Dalila Boudjemaa

Dans le nouveau gouvernement algérien, l’environnement rattaché aux ressources en eau

Voici un article sur le remaniement ministériel en Algérie et la nouvelle place de l’environnement dans le gouvernement, publié dans le quotidien algérien Reporters du samedi 16 mai 2015. 

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par M’hamed Rebah

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Le remaniement partiel du gouvernement opéré en Algérie, jeudi 14 mai, a touché le ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement (MATE), qui éclate et disparaît, cédant son département Environnement au ministère des Ressources en eau (qui devient MREE), confié à Abdelouahab Nouri. En même temps, la ministre, Dalila Boudjemaa, quitte le gouvernement. Le département Aménagement du territoire est érigé en un ministère qui inclut aussi le  tourisme et l’artisanat.

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La création, en août 2000, du MATE avait constitué une première en Algérie, mettant fin, pour l’environnement, à plus d’un quart de siècle de «nomadisme» institutionnel, depuis la création, en 1974, du Comité national de l’environnement.

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En 2015, on a l’impression de revenir à la conception qui avait cours en 1977, quand une réorganisation du gouvernement avait fait apparaître pour la première fois de façon explicite, la « protection de l’environnement » dans l’intitulé d’un ministère chargé également de l’hydraulique et de la mise en valeur des terres.

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On peut espérer maintenant que les ressources en eau seront dorénavant bien protégées. Leur ennemi n°1 est la pollution, qui vient de partout : habitations non raccordées au réseau d’assainissement ou alors défaillances dans le fonctionnement du système, eaux issues des activités de l’agriculture et surtout les activités industrielles dépourvues de stations d’épuration des eaux usées, comme le montre l’exemple significatif de la contamination par des substances chimiques du lac de Reghaïa, près d’Alger, dont l’eau est utilisée pour l’irrigation des cultures qui sont pratiquées dans son périmètre (lire notre article ici).

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Dans ce paysage institutionnel remodelé, le risque pour l’écologie est qu’elle soit de nouveau oubliée en Algérie, alors que la protection de l’environnement correspond à l’intérêt de tous. Chacun, à tout âge, peut y contribuer de diverses formes, par exemple, participer aux campagnes de reboisement en plantant des arbres, ou faire preuve de civisme en évitant de jeter les déchets ménagers n’importe où, et en s’abstenant de faire du bruit qui importune le voisinage.

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Les formes les plus sophistiquées de l’action écologique sont malheureusement, dans notre pays, inaccessibles au plus grand nombre parce qu’elles correspondent à un « niveau de développement humain optimum » que nous n’avons pas encore atteint, comme l’a fait remarquer Iman Houda Feraoun, dans une contribution publiée par un confrère. Cette chercheuse, qui est devenue ministre des PTIC (Postes et Technologies de l’information et de la communication), nous a toutefois rassurés en nous rappelant que nous sommes encore très loin du niveau de développement où « nous nous sentirions coupables devant les accusations de crime contre l’environnement ».

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Economiser l’eau et l’énergie, prévenir les catastrophes et ne pas construire dans les zones inondables ou à risque sismique, cela reste incompréhensible pour un grand nombre d’Algériens, y compris au sein des institutions, dans un contexte où nous avons toutes les peines du monde à tenir nos villes propres et à respecter le modus vivendi qui est à la base de la cohésion sociale en milieu urbain.

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L’Algérie est considérée comme un pays « moins regardant » sur les questions écologiques, ce qui se traduit dans notre cadre de vie par la saleté ambiante, la pollution de l’air et le bruit qui empoisonnent la vie des citadins, insensiblement. Le nouveau ministre chargé de l’Environnement, Abdelouahab Nouri, saura-t-il exploiter le potentiel qu’offre le mouvement associatif pour donner une plus grande impulsion aux efforts visant à faire émerger l’éco-citoyenneté et faire renaître le civisme qui existait dans notre pays ?

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Evidemment, les institutions de l’Etat, particulièrement à l’échelle locale, c’est-à-dire la commune, doivent donner l’exemple en matière de respect des dispositions législatives et réglementaires de protection de l’environnement. Sinon, inutile de se faire des illusions, rien ne changera.

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Ceci dit, il y a des actions urgentes qui attendent le ministre, notamment revoir le programme national de gestion des déchets ménagers (PROGDEM) ainsi que le plan national de gestion des déchets spéciaux (PNAGDES), remettre en marche et développer le système surveillance de la qualité de l’air (Samasafia), pour ne citer que ces quelques « petits problèmes ».

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Algérie : une première dans le secteur de l’environnement

Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Algérie) du mercredi 12 septembre 2012 (page écologie).

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par M’hamed Rebah

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Dans la composition du gouvernement, annoncée le 4 septembre 2012, il y a – bonne surprise pour les écologistes algériens – un secrétariat d’Etat à l’Environnement. Ce n’est pas une nouveauté absolue, mais il faut avoir une très bonne mémoire (ou des archives à portée de main) pour se rappeler qu’en janvier 1996, le gouvernement comprenait (pour la première fois dans l’histoire institutionnelle de l’environnement en Algérie) un secrétariat d’Etat à l’Environnement (dont le titulaire était Ahmed Noui, actuel ministre, secrétaire général du gouvernement), rattaché à l’époque au ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales.

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L’environnement dispose, pour la deuxième fois, d’une structure propre, même si elle n’est toujours pas totalement autonome puisque le secrétariat d’Etat à l’Environnement est maintenant rattaché à l’ancien ministère de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, auquel a été ajoutée la Ville, confié à Amara Benyounès. Mais c’est un énorme progrès.

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L’autre avancée de taille réalisée par le secteur de l’environnement à la faveur du changement gouvernemental, est dans la nomination d’une femme à ce poste, Dalila Boudjemaa. Ce n’est pas tout : cette femme a fait toute sa carrière dans l’environnement et arrive à ce poste par une voie professionnelle et non par le système de répartition entre les partis politiques. Elle est «à la place qu’il faut», pour reprendre un très ancien slogan politique («l’homme qu’il faut à la place qu’il faut»), lancé dans années 80, mais très rarement appliqué. Femme de terrain au départ, dans l’Agence pour la protection de l’environnement (ANPE, créée en 1985 et dissoute en 1994) que dirigeait le regretté Abdelhalim Mostefaï, Dalila Boudjemaa a été, durant près d’une dizaine d’années, directrice générale de l’environnement, avant d’entrer au gouvernement. Autant dire que Dalila Boudjemaa  a une maîtrise parfaite des problèmes d’environnement qui se posent à notre pays. Il reste que le défi pour elle est immense : agir vite et bien pour rattraper les retards accumulés dans la prise en charge de ces problèmes et  mettre, enfin, en œuvre une véritable politique de l’environnement avec la participation du mouvement associatif. C’est ce qu’attendent les écologistes.

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