colloque ours polaire Institut océanographique Paris

Que nous a appris le premier colloque en France sur l’ours polaire ?

Ces journées, organisées les 22 et 23 octobre 2012 à l’Institut océanographique de Paris par Rémy Marion (JNE), animateur de Pôles Actions, ont été suivies par plusieurs membres des JNE (Roger Cans, François Moutou, Nathalie Tordjman) et animées par Patricia Ricard (AJE).

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par Roger Cans

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En ces temps de réflexion sur l’énergie et les changements climatiques, le colloque sur l’ours polaire tombait à pic. Les deux journées ont été denses, aussi nous en tiendrons-nous à l’essentiel pour le site des JNE.

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L’ours polaire (Ursus maritimus), à la différence de l’ours brun (Ursus arctos), est un animal totalement inféodé à la mer, comme son nom l’indique. Ou plutôt à la glace de mer, c’est-à-dire la banquise, qui se forme l’hiver dans l’océan arctique avec le gel. Car l’ours blanc n’hiberne pas, comme l’ours brun, mais arpente la banquise durant tout l’hiver, à la recherche du phoque, son menu principal. Il le guette à l’affût après avoir creusé un trou à la surface de la glace, où le phoque vient respirer entre deux plongées. La morue, proie préférée du phoque, est aussi inféodée à la glace de mer. L’été, lorsque la banquise fond, l’ours ne peut guère attraper les phoques car ils nagent plus vite que lui.

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L’ours polaire a été beaucoup chassé, durant le début du XXe siècle, par les baleiniers, les chasseurs de phoques et les trappeurs venus d’ailleurs. Beaucoup plus que par les populations autochtones, les Inuits, qui chassaient l’ours en traîneaux à chiens, au couteau et à l’épieu, selon des rites chamaniques. De sorte que, vers 1950, il ne restait plus que quelque 5.000 ours polaires dans tout l’Arctique. En 1973, un accord sur la conservation de l’ours blanc est signé par les cinq Etats qui l’abritent : Canada, Etats-Unis, Danemark (Groenland), Norvège et Russie. Les effectifs de l’animal remontent de manière spectaculaire : dès 1990, on en comptait entre 20.000 et 25.000, dont 16.000 dans le seul Canada, sa terre d’élection.

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Aujourd’hui, l’ours polaire n’est chassé que selon des quotas très précis, pour les trophées (peau de grand mâle, crâne ou griffes), au profit des populations inuits, qui accompagnent les chasseurs en traîneaux à chiens (hélicoptères et skidoos sont interdits). Au Canada, cela correspond à 300 ours par an. Autrement, dans les pays où la chasse à l’ours est interdite (Russie, Norvège et Groenland), l’abattage d’un ours n’est autorisé qu’en cas de légitime défense, ce qui advient de plus en plus souvent avec la présence du plantigrade près des villages, notamment autour des décharges de déchets ménagers. A Churchill (Canada), « capitale de l’ours polaire », défilent 16.000 touristes par an, dans une communauté de 900 habitants permanents. C’est également le cas au Spitzberg, dans l’archipel de Svalbard (Norvège), où l’été déverse chaque année ses milliers de touristes avides de photos du « monstre ».

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Le problème, pour la survie de l’ours polaire, n’est donc plus la chasse ni les abattages de légitime défense, mais le réchauffement climatique. La glace de mer, ou banquise, qui lui permet de chasser pour se nourrir, a diminué de moitié en une décennie, en superficie comme en épaisseur. Tout autour de l’océan arctique, les observations convergent : les hivers sont plus doux et la débâcle plus précoce. La banquise se réduit donc et dérive de plus en plus vite. L’ourse polaire suitée, avec deux petits, ne peut chasser le phoque en eaux libres sans les condamner à mort. En fait, on voit de plus en plus d’ours près des villages, mais on ignore ce qu’il en est ailleurs. Seul l’Institut polaire norvégien a mené l’enquête en août 2004 dans la mer de Barents (Russie) et l’archipel de Svalbard (Norvège), par hélicoptère. Ils ont dénombré 2.650 ours, dont les deux tiers sur la banquise, un quart sur terre, 10 % sur les glaciers et le reste sur le littoral. C’est donc bien la banquise qui est déterminante pour la survie de l’ours polaire. Et c’est sa diminution actuelle qui inquiète.

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A cela s’ajoutent la navigation et les explorations pétrolières ou minières, facilitées par le réchauffement. On exploite le fer en mer de Baffin et le gaz en mer de Beaufort. Et l’on s’apprête à exploiter le pétrole à grande profondeur, quitte à polluer tout le littoral en cas d’accident. L’ours blanc, alors, risque de virer au brun, mais pas du tout naturellement…