Colloques et débats

50 ans des JNE : une journée d’études aux Archives Nationales sur le thème « Etre journaliste face à la crise environnementale » et un colloque sur la Condition végétale

Deux événements importants pour notre association auront lieu à l’automne.

Toujours verts, toujours piquants

 

Le vendredi 18 octobre Journée anniversaire des 50 ans des JNE  en deux temps :
. Une journée d’études aux Archives Nationales sur le thème Etre journaliste face à la crise environnementale, engagements professionnels et associatifs, à l’occasion du dépôt de nos archives aux Archives Nationales.
. Une soirée festive (si vous avez un lieu à proposer, nous sommes preneurs !)

Le jeudi 5 décembre Colloque sur la Condition végétale à la mairie du 20e arrondissement à Paris.

En espérant vous y retrouver nombreux.

Le CA des JNE

Compte-rendu du colloque des JNE « Effondrement ou transformations »

Voici le compte-rendu du colloque des JNE « Effondrement ou transformations », qui s’est tenu le 19 mars 2019 dans la salle Jean Dame (Paris IIe), en présence de 80 à 100 personnes. Les débats étaient animés par Hervé Kempf, de Reporterre, partenaire de ce colloque avec Adrastia et l’institut Momentum.

par Anne-Claire Poirier

Colloque JNE Effondrement ou transformations, 19 mars 2019. De g. à d., Virginie Maris, Corinne Morel-Darleux, Hervé Kempf, Agnès Sinai, Arthur Keller, Richard Varrault, Yves Cochet – photo Antoine Bonfils

Introduction : Richard Varrault, président des JNE

« Au centre de votre cerveau, un petit ensemble règle d’une « main » de maître tout ce que vous faites : le striatum. »

Je vais vous entretenir d’un petit ensemble au centre de votre cerveau qui règle d’une « main » de maître tout ce que vous faites : le striatum. Cet organe nous gouverne depuis toujours, la survie c’est son truc, il a la main sur les fonctions indispensables à la survie : manger, copuler, explorer, conquérir, dominer. Chaque action positive dans ces domaines, il récompensera de dopamine son possesseur ou sa possesseure. Les femmes et les hommes sont équipés de ce commandant de bord qui ne supporte pas la contrariété. Des souris, amputées de leur striatum, se sont laissées mourir de faim. Elles n’exploraient plus leur environnement, elles avaient perdu l’envie de vivre. De la sorte on ne peut amputer l’Homme de son maître, mais on peut subtilement lui apprendre que de bonnes actions pour son environnement peuvent aussi donner lieu à des récompenses, la dopamine…
Si vous avez envie d’explorer une partie du bazar que ce petit élément à fait sur la planète, vous pouvez lire le livre de Sébastien Bohler, Le bug humain, pourquoi notre cerveau nous pousse à détruire la planète et comment l’en empêcher… (Editions Robert Laffont, 2019).

Yves Cochet (à d.) lors du colloque des JNE Effondrement ou transformations du 19 mars 2019. A g., Arthur Keller – photo Antoine Bonfils

Yves Cochet : écologiste, ancien ministre de l’Environnement (2001-2002), collapsologue

« L’effondrement est notre destin »

Je suis convaincu désormais que l’effondrement est inévitable et inéluctable dans les 10-15 ans qui viennent. Qu’entend-t-on par effondrement ? Il s’agit d’un processus systémique et mondial à l’issue duquel les besoins de base ne sont plus fournis à la population par les services encadrés par la loi et où les gouvernements ne sont plus en possession des pouvoirs régaliens.

Certains assurent que l’on pourra s’en tirer par des progrès incrémentaux, je ne suis pas d’accord. Nous sommes en train de franchir des seuils dans plusieurs domaines qui entraînent des rétroactions positives et font de la terre un automate incontrôlable. Trop souvent en politique, les gens pensent qu’en échangeant des opinions, tout va s’arranger. La nature n’a pas d’opinion, elle a une logique froide.

Je place le nucléaire en tête des menaces, mais aussi l’extinction d’espèces cruciales (phytoplanctons, pollinisateurs, etc.) et les pandémies. Ce ne sont pas des faits linéaires. Par exemple, la fonte du pergélisol provoquerait un relargage massif de méthane, accélérant massivement le réchauffement climatique.

Que reste-t-il à faire ? Réduire les souffrances et le nombre de morts. Pour cela, je ne vois qu’un seul moyen politique, c’est de mettre en place une économie de guerre avant la guerre. Ça n’a jamais existé dans l’histoire. Il faut donner le pouvoir aux localités afin qu’elles préparent l’autosuffisance alimentaire et énergétique. C’est précisément à cause de cette non-préparation de l’effondrement que celui-ci est probable, voire certain…

Arthur Keller lors du colloque des JNE « Effondrement ou transformations » le 19 mars 2019. A g., Agnès Sinai – photo Antoine Bonfils

Arthur Keller, ingénieur, auteur, conférencier et explorateur de voies de résilience

«  Il faut déconstruire les faux espoirs pour construire des espoirs lucides »

La partie naturelle du monde est déjà en état d’effondrement. Ceci n’est pas une opinion, ce sont des faits scientifiques. En voici quelques exemples :
– on recense quatre fois plus de zones mortes aujourd’hui qu’en 1950…
– le pergélisol fond plus vite que les prévisions scientifiques…
– le vivant s’effondre : 60 % des vertébrés ont disparu en 44 ans…
– l’IPBES (La Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) assure que 75 % des sols au niveau mondial sont dans un état critique et la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) avertit d’un risque de famine mondiale…

Le problème aujourd’hui est que la façon d’aborder la thématique de l’effondrement passe à côté de sa nature profondément systémique. Par exemple, le dérèglement climatique est présenté comme le problème, or c’est une conséquence. Le problème est thermo-dynamique.

La problématique étant systémique, il faudrait donc que les solutions soient systémiques. Or nous n’en avons pas, nous savons même pas ce que c’est. Les solutions dont on nous parle n’en sont pas, l’impératif de croissance demeure et nous cherchons à préserver le système par la science ou la technique. Ce solutionnisme appuyé sur des technologies de toutes sortes (cleantech, smartech, etc.) ne fait que rajouter des couches de complexité et rend le système encore plus vulnérable. L’optimisation est à l’inverse de la résilience…

Trois actions sont aujourd’hui nécessaires :
– Déconstruire les faux espoirs pour construire des espoirs lucides ancrés dans les actes et les territoires. Par exemple, on peut tenter aujourd’hui un certain type d’activisme, mais il est vain de demander à nos gouvernants de résoudre les problèmes climatiques… D’autre part, il ne faut pas occulter la quantité de souffrance que comprend l’effondrement. Au contraire, il faut en parler autour de nous…. et il ne faut pas occulter la quantité de souffrances que cela comprend.
– Entrer en résistance contre le système : il faut des gens pour se mettre devant le bulldozer afin de limiter l’ampleur et la violence de l’effondrement…
– Entrer en résilience et construire des sociétés en parallèle de celle-ci. Cela va se passer au niveau local ou ça ne se passera pas. Ainsi, à mesure que les choses vont se tendre dans la société A, les gens pourront migrer vers des sociétés B. Il y aura une grande descente industrielle. En anticipant, on peut espérer une amélioration qualitative de nos modes de vie en temps d’effondrement.

Corinne Morel-Darleux au colloque des JNE sur « Effondrement ou transformations », le 19 mars 2019 à Paris. A g., Virginie Maris. A d., Hervé Kempf – photo Antoine Bonfils

Corinne Morel-Darleux, Conseillère régionale Auvergne Rhône Alpes, membre du bureau de la Fondation Copernic et du Mouvement Utopia

« Chaque combat pour un dixième de degré vaut la peine d’être mené »

Après onze ans de militantisme politique, je suis obligée aujourd’hui de changer de mode d’action politique. Les scientifiques ont fait leur travail, maintenant c’est à nous de prendre le relais. Et ce n’est n’est pas la peine d’attendre que les gens changent progressivement. Nous devons nous mettre dès aujourd’hui en mode pré-guerre : modes de vie, relations aux autres, etc.

Je préconise plusieurs actions :
– Continuer à alerter même s’il y a de plus en plus d’articles sur l’effondrement car le lien n’est pas encore fait avec l’économie capitaliste, etc. Le climat est traité comme un bulletin météo par les médias. Or chaque dixième de degré sur le thermomètre planétaire sera pire que le précédent en termes d’impacts. Chaque combat pour un dixième de degré vaut donc la peine d’être mené ;
– Organiser le pessimisme pour ne pas avoir des individus déboussolés mais plutôt que cela débouche sur des actions collectives pour préserver ce qui doit l’être. Par exemple, il est important de continuer à s’interposer face aux grands projets inutiles et destructeurs. En outre, les actions qui visent à protéger les écosystèmes sont les mêmes que celles qui nous préparent à l’après-effondrement : l’agriculture urbaine, la sobriété énergétique, etc. L’enjeu c’est faire en sorte qu’on puisse vivre de façon digne et décente, y compris pendant l’effondrement. Il y a aussi un aspect social qui vient renouveler la question de la lutte des classes : les pauvres (et les femmes) sont déjà les premiers à souffrir… il faut réfléchir à ce que l’effondrement soit le moins inégalitaire possible.
– Arrêter de se taper les uns sur les autres ! C’est désespérant de retrouver les mêmes querelles dans le milieu politique et associatif. Car oui, nous avons besoin que Cyril Dion nous raconte de belles histoires et que Deep Green Resistance nous apprenne les stratégies de guerre. Il faut archipelliser les îlots de résistance afin que chacun soit à son poste mais avec stratégie commune. D’autre part, les choses doivent se construire à la bonne échelle, celle du collectif. Les survivalistes se leurrent tous seuls dans leur coin.

Quid de la répression ? Nos sociétés sont des machines à annihiler le vivant. Les espèces ne disparaissent pas, nous les exterminons. Où est le seuil où on considère qu’il faut partir en résistance ? Est-ce qu’on y est ou pas ? Que faut-il pour qu’on sorte de la léthargie ?
C’est précisément parce que l’Etat ne tolère rien qu’il faut revoir nos modes d’action. Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la résistance a pris le maquis : sabotage et résistance armé. Il y a un sens de l’auto-défense à reconquérir car cela sera bientôt nécessaire… Il faudrait au moins pouvoir en discuter.

Virginie Maris au colloque des JNE sur « Effondrement ou transformations » le 19 mars 2019 à Paris – photo Antoine Bonfils

Virginie Maris, chercheuse au CNRS en philosophie de l’environnement

« Ce qui nous scandalise véritablement, c’est que ça nous arrive à nous »

Avec l’effondrement, il y a le problème de l’incommensurabilité : accélération de l’effondrement de la biodiversité alors que la temporalité humaine stagne et peine à faire du sens, à changer.

Le temps nous dit quelque chose d’autre : il y a la flèche du temps ascendante, héritée de la modernité, qui dit que le simple passage du temps nous garantit le progrès. Et puis il y a une autre flèche où le présent porte déjà un futur morbide. En fait, les conditions présentes encapsulent tous les futurs possibles. Il faut retenir que dans la nature, ce qui règne c’est l’aléa. Donc on doit s’abstenir de laisser les forces mortifères qui nous ont mis dans cette situation dicter des solutions et déterminer le futur. Il faut plutôt penser qu’il y a une indétermination radicale chez l’humain et s’ouvrir à une créativité radicale, y compris dans la lutte : les révolutions réelles sont inattendues et ne sont pas déjà codées.

Le vivant s’effondre, c’est un fait. Mais les chiffres invisibilisent alors que l’effondrement est déjà éprouvé et vécu par des millions de gens. En fait, ce qui nous scandalise véritablement ,c’est que ça nous arrive à nous, sociétés développées et industrialisées, que dans dix ans nous allons vivre comme des Syriens ou des Tchétchènes… Je suis surprise par mon propre égoïsme : pourquoi ça me scandalise que ça m’arrive à moi ? Il faut accepter que ce n’est pas toute la planète qui va s’effondrer avec nous. Accepter qu’on a un gros problème en temps que société moderne capitaliste mais ça ne doit pas nous aveugler à ce qui se passe à côté. C’est pourquoi, on ne doit pas délaisser la protection du monde sauvage et continuer de s’inspirer d’autres façons d’être au monde. Après l’effondrement, il faudra certes pratiquer l’agriculture et l’énergie, mais il faudra aussi savoir créer du vivre-ensemble, savoir faire société…

Agnès Sinai au colloque JNE « Effondrement ou transformations » le 19 juin 2019. A g., Hervé Kempf – photo Antoine Bonfils

Agnès Sinaï, journaliste environnementale et enseignante, co-fondatrice de l’Institut Momentum

« Une société complexe comme la nôtre peut se simplifier »

Nous travaillons sur un scénario d’évolution de l’Ile-de-France comme biorégion en 2050 : imaginer qu’une société complexe comme la nôtre peut se décomplexifier, se simplifier… Il s’agit soit d’un antidote à l’effondrement, soit d’une solution post-effondrement.

Il s’agit de travailler sur une politique qui rompt avec l’imaginaire de croissance (y compris croissance verte et transition énergétique) et opte pour un programme de résilience et d’interruption du temps linéaire (arrêt de la mobilité de masse par exemple en passant de 5 millions de véhicules en Île-de-France à 90 000).

Dans le modèle politique biorégional, les actifs travailleront dans le domaine agricole : polyculture et maraîchage intensif des 600 000 hectares de terres arables en Île de France, arbres comestibles partout dans la ville. Les départements périphériques accueilleront les ex-Parisiens.

Il y a également un programme de résilience énergétique locale : très forte descente énergétique (rationnement avec carte carbone régionale : 1 Teq pétrole/an/personne).

Nous travaillons aussi sur l’initiative Karma : un pôle de low tech/agroforesterie en lieu et place du projet Europa City.


VOIR VIDÉOS DU COLLOQUE 
……

L’introduction du colloque des JNE sur la condition animale

Voici le compte-rendu de l’introduction du colloque des JNE sur la condition animale, qui a eu lieu le 7 septembre 2018.

Accueil de Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris

Jacques Boutault ©Antoine Bonfils



Mettre en œuvre l’écologie implique une vraie volonté politique d’agir. Or nous sommes face à une situation où les pouvoirs publics continuent à donner des passe-droits aux chasseurs, à autoriser le massacre des oiseaux par exemple, incapables de faire le lien entre leurs discours, les constats scientifiques et l’action qu’il faudrait mener de toute urgence.

A notre niveau dans le 2e arrondissement, les élèves peuvent s’alimenter de façon non carnée dans les cantines. Au-delà de l’acte concret, cela permet de contribuer à l’éducation de la jeunesse pour que ceux-ci, une fois adultes, comprennent qu’on peut changer leurs habitudes et que la priorité est de sauver cette nature qui est en train de mourir sous nos yeux, cette nature dont nous sommes issus.

Georges Chapouthier, neurobiologiste, philosophe, membre des JNE

Georges Chapouthier © Maurice Chatelain

La sensibilité animale prend un tour décisif au XVIIe siècle avec Descartes. Qui dit en substance : le corps humain et le corps animal sont des objets, mais l’homme échappe à ce statut d’objet parce qu’il a une âme qui provient de Dieu. La conséquence positive de ce dualisme cartésien, c’est le développement de la science : puisque le corps est un objet matériel, on peut le disséquer, l’analyser…. La négative, c’est d’avoir traité les animaux comme des machines, et souvent de façon abominable.

Curieusement, à force d’étudier le corps des animaux, on a pu constater qu’ils fonctionnaient comme nous. Qu’ils mangeaient, respiraient comme nous, avaient de l’affection, de la sensibilité comme nous. Avec le développement de la théorie de l’évolution, on s’est aperçu que non seulement l’homme est proche de l’animal par ses mécanismes biologiques et génétiques, mais qu’il est issu de l’animalité.

Hors quelques-uns – les éponges, les vers solitaires – l’écrasante majorité des animaux, des huîtres à l’orang-outan en passant par l’abeille, a une sensibilité qu’on appelle nociception, soit la capacité d’avoir des récepteurs dans le corps qui alertent l’organisme si quelque chose de dangereux se manifeste – trop grande chaleur, froid, etc.

Chez les animaux plus céphalisés, au système nerveux plus complexe, la nociception existe toujours, mais, lorsqu’elle comprend une part d’émotion, on parlera de douleur, lorsqu’elle s’accompagne d’une part de cognition ou conscience, on parlera de souffrance.

Un mot assez commode permet de séparer les animaux qui n’ont qu’une nociception brute, réflexe, comme les moules par exemple, de ceux qui ont une nociception plus compliquée, plus cognitive, comme le chimpanzé : la sentience (nociception + conscience).

Quid des invertébrés ? Prenons les céphalopodes, comme la pieuvre et la seiche. Sur le plan anatomique, ce sont des escargots transformés, mais, sur le plan intellectuel, ils font des choses extraordinaires, très proches de ce que font certains mammifères ou oiseaux. On a des raisons de penser qu’ils ont une forme de conscience, de leur environnement au moins, et que des régions de leur cerveau correspondent au cortex cérébral. On suppose que quand ils changent de couleur par exemple, ils manifestent des émotions. Tout cela est à l’étude.

Si, effectivement, les animaux ne sont plus des machines, s’ils ressentent douleur, souffrance, ne faut-il pas les traiter mieux que nous les traitons ? Longtemps la morale traditionnelle ne s’est intéressée qu’aux hommes. Peu à peu des penseurs ont défendu l’idée qu’il y avait une morale à avoir aussi vis-à-vis des animaux. Aujourd’hui, on se demande : peut-on faire n’importe quoi avec l’environnement ? Du coup, beaucoup demandent qu’il y ait une morale plus unitaire, qui respecterait à la fois les hommes, les animaux, l’environnement. Cela ne veut pas dire qu’il faut traiter les trois sur le même pied. L’une des meilleures façons de le faire, c’est la Déclaration universelle des droits de l’animal de 1989 qui considère qu’il faut respecter les animaux, leur donner des droits, mais dit aussi qu’ils ne sont pas tous équivalents, qu’ils ont des besoins qui diffèrent, que le besoin de la moule n’est pas celui du chimpanzé, qu’il faut aussi tenir compte des équilibres naturels, que l’homme n’a pas a priori à intervenir quand il y a un conflit entre un tigre et un daim… Cette Déclaration, enfin, se distingue clairement de la Déclaration des droits de l’homme. C’est important : s’il faut donner des droits aux animaux parce qu’ils sont sensibles, il ne faut pas confondre droits de l’animal et droits de l’homme.

.

.


Toutes les vidéos du colloque sur la condition animale en ligne sur le site des JNE

L’intégralité des captations vidéo des tables-rondes du colloque JNE  sur l’amélioration de la condition animale est désormais disponible en ligne sur ce site, ainsi que sur la toute nouvelle chaîne YouTube des JNE.

Colloque des JNE sur la condition animale : la table-ronde sur le sort des animaux d’élevage. De g. à d., S. Dinard, L. Charbonneaux, H. Kempf, C. Pelluchon et B. Gothière © Antoine Bonfils

Le message de bienvenue de Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris, et l’introduction du biologiste Georges Chapouthier : c’est ici.

La table-ronde « comment intéresser le public au sort de la faune sauvage » : c’est là.

La table-ronde « comment améliorer le sort des animaux d’élevage ? » : c’est ici.

La table-ronde « quels droits donner aux animaux ? »: c’est là.

Quant à la chaîne YouTube des JNE, vous la trouverez ici.

Merci à Michel Cros et à Pierre-Yves Touzot pour la captation et la mise en forme de ces enregistrements vidéo.

.

.


Colloque JNE sur la condition animale : comment intéresser le public au sort de la faune sauvage ?

Voici le compte-rendu de la première table ronde du colloque JNE sur la condition animale, qui avait lieu le 7 septembre 2018 et était animée par Jean-Luc Fessard (JNE).

par Maryvonne Ollivry

Allain Bougrain Dubourg, journaliste, producteur, président de la LPO, membre des JNE

Allain Bougrain-Dubourg © Annelli Airaskinen

Pour répondre à cette question complexe « Comment sensibiliser le grand public à la préservation, au respect de l’animal sauvage ? », m’est venue en mémoire une situation vécue : j’étais à Taïwan en reportage et trois trafiquants m’ont fait cette proposition : « On va tuer un tigre, il nous manque un partenaire, si vous voulez être le quatrième, on vous autorise à filmer la mise à mort, le dépeçage, etc. » J’ai refusé bien sûr. Plus de vingt ans après, je me demande si j’ai bien fait. Si j’avais rapporté des images bouleversantes, est-ce que je n’aurais pas accéléré la prise de conscience nécessaire à l’égard du vivant ? On voit bien que pour les animaux domestiques, notamment d’élevage, ce sont les images de L214, à qui je rends hommage, qui ont permis de secouer les consciences.

Pour la faune sauvage, c’est compliqué. Déjà, il convient de rappeler sa dimension par rapport aux animaux domestiques. D’après le professeur Blondel du CNRS, les mammifères seraient 1261 millions de tonnes sur la planète. 67 % pour le bétail, 30 % pour l’homme, soit 97 %. Ne reste que 3 %… pour la baleine, l’écureuil, la musaraigne, le rhinocéros, etc. Ensuite, il y a cette habitude que nous avons de considérer l’animal sauvage à travers la notion d’espèce, de quota, de population, de globalité. Or ce sont des individus. Lors de l’Erika en 1999, je peux vous assurer que les centaines de milliers d’oiseaux touchés, c’était à chaque fois un individu agonisant…

Revenons au tigre. Un tigre a besoin de 50 km2 pour vivre, pour marquer son terroir. Un tigre a besoin d’être seul. Quand on le renferme dans une voiture-cage de 9m2 de sciure, c’est tout simplement indécent, inacceptable, surtout quand il est en promiscuité avec des lions et autres tigres.

Julie Lasne, éthologue de terrain, spécialisée dans les animaux sauvages et consultante en communication

Julie Lasne © Antoine Bonfils

Forte de mon expérience sur le terrain, dans les jungles, les savanes, je l’affirme : les numéros animaux dans les cirques sont des actes de cruauté, tant au sens scientifique que politique, c’est-à-dire qu’ils sont contre-nature, ils vont à l’encontre de la biologie de l’animal, de ses besoins fondamentaux, comportementaux. Il faudrait arrêter de faire croire à la relation d’amour avec ces animaux, qu’on peut obtenir ces numéros via des friandises,

J’ai apporté les photos de travail d’un des plus grands dresseurs de cirque, testament posthume qu’il a confié à Pita : on voit que les éléphanteaux sont ligotés au sol pendant trois semaines d’affilée vingt-trois heures par jour. Pour obtenir qu’un éléphant se lève sur ses pattes arrière, on leur plante une lame dans les pattes avant, de façon à ce que, s’il perd l’équilibre, la lame les blesse… Les muscles de l’éléphant ne sont pas proportionnels à sa taille, ses pattes arrière ne peuvent supporter que 40 % de son poids. Si on l’oblige à se dresser debout, il doit supporter les poids de son corps plus celui de sa tête, ce qui aboutit à des déformations des pattes et des problèmes articulaires. D’où le taux de 50 % d’euthanasie chez ces animaux-là. Un éléphant dans la nature vit 60 ans, dans les cirques et en captivité, en moyenne 30 ans. Un tigre, un fauve vit dans la nature 16 ans, en captivité il est censé pouvoir vivre 25-30 ans ; dans les cirques, vous n’en verrez jamais au-delà de 10 ans. A partir de 8 ans, il va commencer à devenir trop dangereux pour son dompteur. La question : où passe-t-il ensuite ? Il passe dans les réseaux…. D’où notre action, et notre rapport élaboré avec Code Animal, pour obliger les gouvernements à être plus vertueux.


Manuel Mersch, vétérinaire, président de Véthique, Association Vétérinaire Pour le Respect et la Dignité de l’Animal

Manuel Mersch © Antoine Bonfils

Véthique est une association vétérinaire créée il y a un an et demi qui a pour but de promulguer l’idée que les vétérinaires, s’ils sont bien sûr là pour soigner, ont aussi le devoir de protéger. J’ai été amené très tôt à me passionner pour le monde animal. A la maison, le sujet de discussion avec mes parents était bien souvent les relations avec les animaux et l’environnement (NDLR : Manuel Mersch est le fils de notre présidente d’honneur Nicole Lauroy). Ensuite, j’ai suivi des études de vétérinaire qui m’ont permis de transformer ma passion en vocation, et j’ai choisi comme thèse de doctorat la réintroduction du lynx dans les Vosges qui était réalisée à la fin des années 80. Ensuite, je suis parti en Afrique. J’ai assisté en 1992 à la capture des perroquets gris du Gabon qui alimentait un trafic international et, en même temps, j’ai assisté à une déforestation tout aussi illégale au Cameroun. Je suis revenu et depuis, j’exerce en libéral et je suis également, depuis de nombreuses années, vétérinaire sapeur-pompier. Tout ceci pour vous dire que mon parcours m’a permis d’identifier certaines affinités des vétérinaires pour la préservation de la faune sauvage.
Conformément à son code de déontologie, le vétérinaire a obligation de soins d’urgence à un animal. Nous sommes donc amenés à exercer médecine et chirurgie sur un animal sauvage selon notre degré de compétence. Le vétérinaire est aussi sentinelle de l’état de santé de la faune sauvage en exerçant, non pas une surveillance sanitaire qui reposerait uniquement sur les maladies, mais bien une bio-surveillance de la faune, en s’intéressant aux facteurs de risques. Les populations d’animaux sauvages peuvent être soit vecteurs, soit réservoirs d’agents pathogènes partagés avec l’homme ou les animaux domestiques. Elles peuvent être révélatrices de problèmes de santé qui résultent des pollutions ou des changements environnementaux, naturels ou humains. Enfin, le vétérinaire a un rôle d’information et de communication auprès des publics, ce rôle-là est tout aussi important pour expliquer la biologie des espèces animales, leurs impératifs et leur habitat naturel.

Si nos connaissances scientifiques ont progressé, force est de reconnaître un changement sociétal inexorable aux dépens de la faune et de la flore. Que faire alors ? Revenir vers le jeune public avec une pédagogie tournée vers le vivant. Au nom d’un prétendu principe de précaution – risques d’allergie, de zoonose, il n’y a quasiment plus de possibilité d’avoir un animal de compagnie en classe. Or leur présence est source de calme et de concentration, tout le monde est d’accord. Revenons aux classes vertes, aux sorties scolaires en forêt. En se plongeant dans le livre de la nature, des vocations précoces pourront alors naître en faveur de nos amis les animaux. Pour conclure, je tiens à revenir sur le code de déontologie des vétérinaires qui mentionne les devoirs des vétérinaires envers les animaux. Car avoir des devoirs envers les animaux, n’est-ce pas déjà reconnaître leurs droits ?

Marc Giraud, journaliste, écrivain, chroniqueur, membre des JNE, porte-parole de l’ASPAS (Association pour la protection des animaux sauvages)

Sur le dilemme d’Allain avec le tigre, je me demande si – et à l’époque j’aurais fait comme lui- le mieux n’aurait pas été de montrer l’image en effet. Car l’important ce n’est pas notre sensibilité, c’est l’efficacité. L214 l’a montré, et il faut avoir du courage pour affronter quelque chose qu’on déteste. Ce sont des citoyens qui ont pris les choses en main, qui ont fait les images eux-mêmes pour dénoncer des choses. Jusqu’alors dans les médias, on disait « c’est trop négatif, ça va faire fuir tout le monde », en fait ça a touché tout le monde.

Pour ce qui est des animaux sauvages, nous sommes peu à en parler dans les médias. La plupart sont des vétos, d’ailleurs, on me demande toujours si je suis véto, ça m’agace : les animaux ne sont pas toujours malades ! On peut aussi en parler autrement que pour le vaccin du chat, on peut montrer l’écureuil et la mésange qui sont passionnants.

Comment faire ? Il faut se mettre à la place des autres, et là on a du mal. On a souvent une culture scientifique, et le scientifique c’est à peu près le contraire de la communication. C’est exhaustif, ça veut tout dire. Une des clés, c’est parler le langage de tout le monde, raconter aux gens ce qu’ils peuvent voir eux-mêmes. Qu’ils se réapproprient leur patrimoine naturel, qu’ils s’intéressent à nouveau aux mésanges, aux papillons, parce qu’aujourd’hui, un enfant sait reconnaître les logos de marques industriels mais pas un paon-du-jour d’une tortue, et c’est dommage.

Yves Paccalet, journaliste, écrivain, réalisateur, membre des JNE

Yves Paccalet © Antoine Bonfils

Dans le hameau de montagne où je suis né en 1945, il y avait les animaux dits utiles, dont on pouvait utiliser le lait, la viande ou la force de travail. Il y avait les animaux nuisibles – le renard qui mangeait les poules, par exemple. Et puis il y avait les animaux qui ne servaient à rien, qui étaient loin, qu’on voyait de temps à autre, dont on ne savait ni le nom ni les mœurs. Cette simplicité-là allait avec une civilisation agricole et pauvre, ce qui est encore le cas pour l’essentiel des humains aujourd’hui.

Adulte, je suis parti pendant une vingtaine d’années avec Cousteau. On a vu beaucoup de spectacles extraordinaires, et on a vu déjà beaucoup de destructions. On est devenus de moins en moins explorateurs, mais de plus en plus défenseurs de l’environnement et des animaux. On parlait du tigre maintenu en cage, on a eu très vite le même raisonnement avec le dauphin, ces animaux qui parcourent plus de deux cent kilomètres par jour, et qu’on maintient dans des bassins. Toutes les découvertes récentes montrent notre parenté étroite avec non seulement les grands singes mais aussi les dauphins qui sont intelligents, ont une conscience.

Un point, qu’on oublie quand on fait de l’écologie, me paraît essentiel : les animaux et les plantes sont dans notre culture. Nous sommes, depuis le début de notre civilisation, en relation avec des animaux. Nous ne pouvons pas envisager la culture occidentale s’il n’y a pas tous les animaux des Fables de La Fontaine, on ne peut pas comprendre la culture des Inuits s’il n’y a pas le mythe de Sedna et les animaux qui vont avec, Je crois que la destruction que nous sommes en train de faire, nous les hommes, de la faune et de la flore sauvage, c’est non seulement une destruction de l’écosystème, une destruction du vivant, mais c’est aussi une destruction de nos cultures humaines. C’est une façon de priver, nous, égoïstes adultes, nos enfants d’une grande partie de leurs rêves. Les animaux ne sont pas seulement des espèces utiles, dont on a besoin pour toutes sortes de raisons. Ce sont des espèces dont les enfants ont besoin pour rêver.

.

.


Colloque des JNE : Comment améliorer le sort des animaux d’élevage ?

De gauche à droite : S. Dinard, L. Charbonneaux, H. Kempf, C. Pelluchon et B. Gothières © Antoine Bonfils

La deuxième table-ronde du colloque des JNE sur la condition animale a réuni un éleveur, une philosophe et deux responsables associatives.

par Diana Semaska

Animé par Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et membre des JNE, ce débat a réuni :
● Léopoldine Charbonneaux, directrice du CIWF (Compassion in World Farming)
●Stéphane Dinard, éleveur, président de l’association Quand l’abattoir vient à la ferme
● Brigitte Gothière, co-fondatrice, porte-parole et directrice de l’association L214
● Corine Pelluchon, philosophe


Corine Pelluchon : Vers une nouvelle place des animaux dans notre société ? Quelles stratégies adopter pour résoudre les dilemmes liés à l’élevage ?

Corinne Pelluchon © Antoine Bonfils

La cause animale s’impose à notre société parce que les violences infligées tous les jours sur les milliards d’animaux élevés dans le monde sont le miroir d’un modèle de développement non seulement fondé sur une exploitation sans limites, méprisant les besoins de base des animaux, leur sensibilité et leur subjectivité, mais aussi aveugle aux limites environnementales et injuste vis-à-vis des personnes travaillant dans cette industrie. Ce modèle dégrade donc à la fois l’animal, l’environnement et l’humain. La cause animale se trouve donc au point de convergence de quatre volets de la transition écologique et solidaire : justice sociale, environnement, santé et bien-être animal. Elle est un problème civilisationnel, dont l’enjeu est notre âme.

Le défi consiste à réduire le décalage, d’une part entre ce que nous croyons, ce que nous savons et nos comportements. Et d’autre part, entre une société civile convaincue et « des politiques qui ne font rien ». Cette inertie française, on la devrait entre autres à « des oppositions stériles dont nous sommes les champions », par exemple entre welfaristes d’un côté (qui demandent l’amélioration des conditions de vie des animaux), et abolitionnistes de l’autre (qui prônent l’abolition totale de l’exploitation animale et nient le bien-fondé des mesures pouvant améliorer le bien-être animal). Or, les chantiers sont trop nombreux et urgents pour se permettre de tels atermoiements : delphinariums, corridas, foie gras, révision de la Politique agricole commune, des accords transatlantiques, etc. La cause animale gagnerait à ce que ses défenseurs mettent en avant ce qu’ils ont en commun, au lieu de se diviser. Il est par ailleurs possible de travailler à la fois sur le temps long, « où l’on accompagnerait le questionnement moral de l’exploitation des animaux » – et le temps court. Temps court qui doit être consacré à oeuvrer avec les éleveurs, comme avec tous ceux dont le travail implique des animaux, afin de leur proposer des pistes concrètes pour améliorer les conditions de vie de ces derniers.

Ayant elle-même participé à des réunions de travail avec des industriels de la mode, des éleveurs, des abatteurs et des industriels de l’agroalimentaire, elle veut miser sur la coopération et la créativité humaine, « pas uniquement sur la peur ». Informer, oui, mais en y mettant les formes.

Elle appelle par ailleurs à faire preuve de « générosité » et non de « machisme discursif » (qui n’est pas l’apanage des hommes, précise-t-elle), très présent au sein des élites intellectuelles et qui consiste à employer une forme de communication « qui écrase sans se servir de l’argumentation ». Mettre en opposition vegans et non vegans, par exemple, ou caricaturer l’anti-spécisme (« ils vont se marier avec des chats ou des chiens ») crée un climat délétère, qui empêche la coopération pour des questions d’ego.


Brigitte Gothière : Scandales dans les abattoirs : faut-il remettre en question l’alimentation carnivore ?

Brigitte Gothière © Danièle Boone

Les scandales dans les abattoirs dénoncés par L214 se basent certes sur seulement quelques minutes de films, mais ces minutes traduisent une réalité bien plus large, qui a lieu en France sur 3 millions d’animaux chaque jour. Dès lors, ces scandales justifient la remise en cause de l’alimentation carnée. Sur la chaîne d’abattage Doux à Chantonnay, 240 poulets sont abattus par minute, soit 4 par seconde. Des conditions dans lesquelles les animaux sont « au mieux inquiets, au pire terrorisés », et où les ouvriers « se voient demander l’impossible, à savoir tuer avec gentillesse ». Brigitte Gothière souligne que si 80 % des chaînes d’abattage en France ont été déclarées non conformes lors d’un audit au printemps 2017 et que ces infractions aggravent bel et bien la souffrance, ce qui choque le public, ce ne sont pas les infractions. C’est l’abattage. Dans la mesure où aujourd’hui, en France, on peut se nourrir autrement, cette violence que l’on retrouve dans l’élevage mais aussi dans la chasse, la pêche ou l’aquaculture, devrait nous poser question.

Néanmoins, les militants des différents courants de la cause animale se rejoignent sur l’élevage intensif : il est nécessaire d’interdire ces pratiques inhérentes à l’industrie telles que le broyage des poussins, la castration à vif des porcelets, la séparation du veau de sa mère, etc.

La difficulté principale réside dans l’intense lobbying réalisé par les industriels auprès des politiques. Et d’évoquer les Etats généraux de l’alimentation, à l’issue desquels aucune des mesures significatives proposées pour les animaux, comme l’interdiction des cages pour les poules pondeuses, le contrôle vidéo dans les abattoirs ou l’amélioration des conditions de transport, n’a été adoptée. Manque de courage et indifférence constituent une brèche au sein de la classe politique, dans laquelle les lobbies s’engouffrent comme des couteaux dans du beurre. Plusieurs rapporteurs de la loi Alimentation ont ainsi déjà travaillé pour des abattoirs, ou l’industrie agroalimentaire, ou étaient liés d’une manière ou d’une autre à la FNSEA.

L214 poursuit donc son travail de dénonciation des infractions, de démarchage des entreprises, de développement de l’alimentation vegan et de maintien de la sensibilité chez les enfants. « Les industriels veulent montrer que les animaux ont été heureux, et si possible qu’ils se sont suicidés. Nous travaillons à montrer le contraire ». Reste la difficulté de se mesurer, en termes de com’, à des Interbev ou Charal qui disposent respectivement de « 29 et 17 millions d’euros de budget pub » et qui font systématiquement appel à l’imagerie champêtre et bucolique des petits élevages d’antan pour faire rêver le chaland. Malgré des plaintes déposées à l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité concernant plusieurs campagnes, dont une sur les produits du Sud-Ouest mettant en avant le foie gras avec mention « Proverbe gersois – canards heureux, canards savoureux », L214 n’est jamais arrivé à faire condamner ou retirer une seule publicité.

Que pense-t-elle d’initiatives comme Quand l’abattoir vient à la ferme ? Difficile de concevoir qu’on puisse tuer avec respect quelqu’un qui avait sa vie à vivre. Mais à choisir, elle « préfère les modèles plus réduits d’élevage comme celui de Stéphane Dinard » (lire ci-dessous) aux autres. La première préoccupation reste l’élevage de masse et l’industrialisation. Mais « il serait bien d’être d’accord sur le fait que tuer quelqu’un sans son accord ne peut être qualifié de respect ». Notre cercle de considération morale ne comprend encore et toujours que l’être humain. Or, la frontière avec les autres êtres est arbitraire : si nous sommes différents, nous avons en commun la sentience, et l’envie de vivre bien.


Stéphane Dinard : Animaux d’élevage, pour une vie et une mort dignes

Stéphane Dinard © Antoine Bonfils

Eleveur de cochons et de vaches en Dordogne, Stéphane Dinard a renoncé à l’abattoir en 2008, en toute illégalité : « j’avais le sentiment d’abandonner mes animaux ». Fondée en 2016 avec la sociologue Jocelyne Porcher, son association Quand l’abattoir vient à la ferme sillonne depuis deux ans la France pour mobiliser d’autres éleveurs autour de la légalisation de l’abattage à la ferme des animaux destinés à la commercialisation. (Aujourd’hui, seuls les lapins et les volailles peuvent être abattus à la ferme en vue d’une vente). L’association a participé aux Etats généraux de l’alimentation en 2017 et y a obtenu l’autorisation d’expérimenter des outils comme la remorque d’abattage ou le camion d’abattoir, utilisés déjà par la Suisse, la Suède, la Hongrie ou le Luxembourg.

Avec ces outils et des personnes compétentes, l’abattage à la ferme peut contribuer à moins de stress chez l’animal. En effet celui-ci ne subit ni le transport, ni le confinement avec des congénères épouvantés. Stéphane Dinard tue donc ses veaux en plein air, au milieu du troupeau, lorsqu’ils ne sont plus attachés à la mère. « Aucun animal n’est stressé ». Sa volonté s’inscrit dans une démarche globale de retour à un type d’élevage « comme avant la révolution industrielle », c’est-à-dire plus petit, adapté à l’environnement et créateur d’emploi – « c’est comme pour le loup, il faut plus de bergers ». Un élevage à taille humaine qui permette de consommer moins de viande, mais de meilleure qualité.

Mais pour que ce type d’élevage se développe, le consommateur doit se réapproprier son alimentation en lui consacrant un prix juste. Pas évident : malgré le succès du bio et du local, l’alimentation pèse de moins en moins lourd dans le budget des Français, qui lui dédient 1/5e de leurs dépenses de consommation.

Stéphane Dinard envisage-t-il de renoncer un jour à la viande ? « Mes animaux d’élevage ont vocation à être consommés. C’est mon choix. Dans notre environnement, il y a les mangeurs et les mangés, de la bactérie au plus gros, c’est ainsi ».


Léopoldine Charbonneaux : Des solutions pour un mode d’élevage respectueux des animaux, des êtres humains et de la nature

Léopoldine Charbonneaux © Antoine Bonfils

Compassion In World Farming (CIWF) a été fondée il y a cinq ans par un éleveur laitier extensif à qui l’on a un jour proposé de diversifier son élevage avec des poules en cage, ce qu’il a trouvé aberrant. Il crée donc l’association CIWF dans le but de mettre fin à l’élevage industriel à long terme, et d’y améliorer les conditions de vie des animaux à court terme. Le défi est de taille puisqu’environ 80 % des animaux élevés en France le sont en intensif. Et malgré les promesses des politiques quant à un changement de modèle, les élevages sont encore fortement incités à s’industrialiser.

Aussi l’association promeut-elle, du moins à court terme, la politique des petits pas, en travaillant à l’engagement des entreprises de l’agroalimentaire. L’espoir, à long terme, étant de faire avancer la réglementation. Par exemple, elle promeut l’étiquetage du mode d’élevage pour tous les produits animaux, à l’instar de ce qui existe pour les oeufs. Une collaboration avec le groupe Casino, aux côtés d’OABA (Oeuvre d’assistance aux bêtes d’abattoir) et de LFDA (La Fondation droit animal, éthique et sciences), permettra dès octobre prochain de voir étiquetés les poulets en fonction de leur niveau de bien-être.

L’ONG mise également sur la mobilisation citoyenne, via des pétitions et des enquêtes diffusées dans les médias. Elle lancera ainsi prochainement une Initiative citoyenne européenne (ICE), dans le but de mettre fin à toutes les cages d’animaux (poulets, poules, lapins, cailles, truies, etc.). Elle fait également connaître certains aspects de l’élevage encore largement ignorés du grand public et (donc ?) des politiques. C’est le cas des conditions de transport longue distance. Le transport d’animaux peut actuellement durer 60 heures par voie terrestre, 15 jours par voie maritime dans les navires bétaillers qui mènent les animaux vers l’Afrique et le Moyen-Orient. Or, au-delà de 8 heures, les bêtes sont déshydratées, épuisées et risquent la mort. Entre 2013 et 2016, 24 000 animaux seraient morts à cause des mauvaises conditions lors de transports maritimes, sur 10 millions de moutons et de vaches ayant traversé la Méditerranée. L’ONG milite donc pour l’arrêt des transports longue distance hors de l’Union européenne et exige une limite à huit heures maximum au sein de l’UE. Mais malgré ses demandes et celles d’autres ONG, et alors que 89% des Français seraient favorables à cette limitation de huit heures, la loi Agriculture et Alimentation ne contient aucune mesure allant dans ce sens.


Conclusion : comment améliorer le sort des animaux d’élevage ?

● Informer et mobiliser les personnels politiques, même s’il ne faut pas trop en attendre,
● Poursuivre la mobilisation des acteurs économiques liés à l’élevage (éleveurs, agroindustriels, mode, etc.)
● Continuer d’informer et de sensibiliser le grand public et les enfants sur les animaux et les alternatives à l’utilisation des produits animaux,
● Informer et mobiliser le consommateur (étiquetage, labels, etc.).

.

.


Le colloque des JNE sur la condition animale en images

Le public est venu nombreux pour assister au colloque sur la condition
animale qui a eu lieu le vendredi 7 septembre à Paris. © Antoine Bonfils

voir toutes les photos

.

.


Fake news et secret des affaires : l’information menacée ?


Le Parlement français vient d’adopter la loi « secret des affaires ». Le 14 juin 2018, les JNE ont justement organisé un débat sur ce texte très controversé et sur le projet de loi « fake news ». Avec une question centrale : va-t-on vers la fin du journalisme d’investigation ?

par Thomas Blosseville

.

Débat organisé par les JNE le 14 juin 2018 à la mairie du 2e arrondissement de Paris sur les lois fake news et secret des affaires. De g. à d. : Olivier Petitjean, Anne de Haro, Vincent Filliola, Pierre Ganz, Hervé Kempf, Christel Leca © Noriko Hanyu

Le constat est sans concession : « Il y a une volonté politique très forte d’aller vite et de couper court au débat public », déplore Vincent Fillola, avocat et vice-président d’Avocats sans frontières. Il était l’un des cinq intervenants réunis par les JNE mi-juin pour décrypter les lois sur le « secret des affaires » et sur les « fake news ».

La loi « secret des affaires »

De quoi parle-t-on ? La loi sur le secret des affaires est la transposition dans le droit français d’une directive européenne datant de 2016. Elle a été définitivement adoptée le 14 juin par l’Assemblée nationale et le 21 juin par le Sénat. C’est une loi qui a fait l’objet d’une procédure accélérée. Une seule lecture a eu lieu dans chacune des deux chambres (et non deux comme d’ordinaire), puis une commission mixte paritaire a réuni des députés et des sénateurs pour trouver un compromis. « Sans analyse du Conseil d’État qui évalue, dans une procédure classique, les impacts d’un texte de loi », a décrypté Vincent Fillola pour les JNE.

Anne de Haro © Noriko Hanyu

Or, cette loi « secret des affaires » suscite de très vives craintes. Pour les journalistes, mais aussi pour les lanceurs d’alerte que peuvent être les ONG et même les représentants du personnel. « Ce qui est menacé, c’est notre capacité à utiliser des informations que nous allons recevoir et à les transmettre éventuellement aux journalistes », a témoigné Anne de Haro, membre de la direction de l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens CGT, et membre du collectif « Informer n’est pas un délit ».

Pour elle, cette nouvelle loi est « une arme redoutable mise dans les mains des grands groupes qui ont de nombreux avocats et qui vont pouvoir se défendre ».

 

 

Vincent Fillola © Noriko Hanyu

Concrètement, le texte s’articule autour d’un principe : condamner la détention d’informations liées au secret des affaires d’une entreprise. Problème : « La notion de secret des affaires est très mal définie et laissée à l’interprétation de l’entreprise elle-même », dénonce Vincent Fillola.

Deuxième souci : la procédure judiciaire se fait a priori. Et non plus a posteriori. Jusqu’à présent, par exemple avec la législation sur la diffamation, la procédure avait lieu après la publication d’un article. Mais avec la loi « secret des affaires », la procédure pourra être enclenchée dès l’obtention d’une information. Ainsi, un journaliste, qui récupèrerait une information commerciale et contacterait l’entreprise pour la vérifier, pourrait être poursuivi au nom de la protection du secret des affaires.

Simplement parce qu’il possède l’information en question ? Même s’il n’écrit pas d’article ? Officiellement, la loi prévoit des exemptions pour les journalistes, les lanceurs d’alerte et les délégués syndicaux. Mais elle ouvre une brèche et menace de procédures longues et coûteuses. Hervé Kempf, rédacteur en chef de Reporterre et membre des JNE, le confirme : « Etre confronté à un procès prend du temps, surtout pour un média indépendant. Ce type de texte crée incontestablement une pression supplémentaire ».

Au départ, le but était d’harmoniser au niveau européen les réglementations sur la protection du secret des affaires. Rien n’oblige toutefois un État à transposer strictement une directive. Tant qu’il reste fidèle à l’esprit du texte, il garde une marge de manœuvre. « Visiblement  le législateur français ne l’a pas utilisé », analyse Vincent Fillola. Ainsi, la France aurait pu limiter le périmètre d’application de cette loi. Rien ne l’obligeait à en faire un principe général « qui s’applique à tout le monde, avec des exceptions qui ne sont que des protections de façade », explique l’avocat. Par exemple, la loi aurait pu ne s’appliquer qu’entre deux acteurs économiques concurrents.

La loi « fake news »

Et la loi sur les « fake news » ? Le constat n’est guère plus reluisant. « C’est un texte de circonstance qui redonde avec des dispositifs existants », assène Pierre Ganz, vice-président de l’Observatoire de la déontologie de l’information. Ce deuxième texte est moins avancé que celui sur le secret des affaires – il n’a pas encore été complètement examiné par le Parlement – mais il n’en est pas moins confus.

Pierre Ganz © Noriko Hanyu

Confus d’abord sur son but : « La loi sur les nouvelles falsifiées répond à une inquiétude du président de la République sur ce qui a été dit sur lui pendant la campagne électorale et cible en particulier quelques médias étrangers », retrace Pierre Ganz. Encore faudrait-il s’accorder sur la définition d’une « nouvelle falsifiée », ce que la loi ne fait pas précisément. Le texte est aussi confus sur la procédure mise en place. La loi donnerait au juge et à des intérêts privés comme les géants du numérique – « Gafa » et autres réseaux sociaux – le rôle « de dire ce qui est vrai ou faux, et de retirer les publications correspondantes ». Elle accorderait également au CSA le pouvoir de supprimer la diffusion de médias étrangers en France. Avec un effet pervers : légitimer les pays étrangers à en faire autant en réaction chez eux avec les médias français.

Officiellement, cette loi « fake news » ne concerne que les périodes électorales. « Mais qu’est-ce qui nous assure qu’elle ne sera pas étendue ? », interroge Pierre Ganz.

Un risque plus large ?

Olivier Petitjean © Noriko Hanyu

Les intervenants ont replacé ces deux lois dans un contexte plus large. « Concernant le texte sur le secret des affaires, l’enjeu sous-jacent est le débat persistant sur la frontière – très floue – entre optimisation fiscale et évasion fiscale », juge Olivier Petitjean, journaliste à Basta! et responsable de l’Observatoire des multinationales.

« D’après moi, l’idée de secret des affaires est une invention des lobbies de l’intelligence économique, voire de la guerre économique. C’est dans ce milieu qu’on a commencé à entendre parler de cette expression il y a une dizaine d’années. »

 

 

Hervé Kempf © Noriko Hanyu

De son côté, Hervé Kempf exprime son « désarroi » de dirigeant de média. Il voit dans ce débat une « pièce d’une paysage plus large », « un contexte général d’autoritarisme croissant, y compris dans les pays démocratiques ». Sur ce constat, que faire ? Seule certitude a priori, ce débat offre aux pigistes une raison supplémentaire ne pas exercer leur métier de journaliste sous le statut d’auto-entrepreneur.

La procédure sur le secret des affaires se fera en effet au tribunal de commerce, qui ne peut juger que les personnes morales. En tant que pigiste, un journaliste ne peut pas être attaqué individuellement – c’est éventuellement le média qui le serait. Mais en tant qu’auto-entrepreneur, il pourrait l’être.

.

Organisé et animé par Christel Leca, ce débat s’est déroulé le 14 juin à la mairie du 2e arrondissement de Paris (que nous remercions pour son accueil), en préambule à l’Assemblée générale des JNE.

.

.


.

Débat le 17 avril : Traité transatlantique TTIP-TAFTA, une promesse d’enfer ?

…………………..logoJNE...logoArtFertile.

Le vendredi 17 avril 2015, l’Association des JNE et l’association Art fertile vous invitent à un débat public et gratuit à Paris, sur une actualité encore méconnue, alors qu’elle est décisive pour l’avenir de l’humanité.

.

Il s’agit de la plus grande négociation commerciale bilatérale de l’histoire, entre les deux premières puissances économiques du monde : l’Union Européenne et les États-Unis.

.

Cette initiative, engagée concrètement en juillet 2013, est très inquiétante, à différents niveaux.

.

Elle est menée sous le sceau du secret par la Commission européenne, et est censée aboutir, d’ici la fin de cette année 2015, à un traité titré par ceux qui le revendiquent : « Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement » ou « Transatlantic Trade and Investment Partnership » (en abrégé TTIP en anglais et PTCI en français).

.

Ses détracteurs le désignent quant à eux plutôt par l’expression « Accord de libre-échange transatlantique » ou « Transatlantic Free Trade Agreement » (en abrégé TAFTA en anglais, repris tel quel en Français).

.

Pour en savoir plus sur le contenu et les enjeux colossaux de ce projet : rendez-vous le 17 avril à la mairie du IIe arrondissement de Paris, autour de :

• Elvire Fabry, chercheuse à l’Institut Jacques Delors sur la thématique « Instruments d’action extérieure de l’Union européenne »

• Susan George, Présidente d’honneur d’ATTAC France, et auteure, entre autres, du livre Les usurpateurs, paru au Seuil en 2014

• Yannick Jadot, député écologiste européen et porte-parole du groupe des Verts au Parlement européen concernant le traité transatlantique

Denis Redonnet, chef de l’unité « Stratégie commerciale » à la Commission européenne, et membre de l’équipe de négociation du traité transatlantique, pour ce qui concerne les petites et moyennes entreprises.

• Maxime Vaudano, journaliste au journal Le Monde et auteur du livre Docteur TTIP et Mister TAFTA, publié aux éditions Les petits matins, en 2015


Les échanges seront animés par la journaliste Françoise Nowak

.

Vendredi 17 avril 2015 à 19 h 30
Mairie du IIe arrondissement – salle des mariages (1er étage)
8 rue de la Banque 75002 Paris (métro Bourse ou Palais-Royal)

.

La soirée commencera à 19 h 30 précises
Accueil à partir de 19 heures
.

.

.


.

Débat JNE sur démographie et écologie : quelques questions écrites

Lors de la conférence-débat JNE sur « Démographie et écologie, le sujet tabou » qui a eu lieu à Paris le 15 mai 2014, des questions ont été posées par écrit dans la salle. Comme les questions sont souvent significatives des réponses à donner, en voici la transcription pour réflexion.

 

 par Michel Sourrouille

 

– L’animal sauvage s’autorégule. Est-il donc plus « intelligent » que l’homme ?

 

– Est-il juste que parmi les 5000 espèces de mammifères une seule espèce, homo sapiens pèse (avec ses animaux d’élevage) 90 % du total de la biomasse de l’ensemble des  mammifères ? Quelle équité si une seule espèce occupe toute la place ?

 

– Que veut dire « biocapacité » ?

 

– Quels sont les rapports entre multiplication humaine et extinction animale ?

 

– Quels moyens proposez-vous pour convaincre les démographes, les écologistes, les politiques… de faire décroître la population tout de suite ?

 

– Quels sont les moyens réalistes pour ralentir les naissances humaines ?

 

– Comment influer sur des politiques pro-natalistes en Afrique ?

 

– Comment réformer les systèmes d’allocation familiales en France de manière à mieux maîtriser la démographie ?

 

– Comment imaginer la situation de l’Inde dans la seconde partie du siècle quand ce pays aura plusieurs centaines de millions de personnes âgées ?

 

– A monsieur Pison, démographe et membre de l’INED : Certains dénatalistes (dont moi) rêvent d’un monde peu peuplé. Si vous aviez une baguette magique, à quel nombre d’humains seriez-vous attaché ?

 

– Que signifie vraiment le mot « transition démographique » qui nous fait croire à une baisse de la population alors que même en passant d’un taux d’accroissement annuel mondial de 2,1 % dans les années 1960-70 à 1,2 % maintenant, en réalité il y avait 70 millions d’habitants en plus chaque année dans les années 1960-70 et maintenant (chiffres de 2012) 84 millions de plus par an ?

 

– Les projections faites par les démographes intègrent-elles des hypothèses du type hiver nucléaire, résistance aux antibiotiques, baisse de fécondité à cause des perturbateurs endocriniens ?

 

– Les projections de l’ONU prennent-elles en compte les probables guerres et génocides à venir à cause de l’épuisement des ressources ? Et la folie des hommes augmentée par le stress ?

 

– Que pensez-vous des thèses de Chefurka sur le lien entre PIB, énergie et population ?

 

– René Guénon a écrit dans les années 1930 « le règne de la quantité ». Il a tout dit : la qualité est devenue secondaire depuis déjà des siècles. Il faudra aller dans le mur pour comprendre…

 

– Ne peut-on considérer que ce monde qui va à l’envers amènera l’homme à en tirer les leçons ?

 

– Ne faut-il pas revenir à des visions du monde biocentriques, ces visions portées par 95 % des 6 900 langues du monde parlées dans des sociétés non anthropocentriques ?
– Comment répondez-vous aux gens qui disent : Vous n’avez qu’à vous suicider pour commencer ?

 

La réponse de Michel Sourrouille à cette dernière question : Pas besoin de faire un acte volontaire, notre espèce humaine en ce moment est vraiment en train de se suicider : épuisement à court terme des énergies fossiles et fin de la civilisation thermo-industrielle, perturbations climatiques extrêmes pour des centaines d’années, généralisation des bidonvilles et de leur situation explosive, mortalité par guerres, famines et épidémies (évènements dont parlent déjà tous les jours les médias), etc. Le genre humain mérite-t-il d’être sauvé de sa tentative suicidaire ? Ceux qui portent comme nous l’idéal d’un monde meilleur n’ont pas envie de se suicider, ils ont tant d’efforts à accomplir pour essayer de sauver l’humanité du suicide…

 

ANNUAIRE 2019
Spécial 50 ans


Ils nous soutiennent
pour nos 50 ans