sur les 1000 km qui bordent des cours d’eau, la moitié ne compte presque pas d’arbres. Or les frênes colonisent spontanément ces territoires. On pourrait leur accorder la place qu’ils veulent prendre, sur les berges concernées, plutôt de les éliminer, dès qu’ils manifestent leur existence ! On en compterait alors, dix ans plus tard, au moins 50 000, sur les 500 km de bandes enherbées de 2 m de large exigées là par la PAC. Au lieu d’être subi, ce prélèvement d’espace sur les cultures, qui vise à protéger l’eau des pollutions générées par l’agriculture, serait profitable. Il conduirait à doter la région de deux postes d’experts agroforestiers, de celui d’un menuisier, de celui d’un négociant en bois, et permettrait à un apiculteur de s’installer !

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F.No. : Forte de ces qualités, l’agroforesterie s’est largement développée dans les pays dits du Sud. Pourquoi n’est-ce pas le cas ailleurs, et en particulier en Europe ?

A. C. : Après la Deuxième Guerre mondiale, l’arbre champêtre a été considéré comme gênant, parce qu’il rendait peu aisé le maniement des machines agricoles mises alors sur le marché. En prime, le pétrole n’était pas cher, et l’exode rural privait de la main d’œuvre requise pour les coupes à réaliser. On ignorait également l’importance du rôle de l’humus.A notre époque, tout cela a changé ! Nous disposons en particulier de machines performantes, peu onéreuses et peu consommatrices d’énergie pour collecter le bois. Pour autant, ce qui freine le développement de l’agroforesterie, ce ne sont ni les contraintes pratiques, ni son coût – et pour cause – mais des idées reçues très regrettables !

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F. No. : Quelles sont ces idées reçues ?

A. C. : Beaucoup d’exploitants perçoivent l’arbre comme un intrus, comme un empêcheur de cultiver en rond, alors que c’est un intrant ! Ils voient uniquement l’encombrement correspondant et la surface qu’il « retire » à leurs cultures, sans en voir tous les avantages.De plus, les plus productivistes d’entre eux ne jurent que par la monoculture : ils ont du mal à accepter que ce réservoir de biodiversité puisse être un élément clé de l’économie agricole. Si l’on regarde maintenant du côté des collectivités, laisser des ronces au bord des chemins et des routes s’oppose à l’image de propreté qu’elles veulent donner. Il y a un gros travail de communication à faire pour les convaincre de s’engager dans cette voie. Enfin, l’arbre champêtre fait sortir du schéma dominant qui veut sauvegarder l’environnement « à grand frais », alors que ce modèle n’est ni viable, ni souhaitable ! L’agroforesterie ouvre la voie d’une production agricole rentable, qui s’avère vertueuse et durable, parce qu’elle préserve la nature en même temps ! Cette approche est tellement simple, qu’elle dérange énormément de gens, mais c’est aussi ce qui fait sa force. Espérons que les décideurs des prochains sommets onusiens prendront rapidement la mesure des enjeux cruciaux qu’elle représente !

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Pour en savoir plus :

www.agroforesterie.fr

www.arbre-et-paysage32.com

http://www.youtube.com/watch?v=P831hBMJB_w

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Les trognes, l’arbre paysan aux mille usages, de Dominique Mansion (Editions Ouest France, 2010).

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Exposition « Trognes, têtards et têteaux », Ecomusée de la Brenne (Indre), du 30 juin 2012 au 31 décembre 2012.
http://www.parc-naturel-brenne.fr/images/phocagallery/dmdocuments/expo-ecomusee-trognes-2012.pdf

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« Le Grand blanc, du mythe à la réalité » : un ouvrage aussi beau que salutaire


Avec
Le Grand blanc, du mythe à la réalité, le requin mythique a trouvé son indispensable porte parole. Simple, très accessible et agréable à lire, autant qu’érudit et riche sur le plan scientifique, il est à mettre dans toutes les bibliothèques.

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par Françoise Nowak

Si les grands requins blancs de False Bay, en Afrique du Sud sont coutumiers de ces spectaculaires sauts d'attaque, il est rarissime d'observer un tel comportement de la part d'un grand requin blanc australien.© Patrice Héraud

 

Acte d’amour, de science, de culture et de salut public ! Le livre Le Grand blanc, du mythe à la réalité, paru chez Glénat en septembre 2011, est tout cela à la fois.

Ses deux auteurs : le photographe professionnel et instructeur de plongée Patrice Héraud, ainsi que la vulgarisatrice scientifique Alexandrine Civard-Racinais (JNE), y font montre en même temps d’une recherche pointue, à l‘objectivité sans faille, et d’une forme de sympathie, liée à l’expérience. En effet, d’un côté, le premier est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes français du requin blanc, après l’avoir étudié, photographié et filmé pendant plus de 20 ans ; de l’autre, la seconde s’est largement immergée dans l’univers marin, à l’occasion d’une précédente publication consacrée aux constructions subaquatiques de l’architecte Jacques Rougerie.


Parmi les découvertes scientifiques les plus étonnantes que cet ouvrage à deux mains révèle, notons que contrairement aux idées reçues, le poisson cartilagineux mythique (dit Carcharodon Carcharias) n’est pas un animal exclusivement solitaire : il a été observé en groupe, en particulier près des îles Farallon, à 40 km des côtes californiennes. L’expert Mauricio Hoyos pense même que près de l’île de Guadalupe, il mène des actions concertées de capture dans ce cadre. Par ailleurs, loin d’être « primitif », comme certains le croient toujours, il possède notamment des récepteurs sensibles aux faibles champs électriques, dénommés « ampoules de Lorenzini ». De la sorte, il peut détecter le moindre battement de cœur et mouvement respiratoire des « nourritures vivantes » qui l‘intéressent, même lorsqu’elles sont cachées !

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Confusion alimentaire

De plus, lorsqu’il en a besoin, il peut projeter ses mâchoires en avant, ce qu’il fait systématiquement pour identifier tout objet nouveau attisant son appétit ou sa curiosité (cage d’exploration pour protéger des touristes, par exemple). Pour autant, cet être n’a rien de l’image du mangeur d’hommes sanguinaire que les montages sur Internet et la fiction Les dents de mer continuent de véhiculer, au regret de l’un de ses scénaristes, depuis qu’il s’est penché sur le réel comportement de cette force de la nature!

D’ailleurs, les chiffres donnés sont parlants : « Entre 2000 et 2010, l’International Shark Attack File (ISAF) a recensé sept cent quinze attaques de requins, dont soixante six attribuées à un grand blanc. Pour un total de quatorze victimes », affirme Alexandrine Civard-Racinais. En ce qui concerne la population globale des humains, la probabilité de mourir suite à une telle attaque serait même insignifiante. « D’après les calculs effectués par l’ISAF, elle était de 1 sur 3,7 millions en 2003 », témoigne l’investigatrice. Ainsi, les guêpes et les serpents font bien plus de morts que les requins, sans compter le moustique anophèle « qui est à lui seul à l’origine de près de huit mille décès chaque année», souligne notre interlocutrice. D’ailleurs pour les spécialistes, il semblerait que « la plupart des attaques non provoquées soient dues à une confusion alimentaire », continue-t-elle, d’où le fait que fort peu sont fatales pour l’homme.

Déformation du mot requiem

Hélas, pour le directeur de l’ISAF, « un homme sur une planche de surf ou un plongeur gainé de noir peuvent facilement être pris pour une proie, si l’on adopte le point de vue d’un grand requin blanc en chasse ! »
A bon entendeur salut, en tout cas : si l’on croise ce type de bête, la fuite est tout à fait déconseillée !
L’attitude adéquate, selon l’apnéiste Fred Buyle, est d’« affirmer au contraire sa position dans l’eau. Il faut montrer son assurance et établir le contact. Sans jamais oublier qu’il s’agit d’un animal sauvage ».

Animal mythique et redouté, le grand requin blanc est une merveille de l'évolution.© Patrice Héraud


Côté culture, cette nouvelle publication est également édifiante. D’une part, elle rappelle que le mot requin est une déformation du mot « requiem » parce que la seule évocation de cet habitant des océansa trop longtemps été associée à l’idée de trépas sans appel pour nous. D’autre part, on y (re)découvre le caractère visionnaire des romans de Jules Verne. Les quelques lignes suivantes, extraites de Vingt mille lieues sous les mers, sont saisissantes : « (…) ce fléau n’est rien encore auprès de celui qui frappera nos descendants, lorsque les mers seront dépeuplées de baleines et de phoques. Alors, encombrées de poupes, de méduses, de calmars, elles deviendront de vaste foyers d’infection, puisque leurs flots ne possèderont plus ces vastes estomacs que Dieu avait chargé d’écumer la surface des mers ». Or, avec la dangereuse menace d’extinction qui pèse sur les différentes espèces de requins, dont le requin blanc, c’est exactement ce qui est en train de se passer !

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Interdite au large

Ce phénomène résulte de la cruauté effroyable avec laquelle ces animaux sont amputés de leurs ailerons (vendus fort chers) par des pêcheurs sans âme, qui les rejettent ensuite à la mer pour une agonie qui peut durer plus de 90 jours, mais aussi de l’agressivité de certains de nos congénères attachés à les tuer pour délit de « squale gueule »… Sans oublier la catastrophe écologique que représentent les grosses pêcheries commerciales.

Les filets de fond de ces vastes usines flottantes sont équipés d’hameçons multiples et ne font aucune différence entre les harengs, les sennes et les carcharodons carcharias. De ce fait, ces systèmes constituent la principale cause de mortalité de ces ovovivipares. La dissection de l’un d’eux a permis de retrouver dans son appareil digestif huit gros hameçons et plusieurs mètres de ce type de filet…


Œuvre de salut public : il s’agit bien de cela pour ce beau livre, remarquablement écrit, et dont les très nombreuses photos sont plus belles et instructives les unes que les autres. En rassemblant toutes ces informations qui touchent de concert notre rationalité et notre sensibilité, en mettant en regard le peu d’engagement efficace pris pour protéger cet animal, il donne au lecteur les moyens d’agir.

.Chacun de nous peut intervenir pour faire partager ces connaissances, exiger un autre modèle de pêcherie, et demander entre autres que toute découpe de requin soit interdite au large, avec un contrôle réel de ce qui se pratique : il y va de l’avenir de notre propre espèce. Or nous le savons tous : avant d’arriver à la mer et au redouté prédateur… les petits ruisseaux font les grandes rivières.

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Editions Glénat, 147 pages, 30 € – www.glenatlivres.com
Contact presse : Sophie Gallet. Tél.: 01 41 46 18 06 – sophie.gallet@glenat.com

 

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La baleine a dansé à Millançay

Ce texte a été écrit à partir de mots proposés par les participants de la table ronde programmée aux Entretiens de Millançay en 2011 sur le thème : «Comment vivre heureux ensemble dans les villes et les territoires, en prenant pour tremplin de réflexion les actions engagées entre autres par les mouvements « Colibris », « Villes en transition », slow food, slow city, et l’association Biomimicry Europa ».

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par Françoise Nowak

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Le processus a été le suivant : Françoise Nowak, l’animatrice de ce débat, a invité chaque personne sur le point de prendre la parole à d’abord se remémorer dans le silence un moment heureux, puis à traduire sa sensation de l’instant par un terme et un geste de son choix. Françoise Nowak s’est parallèlement engagée à écrire un poème à partir de ces mots (voir ci-dessous).

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L’objectif poursuivi était de favoriser une « incorporation » positive du sujet, pour sortir des mentalisations habituelles, peu fertiles.

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Voici la liste correspondante : conscience, caresse, première fraise de la saison, cohérence, saison, câlin, don, regard, danse, remerciement, baleine, calme, présence, nature, terre, beauté, l’horizon de la forêt, le grand bain.

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La baleine a dansé, hier à Millançay !
Le bonheur était là, calme, dans la présence,
Ensoleillé d’humains, baigné dans la
conscience,
Emu, en
cohérence, émerveillé, léger!

Certains ont même osé la tendresse charmée,
La chanson et le rire à gorge déployée.
Dans le cercle élargi, mais oui, c’était la vie :
La
beauté d’échanger sur cette terre amie !

Les regards étaient bons, et comme une cueillie
Première de saison, la fraise
rosissait
Sur la joue effleurée, étonnée et ravie ;
Le changement est là : c’est bien simple… on s’aimait !

L’agroforesterie a fleuri au jardin,
Le territoire, lui, a recherché le lien,
D’un vivre ensemble heureux, dans un slow harmonieux !
Quant à la thérapie, c’était à qui mieux-mieux !

L’éducation aussi a trouvé témoignage,
Un modèle inspiré s’incarnant à chaque âge.
Quant au voyage osé dans la nuit solitaire,
Il chantait dans le choeur de l’étoile polaire.

Incarnons nos souhaits en créant la monnaie
De la félicité ! Devenons maraîcher,
En sachant séparer le bon grain de l’ivraie,
Et découvrons comment nous pouvons « bien manger » !

N’oublions pas non plus que la nature parle
A ceux qui, détendus, se laissent inspirer :
Nous savons la sculpter afin de l’honorer,
Pour plus d’éternité et d’énergie vitale…

Ces leçons ont porté. C’était comme un festin !
A l’horizon
sacré, vibrant de la forêt
Notre rêve a volé vers un nouveau destin,
Prêt pour l’incarnation, sans peur et sans regret !

Voilà déjà vingt ans qu’il est dans le grand bain
De la transformation personnelle et plurielle,
Autour de mandalas, de contes en kyrielle :
L’avenir montrera que ce n’est pas en vain !

Remerciements à toi, le grand inspirateur,
Pour ce
don que tu fais, et ton accueil serein
Mais nous dirons aussi à l’organisateur,
Que manque bien des fois le présent féminin…

Ah ! Ce modèle ancien toujours à chahuter !
Quel beau piège il recèle pour la Présidence !
Cependant nos
câlins célèbrent l’excellence :
La baleine a dansé, hier à Millançay !

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Paris, Le 9 octobre 2011

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Le Centre Wallonie-Bruxelles de Paris : une adresse d’excellence

Le Centre Wallonie-Bruxelles est un lieu peu connu à Paris. Or on y trouve des joyaux, dans chacune des formes d’expression artistiques et littéraires, cinéma en tête. L’Association des journalistes et écrivains pour la nature et l’écologie (JNE) lui rend d’autant plus hommage qu’elle a pu fertiliser les découvertes qu’elle y a déjà faites, dans le cadre de ses propres activités.

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par Françoise Nowak

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Trop méconnue, et pourtant si enrichissante ! Au-delà du cycle La planète en question dans le cadre de la Quinzaine du cinéma francophone (lire notre article ici), la programmation du Centre Wallonie-Bruxelles vaut tout entière le détour !

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De longue date, cet espace culturel situé en face du Centre Pompidou, et particulièrement son responsable du Cinéma, Louis Héliot, tracent un sillon aussi innovant et qualitatif que convivial. Non seulement ils multiplient les avant-premières, rencontres, spectacles et expositions de jeunes talents remarquables, mais les créateurs et réalisateurs concernés sont très souvent présents pour répondre aux questions du public… ceci dans une simplicité belgissime… exemplaire !

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Rappelons que c’est à ce même spécialiste du cinéma que l’association de journalistes qui anime ce site doit d’avoir « déniché » le film Nature contre nature, du réalisateur Lucas Belvaux.

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Cette fiction, aussi intelligente que déjantée, figurait dans une rétrospective consacrée à ce réalisateur au Centre Wallonie-Bruxelles, en 2009. Elle a ainsi pu servir de base à la projection-débat, très appréciée, que nous avons organisée sur le thème « Des monnaies complémentaires pour un monde meilleur », en février 2010. Plus de 240 personnes de tous horizons ont participé à cet événement !

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Nous avions d’ailleurs dédié cette soirée à Louis Héliot, personnalité dont les actions au service du développement du cinéma et des comédiens belges resteront certainement dans l’histoire.

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Depuis, Nature contre nature a été repris dans d’autres contextes, et notamment au Salon Marjolaine, en novembre 2010.

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Pour ne bouder ni notre plaisir, ni notre désir de découvrir le monde, n’hésitons pas. Le Centre Wallonie-Bruxelles est une adresse d’excellence !

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Pour en savoir plus : www.cwb.fr

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La planète en question au Centre Wallonie-Bruxelles de Paris

Le Centre culturel belge de Paris présente en avant-première une série documentaire sur le développement durable, les 7 et 14 octobre 2011.

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Par Françoise Nowak

"Campus Kassapa"

 

Le Centre Wallonie-Bruxelles (lire notre article en cliquant ici) programme « notre avenir » en avant-première ! Du 5 au 15 octobre 2011, sa Quinzaine de cinéma francophone consacrera deux soirées à quatre documentaires regroupés sous le titre La planète en question, jamais encore diffusés en France.

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Cette série, produite par la société belge Iota Production, s’attache à promouvoir les objectifs du millénaire pour le développement durable, que les Nations Unies se sont engagées – en 2000 – à avoir atteints en 2015. Une tâche qui s’avère d’autant plus indispensable que nous sommes bien loin du compte…

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Le premier des films projetés, le 7 octobre 2011 à 20 h 30, est Campus Kassapa (2010), de Ronnie Ramirez.

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Il dresse le portrait intime de quatre étudiants qui tentent, à côté de 25 000 autres, de mener à bien des études dans le campus délabré de l’Université de Lumumbashi, au Congo.

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"L'homme qui cachait la forêt"

 

Le même soir, pleins feux seront mis sur le Laos, au travers de L’Homme qui cachait la Forêt (2010), de Jean-Philippe Martin.

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Ce documentaire traite de la déforestation massive à l’oeuvre dans ce pays, victime de ses richesses naturelles.

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Il valorise des initiatives constructives qui s’y opposent : les actions montrées travaillent à restaurer le lien entre l’homme et la nature, et à faire comprendre l’interdépendance qui les unit.

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Assurément fertile

" Les Moissons de la faim"

 

Le deuxième volet de la série, le 14 octobre 2011, proposera tout d’abord Les Moissons de la faim, de Marie-France Collard.

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La réalisatrice y raconte l’histoire d’une moisson de blé, de la production de la graine à la consommation des produits transformés qui en résultent.

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Elle décrit ainsi comment notre organisation actuelle relie, pour le pire et non pour le meilleur, les destins de paysans très éloignés : d’un côté, ils sont français et belges, de l’autre ils sont boliviens, vénézuéliens et colombiens.

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"Mokoomba"

 

La programmation se terminera par Mokoomba, d’une rive à l’autre (2010), de François Ducat et Frank Dalmat, consacré à l’histoire d’un groupe de musiciens du Zimbabwe invité à faire trois mois de tournée en Europe.

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Ici, la thématique abordée est le rapport entre la culture et le développement durable. Elle prend la forme d’un questionnement sur les conditions à réunir pour faire de la culture un levier économique dans les pays du Sud.

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Outre l’intérêt de découvrir La Planète en question, ceux qui se rendront au Centre Wallonie-Bruxelles les 7 et 14 octobre 2011 auront matière à débattre : les réalisateurs des films seront eux aussi de la partie, pour un échange avec le public assurément fertile !

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Plaignons ceux qui, en préférant rester chez eux… ne bougeront pas d’un iota !

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Les Entretiens de Millançay 2011 : demandez le programme !

La programmation 2011 des Entretiens de Millançay, titrée « Vivre heureux, c’est possible », rend particulièrement hommage aux arbres.

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par Françoise Nowak

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Les Entretiens de Millançay se déroulent du 30 septembre au 2 octobre 2011 (lire ici l’interview de Philippe Desbrosses). Cette année, le thème retenu pour ces échanges champêtres est « Vivre heureux, c’est possible !». Très inspirées par la chanson de Georges Brassens qui commence par la phrase « Auprès de mon arbre, je vivais heureux », ces journées font une large place à ces amis pourvoyeurs d’ombre. « Ces grands végétaux sont des piliers de l’écosystème », annonce Philippe Desbrosses, président fondateur de la ferme biologique Sainte-Marthe et concepteur du programme. « Une découverte récente nous montre notamment que, loin de concurrencer les autres plantes, ils permettent de faire circuler dans le sol les ressources nécessaires à celles qui les environnent », poursuit notre interlocuteur…

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Pour en savoir plus, rendez-vous aux adresses suivantes, ou mieux encore, sur place !

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http://www.entretiensdemillancay.org/wp-content/uploads/2011/09/Progr-EntretiensMillancay2011.pdf

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http://www.intelligenceverte.org

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Philippe Desbrosses : « Les Entretiens de Millançay, ce n’est rien d’autre que du bonheur ! »

Les Entretiens de Millançay fêtent leur 20e anniversaire, en cette année 2011 (programme ici). Une excellente occasion de retourner aux origines de cette programmation pluridisciplinaire, aussi champêtre qu’internationale, et de mesurer le chemin parcouru depuis sa création. Découverte, avec son concepteur Philippe Desbrosses.

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Propos recueillis par Françoise Nowak, le 23 septembre 2011

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Françoise Nowak : Philippe Desbrosses, vous êtes le président fondateur de la ferme biologique Sainte-Marthe et de l’association Intelligence verte, qui organise Les entretiens de Millançay dans le village solognot du même nom. Pourquoi avez-vous lancé ces rencontres sur l’environnement, l’agriculture, la médecine et l’éducation alternatives ?

Portrait de Ph. Desbrosses extrait du film de Coline Serreau

 

Philippe Desbrosses : Nous avons créé ensemble cet événement en 1992, mon ami François Plassard* et moi, pour donner de la lisibilité à la réforme de la Politique agricole commune (PAC) qui était en cours. Dans la région, je voyais les petits paysans manifester de façon très violente. Ils sont allés jusqu’à incendier un camion dans lequel il y avait des animaux, qui ont brûlé vifs !

Or, pour une fois, la PAC leur était favorable, puisqu’elle prévoyait d’affecter ses aides non plus en fonction des quintaux et des hectolitres produits, mais de la surface de terre cultivée. Probablement, ces manifestants n’avaient pas lu le texte qu’ils dénonçaient, et qui a hélas été détourné par la suite ! Ils étaient certainement manipulés par le lobby des gros exploitants … Nous avons donc décidé d’essayer de les alerter.

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F. No. : Cette première saison a-t-elle été un succès ?

Ph. D. : Jamais nous n’aurions pu imaginer une telle réussite ! Non seulement une bonne soixantaine de paysans, d’élus locaux et régionaux étaient au rendez-vous, pour rencontrer les spécialistes bruxellois que nous avions invités, mais nous avons fait la une de la presse écrite et télévisuelle, à cette même échelle! FR3 Région Centre a carrément ouvert son sujet sur nous en disant : « A Millançay (dans le Loir-et-Cher), on refait le monde » ! Comme la fréquentation n’a dès lors pas cessé de croître, et que le montage de cette manifestation devenait de plus en plus conséquent, nous avons décidé de dissocier la gestion de mon site agricole de celle des ces trois jours d’échanges annuels. Voilà comment l’association Intelligence Verte est née, en 1999.

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F. No. : D’où vient le nom de cette manifestation ?

Ph. D. : En 1974, Jacques Chancel m’a invité à l’une de ses « Radioscopies » sur France Inter, en tant que responsable de la ferme Sainte-Marthe, dont le caractère pionnier à bien des égards, l’avait interpellé.

La date de cette émission était en plein dans Les entretiens de Bichat. A cette période, les journaux diffusaient en boucle que ces débats de haute volée préconisaient de lutter contre l’obésité, en retirant 1,50 m d’intestin aux victimes de cette maladie. Ce « remède » était censé minimiser les effets caloriques d’une surconsommation, et nous avons largement commenté cette sinistre façon de réduire l’être humain à des tuyauteries ! En 1992, je me suis souvenu de cette instance si prestigieuse, capable de valoriser des idées à ce point stupides ! J’ai donc choisi d’appeler notre tout petit rendez-vous de Gaulois irréductibles et déterminés en référence à elle, autant par provocation que par dérision ! Je voulais ainsi compenser notre « insignifiance », face à l’énorme machine que nous voulions arrêter… Ce caractère provocateur a du reste contribué de façon décisive à l’impact de notre initiative!

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F. No. : Quelle est la fréquentation des Entretiens de Millançay aujourd’hui ?

Ph. D. : Nous accueillons maintenant près de 600 personnes à ce rassemblement de trois jours annuels. La plupart sont des fidèles, qui assistent à l’intégralité de la programmation, parmi lesquels les anciens stagiaires des formations à l’agriculture biologique concoctées par la ferme Sainte-Marthe. Notre aventure millançéenne est devenue un passage obligé, si j’ose dire, pour l’intelligensia française et européenne impliquée dans les domaines abordés. Qui plus est, elle donne l’occasion à des responsables de haut niveau, chacun dans leur secteur, d’avoir des échanges pluridisciplinaires qu’ils n’ont apparemment nulle part ailleurs. Je pense par exemple à l’année 2003 où le professeur de cancérologie Dominique Belpomme, venu à titre individuel, est entré en grande conversation avec quatre de nos invités prestigieux : le généticien Albert Jacquard, le botaniste-écologiste Jean-Marie Pelt et le journaliste Nicolas Hulot. Ils se sont carrément fait peur mutuellement sur l’avenir de notre planète, mais je crois qu’ils ont été très heureux des liens qu’ils ont tissé là !

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F. No. : Il semble que la localisation et le contenu de ces entretiens soient aussi hors normes…

Ph. D. : C’est vra i! Tout ici se passe en pleine campagne, dans une extrême simplicité, et dans une atmosphère d’une rare convivialité. De plus, les nourritures terrestres, la créativité, et l’expression du corps sont de la partie! Depuis le début, nous faisons appel au grand chef cuisinier Jean Montagard. Il propose des repas gourmets, biologiques et végétariens, faits avec amour, et délicieux à la fois pour les papilles et les yeux. Nous les facturons à prix coûtant, ce qui leur confère encore plus d’attractivité ! Nous invitons de même le public à participer à la fabrication de mandalas artistiques faits à partir de sables colorés et de différents matériaux naturels : cette activité est accompagnée par le spécialiste de l’influence des plantes Marc Grollimund. Ceux qui le souhaitent peuvent encore commencer la matinée en beauté par un cours de Qi Gong avec le docteur Hanh Ngoc Nguyen, qui enseigne cette discipline. Enfin, chaque année, nous innovons. Cette saison, un jeu permettra d’apprendre à tout âge comment créer un jardin potager sans pesticides. Nous diffuserons également un spectacle signé et présenté par la navigatrice Isabelle Autissier.

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F. No. : Qu’est-ce que les Entretiens de Millançay vous apportent, personnellement ?

Ph. D. : Ils me donnent la chance inouïe de pouvoir réunir des personnes exceptionnelles, de partager des moments d’humanité avec elles. Je suis inspiré par les idées qui fleurissent dans ce contexte. Je savoure à sa juste valeur cette ambiance studieuse et festive… Bref ce n’est rien d’autre que du bonheur !

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* François Plassard animait alors des Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (CIVAM).

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