Les petits déjeuners

Rencontre JNE/FRB sur le bilan de la COP Biodiversité 2016

Ce jeudi 19 janvier 2017, une rencontre était organisée par Pierre Lefèvre (JNE) avec le concours de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité à l’Institut des sciences de la communication CNRS pour faire un bilan de la treizième COP biodiversité qui s’est tenue à Cancun du 4 au 17 septembre 2016.

par Danièle Boone

DSC02794

Pierre Lefèvre, Sandrine Bélier, Didier Babin et Xavier Sticker lors de la rencontre JNE/FRB du 19 janvier 2017 © Richard Varrault

Après une rapide présentation, Pierre Lefèvre a donné la parole à Pierre-Édouard Guillain, directeur de la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB). Il avait pour mission de rappeler l’histoire de la COP biodiversité. Cette conférence des parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) est une sœur moins connue de la Convention sur le Climat.

Il existe une troisième Convention sur la lutte contre la désertification, elle aussi peu connue. Ces trois conventions ont été adoptées lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992.

Placée sous l’égide du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), la COB se réunit tous les deux ans. 196 pays en font partie, soit la quasi-totalité des pays à l’exception des États-Unis, observateur néanmoins très actif. La conservation de la nature, l’utilisation durable de ses éléments et le partage juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques sont les trois objectifs de la CDB.


 

Le plan stratégique pour la biodiversité pour 2011-2020

En 2010 a été adopté un plan stratégique pour la biodiversité pour 2011-2020 qui invitait les Etats à élaborer des plans de stratégie pour la biodiversité. C’est dans ce cadre que la France a adopté sa stratégie nationale pour la biodiversité, avec 20 sous-objectifs. Un des gros enjeux de la CDB est de couvrir tous les aspects de la biodiversité (exploitation forestière, gestion des eaux, océans, territoires très exposés des zones intertropicales, etc.), ce qui explique que cela devient vite un immense chaudron de réflexions et d’échanges.

Il y a des objectifs assez forts comme la suppression en 2020 des subventions dommageables à la biodiversité ou la création d’un espace protégé couvrant au moins 17 % de la surface terrestre et 10 % des océans. Et puis il y a une stratégie de mobilisation financière, notamment un doublement de l’aide au financement de la biodiversité dans les pays du Sud. C’est aussi un moment pour inciter les questions de biodiversité à s’internationaliser. Publication également de cahiers techniques assez reconnus dans le sérieux et l’aide qu’ils peuvent apporter

La CDB a poussé le sujet du principe de précaution en disant que ce n’est pas parce qu’on n’a pas de certitudes scientifiques qu’il faut repousser des mesures qui vont dans le sens de la réduction des menaces sur la biodiversité ou ne pas mettre en œuvre la création d’aires protégées. C’est également une convention qui n’est pas que protection la nature mais qui essaie aussi de regarder les implications sur les systèmes économiques, les systèmes sociaux. C’est pourquoi il est donné une grande place aux populations autochtones et locales (Article 8J).


Une COP intermédiaire

Cette année à Cancun, le thème principal était l’intégration des politiques de biodiversité dans tous les autres secteurs économiques – forêt, agriculture, pêche et tourisme. Il y a ainsi eu des grands forums d’échanges avec des rapprochements d’experts.

C’était une COP intermédiaire et l’occasion de faire le point sur les objectifs d’Aichi adoptés lors de la conférence tenue en 2010 dans la ville japonaise du même nom. Ces 20 objectifs rassemblés dans un plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 s’inscrivent dans une vision à long terme où la diversité biologique est valorisée, conservée, restaurée et utilisée avec sagesse, en assurant le maintien des services fournis par les écosystèmes, en maintenant la planète en bonne santé et en procurant des avantages essentiels à tous les peuples.

La gestion des problèmes de biodiversité entre pays a été l’une des questions importantes abordées à Cancun. Des questions sont à régler en commun lorsqu’on partage de la biodiversité ou que la biodiversité circule entre pays. C’est le cas de la biologie de synthèse qui était un des sujets de discussions assez ardues. La mise en application du protocole de Nagoya (partage juste et équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques) était un autre point important. Il y a en effet une frustration d’un certain nombre de pays qui possèdent de la biodiversité et voient des gens prélever, utiliser et identifier les connaissances traditionnelles ou des ressources génétiques (principes actifs de plantes, venin, etc.) pour fabriquer des produits qui génèrent beaucoup d’argent alors que ceux qui ont la ressource n’en tirent aucun avantage. Ils souhaiteraient donc qu’il y ait un rééquilibrage, pas forcément monétaire d’ailleurs. Cela pourrait être aussi de l’échange de savoir.

Après cette première intervention dense, Pierre Lefèvre a donné la parole à Xavier Sticker, ambassadeur français délégué à l’environnement qui a parlé entre autres des objectifs d’Aïchi et du protocole de Carthagène sur la biosécurité. Il nous a également annoncé que la prochaine COP biodiversité se tiendrait en 2018 en Égypte.


Les droits des peuples autochtones

Sandrine Bélier, directrice de l’association Humanité et Biodiversité, a ensuite parlé du droit des peuples autochtones, détenteurs et utilisateurs d’importantes ressources génétiques, la France avec ses territoires d’Outremers étant très concernée. Elle a la particularité d’être à la fois détentrice et utilisatrice, ce qui lui donne un rôle très particulier au sein de l’Europe. Toutefois, elle bloque avec le Danemark pour accorder des droits particuliers à ces peuples à cause de gros enjeux économiques, les brevets notamment. Le secteur économique n’était pas du tout favorable à l’adoption du protocole de Nagoya car cela leur fait perdre un certain nombre d’avantages. Le problème de la biopiraterie est posée car déposer des brevets et imposer des royalties ensuite à des populations qui détenaient et utilisaient une ressource naturelle génétique comme dans le cas du haricot jaune, où des paysans, pendant des centaines d’années, ont cultivé cette espèce essentielle et s’en nourrissent au Mexique. C’est ce type de situation que veut arrêter le protocole de Nagoya.

Côté acteurs économiques, la donne n’est pas la même qu’avec le climat, remarque Sandrine Bélier. Autant sur le climat, on peut expliquer que cela amène un bouleversement mais, que dans le même temps, la transition amène de l’activité. Prendre en considération les enjeux de biodiversité suppose des changements de pratiques profondes qui ne vont pas apporter d’avantages financiers immédiats ou vont apporter des avantages financiers et économiques à d’autres secteurs. Ainsi dans le domaine de l’agriculture, c’est le développement de l’agriculture biologique ou de l’agroforesterie au détriment de l’agriculture industrielle. C’est bien là la difficulté des négociations en faveur de la biodiversité.

DSC02807

Denis Babin (MAB) lors de la rencontre JNE/FRB du 19 janvier 2017 © Richard Varrault

 

Didier Babin, président pour la France du Comité Man and Biosphère (MAB), succède à Sandrine Bélier. Il suit la COP biodiversité depuis 2001. Cancun était donc sa huitième COP. Pour lui, la COB n’est pas une convention qui traite de l’environnement en tant que tel, mais c’est la première convention qui traite de développement durable. Dès le début, la négociation sur la convention était véritablement de lier le développement et la protection de l’environnement. C’était dans la suite de la conférence de Stockholm (1972) qui était le début de ces réflexions au niveau des Nations Unies.

On a eu un cycle 72 – 82 – 92 et ces trois conventions, et puis il y a eu Rio +20. L’objectif fixé en 2002 était d’inverser la tendance en termes de biodiversité et l’Union européenne s’était engagée à stopper l’érosion de la biodiversité en 2010, donc les renégociations de 2010 étaient basées sur un échec. On s’est aperçu qu’avec la façon dont on s’y était pris, on ne pouvait pas stopper ni même inverser les tendances. Et pourtant, tous les scientifiques s’accordent pour dire que la biodiversité, c’est la base d’énormément d’activités économiques et la survie des pays en voie de développement, de leur alimentation, de leurs médicaments, de leurs habitations. Grâce à de nombreux rapports scientifiques, on sait que si la tendance à la dégradation continue, les conditions de vie de l’humanité, stables depuis plus de 10 000 ans, risquent d’être tellement bouleversées qu’on ne peut pas savoir où l’on va.


Les protocoles

Les seuls textes contraignants dans les conventions internationales, ce sont les protocoles. Le reste ce sont des décisions, c’est à dire que les pays qui vont s’engager à faire des actions, à mettre en œuvre un certain nombre de choses n’ont pas de contraintes s’ils n’atteignent pas leur objectif. C’est pour cela que la négociation de protocoles dans ces négociations internationales est essentielle.

Le protocole de Nagoya (partage juste et équitable des avantages) et le protocole de Carthagène (protocole négocié en 2000 et mis en œuvre en 2003 sur les échanges internationaux en termes d’organismes vivants modifiés et les risques par rapport à la biodiversité) sont sur des questions liées aux biotechnologies. Selon Didier Babin, l’enjeu pour la suite de cette décennie 2010-2020, c’est d’inclure dans la prochaine décennie de négociations pour 2030, un protocole qui obligerait les pays à utiliser durablement la biodiversité.

Suivent beaucoup de questions concernant des entreprises qui sont présentes sur la COP biodiversité ou bien encore à propos de la diversité. On parle en effet tout le temps de biodiversité, mais pas de la diversité en tant que telle alors qu’elle est le moteur du vivant. On n’a pas su encore démontrer pourquoi la diversité est nécessaire, comment elle permet d’assurer la résilience des écosystèmes, de la distance et de l’innovation.


Biologie de synthèse

DSC02797

Barbara Livorei et Jean-François Silvain (FRB) lors de la rencontre JNE/FRB du 19 janvier 2017 © Richard Varrault

Barbara Livorei et Jean-François Silvain de la FRB nous parlent ensuite de l’un des sujets majeurs abordés à la COP biodiversité, la biologie de synthèse. Une définition en a été donné à Cancun : « la biologie synthétique est un nouveau développement et une nouvelle dimension de la biotechnologie moderne, qui combine la science, la technologie et l’ingénierie pour faciliter et accélérer la compréhension, la conception, la restructuration, la fabrication et/ou la modification de matériaux génétiques, d’organismes vivants et de systèmes biologiques ».

On connait tous les OGM. Les biotechnologies ne sont pas récentes, le fait de manipuler le vivant, de faire des croisements, des hybrides, des greffes, des portes-greffes, cela a toujours existé, mais on a une progression des techniques parce que la recherche progresse énormément ,notamment avec l’arrivée de nouvelles technologies comme CRISPR-Cas9 ou Gene drive, efficaces, faciles, rapides, bon marché et peu ou pas traçables. On entre de plus en plus dans le génome, dans les gènes.

L’avantage de la COP biodiversité, c’est que, pour une fois, on a beaucoup anticipé grâce au processus des questions émergentes où un Etat membre, accompagné en général de plusieurs autres, peut déposer une demande de questions auprès de la COP. Or, cela fait plusieurs années que la biologie de synthèse a été déposée et a reçu un accueil très mitigé. Les organismes vivants modifiés sont soumis au protocole de Carthagène qui permet leur règlementation. Un réseau international de laboratoires a également été mis en place afin d’identifier les risques.


Les espèces exotiques envahissantes

Maïté Delmas du Muséum National d’Histoire Naturelle parle maintenant des espèces exotiques envahissantes. Sur les 1 2000 espèces exotiques d’Europe, 10 % sont envahissantes. Dans le règlement européen, les champignons sont inclus. Ces espèces se maintiennent sans interventions humaines et ont des influences négatives sur tous les écosystèmes. Elles sont la troisième cause de perte de biodiversité dans des écosystèmes fragiles comme les îles. Certaines d’entre elles, comme l’ambroisie, ont un impact sur la santé humaine. Le constat est fait. Il faut mettre davantage de moyens pour la recherche des risques. Il faut agir sur les espèces les plus problématiques et également agir en amont pour empêcher si possible l’arrivée sur le territoire de ces espèces exotiques.


La financiarisation de la nature

Didier Babin termine cette matinée très dense avec la financiarisation de la nature. On a d’abord essayé de mettre un prix à la nature de façon à ce que cela soit présent dans la discussion pour le processus de décision. Cela a mis en évidence, notamment, le fait qu’il y a des choses qu’on ne paye pas et qui peuvent avoir une valeur. Le prix donné à la nature, c’est lorsqu’il y a des échanges marchands. Divers facteurs donnent de la valeur à la biodiversité, mais qui ne font pas partie de la sphère marchande et il existe un certain nombre de techniques pour essayer de mettre une somme en face des valeurs non marchandes.

A partir de 2005, la biodiversité est prise en compte en termes de services. C’est à ce moment qu’a émergé la question des services écosystémiques. Au delà de la présence d’une espèce, éléphant, tigre ou moustiques, il y a des services apportés par les écosystèmes qui ne sont pas forcément pris en compte dans l’économie.

Enfin, au début de ce phénomène de financiarisation, on mettait en avant la valeur de la biodiversité, maintenant on tient plutôt compte  de son coût, restauration, remise en état de ces éco-systèmes.

A la fin de ces débats très riches, plusieurs d’entre nous, restent et discutent avec les intervenants. Preuve s’il en est de l’intérêt de cette rencontre autour de la COP 13.

.

.


.

Petit déjeuner JNE/AJE avec Yannick Jadot

Les JNE et l’AJE (Association des journalistes de l’environnement) ont organisé le mercredi 4 janvier 2017 à la mairie du IIe arrondissement de Paris un petit déjeuner avec Yannick Jadot, candidat des écologistes pour la présidentielle 2017.

.

par Michel Sourrouille

.

Yannick Jadot, candidat EELV à la présidentielle, entouré par Carine Mayo, présidente des JNE, et Michel Sourrouille (JNE) lors du petit déjeuner AJE/JNE le 4 janvier 2017

Yannick Jadot est le candidat des écologistes pour la présidentielle 2017, il en sera le 8e depuis René Dumont en 1974. Il trace les grandes lignes de la situation actuelle : « la science est affirmative sur la dégradation de environnement, le débat est omniprésent, mais il n’y a aucun dynamique politique. C’est étonnant alors que dans le même temps, certaines entreprises évoluent dans le bon sens. Il faut échapper à la deux tentations, celle du gouffre qui fait tomber dans les extrêmes comme aux Etats-Unis, et celle de la négation de la question écologique dont la primaire de droite a été une excellente illustration. Il s’agirait d’un incroyable retour en arrière de la pensée politique. »

.

Il répond ensuite aux questions des journalistes. Nous reproduisons l’essentiel de ses réponses.

– au niveau constitutionnel : Yannick Jadot prévoit une troisième chambre qui se préoccupera uniquement du long terme et aura un droit de veto quand une loi ne suivra pas la feuille de route de l’écologie. Sa compétence sera large puisque tous les sujets de société peuvent être traités au prisme de écologie. Sa composition sera pluri-acteurs, un peu comme celle du CESE (Conseil économique, social et environnemental), mais en ajoutant des experts. Un vice-premier ministre en charge de la cohérence écologique, poste totalement nouveau, permettra de gagner des arbitrages. En effet, à l’heure actuelle, les Premiers ministres préfèrent l’économique à l’environnemental. La cas de Fillon sous Sarkozy a été significatif de cet état de fait.

.

– budget de l’écologie : La purge de ces dernières années n’aide pas à traiter l’urgence écologique. Il faudra pallier le rapport de force qui penche trop systématiquement vers l’industrie, il faudra allier transversalité et cohérence.

.

– biodiversité : la protection des aires marines et parcs naturels passe par le traitement des diverses pollutions, y compris le réchauffement climatique. Mais la gestion des conflits d’usage est complexe, le traitement par l’Union européenne de la pêche en haut profonde en est un bon exemple. La France avait une position ambiguë et l’Espagne faisait prévaloir l’intérêt de ses pêcheurs. Il ne suffit donc pas d’avoir introduit l’idée de pérennité de la ressource. Par exemple, les représentants de la flotte de pêche d’Intermarché prennent encore une réglementation comme un inconvénient sans en voir les avantages à long terme. Pour préserver la biodiversité, il faut aussi enrayer la destruction des écosystèmes par artificialisation des sols. A l’heure actuelle, les corridors de la trame verte et bleue sont mis à mal. Le gouvernement devra fixer une limite à l’artificialisation, avec des applications spécifiques au niveau régional.

.

La protection de la nature implique surtout un changement de mentalité, une transformation culturelle qui fera abandonner le goût des ménages pour le pavillon individuel et le désir d’augmenter le nombre de m² par personne dans l’habitat. Il est nécessaire de savoir négocier, y compris avec les associations de chasseurs qui sont aussi en charge actuellement de la protection de la nature. Par contre, il faudra imposer des règles, comme l’interdiction de la chasse le dimanche.

.

La problématique de la biodiversité renvoie enfin à notre rapport à l’animal. « Je ne suis pas végétarien » (dixit Yannick Jadot), mais notre plaisir-loisir ou gustatif ne peut passer par la souffrance animale. Notre façon de manger devrait évoluer. Quant aux loups ou à l’ours, les directives de protection édictée par l’UE sont claires.

.

– agriculture : évidemment, le concept d’agro-écologie doit être valorisé. Le levier de la restauration collective sera utilisé pour orienter la consommation vers le bio et la paysannerie locale. Les aides à la conversion de la PAC iront dans ce sens. Le concept de souveraineté alimentaire est essentiel, ce qui remet en question aussi bien le CETA avec le Canada que le Tafta avec les Etats-Unis. Le modèle agroalimentaire à coût « compétitif » dans le commerce international est insupportable pour les paysanneries locales ; il faut combattre le poids des firmes multinationales, et pas seulement dans le secteur agricole. Pour une démocratie alimentaire, il faudra remettre en cause le couple FNSEA/gouvernement en vigueur aussi bien avec la droite qu’avec la pratique d’Hollande et Le Foll. Mais ce n’est pas tout, en matière alimentaire des considérations autres que le système syndical sont en jeu, telle la santé. Enfin, la perspective est bien entendu zéro phytosanitaires.

.

– démographie (question sur la croissance de la population humaine qui empiète sur les écosystèmes des autres espèces) : la transition démographique repose surtout sur l’éducation des filles et le développement. Aller plus loin pose problème ; si on estime qu’il y a surpopulation, où faut-il agir, qui faut-il supprimer ? Attention à des discours comme celui de Sarkozy qui estime que le vrai problème, c’est la démographie africaine.

.

– transports et énergie : il faut se méfier du discours technologique. La proposition de François de Rugy, « 0 % de transports carbonés en 2025 », repose sur l’hypothèse du recours à la voiture électrique. C’est une fausse bonne idée. Au niveau général, il y a une difficulté pour faire évoluer notre société : les lobbies pour protéger l’emploi existant sont déjà en place, mais les défenseurs des emplois à créer n’existent pas encore ! Nous (EELV) prévoyons une sortie complète du nucléaire en 2035. Il faudra revoir les rapports du gouvernement avec EDF et miser sur les coopératives citoyennes de production d’énergie.

.

.


.

Nucléaire russe : Natalia Manzurova et Nadezhda Kutepova, deux témoignages exceptionnels


En cette période anniversaire, les victimes des accidents de Tchernobyl (30 ans) et de Fukushima (5 ans) témoignent à travers le monde. Le 13 avril, les JNE ont eu le privilège d’inviter Natalia Manzurova, liquidatrice à Tchernobyl, et Nadezhda Kutepova, fondatrice et présidente de l’association « Planète des espoirs » à la mairie du 2e arrondissement. Un moment intense.


par Danièle Boone


Table-ronde-blog

De gauche à droite : Nadezhda Kutepova, Pascale d’Erm, Caroline Kim, Natalia Manzurova, Valeria Maubec © Carine Mayo

Pascale d’Erm (JNE) est à l’origine de cette rencontre qui privilégie le témoignage de femmes. Natalia Manzurova, radiobiologiste, a été liquidatrice à Tchernobyl, Nadezhda Kutepova, avocate et sociologue, a fondé l’association Planète des espoirs. Elle défend les victimes de Maïak, premier grave accident nucléaire qui a eu lieu en 1957 dans l’Oural. Caroline Kim (JNE) et Valeria Maubec ont assuré avec brio la lourde tâche de traduction.

Dans un premier temps, la parole est donnée à Natalia Manzurova. Cette radiobiologiste se raconte d’une voix douce. « J’ai participé à la création du centre de recherche de Maïak après l’accident de 1957. » Si ce nom est moins connu que Tchernobyl, il est pourtant associé à un désastre d’une gravité comparable, mais il aura fallu attendre 1976 pour que l’accident soit dévoilé. Une immense explosion de déchets nucléaires affecta une zone de 800 km2 et près de 300 000 personnes.


« J’ai été chercheuse pendant dix ans. Nous travaillions sur les effets des radiations sur l’environnement et nous avions pour mission de mettre au point des techniques de survie pour les hommes en cas d’accident nucléaire. » Ces recherches étaient totalement secrètes. Après la catastrophe de Tchernobyl, les équipes de chercheurs de Maïak ont tout naturellement été réquisitionnées. Dans un premier temps, par précaution, les femmes en âge de procréer n’y sont pas allées, mais, très vite, devant l’ampleur de la catastrophe et l’urgence d’agir, elles ont rejoint leurs collègues. C’est ainsi que Natalia est arrivée à Tchernobyl en mai 1986. Elle avait 34 ans.

Natalia-Manzurova

Natalia Manzurova entourée de ses traductrices, Caroline Kim et Valeria Maubec © Carine Mayo

Ingénieur en chef d’une équipe chargée de l’enterrement des déchets radioactifs, Natalia Manzurova est restée sur place pendant quatre ans et demi. Elle faisait partie des rares femmes liquidatrices. Elles étaient en effet environ une pour mille hommes. La plupart étaient cuisinières, femmes de ménage, comptables, nettoyeuses du sol, travailleuses médicales et bien sûr, des scientifiques comme Natalia. Elles travaillaient en alternance, 15 jours d’activité puis 15 jours de repos. Le salaire était versé à la fin de la période de travail. Au quotidien, elles étaient toutes logées à la même enseigne : elles n’avaient pas le droit de se déplacer seules et, comme pour les hommes, elles devaient toujours garder leur argent sur elles. Malgré tout, il y a eu de nombreuses agressions, des vols, des viols et même des meurtres. Les victimes étaient enterrées en toute impunité.

En 1957, lors du premier accident nucléaire à Malak, personne n’avait demandé aux femmes si elles étaient enceintes ou non. 2000 femmes ont participés au nettoyage du site. Elles ont mis au monde des enfants qui ont développés des maladies (leucémie, etc..). Ces enfants ont reçu par la suite le statut de « liquidateur in utero ». A Tchernobyl, il a été demandé à toutes les femmes enceintes au moment de la catastrophe d’avorter. Cela a été fait dans l’urgence dans un hôpital de la ville proche de Pripyat juste avant l’évacuation des mères. Les fœtus et les enfants morts-nés restés sur place ont été retrouvés momifiés par les radiations.

« Ma relation à la vie a changé, explique Natalia. Lorsque tu vois beaucoup de malheur autour de toi, tu te désintéresses des choses matérielles, de l’argent. Ce qui devient important, c’est la santé et la relation avec les autres. » De fait, les liquidateurs entièrement pris en charge par l’État, nourris, logés, habillés vivaient hors du monde. Lorsque Natalia quitte Tchernobyl à la fin de l’année 1990, c’est un choc. L’URSS s’est écroulée. Elle n’est plus soviétique mais russe et il lui faut réapprendre la vie « normale » c’est-à-dire faire les courses, mettre des jupes, se coiffer, s’occuper de sa fille, en d’autres termes, ne plus être seulement un soldat. Il lui faut aussi affronter les conséquences sur sa santé. Natalia a eu une attaque cardiaque et s’est retrouvée en état de mort clinique. Elle a subi une ablation de la thyroïde. Et, surtout, elle est diagnostiquée porteuse d’aberrations chromosomiques à 20% , cela veut dire que si elle avait eu un autre enfant, il aurait eu 20 % de risques de naître avec des malformations. La voilà, à 42 ans, invalide de catégorie 2. Elle ne peut plus travailler. La pension (invalidité et retraite) de 300 €  lui permet tout juste de vivre et elle souffre de maladie chronique qui rend son quotidien difficile et douloureux.

Malgré tout, elle continue à témoigner sans cesse pour sensibiliser aux risques nucléaires. Elle a connu Maïak, Tchernobyl, Fukushima. «J’ai l’impression qu’aucune conclusion n’a été tirée de ces catastrophes. Il va forcément y en avoir une autre. »

Pascale-Nadezka

Pascale d’Erm et Nadezhda Kutepova © Carine Mayo

Puis c’est au tour de Nadezhda Kutepova de prendre la parole. La jeune femme commence par remercier la France qui vient tout juste de lui octroyer le statut de réfugiée politique. Accusée d’espionnage industriel, elle risquait douze ans de prison. Aussi, en juillet 2015, a-t-elle décidé de quitter son pays avec ses trois enfants. Son histoire est elle aussi hors du commun. Sa grand-mère, ingénieure chimiste, est arrivée à Maïak en 1948. Elle a fait partie de l’équipe qui a élaboré le plutonium nécessaire à la bombe A soviétique. Elle est morte d’un cancer du système lymphatique à 56 ans. Son père, mobilisé en 1957 en tant que liquidateur à 19 ans, est mort des suites d’un cancer aux intestins à 47 ans. Sa mère, médecin neurologue, a soigné pendant quarante ans, les habitants de Maïak. Elle n’a obtenu aucune reconnaissance de l’Etat après la mort prématurée de son mari et a sombré dans la démence avant de mourir.

« J’étais une enfant normale de la ville de Maïak. Je ne remettais pas en question le bien fondé de l’énergie nucléaire. Mais, pendant mes études universitaires, j’ai été invitée à assister à une conférence sur l’environnement et j’ai ainsi découvert par hasard que toute la zone d’Ozersk (la ville où est située l’usine de Maïak) est contaminée, alors que la population locale l’ignorait complètement. Officiellement, la région n’était pas polluée. Les habitants mangeaient les champignons et pêchaient dans la rivière sans se poser de questions… Cette conférence a été une révélation. » A vingt-sept ans, elle fait enfin le lien entre les activités de la ville et les tragédies qui ont frappé sa famille et décide de créer une ONG. Planeta Nadejd (Planète Espoir) sera fondée l’année suivante, en 2000. « J’avais étudié le droit, la sociologie et les sciences  politiques à l’université je voulais que les habitants qui résidaient encore dans la région contaminée aient les moyens de partir et que les victimes non reconnues puissent se défendre. »

Car il n’y a pas eu que l’accident de 1957. Pendant les premières années de fonctionnement de l’usine, entre 1949 et 1952, tous les déchets, hautement radioactifs, ont été déversés dans la rivière Tetcha. Des cas de leucémies et des décès prématurés se sont multipliés dans les villages le long de la rivière. L’usine a alors aménagé des réservoirs de métal pour stocker les déchets, et pendant la décennie qui a suivi, 34 des 39 villages qui se trouvaient le long de la rivière ont été évacués. Parallèlement, des déchets radioactifs ont été déchargés dans le lac Karatchaï. En 1962, les autorités ont annoncé mettre fin à ces pratiques, mais Maïak reste aujourd’hui le plus gros centre de stockage de déchets radioactifs au monde. Et l’usine d’armement initiale transformée en usine de retraitement devrait être améliorée pour en recevoir encore davantage.

Nadezhda nous a expliqué comment fonctionnait une ville fermée. Ce statut était assez fréquent en Union soviétique pour les complexes militaro-industriels. Ils n’apparaissaient pas sur les cartes et ne pouvaient être identifiés, portaient donc le nom de la grande ville voisine, suivie d’un code postal. Ainsi, à l’époque soviétique, Ozersk s’appelait Tcheliabinsk-65. Une dizaine de ces villes étaient dédiées à l’armement atomique. Jusqu’en 1955, les personnes qui travaillaient dans les villes fermées, étaient interdites d’en sortir et n’avaient aucun contact avec l’extérieur. Le système est resté très dur jusqu’à 1993. Les gens pouvaient certes sortir, mais s’engageaient au silence : tout ce qui concernait le nucléaire était secret d’Etat. Pourtant les habitants des villes fermées ne protestaient pas. Derrière ces inconvénients, il y avait plus de confort et d’avantages qu’ailleurs. Mais plus inquiétant sans doute, l’omerta semble être de retour. Depuis 2011, plus aucune donnée scientifique n’est disponible sur la région. On comprend pourquoi le combat de Nadezhda n’est pas du goût des autorités.

Nadezhda a notamment représenté nombre de victimes auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. L’action de son ONG lui a valu une reconnaissance internationale comme en témoignera ensuite Anne Barre du WECF (Women in Europe for a Common Future) auquel Planète Espoir est affiliée. Les autorités russes n’ont évidemment pas apprécié sa pugnacité. En mai 2015,  Nadezhda a été condamnée à une forte amende pour avoir refusé de se déclarer comme “agent de l’étranger” en tant qu’association recevant des soutiens financiers de l’étranger; elle a fait l’objet de dénonciations et d’une campagne hostile sur les médias régionaux, allant jusqu’à montrer là où elle habite et diffuser son adresse personnelle.

De nombreuses questions ont été posées aux intervenantes. L’une d’elle concernait la santé de Nadezhda qui est bonne. Mais sa demi-sœur née de premier mariage de son père a eu énormément de problèmes et est décédée très jeune. Après avoir entendu ces témoignages, c’est dans une sorte de sidération que nous nous avons quitté la salle. Nous savions bien sûr, mais être face à cette réalité dans ce qu’elle a de plus concret, c’est, incontestablement, la percevoir au plus profond de nous-même. Alors une question et beaucoup de révolte jaillissent face à l’entêtement de nos politiques dans cette voie sans issue, que faire pour les convaincre d’arrêter avant qu’il ne soit trop tard ?

.

Tous nos remerciements à la mairie du 2e arrondissement pour son accueil.

.


.

Compte-rendu du petit déjeuner des JNE sur le tribunal Monsanto et l’exemple du Sri Lanka

Les invités de ce petit déjeuner, qui s’est tenu le 16 mars dernier à la mairie du 2e arrondissement de Paris, nous ont fait connaître les nouveautés dans la lutte contre Monsanto et les effets espérés de la résistance à ce mastodonte de la chimie à travers le monde. Ont été abordés la préparation du tribunal Monsanto, qui doit se dérouler à la Haye du 12 au 16 octobre 2016, et l’exemple du Sri Lanka, pays qui a interdit le glyphosate, principal composant du Roundup de Monsanto.

.

par Myriam Goldminc et Suzanne Körösi

.

Tribunal-Monsanto

Petit déjeuner JNE du 16 mars 2016 à la mairie du 2e arrondissement de Paris sur le tribunal Monsanto et l’exemple du Sri Lanka. De gauche à droite : Claudie Ravel, Arnaud Apoteker, Emilie Gaillard. Photo @ Carine Mayo

Claudie Ravel, fondatrice et directrice générale de l’entreprise de commerce équitable Guayapi, nous a présenté son entreprise de commerce équitable travaillant au Sri Lanka depuis vingt ans et la politique écologique du pays depuis janvier 2015, date des dernières élections au Sri Lanka.

.

La République démocratique et socialiste de Sri Lanka, sous la présidence de Maithripala Sirisena, a adopté, dès janvier 2015, une politique audacieuse de soutien à l’agro-écologie. En tant que ministre de l’agriculture de 2005 à 2008, Maithripala Sirisena avait déjà impulsé une politique dont le résultat a été une amélioration remarquable de la situation des fermiers et de la production agricole.

.

Deux personnalités marquantes de la nouvelle politique du gouvernement sont le révérend Athureliya Rathana, conseiller en chef du Président sur les questions agricoles, engagé depuis longtemps dans la lutte contre Monsanto, et Ranil Senanyake, conseiller technique du Président, un scientifique, expert de l’écologie des systèmes. Tous les deux sont des militants de longue date de l’agriculture biologique et de la valorisation de la biodiversité agricole (semences paysannes traditionnelles).

.
En effet, dès l’entrée en fonction du nouveau gouvernement, une loi est présentée et votée sur l’interdiction – à effet immédiat – de l’emploi du glyphosate, produit phare de Monsanto, et sur la distribution gratuite de produits de remplacement écologiques. La loi a été suivie par une autre sur la mise en place de la transition à l’agriculture biologique sur trois ans de la totalité du territoire de l’île. Il s’agit de 28.671 km2 de terres cultivées, soit 43,7 % de la surface de l’ile.

.

Depuis 20 ans, Guayapi, en partenariat avec un groupe de 31 agriculteurs, a restauré la biodiversité dans la région de Komale sur 20 hectares et commercialise les produits et a développé l’écotourisme en partenariat avec les sociétés villageoises. Soutenu par des associations sur place dont Guayapi, l’IAFN et FGP, un programme annexe a démarré, comprenant la restauration des écosystèmes d’origine selon les principes des forêts analogues, la valorisation des produits locaux et de qualité ainsi que l’amélioration des débouchés des produits sri-lankais sur les marchés internationaux.

.

Guayapi a déjà une expérience riche dans la région agricole de Kotmale, où l’entreprise de commerce équitable, en partenariat avec un groupe de trente et un agriculteurs, a restauré la biodiversité sur vingt hectares de terres, organisé l’écotourisme sur ces terres restaurées. Guayapi commercialise en France une gamme de produits de la région (sève de kitul, canna sauvage, kurakkan, épices, cafés, thés…).

.
En écoutant ces nouvelles du Sri Lanka, nous avons la même impression que lors du petit déjeuner JNE du 3 février 2016, à propos du livre de Bénédicte Manier, Made in India, le laboratoire écologique de la planète : l’action politique en faveur de l’arrêt de la pollution par les pesticides et celle en faveur de la restauration de la biodiversité peut être beaucoup plus « décomplexée » et rapide dans les pays pauvres ou émergents que dans les pays dits développés, où la mixité très développée entre acteurs politiques et lobbies de la chimie constitue un frein considérable.

.
Le Tribunal international Monsanto du 12 au 16 octobre 2016

Arnaud Apoteker, coordinateur du Tribunal Monsanto, ancien responsable de la campagne OGM de Greenpeace et ancien conseiller OGM du groupe des Verts au Parlement européen, a présenté es grandes lignes du Tribunal International Monsanto, qui doit avoir lieu à la Haye du 12 au 16 octobre prochain. Une action certes symbolique, mais qui risque bien d’avoir un fort retentissement aussi bien au niveau de la société civile que des parlementaires et des juristes du monde entier.

.
Pourquoi Monsanto ? « Parce que, souligne Arnaud Apoteker, cette multinationale américaine a vendu sur le marché depuis 1920 des produits chimiques particulièrement nocifs pour l ‘homme et l’environnement. » La liste est longue, des pesticides à base d’arsenic à l’agent orange, un défoliant utilisé par l’armée pendant la guerre de Vietnam qui provoque encore des ravages, en passant par les PCB des polluants organiques persistants, contaminant l’eau et que l’on retrouve partout, y compris dans le corps des baleines échouées. L’hormone de croissance laitière, qui augmente de 20 à 30 % la production, mais provoque des mammites chez les vaches tout en étant un facteur de perturbateur endocrinien ! Un non‐sens économique alors que le secteur du lait est en crise de surproduction. Enfin le glyphosate, la molécule active du Roundup, l’herbicide le plus utilisé au monde, associé aux OGM de la firme, qui empoisonne les humains et les écosystèmes et dont la publicité « biodégradable » sous-entend qu’elle ne cause aucun mal à l’environnement et peu toxique, alors que c’est en fait un puissant poison aux pouvoirs rémanents. Quant aux OGM de soja, de maïs ou de coton, ils représentent une grave menace à la fois pour la biodiversité et la souveraineté alimentaire des peuples, par le jeu des brevets sur les semences et de la privatisation du vivant.

.

Toujours selon Arnaud Apoteker, la firme intimide les scientifiques qui osent s’opposer en menaçant de fermer leurs labos ou en les discréditant. Les moyens financiers considérables dont dispose Monsanto avec sa cohorte d’avocats dissuadent la plupart des victimes de se porter partie civile. Ainsi les atteintes de Monsanto contre la santé humaine et les atteintes environnementales non humaines ne sont pas prises en compte par la justice. « C’est pour cela, explique Arnaud Apoteker, que nous avons constitué un petit groupe ad hoc, avec le soutien de mouvements citoyens comme Via Campesina, la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique et le mouvement Ecocide. Nous avons comme parrains des personnalités comme Marie-Monique Robin, Vandana Shiva, le biologiste et toxicologue Gilles Eric Seralini, Corinne Lepage ou Olivier De Schutter, ancien rapporteur spécial des Nations-Unies sur le droit à l’alimentation, qui travaille à la collecte d’informations avec ses étudiants. »

.
La multinationale sera invitée à faire valoir ses arguments. « Nous souhaitons un procès indépendant avec des gens qui viennent témoigner des quatre coins du monde. Les trois premiers jours seront consacrés aux témoignages et aux initiatives de la société civile et les deux derniers jours au tribunal formel, avec des jurys venant des cinq continents. Nous voulons faire de ce tribunal un événement qui puisse vraiment servir aux citoyens avec des juges internationaux afin de renforcer les statuts de la convention des droits humains et peut-être insuffler une utopie qui fait progresser la démocratie. Un objectif important est la réforme du droit pénal international pour que soit reconnu le crime d’écocide. »

.

Les auditions des témoins et des avocats des deux derniers jours du Tribunal seront groupées autour de six questions qui doivent faire le tour des activités de Monsanto.

.

Question n° 1 : la firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, porté atteinte au droit à un environnement sûr, propre, sain et durable, tel que celui-ci est reconnu en droit international des droits de l’homme ?

.

Question n° 2 : la firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, porté atteinte au droit à l’alimentation, tel que celui-ci est reconnu à l’article 11 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ?

.

Question n° 3 : la firme Monsanto a-t-elle, par ses activités, porté atteinte au droit au meilleur état de santé, tel que celui-ci est reconnu à l’article 12 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ?

.

Question n° 4 : la firme Monsanto a-t-elle porté atteinte à la liberté indispensable à la recherche scientifique, telle que garantie à l’article 15, par. 3 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels ?

.

Question n° 5 : la firme Monsanto s’est-elle rendue complice d’un crime de guerre, au sens de l’article 8 par. 2 du Statut de la Cour pénale internationale, par la fourniture de matériaux à l’armée des Etats-Unis dans le cadre de l’opération « Ranch Hand » déclenchée au Viet Nam à partir de 1962 ?

.

Question n° 6 : les activités passées et présentes de la firme Monsanto sont-elles susceptibles de réunir les éléments constitutifs du crime d’écocide, entendu comme consistant dans le fait de porter une atteinte grave à l’environnement ou de détruire celui-ci de manière à altérer de façon grave et durable des communaux globaux ou des services éco-systémiques dont dépendent certains groupes humains ?

.

Emilie Gaillard, maître de conférences en droit privé à l’université de Caen-Normandie, spécialisée dans le droit des générations futures, a fait remarquer que les cinq premières questions s’inscrivent dans un dispositif juridique international bien établi ; elles s’appuient sur un ensemble de droits, de conventions et de résolutions internationaux existant du Conseil des Droits de l’Homme (le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, la Convention relative aux droits de l’enfant, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, les Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme) et du Statut de la Cour pénale internationale.

.
Elle insiste sur la sixième question, qui a la particularité de poser une nouvelle problématique non encore abordée par des lois internationales. Il s’agit du crime contre l’écosystème, qu’on nomme fréquemment « écocide ». En ajoutant cette question aux cinq précédentes, le Tribunal Monsanto entend avancer vers la reconnaissance juridique de ce terme par le droit international.

.

Le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) vient de déclarer que le glyphosate contenu dans le Roundup est un agent cancérigène potentiel, contredisant ainsi le rapport de l’EFSA (Agence Européenne de Sécurité des aliments) qui demandait que son autorisation soit prolongée de 15 ans ! « Du coup, a précisé Arnaud Apoteker, la commission a botté en touche en demandant un nouveau rapport à l’Agence Européenne des produits chimiques (ECHA). Les résultats de ce nouveau rapport devraient être rendus au moment du Tribunal international Monsanto.

.

Une campagne de financement participatif est en cours pour aider à l’organisation de ce tribunal ainsi qu’un appel à signature et pétition.

.

Ce petit déjeuner des JNE a été organisé et présenté par Nathalie Giraud.

.

.


.

Francine Néago : l’énergie et la bonté

Les JNE ont organisé le 12 février 2016 un petit déjeuner avec Francine Néago à la mairie du 2e arrondisssement de Paris. En voici un compte-rendu.

.

PBB_7648-3 net

Francine Néago au petit déjeuner JNE du 12 février 2016 à la mairie du 2e arrondissement de Paris @ Bernard Boisson

 

par Florence Faucompré

.

Quand je serre la main de Francine Néago, je note qu’elle a des doigts très longs et très fins, mais leur apparence fragile cache une grande énergie délivrée dans la poignée. Des yeux bleus pleins de bonté et de fraîcheur. Immédiatement, je pense à l’abbé Pierre, lequel avait répondu à la question du questionnaire de Marcel Proust : « quelles sont les principales qualités pour vous chez une femme ? »  par : « l’énergie et la bonté »…. Ses mains sont sans doute l’héritage de son père, violoniste roumain.

.

Le docteur Francine Néago a vécu 55 ans avec les orangs-outans, écrit dix livres sur eux. C’est une spécialiste mondiale. Elle a connu Diane Fossey, est amie avec Jane Goodall. Je n’ai jamais entendu parler d’elle… et vous êtes aussi sûrement dans ce cas.
.

En une semaine, ses anges gardiens l’ont fait quitter le Samu Social d’Ivry pour un hôtel du 14e arrondissement, payé par l’écrivain Daniel Pennac jusqu’à la fin de son séjour à Paris, jusque fin février.

.

Mais voilà qu’elle nous parle d’eux, les orangs-outans, et la magie s’installe. Un voyage sans billet. Chez eux, un son égale une phrase entière. Ils sifflent comme des oiseaux. En 1963, quand la révolution s’installe en Indonésie, rien n’existait pour eux. Les mères étaient tuées, les bébés vendus. Des êtres plus intelligents que nous (selon Francine Néago), quel sort injuste…

.

Leur alimentation exclut viande et poisson. Ils raffolent de plantes, de fruits, et connaissent toutes les plantes pour se soigner, qu’ils apprennent à leurs enfants dans des promenades herborisantes.

.
Ils peuvent apprendre l’anglais en deux mois et ne jamais l’oublier pour la vie. Ils s’expriment avec leurs quatre mains, leur regard, ils offrent compassion et plus encore à l’humain …

.

«  Mais qui es-tu, toi ? Je veux te connaître ! », dit Francine subjuguée à sa première rencontre avec ce singe roux…
.
Elle a fait réaliser un ordinateur spécial pour eux avec un clavier phonétique. Ils apprennent vite des centaines de mots.
.
Elle a eu le temps de faire leur connaissance … Aujourd’hui, en 2016, la forêt brûle de tous côtés, rien n’y échappe, ni les bêtes, ni les hommes, ni les arbres. Tout flambe pour l’huile de palme si bon marché. «  Il suffirait que le prix des autres huiles baisse », dit Francine, attristée. La déforestation est colossale. La fumée est visible depuis Singapour.

.

Qui écoute encore la vérité ? Les gens ont bien trop peur de l’apprendre… L’intelligence des bêtes martyrisées remet toute leur vision du monde en question et les fait plonger dans la marmite de la honte….

.

Ecouter Francine Néago raconter est un enchantement. Francine Néago a le geste et l’oeil vif, l’amour de ses amis de la jungle la porte. Elle n’a pas d’âge. Ce qu’elle veut, c’est réaliser ses projets d’avenir : reforester, créer un sentier d’herboristerie, protéger aussi les ours…

.

Je suis heureuse de l’avoir rencontrée avant qu’elle ne s’envole pour retourner chez elle.

.

Ce vendredi 12 février 2016, à la mairie du 2e arrondissement, nous avons tous eu un grand privilège.

.

PBB_7667 net

Francine Néago au petit déjeuner JNE du 12 février 2016 à la mairie du 2e arrondissement de Paris @ Bernard Boisson

 

En complément de l’article de Florence Faucompré, voici quelques éléments d’information sur la situation actuelle de Francine Néago.
.

Cette amoureuse des grands singes a monté un refuge pour animaux sauvages sur l’île de Sumatra  (Indonésie). Elle a été contrainte de revenir en France car son allocation de solidarité vieillesse de 800 euros par mois ne lui est plus versée. Et ce en raison d’une règle obligeant à résider 6 mois par an sur le territoire national pour la toucher. Après avoir été hébergée quelques semaines au Samu social, Francine Néago en est sortie grâce à la gériatre Laurence Hugonot-Diener.  Cette dernière a impulsé la création d’un comité de soutien, dont un communiqué a alerté les JNE. D’où l’organisation de ce petit déjeuner. Ce comité de soutien l’aide à résoudre ses problèmes administratifs et à poursuivre son activité en Indonésie.

.

Pour en savoir plus, lire ici l’article de Loïc Chauveau sur le site de Sciences et Avenir.

.

.


.

©

Make in India ? Made in India !

Les JNE ont organisé le 3 février 2016 à la mairie du 2e arrondissement de Paris un petit déjeuner sur le thème : « L’Inde : Un laboratoire de l’écologie ? » Bénédicte Manier y a présenté son livre Made in India. Le laboratoire écologique de la planète (éd. Premier Parallèle).

.
par Pascale Marcaggi
.

1

Petit déjeuner JNE du 3 février 2016 sur « l’Inde, laboratoire écologique de la planète ». De g. à d., Carine Mayo (Pdte JNE), Bénédicte Manier (auteure du livre « Made in India »), Sophie Caillat (organisatrice du petit déjeuner et éditrice du livre) – photo @ Pascale Marcaggi

Alors qu’elle est en passe de devenir le pays le plus peuplé au monde*, l’Inde ne se présente a priori pas comme le Nirvana de l’écologie : New Delhi détient le triste record de la capitale la plus polluée au monde en concentrations de microparticules pm 2,5. Au point d’expérimenter pour la première fois la circulation alternée pour les huit millions de véhicules qui y circulent chaque jour, chiffre en constante augmentation. Pénurie criante d’eau : les nappes phréatiques sont de plus en plus contaminées. Suicides d’à ce jour plus de 300 000 paysans surendettés par la culture du coton transgénique Monsanto. Economie basée sur le charbon, dont le gouvernement veut multiplier la production par deux d’ici à 2020 en ouvrant une mine de charbon par mois, tout en signant avec Areva la mise en route d’un méga-centrale nucléaire. Le nouveau géant du monde augure mal l’ère qui vient de se signer avec l’accord de Paris. En écho, le président de la République vient en personne de se rendre en Inde pour y conclure la vente de 36 Rafales, accompagné d’Areva, EDF et consorts. Du « make in India », résumait François Hollande.

.
La transgression, une tradition

C’est compter sans la société civile indienne, observe Bénédicte Manier, journaliste à l’AFP, spécialisée dans les droits sociaux, le développement et les transformations sociales. Depuis vingt ans, elle consacre un mois par an à ausculter le continent indien, et publie aujourd’hui Made in India – Le laboratoire écologique de la planète (éditions Premier Parallèle, numérique : 5,99 €, papier : 14 €). Voir chronique sur le site.  « L’Inde est dans une situation paradoxale, avec d’un côté le souci de son développement et ce que cela implique, et de l’autre une société civile qui répond à un point qui pourrait nous inspirer. » Une société civile qui a parmi ses grandes traditions de « ne pas compter sur l’Etat », et même de «  ne rien en attendre ».

.
Or, en Inde, la tradition compte d’autant qu’elle est en l’occurrence gage de survie. L’économie dite « organisée » représente 7 % de la population active : autant dire qu’elle est marginale, au regard de ce système D à l’échelle d’un continent, fait de la société civile « la plus dynamique du monde », qui a cette « espèce de faciliter à inventer » et, « contrairement à la Chine, cette capacité à opposer beaucoup de résistance ». Une Inde où les trois millions d’ONG sont plus nombreuses que les écoles.

.

Une résistance qui s’ancre dans l’Histoire : alors qu’au XIXe siècle, les colons anglais avaient massivement déforesté, les bois précieux en particulier, l’Inde a connu une mobilisation massive pour reforester. De même, dans les années 70, des femmes n’ont pas hésité à entourer les arbres de leurs bras pour arrêter les tronçonneuses, ce qui a par ailleurs inspiré les Tree Huggers – ceux qui embrassent les arbres avec leurs bras – contre les déforestations : toujours ce recours à des techniques souvent simples, le « génie des gens ordinaires ». Or, aujourd’hui, « la moitié de la population indienne a moins de 25 ans », elle est « parfaitement consciente des enjeux de son pays et de la planète », « de la crise écologique et du développement économique de l’Inde concentré sur deux décennies, quand chez nous, il a pris deux siècles ». La « tradition de la transgression » se développe d’autant, contre les barrages, contre les mines de charbon, contre le nucléaire, et propose des alternatives.

.

On se croirait en Normandie

Ainsi, dans l’état du Rajasthan, le plus aride de l’Inde, 60 % des terres sont en voie de désertification. Les habitants du petit district d’Alwar, près de Jaipur, ont pris pelles et pioches pour creuser un système de canaux dans le but de recueillir l’eau de pluie. Résultat : « on se croirait en Normandie ». Les canaux ainsi creusés à la force des bras, ont rapidement permis de remplir les nappes phréatiques en eau potable pour 700 000 personnes. Quant aux agriculteurs d’Alwar, ils sont devenus les plus riches du Rajasthan, avec trois récoltes par an. Arbres plantés pour retenir l’eau, bocage et autogestion de l’eau par des assemblées villageoises où tout le monde – hommes et femmes, haute et basse caste – siège à égalité. Une transgression qui a réglé la pénurie d’eau de centaines de milliers de personnes.

.

Au centre de l’Inde, dans l’Etat du Telangana, les paysans ne faisaient plus qu’un repas par jour. Motif : les « semences modernes » rendaient les sols stériles. Là, ce sont les paysannes qui prennent les choses en mains : retour aux semences locales, création d’une coopérative où chacun peut s’approvisionner en semences et rembourser… en nature, après récolte, auto-redistribution des terres et passage à l’agriculture bio. Comme à chaque fois, l’échelle est éloquente : 200 000 personnes sauvées de la faim. Désormais, les paysannes gouvernent les petits villages de la région, ont créé crèches et écoles du soir pour adultes, exportent le surplus de production en ville, tout en ayant banni les sacs en plastique au profit des sacs en toile de jute, et ont créé une radio communautaire, réalisé des films contre les OGM et pour les semences locales. Positivement subversif.

.

Autre exemple encore, celui de la santé. Le réseau citoyen de prévention de la tuberculose forme à la détection des symptômes dans les épiceries. Dans l’Etat du Kerala, au sud de l’Inde, 100 000 volontaires s’occupent à domicile des 70 000 personnes en soins palliatifs. Une méthode qui a essaimé en Thaïlande, en Indonésie, mais aussi en Irlande et en Espagne. Enfin, dans les hôpitaux, les soins sont dispensés gratuitement aux plus pauvres, financés notamment par les hôpitaux haut de gamme… dont l’un d’entre eux est coté à la Bourse de Bombay.

Made in India met ainsi en avant cet « empowerment » de la société civile indienne, « ces expériences nombreuses et qui marchent. Au regard de la densité de la population, elles ont valeur d’exemple ». C’est l’effet laboratoire. « Chaque été en France, on fait attention à l’eau. Qu’est-ce qu’on attend pour recueillir l’eau de pluie? » interroge Bénédicte Manier.

.
* Selon le nouveau rapport des Nations unies, Perspectives de la population mondiale : révision 2015, publié mercredi 29 juillet 2015, la Chine et l’Inde aujourd’hui au coude-à-coude avec respectivement 1,38 milliard et 1,31 milliard d’habitants (soit 19 % et 18 % de la population mondiale) devraient l’une et l’autre compter avant 2022 1,4 milliard d’individus. Mais, passé ce cap, la population chinoise devrait se stabiliser jusqu’en 2030 avant de se mettre doucement à décliner, pour retomber à 1 milliard à la fin du siècle, tandis que la population indienne continuera de croître, passant à 1,5 milliard en 2030 à 1,7 milliard en 2050 et à 1,65 milliard en 2100.

.

.


.

Petit déjeuner autour du livre « l’Alimentation en otage »

Le 16 juin 2015, vingt journalistes AJE et JNE ont échangé avec José Bové, Gilles Luneau et Hugues Piolet (cartographe) sur leur livre : l’Alimentation en otage (éditions Autrement). Quelques chercheurs de La Paillasse, le lieu qui nous accueillait, s’étaient joints à nous.

.

par Jean-Luc Fessard

.

Une mainmise sur le contenu de nos assiettes

9782746741164FSUn excellent livre, de 150 pages, plein d’informations que la cartographie met très bien en valeur. Mais un livre cauchemardesque dans sa description de la mainmise de quelques multinationales sur le contenu de nos assiettes.

.
Avec toutes les implications de cette confiscation des ressources : les graines, les plantes et les animaux, pour transformer le vivant en matières premières. Résultat: les agriculteurs sont dépossédés de leur métier et les consommateurs bernés sur la qualité des produits.

.

Un problème pour l’alimentation du futur

Le productivisme qui a permis à l’industrie de prendre le monopole sur agriculture serait né en URSS, dans les kolkhozes. Des entreprises américaines comme Caterpillar ont conduit l’agriculture vers ce modèle industriel qui tue la biodiversité, érode les sols, fait perdre des savoir-faire … et devient un problème pour l’alimentation du futur.

.

Ce modèle à base d’intrants chimiques (engrais et pesticides) atteint ses limites, parce qu’il dépend de ressources fossiles en voie d’épuisement comme les phosphates, la potasse ou les engrais azotés à base de pétrole. Nous devons sortir maintenant de ce modèle. Même la FAO y travaille, mais l’industrie veut garder son business. Pour cela des organismes (comme l’ILSI) captent les subventions, conseillent les politiques, font du lobbying.

.

Une appropriation du vivant et des terres

Ces industriels simplifient l’agriculture dans une logique technicienne au détriment de la complexité du vivant. Avec le brevetage des semences, les engrais et les pesticides de synthèse, les paysans perdent leur autonomie. A cela s’ajoute la confiscation des sols, alors qu’un actif sur deux est un paysan, par exemple en Europe de l’Est, en Hongrie, en Roumanie pour une captation des aides de la politique commune.

.

Par le jeu des accords du commerce international, la concentration est telle que quatre sociétés peuvent affamer le monde. Pour les œufs, deux sociétés fournissent actuellement 70 % des blancs et des jaunes.

.

Un marketing qui masque la réalité

Et les marques, par un habillage habile, vendent des représentations mentales qui ne correspondent pas au contenu réel de la nourriture vendue. Dans les élevages industriels, la production agricole devient un sous-produit de la production d’énergie, sans nécessité de garantir une économie viable pour l’agriculteur. Il devient un producteur de minerai. Les revenus se font sur d’autres activités plus rentables.

.

Mais cela bouge, il y a de plus en plus de lieux de résistances, par rapport aux semences, à l’élevage, aux agro-carburants.

.

.

.

 

 

Petit déjeuner JNE : Lucie Dauvergne autour du monde

Un petit déjeuner a été organisé le 5 novembre 2013 par les JNE à la mairie du 2e arrondissement de Paris pour entendre Lucie Dauvergne rendre compte de son tour du monde.

.

par Roger Cans

.

5_des_6_intervenants

De gauche à droite : Lucie Dauvergne, Alice Vivian (Travel 4 Change), Boris Aubligine (EtikaMondo),
Renaud Bettin (GERES), Laurent Thorigne (ACAY) – photo Richard Varrault

 

 

Présentée par Richard Varrault (organisateur de ce petit déjeuner) et Carine Mayo (présidente des JNE), Lucie Dauvergne explique qu’elle a commencé par un DEA de sciences des aliments à l’université de Montpellier.

.

Après un détour par l’ingénierie, elle rejoint un secteur et un métier qui la passionnent en devenant chef de projets de communication dans l’environnement. Elle intègre notamment l’Opie (Office pour les insectes et leur environnement), puis la direction de la communication de l’ONF (Office national des forêts).Elle rejoint ensuite le GRAINE Ile-de-France à titre individuel, car elle s’intéresse de près à l’éducation à l’environnement vers un développement durable.

En septembre 2012, elle se lance dans un premier tour du monde (voir son blog ici), baptisé « la piste bleue », avec le soutien de la SERE de Marie-Pierre Cabello (JNE). Son but : rendre compte des initiatives positives en matière de développement soutenable rencontrées en chemin.

.

Elle invite aujourd’hui quatre d’entre elles, pour leur rendre hommage et conclure son voyage.

.

soeur_sophie_de_jesus_asso_acay

Sœur Sophie de Jésus, présente aux Philippines depuis 16 ans, fondatrice de l’association ACAY. Elle a reçu en novembre 2013, à l’initiative de l’Ambassade de France aux Philippines, la médaille de l’Ordre National du Mérite pour la qualité du travail accompli – photo Richard Varrault

.

C’est aux Philippines qu’elle rencontre l’association ACAY, qui s’occupe des jeunes femmes victimes de violences, de jeunes détenus et de leurs familles.

.

Quatre religieuses s’y dévouent, dont une Française, Sœur Sophie de Jésus, présente à Paris pour la remise de la médaille de l’Ordre National du Mérite. Laurent Thorigne, directeur du programme « Seconde Chance », précise que 90 % des jeunes qui sortent de prison sous leur contrôle ne récidivent pas.

.

Il y a quelques années, Lucie Dauvergne avait rencontré Olivier Maurel, cofondateur du collectif Travel 4 Change, qui la parraina pour entrer dans le groupe Facebook éponyme (500 membres à ce jour).

.

Alice Vivian, également cofondatrice du collectif, a elle aussi effectué un tour du monde solidaire en 2012, faisant une série de « belles rencontres » présentées ici.

.

Cette ancienne chargée de communication d’une grande entreprise a complètement changé de direction en s’engageant dans une action pour « faire reculer la misère et la malnutrition » et témoigner en faveur des expériences qui réussissent. Elle fait désormais partie de l’équipe de l’Institut des Futurs Souhaitables.

.

Lucie donne alors la parole à Renaud Bettin, responsable du programme CO2 Solidaire du GERES, qui lui a permis de compenser le carbone consommé par son billet d’avion, sur un projet cambodgien auquel elle a ainsi pu rendre visite. Renaud Bettin a découvert le GERES en 2007 au Laddakh (nord de l’Inde). Il participe avec deux autres membres de l’équipe du GERES à la conférence de Varsovie du 11 au 22 novembre sur le changement climatique. Il prépare aussi le « carbone social » qui sera présenté au sommet de Paris en 2015.

.

Lucie a rencontré Boris Aubligine en Inde, par Skype. Il est le fondateur de l’association Etika Mondo (monde éthique en espéranto), qui a pour but de recenser et de soutenir les initiatives éthiques de la planète. Lucie rejoint l’aventure pendant son voyage, en rentrant au Conseil d’administration de l’association de préfiguration.

.
Elle explique qu’elle a décidé d’organiser ce voyage en solitaire le jour de ses 41 ans, à la fin d’un contrat, pour un départ à peine deux mois plus tard. Vu le peu de temps imparti et souhaitant tenir un planning ambitieux, elle a fait appel à une agence, Les connaisseurs du voyage, pour son billet tour du Monde. Elle avait identifié 43 pays à visiter et a finalement retenu 20 escales, suivies par les Mardis de l’environnement de Patricia Ricard et la SERE de Marie-Pierre Cabello.

.

Elle remercie l’ensemble de ses partenaires, qui lui ont permis de mettre en lumière une trentaine d’actions exemplaires dans de nombreux domaines du développement durable, ainsi que les 4 initiatives présentes aujourd’hui.

.

C’est anecdotique, mais Lucie avoue qu’elle s’est dégoûtée du riz et a souffert du manque de fromage. Elle a en revanche apprécié les bananes, qu’on épluche, donc propres par définition. Mais les insectes, non, cela ne lui fait pas envie.

.

3,5 milliards d’humains sans eau : compte-rendu du petit déjeuner JNE du 2 octobre 2013

Les JNE ont organisé le  2 octobre 2013 un petit déjeuner autour du thème « 3,5 milliards d’humains sans eau ».

.

par Richard Varrault

 

Ce petit déjeuner presse était organisé et animé par Richard Varrault.

.
Avec :
– Gérard Payen, Conseiller pour l’eau et l’assainissement du Secrétaire Général des Nations Unies (UNSGAB) et Président d’Aquafed, Fédération Internationale des Opérateurs Privés de Services d’Eau

.

– Alexandre Taithe, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (Think tank indépendant) et spécialiste des politiques de l’eau, des régimes de propriété de la ressource, sa qualification et sa tarification, en France et dans d’autres pays.

 

.

Découvrez la suite de ce compte-rendu (en texte et surtout en audio) sur le site WaterNunc de Richard Varrault (cliquez ici).

.

A lire aussi autour de ce petit déjeuner, l’article de Laurent Samuel sur le site Media Peps : l’eau des OMD aux ODD : quelle place dans « l’avenir que nous voulons ? ».

 

.

Où en est-on du débat sur la transition énergétique ?

Voici le compte-rendu du petit-déjeuner de presse JNE à l’IDDRI le 28 mars 2013.

.

par Roger Cans (avec Laurent Samuel)

.

L’organisateur de la rencontre, Olivier Nouaillas, présente les intervenants, en l’occurrence Laurence Tubiana, directrice de l’IDDRI – Sciences Po (Institut du développement durable et des relations internationales) et Michel Colombier, directeur scientifique de l’IDDRI.

.

Olivier Nouaillas rappelle que les JNE présents à Rio+20 avaient eu l’an dernier l’occasion d’une première rencontre, dans le cadre privilégié d’un appartement avec vue sur la plage de Copacabana… Laurence Tubiana est aujourd’hui « facilitatrice » du Conseil national du débat sur la transition énergétique (CNDTE).

.

Laurence Tubiana, directrice de l’IDRRI – D.R.

Laurence Tubiana indique que le Conseil national et ses pôles régionaux en sont aujourd’hui plus qu’à mi-parcours, puisque ses travaux doivent déboucher courant juillet prochain, avec un rapport au gouvernement. Elle anime le comité de pilotage. Quatre groupes ont été d’abord constitués :

– L’efficacité énergétique.

– Les énergies renouvelables.

– Le mix énergétique.

– Gouvernance et sûreté.

.

Un cinquième groupe est né ensuite pour le financement, la compétitivité et l’emploi. Plusieurs milliers de débats ont donc eu lieu à ce propos, mais sans guère d’écho dans les médias, car il y a une clause de confidentialité. Mais, sur internet, le site fonctionne.

.

Pour commencer, il a fallu faire l’état des lieux. On a ensuite pris en compte l’engagement européen pour la décarbonation et la précarité énergétique de beaucoup de nos concitoyens. Résultat : « on est loin du 20% d’énergies propres et du facteur 4 en 2025. Nous avons rencontré un problème difficile : il n’existe pas en France d’outil disponible pour faire un bilan complet de la production et de la consommation d’énergie. Pour l’avenir, nous avons environ 25 scénarios différents. Nous n’avons plus l’équivalent de ce que le commissariat au Plan avait publié en 1997. »

.

« La question mère est la maîtrise de la demande : comment vivre mieux en consommant moins. Il nous faut un outil pour l’échéance de 2050. La wish list du Père Noël ne suffit pas. Et nous avons une obsession : ne pas détruire d’emplois. »

.

Michel Colombier, directeur scientifique de l’IDDRI

 

Michel Colombier revient sur le sujet de départ : pourquoi la transition énergétique ? Il explique qu’on y est déjà, bon gré mal gré. Ce n’est pas une lubie du gouvernement ou des écolos. C’est un fait. On envisage déjà le gaz naturel pour les véhicules, ainsi que les sous-produits de la biomasse. Quatre grandes trajectoires sont envisageables :

1) On continue comme avant avec la stabilisation de la demande prônée par l’ADEME, appuyée sur le nucléaire et la biomasse.

2) On vise un changement structurel de la demande grâce à des mesures techniques : efficacité énergétique avec la voiture à deux litres de carburant aux 100 km, isolation des logements, etc.

3) On s’oriente vers la sobriété énergétique (comme dans le scénario Négawatt) en misant sur une déconnexion entre confort et demande en services énergétiques.

4) On lutte contre l’étalement urbain et ses effets désastreux sur les transports, ainsi que sur les multiples navettes des produits manufacturés.

.

« Dans le débat en cours, on observe deux a priori bien ancrés : le nucléaire et les énergies fossiles. Il nous faut dépasser ces préjugés quasi religieux. »

.

Question : la consommation d’électricité ne peut que monter avec la multiplication dans les foyers d’appareils « branchés » (téléviseurs, ordinateurs, congélateurs, portables, etc.). Quelle que soit l’origine de cette électricité, c’est elle qui commande dans notre société. Comment, dans ces conditions, maîtriser la demande ?

.

Michel Colombier répond que des progrès énormes ont été faits pour produire des appareils électro-ménagers moins gourmands en électricité. La maîtrise de la demande commence là.

.

Laurence Tubiana souligne la difficulté d’intervenir en France, pays de propriétaires, où le foncier est sacré.

.

Michel Colombier indique que si l’on veut réduire le recours au nucléaire et aux énergies fossiles, il faut bien développer la biomasse. Mais il met en garde contre ceux qui décrètent en la matière le bon et le mauvais. Nous ne disposons pas de scénario de référence. Celui de l’AIE (Agence internationale de l’énergie) n’a rien à voir avec celui de RTE (Réseau de transport d’électricité) ou de l’Union européenne. En matière de bâtiment, même l’ADEME est désemparée…

.

Laurence Tubiana insiste pour dire que le débat peut réussir à sensibiliser le public et les acteurs économiques. A qui lui demande s’il faut du courage politique pour promouvoir cette démarche, elle répond : « Pourquoi le gouvernement encouragerait-il la consommation d’énergie ? » L’Allemagne pousse à la transition, le Royaume-Uni aussi. La France ne peut qu’y souscrire, surtout si elle accueille le sommet Climat en 2015. Le rapport du CNDTE ne finira pas dans un tiroir, car ce n’est pas une commission. Il débouchera sur une loi de programmation.

.