Colloques et débats

L’introduction du colloque des JNE sur la condition animale

Voici le compte-rendu de l’introduction du colloque des JNE sur la condition animale, qui a eu lieu le 7 septembre 2018.

Accueil de Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris

Jacques Boutault ©Antoine Bonfils



Mettre en œuvre l’écologie implique une vraie volonté politique d’agir. Or nous sommes face à une situation où les pouvoirs publics continuent à donner des passe-droits aux chasseurs, à autoriser le massacre des oiseaux par exemple, incapables de faire le lien entre leurs discours, les constats scientifiques et l’action qu’il faudrait mener de toute urgence.

A notre niveau dans le 2e arrondissement, les élèves peuvent s’alimenter de façon non carnée dans les cantines. Au-delà de l’acte concret, cela permet de contribuer à l’éducation de la jeunesse pour que ceux-ci, une fois adultes, comprennent qu’on peut changer leurs habitudes et que la priorité est de sauver cette nature qui est en train de mourir sous nos yeux, cette nature dont nous sommes issus.

Georges Chapouthier, neurobiologiste, philosophe, membre des JNE

Georges Chapouthier © Maurice Chatelain

La sensibilité animale prend un tour décisif au XVIIe siècle avec Descartes. Qui dit en substance : le corps humain et le corps animal sont des objets, mais l’homme échappe à ce statut d’objet parce qu’il a une âme qui provient de Dieu. La conséquence positive de ce dualisme cartésien, c’est le développement de la science : puisque le corps est un objet matériel, on peut le disséquer, l’analyser…. La négative, c’est d’avoir traité les animaux comme des machines, et souvent de façon abominable.

Curieusement, à force d’étudier le corps des animaux, on a pu constater qu’ils fonctionnaient comme nous. Qu’ils mangeaient, respiraient comme nous, avaient de l’affection, de la sensibilité comme nous. Avec le développement de la théorie de l’évolution, on s’est aperçu que non seulement l’homme est proche de l’animal par ses mécanismes biologiques et génétiques, mais qu’il est issu de l’animalité.

Hors quelques-uns – les éponges, les vers solitaires – l’écrasante majorité des animaux, des huîtres à l’orang-outan en passant par l’abeille, a une sensibilité qu’on appelle nociception, soit la capacité d’avoir des récepteurs dans le corps qui alertent l’organisme si quelque chose de dangereux se manifeste – trop grande chaleur, froid, etc.

Chez les animaux plus céphalisés, au système nerveux plus complexe, la nociception existe toujours, mais, lorsqu’elle comprend une part d’émotion, on parlera de douleur, lorsqu’elle s’accompagne d’une part de cognition ou conscience, on parlera de souffrance.

Un mot assez commode permet de séparer les animaux qui n’ont qu’une nociception brute, réflexe, comme les moules par exemple, de ceux qui ont une nociception plus compliquée, plus cognitive, comme le chimpanzé : la sentience (nociception + conscience).

Quid des invertébrés ? Prenons les céphalopodes, comme la pieuvre et la seiche. Sur le plan anatomique, ce sont des escargots transformés, mais, sur le plan intellectuel, ils font des choses extraordinaires, très proches de ce que font certains mammifères ou oiseaux. On a des raisons de penser qu’ils ont une forme de conscience, de leur environnement au moins, et que des régions de leur cerveau correspondent au cortex cérébral. On suppose que quand ils changent de couleur par exemple, ils manifestent des émotions. Tout cela est à l’étude.

Si, effectivement, les animaux ne sont plus des machines, s’ils ressentent douleur, souffrance, ne faut-il pas les traiter mieux que nous les traitons ? Longtemps la morale traditionnelle ne s’est intéressée qu’aux hommes. Peu à peu des penseurs ont défendu l’idée qu’il y avait une morale à avoir aussi vis-à-vis des animaux. Aujourd’hui, on se demande : peut-on faire n’importe quoi avec l’environnement ? Du coup, beaucoup demandent qu’il y ait une morale plus unitaire, qui respecterait à la fois les hommes, les animaux, l’environnement. Cela ne veut pas dire qu’il faut traiter les trois sur le même pied. L’une des meilleures façons de le faire, c’est la Déclaration universelle des droits de l’animal de 1989 qui considère qu’il faut respecter les animaux, leur donner des droits, mais dit aussi qu’ils ne sont pas tous équivalents, qu’ils ont des besoins qui diffèrent, que le besoin de la moule n’est pas celui du chimpanzé, qu’il faut aussi tenir compte des équilibres naturels, que l’homme n’a pas a priori à intervenir quand il y a un conflit entre un tigre et un daim… Cette Déclaration, enfin, se distingue clairement de la Déclaration des droits de l’homme. C’est important : s’il faut donner des droits aux animaux parce qu’ils sont sensibles, il ne faut pas confondre droits de l’animal et droits de l’homme.

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Toutes les vidéos du colloque sur la condition animale en ligne sur le site des JNE

L’intégralité des captations vidéo des tables-rondes du colloque JNE  sur l’amélioration de la condition animale est désormais disponible en ligne sur ce site, ainsi que sur la toute nouvelle chaîne YouTube des JNE.

Colloque des JNE sur la condition animale : la table-ronde sur le sort des animaux d’élevage. De g. à d., S. Dinard, L. Charbonneaux, H. Kempf, C. Pelluchon et B. Gothière © Antoine Bonfils

Le message de bienvenue de Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris, et l’introduction du biologiste Georges Chapouthier : c’est ici.

La table-ronde « comment intéresser le public au sort de la faune sauvage » : c’est là.

La table-ronde « comment améliorer le sort des animaux d’élevage ? » : c’est ici.

La table-ronde « quels droits donner aux animaux ? »: c’est là.

Quant à la chaîne YouTube des JNE, vous la trouverez ici.

Merci à Michel Cros et à Pierre-Yves Touzot pour la captation et la mise en forme de ces enregistrements vidéo.

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Colloque JNE sur la condition animale : comment intéresser le public au sort de la faune sauvage ?

Voici le compte-rendu de la première table ronde du colloque JNE sur la condition animale, qui avait lieu le 7 septembre 2018 et était animée par Jean-Luc Fessard (JNE).

par Maryvonne Ollivry

Allain Bougrain Dubourg, journaliste, producteur, président de la LPO, membre des JNE

Allain Bougrain-Dubourg © Annelli Airaskinen

Pour répondre à cette question complexe « Comment sensibiliser le grand public à la préservation, au respect de l’animal sauvage ? », m’est venue en mémoire une situation vécue : j’étais à Taïwan en reportage et trois trafiquants m’ont fait cette proposition : « On va tuer un tigre, il nous manque un partenaire, si vous voulez être le quatrième, on vous autorise à filmer la mise à mort, le dépeçage, etc. » J’ai refusé bien sûr. Plus de vingt ans après, je me demande si j’ai bien fait. Si j’avais rapporté des images bouleversantes, est-ce que je n’aurais pas accéléré la prise de conscience nécessaire à l’égard du vivant ? On voit bien que pour les animaux domestiques, notamment d’élevage, ce sont les images de L214, à qui je rends hommage, qui ont permis de secouer les consciences.

Pour la faune sauvage, c’est compliqué. Déjà, il convient de rappeler sa dimension par rapport aux animaux domestiques. D’après le professeur Blondel du CNRS, les mammifères seraient 1261 millions de tonnes sur la planète. 67 % pour le bétail, 30 % pour l’homme, soit 97 %. Ne reste que 3 %… pour la baleine, l’écureuil, la musaraigne, le rhinocéros, etc. Ensuite, il y a cette habitude que nous avons de considérer l’animal sauvage à travers la notion d’espèce, de quota, de population, de globalité. Or ce sont des individus. Lors de l’Erika en 1999, je peux vous assurer que les centaines de milliers d’oiseaux touchés, c’était à chaque fois un individu agonisant…

Revenons au tigre. Un tigre a besoin de 50 km2 pour vivre, pour marquer son terroir. Un tigre a besoin d’être seul. Quand on le renferme dans une voiture-cage de 9m2 de sciure, c’est tout simplement indécent, inacceptable, surtout quand il est en promiscuité avec des lions et autres tigres.

Julie Lasne, éthologue de terrain, spécialisée dans les animaux sauvages et consultante en communication

Julie Lasne © Antoine Bonfils

Forte de mon expérience sur le terrain, dans les jungles, les savanes, je l’affirme : les numéros animaux dans les cirques sont des actes de cruauté, tant au sens scientifique que politique, c’est-à-dire qu’ils sont contre-nature, ils vont à l’encontre de la biologie de l’animal, de ses besoins fondamentaux, comportementaux. Il faudrait arrêter de faire croire à la relation d’amour avec ces animaux, qu’on peut obtenir ces numéros via des friandises,

J’ai apporté les photos de travail d’un des plus grands dresseurs de cirque, testament posthume qu’il a confié à Pita : on voit que les éléphanteaux sont ligotés au sol pendant trois semaines d’affilée vingt-trois heures par jour. Pour obtenir qu’un éléphant se lève sur ses pattes arrière, on leur plante une lame dans les pattes avant, de façon à ce que, s’il perd l’équilibre, la lame les blesse… Les muscles de l’éléphant ne sont pas proportionnels à sa taille, ses pattes arrière ne peuvent supporter que 40 % de son poids. Si on l’oblige à se dresser debout, il doit supporter les poids de son corps plus celui de sa tête, ce qui aboutit à des déformations des pattes et des problèmes articulaires. D’où le taux de 50 % d’euthanasie chez ces animaux-là. Un éléphant dans la nature vit 60 ans, dans les cirques et en captivité, en moyenne 30 ans. Un tigre, un fauve vit dans la nature 16 ans, en captivité il est censé pouvoir vivre 25-30 ans ; dans les cirques, vous n’en verrez jamais au-delà de 10 ans. A partir de 8 ans, il va commencer à devenir trop dangereux pour son dompteur. La question : où passe-t-il ensuite ? Il passe dans les réseaux…. D’où notre action, et notre rapport élaboré avec Code Animal, pour obliger les gouvernements à être plus vertueux.


Manuel Mersch, vétérinaire, président de Véthique, Association Vétérinaire Pour le Respect et la Dignité de l’Animal

Manuel Mersch © Antoine Bonfils

Véthique est une association vétérinaire créée il y a un an et demi qui a pour but de promulguer l’idée que les vétérinaires, s’ils sont bien sûr là pour soigner, ont aussi le devoir de protéger. J’ai été amené très tôt à me passionner pour le monde animal. A la maison, le sujet de discussion avec mes parents était bien souvent les relations avec les animaux et l’environnement (NDLR : Manuel Mersch est le fils de notre présidente d’honneur Nicole Lauroy). Ensuite, j’ai suivi des études de vétérinaire qui m’ont permis de transformer ma passion en vocation, et j’ai choisi comme thèse de doctorat la réintroduction du lynx dans les Vosges qui était réalisée à la fin des années 80. Ensuite, je suis parti en Afrique. J’ai assisté en 1992 à la capture des perroquets gris du Gabon qui alimentait un trafic international et, en même temps, j’ai assisté à une déforestation tout aussi illégale au Cameroun. Je suis revenu et depuis, j’exerce en libéral et je suis également, depuis de nombreuses années, vétérinaire sapeur-pompier. Tout ceci pour vous dire que mon parcours m’a permis d’identifier certaines affinités des vétérinaires pour la préservation de la faune sauvage.
Conformément à son code de déontologie, le vétérinaire a obligation de soins d’urgence à un animal. Nous sommes donc amenés à exercer médecine et chirurgie sur un animal sauvage selon notre degré de compétence. Le vétérinaire est aussi sentinelle de l’état de santé de la faune sauvage en exerçant, non pas une surveillance sanitaire qui reposerait uniquement sur les maladies, mais bien une bio-surveillance de la faune, en s’intéressant aux facteurs de risques. Les populations d’animaux sauvages peuvent être soit vecteurs, soit réservoirs d’agents pathogènes partagés avec l’homme ou les animaux domestiques. Elles peuvent être révélatrices de problèmes de santé qui résultent des pollutions ou des changements environnementaux, naturels ou humains. Enfin, le vétérinaire a un rôle d’information et de communication auprès des publics, ce rôle-là est tout aussi important pour expliquer la biologie des espèces animales, leurs impératifs et leur habitat naturel.

Si nos connaissances scientifiques ont progressé, force est de reconnaître un changement sociétal inexorable aux dépens de la faune et de la flore. Que faire alors ? Revenir vers le jeune public avec une pédagogie tournée vers le vivant. Au nom d’un prétendu principe de précaution – risques d’allergie, de zoonose, il n’y a quasiment plus de possibilité d’avoir un animal de compagnie en classe. Or leur présence est source de calme et de concentration, tout le monde est d’accord. Revenons aux classes vertes, aux sorties scolaires en forêt. En se plongeant dans le livre de la nature, des vocations précoces pourront alors naître en faveur de nos amis les animaux. Pour conclure, je tiens à revenir sur le code de déontologie des vétérinaires qui mentionne les devoirs des vétérinaires envers les animaux. Car avoir des devoirs envers les animaux, n’est-ce pas déjà reconnaître leurs droits ?

Marc Giraud, journaliste, écrivain, chroniqueur, membre des JNE, porte-parole de l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages)

Sur le dilemme d’Allain avec le tigre, je me demande si – et à l’époque j’aurais fait comme lui- le mieux n’aurait pas été de montrer l’image en effet. Car l’important ce n’est pas notre sensibilité, c’est l’efficacité. L214 l’a montré, et il faut avoir du courage pour affronter quelque chose qu’on déteste. Ce sont des citoyens qui ont pris les choses en main, qui ont fait les images eux-mêmes pour dénoncer des choses. Jusqu’alors dans les médias, on disait « c’est trop négatif, ça va faire fuir tout le monde », en fait ça a touché tout le monde.

Pour ce qui est des animaux sauvages, nous sommes peu à en parler dans les médias. La plupart sont des vétos, d’ailleurs, on me demande toujours si je suis véto, ça m’agace : les animaux ne sont pas toujours malades ! On peut aussi en parler autrement que pour le vaccin du chat, on peut montrer l’écureuil et la mésange qui sont passionnants.

Comment faire ? Il faut se mettre à la place des autres, et là on a du mal. On a souvent une culture scientifique, et le scientifique c’est à peu près le contraire de la communication. C’est exhaustif, ça veut tout dire. Une des clés, c’est parler le langage de tout le monde, raconter aux gens ce qu’ils peuvent voir eux-mêmes. Qu’ils se réapproprient leur patrimoine naturel, qu’ils s’intéressent à nouveau aux mésanges, aux papillons, parce qu’aujourd’hui, un enfant sait reconnaître les logos de marques industriels mais pas un paon-du-jour d’une tortue, et c’est dommage.

Yves Paccalet, journaliste, écrivain, réalisateur, membre des JNE

Yves Paccalet © Antoine Bonfils

Dans le hameau de montagne où je suis né en 1945, il y avait les animaux dits utiles, dont on pouvait utiliser le lait, la viande ou la force de travail. Il y avait les animaux nuisibles – le renard qui mangeait les poules, par exemple. Et puis il y avait les animaux qui ne servaient à rien, qui étaient loin, qu’on voyait de temps à autre, dont on ne savait ni le nom ni les mœurs. Cette simplicité-là allait avec une civilisation agricole et pauvre, ce qui est encore le cas pour l’essentiel des humains aujourd’hui.

Adulte, je suis parti pendant une vingtaine d’années avec Cousteau. On a vu beaucoup de spectacles extraordinaires, et on a vu déjà beaucoup de destructions. On est devenus de moins en moins explorateurs, mais de plus en plus défenseurs de l’environnement et des animaux. On parlait du tigre maintenu en cage, on a eu très vite le même raisonnement avec le dauphin, ces animaux qui parcourent plus de deux cent kilomètres par jour, et qu’on maintient dans des bassins. Toutes les découvertes récentes montrent notre parenté étroite avec non seulement les grands singes mais aussi les dauphins qui sont intelligents, ont une conscience.

Un point, qu’on oublie quand on fait de l’écologie, me paraît essentiel : les animaux et les plantes sont dans notre culture. Nous sommes, depuis le début de notre civilisation, en relation avec des animaux. Nous ne pouvons pas envisager la culture occidentale s’il n’y a pas tous les animaux des Fables de La Fontaine, on ne peut pas comprendre la culture des Inuits s’il n’y a pas le mythe de Sedna et les animaux qui vont avec, Je crois que la destruction que nous sommes en train de faire, nous les hommes, de la faune et de la flore sauvage, c’est non seulement une destruction de l’écosystème, une destruction du vivant, mais c’est aussi une destruction de nos cultures humaines. C’est une façon de priver, nous, égoïstes adultes, nos enfants d’une grande partie de leurs rêves. Les animaux ne sont pas seulement des espèces utiles, dont on a besoin pour toutes sortes de raisons. Ce sont des espèces dont les enfants ont besoin pour rêver.

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Colloque des JNE : Comment améliorer le sort des animaux d’élevage ?

De gauche à droite : S. Dinard, L. Charbonneaux, H. Kempf, C. Pelluchon et B. Gothières © Antoine Bonfils

La deuxième table-ronde du colloque des JNE sur la condition animale a réuni un éleveur, une philosophe et deux responsables associatives.

par Diana Semaska

Animé par Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et membre des JNE, ce débat a réuni :
● Léopoldine Charbonneaux, directrice du CIWF (Compassion in World Farming)
●Stéphane Dinard, éleveur, président de l’association Quand l’abattoir vient à la ferme
● Brigitte Gothière, co-fondatrice, porte-parole et directrice de l’association L214
● Corine Pelluchon, philosophe


Corine Pelluchon : Vers une nouvelle place des animaux dans notre société ? Quelles stratégies adopter pour résoudre les dilemmes liés à l’élevage ?

Corinne Pelluchon © Antoine Bonfils

La cause animale s’impose à notre société parce que les violences infligées tous les jours sur les milliards d’animaux élevés dans le monde sont le miroir d’un modèle de développement non seulement fondé sur une exploitation sans limites, méprisant les besoins de base des animaux, leur sensibilité et leur subjectivité, mais aussi aveugle aux limites environnementales et injuste vis-à-vis des personnes travaillant dans cette industrie. Ce modèle dégrade donc à la fois l’animal, l’environnement et l’humain. La cause animale se trouve donc au point de convergence de quatre volets de la transition écologique et solidaire : justice sociale, environnement, santé et bien-être animal. Elle est un problème civilisationnel, dont l’enjeu est notre âme.

Le défi consiste à réduire le décalage, d’une part entre ce que nous croyons, ce que nous savons et nos comportements. Et d’autre part, entre une société civile convaincue et « des politiques qui ne font rien ». Cette inertie française, on la devrait entre autres à « des oppositions stériles dont nous sommes les champions », par exemple entre welfaristes d’un côté (qui demandent l’amélioration des conditions de vie des animaux), et abolitionnistes de l’autre (qui prônent l’abolition totale de l’exploitation animale et nient le bien-fondé des mesures pouvant améliorer le bien-être animal). Or, les chantiers sont trop nombreux et urgents pour se permettre de tels atermoiements : delphinariums, corridas, foie gras, révision de la Politique agricole commune, des accords transatlantiques, etc. La cause animale gagnerait à ce que ses défenseurs mettent en avant ce qu’ils ont en commun, au lieu de se diviser. Il est par ailleurs possible de travailler à la fois sur le temps long, « où l’on accompagnerait le questionnement moral de l’exploitation des animaux » – et le temps court. Temps court qui doit être consacré à oeuvrer avec les éleveurs, comme avec tous ceux dont le travail implique des animaux, afin de leur proposer des pistes concrètes pour améliorer les conditions de vie de ces derniers.

Ayant elle-même participé à des réunions de travail avec des industriels de la mode, des éleveurs, des abatteurs et des industriels de l’agroalimentaire, elle veut miser sur la coopération et la créativité humaine, « pas uniquement sur la peur ». Informer, oui, mais en y mettant les formes.

Elle appelle par ailleurs à faire preuve de « générosité » et non de « machisme discursif » (qui n’est pas l’apanage des hommes, précise-t-elle), très présent au sein des élites intellectuelles et qui consiste à employer une forme de communication « qui écrase sans se servir de l’argumentation ». Mettre en opposition vegans et non vegans, par exemple, ou caricaturer l’anti-spécisme (« ils vont se marier avec des chats ou des chiens ») crée un climat délétère, qui empêche la coopération pour des questions d’ego.


Brigitte Gothière : Scandales dans les abattoirs : faut-il remettre en question l’alimentation carnivore ?

Brigitte Gothière © Danièle Boone

Les scandales dans les abattoirs dénoncés par L214 se basent certes sur seulement quelques minutes de films, mais ces minutes traduisent une réalité bien plus large, qui a lieu en France sur 3 millions d’animaux chaque jour. Dès lors, ces scandales justifient la remise en cause de l’alimentation carnée. Sur la chaîne d’abattage Doux à Chantonnay, 240 poulets sont abattus par minute, soit 4 par seconde. Des conditions dans lesquelles les animaux sont « au mieux inquiets, au pire terrorisés », et où les ouvriers « se voient demander l’impossible, à savoir tuer avec gentillesse ». Brigitte Gothière souligne que si 80 % des chaînes d’abattage en France ont été déclarées non conformes lors d’un audit au printemps 2017 et que ces infractions aggravent bel et bien la souffrance, ce qui choque le public, ce ne sont pas les infractions. C’est l’abattage. Dans la mesure où aujourd’hui, en France, on peut se nourrir autrement, cette violence que l’on retrouve dans l’élevage mais aussi dans la chasse, la pêche ou l’aquaculture, devrait nous poser question.

Néanmoins, les militants des différents courants de la cause animale se rejoignent sur l’élevage intensif : il est nécessaire d’interdire ces pratiques inhérentes à l’industrie telles que le broyage des poussins, la castration à vif des porcelets, la séparation du veau de sa mère, etc.

La difficulté principale réside dans l’intense lobbying réalisé par les industriels auprès des politiques. Et d’évoquer les Etats généraux de l’alimentation, à l’issue desquels aucune des mesures significatives proposées pour les animaux, comme l’interdiction des cages pour les poules pondeuses, le contrôle vidéo dans les abattoirs ou l’amélioration des conditions de transport, n’a été adoptée. Manque de courage et indifférence constituent une brèche au sein de la classe politique, dans laquelle les lobbies s’engouffrent comme des couteaux dans du beurre. Plusieurs rapporteurs de la loi Alimentation ont ainsi déjà travaillé pour des abattoirs, ou l’industrie agroalimentaire, ou étaient liés d’une manière ou d’une autre à la FNSEA.

L214 poursuit donc son travail de dénonciation des infractions, de démarchage des entreprises, de développement de l’alimentation vegan et de maintien de la sensibilité chez les enfants. « Les industriels veulent montrer que les animaux ont été heureux, et si possible qu’ils se sont suicidés. Nous travaillons à montrer le contraire ». Reste la difficulté de se mesurer, en termes de com’, à des Interbev ou Charal qui disposent respectivement de « 29 et 17 millions d’euros de budget pub » et qui font systématiquement appel à l’imagerie champêtre et bucolique des petits élevages d’antan pour faire rêver le chaland. Malgré des plaintes déposées à l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité concernant plusieurs campagnes, dont une sur les produits du Sud-Ouest mettant en avant le foie gras avec mention « Proverbe gersois – canards heureux, canards savoureux », L214 n’est jamais arrivé à faire condamner ou retirer une seule publicité.

Que pense-t-elle d’initiatives comme Quand l’abattoir vient à la ferme ? Difficile de concevoir qu’on puisse tuer avec respect quelqu’un qui avait sa vie à vivre. Mais à choisir, elle « préfère les modèles plus réduits d’élevage comme celui de Stéphane Dinard » (lire ci-dessous) aux autres. La première préoccupation reste l’élevage de masse et l’industrialisation. Mais « il serait bien d’être d’accord sur le fait que tuer quelqu’un sans son accord ne peut être qualifié de respect ». Notre cercle de considération morale ne comprend encore et toujours que l’être humain. Or, la frontière avec les autres êtres est arbitraire : si nous sommes différents, nous avons en commun la sentience, et l’envie de vivre bien.


Stéphane Dinard : Animaux d’élevage, pour une vie et une mort dignes

Stéphane Dinard © Antoine Bonfils

Eleveur de cochons et de vaches en Dordogne, Stéphane Dinard a renoncé à l’abattoir en 2008, en toute illégalité : « j’avais le sentiment d’abandonner mes animaux ». Fondée en 2016 avec la sociologue Jocelyne Porcher, son association Quand l’abattoir vient à la ferme sillonne depuis deux ans la France pour mobiliser d’autres éleveurs autour de la légalisation de l’abattage à la ferme des animaux destinés à la commercialisation. (Aujourd’hui, seuls les lapins et les volailles peuvent être abattus à la ferme en vue d’une vente). L’association a participé aux Etats généraux de l’alimentation en 2017 et y a obtenu l’autorisation d’expérimenter des outils comme la remorque d’abattage ou le camion d’abattoir, utilisés déjà par la Suisse, la Suède, la Hongrie ou le Luxembourg.

Avec ces outils et des personnes compétentes, l’abattage à la ferme peut contribuer à moins de stress chez l’animal. En effet celui-ci ne subit ni le transport, ni le confinement avec des congénères épouvantés. Stéphane Dinard tue donc ses veaux en plein air, au milieu du troupeau, lorsqu’ils ne sont plus attachés à la mère. « Aucun animal n’est stressé ». Sa volonté s’inscrit dans une démarche globale de retour à un type d’élevage « comme avant la révolution industrielle », c’est-à-dire plus petit, adapté à l’environnement et créateur d’emploi – « c’est comme pour le loup, il faut plus de bergers ». Un élevage à taille humaine qui permette de consommer moins de viande, mais de meilleure qualité.

Mais pour que ce type d’élevage se développe, le consommateur doit se réapproprier son alimentation en lui consacrant un prix juste. Pas évident : malgré le succès du bio et du local, l’alimentation pèse de moins en moins lourd dans le budget des Français, qui lui dédient 1/5e de leurs dépenses de consommation.

Stéphane Dinard envisage-t-il de renoncer un jour à la viande ? « Mes animaux d’élevage ont vocation à être consommés. C’est mon choix. Dans notre environnement, il y a les mangeurs et les mangés, de la bactérie au plus gros, c’est ainsi ».


Léopoldine Charbonneaux : Des solutions pour un mode d’élevage respectueux des animaux, des êtres humains et de la nature

Léopoldine Charbonneaux © Antoine Bonfils

Compassion In World Farming (CIWF) a été fondée il y a cinq ans par un éleveur laitier extensif à qui l’on a un jour proposé de diversifier son élevage avec des poules en cage, ce qu’il a trouvé aberrant. Il crée donc l’association CIWF dans le but de mettre fin à l’élevage industriel à long terme, et d’y améliorer les conditions de vie des animaux à court terme. Le défi est de taille puisqu’environ 80 % des animaux élevés en France le sont en intensif. Et malgré les promesses des politiques quant à un changement de modèle, les élevages sont encore fortement incités à s’industrialiser.

Aussi l’association promeut-elle, du moins à court terme, la politique des petits pas, en travaillant à l’engagement des entreprises de l’agroalimentaire. L’espoir, à long terme, étant de faire avancer la réglementation. Par exemple, elle promeut l’étiquetage du mode d’élevage pour tous les produits animaux, à l’instar de ce qui existe pour les oeufs. Une collaboration avec le groupe Casino, aux côtés d’OABA (Oeuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir) et de LFDA (La Fondation droit animal, éthique et sciences), permettra dès octobre prochain de voir étiquetés les poulets en fonction de leur niveau de bien-être.

L’ONG mise également sur la mobilisation citoyenne, via des pétitions et des enquêtes diffusées dans les médias. Elle lancera ainsi prochainement une Initiative citoyenne européenne (ICE), dans le but de mettre fin à toutes les cages d’animaux (poulets, poules, lapins, cailles, truies, etc.). Elle fait également connaître certains aspects de l’élevage encore largement ignorés du grand public et (donc ?) des politiques. C’est le cas des conditions de transport longue distance. Le transport d’animaux peut actuellement durer 60 heures par voie terrestre, 15 jours par voie maritime dans les navires bétaillers qui mènent les animaux vers l’Afrique et le Moyen-Orient. Or, au-delà de 8 heures, les bêtes sont déshydratées, épuisées et risquent la mort. Entre 2013 et 2016, 24 000 animaux seraient morts à cause des mauvaises conditions lors de transports maritimes, sur 10 millions de moutons et de vaches ayant traversé la Méditerranée. L’ONG milite donc pour l’arrêt des transports longue distance hors de l’Union européenne et exige une limite à huit heures maximum au sein de l’UE. Mais malgré ses demandes et celles d’autres ONG, et alors que 89% des Français seraient favorables à cette limitation de huit heures, la loi Agriculture et Alimentation ne contient aucune mesure allant dans ce sens.


Conclusion : comment améliorer le sort des animaux d’élevage ?

● Informer et mobiliser les personnels politiques, même s’il ne faut pas trop en attendre,
● Poursuivre la mobilisation des acteurs économiques liés à l’élevage (éleveurs, agroindustriels, mode, etc.)
● Continuer d’informer et de sensibiliser le grand public et les enfants sur les animaux et les alternatives à l’utilisation des produits animaux,
● Informer et mobiliser le consommateur (étiquetage, labels, etc.).

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Le colloque des JNE sur la condition animale en images

Le public est venu nombreux pour assister au colloque sur la condition
animale qui a eu lieu le vendredi 7 septembre à Paris. © Antoine Bonfils

voir toutes les photos

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Fake news et secret des affaires : l’information menacée ?


Le Parlement français vient d’adopter la loi « secret des affaires ». Le 14 juin 2018, les JNE ont justement organisé un débat sur ce texte très controversé et sur le projet de loi « fake news ». Avec une question centrale : va-t-on vers la fin du journalisme d’investigation ?

par Thomas Blosseville

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Débat organisé par les JNE le 14 juin 2018 à la mairie du 2e arrondissement de Paris sur les lois fake news et secret des affaires. De g. à d. : Olivier Petitjean, Anne de Haro, Vincent Filliola, Pierre Ganz, Hervé Kempf, Christel Leca © Noriko Hanyu

Le constat est sans concession : « Il y a une volonté politique très forte d’aller vite et de couper court au débat public », déplore Vincent Fillola, avocat et vice-président d’Avocats sans frontières. Il était l’un des cinq intervenants réunis par les JNE mi-juin pour décrypter les lois sur le « secret des affaires » et sur les « fake news ».

La loi « secret des affaires »

De quoi parle-t-on ? La loi sur le secret des affaires est la transposition dans le droit français d’une directive européenne datant de 2016. Elle a été définitivement adoptée le 14 juin par l’Assemblée nationale et le 21 juin par le Sénat. C’est une loi qui a fait l’objet d’une procédure accélérée. Une seule lecture a eu lieu dans chacune des deux chambres (et non deux comme d’ordinaire), puis une commission mixte paritaire a réuni des députés et des sénateurs pour trouver un compromis. « Sans analyse du Conseil d’État qui évalue, dans une procédure classique, les impacts d’un texte de loi », a décrypté Vincent Fillola pour les JNE.

Anne de Haro © Noriko Hanyu

Or, cette loi « secret des affaires » suscite de très vives craintes. Pour les journalistes, mais aussi pour les lanceurs d’alerte que peuvent être les ONG et même les représentants du personnel. « Ce qui est menacé, c’est notre capacité à utiliser des informations que nous allons recevoir et à les transmettre éventuellement aux journalistes », a témoigné Anne de Haro, membre de la direction de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT, et membre du collectif « Informer n’est pas un délit ».

Pour elle, cette nouvelle loi est « une arme redoutable mise dans les mains des grands groupes qui ont de nombreux avocats et qui vont pouvoir se défendre ».

 

 

Vincent Fillola © Noriko Hanyu

Concrètement, le texte s’articule autour d’un principe : condamner la détention d’informations liées au secret des affaires d’une entreprise. Problème : « La notion de secret des affaires est très mal définie et laissée à l’interprétation de l’entreprise elle-même », dénonce Vincent Fillola.

Deuxième souci : la procédure judiciaire se fait a priori. Et non plus a posteriori. Jusqu’à présent, par exemple avec la législation sur la diffamation, la procédure avait lieu après la publication d’un article. Mais avec la loi « secret des affaires », la procédure pourra être enclenchée dès l’obtention d’une information. Ainsi, un journaliste, qui récupèrerait une information commerciale et contacterait l’entreprise pour la vérifier, pourrait être poursuivi au nom de la protection du secret des affaires.

Simplement parce qu’il possède l’information en question ? Même s’il n’écrit pas d’article ? Officiellement, la loi prévoit des exemptions pour les journalistes, les lanceurs d’alerte et les délégués syndicaux. Mais elle ouvre une brèche et menace de procédures longues et coûteuses. Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et membre des JNE, le confirme : « Etre confronté à un procès prend du temps, surtout pour un média indépendant. Ce type de texte crée incontestablement une pression supplémentaire ».

Au départ, le but était d’harmoniser au niveau européen les réglementations sur la protection du secret des affaires. Rien n’oblige toutefois un État à transposer strictement une directive. Tant qu’il reste fidèle à l’esprit du texte, il garde une marge de manœuvre. « Visiblement  le législateur français ne l’a pas utilisé », analyse Vincent Fillola. Ainsi, la France aurait pu limiter le périmètre d’application de cette loi. Rien ne l’obligeait à en faire un principe général « qui s’applique à tout le monde, avec des exceptions qui ne sont que des protections de façade », explique l’avocat. Par exemple, la loi aurait pu ne s’appliquer qu’entre deux acteurs économiques concurrents.

La loi « fake news »

Et la loi sur les « fake news » ? Le constat n’est guère plus reluisant. « C’est un texte de circonstance qui redonde avec des dispositifs existants », assène Pierre Ganz, vice-président de l’Observatoire de la déontologie de l’information. Ce deuxième texte est moins avancé que celui sur le secret des affaires – il n’a pas encore été complètement examiné par le Parlement – mais il n’en est pas moins confus.

Pierre Ganz © Noriko Hanyu

Confus d’abord sur son but : « La loi sur les nouvelles falsifiées répond à une inquiétude du président de la République sur ce qui a été dit sur lui pendant la campagne électorale et cible en particulier quelques médias étrangers », retrace Pierre Ganz. Encore faudrait-il s’accorder sur la définition d’une « nouvelle falsifiée », ce que la loi ne fait pas précisément. Le texte est aussi confus sur la procédure mise en place. La loi donnerait au juge et à des intérêts privés comme les géants du numérique – « Gafa » et autres réseaux sociaux – le rôle « de dire ce qui est vrai ou faux, et de retirer les publications correspondantes ». Elle accorderait également au CSA le pouvoir de supprimer la diffusion de médias étrangers en France. Avec un effet pervers : légitimer les pays étrangers à en faire autant en réaction chez eux avec les médias français.

Officiellement, cette loi « fake news » ne concerne que les périodes électorales. « Mais qu’est-ce qui nous assure qu’elle ne sera pas étendue ? », interroge Pierre Ganz.

Un risque plus large ?

Olivier Petitjean © Noriko Hanyu

Les intervenants ont replacé ces deux lois dans un contexte plus large. « Concernant le texte sur le secret des affaires, l’enjeu sous-jacent est le débat persistant sur la frontière – très floue – entre optimisation fiscale et évasion fiscale », juge Olivier Petitjean, journaliste à Basta! et responsable de l’Observatoire des multinationales.

« D’après moi, l’idée de secret des affaires est une invention des lobbies de l’intelligence économique, voire de la guerre économique. C’est dans ce milieu qu’on a commencé à entendre parler de cette expression il y a une dizaine d’années. »

 

 

Hervé Kempf © Noriko Hanyu

De son côté, Hervé Kempf exprime son « désarroi » de dirigeant de média. Il voit dans ce débat une « pièce d’une paysage plus large », « un contexte général d’autoritarisme croissant, y compris dans les pays démocratiques ». Sur ce constat, que faire ? Seule certitude a priori, ce débat offre aux pigistes une raison supplémentaire ne pas exercer leur métier de journaliste sous le statut d’auto-entrepreneur.

La procédure sur le secret des affaires se fera en effet au tribunal de commerce, qui ne peut juger que les personnes morales. En tant que pigiste, un journaliste ne peut pas être attaqué individuellement – c’est éventuellement le média qui le serait. Mais en tant qu’auto-entrepreneur, il pourrait l’être.

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Organisé et animé par Christel Leca, ce débat s’est déroulé le 14 juin à la mairie du 2e arrondissement de Paris (que nous remercions pour son accueil), en préambule à l’Assemblée générale des JNE.

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Débat le 17 avril : Traité transatlantique TTIP-TAFTA, une promesse d’enfer ?

…………………..logoJNE...logoArtFertile.

Le vendredi 17 avril 2015, l’Association des JNE et l’association Art fertile vous invitent à un débat public et gratuit à Paris, sur une actualité encore méconnue, alors qu’elle est décisive pour l’avenir de l’humanité.

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Il s’agit de la plus grande négociation commerciale bilatérale de l’histoire, entre les deux premières puissances économiques du monde : l’Union Européenne et les États-Unis.

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Cette initiative, engagée concrètement en juillet 2013, est très inquiétante, à différents niveaux.

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Elle est menée sous le sceau du secret par la Commission européenne, et est censée aboutir, d’ici la fin de cette année 2015, à un traité titré par ceux qui le revendiquent : « Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement » ou « Transatlantic Trade and Investment Partnership » (en abrégé TTIP en anglais et PTCI en français).

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Ses détracteurs le désignent quant à eux plutôt par l’expression « Accord de libre-échange transatlantique » ou « Transatlantic Free Trade Agreement » (en abrégé TAFTA en anglais, repris tel quel en Français).

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Pour en savoir plus sur le contenu et les enjeux colossaux de ce projet : rendez-vous le 17 avril à la mairie du IIe arrondissement de Paris, autour de :

• Elvire Fabry, chercheuse à l’Institut Jacques Delors sur la thématique « Instruments d’action extérieure de l’Union européenne »

• Susan George, Présidente d’honneur d’ATTAC France, et auteure, entre autres, du livre Les usurpateurs, paru au Seuil en 2014

• Yannick Jadot, député écologiste européen et porte-parole du groupe des Verts au Parlement européen concernant le traité transatlantique

Denis Redonnet, chef de l’unité « Stratégie commerciale » à la Commission européenne, et membre de l’équipe de négociation du traité transatlantique, pour ce qui concerne les petites et moyennes entreprises.

• Maxime Vaudano, journaliste au journal Le Monde et auteur du livre Docteur TTIP et Mister TAFTA, publié aux éditions Les petits matins, en 2015


Les échanges seront animés par la journaliste Françoise Nowak

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Vendredi 17 avril 2015 à 19 h 30
Mairie du IIe arrondissement – salle des mariages (1er étage)
8 rue de la Banque 75002 Paris (métro Bourse ou Palais-Royal)

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La soirée commencera à 19 h 30 précises
Accueil à partir de 19 heures
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Débat JNE sur démographie et écologie : quelques questions écrites

Lors de la conférence-débat JNE sur « Démographie et écologie, le sujet tabou » qui a eu lieu à Paris le 15 mai 2014, des questions ont été posées par écrit dans la salle. Comme les questions sont souvent significatives des réponses à donner, en voici la transcription pour réflexion.

 

 par Michel Sourrouille

 

– L’animal sauvage s’autorégule. Est-il donc plus « intelligent » que l’homme ?

 

– Est-il juste que parmi les 5000 espèces de mammifères une seule espèce, homo sapiens pèse (avec ses animaux d’élevage) 90 % du total de la biomasse de l’ensemble des  mammifères ? Quelle équité si une seule espèce occupe toute la place ?

 

– Que veut dire « biocapacité » ?

 

– Quels sont les rapports entre multiplication humaine et extinction animale ?

 

– Quels moyens proposez-vous pour convaincre les démographes, les écologistes, les politiques… de faire décroître la population tout de suite ?

 

– Quels sont les moyens réalistes pour ralentir les naissances humaines ?

 

– Comment influer sur des politiques pro-natalistes en Afrique ?

 

– Comment réformer les systèmes d’allocation familiales en France de manière à mieux maîtriser la démographie ?

 

– Comment imaginer la situation de l’Inde dans la seconde partie du siècle quand ce pays aura plusieurs centaines de millions de personnes âgées ?

 

– A monsieur Pison, démographe et membre de l’INED : Certains dénatalistes (dont moi) rêvent d’un monde peu peuplé. Si vous aviez une baguette magique, à quel nombre d’humains seriez-vous attaché ?

 

– Que signifie vraiment le mot « transition démographique » qui nous fait croire à une baisse de la population alors que même en passant d’un taux d’accroissement annuel mondial de 2,1 % dans les années 1960-70 à 1,2 % maintenant, en réalité il y avait 70 millions d’habitants en plus chaque année dans les années 1960-70 et maintenant (chiffres de 2012) 84 millions de plus par an ?

 

– Les projections faites par les démographes intègrent-elles des hypothèses du type hiver nucléaire, résistance aux antibiotiques, baisse de fécondité à cause des perturbateurs endocriniens ?

 

– Les projections de l’ONU prennent-elles en compte les probables guerres et génocides à venir à cause de l’épuisement des ressources ? Et la folie des hommes augmentée par le stress ?

 

– Que pensez-vous des thèses de Chefurka sur le lien entre PIB, énergie et population ?

 

– René Guénon a écrit dans les années 1930 « le règne de la quantité ». Il a tout dit : la qualité est devenue secondaire depuis déjà des siècles. Il faudra aller dans le mur pour comprendre…

 

– Ne peut-on considérer que ce monde qui va à l’envers amènera l’homme à en tirer les leçons ?

 

– Ne faut-il pas revenir à des visions du monde biocentriques, ces visions portées par 95 % des 6 900 langues du monde parlées dans des sociétés non anthropocentriques ?
– Comment répondez-vous aux gens qui disent : Vous n’avez qu’à vous suicider pour commencer ?

 

La réponse de Michel Sourrouille à cette dernière question : Pas besoin de faire un acte volontaire, notre espèce humaine en ce moment est vraiment en train de se suicider : épuisement à court terme des énergies fossiles et fin de la civilisation thermo-industrielle, perturbations climatiques extrêmes pour des centaines d’années, généralisation des bidonvilles et de leur situation explosive, mortalité par guerres, famines et épidémies (évènements dont parlent déjà tous les jours les médias), etc. Le genre humain mérite-t-il d’être sauvé de sa tentative suicidaire ? Ceux qui portent comme nous l’idéal d’un monde meilleur n’ont pas envie de se suicider, ils ont tant d’efforts à accomplir pour essayer de sauver l’humanité du suicide…

 

Débat JNE démographie : l’intervention de Michel Sourrouille

Voici le texte intégral de l’intervention de Michel Sourrouille (JNE) lors de la conférence-débat à Paris organisée par les JNE le 15 mai 2014 sur le thème Démographie et Ecologie, le sujet tabou.

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par Michel Sourrouille 

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Nous n’avons pas refusé du monde pour cette conférence, dommage. Déjà un signe que la question démographique est tabou !  Je me présente, coordinateur du livre Moins nombreux, plus heureux et organisateur principal de cette rencontre au nom des JNE (Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie). Le sous-titre explique vraiment l’idée générale partagée par les 13 contributeurs, « l’urgence écologique de repenser la démographie ». Il nous faut à la fois envisager la question alimentaire comme le fait dans le livre Jacques Maret, la question religieuse (Jean-Claude Noyé, JNE) ou la question migratoire comme je l’écris dans le chapitre que j’ai rédigé…

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Le livre condense la plupart des points de vue sous l’angle commun de la maîtrise de la fécondité. Le dépassement des capacités de charge de la planète exige une réduction volontaire de la population humaine. Sinon il y aura (et il y a déjà) guerres, épidémies et famine comme l’avait prévu Malthus. Je ne comprends donc pas les réticences à aborder ce sujet. Le malthusianisme devrait être un élément essentiel de notre réflexion individuelle et collective, c’est au contraire le grand absent. La démographie est un véritable tabou, particulièrement en France. Pourquoi ?

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Avoir une intervenante femme pour cette tribune aujourd’hui a été tâche impossible, les femmes spécialistes de la problématique démographie/écologie sont extrêmement rares. Dans le livre que j’ai coordonné, il y a une seule femme pour douze hommes, Corinne Maier. Il est vrai que le désir de maternité est encore privilégié par notre société. Pourtant, les femmes devraient être les premières à revendiquer le droit de choisir un avenir durable pour leurs enfants. Les hommes, pour leur part, ne se sentent pas concernés pour la plupart. Soit ils considèrent que la maternité est le domaine privilégié des femmes, soit (dans certaines cultures) leur conception machiste fait que le nombre d’enfant n’a pas à être limité puisque c’est l’expression de leur virilité. Difficile de faire admettre à toutes et à tous que le statut de la femme ne dépend pas de son statut de mère !

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Même l’association organisatrice de cette conférence, JNE, a été pusillanime *. Ses membres n’ont pas d’avis déterminé sur la question démographique, seulement un intérêt… distant. Il y a eu exigence de « neutralité » pour ce débat, confrontant ceux qui pensent que la démographie ne pose pas problème et les autres. Pourtant, des spécialistes de la nature devraient savoir que l’expansion illimitée d’une espèce dans un milieu limité aboutit à sa réduction inéluctable. Les humains ne peuvent pas faire exception à cette règle. Pour conforter le pluralisme des débats, nous avions invité Vincent Cheynet, le rédacteur en chef du mensuel la Décroissance. Sa recension sur le livre que je représente titrait « misanthropie ». Pourtant, vouloir la décroissance démographique repose au contraire sur un amour des humains, le surnombre se conjugue avec l’instabilité sociale. Etonnant que quelqu’un qui défend la décroissance ne veuille pas envisager la décroissance malthusienne, ni même s’exprimer publiquement : Cheynet n’a pas voulu participer au « piège » que constituerait selon lui le débat d’aujourd’hui.

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Nous avons un démographe à la tribune, Gilles Pison. Je constate qu’il a utilisé tout son temps de parole pour parler transition démographique et évolution probable de la population, sans jamais penser aux contraintes écologiques. Il est comme beaucoup d’experts, enfermé dans sa propre discipline ; il ne peut pas avoir d’analyse holiste, globale. Pourtant la démographie est de fait en interrelation avec tous les autres éléments, socio-économiques ou écosystèmiques. Notons que l’Ined dont Pison fait partie a été ouvertement nataliste. L’Ined avait pour mission en 1945 d’examiner « les moyens matériels et moraux susceptibles de contribuer à l’accroissement quantitatif et à l’amélioration qualitative de la population ». Maintenant, ses  chercheurs se contentent de dire qu’il n’y a pas de problème, la démographie va se stabiliser un jour ou l’autre grâce à une baisse providentielle de la natalité. Alain Hervé (JNE)  les juge ainsi dans notre livre collectif : « Jamais je n’ai entendu un démographe dire que les humains se multipliaient excessivement… Ils observent un tassement  des courbes de croissance… Ils annoncent avec un grand sourire, toujours le sourire, que la transition démographique est en vue. » Tout nous indique que l’avenir ne va pas se passer aussi bien sur une planète dont on a déjà dépassé les limites : il n’y aura plus de développement économique sans perturbations écologiques nouvelles.

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Nous n’avons pas d’agronomes à cette tribune, mais le constat serait le même que pour les démographes : chacun sa spécialité, c’est ahurissant. Jacques Caplat estime dans son dernier livre Changeons d’agriculture  que la démographie n’est pas un problème puisque l’agriculture pourra nourrir 12 milliards d’êtres humains… Il suffit de se convertir à l’agriculture biologique ! Pierre Feillet de l’Inra, dans Quel futur pour notre alimentation ?, penche de son côté pour l’agriculture « de précision » (OGM, GPS sur le tracteur, drones, etc.). La démographie n’est pas pour lui un problème puisque le progrès technique résoudra tous les problèmes. Tous ces experts ne considèrent jamais la loi des rendements décroissants dans l’agriculture et le poids écologique d’une démographie croissante.

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Du côté des écologistes, c’est  carrément renversant. Il n’y a pas une seule motion sur la démographie pour un parti, Europe Ecologie – Les Verts, qui les émet pourtant en rafales. Celle de 2009 a été refusée faute de signataires en nombre suffisant. Leur prise de position en 2013 sur les allocations familiales se veut « une politique familiale résolument écologiste », ce qui veut dire pour eux une politique « résolument engagée dans l’aide à la parentalité ». Quant à leur commission immigration, elle s’occupe des sans papiers, pas de démographie ni d’écologie. Les autres courants politiques, droite et gauche confondus, sont ouvertement natalistes. Dans sa préface de notre livre, Yves Cochet montre bien que le malthusianisme reste un tabou, autant au niveau national qu’international. Je ne dirai rien des cathos, vous connaissez tous leur position sur la contraception et l’avortement.

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Conclusion : cet ostracisme généralisé envers la question démographique est absolument incompréhensible. Le planning familial devrait être une bonne nouvelle pour les femmes… pour les écologistes… pour les générations futures… et même pour les autres espèces étouffées par la pullulation humaine ! Le droit de choisir du nombre de ses enfants est une très bonne chose, encore faudrait-il procréer en toute connaissance de cause, avec une nette perception des contraintes écologiques.

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Pour moi, une conférence-débat sans ouverture sur la vie serait inutile. C’est pourquoi je conseille à tous d’adopter un comportement malthusien dans sa vie familiale, de s’informer, d’acheter bien sûr le livre Moins nombreux. Au niveau associatif, vous pouvez adhérer à Démographie responsable, le seul collectif en France qui milite pour la bonne cause. Au niveau politique enfin, je me contente de poser cette question qui demande réflexion : y a-t-il une différence fondamentale entre délivrer un permis de conduire et obtenir un permis de procréer ?

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Pour en savoir plus, lire ce résumé du livre Moins nombreux, plus heureux (l’urgence écologique de repenser la démographie).Ce livre est disponible chez votre libraire ou à commander en ligne : Amazon ; Decitre ; FNAC

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* Note de Laurent Samuel, rédacteur en chef de ce site et vice-président des JNE : il n’y a eu de la part du Conseil d’administration des JNE (dont Michel Sourrouille est membre) nulle « pussillanimité » vis-à-vis de ce débat, mais des discussions parfois vives portant sur son organisation dans un esprit pluraliste, tant en termes d’opinions que de sexes. En tant qu’association de journalistes, les JNE n’ont pas vocation à prendre position sur le fond des sujets, mais à susciter et à animer les débats sur toutes les questions relatives à l’environnement, comme cela a été le cas lors de la conférence-débat du 15 mai.

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Débat JNE sur la démographie : l’intervention de Denis Garnier (Démographie responsable)

Voici le texte intégral de  l’intervention de Denis Garnier (Démographie responsable) au débat JNE sur démographie  et écologie du 15 mai 2014 à Paris.

par Denis Garnier

JNE 1

 

Fin 2011, la population mondiale a franchi le cap des 7 milliards, 12 ans seulement après celui des 6 milliards !

 

Il aura fallu de l’ordre de 150.000 ans pour arriver au premier milliard et donc seulement 12 ans pour « gagner » le dernier…

 

La flèche orange indique que les 5 derniers milliards, y compris celui en cours, auront été imposés à la planète avec un rythme moyen de seulement 13 ans : on serait tenté de parler de cadence infernale !

 

Evidemment, par rapport à la population précédente, chaque nouveau milliard représente un pourcentage inférieur. Mais sur le plan écologique, l’impact supplémentaire que doit supporter la planète est à chaque fois le même, du moins avec un certain décalage dans le temps…

 

Quant à la dernière colonne, celle des doublements : elle parle d’elle-même.

 

Bien que les milliards suivants devraient arriver un peu moins vite, il faut savoir que les projections de population de l’ONU ont été régulièrement revues à la hausse ces six dernières années. Pour 2050, nous sommes passés de 9,1 à 9,3, puis maintenant 9,6 milliards.

 

Comment la planète va-t-elle faire pour accueillir autant de monde ? Evidemment elle ne pourra pas s’y dérober, mais ça va se traduire par un bouleversement des équilibres écologiques, y compris l’éradication d’un grand nombre d’espèces vivantes. Il faut savoir que d’ores et déjà, 97 % des tigres ont été éliminés depuis le début du XXe siècle.

 

JNE 2

 

Pour évaluer l’impact de l’humanité sur la planète, nous disposons aujourd’hui d‘un outil assez performant : il s’agit de l’empreinte écologique. Celle-ci est en moyenne de 2,7 hectares par personne, c’est-à-dire que nous utilisons 2,7 hectares pour notre consommation et l’absorption de nos déchets, et ce alors que nous ne disposons que de 1,8 hectares par personne, qui correspondent à la biocapacité moyenne individuelle.

 

La question qui vient à l’esprit est évidemment la suivante : comment est-ce possible ? Comment peut-on consommer plus que ce qui est produit par la planète ? Eh bien, tout simplement, en prélevant au-delà de ce qui est renouvelable, en puisant de façon inconsidérée dans le capital de la Terre : par exemple nous vidons les océans de leurs poissons, nous asséchons les nappes phréatiques ou encore nos augmentons la concentration de CO2 dans l’atmosphère…

 

Si l’on fait le rapport entre la biocapacité et l’empreinte, on peut alors dire la chose suivante : en ressources renouvelables, la planète ne dispose que des 2/3 de nos besoins. Dès lors, si l’on applique ce ratio à notre effectif actuel de 7,2 milliards, on peut en conclure qu’avec le style de vie moyen que nous avons actuellement, la population maximale que peut accueillir la planète de façon relativement durable est égale aux 2/3 de ces 7,2 milliards, c’est-à-dire 4,8 milliards d’habitants seulement !

 

Si l’on rapproche enfin ces 4,8 milliards des 9,6 prévus en 2050 et que j’ai cités au début, on peut dire qu’à cette date, si nous n’avons toujours pas changé notre comportement, nous serons alors exactement 2 fois trop nombreux !

 

JNE 3

 

On regarde maintenant l’évolution de l’empreinte et de la biocapacité depuis le début des années soixante. On remarque tout de suite que, dès 1970, les deux indicateurs se sont croisés. C’est à partir de ce moment là que nous avons commencé à utiliser plus d’une planète. Le dépassement s’est ensuite accentué, non pas tant à cause de l’empreinte que de la baisse de la biocapacité.

 

Ce graphique, qui indique l’évolution de l’empreinte écologique et de la biocapacité, montre effectivement cette baisse inexorable de la biocapacité individuelle, mais il montre aussi au passage que, depuis quarante ans, le « dépassement écologique » auquel on aboutit aujourd’hui est dû en priorité à la baisse de la biocapacité individuelle et donc, in fine, à l’augmentation de la population mondiale.

 

Il a été dit plus haut que nous serons 2 fois trop nombreux en 2050. On pourrait néanmoins trouver une solution en baissant notre mode de vie. Pour cela, dans les 36 ans qui nous séparent de 2050, il nous faudrait le diviser par deux. Mais cela ne pourrait raisonnablement pas se faire de façon uniforme, puisque ce mode de vie est très inégalitaire…

 

Pour voir un peu où cela nous conduirait, admettons ce que l’on entend souvent, à savoir que 20 % des humains vivent avec 80 % des ressources de la planète. Bien qu’ils portent a priori sur la répartition, on va voir que ces pourcentages en disent aussi beaucoup sur la question des effectifs.

 

En effet, si l’on veut simplement atteindre un mode de vie égalitaire, ce ratio 20/80 implique une division par quatre de l’utilisation des ressources au Nord en espérant, par un système de vase communiquant (tout à fait aléatoire), multiplier par quatre celle du Sud.

 

Ça ne sera déjà pas une mince affaire que de faire accepter cela aux populations occidentales qui sont loin de vivre dans l’opulence pour au moins la moitié d’entre elles. Mais admettons que cela soit possible : on aura alors résolu la question « morale », mais pas la question écologique qui restera pleine et entière, puisque la consommation globale restera inchangée.

 

En effet, on vient de voir qu’il faut diminuer la consommation globale par 2. Et donc, il va encore falloir pratiquer une nouvelle division par 2 qui conduira au final une division par huit de celle de départ des occidentaux pour une simple augmentation par deux de celle du Sud.

 

Ce que montre cette rapide évaluation, c’est que nous en sommes arrivés à un tel niveau de population, par rapport aux ressources finies de la Terre, que l’entreprise paraît utopique et peu rentable.

 

Ce qui ressort aussi de ces calculs, c’est l’erreur historique qui a consisté à laisser filer la démographie depuis les années 70 du siècle dernier, où l’alerte avait pourtant été lancée par le Club de Rome, le rapport Meadows et même René Dumont, père spirituel des écologistes français et qui se sont empressés par la suite d’oublier cet aspect, pourtant fondamental, de la question écologique…

 

 

JNE 4

 

Il existe évidemment une solution complémentaire, qui serait profitable pour l’ensemble des humains, qu’ils soient du Nord ou du Sud, et qui consisterait à stabiliser la population au plus vite, et à la faire décroître ensuite en douceur.

 

On pourrait par exemple se caler sur la projection basse de l’ONU (en vert), ce qui nous ramènerait, en 2100, légèrement au-dessous du niveau de la population actuelle. On voit qu’alors le gain de population serait de quatre milliards : quatre milliards en moins, cela correspondrait à près de 40 % de consommateurs-pollueurs en moins par rapport à ce qui est annoncé : les bénéfices en terme écologiques et de niveau de vie seraient tout à fait appréciables.

 

JNE 5

 

Ceci étant, si la question de la surpopulation est d’abord mondiale, elle est parfois encore plus préoccupante au niveau local.

 

On peut citer plusieurs «points chauds» avec en tête le Bangladesh qui, dans 36 ans, aura une densité de population qui, si elle était identique ici en France, nous conduirait à être 774 millions, chiffre tout à fait astronomique ! Ce pays est suivi du Burundi, du Rwanda, d’Haïti et des Philippines, dont des densités équivalentes, comme on peut le voir, nous amèneraient à être excessivement nombreux.

 

On peut néanmoins objecter avec raison que ces pays sont plus petits que le nôtre et que l’extrapolation ne se justifie pas pleinement : en effet, ceux-ci ne seraient somme toute qu’une province française plus ou moins étendue.

 

Il n’en va pas de même pour les trois pays en majuscule (sur la diapo ci-dessous), à savoir l’Inde, le Nigéria et le Pakistan, qui sont tous plus grands que le nôtre : avec des densités équivalentes aux leurs, nous serions aux alentours de 260 millions en 2050. Dans le cas indien, il faut imaginer une France de 278 millions d’habitants, entourée de cinq autres pays tout aussi surpeuplés : qui peut croire que nous conserverions alors un quelconque bien-être ? Et pourtant les habitants de ces pays vont devoir « faire avec ».

 

On peut enfin citer le cas apocalyptique de l’Egypte, constituée essentiellement de déserts, et dont l’équivalent de « densité de vie » nous conduirait à être alors plus d’un milliard…

 

Il ne faut néanmoins pas rêver, même en prenant des mesures douloureuses en terme de niveau de vie et des mesures non-coercitives en ce qui concerne la natalité, du fait des processus physiques déjà enclenchés, nous ne parviendrons pas à stopper l’avalanche des maux environnementaux, sociaux et humanitaires qui s’apprête à nous tomber dessus.

 

Tout au plus peut-on dire que la situation sera moins pire. Bien moins pire en tout cas que celle qui nous attend si nous nous contentons des seules pistes actuellement envisagées par la communauté internationale.

 

C’est donc pourquoi notre association, Démographie Responsable, ainsi que celles qui œuvrent dans le même sens dans le monde anglo-saxon, appellent l’ONU, via la promotion de la famille restreinte, à décréter l’état d’urgence démographique.

 

NDLR : pour agrandir les diapos, il vous suffit de cliquer dessus.