Évènements et visites

Visite JNE au centre Visionpure dans le Vexin : à l’écoute des chevaux et de soi

Le 3 février 2017, un groupe de journalistes des JNE a visité le centre Visionpure, dans le Vexin français, autour du thème : chevaux et développement personnel.

.

par Jane Hervé

.

download

Jane Hervé avec le cheval Shaman lors de la visite des JNE au centre Visionpure dans le Vexin, le 3 février 2017 – photo Carine Mayo

Il y a chevaux et chevaux.

.
Ici, les chevaux ne sont pas à diriger ou à manipuler comme ceux d’un banal centre équestre. Un tel lieu nommé Visionpure nous l’apprend. Ils y sont ce qu’ils devraient être : des partenaires de l’homme. Les participants (clients), invités à découvrir l’animal, se découvrent en vérité eux-mêmes. Chaque animal a sa personnalité, mais tous – presque – sont disponibles au dialogue, un certain dialogue. On oublie que ces equus caballus sont des poneys, des quarters, des painted, des arabes, etc..On oublie qu’ils peuvent vivre 35 ans. On oublie qu’ils ne voient que deux couleurs. On oublie qu’ils jouent parfois au mâle rétif ou à la femelle douce, qu’ils sont ou non des bachelors (célibataires) dragueurs de juments…

.

A travers quelques exercices (engagement, travail sur les émotions, etc.) adaptés aux personnes et à leurs desiderata (dépasser parfois un traumatisme), l’animal quitte l’espace originel où le visiteur l’a placé (animal de trait, de légende, de monte, générateur de chutes, etc.). Finis donc les chevaux style Garde républicaine, les destriers ou les canassons, les rossinantes de Cervantès ou les sauteurs pour hippodrome ou concours épique…

.
Le cheval cesse même d’être un objet pour éthologue ou scientifique, mais il se mue en être vivant susceptible d’un échange certes « non-verbal » (le ton du phrasé a plus d’efficacité que la définition du terme employé). Un tel échange se fait avec les moyens du bord d’un animal (le regard) qui a ses limites corporelles (corps massif, poids 500 à 600 kg, présence de sabots, etc.). Indépendant et libre, il mène sa propre vie sociale (compagnons, clan familial) et a appris à survivre dans un environnement subi.

.

download-1

Visite des JNE au centre Visionpure dans le Vexin, 3 février 2017 – photo Carine Mayo

La présence d’un « praticien » – et même d’une praticienne ! – formé selon Linda Kohanov (Eponaquest) autorise cette prise de conscience novatrice. Eva Reifler, qui a monté en 2008 ce centre si particulier dans le Vexin français, y accueille des entreprises ou des indépendants, des groupes ou des individuels, des êtres souffrant ou non d’éventuels handicaps. Des « ateliers » travaillent en dynamique de groupe ou lors de séances individuelles, portant une attention systématique à la « vulnérabilité » des uns et des autres pour les inviter à plus d’autonomie.

.
Le point commun à ces visiteurs, si diversifiés en personnalités, états d’esprit, fonctions et surtout « ressenti », est l’attention qu’ils sont capables de porter à un tel animal. Celui-ci est un « révélateur d’émotion » qui rend visible l’invisible. Ainsi la peur première de la bête (et sans doute de la vie), échelonnée de l’endormissement à la « dissociation », est susceptible de traverser une zone de croissance (ou décroissance selon l’état originel), au risque de traverser une vraie panique. Eva, initiatrice de ce projet où l’animal n’est plus si étranger à l’humain, a inversé le rapport traditionnel entre l’homme et l’animal. Le cheval devient un « guérisseur de l’homme ». Un des chevaux qui a la couleur de sable du désert se nomme ainsi shaman (voir sa photo ci-dessous)*. Ce n’est pas un hasard !
.

  • Shaman : guérisseur et intermédiaire entre l’homme et les forces de la Nature.

.
Visionpure, Eva Reifler, 20 rue des Vieilles Vignes, 95830 Frémécourt, Tel 06 99 19 02 95.

.

Cette visite a été organisée par Nathalie Giraud avec Carine Mayo.

.

.


.

Voyage JNE dans le Vercors

Rendez-vous était pris de longue date pour ce week-end dans le Parc naturel régional du Vercors. Malgré les grèves à la SNCF, malgré une météo annoncée déplorable, ce fut un franc succès. Trois belles journées et une soirée festive mémorable. Merci Véronique !

par Danièle Boone

Emilie

« Green is my religion », une image symbole qui résume notre voyage © Anne-Claire Poirier

Les étoiles ont été avec nous pendant tout le séjour. Le TGV en provenance de Paris était affiché à l’heure et il est arrivé sans retard. Fleur Daugey a vu son TER annulé mais elle a co-voituré. Et nous voilà tous réunis à la Maison de l’Aventure, chaleureusement accueillis par Gil Borel, le responsable. Les végétariens y ont été particulièrement chouchoutés. Merci encore à l’inventivité de Lucie Valentin, la cuisinière. Gil, également correspondant pour Drôme Hebdo, n’a pas manqué de faire un article sur notre venue  à lire ⇒ ici

Pour rejoindre la plate-forme bois de Vassieux-en-Vercors, notre première visite, nous avons traversé la fameuse plaine de Vassieux, haut lieu de la Résistance. Le 21 juillet 1944, les maquisards, trahis, ont été tirés comme des lapins. Dans la nécropole, 192 tombes surmontées d’une croix chrétienne ou d’un croissant musulman rappellent qu’ici, des hommes et des femmes ont refusé de se plier aux ordres des politiques (Pétain). Hier insoumis et hors la loi, aujourd’hui, résistants et héros. Petit préambule historique et symbolique, pour souligner, qu’ici, aujourd’hui, dans un endroit de France où la densité des habitants par km2 est l’une des plus basse, des hommes et des femmes ont choisi de s’installer pour vivre différemment, dire non à la société consumériste et défendre leurs valeurs. Plus encore, leur vie est la preuve qu’il existe d’autres possibles. Nous en avons rencontré quelques-uns et cela met du baume au cœur..

A l'écoute de Éric Rousset © Danièle Boone

Lecture de carte avec Éric Rousset © Danièle Boone

Après un pique-nique convivial, Éric Rousset nous a présenté la plate-forme de production de bois énergie de Vassieux-en-Vercors qui produit actuellement 550 000 tonnes de plaquettes et représente  80 à 85 % de l’approvisionnement dans un rayon de 30 km. Elle appartient à ONF Énergie, une filiale de l’ONF. Ce type d’activité permet de valoriser des bois qu’on ne valorisait pas auparavant. Dans le Vercors, les forêts sont réparties à 50/50 entre l’ONF et le privé.

Tout cela semble parfait, pourtant, il faut assurer les contrats passés notamment avec les collectivités locales. C’est un peu compliqué à résumer en deux lignes, mais l’angoisse du manque pointe et il se pourrait qu’il faille un jour s’approvisionner en matière première plus loin pour pouvoir répondre aux contrats engagés à moins qu’une solution soit trouvée à ce paradoxe.

Nous avons poursuivi au col du Rousset, une station gérée par le département où nous a parlé de la gestion des déchets et notamment de la pratique de l’épandage des déchets verts sur les pistes de ski expérimentée avec succès.

..
Un potager vagabond

_16A2063

À l’écoute de Séverine Tallon © Danièle Boone

Nous terminons cette demie journée déjà bien remplie par la visite du Potager vagabond de Séverine Tallon et Chistophe Coussat. Ils ont réalisé leur rêve de maraîchage bio à la montagne. Le plus difficile, sans doute, a été de trouver des terres. La première année, on leur a prêté une parcelle, l’année suivante une autre, et l’année suivante encore une autre, d’où le nom de « potager vagabond » même si depuis 3 ans, ils ont 4500 mètres carrés en bail agricole (9 ans) auxquels sont venus s’adjoindre cette année 6000 mètres carrés.

Séverine a fait une formation agricole en bio à Die puis plusieurs stages chez des agriculteurs bio. La difficulté en montagne, c’est surtout la saison relativement courte alors pour l’allonger, ils font des plans de légumes et de fleurs parfaitement adaptés à la région. C’est un franc succès. Ils écoulent toute leur production de plans et de légumes en vente directe sur les marchés, en paniers à la carte ainsi qu’à certains restaurants. De fait, ils n’arrivent pas à répondre à la demande car le potentiel est énorme. Il faut dire qu’à Saint-Martin-en-Vercors, le seul agriculteur traditionnel vient de se convertir au bio aussi la plupart des gens d’ici sont très attentifs à leur nourriture. Cela fait rêver, non ?

Séverine et Christophe, originaire de la région lyonnaise, sont tous les deux convaincus que la relocalisation de la production résoudrait beaucoup de problèmes. En tout cas, ils prouvent que le marché est là.


Réserve biologique intégrale

Le lendemain, grand beau. La météo avait annoncé une journée catastrophique, preuve que nous sommes bénis des dieux!

Située sur les communes de Saint-Andéol-en-Vercors (Isère) et de Saint-Agnan-en-Vercors (Drôme), cette Réserve biologique intégrale (RBI) de plus de 2160 hectares fait partie des trois plus grandes de France. Sans aucune intervention de l’homme (exploitation forestière, chasse, etc.), les RBI sont des espaces idéaux pour l’observation de la faune sauvage. Plusieurs inventaires et/ou suivis ont été effectués ou sont en cours de réalisation : avifaune, insectes, ongulés, chiroptères. Le département de la Drôme est particulièrement riche avec ces derniers puisqu’il recense 25 espèces de chauve-souris sur les 27 espèces répertoriées en France métropolitaine.

Chevêchette d’Europe © Danièle Boone

Chevêchette d’Europe © Danièle Boone

Jacques L’Huillier, technicien de terrain et responsable de la RBI, nous a guidés jusqu’à la Chevêchette d’Europe, notre plus petite chouette. Il est le responsable du suivi de l’espèce sur les départements de la Drôme et de l’Isère. De fait, l’activité de cette petite chouette est plutôt diurne contrairement aux autres chouettes et hiboux. Elle affectionne tout particulièrement les vieux boisements en altitude de conifères mêlés de feuillus. Jacques nous avait prévenus : « vous ne la verrez peut-être pas ou seulement quelques secondes ». L’oiseau était absent de son nid, mais il est arrivé une minute après nous, et il est resté jusqu’à notre départ, bien en vue, dans une jolie lumière. Nous avons eu tout le loisir de l’observer et même les moins naturalistes d’entre nous ont été émerveillés. De toute évidence, peu habituée à rencontrer l’homme, elle n’en a pas peur et se montre même curieuse. Peut-être n’en reverrons nous jamais dans notre vie. Ce fut là un cadeau précieux.

Pendant le pique-nique dans une jolie clairière, Véronique nous a fait une démonstration d’encres végétales tandis qu’un pipit des arbres nous faisait des démonstrations de chutes libres accompagnées de longs crescendos sonores.


Balade naturaliste

C'est vertigineux mais tellement beau © Diana Semanska

C’est vertigineux mais tellement beau © Diana Semaska

L’après-midi, sur le plateau de Font d’Urle nous croisons des marmottes, des chocards à bec jaune et même quelques individus de craves à bec rouges, oiseaux habituellement absents ici, signe incontestable du réchauffement climatique.

Les prairies sont toutes en fleurs, une aubaine pour les botanistes à profiter avant l’arrivée des troupeaux prévue pour le week-end suivant. La grande gentiane jaune déploie ses feuilles vigoureuses. Les trolles d’Europe écrivent une symphonie lumineuse où les narcisses leur servent de faire-valoir tandis que les gentianes bleues ponctuent l’ensemble comme des percussions pleines d’énergie. Véronique, experte en la matière, nous présente et nous fait goûter quelques plantes comestibles, notamment la grande Berce, absolument délicieuse, à ne pas confondre avec la Berce du Caucase.


Et le loup dans tout ça ?

Le loup ? Et bien nous l’avons rencontré au travers d’un bel étron ! Pour un naturaliste assurément, c’est déjà une rencontre, le signe certain de sa présence, une belle crotte de canidé, mais bien différente de celle d’un chien, avec plein de poils dedans et des petits morceaux d’os.

Jean-Marie Ouary © Myriam Goldminc

Jean-Marie Ouary © Myriam Goldminc

Jean-Marie Ouary, notre référent sur le sujet, est inépuisable. Il y a là, deux meutes bien installées, l’une de 7 loups, l’autre de 5. Entre les deux, un no man’s land parfaitement respecté. Dans la nuit précédente, les patous, ces chiens de protection des troupeaux ont beaucoup aboyé, signe qu’un prédateur rodait par là, sans doute le loup. C’est ainsi que Jean-Marie, en notre compagnie, a repéré cette crotte de loup!

Mille traces, l’association fondée par Véronique Thiery, se bat, avec Jean-Marie en première ligne, pour faire changer les regards. Oui, une meute de loups peut cohabiter avec un troupeau si toutes les mesures de protection sont respectées. Oui, mais… c’est tellement plus simple de lâcher les ovins et de les laisser vivre leur vie – voire leur mort quand une mise bas se passe mal et qu’aucun berger n’est là pour assister la brebis – et de faire porter sur le loup la responsabilité de tous les accidents. Rappelons que les chiens errants sont également responsables de nombreuses attaques sur les troupeaux.

Jean-Marie nous parle d’un éleveur qui cohabite avec les loups depuis 22 ans et nous montre ses bêtes qui pâturent sous la surveillance d’un patou mais cet éleveur ne veut pas témoigner eu égard à ses confrères ! L’omerta d’un côté, la mauvaise foi de l’autre, comment dépasser tout cela ?


Et maintenant, dansons

Soirée festive © Diana Semaska

Soirée festive © Diana Semaska

Une soirée festive nous attend après cette journée déjà très riche. Christophe Morini, maire de Saint-Agnan-en-Vercors, nous accueille avec plaisir. Après un dîner participatif absolument délicieux, place à la danse au rythme des Faucon Folk. Aucun d’entre nous ne renâcle et nous voilà tous en piste ! Envahis par une saine fatigue et éblouis par les splendides paysages, nous nous endormirons sans sourciller.


Transition énergétique

La matinée du lendemain, nous découvrons quelques unes des solutions choisies par certains élus locaux dans le domaine de la transition énergétique.

Julie Faivre, élue à Saint-Martin, et Gilles Chazot, adjoint au maire de Saint-Julien-en-Vercors en charge de l’éclairage public, nous expliquent pourquoi et comment leurs communes ont décidé de réduire leur éclairage nocturne. Les économies réalisées sont réinvesties pour l’amélioration de l’équipement.

Ensuite, nous rencontrons Jean-Éric de Rango et Alexandre Michel de « Vercors Soleil » qui nous expliquent comment est née la centrale villageoise citoyenne. Des habitants et des bâtiments publics de Saint-Martin-en-Vercors, Saint-Julien-en-Vercors et Vassieux-en-Vercors prêtent leurs toits pour installer des panneaux photovoltaïques. Le projet concerne environ 80 actionnaires, le but étant une certaine autonomie énergétique. En effet, même si l’électricité produite repasse dans le réseau, elle est majoritairement consommée sur place, ce qui évite les pertes.


Bouclette et compagnie

Dernier pique-nique © Danièle Boone

Dernier pique-nique © Danièle Boone

Notre ultime visite est pour Laure et Igor Marconnet (Bouclette et Cie), un couple d’éleveurs qui exploite une petite ferme à Saint-Martin-en-Vercors. Leurs 60 brebis laitières de race Lacaune leur permettent de vivre avec leurs trois enfants. Ils ont même accueilli Moubarak, un réfugié soudanais et nous ont demandé si par hasard nous pourrions intervenir pour qu’il puisse faire venir sa fille de 7 ans. Elle vit actuellement avec sa grand mère car sa mère a été assassinée. On connaît le sort des jeunes filles là-bas, du coup, la demande est parfaitement légitime.

D’une très grande exigence et d’un très grand bon sens, ils bichonnent leur troupeau avec amour et ont refusé le puçage électronique de leurs moutons. « On a payé l’amende mais on est libres », résume Igor. Laure nous montre le cahier où tout est noté, naissance, départ, etc. Alors question traçabilité – l’argument pour le puçage – ils sont imparables. Ils vivent principalement de la vente directe de leurs fromages qui sont absolument divins. En les quittant, on se dit que s’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. C’est sûr en tout cas, que tous ceux que nous avons croisé au court de ce séjour nous ont redonné plein d’énergie et la foi en tous les possibles.

Pour aller plus loin :
Mille traces
La Maison de l’aventure
Le site du PNR du Vercors
Centrale villageoise citoyenne


.

.


.

Les Grands Voisins, un quartier vert et solidaire

Lieu d’innovation sociale et écologique, ce site unique a ouvert ses portes aux JNE. Compte-rendu de cette visite réalisée le 8 juin 2016.

.

par Carine Mayo

.

Carton plein

L’association Carton plein, aux Grands Voisins (Paris XIVe) © Carine Mayo

Une vraie ruche ! A l’entrée de ce site, caché par des murs, avenue Denfert-Rochereau, à Paris, c’est un va-et-vient permanent. Pas étonnant !

.

L’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul accueille aujourd’hui 600 habitants, des personnes sans domicile, des travailleurs étrangers, mais aussi des artistes, des associations et des entreprises de l’économie sociale et solidaire, comme Carton plein, qui donne une seconde vie aux cartons usagés et emploie 10 personnes en insertion sur ce site.

 

.

Atelier artiste

Atelier d’artiste sur le site des Grands Voisins (Paris XIVe) © Carine Mayo

Au total, plus de 1000 personnes fréquentent chaque jour ce site. Dans la Lingerie, reconvertie en café, les animateurs de ce projet innovant, qui a pris forme en une année, nous présentent le site. Sa gestion est confiée à l’association Aurore spécialisée dans l’hébergement et le soin des personnes en situation de précarité, aidée de l’association Plateau urbain qui s’occupe de l’aspect économique et contribue au choix des autres occupants (artistes, associations et entreprises) et du collectif Yes we camp, chargé de la cohésion entre les différents publics.

 

 

Lingerie

Le restaurant la Lingerie, aux Grands Voisins (Paris XIVe) © Carine Mayo

Ici, pas de fronde des habitants, comme dans le XVIe arrondissement de Paris. Sans doute parce que les Parisiens ont été associés dès le départ au projet.

.

Aujourd’hui, ils peuvent venir boire un verre ou déjeuner à la Lingerie, acheter des vêtements à la Ressourcerie ou des plantes à Mama Petula…

 

 

.

Mama Petula

Mama Petula, aux Grands Voisins (Paris XIVe) © Carine Mayo

C’est sur demande qu’est née lors d’un Conseil des voisins, l’idée de développer l’agriculture urbaine sur le site. Depuis le mois de janvier, plusieurs associations développent des projets sous la houlette d’Oscar Landais, chargé de l’aménagement des espaces extérieurs.

.
Philippe Gibert, de l’association Abeille Francilienne, fait des animations pour le public autour des deux ruches qu’il a installées à l’entrée du site. Avec cinq ruchers dans Paris, cette association compte aider au développement des populations d’abeilles dans la capitale.

 

Léa Teillet (association Aurore) devant les kits de « la Boîte à Champignons » © Carine Mayo

Depuis 2015, la société Upcycle commercialise sur internet des kits pour faire pousser des champignons sous la dénomination La Boîte à Champignons.

.

Avec deux résidents, employés 6 heures par semaine, Léa Teillet, de l’association Aurore, va récupérer du marc de café dans les bistrots du coin, pour l’ajouter au substrat qui leur est fourni en même temps que les kits.

.

 

IMG_2375

Le poulailler est apprécié par les résidents © Richard Bonnet

Amélie Anache et Loubliana Petroff font partie de l’association Pépins production, qui cherche à développer des pépinières de quartier. Le but ? Apprendre aux gens à faire des semis et fournir des plants issus de graines bio ou non traitées et de substrats issus de déchets urbains aux habitants de la ville. Ainsi, elle approvisionne NaturEspaces, une autre structure qui jardine avec dix personnes en insertion sur le site.

.

Nina Gicquel, qui travaille pour cette entreprise d’insertion, explique que le but est de professionnaliser des jardiniers, ce qui n’est pas évident avec des personnes qui ont parfois des années de rue derrière elles. Prendre soin des plantes, c’est une façon de redonner de la dignité aux personnes qui ont connu l’exclusion sociale.

 

Miel de quartier Grands Voisins

Les ruches de l’association Miel de quartier © Carine Mayo

Jérôme Veil, de l’association Miel de quartier, cherche à promouvoir « une apiculture qui s’appuie sur l’agroécologie et la permaculture ».

.

Il veut initier des personnes en difficulté à ce métier car « on manque d’apiculteurs pour installer des ruches en entreprise ».

.

Lucas Manganelli, de l’association Ici Terre, a créé des buttes de permaculture et développé un projet pour apprendre à cultiver des jeunes pousses en appartement. Une source de verdure et de vitamines intéressante pour les citadins. La philosophie de ce praticien de la médecine chinoise ? « Vivre et agir joyeusement dans son environnement ».

.

Le module aquaponique de l’association Zone-AH! © Carine Mayo

Bruno Vitasse, de l’association Zone-AH!, cherche à développer la valorisation des drêches de brasserie, c’est-à-dire le résidu organique du brassage du malt, qui peut être utilisé parmi de nombreuses applications comme substrat ou paillage pour le potager.

.

L’association travaille également sur l’aquaponie, une technique qui consiste à faire pousser des légumes grâce à leur fertilisation par l’eau d’élevage de poissons, enrichie par leurs excréments. Dans la serre dédiée à l’aquaponie, avec l’association de biohackers La Paillasse, qui gère cette installation pour les besoins du projet OpenAquaponie, il va tester l’usage des drêches pour l’alimentation des poissons et en substrat pour la culture hors-sol

.

Ici, on innove sans cesse et on teste des solutions qui pourraient inspirer un nouveau modèle urbain, plus écologique et solidaire. Mais toutes ces initiatives sont destinées à rester éphémères, car la convention avec l’Etablissement Foncier d’Ile-de-France, propriétaire des lieux, prend fin en juin 2017, date à laquelle commenceront les travaux de construction d’un écoquartier. Mais cela n’entame pas l’enthousiasme des porteurs de projets. « On voudrait montrer que ça fonctionne et que c’est reproductible ailleurs », explique Florie Gaillard, chargée de communication aux Grands Voisins pour l’association Aurore. Et quand on leur demande s’il n’y a pas de risques de conflits à la fermeture du site, tous assurent qu’il n’en sera rien. « La spécialité des structures comme Aurore, Plateau urbain et Yes we camp, c’est d’occuper temporairement des sites. »

.

Les associations pensent toutefois que certaines activités pourront continuer pendant la construction de l’écoquartier qui durera jusqu’en 2022. Le temps de continuer d’innover et d’essaimer. En attendant, ceux qui veulent s’informer sur la vie du site peuvent venir y assister à une animation ou prendre un café. « Le bar est une vitrine de nos activités. On prend du temps pour discuter avec les gens et expliquer le projet », explique Elena Manente, chargée de communication aux Grands Voisins pour l’association Yes We Camp.

.

Hamacs

Le site est ouvert aux touristes qui peuvent y dormir dans un hamac © Carine Mayo

Des moments qui ne sont pas réservés aux Parisiens.

.

En effet, le site est également ouvert aux touristes qui peuvent y passer une nuit sous tente ou dormir dans un hamac dans une cabane en bois pour 8 euros.

.

« Les touristes vont parler du projet ailleurs », souligne Elena. Un bon moyen de propager les pratiques et les idées développées aux Grands Voisins !

.

Merci à Florie Gaillard de l’association Aurore, Jean-Baptiste Roussat de Plateau Urbain, Elena Manente et Oscar Landais de Yes we camp pour avoir organisé cette visite.

.

.


.

Voyage JNE en Aquitaine : Hugo Verlomme nous explique le Gouf de Capbreton

En préambule de la journée capbretonaise du récent voyage JNE/AJE/AJEC 21 en Aquitaine, Hugo Verlomme nous a (presque) tout dit en quelques minutes sur le Gouf de Capbreton.

.

Propos recueillis par Myriam Goldminc

.

VERLOMME-Hugo

Cliquez sur le lien ci-dessous pour écouter l’intervention d’Hugo Verlomme, membre des JNE.

00388dd9-0a7e-4d66-8d6c-87cddfd0fe4d

.

Si vous n’arrivez pas à ouvrir le fichier audio ci-dessus, vous pouvez télécharger le logiciel gratuit VLC qui lit la plupart des vidéos et des sons. En cas de difficulté, vous pouvez enregistrer le fichier sur votre ordinateur en double-cliquant sur le lien, ouvrir le logiciel, puis ouvrir le fichier à l’aide de celui-ci.

.

 

Tous nos remerciements au maire de Capbreton, Patrick Laclédère, et à son équipe pour leur accueil, ainsi qu’au Casino de Capbreton.

.

.


.

Voyage JNE/AJE/AJEC 21 : les effets du réchauffement en Aquitaine

A l’occasion des Rencontres scientifiques sur le littoral sud-aquitain du 8 avril dernier, un événement incontournable à Capbreton, un voyage de presse AJE/JNE/AJEC 21 nous a permis de faire le point des impacts climatiques sur le littoral aquitain.

.

par Dominique Martin Ferrari

.

Affiche_Rencontres_mira_8_avril-fill-400x532Visite de Lacanau, Hossegor, Capbreton et rencontre à Bordeaux des chercheurs qui, entre recherche fondamentale et terrain, sondent les capacités d’adaptation, l’évolution des écosystèmes et les technologies du futur.

.

A n’en pas douter, la région Aquitaine, désormais mariée à Charente Poitou, s’implique à relever le défi climatique.

.

Vous pouvez lire la suite de ce dossier spécial Aquitaine dans la lettre Options Futurs n° 33, à télécharger en cliquant ici (lien direct vers le PDF du dossier).

 

 

.

.


.

Les JNE visitent un jardin partagé au coeur d’une cité (Amiral Mouchez Paris XIIIe)

Lors de la soirée de sortie de leur annuaire 2016 le 16 mars dernier, les JNE ont visité un jardin partagé au coeur d’une cité (Amiral Mouchez Paris XIIIe).

.

Voici une vidéo réalisée à cette occasion par notre adhérent Jérémi Michaux (Greenprod).

.

Vous pouvez lire le compte-rendu de cet évènement JNE en cliquant ici.

Pour commander l’annuaire JNE 2016, c’est là.

.

.


.

A Capbreton, des actions originales contre l’érosion des plages et des dunes

Voici une interview audio de Jean-Marie Marco, adjoint à l’environnement du maire de Capbreton (Landes) réalisée le 8 avril 2016 dans le cadre du voyage AJEC21/JNE/AJE en Aquitaine.

.

par Myriam Goldminc

.

photo

Chaque année, avant l’arrivée des vacanciers, Capbreton reconstruit sa plage grâce à un « by pass». Ce système de transfert hydraulique charrie du sable prélevé sur la plage voisine d’Hossegor à travers l’embouchure du chenal du Boucarot  – photo @ Laurent Samuel

.

Cliquez ici pour écouter l’interview de Jean-Marie Marco.

.

Si vous n’arrivez pas à ouvrir le fichier audio ci-dessus, vous pouvez télécharger le logiciel gratuit VLC qui lit la plupart des vidéos et des sons.

.

Tous nos remerciements au maire de Capbreton, Patrick Laclédère, et à son équipe pour leur accueil.

.

.


.

Programme du voyage AJEC21 en Aquitaine 

Mercredi 6 avril
Départ à 7h28 de Paris Montparnasse, arrivée à 10h42 à Bordeaux
Rendez-vous à 7h15 au départ du quai.

11h Rencontre avec le comité scientifique AcclimaTerra chargé de l’étude du changement climatique en Aquitaine au club de la presse de Bordeaux (réception Pierre Sauvey)  Présents Alain Dupuy et Nathalie Ollat tous les deux membres du comité AcclimaTerra.  Ils pourront répondre aux questions du comité mais plus précisément sur leur domaine de compétences. Le Comité AcclimaTerra prépare une semaine de débat.
Suite à la publication de «  Prévoir pour agir  » coordonnée par Hervé Le Treut pour la Région Aquitaine, ce dernier a accepté de prendre la présidence de ce comité  scientifique régional et nous a donné rv la veille à Jussieu (Paris)  à 8h30

12h30 buffet au Club

14h Rencontre avec des chercheurs qui travaillent sur des cellules photovoltaïques organiques  : Energie solaire, et récupération d’énergie thermique résiduelle  : M. Hadziioannou sera accompagné lors de la visite de M. Cloutet (Directeur de recherches CNRS – Laboratoire LCPO) et de M. Fleury (Maître de conférences Université de Bordeaux – Laboratoire LCPO). Lieu Pessac

15h30 / 17h Déplacement à la centrale solaire de Cestas. Nous serons reçus par Daniel Saltsman Tel : 06 33 39 94 42 daniel.saltsman@havasww.com et le responsable de Neoen (Neoen est un producteur d’énergie indépendant, créé en 2008 à l’initiative de Jacques Veyrat et détenu par Impala SAS, actionnaire majoritaire, par le fonds Capénergie II (géré par Omnes Capital) et par Bpifrance. Neoen développe, finance, construit et exploite des centrales électriques à partir d’énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse). Neoen est présent en France, au Portugal, en Australie, au Mexique, en Egypte et au Salvador et a pour objectif d’atteindre en 2017 une puissance installée supérieure à 1000 MW.

19h Rencontre avec Marc Lafosse (énergies marines, sous réserve)

Nuit à l’hôtel Ibis budget Saint Jean à Bordeaux

.
Jeudi 7 avril
Déplacement en voiture à Lacanau plage. Rencontre avec Hervé Cazenave, délégué au littoral de la mairie de Lacanau, Martin Renard responsable du service de l’urbanisme à 10h et Camille André, chargé d’études Risques Côtiers au GIP Littoral Aquitain. Discussion sur la gestion du littoral et sur le scénario de retrait des activités vers l’intérieur des terres.
Lieu  : Front de mer, à côté du poste de secours central et du restaurant le Kayok.

Départ vers 15h pour Capbreton

Possibilité pour ceux qui le souhaitent de s’arrêter dans les Jardins de l’Humanité-Terres océanes (jardins thérapeutiques, permaculture) à Saint-Vincent-de-Tyrosse (15 km de Capbreton) http://jardins-humanite-terresoceanes.jimdo.com. Contact Estelle Alquier  : 06 83 56 32 16 terreoceane@yahoo.fr

Soirée à Capbreton, hébergement à l’hôtel Baya 85 avenue Maréchal De Lattre de Tassigny.

.

Vendredi 8 avril
Capbreton sur le front de mer

MATIN :

Hugo Verlomme
Ecrivain, membre des JNE, organisateur de notre venue : topo sur Capbreton, le canyon, les intervenants à venir.

Patrick Lafargue
C’est le patron des pêcheurs artisanaux de Capbreton (19 bateaux) qui représente les pêcheurs du sud Aquitaine à Bruxelles, il connaît tous les problèmes liés à la pêche industrielle, les quotas, etc. Il a créé des AMAP et accueille volontiers les chercheurs à bord. Ou les touristes avec Pescatourisme.

Nicolas Bidou
Il est à la fois biologiste marin, sauveteur SNSM, pompier, et plongeur scaphandrier à Capbreton. Il a créé le club des Aquanautes et plonge sur le Gouf de Capbreton. Les Aquanautes vont implanter un récif artificiel au large de Capbreton pour étudier le développement de la biodiversité et initier les jeunes plongeurs.

12 h 30 : Déjeuner avec le maire de Capbreton au restaurant « Ma Cabane », face au port de pêche.

APRES-MIDI :

Mathilde Monperrus
Scientifique de haut niveau de l’Université de Pau et des Pays de l’Adour.

Alexandre Dewez
Expert scientifique, réalise des autopsies et prélèvements sur les échouages, spécialisé dans les mammifères marins et les requins du golfe de Gascogne, connaît bien la biodiversité du Gouf et veut mettre en place la biosurveillance.

Marc Muguet
Sauveteur d’élite, créateur du Collectif des Nageurs Sauveteurs Aquitains, est en train de changer le visage du sauvetage sur nos côtes avec son collectif, pour le rendre plus efficace, mais aussi plus citoyen et participatif !

.

18h : Début des Rencontres Scientifiques au Casino

Voir Communiqué de presse

.

Samedi 9 avril
Train à Bayonne à 9h50 arrivée à Paris à 15h33

A noter  : Les déplacements se feront en tram à Bordeaux, puis en voiture. Les repas (sauf 2 d’entre eux) sont à la charge des participants. Prévoir des chaussures «  tout terrain  » pour la marche sur la plage et la visite des jardins.

.

.


.

Sortie de l’annuaire 2016 des JNE : un temps de partage

Les JNE ont célébré la sortie de leur annuaire 2016 le mercredi 16 mars 2016 au centre Maison 13 Solidaire dans le XIIIe arrondissement de Paris.

.
par Danièle Boone


Annuaire 2016

Quelques JNE « frigorifiés » avec Philippe Chêneaux dans le jardin partagé de l’Amiral Mouchez © Carine Mayo

Rendez-vous aux Jardins familiaux et partagés de l’Amiral Mouchez, situés au sein d’une résidence Paris Habitat dans le XIIIe arrondissement. Créés en juillet dernier, ces jardins sont divisés en parcelles individuelles de 1 m2 avec une grande parcelle de jardin partagé d’une trentaine de m2. La demande a été d’emblée forte. Les parcelles, tirées au sort, sont octroyées pour trois ans. A échéance, il y aura un nouveau tirage au sort pour les personnes inscrites sur la liste d’attente.

.
Les jardins ont été aménagés sur la prairie qui recouvrait le toit d’un parking, ce qui explique certaines contraintes pour les jardiniers comme l’interdiction de planter un arbre. En cette journée grise d’hiver, les jardins sont un peu tristounets, mais à y regarder de plus près, plusieurs indices permettent d’imaginer la luxuriance des beaux jours : de beaux choux de Bruxelles, un superbe chou frisé de Milan, des salades, rougettes, Trévise, pain de sucre, de la tanaisie en pleine forme, un pied gaillard de cerfeuil, et quelques autres plantes aromatiques, thym, menthe, etc. Quelques jardiniers ont déjà préparé leur parcelle pour semer et récolter au plus vite. Une jardinière est d’ailleurs en plein travail malgré la petite bise glaciale.

.
maison13-logoNous rejoignons un peu plus tôt que prévu le centre Maison 13 Solidaire, où Catherine Delpech nous parle du SEL de Paname. Échanges de savoir-faire, troc d’objets, de vêtements, etc. : telles sont les bases de ces Systèmes d’Échange Local.

Chaque SEL a sa propre monnaie, qui fonctionne comme des points. Les différents SEL de France partagent également entre eux. Ce grand réseau national permet notamment l’accès à des vacances pour des familles ayant peu de moyens, notamment par le biais d’échanges de maisons. Le principal intérêt des SEL est que l’échange n’est pas bilatéral. Ainsi, lorsqu’une personne va faire une heure de plomberie chez quelqu’un, il reçoit de la personne un certain nombre de points qui lui servira à acheter un autre service, à une autre personne, un cours d’informatique par exemple. La personne qui a bénéficié du service plomberie offrira ce qu’elle sait faire à d’autres membres du réseau. Il existe deux SEL sur Paris. Florence Faucompré (JNE) qui fait partie du SEL de Paris apporte son propre témoignage.

.
Philippe Chêneaux, qui nous a accueilli aux jardins, présente ensuite les activités sociales, culturelles et intergénérationnelles du centre qui a ouvert ses portes il y a juste un an. Mais rien est simple. Nathalie Tordjman (JNE) intervient pour expliquer que le conseil d’administration du centre qui accueillait la distribution de quelque 45 paniers de son AMAP n’a pas voté le renouvellement du contrat et qu’à la fin du mois, l’AMAP se retrouve à la rue. Elle souligne la contradiction de ne plus accueillir un système de vente directe au sein de cet éco-quartier, d’autant que de nombreux habitants sont d’ores et déjà inscrits sur une liste d’attente et que les responsables de l’AMAP sont en quête de nouveaux producteurs pour tenter de répondre à la demande.

.
Notre présidente, Carine Mayo, remercie nos hôtes, puis présente l’annuaire 2016 dont la photo de couverture est signée Nadine Saunier (JNE). Elle nous invite enfin à partager le verre de l’amitié, ce qui fut fait dans la bonne humeur.

.

Pour en savoir plus

https://www.facebook.com/Maison-13-Solidaire-1091987447607631/

http://www.radioethic.com/les-emissions/art-de-vivre/alimentation—sante/consom-solidaire-une-amap-a-la-rue.html`
.

.


.

Les JNE à la ferme du Bec Hellouin


Nous étions quinze ce 8 septembre 2015 à nous rendre à la ferme du Bec Hellouin menée en permaculture. Certains n’ont pas hésité à venir de loin : Menton, Nice, Lausanne… pour cette rencontre-visite avec Charles Hervé-Gruyer.

par Danièle Boone

Charles-Herve-Gruyer

Charles Hervé-Gruyer © Danièle Boone


Après nous avoir offert café, thé ou jus de fruits de la ferme, Charles Hervé-Gruyer s’est présenté. Ancien marin et auteur de nombreux livres et documentaires, il a sillonné le monde à bord du voilier-école « Fleur de Lampaul » et partagé la vie des peuples premiers. Perrine, son épouse, a mené une carrière de juriste internationale avant de se consacrer à la psychothérapie. Leur installation au Bec Hellouin en 2003, sur les terres du chevalier qui a créé l’abbaye en 1034, est d’abord née du désir de vivre en autonomie et de nourrir leurs quatre filles avec de bons produits. Passionnés par les rapports entre l’homme et la terre, ils imaginaient quelque chose qui prendrait le meilleur des différentes cultures. Ils ont donc créé une ferme fantasmée en osmose avec la terre dans une quête d’absolu et de beauté.

En 2006, ils adoptent le statut d’agriculteurs, une vraie gageure. Après deux années en maraîchage bio et la fonte de leurs économies, ils se lancent en permaculture en 2008 avec, toujours en mémoire, les pratiques des peuples premiers qui sont devenues des techniques phares de la ferme. Les résultats obtenus sont stupéfiants. En travaillant entièrement à la main, les récoltes sont abondantes et de qualité tout en créant en permanence de l’humus et en embellissant les paysages. Une étude agronomique menée sur la ferme par l’INRA et AgroParisTech sur cinq ans démontre que, avec de tels rendements, 1000 m2 en maraîchage biologique permacuturel sont capables de générer un emploi à temps plein, la preuve que les microfermes qui fleurissent partout dans le monde sont viables.

Maison

Maison et jardin © Sandrine Boucher


Quelques mots encore sur l’éco-centre créé en 2010 et les formations qui y sont proposés. Ce lieu unique au monde est un carrefour de rencontres et d’échanges entre chercheurs, paysans, étudiants de France et d’ailleurs qui désirent créer une agriculture capable de nourrir la planète sans la détruire. Quelques étudiants en master de l’école des Mines et autres grandes écoles qui forment les décideurs de demain participent à ces rencontres et formations. Depuis son ouverture, le centre a déjà accueilli plus de 500 stagiaires et presque tous les stages proposés pour 2016 sont déjà complets. Je pense que dans quelques années la permaculture sera enseignée dans les écoles comme en Irlande et en Australie, nous confie Charles. Mais il insiste aussi sur le fait que la ferme est le socle sur lequel tout repose et l’importance primordiale qu’elle reste une vraie ferme productive.

Campagnole

La Campagnole, un outil inventé par Charles © Sandrine Boucher


Nous passons enfin à la visite tant attendue de la ferme. On découvre d’abord la maison d’habitation au toit de chaume entourée de son potager. Charles nous présente sa brouette-atelier qui lui évite d’avoir à revenir sans cesse chercher l’outil absent, une idée astucieuse qui séduit tous les jardiniers du groupe. L’outil passionne Charles qui étudie les outils anciens et apprend à s’en servir. Il a construit une forge afin de pouvoir en façonner de nouveaux qui répondent exactement à ses besoins. Un hachoir chiné permet de couper sur place les végétaux qui enrichissent en permanence le paillage. Des billots de bois sont dispersés à cet effet sur toute la ferme. Les astuces sont au rendez-vous comme dans les plantoirs maison qui permettent le bon espacement car ici, on cultive serré. Il a notamment créé avec un artisan du coin une grelinette améliorée qu’il commercialise sous le nom de campagnole. Il faut dire qu’à la ferme, tout est fait à la main. « La présence de l’outil mécanique contraint, explique Charles. Il exclut les cultures associées telles que nous les pratiquons et qui sont à l’origine des rendements que nous atteignons. »

Rivière

La rivière traverse la ferme © Sandrine Boucher


On descend ensuite la pente naturelle qui mène à la rivière qui traverse la ferme et au bord de laquelle Charles a créé une plage. Pour lui, l’agriculture devrait être un art et laisser une place à l’intuition et la créativité. Son jardin dégage un sentiment de paix et d’harmonie. Les animaux (poules, canards, poneys, chevaux, moutons) participent à la vie de la ferme. Le chien, un Terre-Neuve qui nous accompagne pendant toute la visite, est visiblement heureux car, en plus de la rivière, il y a de l’eau partout. Vingt-cinq mares ont été creusées sur les vingt hectares de la ferme, des réservoirs de vie bénis par les villageois qui ne sont plus inondés lors des fortes pluies qui dévalaient les collines. Nous passons un pont de bois et nous voilà sur l’île. Un espace de repos et/ou de méditation central est entouré de légumes (poireaux, bettes, fenouil, panais) et de fleurs comestibles (capucine, bourrache). Mille végétaux différents sont cultivés sur la ferme.

La pause repas arrive très vite. Nous nous régalons de la délicieuse cuisine végétarienne de Fabien à base des produits de la ferme. Le chef cuisinier du Bec Hellouin prépare également confitures, chutneys, sauces et autres gourmandises qui sont vendues sur place. J’ai personnellement acheté une bouteiller d’aigrette (vinaigre) de cidre aux fleurs de sureau qui est une pure merveille. Dans cette boutique à la ferme, on peut naturellement acheter des légumes mais aussi des livres sur la permaculture.

Jardin-Mandala

Dans le jardin mandala © Danièle Boone

L’après-midi passe à toute vitesse. Nous découvrons la serre, le jardin mandala, la forêt jardin, le ramassage des pommes de terre avec le cheval… Pas de retour au Moyen Âge mais une avancée vers une agriculture sans pétrole. Si la France fonctionne avec seulement 3% de paysans, c’est parce qu’on a du pétrole. Mais est-ce une bonne solution ? 5,5 millions d’emplois d’agricoles ont été supprimés depuis 1950 or on compte aujourd’hui 5,7 millions de chômeurs. N’est-ce pas troublant?

Fertilité et exhubérance des jardins © Sandrine Boucher

Un oasis verdoyant et fertile © Sandrine Boucher


La ferme du Bec Hellouin a été installée sur des prairies artificialisées plutôt pauvre. Douze ans plus tard, c’est un oasis verdoyant et fertile. Ici, nous avons démontré qu’on peut soigner la terre tout en produisant beaucoup. La performance économique dépend de la performance écologique. Plus on renature le site, plus on a des récoltes abondantes. Il est clair que cette ferme, une des plus naturelles qui soit, est aussi une des plus productives et crée de l’emploi. Aujourd’hui, l’entreprise compte douze salariés certes y compris ceux de l’éco-centre mais, de fait, tous sont plus ou moins polyvalents!

L’heure du départ arrive bientôt. On regagne notre train tout requinqué par cette journée dont j’ai fait ici un pâle compte-rendu tant la richesse d’échanges était grande. Depuis notre visite, certaines petites phrases de Charles trottent dans ma tête: « La nature répond à notre besoin de la servir » ou encore « On prend soin de la terre et elle prend soin de nous ». Si nous avions encore quelques doutes en arrivant sur l’efficacité de la permaculture bien menée, ils se sont tous effacés.

Plus d’infos : www.fermedubec.com