Colloque JNE condition animale

Colloque des JNE sur la condition animale : de vifs débats dans la salle… et sur Twitter

 

 

État des lieux, idées nouvelles ou peu connues – les JNE (Journalistes-écrivains pour la nature et l’écologie) ont organisé le 7 septembre 2018 un colloque Comment faire évoluer la condition animale ? avec le soutien des Verts et de l’Alliance libre européenne au Parlement européen. Cet  évènement ouvert aux journalistes, aux chercheurs, aux militants associatifs et au grand public.

Ce fut un gros succès : Plus de 150 participants attentifs et passionnés.

Au delà des divergences, un large consensus sur l’urgence de se regrouper pour imposer des avancées contre l’élevage industriel, la corrida, la chasse à courre…

À suivre prochainement ici sur le site des JNE et sur les réseaux sociaux, des comptes-rendus des débats en textes, photos, reportages audio et vidéo…

Voici quelques tweets postés pendant et après le colloque.

 

NOS PARTENAIRES

 

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Colloque des JNE sur la condition animale : Allain Bougrain-Dubourg salue le « réveil des consciences »

Images chocs de L214, animaux en captivité dans les zoos et cirques, campagne de pub des chasseurs… Dans cette vidéo, Allain Bougrain-Dubourg revient sur les principaux sujets débattus lors du colloque des JNE sur la condition animale.

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Propos recueillis par Adeline Gadenne

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Bien-être animal : des avancées en Wallonie et au Luxembourg

Voici des éléments complémentaires sur l’évolution des législations en matière de bien-être animal, communiquées par la juriste Sabine Brels, qui interviendra au cours du colloque des JNE consacré à ce sujet.

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Depuis le 19 juillet, la Wallonie condamne désormais la cruauté envers les animaux de 10 à 15 ans de prison et jusqu’à 10 millions d’euros d’amende ! Pour info en France, ces actes sont condamnés moins sévèrement qu’un simple vol, soit au grand maximum 2 ans et 30 000 euros.

De plus en Wallonie, l’élevage des poules pondeuses en cage est proscrit (combat qui s’annonçait bien chez nous, mais moins maintenant…), et il faut désormais un permis pour adopter un animal de compagnie.

Sources:
https://www.lci.fr/societe/en-cours-cause-animale-la-belgique-adopte-un-code-du-bien-etre-animal-la-france-a-la-traine-2094006.html

http://diantonio.wallonie.be/home/presse–actualites/publications/approbation-definitive-du-code-wallon-du-bien-etre-animal-par-le-gouvernement-wallon.publicationfull.html

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Au Luxembourg, voici les avancées de la nouvelle loi passée aussi cet été.

L’abattage doit être fait après étourdissement.
Toute intervention douloureuse doit être pratiquée sous anesthésie et les amputations sans motifs. vétérinaires sont prohibées, ce qui devrait signer la fin de l’épointage des becs de poules et des castrations à vif de porcelets.
Il est désormais interdit de décerner des animaux à titre de prix, par exemple lors de foires ou de concours.
Le gavage pour la production de foie gras est interdit.
La loi n’autorise pas les élevages dont l’objectif principal est de prendre la peau, la fourrure, les plumes ou la laine des animaux.
La chasse à courre est interdite.
La vente ou le don de chiens ou de chats dans des commerces, des marchés ou dans la rue est interdite, une mesure qui va dans le bon sens tant les refuges sont déjà pleins d’animaux à adopter.
La loi demande aux citoyens de porter secours à tout animal « souffrant, blessé ou en danger».

Source : https://www.petafrance.com/actualites/la-nouvelle-loi-de-protection-des-animaux-du-luxembourg-dont-la-france-devrait-sinspirer/

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En bref, la France est l’un des derniers pays européens à autoriser le pire: foie gras, corrida, etc.
Et, trop souvent oubliés selon moi, comme je le soulignerai lors du colloque, les élevages d’animaux à fourrure : http://action.petafrance.com/ea-action/action?ea.client.id=45&ea.campaign.id=73242

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Sabine Brels est docteure en droit, cofondatrice et directrice du projet Global Animal Law GAL, en ligne: www.globalanimallaw.org.

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Jean-Marc Barr s’engage pour l’association Cetasea

L’association Cetasea, partenaire du colloque JNE « Comment faire avancer la condition animale », vient de réaliser un clip pour la défense des animaux marins présenté par le comédien Jean-Marc Barr, qui jouait le rôle de Jacques Mayol dans le Grand Bleu de Luc Besson.

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Voici ce clip.

Cetasea a été fondée et est présidée par Frédérique Gilbert, membre des JNE. Jean-Marc Barr est le parrain de l’association.

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Des droits pour les animaux ?

Le droit, ensemble des règles et des lois régissant le rapport entre les hommes dans nos sociétés, est-il extensible ? Des règles, des lois, des hommes… Autant de concepts élaborés par et pour les humains, comme s’ils étaient seuls sur la planète et s’arrogeaient le droit de se la partager entre eux. Entre hommes ! Entre sept milliards d’individus, à la fois colonisateurs et prédateurs de l’espace.

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par Jane Hervé

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Ils s’en réservent l’exclusivité de l’usage et de la prédation. Ils oublient néanmoins qu’ils ne sont – philosophiquement parlant – rien autre que des « animaux raisonnables » (Aristote, déjà), par nature « politiques » (encore Aristote) ou même « métaphysiques » (Schopenhauer). Ces bouts de terre, mer, air leur appartiennent avec une telle certitude et une telle assurance qu’ils négligent ou oublient tout ce qui n’est pas eux (les autres animaux, les plantes, la nature, etc.). Or la sensibilité et la responsabilité écologique ont gagné du terrain en ce temps d’approche des catastrophes : prise de conscience des limites d’un monde fini aux ressources limitées dans l’espace et le temps, diminution de la biodiversité. Le philosophe Hans Jonas a défriché le terrain et proposé un Principe Responsabilité qui nous inciterait à agir – enfin – en …êtres responsables. Peu à peu, des hommes conséquents et responsables nous invitent à élargir notre champ d’action et à penser à ces générations futures qui à la naissance trouveront la planète dépouillée d’une partie de ses ressources et ses richesses et… de sa biodiversité animale.

Protéger notre présent, c’est préserver notre futur, celui des générations à venir. Le droit peut nous y aider, mais il faut aller vite. En effet, non seulement les hommes se détruisent entre eux (souvent au nom du pouvoir et des lobbies), mais ils détruisent aussi cette nature (terre, air, mer) qui permet justement d’être des hommes (Descartes qui nous rêvait maîtres et possesseurs de la nature n’est désormais plus d’actualité), de mener une vie humaine (et même penser en homme responsable !). La technologie nous envahit de toutes parts : nous croyons à une victoire de l’homme, mais elle est souvent (pas toujours) le signe de notre propre défaite que nous transmettons peu à peu à nos enfants (pollution, maladie, etc.) et notre proche environnement (animaux, plantes). Quels droits pour ces derniers ?

Un tel constat incite à nous repositionner et repenser radicalement dans le monde. Ce pourquoi cette longue introduction… avant d’être asphyxiés sous les pollutions. Comment préserver une écosphère, ce lieu habitable pour l’homme ? Comment cesser d’instrumentaliser les espèces vivantes, ces vestiges de la « préhistoire de l’histoire humaine ». Nous continuons d’ailleurs à souffrir d’anthropocentrisme en nous autorisant cette pensée sur nos privilèges et notre survie possible ! Quelle relation impulser avec les autres êtres vivants ? Existe-t-il une justice qui permette de juger nos actes envers les animaux comme nous jugeons les actes terroristes, les mafiosos, etc. ? N’avons-nous pas commencé à juger Monsanto (crime d’écocide, selon le tribunal Monsanto) ?

Une réflexion collective

L’ouvrage Les animaux aussi ont des droits * est à la fois une affirmation et une revendication du droit des animaux. Ces droits potentiels sont nécessaires car brigués en raison des innombrables droits – parfois abusifs – que se sont arrogés les humains. Des miettes de droit en quelque sorte ! Ils ne pourront peut-être pas prendre pour modèle les droits de l’homme actuellement en vigueur. Ils se situeront certainement à leur frontière, car il nous est impossible d’échapper à un anthropomorphisme juridique. L’adverbe « aussi » est essentiel en raison des innombrables agressions humaines à l’encontre des animaux.

Si le droit des hommes existe déjà (complexe et varié), celui des animaux domestiqués ou sauvages est donc à inventer. Première question : qui a le droit de parler du droit animal si ce n’est nous qui ne sommes finalement des animaux parfois améliorés, parfois même dépravés ! Nous entomologistes, éthologues, charcutiers, végétariens, carnivores, etc. Quel statut leur donner ? Ces compagnons de vie si proches génétiquement (jusqu’à 99 % de similitude) respirent le même air, mangent les mêmes aliments, dorment sur le même sol et nous côtoient sous forme domestique ou sauvage. Le ver de terre et le chimpanzé sont-ils de simples objets chosifiés ? Sont-ils de véritables sujets ? Autrement dit, des sujets aptes à penser (ruse et politique), à se penser eux-mêmes (conscience de leur identité) et à agir selon des techniques et compétences liées aux moyens corporels à leur disposition. Question à laquelle les réponses peuvent engendrer soit les soutiens, soit les agressions.

Chaque espèce a certes son propre langage, mais nulle ne parle le nôtre. Seuls certains chimpanzés (Washoe) ont appris le langage des signes, révélant qu’ils observent le monde (le cygne devient un « oiseau aquatique »). A ce mutisme apparent, nous opposons les présentes réflexions en gestation. Le temps semble venu de faire accéder l’animal à un statut nouveau, de nous interroger sur lui comme jadis sur les enfants (avec J.J. Rousseau) ou les esclaves (V. Schoelcher) avant de les intégrer – d’une façon ou d’une autre – à notre panorama humain. Au demeurant, il y a peut-être plus de distance d’homme à homme que d’homme à bête, comme le soutenait déjà Montaigne !

Trois penseurs contemporains établissent une chaîne dont les maillons se recoupent, se croisent et parfois se confondent : les animaux « considérés » par la philosophe Elisabeth de Fontenay, « révélés » par l’éthologue Boris Cyrulnik ou « libérés » par le bioéthicien Peter Singer. De fait, on libère ce dont l’existence est déjà considérée et révélée ; on ne révèle qu’en considérant… Autant d’étapes logiques qui s’inversent volontiers. Au fil des pages s’esquissent les interférences, les accords globaux et les désaccords subtils. Parler de ce qui est soi mais ne l’est pas totalement (l’animal) est une entreprise délicate où le dépaysement apparent (entre espèces) cède la place aux ressemblances réelles, tant il nous est impossible de ne pas demeurer nous-mêmes (des penseurs aptes à la logique ou à la polémique) en analysant le monde des bêtes.

Selon l’éthologue Boris Cyrulnik, pour voir et comprendre ce qui a du sens – aussi – pour l’animal, il faut « penser comme lui ». En parler, constitue aussi notre « manière d’être animal ». Observer est le début d’une « attitude morale ». On découvre peu à peu « l’individualité animale » faite de « tempéraments et développements différents du sentiment de soi » (non de l’histoire). L’éthologue pose aux animaux des questions dont les réponses montrent qu’ils ne sont pas des machines. Dans les années 30, Von Uexküll parle le premier de l’Umwelt animal, ce monde propre subjectif animal (de fait, le traité d’Amsterdam le reconnaît en 1997 comme « être sensible »). Rappelons que Giordano Bruno avait été brûlé vif en 1600 pour avoir soutenu – avec l’héliocentrisme et un monde infini – que ….singes et hommes étaient parents.
Elisabeth de Fontenay propose en philosophe une nouvelle définition de l’homme, cet être « vivant » qui voit, nomme, appelle, répond. Bref, il possède le langage articulé déclaratif (rhétorique donnant une information), alors que l’animal se manifestant par des signes corporels et environnementaux ne peut exprimer de croyance, ni tenter de prendre la parole ou de persuader. Sa pensée philosophique continuiste et évolutionniste fait de l’homme un animal (nature) qui appartient aussi au monde de la culture et de l’histoire. En chacun de nous se trame à la fois l’évolution des espèces, l’histoire culturelle et l’histoire personnelle (J.P. Changeux).

Donner des droits aux animaux pose d’évidence un problème de sa généralisation : si on en donne aux singes, on oublie toutefois d’autres bêtes. Certes, il y a une échelle des vivants selon la nature et le degré d’organisation. L’animal possède la nociception avec ses réflexes aux divers stimuli, peut éprouver de la douleur en cas d’émotion ressentie et de la souffrance en cas de conscience (chez les mammifères). Il est possible d’envisager un statut des animaux comme « patients moraux » (comme le propose aussi P. Singer). L’animal s’avère être une « personne juridique » (ex : protection contre les abus d’un propriétaire), sans être pourtant considéré comme « un sujet de droit ». Pour la philosophe, la Déclaration universelle des droits des animaux proclamée en 1978 est généreuse, mais elle « personnifie » l’animal, ce qui semble excessif.

Le bioéthicien Peter Singer se demande comment vivre avec les animaux. Tout dépend de l’idée que nous en avons : animal-moyen, fin, machine, ou en souffrance. Toute théorie du droit implique que les êtres vivants ont certains droits, dont celui de ne pas être torturés. « Tout le monde devrait être antispéciste et considérer l’animal même s’il n’appartient pas à l’espèce humaine », refuser son exploitation et sa maltraitance par les êtres humains. Pour lui, tous les individus – quelle que soit leur espèce – méritent le même respect et ont la même dignité. L’éthique animale ne saurait pourtant être la même pour tous les animaux : certains sont des sujets moraux (les grands singes, les éléphants, les canidés, les cochons). Tous les anthropoïdes font partie de la communauté des égaux car ils ont conscience de soi. Le singe a ainsi une conscience de soi qui peut être temporelle, qui planifie l’avenir et qui peut ressentir la douleur. Les autres ne le sont pas, lorsqu’ils n’ont qu’une individualité sans posséder de conscience de soi. Ils ne pourraient accéder au rang de « sujets moraux », mais seraient ces « patients moraux » qui ne peuvent être susceptible d’une évaluation morale mais ont droit à la vie, à la liberté. L’égalité devrait être « de considération », mais elle n’impose pas qu’ils soient traités comme des hommes. En cas de souffrance, ils cependant ont droit à la même considération.

Quels droits ?

Autant de réflexions sur le droit qui modifient déjà et élargit notre propre idée du droit. Elles imposent à la fois le développement de notre intelligence et une sorte de néo-altruisme (dont l’alter serait l’animal). Elles établissent une relation homme-animal qui serait une sorte de traduction (exemple du langage perroquet/corbeau/singe en langage homme). Elles nous invitent aussi à être sélectif.

Sur le fond, Cyrulnik, Singer et E. de Fontenay, tout en nuances, sont en quête de redéfinition argumentée du droit de tous les vivants à vivre d’une façon ou d’une autre et à ne souffrir en aucune façon. Ils proposent une théorie des ensembles du monde animal dont les sous-ensembles tiennent compte de la logique scientifique et philosophique sur fond de biodiversité. Rien d’évident, bien sûr. Ils modernisent et actualisent l’approche du monde animal, le nôtre finalement. Ils posent les bases d’une attitude humaine qui fera des animaux des « patients moraux » à la façon des bébés d’hommes à qui nous ne devons pas faire le moindre mal. Ils disent aussi que nous ne sommes plus seuls au monde. Et ça, il ne nous faut jamais l’oublier.

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Jane Hervé est l’auteure de Ruses et astuces des animaux (Nathan, 1999, réédition Mégascope 2001), Les mammifères (Nathan, 2002), Reptiles et amphibiens (Nathan, 2003). En préparation : Le monde des oiseaux.

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* A partir de l’ouvrage Les animaux aussi ont des droits de Boris Cyrulnik, Elisabeth de Fontenay, Peter Singer, Seuil, 2013. Entretiens réalisés par Karine Lou Matignon avec la collaboration de David Rosane.

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Bien-être animal : la France a encore du progrès à faire

Selon le bilan établi par la juriste Sabine Brels, d’autres pays se montrent nettement plus protecteurs vis-à-vis des animaux que la France.

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par Myriam Goldminc

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Certains ont inscrit la protection animale dans leur constitution comme la Suisse, l’Allemagne, l’Inde, le Brésil et l’Égypte (qui a le plus récemment inscrit le devoir de gentillesse envers les animaux).

En Nouvelle-Zélande, la condamnation pour un acte de cruauté aggravé sur les animaux peut aller jusqu’à un demi-million de dollars. Aux États-Unis, en Alabama et au Texas, le coupable peut être condamné jusqu’à 10 ans de prison. En France, la condamnation pour des sévices graves sur un animal est au maximum de 30 000 euros d’amende et 2 ans de prison. Notons que les peines maximales sont rarement prononcées.

Au niveau européen, la France fait figure de mauvais élève avec la chasse, les élevages d’animaux à fourrure, la corrida ou le gavage des canards et des oies, etc. Les arguments principaux contre les progrès de la protection animale sont notamment d’ordre économique ou culturels, par exemple au nom de la tradition. Pourtant, des contre-exemples existent. Si l’Espagne autorise toujours la corrida, l’une de ses provinces, la Catalogne, l’a interdite depuis 2010. Les Pays-Bas ont interdit les élevages de fourrure depuis 2012 (pour 2024), alors qu’elle rapportait des milliards d’euros au PNB hollandais. En ce sens, le gouvernement a aidé les éleveurs à se reconvertir en réinjectant des subventions qui étaient destinées auparavant à ce type d’élevage.

En France, le rôle des lobbys de la chasse, de la tauromachie et de l’agriculture industrielle auprès des parlementaires freine encore les avancées de protection animale, sans oublier l’influence de la pensée cartésienne avec le concept de l’animal-machine incapable de souffrir qui est encore bien présent dans l’inconscient collectif !

Sabine Brels est docteure en droit, cofondatrice et directrice du projet Global Animal Law GAL, en ligne: www.globalanimallaw.org.

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L’évolution du droit en matière de protection animale

Comment la protection animale a-t-elle été prise en compte par le droit au fil des siècles ? La juriste Sabine Brels nous livre des réponses.

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par Myriam Goldminc

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« Les premiers textes de protection animale apparaissent au IIIe siècle avant J-C sous le règne de l’empereur Ashoka dans la région indo-pakistanaise », précise la juriste Sabine Brels. Sous l’influence du bouddhisme, ses édits proclament le respect du vivant, l’interdiction de faire du mal aux animaux avec un devoir de compassion à leur égard, et prévoit même la création d’hôpitaux pour les soigner.

En France, ce sont des philosophes comme Michel de Montaigne au XVIe siècle, Voltaire et Jean-Jacques Rousseau au XVIIIe siècle et au XIXe siècle des écrivains comme Émile Zola et Victor Hugo qui remettent en cause la place de l’ homme en haut de la pyramide du vivant et qui condamnent la maltraitance envers les animaux.

En Angleterre, le philosophe Jeremy Bentham pose cette fameuse interrogation en 1789 : « La question n’est pas de savoir si les animaux peuvent raisonner ou s’ils peuvent parler, mais s’ils peuvent souffrir ».

Si la réponse est oui, alors il existe un devoir moral de prendre en compte cette souffrance et de la relayer par des réglementations.

Le Martin’s Act est la première loi contemporaine de protection des animaux qui a été proclamée en 1822 en Angleterre. Elle interdit la maltraitance des animaux d’élevage et sera suivie par une loi plus générale contre la cruauté en 1835.

Ces lois ont essaimé par la suite dans les colonies de l’Empire britannique: par exemple au Pakistan en 1888 et au Zimbabwe en 1920.

En France, la loi Grammont du 2 juillet 1850 est la première loi qui interdisait de maltraiter publiquement les animaux domestiques sous peine d’amendes, voire d’emprisonnement. Une loi adoptée sous la pression de l’opinion publique, et en particulier des citadins choqués par la vision de chevaux maltraités, qui pouvaient agoniser sous les coups de fouets des charretiers.

Cependant, malgré l’existence de la loi Grammont, la corrida fut importée en France à la demande d’Eugénie de Montijo, la femme de Napoléon III, car étant d’origine espagnole, celle-ci appréciait ce divertissement.

Il faudra attendre ensuite la moitié du XXe siècle pour que le Code rural déclare en 1976 que l’animal est un être sensible et donc doit être traité convenablement par son propriétaire.

En 1978, à la Maison de l’Unesco, la Ligue internationale des droits de l’animal proclame la Déclaration universelle des droits de l’animal qui s’appuie sur la Déclaration des droits de l’homme. Un texte qui sera révisé en 1990, mais qui n’est pas juridiquement contraignant puisque non adopté par les États membres de l’ONU.

En France, à la même époque c’est l’article 521-1 du Code pénal qui condamne les auteurs d’actes de cruauté envers les animaux par un maximum de 30 000 euros d’amende et 2 ans de prison.

En vigueur depuis 2009 au niveau européen, le Traité de Lisbonne mentionne l’obligation pour les États membres d’adapter leur législation compte-tenu de l’exigence de bien-être des animaux en tant qu’êtres sensibles.

Depuis la loi du 16 février 2015, le Code civil français considère l’animal comme un être doué de sensibilité. Ce qui ne signifie pas pour autant que son statut de bien meuble a cessé d’exister, ne serait-ce que dans les faits. Néanmoins, que ce soit dans l’opinion publique ou parmi les juristes, le droit animalier est à un tournant de son histoire.

A l’instar des universités de Barcelone et de Bâle, l’université de Limoges, en partenariat avec la Fondation 30 millions d’amis qui a publié le premier Code de l’animal, délivre depuis deux ans des diplômes de droit animalier pour les étudiants ayant un bac + 2 et les personnes motivées. Une discipline en plein essor qui montre une évolution sociétale et qui devrait renforcer la protection juridique des animaux.

Sabine Brels est docteure en droit, cofondatrice et directrice du projet Global Animal Law GAL, en ligne: www.globalanimallaw.org.
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Le bien-être animal en question : l’éclairage de la juriste Sabine Brels

La question du droit et du bien-être animal suscite un intérêt croissant dans la société civile. Mais qu’entend-on par-là ? Que dit le droit français en la matière? Décryptage.

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par Myriam Goldminc

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Sabine Brels – DR

« La question du statut des animaux est complexe notamment du fait de la dichotomie existante entre les personnes et les biens en droit français », explique la juriste Sabine Brels, auteure d’une thèse sur le droit du bien-être animal dans le monde (éditions l’Harmattan) qui voue sa vie personnelle et professionnelle au service de la protection de la nature et des animaux. En effet, le code civil ne prévoit que deux régimes juridiques : celui des personnes, qu’elles soient physiques en tant qu’ individus ou les personnes morales représentées par un regroupement de personnes qui ont des droits et des devoirs et de l’autre côté, celui des biens meubles où sont classés notamment les animaux domestiques. Le droit civil actuel remonte au code Napoléon qui considère les animaux comme des biens appropriés et dont les prérogatives rattachées aux droits de propriété privé sont, selon l’adage latin « Usus Fructus Abusus » qui donne à son propriétaire les droit suivants : l’Usus, le privilège de l’utiliser; le Fructus, d’en retirer les fruits (les petits, la laine, le lait, etc.) et l’Abusus d’en retirer la vie. Néanmoins, l’article 521-l du Code pénal vient atténuer ces privilèges en réprimant les sévices graves, les mutilations intentionnelles ainsi que l’empoisonnement ou l’abandon et les abus sexuels envers un animal domestique, apprivoisé ou tenu en captivité. A noter que l’Allemagne a interdit la zoophilie seulement en 2015 et le Danemark les « maisons closes » pour animaux en 2016. Depuis le 16 février 2015, le code civil reconnaît que « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité ». Un texte qui provient d’une loi du 10 juillet 1976, figée dans le code rural: « Tout animal étant un être sensible doit-être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce. »

Cette mention figure à l’article L.214 dont le nom a été repris par la médiatique association de protection des animaux, qui dénonce à travers les réseaux sociaux la violence faites aux animaux, que ce soit pour les conditions d’élevage, les transports ou les abattoirs…

Néanmoins, si le code civil depuis trois ans considère que l’animal est un être sensible, les corridas dans le Sud et les combats de coqs dans le Nord et dans les îles font figure d’exception grâce à des dérogations pour des pratiques dites « traditionnelles ». De même, le code pénal exclut les animaux sauvages en liberté. Par conséquent, ces derniers ne bénéficient d’aucune protection légale car ils sont selon la loi des Res Nullius ou choses sans maître, encore soumis au code Napoléon et ceci explique les droits des chasseurs envers les animaux. Par ailleurs les préfets ont toujours la possibilité d’établir des listes de « nuisibles » dans leurs départements.

Le bien-être animal, un concept paradoxal ?

Pourtant, si aujourd’hui dans le droit, les animaux sont mieux considérés, alors qu’entend-on par le bien-être animal ? Une définition existe au sein des normes intergouvernementales de l’OIE (Organisation mondiale de la santé animale). Comme les normes de l’UE visant l’harmonisation des systèmes de production animale, les normes internationales concernent notamment le transport et l’abattage des animaux. A noter qu’elles reflètent le plus petit dénominateur commun en regard des situations où la perception du bien-être animal diffère d’une région à l’autre, d’une culture à l’autre, et d’une personne à l’autre.

Les premières normes de l’OIE ont été publiées en 2005. Elles portent sur les animaux terrestres et les poissons d’élevage dans des configurations précises. Un animal évolue dans les conditions qui l’entourent, c’est à dire les besoins fondamentaux d’un animal (ou 5 libertés) : absence de faim, de soif, de malnutrition, absence de peur et de détresse, absence de stress physique et thermique, absence de douleur, de lésions et de maladie, et la possibilité pour l’animal d’exprimer les comportementaux normaux de son espèce. Pour Sabine Brels, ces normes viennent généralement rassurer les citoyens-consommateurs dans la mesure où il existe un corpus de normes concernant le bien-être animal. Mais dans les faits, c’est loin d’être le cas et ce, malgré les réglementations censées les protéger. « C’est un paradoxe de parler de bien-être animal que ce soit pour les mises à mort violentes dans les chaînes d’abattage, le broyage des poussins vivants, ou les vivisections dans les laboratoires, ou encore les méthodes cruelles de dressage dans les cirques, la castration à vif des porcelets, le gavage intensif des canards et des oies. » Les souffrances psychologiques ne sont pas prises en compte par le droit. Citons le stress des animaux pris en étau dans le couloir de la la mort, celle des veaux et leurs mères séparés peu après la peu après la naissance, et celles des animaux sauvages en captivité. « En vertu du droit actuel, il serait plus approprié de parler de réduction du mal-être ou de diminution de la souffrance animale, précise la juriste, plutôt que de parler de bien-être afin de viser véritablement un état positif des animaux, résultant de l’absence de souffrances  ainsi que de la satisfaction de leurs besoins physiques et comportementaux ». Selon cet état des lieux, plusieurs réflexions émergent, que ce soit au niveau scientifique, philosophique et juridique pour améliorer la condition animale et pourquoi pas, leur reconnaître des droits. Ceux-ci seraient certes différents des droits humains, mais les protégeraient véritablement. Ainsi l’idée de créer une troisième catégorie qui soit intermédiaire entre les personnes et les biens, ou plus récemment une deuxième catégorie qui classerait les animaux comme des personnes animales non humaines. Comme le propose Sabine Brels, nombre d’améliorations pourraient, peut-être à l’avenir, s’inscrire dans une convention-cadre universelle sur le bien-être animal à l’ONU, reposant sur des objectifs scientifiques, éthiques et juridiques, et devenir un nouveau droit pour l’humanité.

Sabine Brels est docteure en droit, cofondatrice et directrice du projet Global Animal Law GAL, en ligne: www.globalanimallaw.org.
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Le teaser du colloque des JNE sur la condition animale

Voici la présentation en vidéo du colloque « Comment faire avancer la condition animale » organisé le 7 septembre 2018 par les JNE. Un teaser réalisé par P.-Yves Touzot.

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Les animaux, ces êtres doués de « sentience »

En introduction aux débats du colloque organisé par les JNE le 7 septembre 2018 sur la condition animale, voici un article de la sémioticienne Astrid Guillaume sur la « sentience », concept qui élargit le champ des compétences animales jusqu’à évoquer leur conscience, le ressenti que les animaux ont de leurs émotions et de leurs souffrances. 

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Renard – photo Maurice Chatelain

Les scientifiques travaillent désormais sur ce que la majorité des représentants des « humanités » niait depuis quelque 2 000 années, mais que tout propriétaire de chat ou de chien avait constaté : l’existence de la conscience animale. La douleur des animaux, sa reconnaissance, son évaluation, sa prise en charge et sa prévention ont été ainsi à l’origine du concept de « sentience ».

La définition de ce terme anglais de sentience, de plus en plus utilisé en français, élargit le champ des compétences animales jusqu’à évoquer leur conscience, le ressenti que les animaux ont de leurs émotions et de leurs souffrances.

Un problème de traduction
Le substantif sentience et son adjectif sentient.e.s ne sont apparus que récemment dans le vocabulaire des scientifiques. Leurs traductions de l’anglais vers le français sont cependant à cette heure encore beaucoup trop réductrices puisqu’elles passent de sensibilité/sensible à émotion/émotif, mots qui font perdre le sens d’origine.

Jusqu’à présent, en français, pour traduire sentient being ou animal sentience, on trouvait majoritairement « être sensible » ou « sensibilité animale » ; pourtant, sentience reprend sous un seul mot aussi bien la sensibilité que la conscience animale.

On aurait donc tout intérêt, en fonction des contextes, à conserver en français ce mot anglais d’origine latine et à l’intégrer à la langue française en connaissant ses différents sens et ses définitions. D’abord parce que cela faciliterait le travail des traducteurs de l’anglais vers le français, ensuite parce que cela éviterait les ambiguïtés et vides sémantiques ; aussi parce que le mot regroupe différents stades émotionnels comme la sensibilité, les émotions et la conscience ; enfin, et surtout, parce qu’il n’y a pas de mot en français qui réunisse l’ensemble de ce spectre sémantique.

Définitions du mot sentience
La définition du mot sentience implique un spectre très large ; il comprend au moins cinq degrés émotionnels.

Si l’on se réfère aux travaux de Donald M. Broom, biologiste émérite de l’Université de Cambridge, auteur en 2014 de Sentience and Animal Welfare et en 2017 du rapport européen « Le bien-être animal dans l’Union européenne », un être « sentient » est capable : d’évaluer les actions des autres en relation avec les siennes et de tiers ; de se souvenir de ses actions et de leurs conséquences ; d’en évaluer les risques et les bénéfices ; de ressentir des sentiments ; d’avoir un degré variable de conscience.

Ces cinq degrés émotionnels font que le mot sentience présente une polysémie intéressante qui va bien au-delà des mots sensible et conscient, pourtant privilégiés pour traduire sentience. Si sensible et conscient sont intéressants en soi quand on parle effectivement de sensibilité et de conscience, ces deux termes sont réducteurs pour traduire vers le français l’ensemble des nuances du mot sentience.

On observe qu’en fonction des domaines de spécialité, le mot sentience est associé à différentes problématiques.

En biologie et médecine vétérinaire, on l’utilise pour montrer la sensibilité associée à la conscience animale.

Dans l’hindouisme, le bouddhisme, le sikhisme, le jaïnisme, « être sentient » (sentient being) est utilisé pour qualifier la plupart des animaux non-humains ; il est profondément lié au respect de la non-violence car l’on ne saurait violenter un être sentient dans la pratique de ces religions.

Dans le domaine philosophique et phénoménologique, le mot sentience est principalement employé pour qualifier le fait d’avoir des expériences subjectives.

Aujourd’hui, les antispécistes, qui ne postulent aucune hiérarchie entre les espèces, l’ont totalement intégré à leur vocabulaire dans le cadre de la protection animale :

« Lorsque les humains percevront pleinement que les animaux sont sentients […] ils ne pourront plus poursuivre froidement la barbarie envers eux. »
Le mot est donc déjà utilisé. Reste à l’intégrer plus largement dans les pratiques, avec un sens bien connu de tous.

Biodiversité de l’expression des émotions
Dans l’absolu, nous sommes tous des animaux, et le plus petit des insectes aussi. Chaque espèce possède une intelligence qui lui est propre, des émotions particulières et des moyens d’expressions variés qui parviennent parfois à interagir.

Tout comme les animaux, nous sommes des êtres sentients : nous exprimons nos émotions selon la couleur de nos compétences sensorielles et de notre sensibilité individuelle à les exprimer : l’humain peut être un grand bavard (ou non !) comme peuvent l’être (ou non !) un perroquet, un merle ou une pie.

Le chat est sensible aux odeurs, aux sons et aux subtilités de la luminosité. Bien des animaux n’oublient jamais les traumatismes de l’abandon, certains d’entre nous tressaillent de joie en entendant le timbre d’une voix. Dans nos cerveaux, les émotions sont multiples et nous construisent les uns avec les autres, animaux humains et non-humains.

L’expression des émotions
Les mots sentience et bien-être ouvrent le champ de l’éthique, à laquelle certains animaux ont accès, notamment au travers de leurs comportements altruistes. Nous avons tous vu un animal porter assistance à un autre, de son espèce ou non, gratuitement, témoignant d’abnégation, de solidarité. Les familles d’orques sont, par exemple, fort soudées et organisées : elles se relayent pour éduquer un juvénile. Les éléphants font front pour aider un bébé en danger, parfois d’une autre espèce.

Les animaux ne sont certes pas dotés de nos capacités verbales, mais cela ne les empêche nullement d’exprimer leurs émotions autrement. C’est sur notre incapacité à comprendre pleinement les animaux qu’il faut s’interroger, et non sur leur absence de ressenti, de communication, de langage ou de modes d’expression. Les animaux ne sont souvent qu’émotions et ne réagissent que sur la base d’une forte émotivité : la joie, la tristesse, la colère, la peur, la frustration.

Les oiseaux émettent des sons, souvent trop rapidement étiquetés de chants, ce qui les réduit à une fonction exclusivement esthétique : encore trop incompréhensibles pour nous, ces « chants » sont certainement autant de messages à décoder.

De la même façon, le monde des odeurs, dans lequel chiens et chats naviguent avec allégresse, a certainement ses codes, ses symboles et sa grammaire qui nous échappent encore ; une toute récente publication dans Behavioural Processes parle d’image olfactive pour remplacer l’incontournable test du miroir chez le chien. De même, la signification des « chants » des baleines ou des échanges de bulles et de sons entre dauphins, tous doués de « sentience », sont aussi à élucider.

Nier ces langages, ces émotions et cette (hyper)sensibilité animale sous prétexte que nous ne les comprenons pas, c’est fermer les yeux sur une richesse sémantique et sémiotique à creuser. La sentience animale, humaine comme non-humaine, a encore beaucoup à révéler scientifiquement. Utiliser les mots appropriés permettra de développer un champ scientifique où la précision sémantique est essentielle.

Sentience, un nouveau mot qui en dit long
Un collectif d’associations de protection animale, de chercheurs et de personnalités a demandé à l’Académie française le 15 décembre 2015 l’entrée au dictionnaire du mot sentience, son absence d’équivalent en français générant des imprécisions juridiques, scientifiques, traductologiques et éthiques.

Pour entrer dans le dictionnaire, sentience doit d’abord entrer dans notre usage et notre vocabulaire. Alors utilisons-le largement et en pleine conscience de ce qu’il signifie. En reconnaissance des facultés des animaux qui nous entourent, écrivons et parlons de cette sentience que nous partageons avec eux.

Maître de conférences (HDR, habilitation à diriger des recherches) à Sorbonne Université, Astrid Guillaume est membre du Comité scientifique de la Fondation Droit animal, éthique et sciences (LFDA), co-présidente fondatrice de la Société française de Zoosémiotique. Cet article a été rédigé en collaboration avec Anne-Claire Gagnon (JNE), vétérinaire et comportementaliste pour chats. Merci à Astrid Guillaume de nous avoir autorisé à reprendre son texte paru à l’origine sur le site The Conversation.

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