Les petits déjeuners

Petit déjeuner sur la biopiraterie

Les JNE ont organisé le 10 mai 2012 un petit-déjeuner sur la biopiraterie à la mairie du 2e arrondissement de Paris.

.

par Roger Cans

.


Le petit déjeuner des JNE sur la biopiraterie, le 10 mai 2012 à la mairie du 2e arrondissement de Paris - photo Laurent Samuel

 

Le cas du warana

Le premier intervenant est la fondatrice de la société Guyapi Tropical, Claudie Revel (au centre de la photo ci-contre). Depuis 1990, cette société s’efforce de commercialiser des produits de la cueillette effectuée par des communautés indigènes en Amazonie et au Sri-Lanka. Guayapi Tropical dispose aujourd’hui de 3.000 boutiques, qui vendent des produits alimentaires, thérapeutiques et cosmétiques.
.

Claudie Revel constate qu’il existe encore des millions d’espèces inconnues au fond des forêts tropicales, mais que les indigènes du lieu connaissent pour leurs usages traditionnels. C’est le cas du warana (guarana en portugais), une plante qui sert au rituel du çapo chez les Indiens Satéré Mawé. La boisson, servie dans une calebasse, est partagée par la communauté pour atteindre « la connaissance ». Sa consommation donne du tonus et du bien-être. La société American Beverage s’est lancée dans son exploitation.

.

Guyapi Tropical s’est engagée auprès de la communauté Satéré Mawé pour la fourniture à terme de 700 tonnes de warana et bénéficie d’une dénomination d’origine. Les peuples autochtones jouent le rôle de référents. Pour la certification, ni Ecocert ni l’INRA ne peuvent faire l’affaire. Car il faut prendre en compte le « totum » de la plante, c’est-à-dire un cortège vitaminique et minéral complexe, et pas seulement une molécule aux propriétés données. Le marketing doit être placé sous la tutelle de l’éthique.
.

Le cas de la stévia est significatif. Cette plante sucrante a été retenue par Coca-Cola pour remplacer l’aspartame en 2009. Or l’aspartame est interdit au Japon depuis 40 ans et aux Etats-Unis depuis 1995. Aujourd’hui, la stévia est commercialisée dans le monde entier, sauf l’Europe.

.

Au Sri Lanka est né le concept de « foresterie analogue » (analog forestry), sous l’autorité du professeur Ranil Senanayake. Il s’agit de conserver la forêt sauvage tout en l’exploitant. Un réseau international des forêts analogues est basé au Costa-Rica.

.

Biopiraterie

 

La parole est ensuite donnée à Pierre William Johnson, un chercheur franco-américain qui vient de publier Biopiraterie, Quelles alternatives au pillage des ressources naturelles et des savoirs ancestraux ? (Editions Charles Leopold Mayer,  2012. Il rappelle que c’est au sommet de Rio, en 1992, qu’a été adoptée la convention pour la protection de la biodiversité. Il existe 80.000 plantes comestibles dans le monde, mais seulement trois sont consommées pour leurs protéines : le blé, le maïs et le riz. Il dresse un parallèle avec les langues : sur les quelque 5.900 langues répertoriées, plus de 5.000 sont parlées par de tous petits groupes locaux.

.

Il souligne qu’un médicament sur deux, aujourd’hui, vient d’une plante. Mais la synthèse d’une molécule n’est pas aussi efficace que la plante naturelle, car elle peut produire des effets indésirables. Il existe un fossé entre l’Occident, qui protège la propriété intellectuelle, et les communautés indigènes, qui ne se sentent pas propriétaires de leurs ressources naturelles et de leurs connaissances. C’est la porte ouverte à la biopiraterie.

.

En Inde, l’office des brevets a enregistré 200.000 formules, comme celle de l’arbre neem, qui sert de fongicide naturel. Les groupes français ne sont pas en reste. Greentech développe un cosmétique pour les grandes firmes : le sacha-inchi. On en extrait l’huile qui, avec de la farine, sert de masque de beauté. Il y a aussi Cognis et les laboratoires Pierre Fabre. Ce dernier a déposé en 1983 la marque Argane, mais il a été débouté en 2010, car on n’a pas le droit de commercialiser un produit sous le nom de la plante d’origine (la noix d’Argan, fruit de l’arganier).

.

Pierre Johnson met en garde : « le bio ne garantit pas la biodiversité ». En effet, le label est normatif, donc imparfait. Et le label est souvent attribué par des clubs d’entreprises. En Inde et au Pérou, on a constitué des bases de données sur les plantes pour ne pas les utiliser. Il cite le cas de la marula, une plante d’Afrique australe. En Namibie, une coopérative de femmes en extrait l’huile, qui est ensuite commercialisée comme cosmétique par une société française, Aldivia. Au Swaziland, 2.600 femmes exploitent la marula pour elles-mêmes. Le produit en bouteille est vendu en France sous le nom de Marula Secrets.

.

Pour l’huile d’argan, produite au Maroc, elle ne profite pas aux femmes, car elles ont été remplacées par des machines. Une ONG s’est créée : le Collectif pour une alternative à la biopiraterie. Il déplore que la stévia ne soit toujours pas admise sur le marché européen. La France pose un problème particulier : sous prétexte de lutte contre les sectes, on interdit les plantes de rituel.

.

Les cosmétiques Aïny

Dernier intervenant, Daniel Joutard. Après une école de commerce, il part pour l’Equateur, où il découvre la culture indigène. Il travaille en France pendant huit ans comme consultant d’entreprise, puis décide de se lancer dans la commercialisation des plantes de rituel. Il fonde la société Aïny, qui signifie réciprocité en quechua (mais « je t’aime » en chinois et « mon œil » en arabe). Il fait le choix des cosmétiques rares, donc « de luxe ». Il exploite l’amaca, un tubercule que l’on trouve dans les Andes à 4.000 m d’altitude. La société française Naturex a racheté le brevet aux Américains.

.

Pour Daniel Joutard, la biopiraterie consiste à observer dans les villages reculés l’usage des plantes que font les guérisseurs et les femmes pour leur beauté, sans demander leur autorisation. « Le commerce équitable est nécessaire mais pas suffisant », dit-il. Cela va pour les grosses productions (café, thé, cacao, banane), qui sont rémunérées à la quantité, comme une matière première. Mais cela ne garantit pas l’efficacité thérapeutique ou cosmétique, et l’on oublie les vertus immatérielles, partagées par un peuple, une culture. « Un guérisseur connaît 200 à 300 plantes ». Une plante cicatrisante, au village, peut être exploitée ailleurs comme remède anti-rides. Des pays comme le Brésil, le Pérou, la Chine et l’Inde sont bien décidés à contre-attaquer aujourd’hui.

.

Faut-il encourager le dépôt de brevets chez les peuples autochtones ? Pas forcément. Il ne faut pas commercialiser à tout prix. Les brevets ne sont pas légitimes. Aïny a quatre principes :

1) On établit une relation de commerce équitable avec le producteur.

2) L’indigène établit une liste des plantes autorisées à l’exploitation et l’on institue un partenariat pour le bénéfice immatériel.

3) Pas de brevet lié à une plante.

4) On reverse 4 % du chiffre d’affaires (– 500.000 euros) pour compenser l’acquis culturel.

.

Voilà deux ans que ces principes sont appliqués. Le truc pour éviter le brevetage pirate : les recherches sont publiées dans les revues scientifiques, de sorte qu’elles tombent immédiatement dans le domaine public et ne peuvent plus être appropriées.

.

Sur ce petit déjeuner, lisez aussi ici l’article de Nathalie Giraud.

.

Compte-rendu du petit déjeuner des JNE sur la lutte contre la biopiraterie

Les JNE ont organisé le 10 mai 2012 un petit déjeuner sur la biopiraterie à la mairie du 2e arrondissement de Paris.

.

par Nathalie Giraud

.

Petit déjeuner JNE sur la biopiraterie : de g. à dr., Nathalie Giraud (JNE ), Pierre Johnson, Claudie Ravel

Petit déjeuner JNE sur la biopiraterie : de g. à dr., Nathalie Giraud (JNE ), Pierre Johnson, Claudie Ravel, Daniel Joutard - photo Laurent Samuel

.

Les trois intervenants

.

Pierre Johnson, auteur du livre Biopiraterie, quelles alternatives au pillage des ressources naturelles et des savoirs ancestraux ?, Editions Charles Leopold Mayer (2012). Il participera à l’organisation d’une table-ronde à Rio+20 avec le Collectif français de lutte contre la biopiraterie.

.

Claudie Ravel, fondatrice de Guayapi Tropical (compléments alimentaires, plantes et cosmétiques), lutte contre la biopiraterie en valorisant les cultures et savoirs des peuples d’Amazonie et du Sri Lanka.

.

Daniel Joutard, fondateur de la marque de cosmétiques bio Aïny, mène des activités de recherche et développement tout en developpant des alternatives à la biopiraterie avec les organisations autochtones du Pérou et d’Equateur.

.

La biopiraterie est l’exploitation des ressources biologiques et des savoirs ancestraux, sans compensation pour les peuples autochtones. Autrement dit, les industries des secteurs cosmétique, pharmaceutique et alimentaire s’approprient les plantes du monde et les savoirs ancestraux sans partager équitablement avec les peuples locaux.

.

« La biopiraterie est un déni du travail millénaire de millions de personnes et de cerveaux travaillant pour le bien de l’humanité ».
 Vandana Shiva

.

Claudie Ravel

La mission de Guayapi Tropical : valoriser les cultures traditionnelles


Pour que ces peuples d’ailleurs profitent de leur patrimoine et que celui-ci devienne un levier pour le commerce équitable ou tout autre entreprenariat social, certaines entreprises occidentales misent sur la revalorisation des plantes issues des terres d’origine. C’est le cas de Guayapi Tropical, marque de compléments alimentaires et cosmétiques fondée par la française Claudie Ravel, qui a lancé le guarana du Brésil sur le marché européen en 1990.

.

Sa démarche est entièrement tournée vers le juste partage des échanges et vers l’évolution des organismes certificateurs qui protègent les écosystèmes, les savoir faire traditionnels, le renouvellement des terres déboisées ou encore la transformation des exploitations en bio, comme c’est le cas avec FGP (Forest Garden Products) : organisme présent en Asie (Sri Lanka, Philippines…) et en Amérique Latine (Amazonie, Mexique…), mais aussi en Europe et aux USA. La devise de FGP, programme planétaire de restauration des écosystèmes en commerce équitable : Epanouir l’homme, tout en restaurant la nature, devise qui accompagne les 7 principes fondamentaux d’une charte éthique exigeante.

.


Le Warana, qui est le nom d’origine du Guarana (plante aux multiples vertus), est valorisé par Guayapi Tropical dans les meilleures conditions. Claudie Ravel et ses collaborateurs travaillent avec les producteurs sur place : les indiens Sateré Mawé en Amazonie, et le chef, Obadia Batista Garcia ira à Rio+20 défendre sa culture. Ce Warana est devenu un produit sentinelle Slow Food.

.

www.guayapi.com

.

Daniel Joutard


La priorité pour la marque Aïny :protéger la biodiversité


Daniel Joutard, fondateur de la marque de cosmétiques Aïny, a une démarche bien particulière et très subtile : il ramène des trésors du Pérou et d’Equateur dans son propre laboratoire de recherche. Et pour empêcher les brevets sur ces plantes sacrées comme l’Ashioté, il publie ses recherches dans le domaine public, ce qui devient un bien commun ! Les cosmétiques Aïny sont une référence. Labellisés Cosmébio et certifiés Ecocert, 100 % des actifs sont bio et toutes les plantes utilisées, bien connues des ethno-pharmacologues, sont avant tout le patrimoine de plusieurs peuples. Les Achuars dans la Haute-Amazonie, les Queshuas de la Vallée Sacrée du Pérou, les Ashaninkas et les Yaneshas en Amazonie péruvienne livrent leurs secrets et en retour, 4 % du chiffre d’affaire des ventes sont reversés à l’organisation du pays, en plus du commerce équitable.

.

Et pour Daniel Joutard, le commerce équitable est un minimum. Mais toutes les marques qui travaillent avec les principes du commerce équitable sont sur la voie pour favoriser les populations locales en retribuant de manière plus juste et plus durable. 
Daniel Joutard se base entre autres sur les principes du modèle des trois cercles élaboré par lui :

1. La demande d’un consentement préalable avant tout accord commercial avec les groupes et organisations représentatives de chaque peuple indigène.

2. Le paiement d’un prix juste aux producteurs sur la base du commerce équitable. Pour sa part, le paiement de 4 % du chiffre d’affaires du produit fini utilisant l’ingrédient.

3. Le refus de déposer tout brevet sur les plantes utilisées et sur tout procédé d’extraction ou de transformation s’y rattachant, ainsi que la protection des savoirs traditionnels sur ces espèces par la publication des recherches dans une revue scientifique.

.

www.ainy.fr

.

Pierre Johnson



L’emblématique cas du Neem

Il a expliqué l’emblématique cas du Neem : 
cet arbre indien a failli être breveté 64 fois en 1990 par un géant de l’agrochimie, W.R. Grace, et par plusieurs autres entreprises privées. La situation a montré les effets pervers de l’appropriation des ressources : le prix des graines de l’arbre avait tellement augmenté que les populations locales ne pouvaient plus l’utiliser, alors qu’il sert comme huile pour la peau, l’alimentaire ainsi que pour l’éclairage et le chauffage. La société civile s’est alors mobilisée devant ce scandale, accompagnée par la communauté internationale et des députés verts européens pour faire annuler un brevet. Ainsi, les savoirs traditionnels et ancestraux ont pu être reconnu.

.

Il a expliqué le contexte complexe dans lequel fonctionnent les entreprises éprises de biopiraterie dans les autres pays riches en biodiversité : les savoirs autochtones et locaux ont révélé aux industries de nombreux principes actifs largement répandus comme la quinine. Mais ces entreprises négligent trop souvent le facteur humain propre à ces écosystèmes à haute biodiversité. L’absence de respect de certaines entreprises pour le savoir accumulé des peuples locaux se traduit donc par des actes qualifiés de biopiraterie. Phénomène aggravé lorsque des connaissances sont reprises sans informer ces derniers ni en obtenir le consentement pour l’enregistrement des brevets ou des marques commerciales. 
Il a donné l’exemple de la marque Argane du laboratoire Pierre Fabre qui utilise l’arganier, arbre endémique du Maroc.

.

Un dialogue possible entre les savoirs traditionnels et la recherche moderne.
 Plus d’un médicament sur deux est produit à partir de substances naturelles. Le dialogue des savoirs sur la biodiversité soulève aujourd’hui moins de questions pratiques que d’enjeux éthiques et juridiques, puisque cet échange a lieu depuis plusieurs siècles.

.

.De l’espoir du côté de Rio+20 ?


Une convention internationale a été signée au Sommet de la Terre à Rio en 1992, notamment par la France et 167 autres pays. Ce qui a permis la reconnaissance de la valorisation de la biodiversité et sa protection. Mais cela n’a pas suffi pour instaurer un commerce plus équitable entre les communautés locales et les entreprises. En revanche, c’est peut-être cette année que tout va se jouer. Rio+20, la suite du Sommet de la Terre (Conférence des Nations Unies sur le développement durable), a lieu du 20 au 22 juin, et un atelier sur la biopiraterie est organisé avec le Collectif français de biopiraterie et des partenaires internationaux.

.

Pour contacter Nathalie Giraud : nathalie.giraud65@sfr.fr

 

Sur ce petit déjeuner, lisez aussil’article de Roger Cans en cliquant ici.

 

 

L’examen de passage (plutôt) réussi d’Eva Joly face aux journalistes nature et environnement

Invitée le 7 janvier 2012 d’un petit déjeuner organisé par l’Association des journalistes de l’environnement (AJE) et l’Association des journalistes et écrivains pour la nature et l’écologie (JNE), Eva Joly, candidate d’Europe-Ecologie-les Verts (EELV) à l’élection présidentielle, a réussi un quasi sans-faute.

.

par Laurent Samuel

.

.

Eva Joly entre Carine Mayo (présidente des JNE) et Valéry Laramée (président de l'AJE) au petit déjeuner du 7 février 2012 - photo Bernard Desjeux

Eva Joly entre Carine Mayo (présidente des JNE) et Valéry Laramée (président de l'AJE) au petit déjeuner du 7 février 2012 - photo Bernard Desjeu

De son propre aveu, Eva Joly n’est pas une spécialiste de l’environnement. Mais, à l’évidence, elle a bûché ses dossiers. D’entrée de jeu, elle évoque ses rencontres en régions avec des agriculteurs ou des ouvriers en lutte, qui la rassurent sur un point : le programme d’EELV est « approprié ». « Le terrain correspond à la carte », dit-elle… joliment. Interrogée sur l’accord EELV-PS, Eva Joly répond : « si l’on veut que les sujets d’écologie soient traités pendant la mandature (sous-entendu de François Hollande), il faut voter pour moi. »

.

Eva Joly indique ensuite que la santé (avec le rôle des pollutions dans les maladies) et le logement (avec le développement de l’efficacité énergétique afin de réduire le CO2 et de créer des emplois) constituent des priorités de sa campagne.

.

En matière de santé environnementale, elle insiste sur la transparence, l’indépendance des experts, la nécessité d’« associer les associations aux décisions ».

.

Pour Eva Joly, le Grenelle de l’environnement a représenté une « avancée ». « Si toutes ses décisions étaient appliquées, le monde se porterait mieux. » La candidate propose « un moratoire sur les grands travaux, comme les lignes de train à grande vitesse (LGV), et l’artificialisation du territoire. Le grand hamster est plus important que l’autoroute !». En particulier, elle propose de rendre « opposables » (aux décisions d’urbanisme) les « trames vertes et bleues » instituées par le Grenelle. Eva Joly en appelle aussi à une « grande loi d’urgence écologique » axée sur la « transition énergétique », ainsi qu’à l’application par la France des directives européennes sur la chasse, l’eau ou les sols.

.

Pour la candidate EELV, il faut également revenir sur la réforme des collectivités territoriales et aller « vers un Etat fédéral avec de vraies régions ».

.

Dans le domaine de la fiscalité, après avoir dit que « le programme est sur son site », Eva Joly en expose les grandes lignes. Elle préconise la suppression des mesures qui favorisent la pollution. La députée européenne EELV Sandrine Bélier, présente elle aussi au petit déjeuner, glisse malicieusement que François Hollande a demandé un audit sur ce sujet, alors que Guillaume Sainteny vient de réaliser pour le CAS (Conseil d’analyse stratégique) un rapport très complet sur les aides publiques dommageables à la biodiversité… Eva Joly se prononce aussi pour une taxe sur les combustibles fossiles et le nucléaire, dont une partie serait reversée aux plus défavorisés sous forme de « chèques verts » afin de développer la réhabilitation écologique de leurs logements.

.

En ce qui concerne le sommet Rio+20, Eva Joly approuve le projet d’une « agence » mondiale de l’environnement. Sandrine Bélier ajoute qu’EELV est favorable à la transformation du Conseil économique et social de l’ONU en un Conseil économique, social et environnemental. Celui-ci pourrait s’inspirer du CES français, dont les somptueux locaux place d’Iéna accueillaient justement la semaine dernière une conférence sur la gouvernance environnementale organisée par NKM, la ministre de l’Ecologie (téléchargez ici la lettre Options Futurs N° 8 qui comprend un dossier complet sur cette conférence).

.

On regrettera cependant qu’Eva Joly, soucieuse sans doute de donner des réponses rapides aux questions posées, soit peu rentrée dans le détail de ses propositions.

.

 

Le petit déjeuner AJE/JNE avec Eva Joly du 7 février 2012 - photo Bernard Desjeux

 

Interrogée à plusieurs reprises sur le fait que sa campagne ne « décolle » pas, Eva Joly invoque la « complexité » de son projet, difficile selon elle à faire passer. Et sa possible responsabilité personnelle dans cette situation ? « Ce n’est pas à moi de le dire », répond-elle.

.

En conclusion, la candidate affirme que le programme d’EELV et les jeunes bénévoles qui l’entourent sont deux « trésors », et qu’elle entend faire un atout du fait qu’elle est « jeune en politique ».

.

En tout cas, les journalistes spécialisés ont eu en face d’eux une femme jeune d’esprit, sérieuse et courageuse, dont l’opiniâtreté, quels que soient les jugements que l’on peut porter sur sa candidature et sa campagne, force le respect !

.

Le petit-déjeuner des JNE sur Rio + 20

Après la conférence de Durban, en décembre 2011, et avant le sommet de Rio + 20, en juin 2012, les JNE ont reçu le 15 décembre 2011 à la mairie du 2e arrondissement de Paris Michel Prieur, professeur émérite de droit de l’environnement à l’université de Limoges et vice-président du Centre international de droit comparé de l’environnement (CIDCE), ainsi que Sandrine Bélier, députée européenne EELV, déléguée à Durban.

 .

par Roger Cans

.

Michel Prieur et Sandrine Bélier au petit déjeuner JNE du 15/12/11 - photo Laurent Samuel

Pour Sandrine Bélier, juriste de la SFDE (Société française de droit de l’environnement), la conférence de Durban (Afrique du Sud) débouche sur « un verre à moitié vide et à moitié plein ». Il n’a rien été décidé sur le réchauffement climatique, de sorte que l’on ne mise plus sur une augmentation de 2° C mais de 4° à 6° C.

.

La seule avancée a été le fait de l’Union européenne, mandatée comme à Nagoya pour la biodiversité. Seule la Pologne a rechigné. L’Europe considère que si rien n’est décidé après le protocole de Kyoto, qui arrive à échéance en 2012, ce sera un recul. L’Union européenne demande donc une feuille de route pour 2015, avec application au bout de 5 ans. C’est-à-dire une définition des objectifs en 2015, avec leur application en 2020.

.

Le « fonds vert », lancé à Cancun (Mexique) pour l’adaptation des pays en développement, a été acté à Durban. Il s’agit d’un fonds de 100 milliards de dollars (taxation des transactions financières, des opérations maritimes et aériennes), géré par le Secrétariat de la Convention Climat. Mais ce fonds, bien que « acté », reste virtuel, en dépit de la demande pressante de l’Union européenne. On en reparlera dans les prochaines réunions, à Bonn et à Qatar. Un point positif : « La Chine a beaucoup bougé ». Ont refusé : la Russie, le Canada et l’Australie.

.

S’agissant de la gouvernance mondiale, on en est toujours à la démocratie consensuelle prônée par les Nations unies. « On avance pas à pas, observe Sandrine Bélier. Les rencontres annuelles sont indispensables, ne serait-ce que pour se connaître ».

.

Michel Prieur rappelle un point essentiel de la nouvelle gouvernance lancée à Rio en 1992 : on réunit les diplomates du monde entier, avec les représentants de la société civile. Roger Cans précise que la « société civile » était représentée par les scientifiques réunis auparavant à Rio (appel d’Heidelberg), les industriels de l’environnement (en salon à Sao Paulo) et les ONG en salon à Rio durant le sommet. Michel Prieur explique alors que Rio 1992 a bouclé les deux chantiers les plus lourds : le changement climatique et la biodiversité. En 2012, que reste-t-il ? « Il n’y a rien sur la table », dit-il. Les chefs d’Etat risquent de bouder un « sommet » sans enjeu. Pour lui, le seul sujet concret reste une éventuelle convention sur le mercure, récurrente depuis l’affaire de Minamata au Japon, dans les années 1950.

.

Michel Prieur s’étonne que le sommet de Rio 2012 ait changé de date, parce que l’ONU a découvert que la Reine d’Angleterre fêtera cette année-là son jubilé. Comme les Etats du Commonwealth ont tous annoncé leur présence aux cérémonies du jubilé, il a fallu déplacer les dates du sommet environnemental… Il précise que les Etats et les ONG ont été priés de soumettre au Secrétariat des Nations unies leur propositions pour Rio+20, et ce avant le 1er novembre 2011. Un « draft 0 » sera présenté le 1er janvier 2012.

.

Pour sa part, le Centre international de droit comparé de l’environnement (CIDCE), basé à l’université de Limoges, a avancé 27 propositions, dont la réforme du PNUE et « l’économie verte ». Ces propositions ont été reprises par le Parlement européen, précise Sandrine Bélier. Mais le principal thème mis en débat est le principe de « non régression », qui signifie qu’on refuse tout recul dans le niveau de protection. Ce que les Belges ont traduit par l’anglais « standstill », qui équivaut à l’équilibre, avec des changements irréversibles, comme l’engrenage avec des cliquets qui ne permettent que d’avancer. Un verrouillage, en quelque sorte. Sur l’économie verte, on reste dans le flou…

.

Les juristes de la SFDE observent que la directive sur la protection des sols est bloquée, et que rien n’a été proposé pour l’exploitation des mines, alors même que l’on envisage l’exploitation des gaz de schiste… Carine Mayo estime que le principe de non régression est très pessimiste. Nos invités le confirment.

.

Michel Prieur annonce que le CIDCE, dans son catalogue de propositions, a lancé l’idée d’un Tribunal international de l’environnement – qui a peu de chance d’être retenue. En revanche, la réforme du PNUE de Nairobi peut effectivement déboucher sur une organisation onusienne à part entière (ONUE) ou une organisation sœur (OIE), calquée sur l’OIT (Organisation internationale du travail) ou l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Il souhaite que, comme en France, le Conseil économique et social de l’ONU ajoute l’environnement, et non le développement durable.

.

Le président honoraire de la SFDE envisage un grand chantier juridique : la mer, qu’il s’agisse d’exploitation pétrolière off shore, de pollution tellurique ou des aires protégées en haute mer. Sandrine Bélier évoque le cas des réfugiés de l’environnement, dont le statut a été reconnu au Parlement européen (par 3 voix de majorité). Il est précisé que Brice Lalonde (lire ici le compte-rendu de sa récente rencontre avec les JNE) , comme coordinateur du secrétariat de l’ONU pour la préparation de la conférence, sera chargé de faire vivre toutes ces propositions avant Rio+20. Mais beaucoup le trouvent trop pessimiste ou désabusé pour cette tâche, qui demande un minimum d’enthousiasme…

.

En conclusion, Michel Prieur indique que le CIDCE a lancé un appel des juristes, qui a déjà recueilli près d’un millier de signatures.

 

A noter : la sortie de la 6° édition du Manuel de droit de l’environnement par Michel Prieur aux éditions Dalloz.

.

Le petit déjeuner des JNE avec Brice Lalonde : compte-rendu détaillé

De passage à Paris, Brice Lalonde, coordonnateur de la Conférence Rio+20 aux côtés de Liz Thompson, est venu rencontrer les JNE. Objectifs : faire le point des avancées sur fond de crise et rappeler à nos médias que la valse de la planète ne s’arrêtera pas avec la présidentielle française…

.

par Marie Hellouin

.

Brice Lalonde - Photo Paulo Filgueiras

 

« Rio + 20 n’est pas 1992 + 20. C’est 2012 + 20 », martèle d’emblée notre ancien ministre, comme il l’avait fait lors de la Conférence du Comité 21 le 4 juillet dernier. En perspective d’ici 2035, l’arrivée d’1 milliard d’habitants supplémentaires sur notre planète.

.

Pour lui, cette conférence sera essentiellement portée par les pays émergents et par l’Europe, dans la limite de ses difficultés internes. Ainsi qu’il l’avait souligné en juillet, les 27 Etats membres s’exprimeront via l’Europe, alors sous présidence danoise. Pour sa part, la France sera mobilisée par les élections puisque la Conférence se tiendra entre les 2 tours des législatives. Notre pays finance néanmoins une équipe pilotée par deux ambassadeurs : Serge Lepeltier, concernant la Convention Climat, Jean Pierre Thébault au nom des ministères des Affaires étrangères et de l’Ecologie.

.

De leur côté, les USA n’accepteront aucune décision contraignante car d’ici la prochaine législature, tout engagement du Président Obama serait immédiatement contré par le Congrès, en majorité républicain.

.

« L’objectif de Rio 92, c’était l’Agenda 21 pour le développement durable. Le sommet intervenait peu après la chute du mur de Berlin. Tous les chefs d’Etat y ont participé en présence du Commandant Cousteau », rappelle Brice Lalonde. Aujourd’hui, le contexte a changé.

.

L’objectif Rio + 20 sera le développement, point. Le budget des Nations-Unies est en berne. Comment assurer le nécessaire aux plus démunis quand les caisses sont vides? Les pauvres de la planète sont « très remontés contre l’écologie », considérée, au mieux comme un luxe de riche, au pire comme un alibi protectionniste.

.

Souhaitable, certes, le verdissement de l’économie reste conditionné à la justice sociale élevée au sommet des priorités. Base des revendications : un filet de sécurité pour tous, l’égalité des sexes et l’autonomie des femmes défendu par l’entité ONU femmes et l’emploi des jeunes (rappel : déjà 50 % de moins de 30 ans de la population mondiale).

.

Du côté de l’agenda, la négociation intergouvernementale a commencé. Les soumissions arrivent à un rythme soutenu. Nationales, institutionnelles ou civiles, toutes les contributions doivent être transmises au Secrétariat de la Conférence avant le 1er novembre. Les coordonnateurs en extrairont un « zéro draft », avant-projet des déclarations finales, qui sera présenté en janvier 2012 pour amendement et finalisation fin mai.

.

La Conférence se déroulera du 4 au 6 juin. Elle sera précédée de « 4 jours d’effervescence », où la société civile est invitée à s’exprimer sans modération.

.

D’ores et déjà, le document final est balisé. Il reprendra les principes de 1992. Certains voudraient même introduire « un cliquet de non retour » pour prévenir un blocage en cas de contestation des acquis.

.

De son côté, le Secrétaire général des Nations Unies veut faire le point des « Objectifs du millénaire pour le développement » qui devaient être évalués en 2015. C’est là que le développement durable pourrait refaire surface. En premier lieu, Ban Ki Moon veut obtenir à l’horizon 2030 le droit à l’électricité pour tous, en majorité d’origine renouvelable, avec une amélioration de 40 % de l’efficacité énergétique.

.

La sécurité alimentaire vient à égalité sous la forme du nexus (nœud) eau-énergie-nourriture.

.

Viennent ensuite l’urbanisation, priorité des Brésiliens, la protection des océans, la réponse aux catastrophes naturelles et/ou technologiques.

.

Les uns voudraient déboucher sur une feuille de route, d’autres se contenteraient de simples pistes (pass way dans le vocabulaire onusien). Le débat est en cours.

.

Faut-il rémunérer les services de la nature ? La question a émergé. Certains pays ont construit sans attendre une économie homme-nature à bénéfice mutuel. C’est le cas du Costa Rica avec la biodiversité ou de Singapour dans la gestion de l’eau. Leurs expériences ne sont pas forcément adaptables à tous.

.

Pour inciter les autres, Brice Lalonde croit beaucoup aux plateformes collaboratives liant les différents acteurs, partenariats publics/privés face aux donateurs, y compris les bilatéraux et les investisseurs de long terme comme les fonds de pension.  « Ce chapitre est fondamental sous peine de décourager les pauvres », insiste-t-il. Quant à la taxe sur les transactions financières, il y a fort à craindre qu’elle soit finalement votée pour renflouer les caisses des Etats les plus avancés au lieu de financer le développement des pays pauvres !

.

Pause café pour l’orateur et salve de questions/réponses dont voici quelques « bâtons rompus » .

.

Le projet d’OME (Organisation Mondiale de l’Environnement) proposé par la France a-t-il une chance d’aboutir ?

Réponse : ce projet reçoit des soutiens, mais il supposerait une réforme complète des institutions onsiennes étant donné la dispersion des officines liées à l’environnement : le PNUE à Nairobi, la FAO à Rome, l’Unesco à Paris, la Convention Climat à Bonn, la CBD à Montréal, etc. Chacune travaille pour sa paroisse sans se soucier des autres (parfois même en concurrence !). Au plan de la gouvernance, la situation n’est pas plus claire. L’Assemblée générale des Nations Unies n’est qu’une chambre d’enregistrement des politiques de 192 Etats. Elle n’a pas de pouvoir et dans tous les cas, ecomme le souligne Brice Lalonde, « une somme d’intérêt nationaux ne fait pas l’intérêt de la planète ». Le Conseil de sécurité a le pouvoir, mais pas l’argent. La Banque mondiale a l’argent, mais ne peut pas veiller à la cohérence des programmes. A défaut d’OME, un Conseil du Développement durable pourrait en être chargé. Un groupe de haut niveau sur la durabilité est également à l’étude.

.

La lutte contre la corruption sera-t-elle abordée ?

Réponse : un groupe de travail pourrait être créé.

.

Quelle place tiendra la politique familiale ?

Réponse : le contrôle des naissances se heurte de plus en plus aux fondamentalismes de tous bords.

.

Le G20 pourrait-il se substituer à l’ONU ?

Réponse : non, le G20 s’occupe des finances.

.

Le Brésil peut-il accueillir ce Sommet avec la vague de corruption et la nouvelle Loi forestière qui mine son gouvernement ?

Réponse : « no comment », le coordonnateur est tenu au devoir de réserve. Il rappelle que c’était le voeu du Président Lula. Pour lui, délocaliser la Conférence semble peu vraisemblable.

.

Où en sont les projets de la société civile ?

Au plan international, les entreprises et les municipalités sont les plus avancées.

Le Global compact organise une foire des technologies (rien pour nous surprendre !). Il fera des propositions pour améliorer la gouvernance des entreprises, dont un cahier des charges commun à toutes pour unifier les rapports de RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises).

Dans le même esprit, les villes présenteront « la Mairie Globale »…

En guise d’appréciation, Lalonde nous livre ce descriptif du monde selon Pascal Lamy  « Le local est solide, l’Union Européenne liquide et l’ONU gazeuse ! ».

.

La Conférence sera-t-elle relayée par internet ?

Réponse : la décision n’est pas tranchée. Certains pays y sont favorables, notamment les Etats-Unis. D’autres s’y opposent en raison de la fracture numérique.

.

Quelles perspectives pour l’économie et la croissance verte ?

Cette question est revenue à différents stades et les réponses étaient éparpillées.

La Chine multiplie les déclarations, mais refuse toute contrainte.

L’OCDE, la Banque Mondiale, le PNUE ont chacune produit leur rapport sur la croissance verte. La recherche agronomique progresse sur la voie d’une agriculture écologique intensive pour l’alimentation et la chimie verte. En dépit des frémissements de l’auditoire, notre invité considère qu’au Brésil, l’agro-industrie de la canne à sucre est un véritable succès. Pour lui, ces voies nous ouvrent beaucoup de possibilités, mais elles se heurtent aux multinationales des industries pétrolières qui veulent « garder la main ».

 

Voir ici un autre éclairage sur ce petit déjeuner.

.

Brice Lalonde et la conférence Rio + 20 face aux journalistes des JNE

De passage à Paris, Brice Lalonde était le 10 octobre 2011 l’invité d’un petit déjeuner organisé par les JNE.

.

par Laurent Samuel

.

Brice Lalonde (à droite) en compagnie du secrétaire général des Nations unies. Photo: UN Photo/Paulo Filgueiras

 

Brice Lalonde coordonne avec Elizabeth Thompson, ancienne ministre de l’Environnement de la Barbade, la préparation de la conférence Rio+20, qui aura lieu à Rio de Janeiro en juin 2012. Le secrétariat de la conférence est basé au siège des Nations-Unies, à New York.

.

« Rio+20, cela ne signifie pas +1992 plus 20+ mais plutôt +2012 plus 20+, c’est-à-dire 2032, date à laquelle il y aura un milliard d’habitants de plus sur la surface de la planète« , a précisé d’emblée l’ancien ministre de l’Environnement. « Lors du sommet de Rio, on avait défini des principes. Il faut aller maintenant aller vers des propositions concrètes, applicables dès 2013. »

.

Brice Lalonde a ensuite détaillé le calendrier de la préparation de la conférence. Les Etats, mais aussi les ONG, les entreprises, les communes ou les régions (dont il souligne les avancées grâce aux Agendas 21, lancés à Rio en 1992), ont jusqu’au 1er novembre 2011 pour envoyer des contributions écrites. A partir de ces textes, le secrétariat de la conférence réalisera un projet (zero draft), qui fera l’objet d’une négociation intergouvernementale à partir de février 2012, puis sur place à Rio lors de la conférence, afin de parvenir à un texte final.

.

Selon l’AFP, cinq thèmes principaux émergent à ce stade pour la conférence : l’énergie avec l’idée du droit à un accès universel et plus d’efficacité énergétique, la sécurité alimentaire, une politique de développement durable pour les villes, l’exploitation durable des océans et les moyens d’instaurer plus de justice sociale dans le monde.

.

Brice Lalonde - Photo Paulo Filgueiras

Brice Lalonde - Photo Paulo Filgueiras

 

« Dans les négociations des Nations unies, on voit encore trop de pays qui se disent ‘Qu’est-ce que je peux tirer pour moi de cette négociation?’, sous-entendant ‘La planète peut attendre’ « , a souligné Brice Lalonde.

.

Le coordinateur de la conférence Rio+20 a conclu : « Aujourd’hui, la politique est à 80 % domestique, or la réalité du monde est à 80 % intergouvernementale ».

.

Cliquez ici pour consulter le site de la conférence.

.

A découvrir aussi, le portail d’Ecobase 21 sur Rio+20, et le site du Collectif Rio+20, coordonné par l’association 4D.

.

Pour en savoir plus sur ce petit déjeuner, lisez ici la dépêche de l’AFP reprise sur le site de la RTBF.

.

Petit déjeuner des JNE sur les bonobos avec Claudine André

Claudine André, qui s’emploie à tenter de sauver les singes bonobos du Congo, était l’invitée des JNE le 24 mars 2011 à la Mairie du 2e ..

.

par Roger Cans

 

Claudine André face aux JNE le 24 mars 2011 à la mairie du 2e – photo Laurent Samuel

Claudine André est la fille d’un vétérinaire belge qui s’est installé en 1951 à Léopoldville, capitale du Congo belge. Elle n’a alors que cinq ans. Elle se considère donc aujourd’hui comme une « Africaine », qui n’a nullement l’intention de rentrer en Europe et veut se faire enterrer au Congo, sa patrie. Car elle a épousé le fils d’un Tutsi et d’une Italienne, qui, lui aussi, a toujours vécu au Congo, devenu Zaïre puis RDC (République démocratique du Congo). Il travaille dans les transports, les travaux publics et le commerce. Il subvient donc à ses besoins.

.

Sa vocation de protectrice des bonobos, ces petits chimpanzés endémiques du bassin du Congo, est venue par hasard et sur le tard. Lorsque la guerre civile a éclaté au Zaïre, en 1991, les bandes armées ont imposé leurs lois, aussi bien dans le parc national des Virunga, à l’est, où vivent les derniers gorilles des montagnes, que dans la ville de Kinshasa, à l’ouest, qui a été dévastée en dix jours de combats. « Tout était détruit, certaines usines jusqu’aux fondations ». C’est alors qu’on lui parle du zoo de Kinshasa, dont elle ignorait même l’existence. On lui dit que les animaux sont en perdition et qu’elle seule, fille de vétérinaire, peut faire quelque chose.

.

Elle s’y rend donc et constate que, effectivement, les animaux qui subsistent dans le zoo sont en grande détresse. « Les léopards mangeaient des mangues », ce qui n’est pas un menu pour de grands carnivores… Claudine André prend alors en charge le zoo, en s’arrangeant pour récupérer des vivres, dont la meilleure moitié est destinée aux gardiens, soigneurs et autres personnels, et la moins bonne aux animaux. Elle recueille aussi des enfants abandonnés, qui sont plusieurs milliers en ville (les « enfants sorciers »), pour les transformer en soigneurs bénévoles et leur faire cultiver quelques légumes. Elle devient « Maman jardin ».

.

C’est alors qu’on lui apporte le premier bonobo, un singe qu’elle ne connaît pas vivant puisqu’il est habituellement vendu comme viande de brousse. Au fil des saisies de la police, qui fait la traque au commerce illégal des petits singes vivants, elle en recueille cinq, en accord avec le ministère local de l’environnement. Le but est de « casser la chaîne du commerce illégal » d’un animal intégralement protégé par la législation internationale. Elle obtient alors un contrat de gardiennage pour les bonobos saisis dans tout le bassin du Congo, aussi bien du côté de Brazzaville que de Kinshasa. Son centre d’accueil des animaux saisis, capturés ou blessés prend de l’importance.

.

Tant et si bien que la WISPA (World international society for protection of animals) lui suggère de créer un sanctuaire dévolu à la sauvegarde et à la réintroduction des bonobos dans la forêt congolaise. Claudine André est effarée par le nombre de cartouches MACC  (Manufacture d’armes et cartouches du Congo) que l’on trouve dans tous les coins de la forêt, qu’elle arpente en pirogue et à pied. Car le marché de la viande de brousse est une affaire qui marche très fort. Il lui faut donc trouver un endroit sans chasse pour transférer ses chers bonobos. Heureusement, le bassin central de la forêt congolaise est inondé plusieurs mois sur douze, ce qui dissuade les chasseurs et les exploiteurs de bois (qui n’ont pas non plus de port de mer, à la différence du Cameroun avec Douala ou du Gabon avec Libreville).

.

En 2005, elle se lance dans la réalisation du sanctuaire, ce qui ne va pas sans mal. Il faut convaincre les églises locales, très puissantes, du bien fondé de la conservation. Il faut surtout trouver une ethnie qui considère le bonobo comme tabou. Car certaines ethnies, au contraire, consomment la viande de bonobo et la juge même très favorable aux femmes enceintes… Il faut enfin trouver de l’argent. Les milieux scientifiques veulent bien financer, à condition que les bonobos soient réintroduits dans leur milieu naturel et fassent l’objet d’un suivi bien documenté.

.

Finalement, le sanctuaire qu’elle trouve, à 1000 km de Kinshasa, ne s’impose que parce qu’elle consacre 80 % de ses ressources à l’éducation et à l’assistance des populations riveraines, afin de les motiver à la conservation, et seulement 20 % aux bonobos proprement dits. Le sanctuaire fonctionne avec seulement trois expatriés, dont l’une habite à Islamabad (Pakistan) et collecte les fonds (fund raiser). Sur place, « Maman Claudine » emploie 100 personnes (soigneurs, gardiens, écoguides, et trois vétérinaires congolais), ce qui lui revient à 500 000 dollars par an. La fondation Brigitte Bardot lui offre 43 200 euros par an. Les liaisons entre le centre de soins et le sanctuaire (1000 km) ne peuvent se faire que par avion (800 euros le billet).

.

La réintroduction, progressive, a été commencée il y a deux ans, sous le contrôle d’un primatologue japonais très pointu. Dix individus ont été relâchés le 14 juin 2009, après repérage d’arbres bien pourvus en fruits. Ils sont suivis localement par des pisteurs afin de fournir toutes les données réclamées par les institutions scientifiques qui financent l’opération (US Fish and Wildlife, ARCUS Foundation, Max Planck Institute).

.

Les animaux relâchés sont entièrement libres, sans colliers ni puces de radiopistage. On a constaté que le groupe fait très rapidement des kilomètres dans la forêt. Un deuxième groupe de onze bonobos a été relâché récemment. Tout s’est bien passé. Aucune perte n’a été signalée. Les seuls prédateurs sont les léopards ou les chimpanzés, « les guerriers de la forêt », qui ne supportent pas de cohabiter avec les bonobos et les tuent. Heureusement, ils ne se sont pas rencontrés…

.

Claudine André a voulu tester elle-même la « déshabituation » des bonobos relâchés dans le sanctuaire. Volontairement, elle n’y est pas retournée pendant huit mois, afin de distendre les liens, très proches au centre de soins. Lorsqu’elle est retournée au sanctuaire, elle craignait d’être tout de suite entourée par ses anciens protégés et d’avoir à les prendre dans ses bras, ce qui aurait été un échec de la réintroduction. En fait, les bonobos l’ont tout de suite repérée, comme elle a pu s’en rendre compte par les vocalises du groupe. Mais ils sont restés dans leurs arbres. La partie était gagnée.

.

Photo D.R.

Aujourd’hui, le centre Lola de Kinshasa héberge 73 bonobos sur 40 hectares. Les animaux y sont parfaitement libres. Ils peuvent faire leur nid dans la forêt, venir coucher dans les locaux aménagés, disparaître plusieurs jours ou rester à se faire nourrir. Des étudiants de Harvard (Etats-Unis) viennent y faire des expériences pour tester leur intelligence.

.

Le centre dispose de chats pour éloigner les rats, qui sont vecteurs, par leur urine, d’une maladie grave (encéphalomyocardo…..) qui peut tuer même un éléphant. Un jour, un énorme python de 4 m de long a été retrouvé après avoir avalé un des chats. Il a été tué. Le centre n’aime pas la visite des serpents, qu’il s’agisse de constricteurs comme le python ou de venimeux comme la vipère du Gabon, très abondante.

.

Le sanctuaire comporte aujourd’hui 20000 hectares de forêt, inondée à chaque saison des pluies, donc sans chasse ni exploitation forestière. Il est question de porter sa surface à 30000 hectares, puisque l’ethnie voisine est aujourd’hui acquise à la cause des bonobos. Outre les singes réintroduits, on y trouve aujourd’hui des animaux qu’on ne voyait plus, comme les éléphants. Mais il est impossible de chiffrer le nombre de bonobos présents au Congo. Les chiffres les plus fantaisistes circulent, de 17500 à 100000. Il est impossible, dans cet espace forestier immense, de comptabiliser quoi que ce soit (écoutez ici la réponse de Claudine André à une question sur la situation des bonobos).

.

Claudine André tient beaucoup à un principe : n’attendre aucune subvention publique ni aide de grandes organisations comme le WWF, afin de conserver une entière liberté de manœuvre. Mais elle se conforme aux directives de la CITES et de l’UICN, qu’elle appelle ses « guidelines » (en anglais).

.

Le film Bonobos qui lui est consacré, réalisé par Alain Tixier, est un docu-fiction. Certaines scènes ont été entièrement truquées pour les besoins de la caméra. Mais le message, lui, n’est pas fictif. Et les personnages du film sont tous bien réels. Il sort en salle mercredi 30 avril. Pour visionner la bande-annonce, cliquez ici.

Claudine André aux JNE : « il est minuit moins cinq pour les bonobos au Congo »

A l’occasion de la sortie du film Bonobos le 30 mars prochain (voir ici la bande-annonce), Claudine André était ce matin 24 mars 2011 l’invitée d’un petit déjeuner des JNE à la mairie du 2e arrondissement de Paris.

Claudine André (au fond) face aux journalistes des JNE le 24 mars 2011 à la mairie du 2e arrondissement de Paris - photo Laurent Samuel

 

Ecoutez ci-dessous sa réponse à une question sur la situation des bonobos au Congo.

Pas réjouissant…

WS650009

 

La biodiversité au coeur du 8e Festival du livre et de la presse d’écologie

L’équipe du Festival du livre et de la presse d’écologie et les JNE ont organisé le 14 octobre 2010 un petit déjeuner de presse pour présenter la 8e édition du Felipé, qui se tient les 16 et 17 octobre à la Bellevilloise, dans le 20e arrondissement de Paris.

par Laurent Samuel

Carine Mayo, présidente des JNE, a rappelé que les JNE sont partenaires depuis cinq ans du Felipé, dont ils partagent les centres d’intérêt et la volonté de diffuser l’information et la connaissance sur l’écologie.

Jacques Thomas, fondateur du Festival en 2003 et président de l’association qui l’organise, a insisté sur la vision large, non limitée à la faune et à la flore, de l’écologie, que promeut le Felipé. Le Festival rassemble cette année 58 auteurs (dont de nombreux membres des JNE) et organise 13 conférences et tables-rondes.

A la veille du sommet de Nagoya, la biodiversité est l’un des principaux thèmes abordés, avec notamment un débat dimanche après-midi sur les négociations internationales en cours. La cohabitation entre livre numérique et livre électronique fait aussi l’objet d’une table-ronde samedi après-midi.

Enfin, l’éditeur Thomas Bout, des Editions Rue de l’Echiquier, a présenté le Collectif des éditeurs écolo-compatibles, qu’il a créé avec six autres maisons d’édition. Objectif : polluer le moins possible et diminuer les émissions de gaz de serre, dues à 80 % au papier et au transport des livres.

Cliquez ici pour consulter le programme et les horaires de l’édition 2010 du Felipé.

Comment lutter contre les méfaits des pétroliers en Equateur ?

Les JNE ont co-organisé  le 24 septembre 2010 un petit déjeuner avec José Gualinga, Indien Kichwa d’Amazonie, porteur du projet Chemin de Fleurs de la Frontière de Vie. Il était entouré de Corinne Arnould, présidente de l’association Paroles de Nature pour le soutien des Kichwas, Carlos Jativa, ambassadeur d’Equateur à Paris, et Jacques Boutault, maire du IIe arrondissement de Paris.

Carlos Jativa, ambassadeur d’Equateur à Paris, et José Gualinga, représentant des Indiens Kichwa (photo Christine Virbel)

Par Christine Virbel

José Gualinga, représentant du peuple indien Kichwa de Sarayaku en Equateur, était l’invité des JNE à l’occasion d’un petit déjeuner le 24 septembre à la mairie du IIe arrondissement de Paris.

Cette communauté d’Amazonie résiste pacifiquement depuis 25 ans à des compagnies pétrolières qui tentent de la chasser de son territoire pour en exploiter les ressources.

Face aux agressions de plus en plus violentes dont elle a fait l’objet récemment, la communauté Kichwa a décidé de manifester médiatiquement, en dehors des démarches juridiques qu’elle a entreprises au niveau international pour faire respecter ses droits.

Carlos Jativa, ambassadeur d’Equateur à Paris, est intervenu en premier pour souligner l’importance du changement qui s’est effectué en Equateur avec l’arrivée au pouvoir du président Rafael Correa qui, pour la première fois, a fait inscrire dans la constitution de son pays les droits inaliénables de la Nature.

Le gouvernement équatorien a également pris une décision courageuse en proposant à la communauté internationale le projet Yasuni-ITT, visant à ne pas exploiter les réserves pétrolières situées dans la réserve naturelle de Yasuni, afin de protéger sa biodiversité et de lutter contre le changement climatique. En contrepartie, le pays demande une contribution à hauteur de 50 % de la manne financière qu’aurait apportée l’exploitation pétrolière. Les ressources sont estimées à 850 millions de barils de pétrole (soit 20 % des réserves du pays) pour un montant de 5 millions d’€.

A la suite de cette intervention, José Gualinga a rappelé que les peuples indiens d’Equateur ont soutenu l’élection du président Correa et que la reconnaissance des droits de la Nature dans la constitution est une avancée unique au monde. Pour lui, cette avancée est due aux protestations, luttes et grèves menées par les peuples indigènes d’Equateur ces 20 dernières années et qui demandaient de respecter la Nature et les peuples vivant en son sein.

Pourtant, José Gualinga s’est dit préoccupé de voir que deux lois récentes ne respectent plus les droits reconnus à la Nature, notamment la loi sur les hydrocarbures, votée il y a deux mois par l’Assemblée Nationale, et la loi minérale qui serait inconstitutionnelle, car votée sans consultation des peuples indigènes.

Malgré ces réserves, José Gualinga a expliqué que les Kichwas ont appuyé l‘initiative Yasuni-ITT du gouvernement parce qu’ils pensent qu’aujourd’hui, il faut baser le développement du pays sur un autre modèle que celui des hydrocarbures. Cependant, cette initiative pour la zone Yasuni ne doit pas se faire au détriment du reste de la forêt amazonienne dont l’exploitation pétrolière semble déjà prévue (*).

En effet, l’exploitation pétrolière de la forêt amazonienne défriche et pollue le lieu de vie des peuples indigènes et les menace de disparition. La communauté de José Gualinga a d’ailleurs eu maille à partir avec plusieurs compagnies pétrolières depuis 1989, dont certaines appuyées par des militaires. L’état d’urgence, avec fermeture des écoles, blocage des activités économiques du village, des travaux agricoles et de la chasse, a parfois été nécessaire pour se défendre.

Mais, en dehors de ces situations d’urgence, les Kichwas ont décidé de mener une action symbolique en créant une ceinture de protection de leur réserve naturelle avec des arbres dont la canopée se couvrira bientôt de fleurs: Le Chemin de Fleurs de la Frontière de Vie. Pour José Gualinga, « ce chemin de fleurs parle en faveur d’une préservation de la biodiversité, de la richesse culturelle des peuples indigènes et donne de l’émotion à celui qui est triste ou malade. C’est aussi une déclaration indiquant que ce territoire doit être sans pétrole et que les peuples indigènes sont actifs en ce XXIe siècle ». Par cette action hautement symbolique, les Kichwas veulent ainsi transmettre à l’Occident leur conviction qu’il faut vivre en harmonie avec la nature pour assurer notre existence à tous sur cette Terre. Sur le terrain, le projet se traduit aussi par des actions environnementales et sociales.

Pour soutenir José Gualinga, l’association « Paroles de Nature »a été créée par Corinne Arnould. Le collectif « Artistes & Frontière de Vie », composé de 100 artistes, s’est joint à elle pour faire connaître le projet des Kichwas.

Jacques Boutault, maire du IIe arrondissement de Paris, lui aussi présent lors du petit déjeuner, a exprimé son soutien à l’initiative ITT Yasuni, promue par le gouvernement équatorien, ainsi qu’aux actions de résistance pacifique du peuple Kichwa de Sarayaku contre les méfaits des pétroliers. Jacques Boutault a décidé d’organiser à partir du 4 octobre 2010 l’exposition « Des fleurs contre le pétrole », dédiée au peuple Kichwa de Sarayaku, pendant laquelle le hall de la mairie du IIe arrondissement est transformée en forêt tropicale.

Les fleurs du chemin de vie ne seront visibles que dans 10 à 20 ans, mais déjà, le projet essaime.

* Lors du petit déjeuner JNE, l’ambassadeur d’Equateur a reconnu qu’une société coréenne a obtenu un accord du gouvernement pour réaliser des études de faisabilité d’exploitation pétrolière du bloc 23, situé au sud de la réserve Yasuni. Mais « ceci ne veut pas dire qu’il y aura nécessairement exploitation de la zone », a-t-il affirmé.

Pour en savoir plus

Le site Frontière de vie

L’article de Christine Virbel sur son blog http://bonnesnouvellesenvironnementales.over-blog.com/article-rencontre-avec-jose-gualinga-indien-kichwa-d-amazonie-des-fleurs-contre-du-petrole-57877247.html

L’interview de José Gualinga et Corinne Arnould dans l’émission Terre à Terre de Ruth Stégassy (JNE) sur France Culture le 25 septembre 2010, en réécoute ou podcast.

L’interview de José Gualinga dans l’émission « Partir avec » de Sandrine Mercier sur France Inter le 27 septembre 2010, en réécoute ou podcast.

ANNUAIRE 2019
Spécial 50 ans


Ils nous soutiennent
pour nos 50 ans