Algérie

Changement climatique : en Algérie, les hirondelles modifient leurs habitudes

Où sont passées les hirondelles ? L’alerte lancée par le président de l’Association des chasseurs d’Alger a trouvé écho chez des confrères qui ont rapporté les informations à propos d’une diminution du nombre d’hirondelles de passage au centre du pays.

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par M’hamed Rebah

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Arrivées en mars, comme à leur habitude, elles sont reparties sans même construire leurs nids, selon le constat établi par cette Association. Sans doute, à cause de la pluie et des pointes de froid. La dernière semaine de mai a eu de beaux jours, de quoi les faire revenir. Il suffisait de lever les yeux pour les voir tournoyer dans le ciel algérois. Les hirondelles n’évitent pas la capitale, comme on pourrait le croire à la lecture des médias, mais elles sont moins nombreuses et ne restent pas aussi longtemps qu’avant.

Cette année, elles sont venues en plein ramadhan pour annoncer un printemps qui a du retard. Le changement climatique décale les saisons, d’une façon nette, perceptible par tous. Ce phénomène déboussole les hirondelles. C’est l’avis du président de l’Association des chasseurs d’Alger, qui estime que la cause du recul notable de leur population, cette année, dans les wilayas du centre du pays, est due au changement climatique. L’hiver s’est prolongé au delà de sa saison. En réalité, il y a de moins en moins d’hirondelles depuis les années 1990 et la tendance s’est aggravée, selon les rapports établis par les ornithologues algériens qui ont observé ce déclin dans plusieurs régions du pays. Elles réagiraient ainsi au changement climatique mais aussi, selon d’autres spécialistes, aux aménagements apportés dans les constructions. Les nuisances urbaines diverses (pollution et bruit) auraient fini par décourager les hirondelles d’aller dans les villes algériennes. En plus, elles ne trouvent plus où mettre leurs nids, les nouvelles constructions leur ont fait perdre leurs repères.

Il y a quelques années, le ministre de l’Agriculture, lui-même, avait dénoncé l’usage excessif des pesticides et des insecticides qui contaminent la nourriture des hirondelles et provoquent leur empoisonnement. Par contre, il y a des espèces qui se sentent plutôt bien, notamment à Alger, malgré les mauvaises conditions écologiques. En toutes saisons, les goélands se posent sur les terrasses des immeubles et même sur les balcons des étages inférieurs des habitations tout en se gardant d’aller, comme les pigeons, jusque sur la chaussée ou sur les trottoirs. Les corbeaux, peu communs dans le paysage urbain de la capitale, font des incursions là où l’insalubrité domine. On peut en croiser à la Casbah dont certaines ruelles sont très souvent jonchées de déchets alimentaires.

Le bouleversement dans les mouvements des oiseaux migrateurs est observé dans les zones humides, classées ou pas, mais d’une manière plus contrastée. Il y a des zones humides qui reçoivent plus d’oiseaux migrateurs, d’autres en accueillent moins, selon les décomptes faits par les ornithologues. En 2016, la conservation des forêts d’Oran a enregistré, dans le cadre du décompte hivernal international des oiseaux d’eau, une baisse du nombre d’oiseaux d’eau migrateurs dans les zones humides de la wilaya, qui fut expliquée par les conditions climatiques défavorables lors de la saison de migration qui se sont répercutées sur le niveau des plans d’eau, presque secs du fait de l’absence de pluviométrie durant les mois de septembre et octobre de l’année précédente. Il y a aussi de belles surprises. La même année, 2016, un oiseau d’une espèce très rare a été pris en photo dans une zone humide à Ain Témouchent (ouest du pays), par des membres d’une association écologique locale qui fait partie réseau national de l’ornithologie de la Direction générale des forêts. Il s’agit d’un courlis à bec grêle, qui vit l’été en Sibérie et passe l’hiver en Méditerranée. En Algérie, les oiseaux migrateurs semblent moins sensibles à l’impact du changement climatique sur les zones humides qu’à la dégradation de l’environnement due à la pollution (eaux usées et déchets) qui agresse ces écosystèmes fragiles.

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Cet article est paru dans La Nouvelle République (Alger) du jeudi 31 mai 2018.

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Algérie : la lutte biologique encore à ses débuts

Qu’en est-il de l’emploi des pesticides dans l’agriculture algérienne ?

par M’hamed Rebah

« L’agriculture algérienne ne fait pas recours aux pesticides et autres produits chimiques. Nous avons la chance d’avoir à notre portée un pays qui cultive des fruits et légumes bio ». C’est ce qu’a affirmé, selon notre confrère Le Temps, le président du Club Agora des Dirigeants France-Algérie, Karim Zeribi, lors d’une rencontre avec des opérateurs algériens, tenue lundi 19 mars, au siège du Forum des chefs d’entreprise (FCE), à Alger. Or, il y a un peu plus d’un mois, le 18 février, interviewé par Fayçal Metaoui sur le site électronique d’informations TSA, le Professeur Kamel Bouzid, président de la Société algérienne d’oncologie médicale, déclarait, au contraire, que, « dans le monde, l’Algérie est le pays qui consomme le plus de pesticides par habitant » et il mettait en garde contre les risques de cancers, à la fois les agriculteurs qui manipulent ces produits chimiques dangereux et les consommateurs de fruits et légumes contaminés. Des agronomes font remarquer qu’en Algérie « tous les fruits et légumes cultivés, notamment en exploitation sous serre, subissent de nombreux traitements chimiques ». Ils attirent l’attention sur le fait que les résidus de pesticides présents à une certaine dose dans les fruits et légumes sont dangereux pour la santé des consommateurs.

Selon des experts algériens, des produits interdits par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), comme les néonicotinoïdes et le glyphosate, étaient utilisés en Algérie. Ils se réfèrent à l’index de 2015, des produits phytosanitaires autorisés à être commercialisés en Algérie, où figure le glyphosate. Il serait, dit-on, largement utilisé en Algérie, sous le nom commercial Mamba 360 SL, dans les cultures maraîchères, les vergers d’agrumes, les palmeraies, la vigne et l’arboriculture. Les spécialistes, diététiciens et nutritionnistes, sont convaincus qu’« un usage anarchique, abusif et irresponsable des pesticides se pratique par certains agriculteurs algériens pour améliorer les rendements agricoles ».

Evidemment, derrière cette fièvre productiviste, il y a la recherche du profit à tout prix, au mépris de toute autre considération comme la santé des populations ou, encore moins, la protection de l’environnement. Mais, si cette démarche «mercantiliste» donne des résultats quand elle est appliquée au consommateur algérien, tout heureux de trouver au marché ce qu’il cherche et de ne pas s’entendre dire « makach ! Nous n’avons pas ! », elle peut être ruineuse dès que le produit passe la frontière dans une opération d’exportation. Le Soir d’Algérie rapportait le 7 janvier dernier, dans son Periscoop, l’information suivante, citant des « sources informées », mais sans plus de détails ni précisions : « Les autorités sanitaires qataries viennent de renvoyer une cargaison de tomates d’Algérie pour sa trop haute teneur en pesticides ». Notre confrère ajoutait, et c’est là que réside tout le mystère : « Pourtant, nous explique-t-on, cette cargaison était censée être exportée par un producteur privé sous le label «bio»». Les services concernés n’ont pas démenti l’information.

La question que l’on peut alors se poser concerne le sort réservé à ces tomates : ont-elles été détruites ou placées sur le marché domestique pour finir dans nos assiettes ? Au début de cette année, le correspondant régional du Soir d’Algérie à Ain Defla, a fait état d’une intervention sur la radio locale d’un représentant des services agricoles concernant des tomates qui portent les stigmates visibles de l’utilisation excessive des pesticides. Des réunions sont organisées par les services régionaux du ministère de l’Agriculture pour donner des conseils pratiques aux agriculteurs sur l’utilisation des pesticides afin de leur éviter les dangers liés à cette manipulation, et pour les amener également à respecter les périodes minimales entre l’utilisation du produit et la récolte. Les associations de consommateurs se mettent également à informer et à sensibiliser sur l’utilisation des pesticides dans l’agriculture et sur leurs effets néfastes sur la santé humaine et sur l’environnement. Un confrère a fait savoir récemment que de nombreux apiculteurs de la région de Chlef (à l’ouest d’Alger) ont tiré la sonnette d’alarme, suite à la mortalité d’abeilles due à l’utilisation d’insecticides appartenant à la famille des néonicotinoïdes et la mort subite d’oiseaux ayant consommé des grains contaminés ou traités aux pesticides. L’utilisation des pesticides biologiques n’est pas encore généralisée en Algérie. Des initiatives sont prises dans ce sens par l’Institut national de protection des végétaux (INPV) qui incite à réduire les intrants chimiques dans l’agriculture et insiste sur la prévention des maladies et le recours à la lutte biologique.

.Cet article a été publié dans La Nouvelle République, Alger, du jeudi 22 mars 2018.

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Dispositif réglementaire insuffisant : le braconnage prend de l’ampleur en Algérie

Les informations sur les saisies d’espèces animales protégées chassées illégalement en Algérie sont devenues récurrentes dans les médias locaux, ce qui laisse penser que le braconnage a tendance à prendre de l’ampleur, avec même les allures d’un crime organisé.

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par M’hamed Rebah

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Certaines saisies effectuées soit lors de contrôles routiniers soit dans des opérations de surveillance montées à partir de dénonciations, mettent au jour des filières de contrebande vers des pays voisins où sont acheminées les têtes et les carcasses d’animaux (l’hyène rayée et le chacal, plus spécialement) destinées à des usages qui s’apparentent à la sorcellerie. Des médias ont évoqué également le cas des braconniers venus de la région du Golfe (deux Emiratis, deux Saoudiens et deux Koweitiens), arrêtés entre 2012 et 2016, dans le sud algérien, et rapatriés vers leurs pays d’origine après avoir été condamnés à des amendes.

Face à cette situation préoccupante, les mesures réglementaires se rapportant au braconnage paraissent totalement obsolètes. Le dernier rapport national sur la biodiversité en Algérie (2014) avait recommandé de les amender. Quatre ans après, en janvier 2018, un atelier consacré à la sensibilisation sur « le braconnage et le commerce illicite de la faune », ayant pour but de vulgariser le cadre juridique de la protection de la faune sauvage en Algérie, et les aspects liés à la lutte contre le braconnage et le commerce illicite des animaux sauvages, a amené les participants à constater que la loi sur la chasse qui date de 2004 n’avait pas encore son texte réglementaire, prévu par l’article 84, destiné à fixer « les modalités de contrôle, de surveillance et de lutte contre le braconnage ».

L’article 35 de cette loi fait obligation aux associations de chasseurs, constituées localement, de « contribuer et veiller à la lutte contre le braconnage » et l’article 42 stipule que « les fédérations de chasseurs de wilaya veillent et contribuent à la préservation et au développement du patrimoine cynégétique par la prévention du braconnage ». Mais, sans le texte réglementaire annoncé par l’article 84, ces dispositions restent sans effet. Or, les experts qui ont rédigé le 5e rapport national sur la biodiversité, ont averti que la préservation de la faune algérienne passe par la lutte contre le braconnage considéré comme l’une des causes essentielles dans la diminution, voire l’extinction de certaines espèces. Ils ont noté que le braconnage, « quasi organisé » pour une espèce comme l’outarde, profite de l’insuffisance dans l’application du dispositif réglementaire. Ils citent « à titre d’exemple, certains mammifères, comme les antilopes (l’oryx, l’addax…) qui sont de disparition récente, suite à un braconnage aux effets dévastateurs » et « le chardonneret encore très présent il y a moins de deux décennies, qui est aujourd’hui en état de quasi disparition suite à un braconnage de très grande ampleur ».

Dans le cas du chardonneret, les experts font observer que « le commerce lucratif de ce volatile est toujours florissant bien que cet animal est officiellement une espèce protégée ». Ils classent le chardonneret en tête de liste pour le nombre de saisies effectuées par les services forestiers, suivi du fennec et, beaucoup moins connu du public, l’écureuil de barbarie qui fait partie, depuis mai 2012, de la liste, fixée par décret, des espèces animales non domestiques protégées (avec cinq autres rongeurs : le Lérot à queue noire, le Porc-épic, le Goundi de l’Atlas, le Goundi du Sahara et le Goundi du M’zab) venant s’ajouter aux espèces mentionnées dans l’ordonnance du 15 juillet 2006 relative à la protection et à la préservation de certaines espèces animales menacées de disparition.

L’article 9 de cette ordonnance punit les braconniers d’un emprisonnement d’un an à trois ans et d’une amende de 200 000 dinars (environ 1415 euros) à 500.000 dinars (environ 3500 euros), avec confiscation des produits de la chasse ainsi que des armes, munitions, véhicules et tous moyens ayant été utilisés pour la chasse ou la capture de ces animaux. En cas de récidive, la peine est portée au double. L’ordonnance du 15 juillet 2006 a alourdi les peines prévues par la loi sur la chasse de 2004 (art. 92 : emprisonnement de 2 à 6 mois et amende de 10.000 à 100.000 dinars, soit environ 70 à 700 euros). Des cadres de l’Administration des forêts suivent une formation d’officiers de police judiciaire pour donner plus d’efficacité à la lutte contre le braconnage. Mais cela ne décourage pas les braconniers. Fait nouveau : un confrère a rapporté que les braconniers visent maintenant les oiseaux migrateurs, particulièrement les flamants roses dans les zones humides, notamment dans l’ouest du pays, et volent les œufs pour les revendre à des pâtissiers indélicats qui les utilisent dans la préparation de gâteaux vendus ensuite dans les circuits du commerce informel.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle République (Alger) du dimanche 18 février 2018.
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Plan d’action du gouvernement algérien : l’écologie en fragments

Evacué par la fenêtre, le gaz de schiste revient par la porte, porté par le vent de la crise économique et financière qui frappe l’Algérie.

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par M’hamed Rebah

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Dans le plan d’action du gouvernement algérien adopté par l’Assemblée populaire nationale (APN), jeudi 21 septembre 2017, l’écologie est «éparpillée» en plusieurs fragments: la préservation de l’environnement, le développement des énergies nouvelles et renouvelables, les ressources en eau, les forêts, le cadre de vie en milieu urbain. Chaque «fragment» est traité à part. On trouve quelques lignes sur la préservation de l’environnement, pour rappeler que « des progrès substantiels ont été accomplis » et qu’il faut poursuivre cet effort. La part est plus grande pour « les énergies renouvelables et les énergies nouvelles »; le gouvernement entend « poursuivre leur promotion sur la base de programmes publics destinés à inciter les opérateurs privés à investir dans ce créneau ».

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Le gaz de schiste est curieusement collé aux énergies renouvelables et nouvelles dans le cadre de la transition énergétique qui est citée parmi les objectifs du « nouveau modèle économique de croissance ». La transition énergétique, selon le plan d’action du gouvernement, consiste en « la sécurisation et la diversification des ressources énergétiques, grâce notamment, à la promotion de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables » et aussi à « la promotion des énergies fossiles non conventionnelles ».

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Toutefois, prudence, le gouvernement n’envisage pas l’exploitation du gaz de schiste, mais sa prospection « qui nécessitera plusieurs années de recherche et d’évaluation et qui sera menée dans le strict respect de l’environnement et de la santé de la population ». Dans le même esprit, il y aura un « effort particulier d’explications et de vulgarisation en direction de l’opinion publique ». Cette démarche prudente est certainement dictée par les leçons tirées des premiers forages, en février 2015, à In Salah, dans le sud du pays, qui avaient provoqué une violente réaction de la population locale. Les opposants au gaz de schiste avaient gagné la bataille de la communication dans l’opinion publique grâce à leurs solides arguments écologiques portés par les réseaux sociaux.

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Si le gaz de schiste revient dans le plan d’action du gouvernement, c’est parce que la crise financière que traverse l’Algérie constitue un contexte défavorable à la prise en charge des problèmes écologiques. L’environnement n’est pas cité parmi les axes principaux du plan d’action du gouvernement et les « changements climatiques au niveau mondial » sont évoqués en rapport avec « la sécurité de la population et de l’agriculture en disponibilité d’eau à moyen et long termes », ainsi que les contraintes accrues en matière hydrique liées au fait que l’Algérie est située en zone semi-aride et du fait également de l’augmentation de la population, « déjà projetée à 50 millions d’habitants à l’horizon 2030 ».

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Le plan d’action du gouvernement n’a pas traduit de façon significative la nouvelle disposition de la Constitution qui reconnaît aux Algériens le droit à un environnement sain. Pourtant la Constitution est, avec d’autres documents officiels, un des référents du plan d’action. Dans le Préambule de la Constitution, le modèle économique et social est décrit comme « une économie productive et compétitive dans le cadre d’un développement durable et de la préservation de l’environnement » et son article 17 bis est une transcription du concept de développement durable : « l’Etat garantit l’usage rationnel des ressources naturelles ainsi que leur préservation au profit des générations futures. L’Etat protège les terres agricoles. L’Etat protège également le domaine public hydraulique ». L’accent mis sur l’amélioration du « climat des affaires », pour encourager les investissements porteurs de croissance économique alors que les questions écologiques sont plutôt sous-estimées, peut mener à des écarts par rapport aux exigences du développement durable. Il y a également le risque de revenir à la «situation environnementale alarmante» décrite dans le programme du gouvernement adopté en…janvier 2000, qui avait consacré un long chapitre à « la préservation de l’environnement » avec une série d’objectifs dont la plupart sont, 17 ans après, toujours d’actualité.

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Cet article a été publié dans La Nouvelle république (Algérie) du 28 septembre  2017

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La nouvelle politique énergétique algérienne exclut le gaz de schiste`

Une nouvelle politique énergétique se dessine en Algérie, annoncée par la décision d’abandonner le gaz de schiste et par la confirmation de la priorité donnée au développement des énergies renouvelables.

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par M’hamed Rebah

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Cela a été dit clairement par le ministre de l’Energie, Noureddine Boutarfa, en marge d’une conférence animée, à la mi-avril, à l’Ecole des hautes études commerciales de Koléa (près d’Alger) sur le programme national des énergies renouvelables.

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Sur l’option gaz de schiste, le ministre lève ainsi une incertitude alimentée par des déclarations officielles parfois contradictoires faisant suite aux manifestations organisées au début de l’année 2015 à In Salah (dans le Sahara) où la population était sortie pour exiger la fermeture d’un puits d’exploration foré, en juin 2012, dans le bassin d’Ahnet, et destiné à évaluer le potentiel pour vérifier si, vraiment, l’Algérie possède l’un des plus importants gisements de gaz de schiste dans le monde. Car, en fait, l’état réel des réserves de gaz de schiste est la grande inconnue. Ce sont les données géologiques des sols qui ont permis de fournir de premières estimations et il y a des experts qui pensent que, pour l’Algérie, elles ont pu être « gonflées ».

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A In Salah, la population a demandé et, visiblement, obtenu, un moratoire sur le gaz de schiste en attendant d’avoir des preuves sur leur absence de nocivité. La fracturation hydraulique qui est jusqu’à présent la seule technologie disponible pour le produire fait l’objet d’importantes critiques à cause de son impact sur l’environnement et des grandes quantités d’eau qu’elle exige. Mais la décision annoncée par Noureddine Bouterfa de mettre de côté le gaz de schiste découle avant tout de considérations économiques liées, sans doute, comme l’ont souligné déjà des experts algériens qui ont eu à se prononcer sur ce sujet, à des coûts élevés et une rentabilité incertaine, dans des conditions globales inopportunes. En fait, aucun élément ne plaide en faveur de l’option gaz de schiste alors que rien ne presse pour y aller. « L’Algérie n’a pas besoin actuellement de gaz de schiste », a dit le ministre. Il n’y a aucune urgence. Les hydrocarbures conventionnels ne sont pas encore finis et le programme des énergies renouvelables est lancé.

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Les ambitions énergétiques de l’Algérie sont maintenant rattachées à la réalisation de ce programme. La perspective s’étend à 2050, avec la connexion des centrales solaires photovoltaïques installées au Sud, notamment celles d’Adrar, aux centrales du nord, a fait savoir le ministre qui est convaincu que cet enjeu sera relevé avec la participation de chercheurs, de savants, d’industriels et d’investisseurs algériens.

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Dans un horizon plus rapproché, en 2030, les capacités de production électrique installées pourront atteindre « raisonnablement », selon le ministre de l’Energie, les 12.000 mégawatts contre près de 500 mégawatts actuellement. Un appel d’offres aux investisseurs industriels et énergéticiens pour la réalisation d’un mégaprojet de plus de 4.000 mégawatts en solaire photovoltaïque, doit être lancé prochainement. Toutefois, les 12.000 mégawatts d’origine renouvelable ne seront pas suffisants. D’où la nécessité, rappelle-t-il, d’attaquer les secteurs énergivores tels que les transports et l’habitat.

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Le lien est fait avec la démarche d’efficacité énergétique qui accompagne le programme national de développement des énergies renouvelables. Pour le ministre de l’Energie, c’est un impératif : il faut améliorer l’efficacité énergétique afin de réussir la transition énergétique et assurer la pérennité du modèle algérien en matière d’énergie à l’horizon 2030. C’est surtout une urgence imposée par les indicateurs énergétiques prévus pour l’année 2030.

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Cet article est paru dans La Nouvelle République (Algérie) du lundi 24 avril 2017.

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Gestion des déchets ménagers : l’Algérie au stade des opérations pilotes

Les rencontres nationales et internationales sur la gestion des déchets en Algérie ont-elles servi à quelque chose ? Organisées par le ministère chargé de l’Environnement en partenariat avec des organismes étrangers, elles se sont multipliées avec des couvertures médiatiques impressionnantes. Mais le résultat est là, incontestable : le pays n’a pas avancé dans la gestion des déchets.

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par M’hamed Rebah

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Les séminaires internationaux sont accompagnés de distribution aux participants des gadgets habituels (cartables, stylos…), ponctués par des pauses cafés et déjeuners, avec prise en charge des experts étrangers, incontournables et imposés par le mode de financement du séminaire ; les communications et débats font l’objet parfois d’un document « actes du séminaire » qui finit, dans le meilleur des cas, dans un rayon de bibliothèque, et sur le terrain, presque rien n’est appliqué.

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Il y a une quinzaine d’années, en 2000, un séminaire international sur la gestion intégrée des déchets solides avait été organisé par le ministère chargé de l’Environnement en partenariat avec un organisme allemand spécialisé. Un expert algérien, le regretté Lakhdar Khaldoun, avait exposé un « plan de wilaya intégré pour le traitement des déchets solides ». Il s’agit, avait-il expliqué, d’« un outil de choix pour une gestion intégrée, allant de la localisation des gisements à prendre en compte en qualité (ménages, services publics, commerces, industries,…) et quantités, à l’évaluation des conditions de collecte et d’élimination existantes, notamment par les communes et les entreprises ».

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Lakhdar Khaldoun avait présenté son plan, entre autres, comme « un instrument d’arbitrage objectif dans les conflits sur les solutions retenues, notamment en matière de contribution aux dépenses de traitement des déchets solides ou de localisation des décharges ou des installations d’élimination ». S’il avait été écouté, il n’y aurait peut-être pas eu tous ces mouvements violents de protestation de la population contre les centres d’enfouissement technique, comme celui qui secoue la localité de Beni Amrane, dans la wilaya de Boumerdès, après les manifestations de Corso, dans la même wilaya, et de Reghaïa, près d’Alger, pour la même raison.

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On n’en serait pas aussi à des taux ridicules de recyclage des déchets ménagers comme nous l’apprend, en novembre 2015, une étude réalisée par des experts sud-coréens dans le domaine de l’environnement sur les wilayas de Blida et de Bordj Bou Arreridj où il est particulièrement faible, oscillant entre 2 % et 5 % seulement. Ce chiffre correspond certainement au taux moyen au niveau national, ce qui signifie que le recyclage est quasiment inexistant en Algérie. On ne pourra pas dépasser les 10 % d’ici à 2020, selon les Sud-Coréens, alors que l’Agence nationale des déchets (AND) estime que 40 % des déchets ménagers produits actuellement sont recyclables.

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Pourquoi ce décalage entre l’objectif donné par les experts sud-coréens, 10 %, et les estimations des Algériens, 40 % ? Après les Allemands, c’est au tour des Sud-Coréens à nous aider à gérer les déchets ménagers. Comme les Allemands, il y a une vingtaine d’années, les Sud-Coréens, eux aussi, commencent par des opérations pilotes : les wilayas de Blida et de Bordj Bou Arreridj ont été choisies « à titre pilote pour servir à l’établissement d’un plan général de gestion rationnelle et efficace des déchets » , peut-on lire dans la dépêche de l’APS qui a rendu compte d’un forum algéro-sud-coréen sur l’eau et l’environnement, tenu récemment, à Alger. Quand sortira-t-on des opérations pilotes en matière de gestion des déchets ménagers ?

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Le message des chercheurs entendu : une loi algérienne pour s’opposer à la biopiraterie

Le message du chercheur et expert algérien, Aissa Abdelguerfi, à propos de la biopiraterie, semble avoir été entendu. Le ministère de l’Agriculture vient de faire savoir que ses services s’attachent à élaborer le cadre juridique qui permettra de protéger les ressources génétiques nationales soumises à la biopiraterie, qui est un pillage du vivant effectué par le biais de brevets, une spécialité américaine, selon la définition retenue par les écologistes.

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par M’hamed Rebah

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Dans ce sens, on apprend qu’un projet de loi sur les ressources biologiques et d’autres textes réglementaires sont en cours de préparation au niveau du gouvernement. Il y a dix ans, à peu près, à la fin 2003, le gouvernement avait déposé devant l’Assemblée nationale, un projet de loi sur les OGM (organismes génétiquement modifiés), retiré en novembre 2004 pour des motifs liés à des considérations juridiques, puis, visiblement, abandonné pour des raisons inconnues.

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Le projet de loi traitait de la circulation des ressources biologiques, du contrôle des OGM et de la prise en charge des risques liés à l’utilisation des nouvelles biotechnologies. Il s’inspirait du principe universel reconnu aux Etats, d’organiser la protection des espèces et de favoriser un développement qui utilise d’une manière durable les ressources biologiques. Le projet de loi visait à prémunir les réserves de la biodiversité en Algérie contre les manipulations génétiques, non contrôlées et non organisées, qui risquent de provoquer une réduction du patrimoine d’espèces et de se répercuter négativement sur la santé humaine.

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Dans cette perspective, c’est la loi qui devait déterminer les conditions de collecte, de circulation et d’utilisation des ressources biologiques et des connaissances qui leur sont associées. Elle devait également fixer les conditions de détention et/ou d’usage d’OGM, ainsi que les règles de sécurité liées à la prise en charge des risques découlant de l’utilisation des biotechnologies modernes. Enfin, la loi, si elle avait été adoptée en son temps, aurait permis la création d’une autorité nationale des ressources biologiques. Presque dix ans après, ce texte revient à l’APN pour examen et adoption. Entre temps, aucun cadre juridique n’existait pour empêcher la bio-contrebande de piller le patrimoine génétique de notre pays, dont les plantes médicinales et aromatiques destinées aux laboratoires pharmaceutiques et aux compagnies de l’agroalimentaire et du cosmétique à l’étranger.

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Autre annonce tardive, l’Algérie aura d’ici à 2014, une banque de gènes qui aura pour mission, la conservation et la valorisation du patrimoine génétique végétal, animal et microorganismes. Cet instrument sera aussi, dit-on, l’outil d’aide à la décision en matière de sécurité alimentaire à travers des choix stratégiques. « Ces questions seront discutées au cours de la première réunion de travail du comité sectoriel des ressources génétiques, nouvellement créé, qui se réunira prochainement en vue d’élaborer une feuille de route pour la mise en œuvre de la stratégie de conservation, de la gestion et de la valorisation des ressources génétiques nationales.

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Parallèlement à cela, un projet d’inventaire exhaustif de la flore et de la faune sauvage est en cours de lancement par le ministère de l’Agriculture, ce qui permettra l’évaluation de l’érosion génétique particulièrement en ce qui concerne la flore. Un travail qu’aurait dû faire le Centre de développement des ressources biologiques qui existe depuis longtemps.

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Cet article a été publié dans le quotidien algérien Reporters.

L’Algérie va au charbon

Voici un article publié dans Reporters, nouveau quotidien algérien dont le n°1 est paru  le 1/11/12.

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par M’hamed Rebah

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« L’Algérie étudie la possibilité d’exploiter à grande échelle ses appréciables réserves de charbon pour produire de l’électricité ». Cette information donnée aux députés par le ministre algérien de l’Energie et des Mines, Youcef Yousfi, lors de la présentation du projet de loi sur les hydrocarbures devant la commission économique de l’APN (Assemblée nationale populaire), n’a rien d’un scoop.

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Il en avait déjà fait l’annonce, moins d’un mois avant, à la radio algérienne en citant le charbon comme élément de la démarche énergétique de l’Algérie, au même titre que les autres, parmi lesquels, rappelons-le, le gaz de schiste. Les arguments semblent difficiles à trouver pour aller à contre-courant des exigences de la lutte contre le changement climatique qui commande d’exclure le charbon en raison de l’impact de ses émissions de dioxyde de carbone. Mais la Chine en tire 80 % de son électricité, alors, pourquoi s’en priver ?

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L’impératif de sécurité énergétique impose à l’Algérie d’investir dans la production de l’électricité. Le parc de centrales électriques dont dispose le pays suffit à répondre aux besoins d’aujourd’hui, mais les prévisions indiquent une forte croissance de la demande d’électricité. Les pics de consommation en été, liée à la hausse des températures qui entraîne un recours massif à l’utilisation des climatiseurs, provoquent des dysfonctionnements, causes de coupures de courant insupportables. Leur impact peut être catastrophique sur les commerçants (en pertes financières, dues à l’arrêt des équipements de froid et aux marchandises jetées), sur les personnes vulnérables (à la santé fragile), sans compter la recherche du bien-être que procure à tous la fraîcheur prodiguée par le climatiseur en période caniculaire.
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On comprend que tous les moyens soient bons pour produire l’électricité. Et au nom de la diversification des sources d’énergie, le charbon est le bienvenu. C’est, dit-on, la découverte des gisements d’hydrocarbures qui avait marginalisé le charbon de la mine de Kenadsa, près de Bechar, jusqu’à sa fermeture en 1962. Aujourd’hui, l’inquiétante perspective de leur épuisement fait tourner les regards à nouveau vers ce ksar du sud-ouest du pays.

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« Nous avons des réserves appréciables en charbon à Kenadsa », a rappelé le ministre Youcef Yousfi.

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Tout ira vite, avis aux constructeurs : des centrales à charbon pourraient être lancées en Algérie dans la dizaine d’années qui viennent. De nouvelles technologies ont été mises au point, permettant de réduire les émissions de CO2. Le coût des centrales à charbon en sera plus élevé, mais c’est le prix à payer pour la protection de l’environnement.

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L’option gaz de schiste confirmée en Algérie

Voici un article paru dans la page écologie de La Nouvelle République (Alger) du samedi 14 juillet 2012.

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par M’hamed Rebah

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C’est à Kuala Lumpur, lors de la conférence mondiale du gaz, tenue début juin, qu’a été faite l’annonce du forage, par l’Algérie, du premier puits d’exploration de gaz de schiste, dans le bassin de l’Ahnet, au sud d’In Salah. Le directeur central des associations de Sonatrach, Kamel-Eddine Chikhi a fait savoir, à cette occasion, que l’estimation du potentiel du sous-sol est très encourageante. Le premier forage doit permettre de mieux connaître les données sur ces réserves et aider à choisir les techniques de forage.

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Mercredi 12 juillet, lors de la présentation du bilan d’activités de Sonatrach durant le premier semestre de l’année 2012, le PDG du Groupe, Abdelhamid Zerguine, a affiné l’information donnée par son subalterne : des réserves de 600 trillions de m3 de gaz de schiste (« quatre fois les réserves actuelles du pays ») ont été révélées sur une superficie de 180 000 km² et avec un taux de récupération de 20 %. « L’avenir de Sonatrach dépendra du résultat d’exploitation du gaz de schiste», estime Abdelhamid Zerguine. Il faut pour faire face au déclin des réserves de gaz conventionnel. Sonatrach compte développer les réserves de gaz de schiste en partenariat avec le groupe anglo-néerlandais Shell et l’américain Exxon Mobil. Des accords similaires ont été conclus avec l’italien Eni et le canadien Talisman. L’action est inscrite dans le programme prévisionnel 2012-2016 de Sonatrach.

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Et l’impact environnemental ? Est-il exagéré par les écologistes, comme le pensent les pro-gaz de schiste ? Le principal argument de ces derniers est l’isolement et l’éloignement des zones à prospecter. Le coût élevé de production semble, par contre, faire l’unanimité. Il manque un débat autour de toutes les questions soulevées par l’exploitation du gaz de schiste en Algérie.

Rio+20 vu d’Algérie : une Conférence de plus

Voici un article publié dans La Nouvelle République (Algérie) du lundi 25 juin 2012.

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par M’hamed Rebah

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Il y a vingt ans, le message transmis au nom de l’Algérie, par Mohamed Boudiaf, alors chef de l’Etat, à la CNUED (Conférence des nations unies sur l’environnement et le développement) qui se tenait à Rio, insistait sur la reconnaissance du « principe de la responsabilité commune et différenciée des Etats ». « La pauvreté et le sous-développement figurent parmi les causes essentielles de la dégradation de l’environnement », ajoutait le message. En juin 1992, les observateurs avaient noté la difficulté éprouvée par la CNUED à arriver à des compromis « pas tout à fait consensuels ».

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Vingt ans après, en juin 2012, le « principe de la responsabilité commune et différenciée des Etats » était toujours dans le discours algérien, étendu cette fois au Groupe des 77 et la Chine, au nom duquel a parlé Abdelkader Bensalah, président du Sénat algérien et représentant personnel du président de la République au Sommet de Rio. Les pays en développement ont insisté pour que ce principe soit inclus dans la déclaration adoptée par les dirigeants présents à Rio. Malgré l’opposition des Etats-Unis et d’autres pays industrialisés, il fait maintenant partie du « monde que nous voulons », intitulé du document final adopté par le Sommet. Mais il faudra peut-être attendre Rio+40 pour vérifier si, enfin, les bonnes intentions correspondent à la réalité.

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En attendant, le constat fait par les écologistes est amer : le monde est pire qu’il y a vingt ans. Ils ne sont pas les seuls à le penser, le président sud-africain Jacob Zuma estime que « nous vivons encore dans un monde caractérisé par de grandes inégalités ».

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A Rio, en juin 2012, ce qui a changé, c’est l’appellation : « Conférence des nations unies pour le développement durable ». Autre nouveauté : le concept d’économie verte. Dans une interview mise sur le site d’Alter-Echos, Egardo Lander, professeur de Sciences sociales à l’Université centrale du Venezuela, a décrypté le rapport «Vers l’économie verte» du PNUE (Programme des nations unies pour l’environnement) qui a été la « base conceptuelle, théorique et politique des débats autour de Rio+20 ». « Il est affirmé, explique Egardo Lander, que la logique de fonctionnement actuel du système capitaliste est inévitable et qu’il n’y a aucune possibilité de la modifier. Au fond, cette approche tend à approfondir la domination du capital financier, avec la complicité du système des Nations Unies, permettant d’éviter une mise en cause plus profonde du modèle économique dominant ».

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Les idées du PNUE sur l’économie verte n’ont pas été retenues à Rio. L’économie verte sort «indéfinie» du Sommet. « C’est bon pour la réalisation du développement durable, mais chaque pays a son approche ». En résumé, c’est ce qu’on en retient après le Sommet.

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La Chine, principal acteur de l’économie mondiale, ignore le concept d’économie verte et s’en tient à celui de développement durable. L’Algérie a donné sa propre interprétation. L’économie verte doit être fondée sur les principes convenus dans la Déclaration de Rio, notamment le principe de la responsabilité commune mais différenciée, et l’Agenda 21 ainsi que le Plan de mise en œuvre de Johannesburg (2002), a déclaré le représentant algérien. Il ajoute qu’« elle doit intégrer les trois piliers économique, social et environnemental du développement durable, reconnaître le caractère spécifique des économies et des priorités nationales ainsi que le droit souverain de nos pays sur leurs ressources naturelles ». Pour le ministre des Finances, Karim Djoudi, présent également à Rio, le financement de l’économie verte doit être assis sur le principe du pollueur-payeur, étant convenu que par «pollueur» on désigne les pays industrialisés. Voilà comment l’Algérie voit l’économie verte.

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Alertés par les altermondialistes qui ont multiplié les activités, à ce sujet, avant et pendant le Sommet de Rio, les écologistes algériens sont nombreux à regarder avec la plus grande méfiance le concept d’économie verte et à adhérer au mot d’ordre des initiateurs du Sommet de peuples tenu en parallèle à la Conférence de Rio : « Pour la justice sociale et écologique, contre la marchandisation de la vie et pour la défense des biens communs ».

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